Chapitre 1
Lorenzo se réveilla dans une pièce vide. L'air était lourd de silence, et la première chose qu'il remarqua fut l'odeur de parfum encore suspendue, comme une promesse inachevée. La lumière du matin perçait à peine à travers les rideaux, et tout semblait figé, comme si la nuit refusait de le lâcher. Il tourna la tête et, dans un mouvement machinal, chercha la silhouette qui avait hanté ses rêves. Rien. Juste lui, seul, avec les souvenirs d'une nuit d'extase et de mystère qui commençaient déjà à s'effacer.
Il se leva lentement, les membres encore endoloris, une sensation de vide dans le ventre. Un souvenir fugace effleura son esprit – ses mains qui la caressaient, la douceur de sa peau, la chaleur de son souffle sur sa peau. Elle. Mais qui était-elle ? Un regard. Un baiser. Une silhouette à peine saisie avant qu'elle ne disparaisse. Il se souvint de son nom... ou plutôt, il se souvint qu'elle n'en avait pas donné. Une inconnue. Elle n'était qu'un fantôme éphémère dans sa vie. Et pourtant...
Il sentit quelque chose sous son oreiller. Un morceau de papier, froissé, presque anodin. Il le saisit et l'examina. Les mots étaient simples, écrits avec une précision qui trahissait un esprit calculateur. *Considère ça comme un cadeau.* C'était tout. Aucun nom, aucune adresse. Juste cette phrase, lourde de sous-entendus.
Lorenzo hésita un instant. Puis, il se leva d'un coup, comme s'il chassait cette étrange sensation de malaise. Il s'habilla d'un geste sec, comme un automate. Il était pourtant perturbé, bien plus qu'il ne l'aurait imaginé. Cette nuit aurait dû être oubliée comme tant d'autres, une aventure de plus à ajouter à une collection de conquêtes qui ne le touchaient pas. Mais celle-là, elle... elle avait l'air d'avoir marqué quelque chose en lui. Il n'arrivait pas à l'expliquer, et c'était justement ce qui l'énervait. Les choses qui échappaient à son contrôle le mettaient hors de lui.
Le téléphone vibra sur la table de chevet. Un message. Son père. Il n'avait jamais vraiment aimé recevoir des appels de lui à ces heures-là, surtout un dimanche matin. Pourtant, il ouvrit le message sans réfléchir. Un simple "Rendez-vous au bureau." La même phrase qu'il lui envoyait depuis des années. Le même ton sec et autoritaire, comme si Lorenzo n'était rien d'autre qu'un sous-fifre dans une entreprise où il n'avait jamais eu son mot à dire.
Il n'eut pas le temps de se demander pourquoi son père voulait le voir. Il savait que la journée allait être longue, pleine de paperasse, de chiffres et de décisions qu'il n'avait jamais vraiment eues à prendre. Mais une question persistait : qui était-elle ? Cette femme. Il essaya de se concentrer sur l'essentiel, sur son héritage, sur l'empire qu'il devait reprendre un jour. Mais l'image d'elle persistait, comme une marque indélébile.
Le bureau était exactement comme il l'avait laissé la veille. Froid, sans âme, un lieu où les gens se perdaient dans des dossiers sans fin. Il s'installa à son bureau, le regard perdu dans l'horizon. Mais avant qu'il ne puisse se concentrer, un homme entra. Un de ses associés. Thomas. Un homme de confiance, ou du moins, c'est ce qu'il croyait. Il s'assit en face de lui, sans dire un mot. Lorenzo l'observa, cherchant des signes, des indices. Il se demandait toujours si l'homme était loyal ou s'il attendait simplement que le moment soit venu pour lui de prendre sa place. Mais il n'avait pas le temps de se poser des questions sur lui.
"Lorenzo, on a un problème," dit Thomas en brisant le silence. "Un gros problème."
Lorenzo se redressa, les yeux fixés sur lui, sans émotion. "Quel genre de problème ?"
"On a été infiltrés. Quelqu'un a... quelqu'un a mis la main sur des informations sensibles." Thomas se pencha en avant, baissant la voix. "Et on a une piste."
Lorenzo sentit une vague de frustration. Il n'avait pas le temps pour ça. Mais c'était son père qui l'avait fait venir ici, alors il n'avait pas le choix. "Qui est derrière ça ?"
"Une femme." Thomas marqua une pause. "Valeria Moretti."
Le nom de la femme frappait comme un coup de poing. Il se figea, et son esprit se mit à tourner en arrière. Valeria. Il la connaissait. Bien sûr qu'il la connaissait. Elle avait disparu après leur rencontre. Mais ce nom, cette femme, ce nom... c'était la même. Le même regard. Le même parfum. La même intensité. C'était elle. Celle de la nuit. Celle qui avait laissé sa marque sur lui d'une façon qu'il ne comprenait pas. Il avait cru que tout ça n'était qu'une illusion, une nuit sans conséquence. Mais elle était là, bien plus proche qu'il ne l'aurait imaginé. Et elle avait infiltré son monde. Son empire. Le monde qu'il avait essayé de protéger.
Thomas le regarda, visiblement perplexe devant la réaction de Lorenzo. "Tu connais cette femme ?"
"Oui," dit Lorenzo, sa voix froide et tranchante. "Je la connais."
Il se leva d'un coup, sans rien ajouter. La pièce était devenue trop petite, trop étouffante. Ses pensées se bousculaient dans sa tête. Une inconnue, une nuit, et voilà qu'elle devenait la menace principale pour son empire. Comment avait-elle réussi à pénétrer un monde qu'il croyait inviolable ? Pourquoi revenir maintenant ?
Mais il n'avait pas le temps de chercher des réponses. Il devait agir. La chasse à l'infiltrée commençait, et il était prêt à tout pour comprendre pourquoi elle était revenue.
Il quitta son bureau sans un mot à Thomas, se dirigeant vers la sortie. Il ne savait pas comment il allait faire face à cette situation, mais une chose était sûre : il allait tout découvrir. Et cette fois, il ne la laisserait pas s'échapper.