Elle avait entendu des murmures à propos de cette rencontre, des discussions chuchotées qui l'avaient laissée sur le qui-vive. Mais rien ne l'avait préparée à ce qu'elle allait découvrir.
Le bruit de la porte qui s'ouvrait en douceur la fit sursauter. Elle se retourna lentement, son cœur battant dans sa poitrine comme un tambour de guerre. Son père, l'homme qui l'avait toujours protégée, celui qui lui avait appris à marcher, à parler, à rêver, se tenait dans l'embrasure de la porte. Mais aujourd'hui, il semblait étranger, comme un homme qu'elle n'aurait jamais voulu connaître.
« Élena, il faut que tu comprennes... » commença-t-il, la voix tremblante, comme s'il avait du mal à articuler ses mots.
Elle ne le laissa pas finir. Un flot de questions jaillit, impulsif, incontrôlable. « Que se passe-t-il, père ? Pourquoi as-tu l'air si étrange ? Pourquoi... pourquoi tout ceci ? Qu'est-ce que tu m'as caché ? » Elle désigna la pièce autour d'elle d'un geste ample, comme si la pièce elle-même était complice du secret qu'il lui avait dissimulé.
Il baissa la tête, et ses mains, qu'il avait toujours utilisées pour la protéger, se tordirent nerveusement. « Écoute-moi bien, Élena. Tu ne peux pas tout savoir. Il y a des choses... des dettes que j'ai contractées, des promesses que j'ai faites. Et tu... tu es la seule façon de m'en sortir. »
Un frisson glacé parcourut le dos d'Élena, mais elle n'eut pas le temps de réagir. Il s'avança, l'air fatigué, comme s'il portait un poids qu'elle n'avait pas encore compris.
« Je... je t'ai vendue, Élena, » murmura-t-il enfin, d'une voix brisée.
Elle se figea. « Quoi ? »
« Je t'ai vendue à Aleksandr Volkov. Le roi du crime. » Il la regarda droit dans les yeux, mais il n'y avait plus de honte dans son regard, seulement de la peur. « Il est celui qui peut effacer toutes nos dettes. Il... il veut de toi. Et il a accepté de prendre en charge tout ce que je lui dois en échange. »
La pièce sembla se déformer autour d'elle, ses yeux se brouillant alors qu'elle luttait pour comprendre ce qu'il venait de dire. « Tu... tu m'as vendue ? » souffla-t-elle, les mots comme un poison dans sa gorge.
« Oui, Élena. Je n'avais pas le choix. Je... je devais le faire. » Il posa une main tremblante sur son épaule, mais elle la repoussa violemment. « Il faut que tu comprennes... il peut nous protéger. Il peut nous sauver tous. Mais toi, tu dois... tu dois accepter ce qu'il te demande. »
Ses jambes se dérobèrent sous elle, et elle s'effondra sur la chaise la plus proche. « Tu m'as trahie, » murmura-t-elle, les larmes envahissant ses yeux, mais elle ne les laissa pas couler. Elle se leva brusquement, comme si bouger pouvait chasser la douleur. « Je ne le ferai pas, père. Je ne vais pas... »
« Tu n'as pas le choix ! » s'écria son père, sa voix s'élevant pour la première fois. « C'est lui ou nous tous. Il ne m'a pas laissé d'autre option, Élena. Tu crois que j'aurais fait ça autrement ? Mais il n'y a plus de chemin arrière. C'est toi ou la ruine. » Il baissa la tête, les larmes se mêlant à la poussière sur son visage fatigué. « Je t'en prie, fais-le. Fais-le pour nous. »
Élena le regarda, le cœur brisé, mais quelque chose dans la voix de son père, quelque chose de désespéré, fit sauter ses derniers espoirs. Elle n'avait plus de choix, pas vraiment. Elle comprenait enfin qu'elle n'avait jamais eu aucun pouvoir sur ce qui se passait.
Elle tourna les talons et sortit précipitamment de la pièce, sans un mot. Elle courut à travers les couloirs sombres de la maison, ignorant les regards curieux des domestiques et des serviteurs qui se taisaient dès qu'elle passait. Elle n'avait aucune destination en tête, juste l'instinct de fuir, de s'échapper de ce piège invisible qu'on venait de lui tendre.
Mais son père était déjà trop loin dans cette décision. Il savait que tout était déjà joué.
Elle arriva sur le perron, respirant l'air humide de la nuit. Une voiture noire stationnait juste en face, une silhouette se détachant dans l'ombre de l'entrée. Un homme grand, vêtu d'un manteau sombre, se tenait là, immobile comme une statue. Elle sentit son cœur battre plus fort dans sa poitrine.
L'homme s'avança lentement, son regard dur et impitoyable fixé sur elle. Il ne disait rien, mais sa présence imposait un respect froid.
« Élena, » dit-il enfin, d'une voix calme, mais glaciale, « je suis Aleksandr Volkov. Et désormais, tu es à moi. »
Elle resta figée. Aleksandr Volkov... celui qu'elle avait entendu mentionner dans les pires rumeurs, celui qui dirigeait tout, contrôlait tout, et qui n'avait aucun scrupule à écraser quiconque se trouvait sur son chemin.
« Je ne veux rien de toi, je ne suis pas ce que tu penses, » dit-elle, la voix tremblante. Mais elle savait, au fond d'elle-même, qu'aucune résistance ne changerait le cours des événements. Elle l'avait vu dans les yeux de son père. Elle l'avait vu dans la lumière froide de la voiture qui l'attendait.
Aleksandr la regarda sans sourire. « Tu n'as pas de choix, » dit-il simplement. « Tu fais partie de l'accord. Et l'accord est la seule chose qui compte ici. Nous avons un contrat, toi et moi. »
Élena sentit une boule d'angoisse se former dans son estomac. « Un contrat ? »
« Oui. Tu me donneras un héritier. » La voix d'Aleksandr était ferme, implacable. « C'est ce que tu m'as promis. C'est la seule chose qui m'intéresse. Un enfant, Élena. Et rien d'autre. »
Les mots frappèrent Élena comme un coup de poing. Un héritier ? Ce qu'il voulait d'elle, ce n'était pas de l'amour, pas de la compassion. C'était un simple instrument, un moyen de solidifier son pouvoir.
Elle recula d'un pas, son regard cherchant une issue, mais la voiture était là, imposante et menaçante. « Je ne le ferai pas, » dit-elle, une lueur de défi dans les yeux, mais elle savait au fond d'elle que la réalité était bien plus complexe.
Aleksandr haussait légèrement les épaules, comme si la résistance n'avait aucune importance. « Tu n'as pas le choix, Élena. L'accord est déjà signé. Et maintenant, tu es à moi. »
Il tendit une main vers elle, un geste précis et impérieux. Elle le fixa intensément, la colère et la peur se mêlant dans son cœur. Mais il n'y avait plus de retour en arrière.