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À l'aube de mes sentiments

À l'aube de mes sentiments

Auteur:: DIOULDE
Genre: Fantaisie
Le jour où tout a basculé........ Suivez moi .

Chapitre 1 Chapitre 01

Je me réveillai difficilement, encore fatiguée par la longue nuit passée sur la natte de fortune dans la chaleur étouffante de la chambre entre mes parents, mes 2 frères et mes deux oncles. On habitait à Grand Dakar, un populeux quartier dans un vieil immeuble ou mon père avait pris en location une petite chambre. Mon père vendait des fruits dans un autre quartier et était assisté par ses 2 frères. Ma mère avait une table ou elle vendait des arachides et autres fruits devant un établissement scolaire. J'étais l'ainée et avais 2 frères.

Aussi longtemps que je me souvienne, notre quotidien se limitait à nettoyer le matin la petite chambre, ensuite aller chercher de l'eau, accompagner ma mère au marché pour chercher les arachides et autres fruits pour son commerce, et aller installer sa table et commencer à griller les arachides sur un fourneau de fortune. A l'époque j'avais 6 ans. Ma mère était une femme affable, très belle et qui parlais peu. Elle s'occupait bien de nous, du moins dans ma vision de petite fille. J'ai été dans un petit daara du quartier jusqu'à l'âge de 5 ans et ma mère a eu besoin de moi pour l'aider dans ses activités. Donc j'ai laissé tomber pour l'aider mais mes frères ont continué à y aller.

Mon père ne se souciait pas de nous : il rentrait tard et se couchait et repartait très tôt le lendemain. C'était un homme colérique et très renfermé. Il ne s'exprimait que pour des choses importantes et dans ce cas bonjour les coups et les cris. Mes oncles lui obéissait au doigt et à l'œil car c'est lui qui les avait fait venir de la Guinée pour l'aider dans son commerce, et vivait dans la même chambre. Ca peut paraitre bizarre mais on a toujours vécu comme ca et ca semblait à la limite normale.

Donc à l'époque j'étais une petite fille guinéenne mais à 100% sénégalaise. Mais le voisinage, ne cessait de nous faire comprendre que nous étions des étrangers même si j'étais née ici. J'avais droit à toutes sortes de prénom « driing », « peulefouta » sur mes origines. C'est vrai aussi que j'avais toutes les caractéristiques de la petite guinééne, clair, visage fin, et toute jolie. J'ai hérité de la beauté de ma mère et tout le monde le disait. J'avais de long cheveux que ma mère me tressait en « tiibe » ou parfois quand elle avait des sous, j'allai chez la bambara qui me faisait de jolis tresses. Donc tous les soirs j'étais avec ma mère devant l'école pour vendre. Un jour un client qui avait toujours l'habitude de me taquiner apostropha ma mère :

- pourquoi tu n'amène pas ta fille à l'école ?

Bien sur je voyais tous les jours les enfants entrer et sortir de l'école avec un petit pincement au cœur. Moi j'étais juste la vendeuse, a qui on tendait une pièce en lui disant « diayma guerté » (vend moi de l'arachide).

- c'est elle qui m'aide. Et puis nous nos enfants ne vont pas à l'école...son père ne sera jamais d'accord.

- Diouldé à l'air très intelligente. Elle ne se trompe jamais pour rendre la monnaie. C'est dommage. Tu me connais, je veux la mettre à l'école. Parles en a son père et ne t'inquiète pas pour les frais ? Je veux bien la prendre en charge.

- hiiiii...ne m'amène pas de problèmes répondit ma mère qui fuyait la conversation

C'est à partir de ce jour que le secret espoir de me retrouver un jour à l'école à commencer à pousser dans mon cœur de petite fille. Je me voyais entrer aussi dans l'école et m'exprimer en cette langue que les autres enfants adoraient manier. Malheureusement, je n'ai jamais entendu ma mère en parler à mon père à l'époque et lorsque je lui en parlai, elle me répondait juste que je n'irai pas à l'école car je devais rester auprès d'elle jusqu'à ce qu'un bon mari vienne.

Ma vie a continué ainsi jusqu'à ce fameux été. J'avais 7 ans et durant les vacances scolaires, ma mère changea de lieu de vente pour s'installer à coté de l'étal de mon père. Elle avait l'habitude de fournir en arachide la dame qui voyageait souvent et qui à chaque fois venait s'approvisionner son fils qui était en France. Elle avait tissé des liens particuliers avec ma mère et ce jour la, elle devait venir récupérer ses arachides car elle devait voyager. Quand elle m'a vu et le sujet est encore revenu sur la table.

-aissatou, Diouldé doit aller à l'école. Ce n'est pas normal que tu la laisse comme ca. Je pars en voyage mais à mon retour, je viendrai par moi-même la prendre et l'inscrire dans une école. A chaque fois que je t'en parle tu évites le sujet.

- madame, c'est son père qui ne veut pas. Ses autres frères vont à l'école coranique mais j'ai besoin d'elle pour m'aider.

- dans ce cas j'irai moi-même parler à son père.

A ce moment mon père est arrivé et ma mère a fait les présentations. La dame a relancé le sujet avec plein d'arguments et a eu de mon père la promesse d'y réfléchir.

Ce jour la j'étais sur un petit nuage et j'ai vécu dans le fol espoir que mon père aller accepter. Cette nuit j'ai entendu mes parents en parler mais sans vraiment saisir la finalité. Et un mois avant la rentrée, la dame est revenue prendre des papiers pour m'inscrire et quelques temps après elle est revenu pour remettre à ma mère une enveloppe.

Ce jour la, ma mère m'a parlé en me disant que j'irai à l'école et que mon père était d'accord. J'étais tellement contente que ma mère en a pleuré. Elle a pris un air plus sérieux en me demandant de bien travailler car je n'avais pas le droit à l'échec. Que mon père attend juste une petite faille de ma part pour retirer sa parole et que je dois bien travailler. J'ai promis avec la certitude que je réussirais car c'était le plus grand rêve de ma vie. Elle m'a précisé que j'étais une des premières à y aller dans la famille et que par reconnaissance je devais bien travailler. J'étais d'accord pour tout.

C'est ainsi que j'ai intégré une école privé catholique. Au début ma mère me conduisait jusque devant l'école et revenais me chercher. Au bout de quelques mois, la dame lui a proposé de me laisser chez elle en semaines et de retourner à la maison le weekend. Au début cette proposition a rencontré l'opposition de mon père mais ma mère a pris son temps pour le convaincre et la dame s'était même déplacé pour lui parler. Un dimanche, ma mère a rangé mes bagages et en route vers un huppé quartier de dakar : Fann résidence. La maison, j'y étais déjà venu mais on restait juste dans la cour pour livrer les arachides. Ce jour la je suis rentré dans la maison et j'ai été impressionné. C'était bien la première fois que je voyais autant de luxe. Moi qui était habitué à une modeste chambre je me retrouvai dans une magnifique demeure. Ma bienfaitrice s'appela tata Fanta. Une belle dame qui avait bien réussi dans la vie. Elle était veuve et vivait avec une de ses sœurs et sa fille Rama. Rama était plus âgée que moi et à mon arrivée chez eux avait 15 ans et faisait la 3ème. Elle suivait le programme français au lycée jean Mermoz et m'avait pris sous son aile dès mon arrivée. Elle disait que j'étais trop belle et qu'elle était contente d'avoir une petite sœur. L'autre sœur de tata Fanta, Sophie, elle avait pris ses distances. Ma tante a beaucoup discuté avec ma mère et l'a rassuré. Quand elle est parti, Rama m'a amené dans une chambre en me disant que c'était la chambre de son frère qui continue ses études en France. Je me suis donc installée. Au début j'étais impressionné et la petite anecdote, quand j'entrai dans ma chambre, j'avais l'habitude de laisser mes chaussures dehors et quand tata Fanta m'appelais dans sa chambre je n'osai pas m'assoir sur le lit.

Ca a été le début de la première partie de ma vie. Chaque matin le chauffeur me déposait à l'école et revenait me chercher. Rama et tata Fanta m'entouraient comme si je faisais partie de leur famille. Je mangeais bien, je dormais bien et le weekend end je retournais voir ma mère car tata Fanta disait qu'elle ne voulait pas que la séparation soit trop brutale. C'est bien après que ma mère lui a dit qu'elle lui faisait confiance a 100% et que si elle me ramenait tous les weekends c'est comme si elle n'avait pas confiance en elle et ce n'était pas le cas. Donc finalement je n'allais chez eux que durant les vacances scolaires. Quand je venais, je me mettais à raconter ma vie, mais un jour m'a mère m'a crié dessus en me demandant de ne plus lui raconter ce qui se passait la bas. J'étais stupéfaite. Je pensais qu'elle serait contente de me voir et de savoir comment se passait ma vie. Je me suis couchée en larme ce jour la et c'est seulement le lendemain qu'elle m'a expliqué calmement que si elle se mettait à m'écouter un jour je viendrais me plaindre et dans ce cas, son cœur de maman pourrait la pousser à en vouloir à ma tante et bienfaitrice et elle ne voulait pas de ca. Elle savait que j'étais bien traité et pour elle c'était l'essentiel. J'ai compris et depuis ce jour, je me limitais juste à lui parler de la classe, des exercices. Quand je lui parlais français, elle souriait et me demandait d'aller apprendre à mes frères. Ils étaient toujours à l'école coranique et mon père n'envisageait nullement de les mettre à l'école française.

J'étais une fille assez réservée et répondais tout doucement quand on me posait des questions. Mais tata Fanta et Rama, m'ont vraiment aidé à surmonter cette timidité et à communiquer. J'avais beaucoup de problème au début avec l'école car n'ayant pas le même niveau avec les autres qui avait fait le préscolaire. Je ne comprenais même pas la maitresse quand elle parlait. Mais ma tante m'a pris un répétiteur et avant les vacances de décembre j'avais rattrapé pas mal de choses et je suivais en classe.

Ma mère ne venait jamais à Fann résidence surement ne voulant pas s'immiscer mais j'avoue que j'étais bien traité. Souvent, ma tante m'amenai au salon avec Rama pour des tresses et des courses. J'avais de jolies robes, de jolis chaussures et je voyais l'air inquiet de mon père à chaque fois que je revenais avec ses jolis cadeaux. Rama était vraiment comme une sœur. Elle me couvait d'attentions, prenait ma défense quand tata Sophie me disputait, m'emmenait avec elle souvent faire ses courses. La nuit je dormais souvent dans sa chambre et j'adorai l'écouter parler. Elle me racontait sa journée, ses copines, ses flirts. Une nuit, elle m'a confié qu'elle a embrassé pour la première fois un garçon. Quand elle a vu ma tête, elle a éclaté de rire en disant que j'étais trop jeune mais que c'était magnifique. Elle était amoureuse et ca faisais plaisir à voir. Elle prenait plus soin d'elle, se maquillait plus, et j'étais contente pour elle.

Parfois, elle disait à maman qu'elle m'amenait au manège et une fois la bas, elle me confiait à une connaissance et s'éclipsait pour ne revenir que beaucoup plus tard. Elle revenait avec son chéri qui était un beau garçon arabe et très gentil avec moi. Il semblait très attaché à Rama lui tenait toujours la main. Bien sur je ne répétais rien à tata et c'était notre petit jardin secret. Parfois elle me chargeait de me coucher sur son lit pour que sa mère ne se rende pas compte qu'elle était sortie. Je l'aimais beaucoup et elle me le rendait bien.

Tata Sophie ne m'aimait pas beaucoup et ne ratait jamais une occasion de me le montrer. Mais comme j'étais la « sourgua » j'acceptais les petites méchancetés sans broncher et sans rien dire à tata Fanta. Je l'évitai au maximum et me contentai de ce qu'on me donnait. Une année tata pris la ferme décision de nous apprendre les taches ménagères et chargea tata Sophie de s'en occuper. On avait une bonne qui s'occupait de tout à la maison et tata Sophie cuisinait. Ces vacances la, nous les filles devions assumer les devoirs domestiques et c'était moins drôle. Tata Sophie ne tolérait pas la fainéantise et ne pardonnait rien. Rama se plaignait toujours et profitait de la moindre occasion pour disparaitre et me laisser. Entre la vaisselle, le ménage, la cuisine, le soir j'étais tellement fatiguée qu'un jour, je ne suis pas arrivée à monter les escaliers. Je me suis endormi sous la table du salon. Walayy la maison n'était pas petite dééhh. Tata Fanta avait voyagé et on était à la merci de tata Sophie. On priait tous les jours pour son retour et à l'époque, il n'y avait pas de téléphone portable. Elle appelait sur le fixe et tata Sophie s'empressait de décrocher et quand on devait lui parler, elle se mettait à coté de nous pour nous surveiller. Rama, ne se gênait pas pour dire à sa mère que sa tante la fatiguait mais moi je ne disais rien. MDR tapète la moussa nèke (j'étais une vraie peureuse). Mais au moins, elle nous a appris certains rudiments de la vie de jeunes filles et après elle a été plus douce avec moi car elle disait que au moins j'étais active et que je n'avais pas la langue pendue comme Rama. Je refusai d'être trop proche d'elle car elle me faisait un peu peur. En plus elle ne se gênait pas pour dire du mal de ma tata Fanta et je ne comprenais pas. Un jour, j'en ai parlé à Rama :

- Ne l'écoute pas. C'est une aigrie. En fait elle et ma maman ont juste le même père. Maman a tout fait pour qu'elle réussisse mais elle a laissé tombé l'école pour faire une formation et elle n'a jamais réussi et depuis elle est ici comme colle crazy. Mais un jour elle se mariera et elle partira. Mane deh je ne me laisse pas faire. Un jour je vais bien la taper.

- Hii ne fait pas ca. Je suis trop petite, je ne pourrai pas vous séparer.

Ca m'a fait rire. Elle était trop drôle Rama et je ne lui cachais rien. C'était ma grande sœur et ma confidente.

Tata ramenait beaucoup de marchandises de ses voyages car elle avait une boutique au centre ville. Elle distribuait les cadeaux et tout le monde était content. Même ma mère avait droit à son lot de tissus qu'elle partageait avec ses sœurs qui vivaient dans les alentours.

Ma famille n'était pas d'accord de la décision de mon père de confier mon éducation à une sénégalaise. A l'époque étant encore jeune, je ne comprenais pas trop pourquoi ca faisais tant de boucan. Mais ma mère a tenu bon et a toujours défendu ses positions. Mon père, parfois flanchais et parfois quand je venais, je voyais bien qu'il était fâché, ne me parlais pas, et saluait à peine tata Fanta. Mais ca ne durait pas toujours. La preuve, à mes 9 ans, ma mère a accouché d'une merveilleuse petite fille qui porte le nom de Fanta Diallo comme ma tata adorée. Ca a renforcé les liens entre les 2 familles et lors du baptême, tata Fanta a mobilisé ses sœurs, ses amies, ses collègues qui sont venues et de mémoire de guinéens, jamais baptême n'a été aussi festif que celui de Fanta Diallo. C'est après cela que les relations ont été plus saines. Ma mère venait souvent à la maison et amenait bébé Fanta.

A mes 12 ans j'ai réussi mon entré en sixième (eh ouii...je suis entrée à l'école en retard) mais sur les papiers j'avais l'âge réglementaire car tata avait pris le soin de le réduire pour que je puisse avoir une scolarité normale. Comme 'était toute petite ca passait facilement. Rama a également décroché le bac. Elle s'est beaucoup investie et a beaucoup travaillée. C'était la fête à la maison. Rama avait invité ses amies pour arroser le bac. C'était une belle fête et tata était fière de nous. Elle avait une préinscription pour une université au Canada et devait s'occuper des formalités de visas. Son frère Malick qui est en France devait aussi venir en vacance pour fêter tout ca.

Chapitre 2 Chapitre 02

Chez moi aussi c'était la fête. Maman, mon père et mes badiènes étaient contentes. Certains me voyaient déjà en future avocate, d'autres en médecin et le débat étaient ouvert. Même mon ère si peu expressif m'a pris dans ses bras pour la première fois et m'a sans rien dire m'a fait un grand sourire. J'ai compris que pour lui ca voulais peut être dire qu'il était fière de moi. Il n'était pas expressif et ca le gênait de montrer ses sentiments. Mais je me suis contenté de ca. Ma mère, elle, était certes contente mais j'avais l'impression qu'elle était préoccupée.

C'est quelques jours après qu'elle m'a annoncé qu'on devait partir en guinée pour voir les grands parents. C'était la 2ème fois qu'on y allait mais je n'ai pas de souvenirs du premier voyage car j'avais 3 ans à l'époque. Donc je suis allé annoncer cela a ma tata Fanta qui ne voulais pas car elle disait que Malick allai venir et elle voulait qu'on aille tous à Saly passer quelques jours. Elle est allée voir ma mère mais ma mère lui a fait comprendre qu'elle attendait juste que je passe l'examen pour y aller et qu'elle en pouvait plus reculer le voyage. Ma Tante était désolée. Rama aussi et m'a même proposé de me déclarer malade pour ne pas y aller.

Par la suite, tata Fanta m'a donné des tissus pour mes Grand parents et d'autres cadeaux pour moi. A quelques jours de mon départ, Malick est arrivé. Malick, la première fois que je l'ai vu, m'a fait un effet disons bizarre. Je le revois encore. Il était arrivé la veille et toute la nuit je l'ai entendu discuter avec sa mère. Je n'osais pas trop me lever mais j'était quand même pressé de le voir. Donc le lendemain je l'ai trouvé dans la chambre de sa mère et dès qu'il m'a vu il s'est exclamé:

- Wouaahh maman c'est elle la petite Diouldé ?? comme elle est jolie. Une vrai beauté allez viens me dire bonjour...

- tu vois non, c'est elle ma dernière. Elle est adorable.

Je me suis approché timidement et surtout je le regardais car il m'impressionna. Il était très grand, noir et très beau. La beauté est une chose d'assez relative mais à l'époque dans mon esprit de petite fille mon petit cœur a fait tilt. Il était très joyeux et riait très fort. Il parlais vite avec son accent français et je ne comprenait ou n'entendais pas toujours ce qu'il me disait.

- Bonjour tonton Malick..

- Bane tonton ??? pas de tonton entre nous, je ne suis pas ton tonton. Apelle moi Malick. Mais tu est joli hein... regarde moi bien, tu n'es pas amoureuse de moi ???

Tout le monde a éclaté de rire et tata Sophie qui était dans la pièce a répondu méchamment

- ces peules de Guinée, elles n'aiment que leur compatriotes. Je suis sure qu'il ya un cousin qui attend patiemment ses 15ans

- On ne dirait pas une peuleufouta, on dirait plutôt une métisse

- Waw parc qu'elle mange bien et qu'on la lave...

- Sophie arrête de dire des méchancetés la stoppa tata Fanta. Diouldé ressemble juste à sa mère.

Et la discussion à continuer sur les traditions des guinéens et moi je me suis retirée avec juste une phrase qui me trottai dans la tête « es tu amoureuse de moi ». ca peut paraitre banal mais à mon âge être confronté pour la première fois à ce genre de question m'avait perturbé. Surtout venant d'un homme et pas d'un garçon de mon âge. Car moi, mes relations avec les garçons se limitaient à des petites plaisanteries avec les garçons de ma classe. Un jour, l'un d'entre eux Carl m'a envoyé un mot en disant qu'il me trouvait belle. J'ai déchiré le mot et depuis, je le fuyais comme la peste. J'en souris en y repensant.

Malick était très taquin, et ne se lassait pas de me fatiguer. A chaque fois qu'il me voyait c'était des chéris coco à gauche chéri banana guinée à droite. Ca faisait rire tout le monde sauf moi que cette situation gênait au plus haut point. Rama avait remarqué que après les plaisanteries de Malick j'avais les oreilles rouges tellement j'étais gênée. Elle s'est aussi mise à rire en disant que j'avais rougi. Un jour, une jolie jeune fille est venue lui rendre visite et quand je les ai vus ensemble, j'ai eu un pincement au cœur. Il m'a présenté en lui disant que j'étais sa seconde femme et qu'elle avait du souci à se faire. La jeune fille a souri en disant qu'elle avait peur car j'étais sacrément jolie. Et vous pouvez rire mais je crois que c'était ma première déception affective.

Malheureusement je ne suis resté que quelques jours avec lui car je devais aller en vacance en guinée avec ma maman et mes frères et la petite dernière. Ca m'a fait un gros pincement au cœur car à mon retour je ne trouverai pas Rama. J'étais très triste et Rama aussi. Mes parents se sont trompés sur le sens de mes larmes quand je suis arrivé chez eux. Mon père s'est énervé en criant et en disant que de toute façon j'irai et que rien ne pourrait changer cela. Ma tante voulais un contact ou elle pourrait appeler mais ce temps la le portable n'existai pas et ma mère a promis de l'appeler une fois la bas à partir d'une cabine. Et me voila parti à l'aventure. En Guinée...

La Guinée n'a rien à voir avec le Sénégal. J'avais l'impression de débarquer dans un autre continent tellement tout me paraissait différent. Mes parents habitaient un village assez loin de la capitale. J'ai été bien accueilli et mes grands parents Fatoumata et Mohamed qui étaient impressionnés par la vitesse à laquelle je grandissais. Pour la bienvenue on nous offrit du lait et d'autres mets délicieux. Les premiers jours nous étions choyés comme des princes. Mon grand père avait une petite cabane ou il apprenait le Coran aux enfants du quartier. Nous y allions avec les autres enfants du village. On nous apprenait la vie du Prophète, puis l'alphabet arabe. Grand père chantait et on chantait avec lui des versets du Coran. Entre ces récitations s'inséraient des leçons sur les principes de l'islam. Peu à peu, je compris pourquoi les leçons coraniques étaient interminables : parce que le Coran est long. Si long qu'il faut maintes années pour en venir à bout. Mon grand père avait une foi illimitée en la sainteté du Coran. Il croyait fermement que chaque sourate était un miracle qu'il ne songeait jamais à consulter un médecin. Je me souviens qu'un jour, ma grand-mère tomba malade et tomba d'un coup. A ses cris nous accourions tous. Elle gisait là, incapable de lever la tête. Grand père a interdit de l'amener à l'hôpital. Il a appelé un cheikh et ensemble ils lurent le Coran pendant des heures et ce chaque jour. Quelques jours plus tard elle allait mieux. J'avoue qu'à l'époque, ma compréhension du Coran n'était pas très claire. Les matinées à apprendre le Coran me paraissaient interminables. De 8h à midi sans interruption. Je mourrai de soif et parfois de faim et au moment de me coucher, les sourates résonnait dans ma tête. Je souhaitais vivement la fin des vacances.

Un point particulier retenait mon attention : ce que grand père nous disait sur la mort. Chaque soir la peur de mourir me torturait. Je me voyais toute seule au fond de ce trou que grand père nous avait décrit. Sans pouvoir revoir une dernière fois tata Fanta, Rama. Et cette perspective me faisait peur. Mes nuits s'allongeait de peur de voir surgir à tout moment le démon qui nous emportera. Je m'endormais d'épuisement. Ajoutées aux histoires de djinns et autres monstre que grand-mère nous racontais le soir psychologiquement je vivais dans la peur.

Un mois et demi après notre arrivée, j'ai surpris une grosse dispute entre ma mère et une grand-mère :

-Je ne suis pas venu pour ca. Il n'est pas question que mes filles le fasse, criait ma mère

- Tu renie ta tradition Aissatou. Dakar t'a bien changé. Mais toutes les filles de la famille sont passée par la et tes enfants n'y échapperont pas. Si tu persiste dans cette décision, on convoquera le conseil de famille.

- Non j'ai dit non. Ces traditions doivent cesser. Combien d'enfants avez-vous tué ??ma sœur est morte des suites de cette foutue tradition. Je ne prendrai pas le risque avec mes enfants. Reniez moi, chassez moi mais je ne laisserai pas faire.

Ma grand-mère Fatou est intervenue pour les calmer et à amener ma mère à l'écart pour lui parler. J'ai vu ma mère gesticuler et par la suite pleurer comme une madeleine. Grand-mère fatou est revenue parler à la vieille dame

- Sira, tu peux partir. Mes petits enfants ne feront pas partis de la cérémonie cette année. On va attendre que le bébé grandisse un peu.

- Fatou, je ne suis pas un bébé. Dis plutôt que tu laisse ta fille te manipuler. Diouldé est en âge de le faire, elle doit venir. Ne m'oblige pas à convoquer le conseil.

- Je te demande juste de patienter jusqu'à l'année prochaine. Elle le fera.

La vieille est partie en maugréant des paroles incompréhensibles et ma grand-mère est retournée auprès de ma mère pour lui parler. Par la suite, mon grand père est aussi venu pour parler à ma mère. J'étais cachée derrière la case pour tout écouter car tout ce remue ménage m'intriguait.

- Aissatou, ne nous fais pas perdre notre temps. Si tu laisse ta fille impure aucun homme ne voudra d'elle. Penses-tu lui rendre service en refusant qu'elle passe par ça ??Ne jette pas le déshonneur sur notre famille.

Ma mère pleurait mais ne répondait pas

- Ce qui est arrivé à ta sœur est la volonté divine. Ta fille sera entre de bonnes mains. Elle guérira avant que vous ne repartiez. Je ne veux aucune objection. Demain elle partira sinon quittez la maison et ne revenez plus

Sur ce, il est reparti le visage fermé suivi par ma grand-mère qui lui demandait d'attendre. Je savais que j'étais au cœur de tout cet imbroglio sans cependant en saisir les tenants et les aboutissants. Un moment j'ai pris peur car je me faisais toutes sortes de scénario. Je me suis souvenu d'une histoire de ma grand-mère ou la petite fille était donnée au djinn comme sacrifice et je me voyais être emporté par un de ces êtres surnaturels et voyager entre les continents vers d'autres cieux.

Ma grand-mère fit apporter un tambour le lendemain et on nous a rassemblés dans une maison. On devait être une dizaine. Elle chantait et nous on dansait. Puis on nous fit de petits cadeaux. Nous étions rayonnantes même si la petite peur était toujours présente. J'attendais fébrilement le lendemain ; ma mère avait le visage fermé et le lendemain très tôt, elle me réveilla et rangea mes affaires. Je tremblais tellement et j'avais peur de ce qui allait se passer

- Maman ou m'amène tu ?? Demandai-je timidement à maman

- ...

- Maman, tu vas m'abandonner ??

- Diouldé, si je pouvais te protéger de cela, je le ferai. Si je pouvais prendre ta place pour que tu n'ais pas à subir cela je le ferai....

Elle éclata en sanglot et moi sans trop savoir pourquoi, je me mettais à pleurer aussi.

- Tu es ma princesse, ce que j'ai de plus chère mais la vie ne se passe pas toujours comme on le souhaite. Pardonne-moi, pardonne-moi...

Elle pleurait tellement qu'elle ne pouvait plus parler. Je ne savais plus trop quoi faire.

- Maman, ils vont me tuer ??

Cette question la fit pleurer encore plus et moi me convainquit que j'allai effectivement mourir ou alors être emporté par le djinn. Sur le champ, je repensais a Rama que je ne reverrai plus, à tata Fanta et à la peine qu'elle aura si elle ne me voyait plus. Dans mon esprit de petite fille toutes ces pensées se bousculaient. Une cousine de ma mère vint me prendre et je l'entendis s'exclamer :

- Haa tu seras bientôt une grande fille.

Cette perspective m'enchanta et me fit oublier un peu mes peurs. Mon grand père était assis sous l'arbre en compagnie d'autres vieux et de quelques oncles. Il mâchait de la cola bruyamment. Il y avait dans la cour mes autres cousines et d'autres filles de quartier. Les mamans des autres filles parlaient à leurs filles en leur donnant des conseils. Je ne comprenais toujours pas et cherchait du regard ma mère mais je ne la vis pas. Ma grand-mère m'a alors pris dans ses bras :

- Soit forte ma petite. Tu es une fille courageuse me dit elle.

Chapitre 3 Chapitre 03

Cette petite peur revenait petit à petit et je redevins silencieuse, l'estomac noué. Je me souviens que j'ai eu des crampes. Elle m'emmena prendre une douche et me savonna de haut en bas vigoureusement. Elle me sécha et me mit une sorte de camisole. Bien lavée et quasi nues, je sortis avec grand-mère et on troua la vieille dame que j'ai toujours appelé la sorcière et ce jusqu'à présent. Elle avait un châle sur la tête et une petite poche de treillis attaché autour de la taille. Les autres petites filles du groupe se mirent à chuchoter ensemble à sa vue.

J'avais l'impression d'être la seule à ne rien comprendre. Donc j'étais la seule à être calme.

- N'ayez pas peur. Nous voulons juste savoir qui est la plus courageuse d'entre vous.

On nous a tous emmené dans une autre concession ou d'autres vieilles sorcières étaient rassemblées et semblaient nous attendre. Une d'entre elle étaient en train de nouer des morceaux de tissus et je compris plus tard qu'elles devaient servir de baillons. Les filles étaient devenues turbulentes. Et peu à peu j'étais également gagné par ce sentiment d'inquiétude. On apporta une caisse peu profonde qu'on renversa. Djalika, une de mes cousines du s'assoir la première. Une femme immobilisa sa jambe droite, une autre la jambe gauche, une troisième lui saisit le torse par derrière, et deux s'emparèrent chacune d'un bras. En tout, cinq personnes s'affairaient à maitriser le corps de ma cousine. On écarta ses jambes et la vieille sorcière s'installa entre elles. Je me souviens qu'elle cria fort et une femme l'a gifla. Mais rien n'y fit elle continua à crier et on lui fourra dans la bouche un des morceaux de tissus. Je me souviens que je trouvai ca comique et je me demande même si je n'ai pas ri. Je n'avais toujours rien compris parce que je me tenais à distance, mais quand vins mon tour je ne trouvai plus rien de drôle à la situation. On n'entendait plus les cris de Djalika et quelques minutes plus tard, une dame apporta une bande de tissu dans laquelle elle enveloppa les jambes de ma cousine des hanches jusqu'aux orteils. C'était si serré que ma cousine ne pouvait plus bouger les jambes. Puis 2 femmes la soulevèrent et l'amenèrent dans une case à coté.

Je n'avais toujours pas compris grand-chose. Quand on lui avait mis le morceau de tissu j'avais perdu le fil et à cause des femmes qui la maintenaient et l'entourait je n'avais rien pu voir. Une voisine qui était la suivant détala en hurlant. Les femmes la rattrapèrent et durent la trainer vers la caisse. Et la même scène se répéta. Elle cria, on la mit le bâillon dans la bouche et plus tard on l'enveloppa avant de l'amener dans la chambre. La scène se répétait et les filles passaient les une après les autres. A ce moment je crois que j'avais la tête vide, je me contentais d'observer la scène. La vieille sorcière opérait sans arrêt ne prenant que le temps d'essuyer le sang sur la caisse et de jeter du sable sur le sol.

Puis vint mon tour. Je pleurai aussi. J'avais peur. Je ne pouvais pas m'enfuir. Quand elles me prirent par les épaules, je criai. Elles m'installèrent sur la caisse et m'immobilisèrent. Je me souviens que l'une d'entre elles me rappela que ma mère ne voulait pas que je vienne. J'étais comme dans une arène dans ce cercle de femmes. Et dans mes souvenirs je les représente comme des êtres énormes devant moi une toute petite chose. Après m'avoir maitrisé elles ont soulevées le tablier et l'une d'elle s'est exclamé ou alors s'est mise à chanter.

- Oh diouldé que tu es joli, que ta peau est blanche. Et les autres femmes aussi se mirent à parler ensemble mais je ne comprenais plus ce qu'elles disaient.

Et là, la vieille sorcière se mit à couper. Le son je ne l'oublierai jamais. Il était pareil à celui d'un grattoir ou d'une déchirure, ou d'une griffe sur un sac de toile ou d'une nappe qu'on érafle. Les femmes se mirent alors à pousser des cris tandis qu'elles m'enserraient et m'étouffaient presque. De vraies sorcières. Plus fort que leurs cris, j'entendis encore le bruit du rasoir tranchant ma chair. J'étais tellement horrifiée que je n'avais émis aucun son. Je ne peux pas vous raconter la douleur. Je ruisselai de sueur, et j'étais sans force. Je ne réagissais plus à la douleur. J'ai encore en souvenir le soleil qui m'aveuglais quand je levai les yeux. J'avais mal au cœur et j'avais le sentiment que j'allais éclater. C'était comme si on me dépeçait vivante. Je tentai de résister, de me débattre. Je tremblai de tous mes membres de douleur. Mais que pouvais une petite fille contre cinq grosses femmes qui me maintenait. Peut être ai-je gémi ou haleté. Mais je n'ai as crié et le morceau de tissu me fut épargné. La vieille sorcière mit sur ma blessure sanguinolente des décoctions d'herbes censée accélérer la cicatrisation. C'était comme si on l'avait exposé aux flammes. Avant qu'on m'attache avec les pagnes, tout devint noir d'un coup. Je revins à moi quelques minutes plus tard sous les gifles des femmes. Je me rappelle que lorsque les femmes m'emmenaient dans la case, je baissais les yeux et je vis le sang sur le sol et les parties que la vieille sorcière avait coupé et mise dans un plat. Des fragments de nos chairs à moi et aux autres filles. J'appris plus tard qu'elle les avait enterrés quelque part dans la maison.

Je crois que je me suis encore évanouie. A mon réveil, j'étais dans la chambre avec les autres filles gémissantes et mortes de douleur. On est restée comme ca toute la journée. Puis la nuit, la porte de la chambre s'est légèrement entrouverte. Je revois encore aujourd'hui le visage de ma mère. Elle est apparut sur le seuil pour nous regarder. Ses yeux étaient mouillés. Elle nous vit allongées et les mots restèrent en travers de sa gorge. Elle ressortit et referma la porte. J'en voulais à ma mère. Je lui en voulais énormément de m'avoir laissé à la merci de ces sorcières. Elle savait ce que j'allais endurer. Dans le même temps je me disais que c'est parce que je m'étais trop attachée à tata qu'elle voulait me punir ou même me tuer. Beaucoup d'idées se bousculaient dans ma tête sans aucune explicatio de sa part.

Les jours qui suivirent furent horribles. C'était une terrible souffrance. Nous étions la, sur le sol dur, sans oreillers, emmaillotées comme des momies, incapables de bouger et suppliants chaque instant que cette douleur cesse. Mais au lieu de cela c'est ma grand-mère qui est entrée pour nous distribuer des cachets de médicaments. Les femmes nous surveillaient nuit et jour. Parfois ma mère se joignait à elles, parfois les mères des autres montaient la garde. Quand ma mère était la je gardais la tête baissée et elle aussi je voyais qu'elle me regardait tristement. Mais je ne répondais pas quand elle me posait des questions. Aucune ne se sentait capable d'aller aux toilettes toute seule et on priait pour ne pas y aller car la douleur était terrible au moment de pisser. Tout ce que nous espérions c'est que cela passerait. Pour tout repas, nous avions juste des fruits et du lait mais il fallait s'en contenter car on n'avait rien d'autre. Un jour, Djalika n'en put plus, elle se mit à crier et à s'agiter de douleur. Les femmes la ramenèrent dans la maison et nous l'entendîmes crier.

L'incision faisait mal, nos membres, ankylosés par l'immobilité, nous faisaient mal, la tête nous faisait mal et la nuit, la douleur se réveillait. Les cachets que grand-mère nous remettait nous soulageaient un temps mais après la douleur revenait de plus belle. Une semaine lus tard nous étions encore dans cette chambre. Nous étions examinés par grand-mère qui ne trouvait rien d'anormal. Quelques jours après les blessures suintèrent. Grand-mère a ouvert alors les fenêtres et enfin nous profitions de l'air frais. Nous avons soulevé les tabliers pour laisser le vent sécher nos plaies car grand-mère nous avait enlevé les pagnes. Mais elle nous a encore attaché plus tard en nous promettant de les enlever définitivement dans quelques jours. Cependant les plaies de 2 de mes cousines ne cicatrisaient pas normalement. Grand-mère a alors amené un encensoir dans la chambre et chaque jour, chacune des filles devait exposer sa plaie à la fumée pendant des minutes. Et cela s'est avéré efficace.

Grand-mère dirigeait les opérations. Elle avait plus d'expérience je crois que les autres femmes qui étaient à ses ordres. Et c'est elle qui inspectait régulièrement les plaies. Elle en profitait pour nous apaiser car dès qu'on la voyait c'était des torrents de lamentations et de pleurs. La douleur était parfois insoutenable. Elle nous expliquait que si nous ne restions pas calme, la blessure n'allait jamais cicatriser et moi en grande peureuse je limitai mes mouvements. Au fil des jours la douleur diminuait et nous trouvions la force de nous amuser en se moquant des plus peureuses. Les filles commentaient leurs cris et ca faisait rire tout le monde. Moi je n'ai pas crié mais je me suis évanoui une ou deux fois.

Je fus la première à être déliés au bout d'une dizaine de jours. Au début c'était difficile de marcher. La première chose que je fis c'est de me trouver à manger. Ensuite je filais dans les toilettes pour assouvir le plus criant des besoins. Je n'osai pas toucher l'endroit qu'on a coupé. Au bout de quelques jours, les autres filles aussi se sont rétablies et ont pu être libérées. Mais on restait toujours dans la maison et grand-mère surveillait chacun de nos gestes. Un jour, on s'est toutes lavé et nos mamans nous ramenèrent de jolis habits. On avait organisé une fête pour nous. Mes frères étaient contents de me revoir et moi aussi. Ma mère, je l'ai salué timidement et même quand elle m'a prise dans ses bras, je me suis dépêché de me libérer pour partir.

Elle avait toujours ce masque de tristesse mais moi aussi mon cœur était triste et dans ma tête j'étais convaincu que ma mère me détestait et que c'est pourquoi elle avait laissé la sorcière m'amener. Un soir elle m'a appelé

-Dioudé je suis fière de toi. Je sais que tu es fâchée mais un jour quand tu seras grande tu comprendras pourquoi j'ai fait ca. C'est pour ton bien.

- toi aussi on t'a fait ca ?

- oui, c'est une tradition.

- maman ca fais tellement mal. Pourquoi les a tu laissé me faire ca?

Je me suis mise à pleurer et maman aussi. Mais au fond de moi je voulais comprendre, je voulais savoir pourquoi. Malheureusement elle n'a rien dit de plus et cela m'a encore plus. J'avais 12 ans et à cet âge rien ne s'oublie. Jusqu'à présent je suis capable de décrire la couleur des habits que portaient les sorcières. Je lui en voulais et ca n'était pas prêt de partir.

- je veux rentrer....

- Diouldé, quand tu rentreras je te demande de ne rien dire à tata Fanta. Elle ne comprendrait pas. Si tu lui raconte elle te renverra de chez elle et tu n'ira plus à l'école.

Je pris peur et promis de ne rien dire. Elle a encore parlé un moment sur la nécessité de ne rien dire à personne et je suis reparti à ma fête le cœur lourd avec comme seul espoir la perspective de rentrer bientôt. Jusqu'a mon départ, je ne parlais presque plus. Le matin je cherchais un coin ou me cacher et je pouvais y rester toute la journée. Lorsque ma mère nous annonça notre retour fixé au surlendemain, mes frères sautèrent de joie. Moi je n'y croyais pqs trop et c'est seulement le lendemain, quand on fit le tour pour dire aurevoir que je fut soulagée.

Le voyage retour fut une véritable délivrance. Je retrouvai Dakar et dès le soir, maman a appelé tata d'un télécentre pour lui annoncer notre retour. Mon père était content de nous retrouver mais comme à son habitude n'a rien laissé paraitre. je fis le tour de la maisonnée pour dire bonjour et tout le monde me trouva amaigri. Le lendemain, tata Fanta est venu me chercher toute contente de me retrouver. Elle a eu un choc en me voyant et je voyais sur son beau visage la stupéfaction :

- Aissatou, qu'est il arrivé a ma fille ? Elle est toute maigre

- Elle était malade...répondit ma mère simplement, la tête baissée

- Mais tu aurais du m'appeler ou alors rentrer rapidement. Tu ne m'as donné aucun contact ou te joindre et Dieu sait qu'il ne s'est pas passé une journée sans que je ne songe à vous. L'année scolaire a débuté et elle a déjà quelques semaines de retard. Je me suis beaucoup inquiété.

- Elle va beaucoup mieux Fanta, elle a juste encore besoin de repos car elle est encore faible.

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