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« X » - La lettre de mon malheur

« X » - La lettre de mon malheur

Auteur:: promotion
Genre: Romance
« Lorsque je pénètre dans la chambre, Myriam se tourne vers moi et je constate qu'elle a dû beaucoup pleurer. Ses yeux sont remplis de larmes et elle présente des cernes bleutés. Je me présente. Après avoir demandé à Myriam comment elle se sentait, je lui explique pourquoi je suis là et comment les choses vont se dérouler à partir de maintenant. » À PROPOS DE L'AUTEURE Parler de Clotilde Charpentier a permis à Catherine Hacquard-Vincent de clôturer sa carrière d'assistante sociale tout en tentant d'aborder, afin de les partager avec d'autres, les possibles émotions, ressentis et questionnements attachés à l'exercice de cette profession.

Chapitre 1 No.1

Merci à toutes ces femmes

qui m'ont tant appris...

Première partie

Depuis longtemps j'entends dire, « les AS n'écrivent pas » ! Eh bien là, vous allez être servis !

D'abord, c'est vrai il faudrait déjà expliquer un peu ce que c'est ce terme d'A.S. Il ne s'agit pas d'Aide-Soignant, ni d'une carte de poker mais plutôt de travailleuse sociale, le nec plus ultra, celle qu'on appelle « l'enleveuse d'enfants » depuis que la profession existe, celle d'assistante sociale.

Au début d'ailleurs, elles étaient appelées des Surintendantes. Souvent des bénévoles, dames de charité, qui venaient d'un milieu bourgeois ou très aisé et qui se sont professionnalisées peu à peu. Voilà pourquoi il y a aussi très peu d'hommes assistants sociaux. De par l'histoire, mais aussi au vu du salaire qui n'est pas très élevé malgré le nombre d'années d'études et la technicité de cette profession.

Et puis la mauvaise réputation tient aussi aux heures sombres de la guerre. Il fut reproché à la profession d'avoir fait le jeu d'un régime qui voulait imposer un ordre social fondé sur l'exclusion de groupes entiers de la population. Les assistantes sociales, pour certaines, furent soupçonnées de collaboration. J'avais d'ailleurs vu une très bonne pièce de théâtre qui montrait l'évolution de cette fonction au cours de l'Histoire. C'était à la fois drôle et cynique.

Il faut penser à l'évolution positive de cette profession ; à la réflexion sur le secret professionnel et sur la déontologie ; deux grandes valeurs qui sont liées à ce métier de la relation d'aide.

On entend souvent que les A.S. n'écrivent pas beaucoup sur leur pratique professionnelle. Et c'est bien dommage, car si c'était le cas cela éviterait que des théoriciens nous rebattent les oreilles avec des concepts sociologiques dénués de substance, nous parlent de la population comme si celle-ci était composée de gens qui entrent ou n'entrent pas dans de petites cases.

Cela permettrait peut-être de pouvoir se lire, s'élaborer, se comprendre, se remettre en question pour progresser dans sa pratique professionnelle avec le soutien de superviseurs, de psy en tout genre.

Mais ce n'est pas de cela que je vais vous parler ici.

Ce que je m'en vais vous narrer est plutôt le récit de quelque chose que je n'aurais jamais dû vivre. Mais ceci m'est arrivé, c'est mon histoire, en tout cas un bout de mon histoire et pas le meilleur.

Vous vous demandez peut-être qui je suis. Cela vient. Je m'appelle Clotilde Charpentier, j'ai eu 39 ans le mois dernier. Je commence à avoir pas mal de fils argentés dans mes cheveux bruns et de petites rides au coin de mes yeux verts. Il paraît que celles-là, elles viennent quand on profite pleinement de la vie, on s'en passerait. Moi je croyais plutôt que les rides venaient lorsqu'on faisait toujours la gueule. Genre je reste figée parce que je n'ose me laisser aller. En ce qui me concerne, il est vrai que je m'amuse de tout, je ris de tout, et je me moque de tout. Je crois que de rire ainsi, me permet de faire face aux difficultés du métier mais aussi de la vie.

Je vis avec mon compagnon Fabien, depuis bientôt 19 ans. Nous nous sommes rencontrés très jeunes, puisque j'avais 17 ans et lui 19 ans. Tout de suite, je me suis sentie très attirée par lui. J'avais l'impression que cette attraction était plutôt de type animal, un peu comme l'effet produit par les phéromones sur les individus d'une même espèce. C'était merveilleux. On se comprenait à mi-mots, ce qui souvent nous faisait rire en présence d'autres personnes. Mon Fabien est quelqu'un d'intelligent, un peu réservé, contrairement à moi. Mais on dit que les extrêmes s'attirent.

Même si nous étions jeunes nous avions pris la décision de vivre ensemble dès que cela serait possible. Il nous fallait d'abord terminer nos études pour ensuite gagner notre vie et devenir un couple autonome. C'est ce que nous avons réalisé en nous installant ensemble dans un quartier très sympa de Paris.

Nous y vivons toujours aujourd'hui. Nous rions beaucoup ensemble. Il m'a toujours beaucoup amusée. En vieillissant, je pense que je me laisse de plus en plus aller. Au début de ma vie de jeune femme, je ne réussissais pas à rire aux éclats. Je voyais un film très drôle et je riais intérieurement puis peu à peu je me suis lâchée.

Mais bon mes histoires de rigolades, ce n'est pas ce que vous cherchez en lisant ces lignes. Vous vous demandez où je veux en venir. Alors je vais vous expliquer comment j'en suis arrivée là. Tout est lié à ma profession car c'est au détour de celle-ci que j'ai vécu le meilleur mais aussi le pire.

Mon métier : assistante sociale de service social selon la dénomination officielle. Cela fait plusieurs années que je l'exerce. Avant ça, car il y a eu un avant, j'avais exercé des boulots alimentaires, qui ne m'avaient pas beaucoup apporté de satisfaction. Quand mon boss de l'époque avait annoncé que la boîte allait s'installer en banlieue, j'avais changé de mine dans un premier temps, puis j'avais réfléchi et m'étais dit que cela pouvait devenir MA super opportunité. J'allais pouvoir m'offrir une formation longtemps espérée. Le refus du déménagement m'avait permis d'être licenciée. J'avais pu grâce à monsieur Cottrin, conseiller A.N.P.E. comme on disait à l'époque, bénéficier d'une formation au métier d'assistante sociale.

Dans un premier temps, il avait vérifié que j'étais éligible à cette formation. Comme j'étais titulaire du bac, cela ne posait aucun problème. Il m'avait ensuite demandé si je connaissais ce métier. Moi ce que j'en connaissais, c'était plutôt l'image erronée de cette chère « Joëlle Mazard », sans qui peut-être je n'aurais jamais choisi cette profession, même si ce n'était pas le reflet de la réalité du métier. Mais, en tout cas, c'est cette série télévisée pause-café qui m'avait donné envie de devenir assistante sociale.

Donc pour en revenir à monsieur Cottrin, conseiller très efficace, il m'avait suggéré de rencontrer une assistante sociale en chair et en os et de lui poser tout un tas de questions sur sa profession. Ensuite, m'avait-il dit, vous reviendrez vers moi pour me dire si cela correspond à vos attentes et nous monterons alors un dossier et une demande de prise en charge financière.

Ne connaissant personne de la profession, et pensant que les assistantes sociales ne travaillaient que dans le scolaire, j'avais téléphoné à l'assistante sociale scolaire de mon quartier, pour solliciter une entrevue. Elle avait beaucoup hésité, et s'était montrée très frileuse. Je lui avais répondu que je n'allais pas écrire un article sur sa profession, je voulais juste savoir si cela pouvait répondre à mon souhait de reconversion. Finalement, elle avait accepté et nous étions restées une heure et demie à échanger sur son travail. En sortant de là, j'étais sûre de moi : je voulais devenir assistante sociale

Chapitre 2 No.2

Monsieur Cottrin effectua la demande comme prévu, car comment me reconvertir si je ne percevais plus rien pour vivre ? Bien sûr, Fabien gagnait sa vie, il travaillait dans une banque mais ce n'était pas non plus la panacée. La vie à Paris est chère, notamment en ce qui concerne les loyers. Nous étions locataires et une grosse partie de nos salaires passait dans cette rubrique budgétaire. Nous avions commencé d'ailleurs à réfléchir à un projet d'achat immobilier.

La demande d'accès à cette formation fut examinée en commission et acceptée. Il était fort probable que ce qui avait motivé la décision était le fait que la formation déboucherait sur un diplôme d'état et que le chômage n'existait pas pour cette profession.

Je pouvais donc entamer ma reconversion tout en percevant les indemnités chômage. La chance de ma vie !

Je passais donc un concours d'entrée en centre de formation au métier d'assistante sociale. Quelle ne fut pas ma surprise quand arrivée sur le lieu du concours, je m'aperçus que toutes les jeunes femmes présentes sortaient du lycée ou avaient quelques années de plus. Comment me remettre à écrire une dissertation alors que j'avais quitté les bancs de l'école depuis pas mal de temps ? L'écrit consistait en une dissertation et un commentaire de texte. Je me souviens encore aujourd'hui des sujets. Celui de la dissertation était : « La peur peut-elle provoquer du plaisir ? » et le commentaire abordait lui les sports à risques chez les adolescents. J'ai tenté le tout pour le tout. J'ai écrit comme je le sentais. Je me suis inspirée de mes lectures, de mon expérience personnelle et de mes souvenirs scolaires. Et j'ai aussi utilisé l'humour en concluant ma dissertation par la phrase suivante : Qui vous dit que je ne suis pas en train d'éprouver du plaisir à dépasser la peur de ce concours ? Et cela a fonctionné.

Ayant eu une note correcte à l'écrit, je fus admise à la deuxième partie du concours, à savoir un entretien de sélection par un jury composé d'un psychologue, de la directrice de l'Institut ainsi que d'une formatrice de l'école. J'ai été admise et ai intégré à la rentrée suivante le centre de formation dans lequel j'avais passé mon concours

Pour être vraiment franche avec vous, je vous dirais que je ne savais même pas qu'on pouvait s'inscrire à plusieurs concours en même temps. De ce fait, j'avais pris de gros risques. Si j'avais raté mon concours dans cette école, ma reconversion échouait. En effet, il n'y avait que 40 places à pourvoir et nous étions plus de 400 candidates dans cette école. Les postulantes s'étaient inscrites dans plusieurs écoles pour essayer de décrocher au moins un concours.

Ces trois ans de formation avaient été pour moi un vrai bonheur, me reconvertir était une opportunité. J'avais l'impression de rajeunir ! J'étais entourée de nanas plus jeunes que moi et je dois dire que j'ai bien ri pendant tout ce temps. Il est vrai qu'à mon âge je me sentais beaucoup moins timide donc plus disponible pour apprendre. Le monde scolaire pour moi présentait moins de pression et beaucoup plus de confort que le monde professionnel, des horaires très cool, des vacances scolaires. Les périodes de stages elles, étaient plus difficiles.

Aujourd'hui encore, je suis en contact régulier avec plusieurs d'entre elles qui sont devenues assistantes sociales dans des domaines différents. Certaines ont lâché la formation et sont parties vers d'autres horizons professionnels. Malheureusement, elles résident toutes en région et je ne les vois pas souvent.

Mon premier stage m'avait vraiment intéressé. Je l'avais réalisé dans un service de maternité Parisienne. J'avais choisi le thème de mon premier mémoire : je travaillerai sur l'accouchement dans le secret, ou plus communément appelé « l'accouchement sous X ».

J'avais lu quelques années auparavant un livre sur ce thème, dans lequel j'avais compris que la plupart du temps, lorsque l'on porte un nom de famille qui est aussi un prénom, on peut supputer l'existence d'un ancêtre abandonné. Cette information avait eu un grand écho en moi dans la mesure où mon nom de jeune fille est Laurent.

Je m'étais dit qu'un de ces jours, j'effectuerais des recherches généalogiques pour éclaircir cette question. Mais pour le moment, c'était la formation qui devait occuper toutes mes pensées et tout mon travail.

À l'issue de la formation, j'obtins mon D.E. (Diplôme d'État), puis passai le concours d'entrée dans la fonction publique. J'avais commencé par travailler dans une mairie communiste sur le 93. J'étais assistante sociale en polyvalence de secteur. Ce qui consistait à accompagner toutes personnes domiciliées sur un même quartier. Les situations étaient diverses, les problématiques nombreuses et variées. C'est là que j'ai tout appris, en tout cas tout ce qu'il faut pour exercer à peu près correctement.

Être assistante sociale municipale avait pour conséquence un partenariat très solide avec tous les services de la Ville mais aussi les services intercommunaux et départementaux. Ce qui facilitait grandement le travail d'accompagnement des usagers. De plus, nous devions exercer les missions bien sûr nationales, départementales mais aussi municipales. Le 93 était un département où l'on testait les nouveaux dispositifs sachant qu'à l'époque et encore aujourd'hui, le niveau de pauvreté y était important. Après quelques années d'exercice dans cette ville, j'ai demandé mon détachement pour entrer dans une maternité publique à Paris.

Je m'interrogeais à nouveau sur mes choix. Pourquoi ce choix de la maternité alors qu'un poste dans un service d'hématologie, greffe de moelle osseuse s'offrait à moi. En effet, j'avais eu un très bon contact avec la Cadre Sociale qui me pensait très adaptée au poste. Mais je n'ai pas réfléchi très longtemps pour me décider à accepter la proposition du poste en Maternité. Au niveau de ce recrutement, j'avais vécu le contraire de ce que j'avais toujours connu en travaillant dans le privé. C'était moi qui choisissais le poste sur lequel je voulais exercer et non l'inverse. Ce qui était quand même très confortable.

Mon détachement accepté et ma candidature retenue, je rentrais dans une équipe de quatre assistantes sociales et une secrétaire médico-sociale mais aussi dans un monde de soignants. Ce qui ne fut pas sans poser quelques problèmes à mon arrivée. Pendant quelque temps, il m'avait fallu œuvrer pour me faire accepter et apprécier.

Les difficultés rencontrées tenaient au fait que les transmissions d'informations étaient toujours teintées de résistances. Le secret professionnel n'était pas le même pour les assistantes sociales et les soignants. Cela pouvait donc créer des raideurs dans la communication entre les différentes catégories professionnelles, parfois même des conflits.

J'essayais d'arrondir les angles, car certaines de mes collègues se montraient rigides et se retranchaient derrière la déontologie de la profession. Cela nous était beaucoup reproché d'autant que nous avions accès facilement et régulièrement aux dossiers médicaux des patientes, en revanche le personnel médical n'avait pas accès aux dossiers sociaux. Les soignants se sentaient dévalorisés et trouvaient cela injuste.

Il m'a toujours semblé que nous pouvions être souples à condition que cela serve à l'avancée des situations. Trop de rigidité empêche le travail d'équipe qui est indispensable dans une relation d'aide.

Chapitre 3 No.3

Tous les matins, je me faisais un devoir de venir saluer mes collègues infirmières des urgences gynécologiques et obstétricales. J'avais vraiment envie de travailler avec tout le monde et je trouvais toujours moyen d'enrichir nos relations.

Les équipes se succédaient mais ne se ressemblaient pas. Les unes avenantes et chaleureuses avec les patientes, certaines l'étaient un peu moins et pouvaient parfois être un peu envieuses.

Les aide-soignantes, les infirmières travaillent dur et sont mal payées. Alors en réaction, elles ne comprennent pas toujours pourquoi les patientes en grande précarité se voient prises en charge en toute circonstance à 100 % alors qu'elles-mêmes, salariées rament pour assurer leur quotidien, le paiement de la garde des enfants, une mutuelle correcte... Alors elles se trompent de cibles, et s'en prennent à ces femmes souvent issues de l'immigration, arrivées en France parfois enceintes « jusqu'aux yeux ».

De temps à autre, les collègues venaient me voir pour me demander conseil sur leur propre situation.

- Comment puis-je faire Clotilde pour avoir un logement H.L.M. Tout le monde dit que c'est réservé aux cadres ! J'en ai ras le bol de payer un loyer exorbitant et mes filles sont obligées de partager une même chambre alors qu'elles ont une grande différence d'âge.

- Clotilde, il faut que je te parle, mais surtout il ne faut pas que mes collègues me voient, mon mari n'est pas bien en ce moment, il ne supporte plus sa situation de chômeur et ça retentit sur notre vie de couple. Il s'énerve facilement, enfin tu vois ce que je veux dire. Mais surtout, ne dis rien à personne.

- Dis-moi, est-ce que tu crois que je pourrais bénéficier d'une aide pour le départ en colonie de mon fils ? Il n'y a pas des trucs possibles par la CAF ?

Tout ça pour dire qu'à force de discussions, de petites paroles le matin en arrivant, de sourires, de conseils adaptés et aussi de petites blagues j'avais réussi à me faire accepter, et mieux encore à me faire apprécier.

Le travail était rude dans cette maternité. La population reçue non seulement par la maternité mais pour certaines femmes aussi par le Service Social était et est toujours d'ailleurs majoritairement un public en grande précarité.

Vous n'imaginez pas ce que représente pour une assistante sociale le fait de devoir faire appel au Samu Social, le fameux « 115 » pour trouver une « solution » d'hébergement. Il s'agit très souvent d'hôtels pourris de la capitale, ou parfois loin de Paris, avec présence de blattes, souris, etc. Nous restons une demi-journée pendues au téléphone à attendre que le 115 nous trouve une solution. Et surtout, nous essayons de trouver des moyens d'apporter le minimum vital à cette dyade maman/bébé. Parfois, il arrivait qu'aucun équipement ne soit prévu dans la chambre. Ce qui obligeait les mères à dormir avec leur bébé dans le même lit.

Je me souviens de cette mère venue nous expliquer qu'elle avait cassé le bras de son bébé en se retournant la nuit dans le lit. Grande était sa culpabilité lorsqu'elle nous avait raconté cet accident en présence d'une autre mère. Elle voulait empêcher cette femme de commettre la même erreur qu'elle.

Nous attirions donc l'attention des mères sur ces risques et suggérions d'utiliser un gros oreiller pour y déposer leur nouveau-né. Cela choquait parfois certains professionnels que nous puissions prodiguer de tels conseils. Mais que faire ?

La maternité pourrait être une joie totale mais ce n'est pas toujours le cas. Comment exercer normalement son métier d'assistante sociale, quand on cherche à répondre aux besoins primaires et tenter d'apporter le minimum vital ? Nous devons nous assurer que la maman pourra trouver dans une association, des couches, du lait pour son enfant mais aussi de la nourriture pour elle-même... Il est important que la maman puisse se nourrir correctement lorsqu'elle allaite. Parfois, il arrivait que certains personnels critiquent les mères qui souhaitaient donner le biberon à leur enfant alors qu'elles étaient dans une grande précarité. Mais comment reprocher à des femmes de vouloir faire comme tout le monde, à savoir choisir d'allaiter ou non ? Il s'agit bien là de détresse humaine...

Et le questionnement s'installe en nous, quant à la politique du pays en matière d'immigration, en matière de protection maternelle et infantile, quant à notre impact sur un possible changement... Il paraît que nous œuvrons dans le domaine de la Protection de l'Enfance ! Baliverne !

Heureusement, le monde associatif pallie les failles et les manquements de l'État. Mais est-ce bien normal ? Est-il bien normal de payer deux fois, d'une part par le biais de nos impôts, d'autre part par les dons faits aux associations ?

Bref, nous ne sommes pas là pour parler de tout ça, mais il n'y a rien à faire, c'est de la déformation professionnelle...

De temps à autre, nous prenions en charge des femmes qui souhaitaient accoucher dans le « secret ».

À cette époque, toute femme qui souhaitait accoucher dans le secret pouvait s'inscrire sous un prénom (le sien ou un autre) suivi de « X » à la maternité pour le suivi de sa grossesse.

Le jour de l'accouchement, elle était prise en charge mais son nom ne figurerait jamais sur l'acte de naissance du bébé. C'était comme si un bébé était né sans qu'il y ait eu accouchement, bizarre non ? En revanche, son identité était confiée au coffre de l'hôpital sous pli scellé. Ceci pour pouvoir savoir qui était cette femme en cas de décès lors de son accouchement. C'était violent mais nécessaire.

La femme pouvait quitter la maternité quand son état le lui permettait.

Alors commençait à courir un douloureux délai de deux mois pendant lequel elle pouvait selon la loi se rétracter et revenir sur sa décision de confier son bébé à l'adoption. Dans ce cas, elle devait aller en mairie pour y reconnaître son bébé et remplir un formulaire à adresser à l'Aide Sociale à l'Enfance. Après un entretien, l'A.S.E. devait lui remettre son bébé. Mais contrairement à ce qu'on pourrait penser, « récupérer » son enfant n'était pas si simple.

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