== Yelena's Song ==
Chapitre 1
Henri Jeanson a dit: "Les affaires de cœur et le vin, cela va bien ensemble...Qui vide son verre, vide son cœur".
Une chose est sûre, je n'ai jamais touché à mon verre de vin... Et maintenant, il a perdu toute sa saveur. Mon verre est resté rempli alors que quand je me servais, j'étais sûre de pouvoir le finir. La réalité, c'est que je ne l'ai jamais touché, ni les rebords du verre ont effleuré mes lèvres pulpeuses. Je me suis rendue compte que ce vin n'est pas à mon goût, à quoi bon m'efforcer de le goûter?
Je gare ma voiture du côté opposé de la maison, elle est une Dodge de couleur rouge noire avec des vitres fumées. Devant le rétroviseur intérieur de ma voiture, je fais passer sur mes cils du mascara et un gloss vite fait sur mes lèvres pulpeuses. Mes cheveux sont coiffés de rajout avec des mèches de couleur violette et noire, j'aime ces deux couleurs. J'ajuste ma robe, elle est un peu courte et expose mes longues jambes bien lisses; la robe est en pagne WOODIN, oui du vrai! Elle n'a pas de manches et le devant est un peu ouvert, ce qui donne une belle vue sur ma poitrine. Je n'aime pas les bijoux, je ne mets jamais de colliers mais avec une robe pareille, il le fallait. Les seuls accessoires qui ne manquent jamais sont ma montre TW STEEL et mes lunettes de soleil avec lesquelles je peux cacher un peu mes yeux noisette. Je suis grande de taille mais cela ne m'empêche pas de porter des talons, ceux que je porte sont confectionnés au même pagne que ma robe et de mon sac. J'applique un peu de fond de teint pour faire briller plus ce teint brun que j'ai hérité de ma mère. Je suis jolie... belle aussi.
La cliente que je dois rencontrer est vraiment bavarde et je risque de quitter de chez elle le soir. Le côté plaisant est qu'elle a toujours des snacks à offrir, alors quand elle se met à raconter son parcours médical depuis Dakar jusqu'à Lyon où elle a rencontré son mari, je pourrai noyer mon ennui dans ses boissons et snacks. Oui, je connais toute son histoire pour l'avoir entendue plus d'une vingtaine de fois, plaignez-moi! C'est un bout de femme qui malgré l'âge reste forte et belle. On ne reconnait sa vieillesse qu'aux quelques cheveux blancs qu'elle essaie tant bien que mal de cacher. Je suis décoratrice d'intérieur, c'est surprenant! J'ai toujours aimé les décorations. J'ai ma propre agence et tout se passe bien vu que ma clientèle couvre toutes les classes sociales. Je n'ai pas suivi de formation particulière pour cela, c'est un apprentissage sur le tas et pour mon agence, c'était facile car mon mari qui bientôt sera ex-mari s'en était chargé. J'ai 31ans, décoratrice d'intérieur. Je m'appelle Yelena Wed.
Oui, je suis mariée et divorcée très bientôt. J'aimerai bien vous en parler mais il faut que j'y aille, ma cliente s'impatiente et je n'aime pas faire attendre les gens.
Je descends de la voiture et traverse l'allée du jardin qui mène jusqu'à la maison. Des fleurs soigneusement entretenues forment la clôture chez elle. Elle m'invite à m'asseoir, c'est l'une de mes fidèles clientes. Son salon n'est pas bien immense, c'est un style contemporain; les murs sont peints en gris et un portrait de famille est accroché; les portes et fenêtres sont en blanc de même que le plafond. Une piscine est située derrière la maison... bon, quand on est dans le décor, on se perd tout le temps à admirer les lieux.
- Madame Autin, avez-vous déjà une idée du sapin que vous voulez?, je demande en voyant les styles enregistrés dans ma tablette.
- Non, j'attendais que vous me fassiez des propositions.
- Vous avez le choix entre le sapin polaire, le classique...
Je lui explique les différents styles qu'elle peut choisir en faisant défiler les images. Après de longues hésitations, elle opte pour un style majestueux. Nous concluons avec les factures y compris celle de la main-d'œuvre, elle va me faire un virement. Comme je l'avais dit, j'ai encore eu droit à la belle histoire de son parcours médical du Dakar à Lyon où elle a rencontré... Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants. Ça doit être la 23ème fois qu'elle me la raconte ou plus, j'ai arrêté de compter depuis la 3e fois.
3h plus tard,
Never been so proud of myself
Looking out for me,
For once putting me,
Before someone else
A selfish love has been my experience
On the unfortunate side of a love
That just takes and never gives
But Ohh,
No more feeling sorry for myself
Cuz I know my worth
Ohh, will no longer settle for whatever
Cuz I know I deserve heaven and earth
Les paroles de cette musique me décrivent mot par mot que j'ai comme l'impression de les avoir écrites. Oui, je les ai écrites avec l'histoire de ma vie. Elles volent chaque émotion en moi quand je les écoute. Je sirote mon verre de martini étant dans le jaccuzzi.
Jamais je ne me suis sentie aussi en paix, libre, mon divorce va être prononcé dans deux semaines et je suis heureuse. Je vais pouvoir verser ce vin que je n'arrivais pas à boire et le verre avec. Pour une fois, je vais penser à moi, pour une fois je vais être le spolight de ma vie; ce n'est pas de l'égoïsme mais de la prise de conscience. Je suis restée dans un mariage que je savais vouer à l'échec depuis le début. J'ai voulu espérer, croire que les choses pouvaient changer... J'ai longtemps porté le statut d'épouse... J'ai tout perdu en pensant gagner. Mon ambition a pris le dessus de ma raison. Etre sa femme pour que tous ceux qui m'ont une fois traitée de petite villageoise prônent le respect quand je descends des voitures luxueuses, quand je suis invitée à des galas ou soirées importantes. J'ai eu l'opulence, le respect, les villas, les voitures... J'ai eu tout ce que je désirais sauf... le bonheur parce qu'aucune de toutes ces choses que j'ai désirées ne m'a rendue heureuse. Sombrer dans une vie de luxe pendant des années.
Ne pas partir parce qu'ils me répètent tous que je n'ai pas le droit. Que je devais penser à eux et c'est ce que j'ai fait... J'ai pensé à eux. Toute ma vie, j'ai pensé à eux, ma mère, mes frères, mes neveux et nièces; il est temps que je pense enfin à moi, à trouver mon bonheur. Je me suis rendue compte que l'argent ne rend pas heureux. Certes, il m'a aidée à subvenir aux besoins de ma famille, à créer une immense villa pour ma mère mais il m'a tuée, l'argent a tout simplement tué la femme que j'étais et maintenant, je veux la ressusciter. Personne n'approuve ma décision mais je ne regarde que moi sur le chemin. Je vais enfin divorcer et reprendre ma vie. Après tout, je suis une femme forte, je l'ai toujours été.
J'ai été forte pour ma famille parce qu'elle me le demandait mais cette fois, je veux être forte pour moi, rien que moi. Il est temps de laisser tomber le verre de vin.
Je me couvre en sortant du jaccuzi, j'ai attrapé froid. Je veux arrêter la musique mais me résigne à laisser ces paroles toucher encore mon âme brisée par un homme qui est mon ex-mari-to-be. Je me couche sur le tapis à peau de zèbre. La fraîcheur que dégagent les carreaux me donne un air de gaieté, c'est dans la nature que je trouve ce qui me manque. J'aime le décor de cette maison, ça m'a pris près d'un mois pour le terminer. Les divans et chaise sont faits de tissus africains et des statuettes et tableaux africains sont dans chaque coin du salon. Oui, j'aime montrer l'Afrique, valoriser la culture africaine. Les murs sont recouverts de papier peint neutre, les rideaux sont confectionnés de pagnes traditionnels de Ghana appelés Kita. C'est vraiment cher mais ça donne une couleur magnifique au salon. Dans la salle à manger, un plateau artisanal de fruits est placé sur la table. La cuisine est américaine, ses murs sont blancs; il y a trois douches dont le carrelage va du mur au sol. Ma chambre comprend un immense dressing, un grand lit, un pouf et deux fauteuils avec une table basse, un plasma; les murs sont en blanc et un tapis à peau de zèbre couvre une bonne partie de la pièce. A part cela, il y a 4 autres chambres, un bureau. J'allume le désodorisant et ferme les yeux pour communiquer avec mon moi intérieur.
Mon téléphone me fait sursauter, c'est Lu ma copine, une belle créature. Elle a un teint ébène que j'envie, un peu élancée avec des yeux de biche. Je l'aime vraiment, en elle seule, elle a des qualités qui séduisent facilement son entourage. C'est la seule personne qui m'encourage à divorcer... Je crois que c'est la seule personne qui veut vraiment de mon bien.
- Alors comment tu vas Yel?
- Ca va, je suis allongée sur le tapis de mon salon en train de retracer les 5 dernières années de ma vie, me demander ce que j'ai gagné.
- Yel?
- Hum.
- Arrête ça. Il va bientôt signer ce divorce et je vais aller te trouver un bon ken (gars). Oublie ton idiot de mari, c'est maintenant que ta vie va commencer alors laisse derrière toi ces 5 années.
- J'ai hâte. Il y a trop de toile d'araignées déjà.
- Reste tranquille, on va tout enlever, dit-elle dans un fou rire.
- Si ce n'est que toi, je fais confiance.
- Voilà qui est bien dit. Nous allons au gym demain?
- Oui bien sûr.
Lu et moi faisons du sport ensemble mais moi plus qu'elle car je peux me permettre des temps libres contrairement à elle.
Je me mets à la cuisson et mange devant la télé.
Le jour que mon divorce sera prononcé, je célébrerai cela dans la soirée avec mes copines. Je célébrerai ma liberté. Si on m'avait dit que le mariage allait être l'enfer que j'ai vécu, je ne me serais pas aventurée dans cela. La tentation d'une vie d'opulence et les voix de ma famille m'ont encouragée à m'engager dans cette vie.
Le lendemain,
J'ai quitté le bureau pour aller vérifier si Mme Autin a finalement fait le virement, plus qu'une semaine et nous serons en décembre, je dois finir avec elle avant le début du mois. Un appel de mon avocat fait vibrer mon téléphone, je me gare sur le côté pour répondre. Cet imbécile a surement déjà signé le divorce.
- Oui Me, quelle nouvelle avez-vous pour moi ce matin? Il a déjà signé?
- Nous avons un problème Mme Arnel, votre mari a refusé de signer
Je raccroche sans rien dire et fais demi-tour en direction du cabinet de mon avocat. Je ne sais pas ce que ce con me veut, je vais reprendre ma vie et il va m'aider à réaliser cela. Je prends les papiers chez mon avocat et arrive à son entreprise. C'est avec colère que je traverse les couloirs et ascenseurs du bâtiment, je ne réponds pas aux salutations sur mon passage. Je ne suis pas d'humeur à jouer l'aimable femme du patron. Sa secrétaire essaie de me retenir en disant qu'il est en réunion, nous avons tous une fois été en réunion alors qu'ils nous foutent la paix. Les portes de son bureau sont vitrées et sécurisées, il me voit et refuse d'appuyer sur le bouton pour m'ouvrir. Je frappe du pied en criant et il ouvre rapidement.
- Tu dois signer les papiers Yanis, signe ces putain de papiers; je crie en lui jetant les papiers en face.
Il fait signe aux hommes présents de l'attendre dehors et reprend confortablement sa place sur la chaise.
- Je ne signe pas
- Yanis, tu vas signer ces papiers. Je m'en fous de savoir ce que tu fais, tu vas tout simplement signer ces papiers et me laisser partir.
Il fait le tour de son bureau et vient se mettre devant moi, me prend par le bras.
- Tu es ma femme Yelena et tu resteras mienne. Je ne vais pas te faire le plaisir de te laisser partir, non jamais.
Il est en colère mais a le regard tendre comme un agneau. Je libère mon bras.
- Je ne t'appartiens pas Yanis, je ne suis pas ta propriété. Tu vas signer ce divorce.
- Oh si, tu m'appartiens. J'ai fait de toi la femme que tu es devenue. Je t'ai soignée, appris à côtoyer les grandes personnalités. Je fais de toi la directrice d'une grande agence aujourd'hui et je t'ai même laissé la maison afin que tu te sentes libre. Tu n'étais rien, j'ai fait de toi une autre Yelena. Alors, ne me dis pas que tu n'es pas ma femme. C'est moi qui ai perdu durant ces 5ans de mariage, que m'as-tu donné? Dis-moi? Rien que le minimum, tu n'as pas pu.
Ses phrases me font mal au cœur, vraiment mal... J'ai envie de pleurer mais je ne vais pas le faire, je ne le ferai plus jamais. Je suis forte.
- Je ne signerai pas ce divorce Yelena.
- C'est ce qu'on verra; je dis en retenant mes larmes.
- On verra bien. Tu sais qu'il ne faut jamais douter de ma parole, on verra bien si tu auras ce divorce. Tu resteras MA FEMME!
== Yelena's Song ==
Chapitre 2
Lucie Akank,
Je n'ai jamais vu Yelena aussi hystérique qu'elle ne l'est à présent, il n'y a que son mari qui réussit toujours à la mettre dans cet état. Je me demande pourquoi il ne la laisse pas partir tout simplement et refaire sa vie. Elle m'a appelée quand elle sortait du bureau de Yanis, elle n'arrivait pas à parler vu qu'elle bouillait de colère; c'est par message qu'elle m'a expliqué qu'il avait refusé de signer le divorce. Je suis venue aussi vite que j'ai pu.
Je connais Yelena depuis 6ans. Nous nous sommes rencontrés dans un supermarché, j'étais à la caisse quand elle s'est approchée pour demander à la femme de faire une réduction du gel de douche qu'elle tenait à la main. L'année après, elle s'était mariée. Je ne sais pas si je peux dire que Yanis l'aime encore vu tout ce qui s'est passé entre eux. Ce divorce risque d'être un long combat que ce que j'imaginais parce que si Yanis refuse de signer, il risquera de ne jamais le faire. Yelena qui à tout prix veut divorcer, ne se laissera plus faire. Il y aura un combat de fer entre ces deux.
Pour commencer, il faut déjà qu'elle se calme. Je suis venue à temps pour l'empêcher de tout casser dans la maison parce que quand Yanis la rend furieuse, elle casse tout et lui demande quelques jours après de remplacer tout ce qui a été cassé... C'est toujours comme ça avec Yelena et son mari.
- Regarde-moi Yel; je dis en lui prenant les mains.
Elle lève la tête et me regarde, ses yeux sont rouges, ses mains tremblotantes.
- Inspire et expire.
Elle me regarde, ferme les yeux et fait ce que je lui ai demandé. Je sais que c'est la meilleure façon de la calmer avant de parler avec elle sinon elle ne fera que crier. Je sens son corps se relâcher, sa respiration retrouver la normale.
- Je veux juste qu'il me laisse partir Lucie. C'est tout ce que je demande.
J'essuie la larme qui coule sur sa joue et la prends dans mes bras sans rien dire. Je ne sais pas encore quoi répondre, je ne peux pas la rassurer qu'il signera le divorce quand il a déjà dit qu'il ne le fera jamais. Yanis est aussi têtu qu'elle, c'est pourquoi je ne peux pas la rassurer qu'il finira par signer.
- Je ne le laisserai pas s'en tirer victorieux en me gardant comme son épouse. S'il veut faire les choses par la force, je le servirai parce que cette fois, je ne me laisserai pas faire.
- Parlez au calme au lieu de faire la guerre pour ce divorce; je dis en me libérant d'elle.
- Je ne lui parlerai pas, c'est me montrer faible comme toujours.
- Yelena...
- C'est non j'ai dit; proteste-t-elle.
Yanis Arnel,
Je sais que ce n'est pas normal mais j'aime la voir en colère comme tout à l'heure, c'est vrai que je paie cher des conséquences de sa colère après. C'est une chance qu'elle n'ait rien cassé ici contrairement à ses habitudes ou qu'elle m'ait sauté dessus parce que Yelena en colère, c'est comme une ville après le passage d'un ouragan. Je l'ai déjà vue sous toutes ses formes hystériques, une de plus ne me tuera pas.
Yelena, Yelena. Il te faut plus de cran pour me faire signer ce divorce.
Je désactive pour laisser entrer Charles. Charles est un ami d'enfance, c'est plus un frère qu'un ami. Il est un peu trop gros, je lui ai recommandé de faire un peu de sport mais il n'aime pas, j'espère qu'il ne finira pas obèse.
- Que s'est-il passé avec Yelena? J'ai eu l'écho et à ce qu'on m'a dit, elle n'était pas contente; dit-il en s'asseyant dans le salon du bureau.
- Rien qui ne puisse m'échapper. Elle va se calmer; je réponds en me servant un verre de whisky.
- Qu'as-tu encore fait Yanis?
- Pourquoi penses-tu que j'ai fait quelque chose?
- Parce qu'il n'y a que toi qui peux la rendre hystérique, furieuse et j'en passe.
- C'est parce que je suis son mari; je réponds avec un sourire au coin des lèvres.
Je reconnais que les crises de colère de Yelena sont de ma faute, elle est lente à la colère mais avec moi c'est autre chose. Et quand je veux être auprès d'elle, cela l'énerve aussi; Charles n'a vraiment pas tort mais ce n'est pas pour autant que je lui donnerai le divorce. Si sa prochaine colère doit me tuer, je préfère mourir que de signer ces papiers. Je préfère qu'elle me tue que de demander le divorce. Il lui faudra passer sur mon cadavre pour avoir son divorce parce que tant que le sang circule dans mes veines, elle sera toujours Mme Arnel. Je ne veux pas changer cette situation.
- J'ai refusé de signer le divorce, elle l'a mal pris et est venue crier sa rage.
- Tu m'étonnes! Tu voulais qu'elle te félicite peut-être? Qu'elle applaudisse ton geste? Elle a raison de crier sa rage et tu le sais. Pourquoi tu ne la laisses pas partir?
- Quoi? Tu la veux?
- Tu es fou; dit-il en secouant la tête. A quoi ça sert de la retenir alors que tu ne l'aimes pas?
- Qui te dit que je ne l'aime pas?
- Avec tout ce que tu l'as fait vivre, tu vas dire que tu l'aimes? Yanis, vous êtes mariés depuis 5ans et depuis 5ans, tu n'as pas cessé de lui faire de mal. Elle a raison de vouloir partir, elle a trop pris sur elle et c'est parce qu'elle n'en pouvait plus qu'elle a demandé le divorce.
- Je te rappelle que tu es mon ami. De quel côté es-tu?
- Je suis neutre; répond-t-il avec recul. Je ne prends pas parti dans cette histoire même si je pense que ta femme a raison.
- Elle m'a épousé parce qu'elle voulait l'opulence et non parce qu'elle m'aimait.
- Toi non plus. Par contre, elle a fini par t'aimer.
Il est vrai que notre mariage n'était pas fait d'amour mais rien ne dit que je n'aime pas ma femme. J'aime ma femme. Je ne lui ai jamais dit mais je l'aime contrairement à ce qu'elle croit. Contrairement à ce que Charles ou Lucie pense, j'aime ma femme. Je lui en veux de m'avoir épousé juste pour ce que je possède, je ne le savais pas jusqu'à ce qu'elle me le balance à la face d'une manière crue. C'est vrai qu'au début je ne l'aimais pas mais quand j'ai commencé à l'aimer et vouloir m'investir dans ce mariage, elle m'a refroidi, totalement refroidi. Ca fait mal, très mal pour un homme d'entendre sa femme dire qu'elle l'a épousé pour son argent et rien d'autre. Comment dois-je me sentir? Elle a eu tout ce qu'elle voulait et maintenant qu'elle l'a, elle veut partir... Mais il est hors de question. Elle restera dans ce luxe qu'elle a épousé; il n'y a rien qui ne lui manque où elle est.
- C'est vrai que je l'ai épousé pour une autre raison que l'amour mais je ne lui donnerai pas le divorce. C'est ma décision, Yelena est ma femme et cela même après la mort.
- Tu aimes la voir dans cet état, n'est-ce pas? Fait-il en secouant la tête. Tu as toi-même dit que tu ne l'aimes pas alors libère-la pour un homme qui va l'aimer.
- Je vais commencer à croire que tu veux me prendre ma femme; je dis narquoisement.
Charles parle de ce que je lui ai fait croire... Lucie me déteste pour ce que je lui ai fait croire. Personne ne veut donner du tort à Yelena alors qu'ils savent tous quelles sont les raisons qui l'ont conduite dans ce mariage. Je ne vais pas justifier mon attitude de ces 5 années mais je sais qu'elle y a été pour quelque chose pour les sentiments qu'elle a. Ce que j'étais loin de m'imaginer, c'est de la voir demander le divorce. Je ne m'y attendais, je n'ai jamais pensé qu'elle déciderait un jour à me quitter. Et je ne peux laisser cela arriver parce que je l'aime, une vérité qu'elle ne saura jamais parce qu'elle est trop insolente et n'a pas le droit de savoir que je tiens à elle. Elle a tout ce qu'elle souhaitait, et restera là. Elle est insolente et c'est comme ça que je l'aime.
Je suis Yanis Arnel, directeur des services de la Marine. J'exerce un métier qui n'a rien à avoir avec ma formation professionnelle mais j'aime ce que je fais. C'est devenu ma plus grande passion, toute ma préoccupation. Je suis marié à une femme qui veut divorcer, ce qui est loin d'arriver. Je suis déjà marié sans enfant, je ne vais pas ajouter à mon curriculum divorcé sans enfant là.
Yelena,
Coûte que vaille, j'aurai ce putain de divorce. S'il faut employer la force, il me signera ces papiers. Que peut-il bien me faire de plus mal que ce qu'il a déjà fait? J'ai payé de ma folle soif de la richesse et si je savais que la fin allait être celle que j'ai vécue, je serais restée dans ma pauvreté, dans ma famille. Ce ne sera pas un simple jeu car je suis consciente de l'avantage que Yanis a contrairement à moi. Personne ne pourra le forcer à signer car il côtoie tout ce monde de la bourgeoisie, si même mon avocat ne me propose rien d'autre que de rester mariée, je sais que mon combat sera long et difficile. Ce n'est pour autant que je le laisserai me faire du mal encore.
Je ne lui montrerai plus jamais ma faiblesse, toutes ces années d'enfer m'ont forgée et je ne le laisserai plus avoir un mot sur ma vie. Quand on n'aime pas une personne, rien ne sert de la retenir, à quoi ça sert de me retenir? Ma tête me crie que je suis une dame de fer alors que je commence déjà à perdre espoir avant de commencer, c'est la conséquence de marier un homme comme Yanis. Il te prouve que tu n'es rien, que tu n'as rien. Je repense à ces paroles et des larmes coulent sur mes joues à pommettes. Les mots font plus mal que les coups, surtout des mots venant de lui.
Ce n'est pas la première fois qu'il me crache son venin, je suis habituée à l'entendre mais mon cœur non. C'est comme un coup de couteau que je reçois en plein cœur, c'est vrai alors que la vérité fait mal, elle fait très mal et plus mal encore quand ça vient de lui.
Claudia me signale que mon client est là. Claudia est mon assistante depuis mes débuts, c'est une fille honnête et intelligente. Je lui demande de faire rentrer la personne dans 5min, j'arrange rapidement les papiers dispersés sur mon bureau. C'est l'épouse du Procureur de la République, une femme dont on ne voit jamais le sourire, elle a les mâchoires toujours serrés, le visage de même. Je me lève pour l'accueillir, elle m'explique qu'elle veut refaire son salon et veut le même style que celui chez mon mari. Yanis habite un luxueux multiplex; j'y étais avec lui jusqu'à ce que je décide de partir, il m'a alors demandé de prendre la maison de ville. Je conclue avec la dame et décide de rentrer, je n'ai pas la tête à travailler.
- Claudia, je rentre dans dix minutes. Y'a-t-il autre chose avant que je ne parte? Je demande en décrochant le combiné.
- Non Yelena. Tu as rendez-vous demain matin...
Elle me rappelle mon programme de la journée de demain avant de raccrocher. Claudia m'appelle par mon prénom, j'aime être proche de mon personnel alors ils m'appellent tous par mon prénom sauf les ouvriers.
Je suis rentrée à la maison prendre un bain avant de sortir courir. Quand je suis stressée, le sport m'aide beaucoup. Je ne sais plus pendant combien de temps j'ai couru, cela m'a fait un bien fou et je peux maintenant bien penser à quoi faire pour la suite.
Une semaine plus tard,
- QUOI? Tu ne peux pas faire ça Yel.
- J'ai pris ma décision.
La réaction de Lu est comme je la prévoyais mais je n'ai pas le choix, c'est la seule chose que j'ai trouvée de mieux à faire. Je ne veux pas rester dans une vie qui ne me donne rien, j'ai assez pleuré; je ne le ferai plus. La seule solution est de repartir chez moi, oui je vais partir retrouver ma famille. Je ne l'ai dit à personne et ne compte pas le faire, Lu est la seule qui le sait maintenant. Je reprendrai ma vie là-bas, loin de tout ce que j'ai vécu. C'est difficile de quitter tout ce que j'ai construit avec mon agence mais dans la vie, certains choix valent la peine.
- S'il te plait, réfléchis bien à ce que tu veux faire. Tu as ton agence, ton travail qui est une passion, tu ne peux pas tout abandonner à cause de lui; dit-elle en prenant le visage entre les mains.
- Je sais et je pourrai tout recommencer là-bas. Je ne pars pas à cause de lui mais moi. Je dois recommencer ma vie, il gardera ses biens et le divorce, c'est fini.
- Tu fuis, ce n'est pas dans tes habitudes. Tu n'es pas du genre à renoncer si facilement, ce n'est pas toi.
- Je ne fuis pas. Ce n'est pas la même chose.
- Si. Où est la Yelena qui voulait se battre pour son divorce, tu laisses encore une fois Yanis s'en tirer parce que partir ne changera pas le fait que tu resteras sa femme.
- J'ai fait ma réservation, il finira par m'envoyer les papiers du divorce.
- C'est vraiment ce que tu veux? Dit-elle d'une voix déçue.
- Tout est déjà arrangé. J'ai vendu mon agence à une femme qui veut en faire une parfumerie, elle te contactera pour les comptes, tu pourras m'envoyer l'argent.
Elle hoche la tête tristement. Lu est une sœur, elle m'a toujours épaulée depuis le début. Mon cœur fend de pouvoir partir alors que nous sommes restées trop longtemps ensemble et jamais l'idée de nous séparer nous est venue. Elle va me manquer et sa petite famille ici, mais si je vois tout cela, je risque de changer ma décision. Il est temps pour moi de partir, tout reprendre loin d'ici. Je ne sais pas comment j'en suis arrivée à cette conclusion, je sais juste qu'elle est la meilleure. C'est vrai que partir n'arrangera pas les choses mais je connais Yanis pour être sûre que c'est la seule façon de lui faire comprendre qu'il n'a plus aucun droit de me retenir. Ma mère m'en voudra en me voyant de retour mais que peut-elle me faire de plus après m'avoir obligée à supporter ce mariage afin qu'elle vive le luxe.
J'ai proposé à Lu de venir avec les enfants pour les fêtes, nous pourrons nous revoir. Elle n'a pas hésité à dire oui. J'ai des derniers rendez-vous auxquels je compte répondre avant de partir, des maisons à décorer pour les fêtes, et les clients chez qui les dates étaient fixées entre 15 et 20 ont accepté de me laisser tout décorer déjà.
Trois jours plus tard,
Je termine les enregistrements et reviens m'asseoir en attendant le départ. Lu m'appelle et nous raccrochons au moment où je dois embarquer. C'est dommage qu'elle n'ait pas pu m'accompagner à cause leur réunion, nous avons passé toute la soirée d'hier ensemble. Je tire mon traulet et présente mon passeport et billet à la dame avant de continuer.
- Je suis désolée Mme, vous n'êtes pas sur le vol; dit-elle en levant la tête vers moi et me tend le billet et mon passeport.
Elle voit mon billet et me dit que je ne suis pas sur le vol, elle a surement des troubles de vue.
- Mlle, avez-vous bien lu mon nom? Je suis enregistrée sur ce vol; je réponds impatiente.
- Mme Arnel? Vous n'êtes pas autorisée à quitter le territoire, c'est l'ordre que nous avons reçu.
C'est quoi cette histoire de merde! Interdite de quitter le pays pourquoi.
- Vous délirez là. Je dois prendre mon vol et vous me dites que vous avez reçu un ordre? De qui? Je commence à crier en renversant les documents qui étaient devant elle.
Des hommes de la sécurité arrivent en courant et me demandent de me calmer. Je risque de rater mon vol et comment peux-je me calmer? C'est quoi cet ordre? Je n'en reviens pas. La dame passe un appel pour parler à son supérieur qui arrive quelques minutes après. Il regarde attentivement mon passeport avant de s'adresser à moi.
- Mme Arnel, nous avons reçu un ordre des autorités pour vous interdire de quitter le pays. C'est un ordre reçu suite à la demande de votre mari M. Yanis Arnel. Nous ne faisons que notre travail Mme.
L'ENFOIRE
Il n'a pas osé là, s'il l'a fait. Comment a-t-il pu? Il n'a pas le droit. Je suis en colère que je n'entends plus ce que ces gens disent. Je vais le buter, il ne peut pas m'empêcher de partir. Comment l'a-t-il su? Je vais le buter.
- Votre mari a dit de ne pas vous inquiéter pour le billet, il vous remboursera; continue le directeur.
Je tire mon passeport et le billet de sa main, cours vers la sortie mais m'arrête pour décrocher le téléphone sans faire attention au numéro. J'ai la rage, j'ai épousé un vrai fils de p***
- Je n'arrive pas à croire que tu voulais partir sans me dire au revoir. Ca ne se fait pas mon cœur. On m'appelle pour me dire que ma femme crée un scandale à l'aéroport.
L'ENFOIRE. Je sens que ma tête va s'exploser, c'est un imbécile.
- Tu n'as pas le droit Yanis, absolument pas; j'ai crié avec hystérie.
- Si tu m'en avais parlé avant, je me serai arrangé pour ne pas te faire déplacer jusqu'à l'aéroport pour rien mais comme tu n'en fais qu'à ta belle tête; répond-t-il avec un calme qui m'énerve encore plus.
Je raccroche avec force si bien que le téléphone tombe. Je ramasse et me dirige vers la sortie, Yanis n'a pas pu me faire ça... J'ai envie de crier, crier ma rage. J'ai envie de tout casser. Je tire ma valise et le traulet dehors. En levant la tête, mon regard tombe sur Yanis qui est adossé à sa voiture, les mains dans les poches et avec un sourire. Je n'ai même pas envie de le décrire car je ne suis pas en point actuellement.
- Viens monter. Je te raccompagne; dit-il en montant dans la voiture.
Les prochaines minutes seront pénibles pour lui.
Yanis,
J'imagine la tête qu'elle a dû faire en apprenant qu'elle ne peut pas partir. Yelena! Je ne pouvais pas te laisser partir. Je sais que ce n'est pas la bonne façon de l'arrêter mais elle finira par me le pardonner. Je me rachèterai.
Je la vois tirer sa valise à la sortie. Elle n'est pas contente, alors pas du tout. Je dois m'inquiéter pour les prochaines minutes qui suivront. Je peux clairement dire qu'elle a la haine en ce moment, mais je ne vais pas céder et m'excuser. J'ai dit qu'elle restera mienne, et je le pensais. Ce à quoi je n'avais pas pensé, c'est ce le scandale qu'elle va me créer ici. Mais bon, ce n'est pas grave. Je souris en voyant la mine qu'elle a, elle est vraiment en colère mais ça me fait sourire parce que j'aime la voir comme ça.
- Viens monter. Je te raccompagne; je dis en montant dans la voiture.
Je me retiens de rire, elle est plus belle quand elle est dans cet état sauf que je n'ai pas prévu sa réaction dans les prochaines minutes.
== Yelena's Song ==
Chapitre 3
Yelena,
A la position du joueur, un gardien de but devine de quel côté le ballon viendra. Mais le gardien peut être surpris de voir le ballon filer au deuxième poteau alors qu'il prévenait une autre alternative.
C'est comme Yanis qui s'attend à ce que je pique une folle crise comme d'habitude mais je ne lui donnerai pas ce plaisir. Je sais qu'en temps normal avec ce qu'il vient de faire, je dois me jeter sur lui et c'est ce qu'il attend sauf que cette fois, je ne ferai rien bien que j'ai envie de m'en prendre à lui. C'est un con et je ne m'en prends pas aux cons, c'est leur faire croire que nous sommes sur la même longueur d'onde.
Voilà que je me retrouve sans voiture. Je me demande comment il a su que je voyageais, Lu ne peut pas lui avoir dit cela alors comment l'a-t-il su? Il s'impatiente et tape sur le volant en me regardant. Je compose le numéro de Lu, son téléphone est éteint. Je vois la voiture de Yanis s'éloigner, tant mieux. Je tire les valises, il me faut appeler pour un taxi, tout ceci est bien long. Je pianote mon téléphone quand j'entends un bruit de freins; il a fait demi-tour et est venu se garer juste devant moi, dépose ma valise dans la voiture.
- Allons; dit-il en me prenant par la main. Je ne vais pas m'excuser pour ce que j'ai fait Yel, je n'ai aucune envie de m'excuser parce que je ne regrette rien. Je te dépose chez toi.
Je ne suis pas étonnée, il ne s'est jamais excusé. Il ne s'est jamais excusé de ramener ses maîtresses chez nous en ma présence, il ne s'est jamais excusé des injures de sa famille à mon égard, il y a tellement de choses pour lesquelles il ne s'est jamais excusé... Il n'a jamais regretté en d'autres termes. Je suis la seule qui porte les marques du regret. Ce qui m'abasourdit est le calme qu'il a toujours eu comme si rien ne s'était passé et que je suis la folle qui crie partout. Deviens-je folle par hasard? Je ne me rends pas compte que je pleure. Penser aux injures, moqueries et autres rouvrent les blessures de mon cœur, je ne peux plus me contenir et les larmes se redoublent; je pleure encore alors que j'avais juré de ne plus verser de larmes.
- Yel, arrête de pleurer s'il te plaît. Je n'aime pas voir tes larmes. Quittons d'ici.
Il me tire par la main et me fait monter dans la voiture, je ne réagis pas. Je n'ai plus envie de réagir, tout ce que je peux faire c'est pleurer. Me libérer en versant mes larmes, je veux vider mon cœur des coups encaissés depuis ces 5 années de ma vie. J'ai trop longtemps fait semblant d'être forte, d'être à la hauteur, il me faut libérer mon cœur. Je n'ai pas cessé de pleurer pendant tout le trajet, Yanis s'est garé à un moment donné pour me calmer mais ce n'est pas ce dont j'ai besoin... Je veux qu'il signe le divorce. Il gare la voiture et s'empresse de venir me porter.
- Non, je peux marcher; je dis en me détachant de lui.
Il n'insiste pas et se charge de mes valises. Je vais m'enfermer dans la chambre pour pleurer.
"Aucune somme d'argent ne vous fera plaisir si vous n'êtes pas heureux vous-mêmes".
Je me recroqueville tirant le drap. Je pleure jusqu'à m'endormir dans le train de ma vie des années plus tôt.
= Flashback =
- Mama, j'ai acheté du tilapia frit et des ignames, ça nous suffira pour ce soir. Tu as préparé? Je demande en déballant sur le petit banc le paquet que j'avais en main.
- Préparer quoi Yele? Je n'ai rien vendu aujourd'hui. Tes frères et sœurs ont mangé l'haricot d'hier.
Je retiens mes larmes et vais réveiller mes frères et ma sœur pour manger, je sais que nous ne serons pas rassasiés mais c'est mieux que rien. Ma mère est vendeuse de manioc au grand marché, que peut-elle gagner de cela? Il y a des jours où elle vend tout et des jours où elle revient bredouille. Je travaille dans un salon de coiffure mais c'est plus pour aider ma mère et mes frères. J'ai arrêté les études à l'obtention de mon baccalauréat qui est mon plus grand diplôme. Je ne gagne pas plus de 3000F pour tout le mois que je fais mais ce que je recevais dans ce salon équivaut au double de ce qu'on pouvait me proposer ailleurs alors je reste et accepte les moqueries, humiliations, heures supplémentaires...
Je suis la sale fille d'une vendeuse de manioc, une villageoise, une pauvre comme sa mère, illettrée, maudite... et plein d'autres. Je n'ai jamais su qu'être pauvre est répugnant, la société me l'a prouvée. Je n'ai jamais su que vendre au marché est une malédiction, ça aussi, la société me l'a montrée. Je dois chaque jour prendre les critiques et moqueries parce que je suis pauvre, ma mère est vendeuse, mes frères et ma sœur ne sont pas instruits. C'est la réalité de la vie à laquelle je suis affrontée... Je n'ai droit à aucun respect parce que je suis pauvre. Tous nous malmènent, injurient sauf quelques aimables âmes et parmi elles, il y a Natacha la seule vraie amie qui ne me juge pas sur ma pauvreté.
C'est par Natacha que j'ai fait la connaissance de mon "jackpot". Mon jackpot, c'est le surnom je lui ai donné parce que je me suis dit qu'à lui je m'accrocherai pour changer ma vie. Yanis est le prototype parfait. Grand, athlétique, il laisse des pourboires de près de dix milles francs après ses consommations, qui fait ça? Hors-mis cela, il est atrocement beau, des yeux bleu je n'en avais jamais vus; son sourire est le détail qui m'affaiblit le plus. Mais tout ce qui m'intéresse est son argent.
- N'hésite pas à me dire si tu as un problème, ok?
- Ce n'est pas la peine, ne t'inquiète pas (je fais mon malin un peu); je réponds.
- Ton orgueil ne t'apportera rien; dit-il en m'embrassant.
Yanis était prêt à m'aider, il a l'argent, tout ce dont je rêve pour changer la misérable vie de ma famille.
Yanis et moi avons continué à nous voir chaque fois qu'il vient au pays. Comme je l'ai voulu, ma situation a changé. A la maison, tout le monde mangeait à sa faim, mes frères et ma sœur ont commencé à aller à l'école. En un mot, cette malédiction d'être pauvre a disparu. Yanis m'a demandée en mariage quelques temps après. J'ai dit oui sur un coup de tête, je ne l'aimais pas par contre son argent si, même si j'ai des doutes sur l'aboutissement de ce mariage.
- Marie-le Yele, regarde comment notre vie a un peu changé grâce à lui. Si tu le maries, nous quitterons peut-être ce taudis; me conseille ma mère.
- Mama, je sais et c'est ce que je veux mais...
- Oublie les "mais". Il y a tes frères et ta sœur, pense à leurs études. Depuis que tu sors avec cet homme, plus personne nous traite de pauvres. Il n'y a pas que l'amour et avec le temps, tu apprendras à l'aimer.
- Yele, c'est un grand homme; ajoute Jerry mon frère qui est venu s'asseoir. Il est très riche et j'ai entendu des gens parler de lui, c'est quelqu'un de très respecté aussi. C'est la chance de ta vie ma grande.
Jerry est le deuxième enfant de ma mère, c'est-à-dire après moi, c'est lui. Je suis l'aînée d'une fratrie de deux garçons et une fille. Nous avons passé cette nuit à parler de Yanis et des avantages d'être son épouse. La chance m'est donnée de changer la pauvre villageoise que je suis en une grande femme respectée.
La chance de ma vie! A dit Jerry.
= Fin du Flashback =
J'ai dormi longtemps, c'est avec cette phrase de mon frère que j'ai ouvert les yeux, "C'est la chance de ta vie ma grande". En quoi exactement épouser Yanis est la chance de ma vie? J'ai commencé à me poser cette question depuis une année. J'ai pensé que le marier était la chance de ma vie, ce qui est faux parce que l'on a beau possédé tous les biens de la terre, s'il n'y a pas le bonheur, cela ne sert à rien. Je sors du lit pour aller me servir un verre d'eau, il me faut prendre un calmant après toutes ces larmes sinon je risque d'avoir des maux de tête. Yanis regarde la télé et se redresse à mon entrée. Je ne savais pas qu'il est resté.
- Tu ne devrais pas rester là, rentre chez toi; je dis avec lassitude.
- J'attendais que tu te réveilles pour me rassurer que tu vas bien; a-t-il répliqué en venant vers moi.
- Depuis quand mon état de santé t'inquiète? J'interroge rudement.
Je vois son visage devenir blafard, il passe les mains sur la tête avant de se prendre le visage entre les mains.
- Maintenant que je suis réveillée, tu peux t'en aller. Tu n'as rien à faire chez moi.
- Dois-je te rappeler que c'est aussi chez moi? Je partirai quand je le voudrai.
Je tourne les talons et me dirige dans ma chambre. Il partira quand il le voudra alors. Je me recroqueville comme une petite fille apeurée, j'entends le bruit de la porte qui s'ouvre. Yanis vient s'asseoir sur le pouf.
- Yel, je t'ai donné tout ce que tu veux. Tu as voulu l'argent, tu as un compte qui reçoit plus d'un million chaque mois. Tu as voulu une maison, tu as trois maisons en ton nom. Tu as voulu une agence, je t'ai donné une grande agence qui est connue sur le plan national. Tu voulais que tout le monde te respecte, je t'ai donné mon nom, des voitures à ta disposition alors ne me dis pas que tu manques de quelque chose. J'ai répondu à tes désirs, ne te plains pas.
- Je n'ai pas besoin de toutes ces choses, gardes ton nom, ta richesse. Je n'en veux pas; je réponds avec les larmes dans la voix.
- Quand on dit que les femmes ne sont jamais satisfaites, tu es le bel exemple.
Je me remets à pleurer, Yanis a toujours l'élégance de me blesser avec ses paroles. Je ne veux plus de tous ses biens et son nom, il peut les garder. J'ai vécu avec ses maîtresses sous le même toit parce qu'il me rappelait la raison qui m'a motivée à l'épouser. J'ai vécu avec mon mari qui ramenait ses maîtresses CHEZ NOUS et me présentait comme SA COUSINE. J'ai tout pris sur moi, le nombre de fois où j'ai plié bagage pour partir, ma mère me criait que c'est ça le mariage. C'est un enfer, mon mari qui héberge ses maîtresses dans notre maison, c'est le mariage que j'ai choisi. Et surtout quand toute ma belle-famille se mêle pour m'injurier de tous les noms, j'ai tout pris. Je me suis longtemps battue jusqu'à ce que je n'en sois plus capable et malgré tout il m'a toujours retenue et pourquoi si c'est pour me rappeler sans cesse mes conditions pour ce mariage. Je suis le bel exemple des femmes qui ne sont jamais satisfaites.
Il me serre dans ses bras, m'implore de ne pas pleurer. Je ne comprends pas comment il peut être rude avec moi et la minute d'après me parler tendrement.
- Je n'aime pas te voir pleurer, arrête s'il te plait. Je ne voulais pas être désagréable dans mes propos.
Je resserre mes mains autour de ses épaules quand mes larmes se redoublent, comme si ses paroles me rappelaient tout mon passé.
- Que veux-tu que je fasse pour que tu te calmes? Demande-moi tout, je te donnerai; dit-il d'une voix douce.
- Je veux le divorce. Signe le divorce; je réponds en me détachant de lui.
Son visage prend une expression grave, mélancolique. Il se lève, passe les mains sur la tête et va s'adosser au mur près de la porte.
- Je ne peux pas Yel; dit-il en se grattant nerveusement le menton. Tu me demandes quelque chose qui est au-dessus de mes moyens. Je ne peux malheureusement pas t'accorder cela, demande-moi autre chose, tout sauf le divorce.
- Et pourquoi?
- Parce que je ne veux pas.
- Tu penses que je suis ta propriété parce que ton argent m'a lavée...
- Ne dis pas ça s'il te plait.
- Mais c'est la vérité, tu es égoïste mais tu sais quoi? C'est bon, ne signe plus. Je n'attends plus ce divorce pour vivre ma vie, à partir de maintenant je vis PLEINEMENT ma vie sans m'occuper de ton nom.
Yanis,
Mon cerveau bloque un instant, essayant de décoder le message qu'elle vient de lancer. Qu'entend--t-elle par vivre PLEINEMENT sa vie? Je n'ai pas envie de penser qu'elle va sortir avec un autre homme. Je ne peux pas accepter qu'un autre homme la touche, tout sauf ça. Je ne suis pas bien placé pour montrer ma jalousie mais elle ne peut pas être avec quelqu'un d'autre... L'imaginer dans les bras d'un autre homme... Non, c'est la plus grande punition qui peut m'être donnée.
- Que veux-tu dire par reprendre ta vie?
- Je ne vais pas te faire un dessin. Je t'ai longtemps respecté, c'est bon j'ai ma claque là.
- Ta vie est avec moi Yel. Pourquoi dois-je toujours te rappeler que nous sommes mariés?
- Va te faire...
- Toujours insolente; je dis amusé en lui coupant la parole. Tu sais que cette bouche peut faire beaucoup d'autres choses que m'insulter. Par exemple, me supplier d'embrasser tes lèvres douces et pulpeuses comme je le faisais avant. Tu te souviens?
Elle ne répond pas mais le regard qu'elle me lance pourrait me tuer si possible. Yelena, petite insolente va.
- Si tu signes ce divorce, je disparais de ta vie et tu n'entendras plus parler de moi; continue-t-elle avec les larmes aux yeux.
Je ne pensais pas qu'elle voulait ce divorce à ce point. Quand je vois comment elle me demande de signer le divorce, c'est évident qu'elle ne veut plus rester. C'est la première fois qu'elle me supplie tant pour obtenir une chose qu'elle souhaite mais c'est aussi la première fois que je ne peux pas répondre à sa demande. Je m'approche d'elle et lui prends la tête entre les mains.
- Le problème est que je veux entendre parler de toi; je dis. Je ne veux pas te laisser disparaître, tu resteras ma femme Yel. C'est la colère qui te fait parler, tu t'apaiseras dans peu de temps. Nous finirons ce mariage ensemble et je ne vais plus le répéter.
- Non. Je ne veux plus rester vivre les injures de ta famille pendant que tu ne réagis pas parce que tu sais que je t'ai marié à cause de ta fortune. Je ne veux plus rester vivre avec toi pour accueillir tes maîtresses à qui tu me présentes comme ta cousine parce que tu me rappelles sans cesse que ton argent m'a lavée. Oui, j'accepte que ton argent m'a lavée mais je préfère retourner dans ma boue comme le cochon, au moins là-bas je trouverai du bonheur avec le minimum que j'ai. Je ne veux plus de ta vie.
Je me lève lentement du lit pour m'arrêter au beau milieu de la chambre. Ça fait mal, ça fait vraiment mal surtout quand je sais que chaque parole prononcée est une vérité. Elle vient de toucher à un point TRES SENSIBLE.
Un mois plus tard,
- Je dis, tu ne vas pas te marier et avoir des enfants? Dit ma mère en me lorgnant.
Rendre visite à mes parents revient à toujours soulever le même problème. Ils sont bouchés ou aveuglés pour ne pas se rendre compte que je suis MARIE. Elle a ouvert le débat et c'est parti pour une interminable discussion qui va m'exaspérer. Je n'ai pas envie de me disputer avec qui que ce soit à présent, alors pas du tout.
- Je te parle Yanis; crie-t-elle à bout de patience.
- Tu sais que je suis marié maman. De quel mariage parles-tu encore? Je porte une bague à l'annulaire, c'est facile à comprendre.
- Cette moins-que-rien que tu appelles ton épouse? Et quel mariage quand vous vivez séparément, tu n'es pas heureux.
- Si. Je suis marié jusqu'au cou et je suis très heureux avec ma femme. J'aime ma femme, je n'ai pas dit quelque part que je n'étais pas heureux.
- Heureux et tu couches les filles à gauche à droite; réplique mon frère qui venait d'entrer au salon.
- Au lieu de marier une bonne femme; ajoute ma mère. C'est une arriviste, tu as trouvé, elle s'intéresse seulement à ton argent; continue ma mère avec dédain.
- Elle est une arriviste? Ok, c'est MON ARRIVISTE. C'est mon argent qu'elle dépense et non le vôtre et elle a le plein droit de le faire parce qu'elle est MON EPOUSE. Alors, oui c'est mon arriviste; je réponds à bout de patience.
- Regarde comment tu t'adresses à ta mère à cause de cette moins-que-rien; rétorque mon frère.
- Il me manque de respect à cause d'elle. Elle est mariée depuis 5 ans et est incapable de lui donner des enfants. Tout ce qu'elle sait faire, c'est porter le nom Arnel.
Non, tout sauf ça. Je ne veux pas commencer à parler de ce sujet, un sujet dont je n'en parlerai jamais, c'est trop de DOULEUR. Je sors de cette maison avant de leur manquer de respect. Je ne demande à aucun d'eux de me dicter ce que je dois faire. Mes décisions sont miennes, ils sont libres d'accepter ou refuser mais qu'ils les respectent, c'est tout ce que je leur ai depuis demandé. Bien évidemment, c'est trop difficile à faire pour eux. Je démarre et m'éloigne de là.