Il pleura. Elle pleura.
Séparés par des centaines de kilomètres, ils étaient tous les deux recroquevillés sur eux-mêmes, pleurant à chaudes larmes.
La nuit était noire, presque aucune étoile n'était visible dans le ciel, recouvert de sombres nuages. C'était la pleine Lune, la première du mois d'août.
Seule la Lune permettait à Drago d'apercevoir le grand portail de son manoir, à travers la fenêtre de sa chambre. Voilà dix minutes qu'il se tenait là, le regard perdu dans la nuit. Dix minutes qu'il s'était réveillé d'un de ses fréquents cauchemars. Trois mois que la guerre était terminée, trois mois qu'il faisait ces cauchemars presque toutes les nuits. Ses yeux, habituellement d'un bleu profond tendant à l'argenté, n'étaient plus que des halos gris que l'on aurait pu croire éteints. D'imposants cernes, presque violets, soulignaient ses yeux. Son visage que l'on pouvait auparavant comparer à celui d'un ange, semblait dévasté par ces incessantes nuits d'insomnie. Il semblait mourir à petit feu, de l'intérieur.
Des larmes coulaient le long de ses joues pâles. Il pleurait. Sans exprimer le moindre sanglot, seulement des larmes qu'il semblait avoir retenues depuis bien trop longtemps. Il explosait enfin, toutes les émotions qu'il s'efforçait de dissimuler explosaient enfin, en larmes silencieuses.
Il se remémorait chacune de ses souffrances, toutes les peines, qu'il n'avait jamais exprimées. Chacun de ses cauchemars – sans exception – lui rappelait l'horreur qu'il avait vécue, mais aussi l'horreur qu'il avait été. Chacun de ces souvenirs le hantait la nuit. La guerre, son père, le Seigneur des ténèbres, les Mangemorts, ses choix, sa famille. Sa vie. Il se réveillait, chaque fois, en sueur, paniqué à l'idée de revivre tout cela, que la fin de la guerre ne soit qu'un rêve, qu'une mauvaise blague, qu'une illusion.
Au fond de lui, il savait que tout était fini, mais il était toujours hanté par tout ce qui l'entourait. Il vivait toujours dans le manoir où Lord Voldemort avait passé les deux dernières années. Celui où il avait vécu les pires moments de sa vie. L'endroit qui lui rappelait chacune de ses souffrances.
Voilà deux mois que son père avait été envoyé à Azkaban, la prison des sorciers, qui regroupait désormais les mages noirs restés vivants après la guerre. Il n'avait pas voulu assister au procès de son père, contrairement à sa mère. Il savait qu'il n'aurait pas résisté à l'envie de lui faire du mal. C'était trop dur, il lui en voulait trop.
Drago et Narcissa avaient été amnistiés, contrairement à leur père et mari. En effet, ils avaient été reconnus innocents, considérés comme ayant été menacés et poussés à bout par Lucius Malefoy, puis forcés à devenir des Mangemorts par le Seigneur des Ténèbres. Depuis, sa mère et lui restaient enfermés dans leur manoir, sans jamais en sortir.
Tout était silencieux, comme si tout était mort. Sa mère était dévastée, tout autant que lui. Elle aussi avait souffert des violences du Seigneur des Ténèbres, et de celles de son mari. Après tout, elle vivait avec Lucius Malefoy depuis bien plus longtemps que son fils. Elle avait donc subi d'autant plus de maltraitances. Elle en avait été détruite.
Ils vivaient chacun de leur côté. Drago restait la plupart du temps enfermé dans sa grande chambre et ne sortait que pour les repas. Cependant, même au cours de ces derniers, aucun son ne quittait les lèvres de l'un ou de l'autre. Combien de temps cela faisait-il qu'il n'avait pas entendu la voix de sa propre mère ? Il n'en avait aucune idée.
Pourtant, Drago savait qu'il ne valait pas beaucoup mieux que sa mère, à ce moment-là. Les seuls sons qui sortaient de sa bouche, étaient ceux de ses cauchemars. Des cris, des sanglots, des plaintes. De la terreur.
Pour la première fois depuis la fin de la guerre, il avait réussi à pleurer. À cet instant, bien que terrible, il se sentait libéré. Il se sentait mieux. Toutes ces émotions, retenues pendant si longtemps, s'étaient enfin échappées. Un poids venait de quitter ses épaules.
Après ces quelques instants de délivrance, il retourna s'asseoir sur son lit, les coudes sur ses genoux, la tête au creux de ses mains. Il essuya ses dernières larmes, puis se recoucha, bien moins hanté par ses horribles pensées.
oOo
Voilà deux heures qu'elle était recroquevillée dans son lit. Une lettre dans une main, l'autre séchant les larmes incessantes qui coulaient le long de ses joues rebondies. Hermione Granger pleurait à chaudes larmes.
Au bout d'un certain temps, la jeune femme se calma. Elle essuya ses dernières larmes et se releva de son lit. Elle venait de lire pour la dixième fois la lettre qu'elle avait trouvée dans les affaires laissées par les Granger, avant qu'ils ne quittent le pays. Elle avait explosé en sanglots à la fin de celle-ci, ravagée par ce qu'elle venait d'apprendre.
" Ma belle Hermione,
Je ne sais pas quand tu pourras lire cette lettre, mais sache, avant de la lire, que je suis désolée, pour tout. Pardonne-moi, je t'en prie.
Je t'écris cette lettre quelques jours avant ta naissance, le 28 juillet 1980. Quelques jours me séparent de notre rencontre, et je n'ai qu'une hâte : pouvoir enfin te regarder. Bien sûr, je sais qu'en lisant mes mots, tu ne comprends pas. Dans ta tête, tu es née bien avant, mais non. Je sais que cette révélation peut te paraître invraisemblable, mais je t'en prie, laisse-moi tout t'expliquer.
Cela fait quelques années que Voldemort, se faisant appeler le Seigneur des Ténèbres, est apparu et sème la terreur. Je ne sais pas si lorsque tu lis cette lettre, tu sais ou non qui il est, mais crois-moi, cet homme, ou plutôt ce monstre, ce mage noir, nous terrorise tous. Ton père et moi faisons partie d'un groupe de résistance appelé l'Ordre du Phénix, depuis plusieurs années maintenant. Avec les autres membres, nous nous battons nuit et jour pour combattre ce monstre.
Mais depuis quelque temps, il nous poursuit. Il a eu connaissance d'une prophétie nous concernant. Enfin plus particulièrement ton frère et toi. Celle d'un garçon et d'une fille, nés à la fin de juillet, qui mettraient fin au pouvoir de Lord Voldemort. Cependant, heureusement ou malheureusement, il n'a conscience que de la partie concernant le garçon. Ce garçon se trouve dans mon ventre, à côté de toi. Encore une fois, pardonne-moi, ma chère fille, que j'aime tant, pardonne-moi de t'apprendre tout cela, d'une telle façon. Ton frère est recherché, ainsi ton père, toi et moi le sommes aussi.
L'Ordre du Phénix étant au courant de tout cela, nous a fortement conseillé de prendre, à mon sens, la décision la plus difficile de ma vie : celle de me séparer de toi, de te séparer de ta famille, de te séparer de ton frère. Hermione, si tu savais comme je m'en veux d'avoir à te dire tout cela. J'aurais tant aimé t'avoir à mes côtés pour toujours. Mais pour ta survie et la survie de tous, nous n'avons pas le choix.
Tu dois te demander pourquoi toi et pas ton frère, laisse-moi t'éclairer. Le Seigneur des Ténèbres n'est au courant que de la naissance de ton frère, ainsi, en vous séparant, en le gardant avec nous et en le cachant du mieux que nous pouvons, nous pouvons assurer sa survie, mais aussi la tienne. En effet, en t'éloignant le plus possible, nous garantissons ta survie et ne te mettons pas en danger, ni le fait que tu puisses un jour, avec ton frère, mettre fin aux Ténèbres qui nous entourent. Sirius et Severus ont d'ailleurs été les premiers à nous encourager à cela. Sirius étant le parrain de Harry et Severus le tien.
Je ne te demande pas d'accepter ma décision, car je sais que ce serait trop dur, mais comprends-moi, comprends-nous. Tout ce que nous voulons, c'est votre bien, à ton frère et toi. Ainsi, lorsque tu naîtras, je te confierai à mes amis moldus les plus proches : les Granger. Jean est comme une sœur pour moi, j'ai passé mon enfance à ses côtés, et je connais assez bien Alrick pour savoir qu'il est d'une extrême bonté. Je sais qu'ils feront de merveilleux et aimants parents pour toi.
Je t'en prie, ne m'en veux pas, pardonne-moi ma douce et tendre fille. Harry et toi allez naître d'ici quelques jours et votre père et moi vous aimons déjà plus que tout. J'espère de tout cœur que tu rencontreras un jour ton frère, que vous vous retrouverez, et que vous pourrez tous nous sauver. J'espère tant pouvoir un jour te voir grandir, voir à quel point tu deviendras belle et forte.
Ma fille, je t'aime,
Jamais je ne t'oublierais, je t'aime trop pour cela,
Je t'embrasse et te souhaite de tout cœur d'être heureuse.
Ta mère, Lily."
Deux heures qu'elle était au courant, deux heures qu'elle ne cessait de pleurer.
Toute sa vie n'avait été qu'un mensonge. Ses parents, les Granger, ceux chez qui elle avait vécu toute sa vie et qu'elle considérait comme ses parents, n'étaient pas ses parents biologiques. Elle avait vécu toute sa vie dans l'ignorance de sa véritable identité.
Et Harry... Son frère. Elle l'avait toujours considéré comme tel, mais c'était donc réellement le cas depuis le début ? Était-il au courant ? Depuis tout ce temps ? Elle n'en savait rien, elle ne savait plus quoi ressentir. Si elle devait être heureuse d'avoir un frère qu'elle aimait, si elle devait être en colère de n'avoir jamais rien su, si elle devait en vouloir aux Granger, à Lily et James ?
Elle était passée par chacune de ces émotions, mais à l'instant présent, plus aucune d'elles ne dominait. Hermione se sentait vide.
L'Ordre du Phénix était aussi au courant, mais personne ne lui avait jamais rien dit. Même pas Severus Rogue, son parrain. Elle n'en revenait pas. Elle avait été gardée dans l'ignorance pendant tant d'années, fréquentant tant de personnes qui savaient, depuis tout ce temps. Pourtant elle n'avait jamais rien su, ni soupçonné. Hermione se sentait impuissante, idiote, et en colère contre tout le monde.
Cela faisait un mois qu'elle vivait dans l'ancienne maison des Granger et elle n'avait revu personne depuis. Elle ne voulait revoir personne. La jeune femme avait reçu des dizaines de lettres de tous ses proches, mais ne donnait aucune nouvelle. Hermione avait voulu s'éloigner de tous, pendant quelque temps, afin de se remettre des traumatismes de la Bataille. Elle n'avait prévenu aucun de ses amis et avait préféré quitter le Terrier pendant la nuit, sans dire au revoir. Cela aurait été trop dur, elle ne voulait pas avoir à leur expliquer.
Elle faisait aussi de nombreux cauchemars, trop nombreux. Elle dormait peu, mangeait peu, sortait peu. Pourtant, elle se sentait retrouver petit à petit ce qu'elle avait perdu pendant la guerre. Son humanité, sa force, sa joie. Sa vie. Elle reprenait des forces doucement, mais sûrement.
Elle était partie une semaine après la cérémonie d'enterrement et de commémoration de la Grande Guerre. Cela avait été horrible. Tous ces noms, cités un par un par le nouveau Ministre de la Magie, Kingsley Shacklebolt.
Fred Weasley, Nymphadora Tonks, Remus Lupin, Lavande Brown, Colin Crivey, Albus Dumbledore, Sirius Black, Cédric Diggory, Alastor Maugrey, Dobby, Rufus Scrimgeour...
La liste était trop longue. La cérémonie avait duré toute une journée, durant laquelle Hermione n'avait cessé de pleurer, comme tous ceux autour d'elle. Elle avait alors pris la décision de rentrer, de partir loin de toute cette souffrance. Elle aimait tous ceux avec qui elle vivait, mais elle ressentait le besoin de se retrouver seule, de faire le vide, de se retrouver.
Après avoir longuement réfléchi suite à la découverte de cette lettre, Hermione se dirigea dans sa salle de bain, pour prendre une douche. Elle avait besoin de se ressourcer. Elle se demandait si elle devait contacter Harry pour lui raconter tout ce qu'elle avait découvert. Elle ne savait même pas s'il était au courant. Elle choisit d'attendre le lendemain, afin de prendre une décision, n'étant pas en état de réfléchir correctement.
Après une courte nuit de sommeil, Hermione ouvrit les yeux. Elle retraça dans sa tête les événements de la veille : elle avait rangé l'ancienne chambre de ses parents et avait trouvé une grande boîte, sur laquelle était inscrit en lettre d'or son prénom. A l'intérieur, elle avait découvert une lettre qui lui était adressée, une couverture, un carnet, ainsi qu'un petit médaillon, à l'intérieur duquel il y avait une photo d'elle bébé, accompagnée d'un autre nourrisson, tous deux dans les bras de ce qui semblait être leurs parents.
Elle avait directement lu la lettre et ne s'était pas attardée sur le reste. Depuis, elle n'avait pas rouvert la boîte. Trop choquée, elle s'était écroulée après avoir lu attentivement le contenu de la lettre pour être sûre d'avoir bien compris.
Quand elle se souvint de tout, elle eut envie de pleurer, encore. Mais elle se força à ne pas verser de larmes. Elle n'était de toute façon pas sûre qu'il lui en restait en stock, après la soirée qu'elle avait passée. Elle retourna dans la chambre de ses parents pour ramener la boîte dans sa chambre. De là, elle pourrait prendre une décision pour la suite.
Devait-elle contacter Harry, lui raconter tout dans une lettre ? Non. S'il n'était pas au courant, ce serait trop dur à encaisser, elle ne voulait pas qu'il subisse ce qu'elle venait de vivre. Alors fallait-il qu'elle lui demande de la rejoindre ? Ou qu'elle le rejoigne ? Elle n'en savait rien, elle était totalement perdue.
Elle choisit donc de descendre dans la cuisine pour se préparer quelque chose à manger. Elle ne pouvait pas réfléchir le ventre vide.
Après s'être rempli l'estomac d'œufs et de bacon, elle prit une décision : donner rendez-vous à Harry, pour tout lui raconter, mais uniquement tous les deux. Les autres n'avaient pas besoin d'être au courant pour l'instant.
Sa résolution prise, elle se leva et prit de quoi écrire :
"Harry,
Je sais que je n'ai donné aucune nouvelle depuis mon départ précipité du Terrier, alors excuse-moi. Je suis retournée chez mes parents, j'avais besoin de me retrouver seule. Je m'en veux beaucoup tu sais. J'espère que tout va bien de ton côté et chez les Weasley. Je t'envoie cette lettre à toi, et seulement à toi, car j'aimerai te voir. En effet, en rentrant chez moi j'ai découvert quelque chose dont il faut absolument que je te parle, cela te concerne. Pour l'instant, je préfère ne pas en parler aux autres, tu comprendras pourquoi lorsque nous nous verrons.
Retrouvons-moi lundi 11 août, au Chaudron Baveur, à 18h. Viens seul, ne préviens pas les autres, s'il-te-plaît.
Je t'embrasse,
Hermione."
Avant de partir de chez les Weasley, Hermione avait décidé de s'acheter une chouette, pour communiquer avec ses amis, si elle en avait besoin. Après une longue hésitation, elle avait jeté son dévolu sur une magnifique chouette effraie au un plumage cendré qui tendait au rouge et l'avait prénommé Mira.
Elle tendit sa lettre à Mira, qui s'envola aussitôt. Quelques minutes plus tard, elle disparut du champ de vision d'Hermione.
oOo
Hermione termina de mettre dans son sac à perle ce dont elle avait besoin, notamment la lettre de sa mère. Il était dix-sept heures cinquante, elle avait rendez-vous avec Harry dans dix minutes. Il ne lui avait pas répondu. Elle espérait de tout cœur qu'il serait là.
Elle transplana depuis le perron de sa maison et atterrit devant la porte miteuse du Chaudron Baveur. Elle connaissait bien cet endroit, et l'appréciait, bien qu'elle n'y avait pas mis les pieds depuis plusieurs années déjà. Alors qu'elle entrait, un sentiment de nostalgie l'envahit peu à peu, mêlé de tristesse en pensant qu'elle ne reverrait jamais certaines personnes qu'elle avait pu rencontrer ici.
La salle était remplie. Tom, le barman, était derrière son comptoir et servait différents clients. Le Chaudron Baveur était assez réputé, et Hermione put apercevoir plusieurs étrangers, arrivants des quatre coins du monde. Elle entendit différentes langues, ainsi que différents accents, ce qui la fit sourire.
Après avoir observé toute la salle, elle n'avait toujours aucun signe d'Harry. Mais elle était en avance, et lui était souvent en retard. Elle ne s'en inquiéta donc pas et alla s'asseoir à une table près de l'escalier qui montait vers les chambres de l'établissement.
Il était dix-huit heures passées et toujours aucun signe de son ami, ou plutôt de son frère. Elle s'impatienta et commanda une Bièraubeurre à un serveur. En buvant celle-ci, la jeune femme sortit de son sac la lettre pour la relire, comme si elle espérait encore apprendre quelque chose de nouveau après la onzième lecture.
A chaque entrée dans le bar, elle levait la tête, espérant apercevoir Harry. Mais non, toujours rien. Elle commençait à appréhender le fait qu'il ne vienne pas. Après tout, elle n'avait pas eu de réponse, peut-être ne voulait-il pas la voir, peut-être était-il fâché à cause de son départ, ou alors n'avait-il pas reçu la lettre ? Elle perdait espoir.
Mais soudain, une main se posa sur son épaule et dans un sursaut de surprise, elle se retourna. Deux yeux verts la fixaient. Il avait toujours ses lunettes rondes, au-dessus desquelles on pouvait apercevoir sa cicatrice en forme d'éclair, ses cheveux étaient toujours aussi indomptables, mais il avait l'air de les avoir coupés récemment. Il avait une légère barbe de trois jours, pas entretenue, et portait une robe bleue foncée.
- Hermione, sourit-il.
- Harry ! J'ai cru que tu n'allais pas venir. Je commençais à désespérer, dit-elle en le serrant fort dans ses bras.
- Mais non, tu me connais je suis toujours un peu en retard, je n'aurais pas raté l'occasion de te revoir. Tu m'as tellement manqué, Hermione.
- Toi aussi, vous m'avez tous manqué tu sais, mais j'avais vraiment besoin de partir de mon côté, dit-elle en se rasseyant en face d'Harry.
- J'ai cru comprendre. Nous étions quand même tous très inquiets, même si au fond je pense que nous avions tous compris pourquoi tu étais partie. J'espère que ça t'as fait du bien, et que tu as obtenu ce que tu voulais.
- Oui, je pense être sur la bonne voie en tout cas. Tu sais, je suis tellement désolée d'être partie comme ça, mais je n'avais pas envie de vous dire au revoir et d'avoir à vous expliquer tout ça. J'avais peur que vous ne compreniez pas... J'ai été idiote, je m'en veux beaucoup... dit-elle, les larmes aux yeux.
- Ne t'en fais pas, les autres ont compris. Je pense que seul Ron ne s'en est pas vraiment remis, je crois qu'il t'en veut de ne pas avoir répondu à ses lettres, de ne pas lui avoir expliqué...
- Comment va-t-il ? Je sais que j'aurais dû lui dire, mais je n'ai pas réussi, c'était trop dur. Il était déjà très mal à cause de la mort de son frère, comme tous les Weasley, je ne voulais pas en plus lui infliger ça.
- Je crois que ça va mieux, mais à mon avis il va avoir du mal à te pardonner, m'enfin, tu verras ça avec lui, dit-il en haussant les épaules, alors qu'Hermione baissait la tête. Tu sais comment il est. En tout cas, saches que moi je ne t'en veux pas du tout, je comprends parfaitement que tu aies voulu partir. J'y ai songé aussi, tu sais. Mais je ne voulais pas quitter Ginny et les autres, et je n'avais nulle part où aller, à part la ruine qu'est devenu Square Grimmaurd, alors je suis resté au Terrier.
Les deux amis prirent chacun des nouvelles de l'autre, se racontant le mois qu'ils venaient de passer l'un sans l'autre. C'était la première fois qu'ils vivaient séparés autant de temps sans se donner de nouvelles et ça avait été dur.
Harry et Ginny étaient toujours ensemble et tout se passait pour le mieux entre eux. Percy avait emménagé avec une certaine Audrey, Charlie était retourné en Roumanie, et Fleur et Bill étaient rentrés chez eux, à la Chaumière aux Coquillages. Teddy, le fils de Remus et Tonks et filleul d'Harry vivait chez sa grand-mère. Harry passait très régulièrement le voir. Ron en voulait terriblement à Hermione, mais se remettait petit à petit des émotions de la Guerre.
George ne se remettait pas de la mort de son frère, en tout cas beaucoup moins que le reste de la famille, il ne rigolait plus et restait enfermé dans sa chambre. Molly et Arthur avaient aussi du mal à se remettre de tous ces événements, mais continuaient de s'occuper de leur foyer malgré tout. Arthur n'allait pas tarder à reprendre son poste au Ministère, d'après Harry.
Après avoir bu plusieurs Bièraubeurres et avoir fait le tour des nouvelles, Hermione commença à expliquer ce qu'elle avait découvert quelques jours plus tôt, soit l'objet initial de sa rencontre avec Harry. Il lut la lettre et releva la tête, bouleversé par ce qu'il venait de lire.
- Mais...Hermione, ce... Ce n'est pas possible, souffla-t-il désemparé.
- Je sais, Harry... J'ai réagi de la même manière, je ne sais pas quoi te dire... Je pense qu'il n'y pas de doute, que c'est la vérité. J'ai aussi retrouvé un médaillon avec une photo de moi bébé, dans les bras de Lily, et toi dans les bras de James.
- Mais comment se fait-il que personne ne nous ait prévenu ?! Si nous devions vaincre Voldemort ensemble, Dumbledore nous l'aurait dit, non ? D'après la lettre de ta... de notre mère, l'Ordre était au courant, pourtant personne ne nous en a jamais parlé, ni n'a suggéré l'idée ! répliqua-t-il les yeux humides.
- Je sais... La seule explication que je vois, c'est qu'ils n'ont pas eu l'occasion de nous le dire.
- Mais bien sûr que si ! Hermione, nous avons côtoyé Rogue toutes ces années. C'est ton parrain ! Remus a aussi été notre professeur, Dumbledore, Sirius, tous les autres, ils ne nous l'ont jamais dit, mais pourquoi ?!
Hermione sentait que Harry commençait à s'énerver, mais ce n'est pas ce qu'elle voulait. Il ne le fallait pas, elle n'y pouvait rien, elle était déjà à deux doigts de pleurer, il fallait qu'il se calme.
- Harry, je n'ai pas trouvé d'explication logique à tout cela. Je n'en sais pas plus que toi, peut-être ne voulaient-ils pas nous l'apprendre ? Par peur que ça ne change tout. Je n'en sais rien. Et puis, tu sais tout autant que moi, continua-t-elle, que seul toi a vaincu Voldemort. Je n'ai participé qu'à la destruction des Horcruxes, mais au même titre que Ron. Tout cela n'a aucun sens...
- Il faut que nous comprenions. Si tu es bien ma sœur, il faut que nous en soyons sûrs, dit-il en baissant à nouveau les yeux pour regarder la lettre qu'il tenait encore dans les mains. Tu sais Hermione, pour moi ça ne change rien, tu étais déjà comme une sœur pour moi, j'espère que ça ne change rien pour toi non plus...
- Oh, Harry, pas du tout, répondit-elle émue. Je t'ai toujours considéré comme un frère aussi, crois-moi. Non, ça ne change en rien ma relation avec toi. Certes maintenant je sais que tu es mon frère, mais ça ne change rien d'autre. J'ai simplement l'impression que ma vie n'était qu'un gros mensonge, je n'ai jamais connu mes parents biologiques, tout comme toi à vrai dire. Et je crois que c'est le plus dur. Tous ces gens autour de nous, qui étaient au courant, mais ne nous ont jamais rien dit... C'est ça qui m'attriste le plus.
- Moi aussi, je n'y comprends rien. Nous sommes frère et sœur. Nous sommes jumeaux. Ton parrain est Rogue. Nous sommes nés le même jour, la même année, nous avons les mêmes parents. Je n'y comprends rien.
- Pourtant, nous nous ressemblons pas du tout. Du moins peut-être pour nos cheveux, qui sont tout autant indomptables, ricana-t-elle.
Ils plaisantèrent des quelques détails qu'ils n'avaient absolument pas en commun, et de toutes les choses que cette révélation allait changer. Hermione était soulagée, elle appréhendait cette rencontre. Mais au final, rien n'avait changé, elle restait toujours aussi proche de son meilleur ami, qui était désormais son frère.
Après une longue discussion, il commença à se faire tard. Hermione ne dormait déjà que très peu et commençait à fatiguer. Lorsqu'elle aperçut l'heure, elle décida qu'il était temps de partir.
- Tu retournes chez toi, n'est-ce pas ?
- Oui, Harry, j'ai encore besoin de temps, répondit-elle avec un sourire triste.
- D'accord, souffla-t-il sans cacher sa déception.
- Mais je t'écrirais, je te le promets. Je ne tarderais pas à revenir au Terrier de toute manière, les autres me manquent terriblement, et puis nous pourrons probablement chercher les réponses à nos questions, à propos de cette lettre. Mais pour l'instant il vaut peut-être mieux garder ça pour nous.
- Tu as raison, c'est peut-être mieux. Les autres pourront attendre. Nous avons bien attendu 18 ans ! ricana-t-il, vite suivi par la jeune femme.
- Merci d'être là, Harry, reprit-elle plus sérieusement. Je suis vraiment contente de t'avoir revu, et de t'avoir comme frère, ajouta-t-elle avec un clin d'œil.
- Eh oui ma chère sœur ! Je serais toujours là, continua-t-il doucement, avant de l'embrasser sur le front.
Ils se serrèrent dans leurs bras, puis se quittèrent. Hermione transplana chez elle et Harry rentra au Terrier. Elle était vraiment heureuse de l'avoir revu et se sentait libérée d'un poids. Elle avait réussi à tout lui dire. Le soir, elle s'endormit sur une note plus joyeuse que d'habitude et en fut ravie.
"Mr. Drago Malefoy,
J'ai le plaisir de vous annoncer que vous êtes appelé à revenir au collège Poudlard pour cette rentrée. En effet, une année va être rattrapée pour l'ensemble des élèves. Nous sommes bien entendu conscients que vous faites partie des élèves ayant été du côté de Lord Voldemort lors des événements passés, seulement, nous ne considérons pas que vous en soyez fautif, et nous sommes certains que vous méritez une place dans nos rangs. Par conséquent, vous êtes prié de vous rendre sur la voie 9 ¾, le 1er septembre, pour votre 8ème année à l'école de sorcellerie Poudlard. Vous trouverez ci-jointe la liste des fournitures nécessaires à votre nouvelle année.
De plus, cette année, le rôle de Préfet-en-Chef vous a été accordé, étant donné que vous avez été Préfet pour la maison Serpentard lors de votre cinquième année. Vous serez donc assigné dans de nouveaux appartements avec votre homologue d'une autre maison. Ce rôle est un grand privilège, nous comptons donc sur vous pour l'honorer et faire votre devoir durant cette année.
Mes sincères salutations, en espérant vous revoir cette année,
Pr. McGonagall,
Directrice de l'école de sorcellerie Poudlard."
La lettre était arrivée le matin même. Il fut très surpris d'être compté parmi les élèves ayant la possibilité de revenir. Il ne considérait pas le mériter. Il avait fait trop de mal l'an dernier, mais aussi toutes les années précédentes. Malgré le fait qu'il se sentait bien dans ce château - étant le seul endroit où il était loin de son père et de Voldemort - les derniers moments qu'il y avait passés étaient sûrement les pires de sa vie. Fallait-il vraiment qu'il y retourne ?
Il avait peur. Il savait que personne ne voudrait de lui, il avait fait du mal à tous ceux qui étaient dans ce château. Et puis les revoir tous serait un vrai supplice: assumer leurs regards, leurs remarques... La bande de Gryffondor qui avait subi beaucoup de pertes, les élèves de Serpentard avec qui il n'entretenait presque plus aucun lien. Ce serait horrible. Il vivait déjà chaque jour avec tant de remords, cela ne ferait que les augmenter. Vivre entouré de tous ceux à qui il avait fait du mal, tous ceux qui avaient tant perdu. Il était certain qu'en revenant au château, il subirait toute la haine des autres, qu'il serait rendu coupable pour les crimes que les mages noirs avaient effectués lors de la Grande Guerre, même si peu des élèves étaient au courant de son rôle dans la guerre.
Il décida d'aller en parler à sa mère, de lui demander son avis. Elle aussi avait beaucoup subi, elle pourrait certainement l'aider. Elle ne lui avait pas adressé la parole depuis longtemps, mais peut-être serait-elle plus à même de s'intéresser à lui en ce qui concernait ses études. Après qu'elle ait lu la lettre et que son fils lui ait expliqué les raisons qui le poussaient à ne pas y retourner, elle lui avait exprimé son ressenti :
"Tu dois y aller, tu dois retourner dans cette école, mon chéri. Montre leur qui tu es vraiment, que tu as changé, que tu t'es fait manipuler, que les Malefoy ne sont pas tous des monstres. Montre leur que tu es quelqu'un de bien, mon fils. Il faudra te battre pour qu'ils voient enfin qui tu es maintenant que tu es enfin libre d'être celui qu'il y a au fond de toi."
Voilà ce à quoi il était destiné : redorer l'image des Malefoy salie par son père et ses ancêtres avec leur manie du sang-pur et la magie noire. Il pouvait devenir ce qu'il avait toujours voulu être, leur montrer que les idées de son père n'étaient pas les siennes. Il avait certes eu la pire éducation possible, mais il était quand même resté persuadé que tout cela n'était qu'un ramassis de conneries, injustes et mauvaises, auxquelles il était obligé d'adhérer au risque d'en souffrir voire d'en mourir. Au fil des années, il s'y était habitué. Se moquer des autres et les insulter étaient devenues des habitudes. Mais désormais, il était conscient que plus rien ne l'obligeait à rester comme cela. Il pouvait enfin changer. Il avait certes toujours eu un mauvais caractère, arrogant, narcissique sur les bords, insolent, et tout ce qui allait avec - et ça, il ne pouvait pas le changer - mais les idéologies racistes qu'on lui avait imposées ne lui appartenaient pas.
Alors il se décida. Le 1er septembre il se rendrait à Poudlard et subirait toute la haine des autres s'il le fallait, mais il ferait tout pour leur montrer qu'il n'était pas quelqu'un de mauvais, malgré tout ce qu'il avait pu leur infliger.
Et puis, il serait Préfet-en-Chef. Il aurait son propre appartement, et il ne pouvait négliger cet atout. Il aurait moins de regards à supporter, il serait seul. Enfin, avec un ou une autre élève, mais il n'y avait pas de raison que cela se passe mal.
oOo
"Mlle. Granger,
J'ai le plaisir de vous annoncer que vous êtes appelée à revenir au collège Poudlard pour cette rentrée. En effet, une année va être rattrapée pour l'ensemble des élèves. Nous espérons vous retrouver, malgré les épreuves que vous avez traversées l'an dernier. Par conséquent, vous êtes priée de vous rendre sur la voie 9 ¾ le 1er septembre, pour votre 8ème année à l'école de sorcellerie Poudlard. Vous trouverez ci-jointe la liste des fournitures nécessaires à votre nouvelle année.
De plus, cette année, le rôle de Préfète-en-Cheffe vous a été accordé, étant donné que vous avez été Préfète pour la maison Gryffondor lors de votre cinquième année. Vous serez donc assignée dans de nouveaux appartements, avec votre homologue d'une autre maison. Ce rôle est un grand privilège, nous comptons donc sur vous pour l'honorer et faire votre devoir durant cette année.
Mes sincères salutations, en espérant vous revoir cette année,
Pr. McGonagall,
Directrice de l'école de sorcellerie Poudlard."
Elle se doutait qu'il y aurait forcément une année à refaire. Les élèves avaient pris trop de retard. Elle avait passé l'entièreté de l'année précédente à travers tout le Royaume-Uni et Poudlard lui manquait. Mais elle savait qu'y retourner ne serait pas une mince affaire.
C'était là-bas qu'ils étaient tous morts, là-bas que la Guerre avait eu lieu et qu'elle avait tant souffert. Y retourner serait comme revivre tous les événements à travers les moindres recoins du château. Mais elle n'avait pas le choix, il fallait qu'elle reprenne une vie normale. Elle ne pourrait pas rester ici toute sa vie à s'apitoyer sur son sort. Il fallait qu'elle sorte, qu'elle vive. Tout n'était pas terminé, il restait des gens qu'elle aimait et qui l'aimaient.
Mais avant tout cela, il lui fallait retourner les voir. Il lui fallait retourner au Terrier et affronter leurs regards, leurs questions, et Ron. Elle savait qu'il lui en voulait plus que tout. Il a raison, se dit-elle, tout est de ma faute, je n'aurais jamais dû partir.
Mais Harry sera là et il la soutiendra. Il était le seul à pouvoir la comprendre, après tout, c'était son frère. Elle sourit à cette pensée. De toute manière, il aurait bien fallu qu'elle y retourne un jour.
De plus, elle était Préfète-en-Cheffe, et en était honorée. Hermione en avait toujours rêvé, mais n'avait pas pu le devenir à cause de la chasse aux Horcruxes et de la Guerre. Elle aurait ses propres appartements, à partager avec un autre, certes, mais cela ne lui posait pas de problème. Les dortoirs de Gryffondor allaient lui manquer, mais elle pourrait quand même aller dans la salle commune et rester avec ses amis alors elle n'y voyait aucun inconvénient. Peut-être allait-elle devenir amie avec son homologue, qui sait ? Seul l'avenir le lui dirait, et pour cela, il fallait qu'elle retrouve sa vie d'avant.