Je me suis réveillée en sursaut dans ma chambre d'étudiante à la Sorbonne. La première chose que j'ai vue, c'était le plafond blanc, mais mon esprit était en proie à l'image du sang de ma belle-sœur, Sophie, sur le carrelage de la salle de bain.
C'était Pâques. Et Manon, ma "meilleure amie", se tenait à ma porte. Son sourire innocent, ses yeux emplis d'une fausse admiration, elle se préparait à renouveler son invitation chez ma famille.
Dans ma vie précédente, sa venue avait détruit la famille à Versailles. Elle avait séduit mon frère Léo, le forçant à un mariage sans amour. Sophie, son épouse enceinte, avait fait une fausse couche dévastatrice. Mes parents avaient vieilli prématurément. Et moi, écrasée par la culpabilité, j'avais avalé des somnifères, cherchant l'oubli.
Mon sang se glaça. J'étais revenue, vivante, mais le même scénario se déroulait. Manon, insouciante, me demandait de l'emmener pour les fêtes. C'était une injustice insoutenable ; un cauchemar se répétant.
La douleur du passé était mon arme. Cette fois, je n'étais plus naïve. La Chloé d'avant avait disparu. Manon voulait une guerre ? Elle l'aurait. Mais les règles du jeu avaient changé. J'étais prête à la faire payer.
Je me suis réveillée en sursaut. Le plafond blanc de ma chambre d'étudiante à la Sorbonne était la première chose que j'ai vue, mais dans ma tête, l'image était celle du sang sur le carrelage de la salle de bain.
C'était le sang de Sophie, ma belle-sœur.
Je me souviens de tout. C'était la veille du week-end de Pâques, comme aujourd'hui. J'avais invité ma colocataire, Manon, à passer les fêtes dans ma famille à Versailles. J'étais naïve, je la considérais comme ma meilleure amie.
Elle était arrivée avec son sourire doux, ses yeux pleins d'admiration pour notre grande maison, pour mes parents aimants, pour mon frère Léo, un jeune cadre brillant.
Pendant le repas de Pâques, elle avait rempli le verre de Léo encore et encore, avec ce vin cher qu'il adorait. Elle riait, elle le touchait, l'air de rien.
Cette nuit-là, elle est entrée dans sa chambre.
Le lendemain, Sophie, enceinte de cinq mois, les a surpris. Le choc, la dispute. Sophie a glissé dans l'escalier. L'hôpital, les médecins, les mots terribles : "fausse couche".
Manon a pleuré, a prétendu être enceinte de Léo. Pour éviter le scandale, mes parents ont forcé mon frère à l'épouser.
Notre famille a été détruite. Léo est devenu un homme brisé, marié à une femme qu'il détestait. Sophie a disparu de nos vies. Mes parents ont vieilli de vingt ans en un an.
Moi, rongée par la culpabilité, j'ai avalé une boîte de somnifères. Je me suis endormie en pensant que tout était de ma faute.
Et maintenant, je suis là. Réveillée. Vivante.
La porte de la chambre s'est ouverte. C'était Manon, avec le même sourire innocent.
« Chloé, tu es réveillée ? Je me disais, pour Pâques, je n'ai nulle part où aller... »
Le sang dans mes veines s'est glacé.
Ça recommence.
Mais cette fois, je suis prête.
Je l'ai regardée droit dans les yeux. Son visage exprimait une fausse tristesse, une solitude calculée pour m'attendrir.
Dans ma vie précédente, j'avais sauté sur l'occasion, heureuse de pouvoir aider mon amie.
« Oh, Manon, c'est horrible ! Viens avec moi, ma famille sera ravie de t'accueillir ! »
Ces mots, je les avais prononcés avec une sincérité qui me dégoûte aujourd'hui.
Cette fois, j'ai secoué la tête, affichant un air désolé.
« Je suis vraiment désolée, Manon. J'aurais adoré, mais je ne rentre pas à Versailles ce week-end. »
Elle a haussé un sourcil.
« Ah bon ? Mais tu m'avais dit que tu te faisais une joie de voir tes parents. »
« J'ai trouvé un petit boulot, a-t-elle poursuivi. Serveuse dans un café près d'ici. Ils ont besoin de quelqu'un pour tout le week-end, c'est très bien payé. »
C'était un mensonge. Mais un mensonge nécessaire.
Le sourire de Manon s'est légèrement crispé. Juste une seconde, mais je l'ai vu. C'était de la méfiance. Elle ne me croyait pas.
« Oh. D'accord. C'est super pour toi alors. »
Sa voix était un peu trop enjouée.
« Dommage. Je vais rester toute seule à la résidence. Ce n'est pas grave. »
Elle a tourné les talons et est retournée à son bureau. Je l'ai observée du coin de l'œil. Elle a pris son téléphone, ses doigts tapant furieusement sur l'écran.
J'ai préparé mon sac en silence. J'ai réservé mon billet de train pour Versailles en ligne, pour le lendemain matin, très tôt.
Plus tard dans la soirée, alors que je faisais semblant de dormir, je l'ai entendue chuchoter au téléphone. Je n'ai pas tout compris, mais j'ai saisi des bribes. "Versailles", "train de 8h15", "billet".
Mon cœur s'est serré. Elle n'abandonnait pas. Elle allait me suivre.
La confrontation était inévitable. Mais cette fois, ce ne serait pas chez moi, selon ses règles.
Ce serait chez moi, selon les miennes.