Chapitre 1
Une bague sur le comptoir de la salle de bain. Une simple bague, minuscule et scintillante. C'était censé être un symbole d'engagement, d'une vie à deux, d'une promesse. Maintenant, c'était juste un éclat insignifiant, une illusion brisée en morceaux invisibles.
Lana avait entendu le bruit avant de voir quoi que ce soit. Un rire étouffé, un murmure, le souffle court d'une voix qu'elle connaissait trop bien. Elle aurait dû s'arrêter là, faire demi-tour, prétendre que ce n'était rien. Mais non. La curiosité, ou peut-être cette morsure étrange au fond de la poitrine, l'avait poussée à avancer. Pieds nus sur le parquet froid, elle avait poussé la porte, le cœur déjà lourd de ce qu'elle savait qu'elle trouverait.
Et ils étaient là. James, son fiancé, et Sarah, sa meilleure amie. Sur le canapé. Ses jambes à elle autour de ses hanches à lui. Leurs rires, leurs murmures. Puis un gémissement. Sarah, la bouche entrouverte, la tête basculée en arrière. Et James, qui...
Lana n'avait pas crié. Pas un mot. Pas même un soupir. Elle était restée là, figée, comme si son cerveau refusait d'accepter l'image devant elle. La chaleur dans sa gorge montait, ses mains tremblaient. Sarah avait levé les yeux en premier, ses cheveux en désordre, sa chemise glissant sur une épaule. Pas d'excuses dans ses yeux. Juste un instant de surprise, puis... rien. James, lui, avait juste sursauté, son visage figé dans une grimace ridicule de culpabilité.
- Lana, ce n'est pas ce que tu crois... avait-il commencé.
Elle avait éclaté de rire. Pas un rire joyeux, non, mais un rire sec, étranglé, presque douloureux. Ce n'était pas ce qu'elle croyait ? Alors quoi ? Ils pratiquaient une nouvelle danse contemporaine ?
Sans un mot, elle avait tourné les talons, attrapant son sac au passage. James avait essayé de la suivre, mais elle avait claqué la porte derrière elle. Les mots coincés dans sa gorge, les larmes qu'elle refusait de laisser couler.
Dans la rue, la fraîcheur de la nuit lui brûlait la peau. Ses jambes tremblaient, mais elle marchait, incapable de s'arrêter. Pas de destination, juste une fuite. Une fuite de l'appartement, de leurs visages, de leur odeur mêlée qui semblait s'accrocher à elle comme une seconde peau.
Elle avait marché pendant ce qui semblait être des heures, jusqu'à ce que la fatigue prenne le dessus. Un bar, ouvert tard, avait attiré son regard. Elle était entrée, s'était assise au comptoir et avait commandé un verre, puis un autre. Elle ne buvait presque jamais, mais ce soir-là, c'était différent. Ce soir-là, tout était différent.
- Mauvaise journée ? avait demandé le barman, un type bourru avec un regard curieux.
Elle avait haussé les épaules. Mauvaise journée. Mauvaise année. Mauvaise vie, peut-être. Mais elle ne lui devait pas de détails.
- Mon fiancé m'a trompée avec ma meilleure amie, avait-elle lâché après une longue gorgée.
Elle n'avait pas prévu de dire ça, mais les mots étaient sortis tout seuls, comme s'ils s'étaient frayé un chemin malgré elle.
- Ouch. C'est moche, ça.
Elle avait ri à nouveau. Moche. Oui, c'était le mot. Mais moche ne suffisait pas. Moche ne capturait pas l'ampleur de la trahison, la douleur, le vide qu'elle ressentait.
Elle avait continué à boire, son esprit vagabondant, essayant de comprendre comment tout avait déraillé. James, son fiancé parfait, si attentionné, si ambitieux. Toujours à courir après des projets, toujours en déplacement pour son boulot. Et Sarah, sa confidente, sa sœur de cœur. Combien de fois avait-elle vanté James devant elle ? Combien de fois Sarah avait-elle souri, hochant la tête, ses yeux brillants de quelque chose qu'elle n'avait jamais remarqué avant ce soir ?
Une conversation à la table voisine avait attiré son attention. Deux hommes, costumes impeccables, voix basses mais sûres. Ils parlaient d'un certain Alexander Storm. Ce nom, elle l'avait déjà entendu. James en parlait souvent. Son patron. Un homme influent, presque mythique dans son domaine.
- Le mec est intouchable, avait dit l'un des hommes. Si t'as Storm de ton côté, t'es blindé. Sinon, t'es mort.
Un frisson lui avait parcouru l'échine. Elle s'était tournée vers eux, pas assez discrètement, et l'un des hommes avait croisé son regard.
- Quelque chose à dire, mademoiselle ?
Elle avait hésité, mais l'alcool parlait pour elle.
- Alexander Storm. Il est aussi puissant qu'on le dit ?
Les deux hommes avaient échangé un regard, avant que l'un d'eux ne sourie, amusé.
- Plus que tu ne peux imaginer. Pourquoi ? Tu comptes lui demander un prêt ?
Elle avait souri en retour, un sourire amer. Non, elle n'avait pas besoin d'un prêt. Mais elle avait besoin de quelque chose. D'une distraction. D'une revanche.
Sans vraiment savoir pourquoi, elle avait laissé les hommes lui raconter tout ce qu'ils savaient sur Alexander. Un milliardaire solitaire, connu pour son sang-froid et sa capacité à transformer tout ce qu'il touchait en or. Personne ne connaissait vraiment ses intentions, mais tout le monde savait qu'il obtenait toujours ce qu'il voulait.
Lana n'avait pas dormi cette nuit-là. Elle était restée éveillée, ses pensées tournant en boucle, son cœur toujours lourd. Mais une idée avait germé, une idée insensée, presque suicidaire. Et si elle affrontait cet homme ? Pas pour obtenir quelque chose de matériel, mais pour se prouver qu'elle pouvait reprendre le contrôle de sa vie.
Le lendemain, elle avait fouillé sur internet jusqu'à trouver un moyen d'approcher Alexander Storm. Un gala, un événement exclusif où il serait présent. Elle n'avait rien à perdre, après tout.
Quand elle avait franchi les portes du bâtiment luxueux, vêtue d'une robe empruntée à une amie d'amie, son cœur battait à tout rompre. Elle ne savait pas ce qu'elle cherchait, ni ce qu'elle espérait trouver. Mais elle savait une chose : elle n'était plus la Lana d'hier.
Et puis, elle l'avait vu. Alexander Storm. Un homme qui dégageait une aura de puissance brute, son regard perçant balayant la salle comme s'il voyait à travers chaque personne. Quand leurs yeux s'étaient croisés, elle avait su qu'il la voyait, elle, vraiment.
- Vous êtes ? avait-il demandé, sa voix basse et contrôlée, comme s'il testait sa détermination.
Elle avait pris une grande inspiration, serrant son sac contre elle.
- Lana. Je suis...
Elle s'était arrêtée, incapable de trouver les mots. Une partie d'elle voulait fuir, mais l'autre, celle qui avait marché toute la nuit dans le froid, refusait de reculer.
- Je suis celle qui va changer votre vie.
Il avait souri, un sourire énigmatique, presque amusé. Et c'est là que tout avait commencé.
Chapitre 2
L'idée avait germé dans un coin de sa tête comme une mauvaise herbe. Insensée, irréfléchie, et pourtant impossible à ignorer. Après une nuit à fixer le plafond, Lana s'était levée avec une seule certitude : elle ne pouvait pas rester là, dans cet appartement qui empestait la trahison. Ses affaires tenaient dans un sac. Pas besoin de plus.
Elle avait pris un taxi, donné l'adresse sans réfléchir, comme si son subconscient tirait les ficelles. La tour d'acier et de verre se dressait devant elle, froide et intimidante. Une main agrippant la lanière de son sac, l'autre tremblante à ses côtés, elle avait inspiré profondément avant de franchir les portes.
- Vous avez un rendez-vous ? avait demandé la réceptionniste, une femme impeccable dont le regard la jaugeait avec suspicion.
Lana avait menti. Bien sûr qu'elle avait menti. Personne ne débarquait ici sans un rendez-vous. Mais ses mots étaient sortis avec une fluidité qu'elle ne se connaissait pas.
- Alexander Storm m'attend.
Elle avait balancé ça comme une évidence, sans hésiter, et contre toute logique, ça avait fonctionné. La réceptionniste avait fait un appel rapide, murmuré quelque chose dans son micro, puis indiqué un ascenseur. Lana avait avancé comme une automate, ses jambes tremblantes sous l'adrénaline.
Le trajet jusqu'au sommet semblait interminable, chaque étage grignotant un peu plus sa détermination. Qu'est-ce qu'elle allait lui dire ? Qu'elle s'était vendue à l'idée absurde d'une vengeance sans même savoir comment ? Mais à peine la porte de l'ascenseur s'était-elle ouverte qu'un homme imposant en costume sombre l'attendait. Pas Alexander. Un assistant, probablement.
- Suivez-moi.
Elle avait obéi sans un mot, son cœur battant si fort qu'elle craignait qu'il n'éclate. Ils avaient traversé un couloir silencieux, chaque pas résonnant comme une gifle. Puis, une porte. Grande, lourde. Et derrière, lui.
Alexander Storm n'avait pas levé les yeux immédiatement. Il était assis à un bureau, ses doigts tapotant distraitement un écran, une pile de documents devant lui. Mais quand il avait relevé la tête, ce fut comme un choc électrique. Ses yeux étaient froids, calculateurs, et pourtant... il y avait quelque chose de captivant, une intensité qui semblait fouiller chaque recoin de son âme.
- Vous êtes ?
Elle avait dû lutter pour ne pas baisser les yeux.
- Lana.
Pas de titre, pas de justification. Juste son prénom, comme si cela suffisait.
- Et pourquoi êtes-vous ici, Lana ?
Sa voix était calme, posée, mais il y avait une nuance sous-jacente, un avertissement. Il n'aimait pas perdre son temps.
- Pour vous faire une proposition.
Son sourire avait été bref, presque imperceptible, mais il avait éveillé une curiosité palpable.
- Une proposition, dites-vous. Voilà qui est intriguant. Allez-y, je vous écoute.
Elle avait inspiré profondément, les mots s'assemblant à toute vitesse dans son esprit.
- Mon fiancé travaille pour vous. James. Vous le connaissez ?
Un haussement d'épaules. Bien sûr qu'il le connaissait.
- Il m'a trompée. Avec ma meilleure amie. Et maintenant, je suis là, devant vous, parce que...
Elle s'était arrêtée. Comment formuler ça sans paraître complètement folle ?
- Je veux me venger.
Ses sourcils s'étaient légèrement froncés, mais il n'avait pas interrompu.
- Je veux qu'il perde tout. Son travail. Sa fierté. Sa vie parfaite qu'il croyait inatteignable. Et vous êtes la personne qui peut le faire.
Il s'était penché en arrière, croisant les bras, son regard fixé sur elle avec une intensité qui la rendait presque inconfortable.
- Et en échange, que m'offrez-vous ?
C'était la question qu'elle redoutait. Elle n'avait rien à offrir. Rien, sauf...
- Moi.
Un silence lourd était tombé entre eux. Ses propres mots résonnaient dans sa tête, absurdes et pourtant définitifs.
- Vous ?
Son ton était neutre, mais il y avait une lueur d'amusement dans ses yeux.
- Oui. Moi. Je... Je me vends à vous.
Elle avait presque chuchoté ces derniers mots, mais ils avaient frappé l'air comme une détonation.
Il n'avait pas ri. Pas de moquerie, pas de scepticisme. Seulement un long regard qui semblait évaluer chaque centimètre d'elle, chaque nuance de ce qu'elle venait de dire.
- Vous vous rendez compte de ce que vous proposez ?
Elle avait hoché la tête, même si, au fond, elle n'en était pas si sûre.
- Très bien, Lana. Si c'est ce que vous voulez... Alors vous serez à moi.
Il s'était levé, et elle avait compris pourquoi on parlait de lui comme d'un titan. Sa présence était écrasante, son regard impitoyable.
- Mais sachez une chose, Lana. Dans mon monde, les décisions impulsives ont des conséquences. Et une fois que vous entrez, il n'y a pas de retour en arrière.
Elle avait avalé difficilement, mais elle n'avait pas flanché.
- J'en suis consciente.
Un sourire, froid, calculateur, avait effleuré ses lèvres.
- Alors bienvenue, Lana. Vous venez de signer un pacte avec le diable.
Et à cet instant précis, elle avait su que rien ne serait jamais plus pareil.
Chapitre 3
Alexander était resté silencieux un long moment après avoir accepté l'offre insensée de Lana. Son regard, dur et scrutateur, semblait peser chacun de ses mots avant qu'il ne parle. Quand il se redressa enfin, elle sentit un frisson remonter sa colonne vertébrale.
- Si vous voulez jouer à ce jeu, Lana, alors jouons. Mais il n'y aura pas de demi-mesures.
Elle ne répondit pas. L'air dans la pièce était devenu suffocant, chargé d'une tension qu'elle ne pouvait ni ignorer ni fuir. Il appuya sur un bouton de son bureau, et un homme entra presque immédiatement.
- Apportez-moi un exemplaire du contrat standard. Maintenant.
Lana fronça les sourcils, une vague d'inquiétude grimpant en elle. Contrat standard ? Elle n'avait aucune idée de ce que cela impliquait, mais les battements frénétiques de son cœur lui disaient que ce n'était rien de bon.
Alexander croisa les mains devant lui, l'observant comme un fauve prêt à bondir.
- Nous allons formaliser cet accord. Vous m'appartenez, Lana. Et cela inclut certaines... exigences.
Elle aurai t voulu répondre, protester peut-être, mais les mots restaient coincés dans sa gorge. Elle avait commencé ce jeu, et maintenant elle devait le terminer.
Quelques minutes plus tard, un épais dossier fut déposé devant elle. Alexander ouvrit le document avec une précision calculée et commença à lire à haute voix.
- Vous vivrez sous mon toit, sans exception. Je ne fais pas d'accords à distance.
Elle déglutit mais hocha la tête.
- Vous devrez m'accompagner à certains événements publics en tant que...
Il marqua une pause, cherchant le bon terme.
- Une acquisition temporaire.
Le mot la fit sursauter, mais elle n'eut pas le temps de réagir qu'il poursuivait déjà.
- Vos obligations incluront également une confidentialité absolue sur tout ce que vous verrez ou entendrez dans ma maison, ou dans mes affaires.
Il tourna une page, et Lana sentit son estomac se nouer.
- Et enfin, vous devrez obéir à mes instructions, sans poser de questions. Vous avez choisi de vous vendre à moi. Vous en assumerez les conséquences.
Son ton était ferme, sans appel. Elle ouvrit la bouche, mais il la coupa.
- Si vous ne voulez pas signer, la porte est là.
C'était une déclaration brutale, un défi presque. Mais elle savait qu'elle ne reculerait pas. Pas après ce qu'elle avait vu. Pas après la douleur qu'elle avait ressentie en voyant James trahir tout ce qu'ils avaient construit ensemble.
- Donnez-moi un stylo.
Un sourire furtif passa sur le visage d'Alexander. Il lui tendit un stylo, et elle sentit une étrange satisfaction en signant. Ce geste scellait son destin, mais il marquait aussi le début de quelque chose qu'elle ne comprenait pas encore.
- Très bien, dit-il en refermant le contrat. Bienvenue dans mon monde, Lana.
Il se leva et marcha vers la porte, l'air sûr de lui, comme si tout cela n'était qu'une formalité. Avant de sortir, il se retourna.
- Mon chauffeur viendra vous chercher demain matin. Préparez vos affaires.
Et il disparut, la laissant seule avec un mélange d'excitation, de peur et d'incertitude.
Elle passa le reste de la journée à tourner en rond dans son appartement, repensant à tout ce qui s'était passé. Chaque détail semblait irréel, comme un mauvais rêve dont elle ne parvenait pas à se réveiller. Mais le contrat était là, bien réel, sur la table devant elle. Et demain, elle entrerait dans un monde qu'elle ne connaissait pas.
Le matin arriva trop vite. Le chauffeur était ponctuel, habillé avec une élégance qui contrastait avec l'état d'esprit chaotique de Lana. Il la conduisit à travers la ville jusqu'à une propriété qui semblait sortie d'un autre monde.
La porte d'entrée s'ouvrit sur une femme qui se présenta comme l'intendante. Elle lui tendit un programme détaillé, presque militaire, de ce qui était attendu d'elle.
- Monsieur Storm attend que vous soyez installée avant de vous voir.
Lana suivit l'intendante jusqu'à une chambre qui aurait pu appartenir à une reine. Mais malgré la beauté des lieux, une angoisse sourde la saisit. Elle était désormais sous le toit d'Alexander, dans un monde qui n'était pas le sien.
La rencontre avec Alexander ce soir-là ne fit qu'accentuer cette impression. Il était assis dans un fauteuil en cuir, un verre à la main, son regard perçant comme une lame.
- Alors, Lana, prête à jouer votre rôle ?
Elle hocha la tête, essayant de masquer sa nervosité.
- Bien. Vous découvrirez bientôt que tout ici a un prix. Même la vérité.
Et pour la première fois, elle réalisa pleinement qu'elle avait peut-être vendu bien plus qu'elle ne l'avait imaginé.