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VENDUE DÉFINITIVEMENT AU SEIGNEUR DE LA MAFIA

VENDUE DÉFINITIVEMENT AU SEIGNEUR DE LA MAFIA

Auteur:: L’univers d’Owen
Genre: Mafia
Vendue pour rembourser une dette qui ne lui appartenait pas, Camila Navarro voit son destin basculer le jour où elle est livrée à l'homme le plus redouté du cartel. Alejandro Castillo n'est pas seulement un chef criminel. Il est une légende vivante. Un homme que l'on craint, que l'on respecte... et que personne n'ose défier. Dans son monde, tout a un prix. La loyauté. Le silence. La vie. Et désormais... Camila. Arrachée à son ancienne existence, elle refuse pourtant de se briser. Face à Alejandro, elle ne baisse pas les yeux. Elle ne supplie pas. Elle le défie avec un courage qui ébranle son contrôle glacé. Mais derrière le masque impitoyable du Seigneur du cartel se cache un homme marqué par la trahison et la solitude. Alors que les ennemis se rapprochent et que le sang menace de couler, Camila devient bien plus qu'un simple paiement de dette. Elle devient son obsession. Sa faiblesse. Et peut-être... la seule capable de renverser son empire. Car si Camila a été vendue définitivement à Alejandro Castillo... Personne n'avait prévu qu'elle deviendrait la reine d'un monde bâti sur la peur.

Chapitre 1 Chapitre 1

Chapitre 1 LA DETTE

Le silence de la cave avait un goût métallique. Un mélange de sang séché, de rouille, et de quelque chose d'autre que Camila ne voulait pas identifier. L'odeur de la peur, peut-être. Sa propre peur, incrustée dans les murs de ce trou infect où elle croupissait depuis qu'ils l'avaient jetée là.

Camila sentait l'humidité glacée du mur de béton contre son dos, le froid traversant le tissu fin de sa robe comme une morsure. Ses poignets étaient écorchés par les cordes rugueuses qui l'attachaient à la chaise, la peau à vif, brûlante. Elle ne pleurait plus. Les larmes avaient séché depuis des heures, peut-être des jours. Le temps n'avait plus de sens dans cet endroit sans fenêtre, sans lumière, où seul le bruit des pas au-dessus de sa tête lui rappelait qu'elle était encore vivante. Encore prisonnière.

Au-dessus d'elle, les pas lourds résonnaient. Des voix étouffées. Des rires. Le bruit d'une bouteille qui se brise. Puis... le silence à nouveau. Ce silence qui la dévorait de l'intérieur.

Elle ferma les yeux, cherchant à se souvenir d'un autre temps. Un temps où elle riait avec ses amies au bord de la rivière, les pieds dans l'eau fraîche, le soleil sur la peau. Un temps où elle avait des rêves. Des rêves stupides de fille de vingt-deux ans qui croyait encore que la vie pouvait être belle, qu'elle pourrait peut-être devenir professeure, avoir une petite maison, une famille. Des rêves qui semblaient maintenant appartenir à une autre vie. À une autre personne.

Mais c'était avant.

Avant que son père ne perde tout au poker. Ce père qu'elle avait aimé malgré ses défauts, malgré l'alcool, malgré les promesses brisées. Elle se souvenait encore de son visage ce soir-là, quand il était rentré à l'aube, les mains tremblantes, le regard fuyant. Elle avait su immédiatement que quelque chose de terrible s'était produit.

Avant qu'il n'emprunte à des hommes qu'on ne devait jamais approcher.

Avant qu'il ne disparaisse comme un lâche, la laissant seule face aux créanciers.

« Cent mille dollars. »

C'était ce qu'ils avaient dit. Cent mille dollars, plus les intérêts. Une somme qu'elle ne verrait jamais de sa vie, même en travaillant jour et nuit dans ce bar miteux où elle servait des bières tièdes à des hommes aux mains baladeuses.

Alors ils avaient trouvé une autre solution.

La porte de la cave s'ouvrit brusquement, faisant sursauter Camila. Une lumière crue l'aveugla. Elle cligna des yeux, tentant de distinguer la silhouette massive qui descendait les marches. L'homme portait un costume sombre trop serré sur ses épaules musclées. Une balafre barrait sa joue gauche.

- Debout, dit-il simplement.

Sa voix était un grondement sourd, dénué d'émotion. Il trancha les cordes d'un geste sec. Camila massa ses poignets endoloris, ses jambes tremblaient quand elle se leva. Combien de temps était-elle restée attachée ? Ses muscles protestaient, ankylosés.

- Où... où m'emmenez-vous ? murmura-t-elle, la gorge sèche.

L'homme ne répondit pas. Il se contenta de la saisir par le bras et de la pousser vers l'escalier. Chaque marche lui semblait insurmontable. Lorsqu'elle émergea enfin dans ce qui ressemblait à un entrepôt désaffecté, elle dut détourner les yeux de la lumière crue des néons.

Trois hommes l'attendaient. Ils étaient adossés contre un van noir, fumant des cigarettes. Leurs regards glissèrent sur elle comme sur une marchandise. L'un d'eux, un homme maigre au visage grêlé, sourit en révélant des dents jaunies.

- C'est elle ? demanda-t-il.

- Ouais, répondit l'homme à la balafre. La fille Navarro.

Le maigre s'approcha, tournant autour de Camila comme un prédateur. Elle sentit son regard lui parcourir le corps et elle serra les poings, refoulant la nausée qui montait en elle.

- Pas mal, dit-il en tirant sur sa cigarette. Elle fera l'affaire.

- Faire l'affaire pour quoi ? lâcha Camila, sa voix tremblant malgré elle.

Le silence qui suivit fut plus terrifiant que n'importe quelle réponse. Les hommes échangèrent des regards. Puis le maigre éclata de rire, un rire sec et désagréable.

- Personne ne t'a expliqué ? Ton père devait de l'argent au Seigneur. Beaucoup d'argent. Et maintenant, tu es le paiement.

Les mots la frappèrent comme un coup de poing. Le Seigneur. Même elle avait entendu parler de lui. Alejandro Castillo. Le chef du cartel le plus puissant de la région. Un homme dont le nom seul suffisait à faire taire une pièce entière.

- Non, souffla-t-elle, reculant d'un pas. Non, vous ne pouvez pas...

- Oh que si, on peut, coupa l'homme à la balafre. Ton père a signé. T'es à lui maintenant.

Camila voulut courir. Ses jambes se dérobèrent sous elle avant même qu'elle n'ait pu faire un pas. L'homme à la balafre la rattrapa sans effort, ses doigts s'enfonçant dans son bras comme des serres.

- Ne te fatigue pas, grogna-t-il. Tu vas juste te faire du mal.

Ils la traînèrent jusqu'au van. Elle se débattit, donna des coups de pied, cria jusqu'à ce que sa voix se brise. Mais personne ne vint. Personne ne viendrait jamais.

Dans le van, on la jeta sur une banquette en cuir usé. Les portes claquèrent. Le moteur rugit. Camila se recroquevilla contre la paroi métallique, tremblante, les bras serrés autour de ses genoux.

À travers la vitre teintée, elle vit défiler les rues familières de son quartier. Puis la ville s'effaça, remplacée par des routes sinueuses bordées de collines arides. Ils roulaient depuis combien de temps ? Une heure ? Deux ? Elle avait perdu toute notion du temps.

Le van finit par ralentir. Devant eux se dressait un immense portail en fer forgé, encadré par deux guérites où des hommes armés montaient la garde. Le portail s'ouvrit sans un mot. Ils pénétrèrent dans un domaine qui ressemblait à une forteresse.

Des murs de pierre s'élevaient de chaque côté de l'allée bordée de palmiers, tellement hauts qu'ils bloquaient la vue sur l'extérieur. Camila comprit immédiatement : ce n'était pas un domaine. C'était une prison. Une prison luxueuse, certes, mais une prison quand même. Au loin, une villa majestueuse brillait sous le soleil déclinant, blanche et froide comme un mausolée, comme si elle n'avait jamais connu le rire, la joie, la vie. Des hommes en costume noir patrouillaient sur le terrain, des oreillettes vissées aux oreilles, des armes à la ceinture, leurs visages aussi inexpressifs que des masques.

Le van s'arrêta devant l'entrée principale. On ouvrit les portes. L'homme à la balafre la tira dehors sans ménagement. Camila tituba, éblouie par la lumière, puis leva les yeux vers la villa.

C'était un palais. Mais un palais construit sur le sang et la peur. Camila le sentait dans chaque pierre, dans chaque coin d'ombre, dans le silence trop parfait des jardins. Ce lieu respirait la mort. Et elle venait d'y être condamnée à perpétuité.

- Bienvenue chez le Seigneur, ricana le maigre derrière elle.

Camila sentit ses jambes fléchir à nouveau. Mais cette fois, elle ne tomba pas. Elle planta ses pieds dans le gravier, redressa les épaules, et respira profondément. Si elle devait entrer dans ce lieu maudit, elle le ferait debout.

Parce qu'elle refusait de se briser.

Pas maintenant. Pas pour eux.

Les doubles portes en bois massif s'ouvrirent sur un hall démesuré. Du marbre blanc s'étendait sous ses pieds, reflétant la lumière d'un lustre de cristal suspendu au plafond cathédrale. Des tableaux sombres ornaient les murs, des portraits d'hommes au regard dur.

Une femme d'une cinquantaine d'années, vêtue d'un tailleur noir impeccable, descendit l'escalier monumental. Ses talons claquaient sur le marbre avec une précision militaire. Elle s'arrêta à quelques mètres de Camila, l'examina de la tête aux pieds, puis fronça les sourcils.

- C'est elle ? demanda-t-elle d'une voix glaciale.

- Oui, Madame Rosa, répondit l'homme à la balafre.

Rosa fit un geste de la main, congédiant les hommes. Ils disparurent aussi silencieusement qu'ils étaient apparus, laissant Camila seule face à cette femme à l'aura intimidante.

- Suis-moi, ordonna Rosa.

Camila hésita. Puis, serrant les dents, elle suivit la femme à travers un dédale de couloirs luxueux. Chaque pièce qu'elles traversaient respirait la richesse et le pouvoir. Des œuvres d'art coûteuses, des meubles anciens, des tapis persans. Tout était parfait, glacé, dénué de chaleur humaine.

Elles s'arrêtèrent devant une porte en acajou. Rosa frappa deux coups brefs, puis entra sans attendre de réponse. Camila franchit le seuil, et son cœur manqua un battement.

Le bureau était immense, dominé par de larges baies vitrées qui donnaient sur un jardin impeccablement entretenu. Mais Camila ne voyait rien de tout cela.

Son regard était rivé sur l'homme assis derrière le bureau en bois sombre.

Alejandro Castillo.

Il était plus jeune qu'elle ne l'avait imaginé. Peut-être trente-cinq ans, peut-être moins. Difficile à dire avec ce visage de marbre, ces traits ciselés qui auraient pu être beaux s'ils n'étaient pas aussi durs, aussi impitoyables. Ses cheveux noirs étaient tirés en arrière, révélant un front haut, des pommettes saillantes. Il portait une chemise blanche impeccable, les manches roulées sur des avant-bras musclés.

Il ne leva même pas les yeux de ses documents. Sa main bougeait avec une précision mécanique, signant des papiers comme s'il s'agissait de condamnations à mort. Peut-être que c'était le cas.

Le silence s'étira, lourd, oppressant. Camila sentit la panique monter en elle, mais elle l'écrasa. Elle ne lui donnerait pas cette satisfaction.

Finalement, Alejandro posa son stylo. Il leva les yeux.

Et Camila comprit pourquoi on l'appelait le Seigneur. Ce n'était pas seulement le pouvoir qu'il détenait, les hommes qu'il contrôlait, l'empire qu'il avait bâti. C'était cette aura. Cette présence écrasante qui remplissait la pièce, qui aspirait tout l'oxygène, qui faisait plier les genoux même aux plus braves.

Son regard était aussi froid que l'acier. Aussi tranchant qu'une lame. Il la dévisagea avec une indifférence calculée, comme s'il évaluait la valeur d'un objet.

- Camila Navarro, dit-il d'une voix grave, presque caressante dans sa froideur. Enfin. J'attendais de voir si les rumeurs étaient vraies.

- Quelles rumeurs ? murmura-t-elle malgré elle.

Ses lèvres se courbèrent imperceptiblement. Ce n'était pas un sourire. C'était quelque chose de plus dangereux, de plus prédateur.

- On dit que la fille Navarro a du cran. Qu'elle n'a pas froid aux yeux. Je voulais voir ça de mes propres yeux.

Elle aurait dû baisser les yeux. Se soumettre. Trembler.

Mais au lieu de cela, Camila planta son regard dans le sien et releva le menton.

- Je ne suis pas une marchandise.

Les lèvres d'Alejandro esquissèrent quelque chose qui ressemblait presque à un sourire. Mais ce n'était pas de l'amusement. C'était quelque chose de bien plus dangereux. De la curiosité, peut-être. Ou pire : de l'intérêt.

Il se leva lentement, contournant le bureau avec une grâce féline. Chaque pas résonnait dans le silence. Il s'arrêta à quelques centimètres d'elle, tellement proche qu'elle pouvait sentir son parfum - un mélange de bois de santal et de quelque chose de plus sombre, de plus enivrant.

Camila refusa de reculer. Elle planta ses pieds dans le tapis, leva les yeux vers lui. De près, son regard était encore plus terrifiant. Des yeux couleur d'orage, froids et calculateurs, capables de lire en elle comme dans un livre ouvert.

- Tu as peur, murmura-t-il. C'est bien. La peur te gardera en vie.

- Je n'ai pas peur de vous, mentit-elle.

Cette fois, il sourit vraiment. Un sourire lent, presque cruel, qui ne montait pas jusqu'à ses yeux.

- Nous verrons bien, murmura-t-il, sa voix descendant d'un ton, devenant presque un ronronnement. Tu vas vivre ici maintenant. Dans ma maison. Sous mes règles. Et la première règle, Camila, c'est que tu m'appartiens. Ton temps m'appartient. Tes choix m'appartiennent. Ta vie entière m'appartient.

Il leva une main, et Camila se raidit, certaine qu'il allait la frapper. Mais ses doigts se contentèrent d'effleurer sa joue, un geste d'une douceur terrifiante.

- Ne me déçois pas, chuchota-t-il. Ce serait... dommage.

Puis il se détourna, retournant à son bureau comme si elle n'existait déjà plus. Rosa posa une main ferme sur l'épaule de Camila, la poussant vers la sortie.

Et dans ce moment, alors que la porte se refermait derrière elle, Camila sut deux choses avec une certitude absolue.

La première : sa vie ne serait plus jamais la même.

La seconde : elle devrait devenir aussi impitoyable que lui si elle voulait survivre

Chapitre 2 Chapitre 2

Chapitre 2 LES RÈGLES DU JEU

La chambre était une cage dorée.

Camila se tenait au milieu de la pièce immense, les bras croisés sur sa poitrine, essayant de contenir le tremblement qui menaçait de la submerger. Après que Rosa l'eut conduite ici, la femme était partie sans un mot, la laissant seule avec ses pensées et sa terreur grandissante.

La pièce était magnifique, elle devait l'admettre. Un lit king-size trônait contre le mur du fond, recouvert de draps en soie ivoire. Des rideaux de velours bordeaux encadraient de larges fenêtres qui donnaient sur les jardins parfaitement entretenus. Un dressing s'ouvrait sur la gauche, déjà rempli de vêtements qu'elle n'avait jamais vus. Des robes, des chemisiers, des chaussures. Tout dans sa taille.

Il avait tout prévu.

Cette pensée la glaça plus que tout le reste.

Camila s'approcha de la fenêtre, posa sa main sur la vitre froide. Les jardins s'étendaient à perte de vue, mais au-delà, elle apercevait les murs. Ces murs immenses qui l'emprisonnaient. Elle tira sur la poignée de la fenêtre. Verrouillée. Évidemment.

Un rire amer lui échappa. Qu'avait-elle espéré ? Qu'elle pourrait simplement s'enfuir ? Même si elle réussissait à franchir cette fenêtre, il y avait les gardes, les caméras, les chiens probablement. Alejandro Castillo n'avait pas bâti son empire en laissant des failles dans sa sécurité.

Elle se détourna de la fenêtre et examina la pièce plus attentivement. Une porte menait à une salle de bain en marbre. Une autre, qu'elle supposa être la sortie, était sans doute verrouillée de l'extérieur. Elle essaya quand même. Le loquet ne bougea pas.

Prisonnière.

Camila s'assit au bord du lit, la tête entre les mains. Combien de temps allait-elle rester enfermée ici ? Qu'attendait-il d'elle exactement ? Les questions tournaient dans sa tête comme un tourbillon sans fin.

Elle sursauta lorsqu'on frappa à la porte. Trois coups secs, autoritaires. La serrure cliqueta. Rosa entra, portant un plateau.

- Tu dois manger, dit-elle en posant le plateau sur la petite table près de la fenêtre.

Camila ne bougea pas.

- Je n'ai pas faim.

- Ce n'était pas une suggestion, répliqua Rosa d'un ton glacial. Le Seigneur ne tolère pas le gaspillage. Encore moins l'insubordination.

- Je ne suis pas son chien pour obéir à ses ordres, cracha Camila.

Rosa s'arrêta net. Elle se retourna lentement, et pour la première fois, Camila vit quelque chose passer dans ses yeux. De la pitié ? De l'amusement ? Impossible à dire.

- Détrompe-toi, petite. Ici, tout le monde obéit. Même moi. Et si tu veux survivre plus d'une semaine, tu ferais mieux d'apprendre vite.

- Survivre ? répéta Camila, sentant la panique grimper dans sa gorge. Qu'est-ce qu'il va me faire ?

Rosa soupira, un soupir las qui semblait porter le poids de trop de secrets.

- Ça dépend de toi. Le Seigneur est... imprévisible. Mais il n'est pas cruel sans raison. Respecte les règles, et tu n'auras rien à craindre.

- Et si je refuse ?

Le silence qui suivit fut plus éloquent qu'une menace.

- Mange, ordonna Rosa avant de sortir, refermant la porte derrière elle.

Le clic de la serrure résonna comme une condamnation.

Camila fixa le plateau. De la nourriture qui avait l'air délicieuse. Du pain frais, des fruits, de la viande. Son estomac grogna malgré elle. Quand avait-elle mangé pour la dernière fois ? Dans la cave, ils ne lui avaient donné que de l'eau. Elle hésita, puis céda. Si elle voulait garder ses forces, elle devait se nourrir.

Elle mangea lentement, méthodiquement, tout en réfléchissant. Il devait y avoir un moyen de sortir d'ici. Il devait y avoir une faille. Personne n'était invincible. Même Alejandro Castillo.

Les heures passèrent. Le soleil déclina, teintant les jardins de nuances orangées. Camila attendait, assise sur le lit, les nerfs à vif. Qu'allait-il se passer maintenant ? Allait-il venir la chercher ? Allait-il...

Elle chassa cette pensée. Pas la peine de s'imaginer le pire. Pas encore.

La nuit tomba. Les lumières du jardin s'allumèrent automatiquement, créant des ombres inquiétantes sur les murs. Camila finit par s'allonger, tout habillée, fixant le plafond. Le sommeil ne viendrait pas. Pas dans cet endroit. Pas sachant qu'il était quelque part dans cette immense demeure, à décider de son sort.

Un bruit la fit se redresser brusquement. La serrure. Quelqu'un ouvrait la porte.

Son cœur se mit à battre à tout rompre. Elle se leva d'un bond, reculant instinctivement vers le mur. La porte s'ouvrit.

Alejandro se tenait dans l'embrasure.

Il avait troqué sa chemise blanche contre un costume sombre qui le faisait paraître encore plus imposant. Ses cheveux étaient toujours parfaitement coiffés, son visage impassible. Mais ses yeux... ses yeux la scrutaient avec une intensité qui lui coupa le souffle.

Il entra, refermant la porte derrière lui. Le clic de la serrure résonna comme un glas.

- Tu ne dors pas, constata-t-il d'une voix neutre.

- Difficile de dormir quand on est prisonnier, répliqua-t-elle, sa voix tremblant malgré ses efforts.

Un sourire effleura ses lèvres. Pas un vrai sourire. Quelque chose de plus sombre.

- Prisonnière, répéta-t-il, comme s'il goûtait le mot. C'est un point de vue. Tu pourrais aussi te considérer comme... protégée.

- Protégée ? cracha Camila. Vous vous moquez de moi ?

Il s'approcha, lentement, comme un prédateur qui prend son temps. Camila voulut reculer, mais son dos était déjà contre le mur. Il s'arrêta à quelques centimètres d'elle, tellement proche qu'elle pouvait sentir la chaleur de son corps.

- Tu ne comprends pas encore, murmura-t-il. Dehors, tu serais morte. Ton père a contracté des dettes avec des hommes bien plus dangereux que moi. Des hommes qui n'auraient eu aucun scrupule à te vendre au plus offrant. Ou pire.

- Et vous êtes différent ? siffla-t-elle.

Ses yeux se durcirent.

- Oui. Parce que tu m'appartiens maintenant. Et je protège ce qui est à moi.

Les mots la frappèrent comme une gifle. Elle leva le menton, plantant son regard dans le sien.

- Je ne suis pas un objet.

- Non, concéda-t-il, penchant légèrement la tête. Tu es bien plus que ça. Et c'est pour cette raison que tu es encore en vie.

Il leva une main, et Camila se crispa. Mais il se contenta de saisir une mèche de ses cheveux, la faisant glisser entre ses doigts.

- Tu as du cran, Camila Navarro. C'est rare. La plupart des femmes que je rencontre sont soit terrifiées, soit calculatrices. Toi... tu es différente.

- Lâchez-moi, souffla-t-elle.

Il sourit, mais obéit, laissant retomber la mèche. Il recula d'un pas, glissant ses mains dans ses poches.

- Demain, Rosa te fera visiter le domaine. Tu apprendras les règles. Tu apprendras ta place. Et tu apprendras à me faire confiance.

- Jamais, cracha Camila.

Son sourire s'élargit, mais il n'atteignait toujours pas ses yeux.

- Nous verrons.

Il se dirigea vers la porte, puis s'arrêta, se retournant à demi.

- Une dernière chose, Camila. Ne tente pas de t'échapper. Ce serait... regrettable.

La menace était claire. Il sortit, refermant la porte derrière lui.

Camila attendit d'entendre ses pas s'éloigner dans le couloir avant de se laisser glisser contre le mur, les jambes tremblantes. Elle porta une main à sa poitrine, sentant son cœur battre à tout rompre.

Qu'est-ce qui venait de se passer ?

Il ne l'avait pas touchée. Pas vraiment. Mais il avait fait quelque chose de pire. Il l'avait déstabilisée. Ébranlée. Et elle détestait ça.

Elle détestait la façon dont son corps avait réagi à sa proximité. La façon dont son parfum l'avait envahie. La façon dont ses yeux semblaient voir à travers elle.

Non. Elle ne pouvait pas se laisser affecter. Elle ne pouvait pas lui donner ce pouvoir.

Camila se releva, serra les poings. Elle survivrait. Elle trouverait un moyen de s'en sortir. Elle n'était pas une victime. Elle était une combattante.

Et Alejandro Castillo allait l'apprendre à ses dépens.

Le lendemain matin, Rosa vint la chercher à l'aube. Camila n'avait presque pas dormi, mais elle refusa de le montrer. Elle se leva, se lava le visage dans la salle de bain, et enfila l'une des robes du dressing. Une robe simple, noire, qui lui arrivait aux genoux. Elle refusa de porter quoi que ce soit de trop révélateur.

- Viens, ordonna Rosa.

Camila la suivit à travers les couloirs interminables. Tout était immaculé, silencieux, oppressant. Elles croisèrent quelques domestiques qui baissèrent immédiatement les yeux à leur passage. Personne ne parlait. Personne ne souriait.

C'était une maison morte.

Rosa la conduisit d'abord à la cuisine, une pièce immense avec des comptoirs en granit et des appareils dernier cri. Une femme plus âgée, aux cheveux gris tirés en chignon, leva les yeux à leur arrivée.

- Voici Camila, annonça Rosa. Elle prendra ses repas ici, à moins que le Seigneur n'en décide autrement.

La femme hocha la tête, observant Camila avec une curiosité méfiante.

- Ensuite, poursuivit Rosa, tu dois comprendre les règles de cette maison. Première règle : tu ne quittes jamais le domaine sans autorisation. Deuxième règle : tu ne parles à personne de ce qui se passe ici. Troisième règle : quand le Seigneur te convoque, tu obéis. Immédiatement.

Camila serra les dents.

- Et si je refuse ?

Rosa la regarda droit dans les yeux.

- Alors tu meurs. C'est aussi simple que ça.

Le sang de Camila se glaça. Elle voulut répliquer, mais les mots restèrent coincés dans sa gorge.

- Bien, dit Rosa, visiblement satisfaite de son silence. Maintenant, viens. Je vais te montrer le reste.

Elles traversèrent les jardins, passèrent devant une piscine à débordement, une salle de sport, un bureau séparé du bâtiment principal. Camila notait mentalement chaque détail. Les caméras de surveillance. Les gardes postés à intervalles réguliers. Les points faibles potentiels.

Il n'y en avait aucun.

- Le Seigneur possède plusieurs propriétés, expliqua Rosa alors qu'elles revenaient vers la villa principale. Mais celle-ci est son sanctuaire. Peu de gens y sont autorisés. Le fait que tu sois ici signifie qu'il a des projets pour toi.

- Des projets ? répéta Camila, la gorge sèche.

Rosa haussa les épaules.

- Ce n'est pas à moi de te le dire. Tu le découvriras bien assez tôt.

Elles rentrèrent dans la maison. Rosa s'arrêta devant une porte différente de celle de la chambre de Camila.

- Le Seigneur veut te voir. Maintenant.

Le cœur de Camila manqua un battement.

- Pourquoi ?

- Ce n'est pas à toi de poser des questions, répliqua Rosa en ouvrant la porte. Entre.

Camila hésita, puis franchit le seuil.

C'était un salon privé, moins formel que le bureau où elle l'avait rencontré la veille. Des canapés en cuir sombre, une cheminée, des bibliothèques remplies de livres anciens. Et au centre, debout près de la fenêtre, Alejandro.

Il se retourna à son entrée. Aujourd'hui, il portait un simple pantalon noir et une chemise grise dont les manches étaient roulées. Il avait l'air... plus humain. Presque.

- Assieds-toi, dit-il en désignant un fauteuil.

Camila ne bougea pas.

- Je préfère rester debout.

Un sourire amusé étira ses lèvres.

- Comme tu veux.

Il s'approcha d'un bar, se servit un verre de whisky. Il n'en proposa pas à Camila.

- Rosa t'a montré le domaine ? demanda-t-il en sirotant son verre.

- Oui.

- Bien. Alors tu comprends maintenant que toute tentative de fuite serait inutile.

Camila serra les poings.

- Je ne suis pas stupide.

- Non, concéda-t-il. Tu es loin d'être stupide. C'est pour ça que je vais être honnête avec toi.

Il posa son verre, se rapprocha d'elle. Camila recula instinctivement, mais il ne s'arrêta pas avant d'être à quelques centimètres d'elle.

- Tu es ici parce que ton père m'a vendue pour effacer sa dette. Dans mon monde, ça signifie que tu m'appartiens. Mais contrairement à ce que tu penses, je ne suis pas un monstre. Je ne vais pas te faire de mal. Pas si tu te comportes bien.

- Et qu'est-ce que ça veut dire, « se comporter bien » ? cracha Camila.

Il inclina la tête, ses yeux plongeant dans les siens.

- Ça veut dire que tu restes à ta place. Que tu apprends à vivre selon mes règles. Et que tu arrêtes de me regarder comme si j'étais le diable.

- Vous l'êtes peut-être, murmura-t-elle.

Cette fois, il rit. Un rire bas, presque sincère.

- Peut-être. Mais même le diable a ses raisons.

Il recula, retournant vers la fenêtre. Camila resta figée, le cœur battant.

- Tu peux y aller, dit-il sans se retourner. Rosa te montrera tes tâches.

- Mes tâches ?

- Tu ne pensais quand même pas que tu allais rester enfermée dans ta chambre à ne rien faire ? Tu vas te rendre utile. Et qui sait... peut-être que tu finiras par comprendre que ta place est ici.

Camila voulut hurler. Voulut lui dire qu'elle ne serait jamais à sa place ici. Mais elle se contint. Elle tourna les talons et sortit avant de faire quelque chose de stupide.

Parce qu'elle commençait à comprendre.

Alejandro Castillo n'était pas seulement dangereux.

Il était calculateur. Patient. Et il jouait un jeu dont elle ne connaissait pas encore les règles.

Mais elle allait les apprendre.

Et elle allait gagner.

Chapitre 3 Chapitre 3

Chapitre 3 LE PREMIERS DÉFIS

Les jours suivants s'écoulèrent dans une routine étouffante.

Camila se levait à l'aube, prenait son petit-déjeuner sous le regard vigilant de Rosa, puis on lui assignait des tâches. Ranger la bibliothèque. Trier des documents dans le bureau secondaire. Aider à la cuisine. Des corvées sans importance, elle le savait.

C'était un test. Alejandro voulait voir si elle allait se rebeller, si elle allait craquer.

Elle refusait de lui donner cette satisfaction.

Chaque geste, chaque mot, elle les contrôlait méticuleusement. Elle restait polie mais distante avec les domestiques. Elle obéissait aux ordres de Rosa sans protester. Elle jouait le jeu.

Mais la nuit, seule dans sa chambre verrouillée, elle serrait les dents jusqu'à en avoir mal à la mâchoire. Elle comptait les jours. Elle observait. Elle planifiait.

Le troisième soir, alors qu'elle rangeait des livres dans la bibliothèque, elle entendit des voix dans le couloir. Des voix d'hommes. Graves. Menaçantes.

Camila s'immobilisa, le livre qu'elle tenait suspendu dans les airs. Elle tendit l'oreille.

- ... ne fait pas confiance à Moreno, disait une voix qu'elle ne reconnaissait pas. Ce fils de pute nous a déjà trahis une fois.

- Le Seigneur le sait, répondit une autre voix, plus profonde. C'est pour ça qu'il veut que tu surveilles l'échange de demain. Si Moreno tente quoi que ce soit...

- Je m'en occupe, coupa la première voix avec un rire sinistre.

Les pas s'éloignèrent. Camila resta figée, le cœur battant. Un échange. Demain. Avec quelqu'un dont Alejandro se méfiait.

Elle reposa le livre, les mains tremblantes. Pourquoi cette information la troublait-elle autant ? Ce n'était pas ses affaires. Elle ne devrait même pas écouter. Mais quelque chose dans le ton de ces hommes, dans la menace à peine voilée, lui avait glacé le sang.

- Tu as fini ici ?

Camila sursauta. Rosa se tenait dans l'embrasure de la porte, les bras croisés.

- Presque, répondit Camila en se forçant à reprendre son travail.

- Le Seigneur veut te voir après le dîner.

Le cœur de Camila fit un bond dans sa poitrine. Depuis cette première nuit, il ne l'avait pas convoquée. Elle l'avait aperçu de loin, traversant les jardins ou sortant de son bureau, toujours entouré d'hommes armés. Mais il ne lui avait pas adressé la parole.

- Pourquoi ? demanda-t-elle malgré elle.

Rosa haussa les épaules.

- Ce n'est pas à moi de te le dire. Sois prête à vingt heures. Et mets quelque chose de... convenable.

Convenable. Le mot résonna dans la tête de Camila longtemps après que Rosa fut partie.

À vingt heures précises, Rosa vint la chercher. Camila avait choisi une robe simple mais élégante, bleu marine, qui lui arrivait aux genoux. Elle avait laissé ses cheveux détachés, refusant de faire trop d'efforts. Elle ne se maquillerait pas pour lui.

Rosa la conduisit à travers les couloirs, mais cette fois, elles ne s'arrêtèrent pas au bureau ou au salon. Elles sortirent de la villa principale et traversèrent les jardins vers un bâtiment séparé que Camila avait aperçu lors de sa visite guidée.

- Qu'est-ce que c'est ? demanda Camila.

- Ses quartiers privés, répondit Rosa d'un ton neutre.

Le sang de Camila se glaça. Ses quartiers privés. Pourquoi l'emmenait-on là ?

Rosa frappa à la porte, puis l'ouvrit sans attendre de réponse. Elle fit signe à Camila d'entrer, puis referma la porte derrière elle.

Camila se retrouva seule dans un espace à mi-chemin entre un appartement et un loft. Des murs de pierre apparente, de grandes fenêtres qui donnaient sur les collines au loin, un mobilier minimaliste mais luxueux. Et au centre, une table dressée pour deux.

Alejandro se tenait près de la fenêtre, un verre à la main. Il portait un pantalon noir et une chemise blanche dont les premiers boutons étaient défaits. Ses cheveux étaient légèrement ébouriffés, comme s'il y avait passé la main.

Il se retourna à son entrée, et un léger sourire étira ses lèvres.

- Tu es ponctuelle. C'est bien.

Camila ne bougea pas de l'entrée.

- Pourquoi suis-je ici ?

- Pour dîner, répondit-il simplement. Assieds-toi.

- Je n'ai pas faim.

Son sourire s'élargit, mais ses yeux restèrent froids.

- Ce n'était pas une question, Camila. Assieds-toi.

Elle hésita, puis s'avança lentement vers la table. Elle tira la chaise et s'assit, raide comme un piquet. Alejandro prit place en face d'elle, posant son verre sur la table.

Presque immédiatement, un domestique entra avec des plats. Une entrée raffinée, du poisson grillé, des légumes. Le domestique servit en silence, puis disparut aussi vite qu'il était venu.

Camila fixa son assiette sans y toucher.

- Tu devrais manger, dit Alejandro en commençant son repas. Le chef a fait des efforts ce soir.

- Pourquoi m'avez-vous fait venir ici ? demanda-t-elle, ignorant sa remarque.

Il prit son temps pour mâcher, avaler, puis posa sa fourchette.

- Parce que je voulais parler avec toi. Loin des autres. Loin de Rosa et de ses règles strictes.

- Parler de quoi ?

- De toi. De comment tu t'adaptes.

Camila serra les poings sous la table.

- Je ne m'adapte pas. Je survis. Ce n'est pas la même chose.

- Non, concéda-t-il. Mais c'est un début.

Il but une gorgée de vin, l'observant par-dessus le bord de son verre.

- Rosa me dit que tu es obéissante. Que tu fais ce qu'on te demande sans protester. C'est... surprenant.

- Qu'est-ce que vous attendiez ? Que je me jette contre les murs en hurlant ?

- Peut-être, admit-il avec un sourire en coin. La plupart des femmes dans ta situation auraient déjà tenté de s'enfuir. Ou pire.

- Je ne suis pas stupide, répliqua Camila. Je sais que je ne peux pas m'échapper. Pas pour l'instant.

Les yeux d'Alejandro brillèrent d'un éclat dangereux.

- Pas pour l'instant ? Donc tu y penses toujours.

Camila soutint son regard.

- Chaque jour.

Il rit, un rire bas qui la fit frissonner.

- Au moins, tu es honnête. J'apprécie ça.

Il se leva, contournant la table pour s'approcher d'elle. Camila se raidit, mais ne bougea pas. Il s'arrêta derrière sa chaise, si proche qu'elle pouvait sentir la chaleur de son corps.

- Tu sais ce que j'apprécie d'autre ? murmura-t-il.

- Non, souffla-t-elle.

- Ton courage. La façon dont tu refuses de te briser, même quand tout te dit que tu devrais. C'est... rare.

Il posa une main sur le dossier de sa chaise, son bras effleurant son épaule.

- La plupart des gens que je rencontre sont soit trop effrayés pour me regarder dans les yeux, soit trop arrogants pour comprendre le danger. Toi, tu n'es ni l'un ni l'autre. Tu as peur, je le sais. Mais tu refuses de le montrer.

Camila serra les dents.

- Si vous pensez que je vais vous remercier pour ce compliment...

- Je ne m'attends à rien de toi, coupa-t-il. Pas encore. Mais un jour, Camila, tu comprendras que ta place est à mes côtés. Pas en dessous. Pas au-dessus. À mes côtés.

Il se pencha, ses lèvres effleurant presque son oreille.

- Et ce jour-là, tu ne voudras plus partir.

Camila sentit un frisson la parcourir. Elle se leva brusquement, repoussant sa chaise, mettant de la distance entre eux.

- Vous vous trompez, dit-elle d'une voix tremblante. Je partirai. D'une façon ou d'une autre.

Alejandro la regarda, amusé.

- Nous verrons.

Il retourna à sa place, se rassit, et reprit son repas comme si de rien n'était.

- Maintenant, mange. Sinon, le chef sera offensé.

Camila voulut refuser. Voulut jeter l'assiette par terre et sortir. Mais quelque chose dans son regard l'en dissuada. Elle se rassit, prit sa fourchette, et mangea en silence.

Le reste du dîner se déroula dans une tension palpable. Alejandro posait des questions anodines - sur sa vie d'avant, ses goûts, ses rêves. Camila répondait de manière évasive, refusant de lui donner trop d'elle-même.

Mais à chaque réponse, elle sentait son regard s'intensifier. Comme s'il collectait des informations. Comme s'il l'étudiait.

Lorsque le repas fut terminé, il se leva.

- Rosa va te raccompagner. Bonne nuit, Camila.

Elle se leva également, hésitante.

- C'est tout ?

Il arqua un sourcil.

- Qu'attendais-tu d'autre ?

Camila ne répondit pas. Elle tourna les talons et sortit rapidement, le cœur battant.

Les jours suivants, Alejandro la convoqua chaque soir. Parfois pour dîner. Parfois juste pour parler. Il ne la touchait jamais, sauf ces frôlements « accidentels » qui la mettaient sur les nerfs.

Mais Camila commençait à comprendre son jeu.

Il ne voulait pas la briser. Il voulait la domestiquer.

Et ça, c'était bien plus dangereux.

Le septième jour, alors qu'elle rangeait des documents dans le bureau secondaire, elle entendit une conversation qui changea tout.

Deux hommes parlaient dans le couloir. L'un d'eux était l'homme à la balafre qui l'avait amenée ici.

- L'échange avec Moreno a mal tourné, disait-il. Trois de nos hommes sont morts. Le Seigneur est furieux.

- Moreno va payer, répondit l'autre. Il ne sait pas à qui il s'attaque.

- Le Seigneur veut une réunion ce soir. Tous les lieutenants doivent être présents.

Camila retint son souffle. Une réunion. Ce soir.

Elle attendit que les hommes s'éloignent, puis sortit discrètement du bureau. Son cœur battait à tout rompre. Pourquoi cette information l'intéressait-elle ? Ce n'était pas ses affaires.

Mais une petite voix dans sa tête lui disait qu'elle devait savoir. Qu'elle devait comprendre qui était vraiment Alejandro Castillo.

Ce soir-là, au lieu de retourner dans sa chambre après le dîner, Camila se faufila dans les couloirs. Elle connaissait maintenant les rondes des gardes, les angles morts des caméras. Elle se déplaça silencieusement, le cœur battant, jusqu'à atteindre la porte du grand bureau d'Alejandro.

Des voix filtraient à travers le bois épais. Elle se colla contre le mur, tendant l'oreille.

- Moreno pense qu'il peut nous défier, grondait la voix d'Alejandro. Il pense qu'il peut nous voler et s'en sortir impuni. Il se trompe.

- Qu'est-ce qu'on fait, patron ? demanda une autre voix.

- On lui envoie un message. Un message que personne n'oubliera.

Le silence qui suivit fut glacial.

- Et sa famille ? demanda quelqu'un.

- Tout le monde, répondit Alejandro d'une voix dénuée d'émotion. Femme. Enfants. Personne ne défie le cartel et vit pour le raconter.

Camila sentit son sang se glacer. Enfants. Il parlait de tuer des enfants.

Elle recula, la main sur la bouche pour étouffer un cri. C'était un monstre. Un vrai monstre. Comment avait-elle pu, ne serait-ce qu'un instant, penser qu'il pouvait être autre chose ?

Elle se retourna pour fuir, mais percuta quelque chose de dur. Un corps.

Elle leva les yeux. L'homme à la balafre la fixait, les bras croisés.

- Qu'est-ce que tu fais là ? grogna-t-il.

Camila ouvrit la bouche, mais aucun son ne sortit. L'homme la saisit par le bras, la traînant vers la porte du bureau. Il frappa deux coups, puis ouvrit.

Tous les regards se tournèrent vers elle. Mais le seul qui comptait était celui d'Alejandro.

Ses yeux s'assombrirent. Pas de colère. Quelque chose de pire. De la déception.

- Laissez-nous, ordonna-t-il d'une voix glaciale.

Les hommes sortirent un à un, jetant des regards curieux à Camila. L'homme à la balafre la poussa à l'intérieur, puis referma la porte derrière lui en sortant.

Camila se retrouva seule avec Alejandro.

Il se leva lentement, contournant son bureau. Son visage était un masque d'indifférence, mais ses yeux... ses yeux brillaient d'une fureur contenue.

- Tu écoutais, dit-il. Ce n'était pas une question.

Camila redressa le menton, refusant de trembler.

- Oui.

- Pourquoi ?

- Parce que je voulais savoir qui vous êtes vraiment.

Il s'approcha, chaque pas résonnant dans le silence.

- Et maintenant, tu sais.

- Oui. Vous êtes un monstre.

Il s'arrêta à quelques centimètres d'elle, ses yeux plongeant dans les siens.

- Peut-être. Mais c'est le monstre qui te garde en vie.

Camila sentit les larmes monter, mais elle les refoula.

- Vous allez tuer des enfants, murmura-t-elle.

Quelque chose passa dans le regard d'Alejandro. Quelque chose qu'elle ne put identifier.

- Dans mon monde, il n'y a pas de place pour la pitié. Si je montre de la faiblesse, je meurs. Et tous ceux qui dépendent de moi meurent avec moi.

- C'est une excuse pathétique.

Il attrapa son menton, la forçant à le regarder.

- Tu ne comprends rien, siffla-t-il. Tu vis dans un monde de noir et blanc. Mais mon monde est fait d'ombres. Et pour survivre dans les ombres, il faut devenir l'obscurité elle-même.

Il la lâcha brusquement, reculant.

- Va dans ta chambre. Et ne t'avise plus jamais d'écouter aux portes.

Camila voulut répliquer, mais les mots restèrent coincés dans sa gorge. Elle tourna les talons et sortit en courant, les larmes brûlant enfin ses joues.

Ce soir-là, allongée dans son lit, elle comprit une chose.

Elle ne pourrait jamais aimer un homme comme Alejandro Castillo.

Mais elle devrait peut-être apprendre à le comprendre si elle voulait survivre.

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