Plus jeune mon cœur était rempli d'amour, j'étais une enfant heureuse, toujours de bonne humeur et joyeuse, ensuite il y a eu le drame. Mes parents ont trouvé la mort lors d'un accident de voiture. Ce jour-là, j'étais également présente. Mais, contrairement à eux, j'ai survécu. Pour les médecins, c'était un véritable miracle. Du haut de mes sept ans, c'était tout sauf un miracle, je venais de perdre mes parents, les personnes que j'aimais le plus au monde. Je me suis souvent demandé pourquoi, pourquoi je n'avais pas perdu la vie ce jour-là tout comme eux.
Si j'avais su tout ce que celle-ci allait me réserver, j'aurais nettement préféré être morte à ce moment. Je n'ai même pas eu le temps de faire le deuil de mes parents que je devais déjà recommencer à vivre. C'est même quelque jour à peine après l'accident que j'ai fait, au tribunal, la connaissance de ma famille paternelle et maternelle. Ce jour-là, c'était la toute première fois que je les rencontrais. Mes parents ne tenaient pas de très bonnes relations avec leur famille. À ce moment précis, j'ignorais exactement pourquoi, mais j'aurais la réponse à mon interrogation que plus tard. Que ce soit du côté de la famille de ma mère ou de celle de mon père, personne ne voulait de moi. Ils ne se gênaient pas pour me le faire comprendre, j'étais l'enfant de la famille qui n'était pas désiré. Pour la petite fille de sept ans que j'étais, la réalité fut difficile. Ma tante paternelle s'est portée volontaire pour me prendre sous sa tutelle. Au fond de moi cette décision me réconforter, elle ressemblait tellement à mon père, elle avait le même sourire rassurant. Quand le juge a accepté de me laisser vivre avec elle, j'étais heureuse de ne pas être obligé d'aller en orphelinat. Si j'avais su ce que cette sorcière aller me réserver, j'aurais préféré y aller. Moi qui croyais qu'elle m'avait prise sous sa tutelle par gentillesse, je me suis bien trompé. J'ai vite compris que la seule chose qui l'intéressait c'était l'héritage de mes parents. D'ailleurs aujourd'hui il n'en reste plus rien. De l'âge de mes sept ans à celui de mes seize ans, j'ai vécu un véritable enfer dans le foyer de tante Paige. Je mentirais si je déclarais que c'était une mauvaise mère, car avec ses enfants elle était aimante, douce et attentionnée. Elle les chouchoutait, ne les engueulait jamais contrairement à moi. Elle me vouait une haine incommensurable, un peu comme tout le reste de ma famille paternelle. À sept ans, mon cerveau d'enfant ne me permettait pas de réellement comprendre son comportement envers ma petite personne. À travers mes yeux d'enfant, je la voyais de deux manières distinctes, il y avait la Paige gentille, uniquement avec ses enfants bien sûr, et la Paige méchante avec moi. Ma tante était cruelle, même quand je ne faisais rien, j'avais droit à des reproches. Quand j'avais le malheur d'ouvrir la bouche pour me défendre, elle me battait. Avec le temps, j'ai appris à me taire sous peine de me prendre un coup. La raison de toute sa haine, je l'apprends en grandissant. Ce qui dérangeait tant ma tante c'étaient mes origines ou plutôt ceux de ma défunte mère. Voilà pourquoi elle me détestait et me faisait vivre un enfer. C'était pour la simple et bonne raison que je n'étais pas à 100 % comme elle. La famille de mon père au complet n'approuvait pas ma mère et ses origines de Mexicaine. Est-ce du racisme ? La réponse est oui. Du côté de celle de ma mère, c'était la même chose. Ils détestaient les Américains. Tu m'étonnes pourquoi mes parents les ont fuis. Plus je prenais de l'âge, plus Paige devenait impitoyable. Quand elle ne me frappait pas, elle incitait son fils à le faire. Matt était son aîné, il avait 13 ans à l'époque suivi de caroline et Sam qui avait deux ans de plus que moi. Matt prenait à chaque fois un malin plaisir à me faire du mal, il adorait ça. En présence de leur mère, Sam et Caroline, eux aussi, étaient durs, mais dès qu'elle n'était pas dans les parages, ils étaient plus gentils. Aujourd'hui, je me persuade qu'ils avaient peut-être peur d'elle, d'où leur comportement à l'époque. Vers l'âge de dix ans, Paige prend la décision de me déscolariser pour faire de moi une esclave à temps plein au service de ses enfants et d'elle-même. Ce fut une des périodes les plus dures de ma vie, à l'époque, j'ai même maudit mes parents d'être partie et de m'avoir abandonné à cette vie de torture. Pourtant, à mes 13 ans, j'ai eu l'espoir que ma situation pourrait s'améliorer et pour une raison très simple, ma tante Paige avait rencontré un homme du nom d'Ethan. Elle avait l'air éperdument amoureuse de ce nouvel homme. Très vite cet inconnu est entré dans sa vie jusqu'à emménager avec nous. Avec Ethan dans les parages, elle ne me prêtait plus attention et ça, c'était un soulagement. Au début, Ethan était gentil, il me défendait même quand parfois Paige, en se rappelant de moi, exagérait. Il me protégeait également de ce sadique de Matt. Ma vie chez ma tante, c'était nettement alléger depuis qu'il était arrivé. Jusqu'à l'aube de mes 16 ans. Son regard sur moi avait entièrement changé, la bienveillance à laisser place à la perversité et arriva ce qui devait arriver. Un soir, alors que tout le monde dormait, Ethan s'est introduit dans ma chambre et a tenté de me violer. Cette nuit d'horreur restera à jamais dans ma mémoire. Rien que d'y repenser, je ressens la peur que j'avais éprouvée à cet instant. Ce jour-là, j'avais beau crier de désespoir, personne n'était venue à mon secours. J'étais complètement seule, face à ce monstre qui essayer d'abuser de moi. Je me suis débattu encore et encore, jusqu'à ce que mes forces me lâchent totalement. Je me rappelle avoir fermé les yeux, épuiser et résigner quand tout d'un coup les visages de mes parents me sont apparus. Suivi d'une phrase qui a résonné dans tout mon corps et c'est grâce à cette phrase « bats-toi, n'abandonne jamais » que je suis entière et presque sans séquelle aujourd'hui. Cette nuit-là, ces mots m'ont donné la force d'ouvrir les yeux afin de lui administrer un violent coup dans les parties. Suite à celui-ci, Ethan m'avait automatiquement lâché dans un râle de douleur avant de me conférer des injures. Ma tante avait choisi ce moment précis pour enfin débarquer dans la chambre et ce qu'elle fut ce jour-là m'a scandalisé. D'un air serein, aucunement surprise de voir Ethan dans ma chambre, elle s'est avancée vers moi, leva sa main et me gifla de toutes ses forces avant de me cracher à la figure. Paige avait conclu son geste par les paroles suivantes « tu es comme ta mère, une vraie salope. Tu as 10 minutes pour dégager de chez moi. » Je me rappelle m'être indignée en quittant la maison de ma tante. Elle était au courant de tout. Pourtant, elle a laissé Ethan me faire ça sans même intervenir. Dans le petit sac à dos que j'ai réussi à prendre, se trouver le peu d'affaires qui m'appartenaient. Il faut dire que je n'avais pas grand-chose. Avec celui-ci sur mon dos, je m'étais éloignée de cette maison de malheur à tout jamais. À l'époque, j'avais ressenti un soulagement d'être partie, entre ces quatre murs, j'avais vécu les pires atrocités. Cependant, j'étais consciente que l'épreuve qui m'attendait, allait être compliquée. Seize ans, ce n'est pas un âge pour devenir une sans-abri. Les premiers jours furent horribles, je dormais dehors dans des endroits cacher pour éviter de tomber sur d'étrange énergumène. La rue est dangereuse pour tout le monde, mais elle l'est beaucoup plus quand on est une femme. Pourtant, une rage en moi bouillonner. Je ne devais pas me laisser abattre. Il m'aura fallu trois semaines pour me trouver un travail et un logement par la même occasion. La propriétaire du café dans lequel j'ai postulé était réticente à l'idée de me laisser travailler et emménager dans son studio étant fort jeune. Et pourtant, quelque chose là fait changer d'avis. Avec du recul, je pense sincèrement qu'elle m'a prise en pitié. Je serais restée deux ans à son service avant qu'elle ne décide de vendre son bâtiment. Pour ma part, ce fut un signe du destin, avec mes économies, je m'étais acheté un billet direction New-York, pour un nouveau départ. Je me rappelle parfaitement le sentiment que j'ai éprouvé lorsque le bus, c'est éloigner définitivement de l'Oklahoma. Cette ville dans laquelle j'ai tant souffert. Une fois arrivé à New York, je fus étonnée de trouver un emploi assez rapidement. Fini les trois semaines de galère, il m'aura fallu que d'une présentation pour être prise comme serveuse au Reed. Ce bar était loin d'être une référence à New York. Pourtant, j'étais super heureuse à l'idée de commencer, car cet emploi marquer le départ de ma nouvelle vie. Aujourd'hui, cela fait exactement quatre ans que je travaille au Reed. En repensant au parcours chaotique que j'ai vécu, je me demande toujours comment j'ai fait pour survivre et en arriver là. À l'heure actuelle, je n'ai pas à me plaindre, j'ai un petit appartement assez sympathique de deux pièces. Certes, les lieux ne sont pas super bien fréquentés à partir d'une certaine heure. Toutefois, pour le moment je ne dispose pas d'autre option, donc je ne peux qu'être heureuse d'éviter de dormir dans la rue encore une fois et d'avoir plus d'une pièce où vivre.
**********
Il est presque midi quand j'ouvre enfin les yeux, je me suis permis de prendre ma grasse matinée ayant travaillé la soirée hier. D'ailleurs aujourd'hui, c'est le même horaire que je dois faire. Je passe mon après-midi à faire mes corvées et régler mes factures. À la fin de mes comptes, il ne me reste quasiment plus rien pour finir le mois. Le salaire d'une serveuse, ce n'est pas celui-là qui me permettra de vivre la grande vie. Toutefois, avant d'imaginer vivre la grande vie, il faut d'abord vivre tout court, d'ailleurs mon frigo est presque vide, je dois penser à aller faire des courses. Aujourd'hui, je n'aurai pas le temps avec le boulot, mais demain absolument sinon je n'aurai plus rien à manger pour les prochains jours. Quand l'heure de me préparer pour aller au travail arrive, je consulte l'horaire de la gare pour ne pas manquer mon train n'étant pas véhiculé. Ce serait vraiment pratique d'avoir une voiture, mais je n'ai pas les moyens d'en acheter une ou de l'entretenir donc j'utilise mes jambes et tous les transports en commun pour me déplacer. Je descends les escaliers de mon immeuble quand je tombe nez à nez avec le concierge de celui-ci.
- Oh, Madame Jacobs, c'est bien de vous croiser. J'allais venir vous trouver.
- Bonjour, Monsieur Berry. Cela pourrait attendre, si je ne me dépêche pas, je risque de manquer mon train.
- Aaah, non Madame, j'ai un recommandé pour vous. Il a l'air important, je vais vite vous le chercher, veuillez patienter une minute.
Un recommandé ? C'est étonnant, je ne vois pas du tout ce que cela pourrait être.
Le concierge revient assez rapidement et me tend une grande enveloppe qui m'a l'air assez lourde. Je remercie Monsieur Barry avant de sortir de l'immeuble pour me rendre à la station de métro. Une fois dans mon train, je prête plus d'attention à cette enveloppe et au document qui sont à l'intérieur. Plus je les parcours, plus je suis ahuri. Plusieurs mots m'interpellent tels que, crédit ; retard ; fraude ; rappel ; mensualité impayée ; 60 000 $ ou encore échéance ; deux mois ; tribunal ; prison. Je suis sonné par ce que je suis en train de lire. Si je comprends bien les documents que j'ai dans les mains, j'aurai fait un crédit à l'âge de mes 21 ans. Donc l'année passée dans une banque de l'Oklahoma et aujourd'hui je suis en infraction. Parce que je n'aurais jamais respecté les mensualités de paiement. Si dans trois mois je n'ai pas remboursé la totalité de mon crédit, je devrais comparaître devant le tribunal et peut-être risqué la prison. Je lève la tête pour regarder autour de moi. C'est une blague, dites-moi que c'est une blague. Il y a eu un mal entendu, je ne vois pas d'autre solution. J'appelle le numéro de la banque en question. Cela sonne depuis quelque seconde quand enfin une voix qui me paraît familière me répond.
- Bonjour, Ethan Hunk d'US Bank que puis-je faire pour vous.
- ...
Je n'arrive pas à y croire, dans ma tête, je réfléchis rapidement, cette voix, ce nom, je les reconnais instantanément et un frisson de terreur me traverse la colonne vertébrale.
- Allo, il y a quelqu'un, m'interpelle Ethan de l'autre côté du combiné.
Sans attendre une seconde de plus, je raccroche. Je reste ahurie pendant plusieurs secondes avant de réellement comprendre ce qu'il se passe. Je suis dans un cauchemar, ce n'est pas possible. Plusieurs questions me traversent l'esprit, tout d'abord vienne les interrogations des comment, comment ont-ils retrouvé mon adresse, comment ont-ils réussi à faire un crédit à mon nom. Ensuite, c'est au tour des pourquoi, pourquoi il ne me laisse pas tranquille, pourquoi ils essayent de me couler et pourquoi diable, il ne m'efface pas de leur vie tout simplement. Pour chacune de ces interrogations, j'ai ma petite réponse. Étant donné qu'Ethan travaille dans ladite banque, il a dû avec ma chère tante faire une manœuvre douteuse pour pouvoir utiliser mes documents d'identité que j'ai laissés derrière moi le jour où j'ai été mise à la porte. Pour ce qui est de mon adresse actuelle, cela ne doit même pas être eux qui l'ont retrouvé. Je parierais plus sur des agents qualifiés dans la fraude qui ont dû récupérer mon adresse actuelle. Pour ce qui est des pourquoi, manifestement ma tante a simplement envie de me faire souffrir. Elle me déteste, et donc la simple idée ou allusion que je puisse vivre une vie confortable et heureuse sans problème, la rend malade. Tandis que je relis les documents une deuxième fois, je me demande de quelle manière je pourrai me sortir de ce pétrin. En trois mois, je n'arriverais pas à récolter la somme demandée. Je ne saurais jamais rembourser tout cet argent. Le plus navrant dans cette histoire, c'est que je ne dispose pas d'autre choix. Je dois rembourser cette somme. Ma tante et Ethan ont bien joué leur coup. Par contre, je ne vois pas de quelle manière, je peux prouver que ce n'est pas réellement moi qui aie fait ce prêt. Jo mon patron me paye en noir, ce qui veut dire, que mes revenus ne sont pas déclarés et pour ce qui est de mon appartement le propriétaire me le loue, mais sans contrat, donc une preuve en moins. D'ailleurs dans le contrat de prêt, c'est l'adresse de résidence de ma tante qui est mentionnée. Si je ne possède pas de contrat de bail, comment je peux prouver à la banque que ce n'était pas moi. Parce qu'à ce moment, je ne vivais déjà plus chez ma tante. En ma possession, je n'ai littéralement aucune preuve attestant que pour cet emprunt mon identité a été usurpée. Cependant, une chose me taraude, qui me prouve qu'en soldant ma dette, je ne vais pas fournir à ma tante le bâton pour me faire battre. Car si je paye elle et Ethan pourront le refaire. Il faut que trouver un moyen et vite sinon je vais me trouver derrière des barreaux. Une idée me traverse l'esprit, le document en main, je regarde la date puis l'heure du prêt. Soudainement, j'ai une lueur d'espoir. Lors de la conception de ce prêt, j'étais au boulot. Je dois en parler avec mon patron, s'il atteste que j'étais bien présente ce jour-là, a-t-elle heure, j'ai une chance de sortir de ce pétrin. Jo est mon seul espoir. Je dois rester optimiste. Arriver au bar, je m'apprête afin de commencer mon service. Sachant que Jo commence à 20 heures aujourd'hui, je vais me concentrer sur mon boulot jusque-là. Dès que cette heure arrive, je me rendrais dans le bureau Jo pour lui faire part de mon problème. Intérieurement, je stresse, mon parton est assez difficile, mais je suis quand même une bonne employée, par conséquent il ne devrait pas être fermé à l'idée de me venir en aide. Mettant de côté mon stress, je me focalise sur mon travail. Le début de soirée passe rapidement et je ne pense même plus à mon problème de dette. Je me dirige vers la réserve du bar quand Beth, ma collègue et amie, débarque, elle aussi, dans la réserve.
- C'est fou le monde que l'on a aujourd'hui, j'ai hâte de finir.
- Oula on vient juste de commencer, ce n'est pas tout de suite que l'on aura fini.
- Aaaaah, j'en peux déjà plus. Tu peux me dire pourquoi je travaille dans ce bar pourri.
J'éclate de rire à sa réflexion.
- Pour Ian, bien évidemment.
- Oui pour Ian, roule-t-elle des yeux.
- Ça n'avance toujours pas vous deux ?
- Non, c'est le néant ! Ça m'énerve, il fait le difficile alors que je sais parfaitement qu'il est attiré par moi.
Beth a raison, Ian est fou d'elle, je pense qu'elle l'intimide. Cependant, Rien d'étonnant, en plus d'être magnifique, elle a un caractère de feu. D'ailleurs mon amie déstabilise beaucoup d'hommes.
- Il passera un jour la deuxième qui sait, ne perd pas espoir.
- Il a intérêt, j'en ai assez de l'attendre. Je te jure Lana, il me frustre, j'ai envie de le secouer pour qu'il se réveille.
- Tu m'étonnes.
- Sinon tu es sûr que ça va, toi. Tu as l'air préoccupé depuis que tu es arrivé ici.
- Oui ça va, j'ai juste des petits problèmes d'argent.
- Petits, insiste Elisabeth en me lançant des regards qui veulent dire « arrête de mentir donc accouche. »
- D'accord, d'accord, j'ai des gros problèmes d'argent, mais pas d'inquiétude, j'ai trouvé un moyen pour que tout s'arrange.
Beth me dévisage quelque second avant de changer de discussion.
- D'accord, si tu as besoin d'aide un jour dis-le-moi, ça va. Ne fais pas ta timide.
- Oui, maman, me moquais-je.
- Je suis sérieuse, insiste mon amie.
- Promis.
- Ah oui, d'ailleurs je voulais te demander, que s'est-il passé avec Vanessa hier ?
- Comment ça ?
Je ne comprends pas tout de suite de quoi parle Beth, quand soudain ça me revient.
- Oh ça, ce n'est rien, on s'est juste pris la tête à cause d'un client qu'elle connaissait. Cet abruti m'a mis la main au cul, je lui ai demandé de la retirer, mais il n'a pas voulu, c'est pourquoi je lui ai tordu le poignet. Je n'allais quand même pas le laisser me peloter sans rien faire. Vanessa est intervenue et elle a pété un câble, nous nous sommes criées dessus, mais c'est passé.
- Tu as bien fait, par contre j'ai une mauvaise nouvelle, cette pimbêche est en train de tout raconter à Jo dans son bureau. À mon avis, elle est en train de t'enfoncer.
- Quoi ?
Je regarde l'heure, 20 heures passées, merde.
- Oui, je t'assure. Ça ne m'étonnerait pas qu'il te convoque.
Beth a à peine fini sa phrase que cette salope de Vanessa débarque dans la réserve. Le sourire aux lèvres, Vanessa me regarde d'un air condescendant.
- Lana, Jo veut te voir, il t'attend dans son bureau.
- Et, pourquoi exactement.
- Tu verras bien quand tu seras dans son bureau, me répond-elle.
Beth et moi nous nous regardons avant que je ne quitte la réserve pour me diriger vers le bureau de Jo, je toque avant d'entrer.
- Salut Jo, tu voulais me voir ?
- Oui, Vanessa m'a raconté pour hier. Tu prends tes affaires et tu dégages.
Croyant mal comprendre, je lui demande « pardon » abasourdi par ses paroles.
- Tu es viré, le mec que tu as agressé a voulu porter plainte contre le bar, heureusement que Van le connaissait.
- Attends Jo, tu me licencies vraiment parce que je me suis défendu ? Ça fait quatre ans que je bosse pour toi quand même.
- Tu n'es pas y remplaçable. Je ne veux pas d'une serveuse qui agresse mes clients pour une simple main aux fesses. Ce n'est pas quelque chose d'insurmontable, tu travailles comme serveuse, tu croyais quoi ? C'est même étonnant qu'en quatre ans, personne ne l'ait fait avant.
Je n'en reviens pas, les propos qu'il utilise me sidèrent. Pourquoi les hommes sont-ils tous des bâtards. S'il croit que je vais baisser la tête et ne rien dire, il se met le doigt dans l'œil.
- Jo, laisse-moi te dire une chose, tu n'es qu'un sale con, misogyne ! Je te souhaite vraiment de faire faillite et dernière chose, ce n'est pas toi qui me vires, c'est moi qui me barre de ton bar tout pourri.
Je retire son tablier de ma taille pour le lui jeter à la figure et sors de son bureau la tête haute, tout en le laissant crier derrière moi. Je me précipite pour prendre toutes mes affaires et quitter les lieux. Sur mon passage, j'entends Beth m'appeler, ne comprenant pas pourquoi je sors du bar. Une fois dehors, je respire profondément. Mais, quel gros con, il n'a même pas cherché à connaître ma version, il voulait simplement me dégager. Quand je croyais enfin être bien dans ma vie, voilà que je perds mon travail et je me retrouve endettée de 60 000 $. Quel mirage d'avoir cru qu'il aurait pu m'aider. La simplicité avec laquelle il m'a mis mise à la porte est déconcertante. Cet homme ne me considérait même pas ! Je n'arrive pas à y croire, toutes ces fois où j'ai dû faire des heures supplémentaires ou encore changer mon horaire pour le plaisir de monsieur, et ainsi le dépanner, dans quel but finalement ? Il ne m'a même pas laissé me justifier. Jamais cet homme n'aurait bougé le petit doigt pour m'aider. Je suis finie, je vais me retrouver en prison et Paige aura gagné. Elle aura réussi à détruire définitivement ma vie. Aaarrh, Pourquoi le sort s'acharne sur moi. Ce n'est pas possible, jamais je ne trouverai la paix dans ce monde de merde ou quoi ! Je pense avoir assez souffert comme ça, c'est le moment de passer à quelqu'un d'autre.
- Lana, me crie une voix au loin.
Je me retourne pour apercevoir Beth.
- Attends-moi.
Quand elle arrive à ma hauteur, mon amie est un peu essoufflée.
- Je ne te pardonnerai pas de m'avoir fait courir. Je crois que j'ai perdu un poumon.
- Tu ne devrais pas être là, Jo pourrait te licencier aussi.
- Alors là, j'aimerais bien voir ça. Si tu veux tout savoir, je n'ai pas réellement besoin de ce travail.
Je suis interloquée par ses propos.
- Je reste uniquement pour Ian et un peu pour toi.
- Pour moi ?
- Oui, on est devenue de très bonnes amies après quatre ans de travail ensemble.
Je comprends parfaitement ce qu'elle veut dire, d'ailleurs, c'est ma seule amie.
- Mais attends Beth, comment ça, tu n'as pas besoin de ce travail ?
- Je vais te révéler mon petit secret, par contre attention ne me fait pas regretter de te mettre dans la confidence.
- D'accord, je t'écoute.
- Je suis une Escort.
- Quoi ?
C'est pour cela qu'elle a d'aussi jolis vêtements, une voiture qui coûte une fortune et un appartement hors de prix en plein centre de New York. Je comprends mieux d'où vient tout cet argent.
- Et oui, tu comprends pourquoi cet emploi, je m'en fiche. Ce n'est pas ça qui me fait gagner ma vie.
- Pourquoi tu ne me l'as pas dit avant, tu sais très bien que je ne l'aurais jamais répété.
- Je sais, malgré ça, c'était mon petit jardin secret.
- Alors pourquoi aujourd'hui tu me dévoiles ton jardin secret ?
- C'est évident, non ?
- Pas tout à fait.
- Tu as besoin d'argent Lanaya.
- Oui, je suis au courant.
- Alors, je te propose de rencontrer Pam, c'est mon agent.
- Attends Elisabeth, je comprends que tu veuilles bien faire, mais je ne pense pas que c'est une bonne idée.
Moi, devenir Escort, si mes parents étaient en vie, ils me l'interdiraient formellement. Mais, voilà, ils ne sont plus là, je me retrouve sans emplois et endetter. Si je ne fais rien, j'irai tout droit en prison. Trois mois, il me reste que ça pour récolter l'argent avant qu'il n'envoie leur agent. L'escorting pourrait être ma porte de sortie, pourtant je doute en être capable. Juste l'idée de coucher avec un homme contre de l'argent me dégoûte. Faire toute sorte de choses avec des inconnus, me glace le sang. Je n'y arriverai jamais.
- Merci sincèrement, mais je ne pense pas que je serais capable de faire ça.
- Tu es sûr, Lana ?
- Je pense oui.
- Du coup, tu vas faire quoi pour ton problème d'argent.
- Je ne sais pas. Pourtant, devenir Escort ce n'est pas pour moi.
- Comment tu peux savoir, tu n'as jamais essayé.
- Je doute d'être bonne là-dedans.
Et pour cause, je suis encore vierge, je voulais me préserver pour un homme qui aurait fait battre mon cœur, mais malheureusement je ne l'ai jamais trouvé. Je voulais vraiment donner ma première fois à un homme qui aurait compté, pas simplement coucher pour coucher.
- Je t'arrête tout de suite, tu n'as pas besoin d'être bonne là-dedans. Regarde-toi Lana, tu es magnifique et cela suffit. Les hommes n'ont besoin que de l'attention d'une belle femme, rien de plus.
- Je n'arriverai jamais à coucher avec un client.
- Si c'est ça que tu redoutes, il n'y a aucun problème. Tu n'es pas obligé de coucher avec tes clients, tu le fais uniquement si tu en sens l'envie. C'est vrai que ça rapporte plus quand il y a rapport intime, cependant tu peux te contenter de les accompagner à des soirées ou encore leur tenir compagnie. Tu as le choix et si je peux te rassurer, je ne travaille pas pour des clients bas de gamme. L'agence les étudie bien avant de nous les soumettre pour éviter tout problème. Ensuite, c'est à nous de choisir dans l'éventualité où l'on accepte ou pas le boulot.
En y pensant, ai-je d'autre choix, j'ai une épée de Damoclès au-dessus de la tête qui ne demande qu'à tomber. La seule autre solution que je trouve, c'est de braquer une banque, ce qui est loin d'être une idée brillante. Si je choisis la voie de l'escorting, je sais parfaitement que je le regretterai, mais encore une fois, ai-je d'autre choix. Le concept de m'utiliser comme objet à des fins monétaire m'écœure. Pourtant, je me conforte en m'assurant que c'est moi qui choisirais qui touchera mon corps.
- Écoute Lana, c'est toi qui vois. Réfléchis à ma proposition, cela ne te coûte rien. Si tu trouves une autre solution je serais très heureuse pour toi par contre si tu ne trouves rien envois moi ta réponse avant lundi comme ça, je peux prévenir Pam.
- D'accord, merci Beth.
- Bon, moi, j'y retourne, j'ai un homme à séduire.
Sa réflexion me fait sourire. Je ne sais pas si j'arriverai à faire comme Beth, pourtant elle n'a pas l'air de le vivre trop mal. Est-ce une façade, je n'ai même pas l'impression. Elle a l'air heureuse dans sa vie.
**********
Un nombre incalculable de questions me traverse l'esprit ne sachant pas quoi décider. Si je le fais, mes parents se retourneront dans leur tombe, mais d'un autre côté si je ne le fais pas, j'irai en taule. Mes options sont limitées et le temps me manque, j'ai bien peur de ne trouver aucune alternative pour rembourser ma dette. Le cœur serré, je me fais la réflexion suivante, « ce soir, c'est décidé, j'enverrai un message à Beth. » Après cela, je me détesterai sans aucun doute, mais je préfère mettre pour le moment cette idée de côté. Sur le chemin en direction de la station de métro, je consulte mon portable pour avoir l'horaire de celui-ci. Sans grande surprise, le prochain n'est qu'à minuit. Ce qui veut dire que j'ai trois bonnes heures et demie à tuer avant qu'il n'arrive. Quitte à attendre, autant profiter de ce temps qui s'impose à moi pour aller faire quelques courses afin de remplir le frigo, n'ayant pas énormément de revenus, je vais prendre le strict minimum. La semaine prochaine va être très difficile mentalement et peut-être physiquement. La supérette que je connais est à deux kilomètres à pied. Je n'ai ni la force de marcher et ni l'envie, alors je me dirige vers l'arrêt pour prendre le bus, qui me dépose en même pas 15 minutes non loin de la supérette. Les derniers mètres faits, je suis sur le point de franchir les portes automatiques quand dans mon dos un bruit de moto me fait sursauter. Je tourne la tête stupéfaite pour apercevoir le conducteur se garer à quelques mètres de moi avant d'y descendre. Je me surprends à le contempler. Le motard est grand, je dirais un mètre quatre-vingt. Habiller tout en noir, il a l'air d'avoir une carrure athlétique. D'ailleurs, sans même voir son visage, il dégage beaucoup d'assurance. Quand il retire enfin son casque, je suis sans voix, j'en ai vu des hommes, beaux, mais lui, est d'une beauté renversante. Je déglutis tant cet homme à un visage renversant aux traits magnifiquement dessinés. Il passe une main dans ses cheveux châtains pour les recoiffer. Ils sont courts, mais assez long pour les agripper. Une image de ma main dans ses cheveux en train de les agripper s'impose à moi. Je la chasse immédiatement de mon esprit quand je comprends qu'il me regarde aussi. Qu'est-ce que je fous au juste, je suis là, immobile devant l'entrée d'une supérette à littéralement baver devant un inconnu, c'est bien la première fois que ça m'arrive ! Il vient à ma hauteur, il est si proche que j'arrive à sentir son odeur et quel parfum. Cet homme sent divinement bon. Mes yeux se perdent dans son regard émeraude, hypnotiser par tant de perfection, je n'arrive même plus à les décrocher, complètement séduite. J'ai, limite, envie de le toucher pour voir s'il est réel. Merde, je divague ou quoi, aller reprends-toi un peu Lanaya.
- Vous allez entrer, me demande-t-il d'une voix chaude et terriblement sexy.
Je ne lui réponds pas tout de suite, étant toujours chamboulé par cet inconnu. Avant que cela ne dure une éternité, je décide enfin de lui répondre.
- Je... Oui pardon bégayai-je.
Pour simple réponse, j'ai droit à un sourire qui me déstabilise. Je suis troublé par la facilité qu'a cet inconnu de m'ébranler. Toujours planter devant moi, il me regarde. Ne comprenant pas directement pourquoi il me fixe, jusqu'à ce que la pièce tombe. Oh, l'idiote, il attend que j'entre dans la supérette ou du moins que je me pousse pour le laissez-passer. Je me précipite à l'intérieur, déstabiliser pour le coup, il ne doit pas me prendre pour une personne très futée. Dans la supérette, je ne peux m'empêcher de le chercher du regard. Ne sachant pas comment expliquer l'attirance que je ressens pour cet homme. Qui représente, apparemment, mon idéal masculin si je me fie à toutes les sensations que j'éprouve. Il faut absolument que j'arrête de le contempler, aussi beau et sexy soit-il. Sinon il va me prendre pour une folle. Quand je passe devant une vitre qui me reflète mon visage, j'ai un sursaut. Zut, il doit déjà me prendre pour une folle, si je me fie à la tête qui m'est reflétée. Je suis entièrement décoiffée. Très rapidement je retire mon élastique pour me refaire un chignon plus ordonné lorsque celui-ci pète. Putain de merde, il ne manquait plus que ça. Je décide sans avoir le choix de laisser ma longue chevelure sombre cascader le long de mes épaules. Totalement embarrasser, je finis mes courses promptement en repensant à la tête que je devais et dois avoir. Les courses payées, je ne tarde pas une minute de plus avant de quitter la supérette. Une fois dehors je m'aperçois qu'il pleut des cordes. Cette journée est définitivement à chier, je suis persuadée que là-haut il y a quelqu'un qui m'en veut sinon comment expliquer toute cette malchance. L'abri de bus que je vois au loin n'est pas couvert, je souffle de désespoir quand les portes derrières moi s'ouvrent à nouveau. Instinctivement, je m'écarte pour laisser passer l'inconnue au visage d'ange et au regard émeraude. Il ne me prête aucune intention et se dirige rapidement vers sa moto qui est sous la pluie. Je l'observe prendre son casque avant de l'enfiler. Ensuite, il enjambe sa bécane. Eh voilà, adieu bel inconnu. Je penche la tête sur le côté, admiratif. Un deuxième soupir franchit mes lèvres, je crois bien que je ne reverrai plus un homme aussi sexy de sitôt. Quand soudain, il relève sa visière pour me fixer, je suis un peu surprise. Oups, il vient de me cramer en train de littéralement le bouffer du regard.
- Je vous dépose ?
Attends, j'ai bien entendu ce que j'ai entendu ? Il vient de se proposer comme taxi ou bien j'ai rêvé ?
- Excusez-moi, lui demandais-je, ne sachant réellement pas si je venais de rêver sa proposition ou pas.
- Depuis tout à l'heure vous n'arrêtez pas de me fixer et l'arrêt qui se trouve là-bas aussi, vous alliez prendre le bus, je me trompe ?
Eh ben, niveau discrétion, je suis complètement nulle, mais lui niveau déduction, il est très bon.
- Non, c'est exact, lui répondis-je, gêner par mon manque de finesse.
- Si vous voulez, je vous dépose.
Je n'ai pas eu d'hallucination auditive, il me proposait vraiment de m'emmener. J'ai envie de lui répondre oui quand tout d'un coup, je réalise. Cet homme, je ne le connais absolument pas. Il a beau être le plus bel homme de l'univers, je serai très stupide de monter avec lui. Tardant à lui donner une réponse, il enchérit.
- Je ne suis pas un tueur en série au cas où vous vous poseriez la question.
- C'est ce qu'un tueur en série dirait.
- Pas faux, pour ma défense un tueur en série ne laisserait pas une parfaite inconnue qui peut elle-même être une tueuse en série monter derrière lui par un jour de pluie qui plus est.
Son résonnement me fait sourire toutefois, il n'a pas tort, cela pourrait être dangereux.
- C'est vrai, d'accord, par contre je ne suis jamais montée sur une moto.
- Ce n'est pas compliqué, vous devez juste vous accrocher, dit-il en descendant de celle-ci pour ouvrir le coffre et me tendre un casque ridicule et tout simplement moche.
Minute, il veut vraiment que je porte cette chose ? Je ne donne pas cher de mon physique avec cette horreur sur la tête et pour cause le graphisme de celui-ci n'est autre qu'un crâne d'homme chauve. Je le lui prends des mains sans pour autant l'enfiler.
- Ça va sur la tête, dit-il avec un petit sourire.
- Je sais, je sais. Je me demandais juste quel type de personne a autant de sadisme pour infliger un tel châtiment à ses passagers.
- Oui, quel type de personne, je me pose également la question tous les jours.
Dans son regard, je peux y lire de l'amusement.
- Enfilez-le et passez-moi votre sac, je vais le mettre ici, conclut-il en montrant son coffre arrière.
Sans me faire prier, je lui donne mon sac de course et enfile son casque horrible.
- Surprenant, il ne vous va pas trop mal.
Je le dévisage pour voir s'il n'est pas en train de se moquer de moi. Étonnamment, il a l'air un peu sincère.
- Comment ça, surprenant ? Je ne vois pas du tout pourquoi vous insinuez qu'il aurait dû me faire une tête bizarre, roulais-je des yeux.
- C'est vrai, rigola-t-il, je me suis trompé. Vous êtes plutôt pas mal avec ça sur la tête. Vous avez déjà pensé à la coiffure dégarnie ?
- Attendez, vous ne vous moqueriez pas de moi par hasard ?
Pour seule réponse de sa part, je n'ai droit qu'à un haussement d'épaules.
Le con, il se moque de moi ! Comme si cette journée ne pouvait pas être pire, il fallait que je me retrouve trempée avec une horreur sur la tête en face de l'homme le plus séduisant qui m'ait été donné de rencontrer. Karma, qu'ai-je fait pour subir tant de cruauté de ta part.
- Je savais qu'il me faisait une tête complètement ridicule, dis-je en essayant de serrer la sangle pour que le casque ne se fasse pas la malle.
- Si cela peut vous rassurer, il fait une tête ridicule à tout le monde, mais vous, vous êtes une des têtes les moins ridicules que j'ai vu le porté.
- Ah oui pour le coup je suis rassurée, persiflais-je tout en essayant encore de resserrer la sangle du casque qui me semble coincer.
- Attendez, me dit-il en se rapprochant. Laissez-moi faire.
Tout en tendant la main vers moi, il me relève délicatement le menton. Son contact est tout en douceur à tel point que j'arrête de respirer, troublé par la sensation qui me parcourt le corps en cet instant. Je ne comprends pas vraiment ma réaction, d'habitude je ne réagis pas de cette manière. Sachant que je ne suis pas du tout le type de femme qui se focalise sur un physique, pour ma part la beauté ne s'arrête pas à une enveloppe corporelle, cela va beaucoup plus loin qu'une belle gueule. Donc pourquoi, aujourd'hui, je suis autant troublé par sa beauté. Au fond de moi, je ressens quelque chose de plus chez cet homme. Au-delà de ce physique de dieu, il y a une chose qui m'attire irrésistiblement chez cet inconnu. Cependant, le plus déconcertant, c'est que je suis incapable de dire qu'elle est cette chose. Mon regard vient se planter dans le sien et, à ma grande surprise, je constate que mon partenaire est dans le même état. Lui aussi se questionne, il est perturbé. J'entrouvre les lèvres pour lui demander quel est son nom quand ses magnifiques yeux viennent s'attarder dessus. Les mots me restent au bout des lèvres, étant incapable de prononcer le moindre son, tant la tension est palpable. Dans son regard, on peut lire très distinctement le désir. Cet homme a envie de m'embrasser et je suis étonnée de le vouloir aussi. Quand le mot « Escort » s'impose dans mon esprit, je chasse l'idée de sceller mes lèvres aux siennes. Ce n'est pas le moment de s'enticher d'un homme aussi séduisant soit-il. Avec un pincement au cœur, je mets fin à notre tension qui à tout moment aurait pu me faire succomber.
- Essayez de ne pas me pincer avec la sangle s'il vous plaît, on dit que la peau du cou est très sensible.
Son regard quitte mes lèvres pour se focaliser dans le mien, perplexe.
- Je suis habile des doigts, je ne vous ferai pas le moindre mal, conclut-il avec un sourire terriblement sexy.
Je reste bouche bée, sa phrase avait clairement un sous-entendu sexuel et cela me fait aussi tôt regretter la tension qui régnait entre nous, j'aurais peut-être dû le laisser faire. Après avoir bien serré mon casque, il se hisse sur sa moto tout en m'invitant à faire de même. Je m'installe derrière lui sans pour autant m'accrocher étroitement, même si l'envie de me serrer contre lui est là, je garde mes distances un peu embarrassées.
- Alors où va-t-on ?
Je suis sur le point de lui dire de me déposer à la gare quand l'horaire me revient à l'esprit. Déjà fatiguée par toute cette journée de merde, si en plus, j'attends trois heures, je vais craquer. À l'heure actuelle, je n'ai qu'une envie, c'est de rentrer chez moi. Ma décision prise, c'est tout naturellement que je donne à mon inconnu mon adresse. Il est là et de plus véhiculer, autant profiter de lui.
- C'est parti, dit-il avant de rajouter, accrochez-vous.
Dès qu'il démarre, un cri de surprise franchi mes lèvres, adieu l'embarra que j'ai pu ressentir lorsque je me suis installé dans son dos et bonjour l'audace. Sans plus aucune gêne, je me serre intimement contre mon inconnu de peur de tomber, mais aussi par simple envie. Je l'entends rire dans son casque avant de redonner un coup de gaz pour aller plus vite. Durant les premières minutes du trajet, je suis fermement collée à lui de peur de m'envoler. Ensuite, j'arrive plus ou moins à me détendre, là, adosser contre son dos, je ressens un sentiment de légèreté, rassurant et réconfortant grâce à son contact. Lorsque mon inconnu ralentit, je me redresse pour analyser les alentours que je reconnais directement et je suis triste d'être arrivé aussi vite à destination. Le trajet était bien trop court à mes yeux, j'aurais aimé rester un peu plus longtemps collé contre lui.
- Voilà, dit-il en se garant non loin de l'immeuble dans lequel je vis.
Je me décolle avec difficulté de mon inconnu pour descendre de la moto et il fait de même. Nous retirons nos casques avant de rester surplace sans rien dire, à nous contempler. Le fait de ne plus être contre lui me procure une sorte de vide, mélanger à un sentiment de solitude. Ah non, je ne peux pas ressentir de la solitude alors que cet homme, je ne le connais même pas. Je dois sûrement confondre, je suis fatiguée et du coup tout se mélange dans mon esprit. Autrefois, la solitude faisait entièrement partie de moi, le manque d'affection aussi. De l'âge de mes 7 ans à celui de mes 18 ans, j'ai toujours été seule. Donc, je me suis promis d'être là pour moi-même et à partir de cet instant, j'ai enfoui ces deux sentiments au plus profond de mon être. Parfois, quand j'ai des moments de faiblesse telle que le jour du décès de mes parents ou encore celui de mon anniversaire, je m'autorise à craquer, mais seule et en toute intimité. L'année de l'accident, j'ai énormément pleuré, d'ailleurs pendant un an, j'ai quasiment fait que ça. En grandissant, je me suis promis de ne plus être faible. Quand j'ai envie de pleurer et que je suis face à des gens, je ravale mes larmes et me force à rester statique. Les larmes en disent beaucoup et certaines personnes peuvent les retourner contre vous, c'est ce que ma tante a d'ailleurs fait. Le jour de l'accident, j'étais certes très jeune, pourtant intérieurement je savais déjà que je ne pourrai plus jamais compter sur quelqu'un. Avec de l'expérience, je sais maintenant que je n'arriverai plus à donner ma confiance à une autre personne que moi-même. Je me répète constamment, si un membre de ta propre famille a réussi à se comporter de la sorte avec toi en te tournant le dos et en abusant de toi, alors n'importe qui pourrait te faire la même chose. C'est donc pour cette raison que je laisse très peu de personnes entrer dans ma vie. D'ailleurs, personne ne connaît réellement ce que j'ai vécu. L'idée qu'une personne puisse me faire du mal me terrifie, c'est pour cela que je prends des dispositions afin que cela n'arrive pas. Des fois, je regrette d'être comme je suis aujourd'hui, abîmé par mon vécu, j'aimerais être différente. Élisabeth est mon amie, je la considère dans ma vie et sincèrement je l'adore. Malgré cela, au fond de moi, j'ai toujours cette crainte d'être trompé, dupé ou encore utiliser même si en réalité je sais pertinemment que ce n'est pas du tout ce genre de personne cela ne change rien. Mon manque de confiance envers les gens est tellement présent que je ne peux consentir le moindre faux pas. De ce fait, je ne lui raconterai jamais tout ce que j'ai vécu, car cela veut dire, lui donner des armes pour me détruire et c'en est hors de question. Que ce soit Elisabeth ou une autre personne, je ne peux pas me permettre ce genre d'écart. Je laisse mes pensées de côté pour revenir à la réalité. Je tends à mon inconnu son casque qu'il récupère pour le remettre dans son coffre, et ainsi faire l'échange avec mes courses que je reprends.
- Merci beaucoup de m'avoir raccompagné, c'était vraiment gentil de votre part, j'espère que ce n'était pas à l'opposer de là où vous alliez.
Pour simple réponse, il me tend sa main que je saisis.
- Je m'appelle Carter. Et, ne t'inquiète pas, je devais aller dans cette direction de toute façon.
C'est peut-être une parfaite coïncidence, mais quelque chose me dit qu'il ne devait pas du tout aller dans cette direction. Je fais comme si de rien était, il a quand même fait un détour pour moi.
- Enchanter Carter, je m'appelle Lanaya.
- Tout le plaisir est pour moi Lanaya, me sourit-il tendrement.
Merde, son sourire ne me laisse pas indifférente et cette idée me fait peur. Carter est totalement mon style si je devais en avoir un. Il faut absolument que je rentre chez moi sinon je vais me mettre dans une situation délicate. D'une part, je ne saurais pas une personne très facile à vivre de par mon vécu et d'une autre part par le métier que je m'apprête à exercer. Ce n'est vraiment pas le moment pour moi de fréquenter ou éprouver quoi que ce soit pour un homme.
- Encore merci en tout cas, conclus-je avant de me retourner pour m'éloigner de lui quand j'entends « Tu fais quoi demain ? »
Sa question fait instinctivement battre mon cœur et je réalise que je suis dans de beaux draps. Sans même prendre le temps de réfléchir, je m'entends lui répondre, « Rien de spécial ». Aussi tôt j'ai de nouveau droit à son sourire ultra-sexy.
- Je passe te chercher à 14 heures, ici.
Ses paroles ne sonnent pas du tout comme une question, mais plus comme une affirmation. Troublé, j'acquiesce positivement de la tête et Carter remonte sur sa moto, me fait un clin d'œil avant d'enfiler son casque pour démarrer. Après son départ, je reste bien cinq minutes immobiles sur place, à laisser la pluie me ruisseler sur le corps et me rafraîchir un peu les idées. Il vient de se passer quoi là exactement. Elles sont passées ou toutes mes convictions ? J'ai vraiment un rendez-vous demain ? Pourquoi j'ai le don pour me retrouver dans des situations complexes. Je suis censée éviter les problèmes, pas foncer à la première occasion. Cet homme m'attire comme un aimant et au lieu de m'éloigner, car cela pourrait être dangereux de ressentir des choses pour Carter, ben non. Je ne trouve rien de mieux que de sortir avec lui demain. Bravo Lana, choix très judicieux que tu nous fais là. Et, pour ne rien arranger, lundi, je commence à travailler dans l'escorting. J'aurais peut-être dû partir et lui dire non, mais j'étais, comment dire, hypnotisé, par lui. Cela aurait dû être une raison de plus pour dire non, mais j'ai préféré la tentation. Ça va aller, je ne vais pas tomber sous le charme de Carter, je ne suis quand même pas aussi faible. Depuis que j'ai l'âge de fréquenter des hommes, aucun n'a réussi à avoir mon cœur, ce n'est pas de sitôt que cela arrivera. C'est vrai, Carter est canon. Ok, il se pourrait qu'il soit même plus que canon, toutefois je me connais, je ne suis pas stupide. Je ne vais pas tomber amoureuse du premier venu quand même. Je mets mes pensées de côté et m'engouffre dans mon immeuble pleinement gelé par la pluie. Je monte rapidement les deux premiers étages de celui-ci avant d'arriver à mon appartement que je franchis tout en prenant bien soin de refermer derrière moi. Je me déchausse et me dirige vers ma petite salle de bains, pour retirer mes vêtements trempés afin de prendre une bonne douche chaude. Sous l'eau, je repense à Carter, je mentirais si j'affirmais que je ne suis pas un peu séduite par lui, cependant cela se pourrait que ça ne soit que physique, et donc pas de risque de développer des sentiments. Cette idée me plaît et m'arrange beaucoup, il ne faut pas que je doute. D'ailleurs, peut-être même que c'est une bonne idée d'avoir dit oui finalement. C'est vrai, si je retourne la chose sous un autre angle et que j'oublie les différentes sensations qu'il m'a fait ressentir. C'est une excellente idée de passer un dernier rendez-vous avec un homme qui me plaît avant de commencer à vendre mon corps. Autant profiter une dernière fois avant que tout ne change. Je finis rapidement ma douche, m'habille et ensuite me prépare des pâtes au fromage pour ne pas aller me coucher le ventre vide. Juste avant d'aller me coucher, j'envoie le fameux message à Beth pour lui signaler mon accord pour lundi. Sa réponse ne se fait pas attendre, je reçois presque instantanément son SMS.
[Génial ! Et, ne stresse pas, ce n'est pas si mal, tu verras ;)]
**********
Il est onze heures quand je m'extirpe du lit. Épuiser et fatiguée de la semaine que je venais de passer, je me dirige tel un zombie vers ma douche. L'eau chaude me réconforte et me redonne un peu de vitalité. Une fois un peu plus vivante, je sors de la douche en gros peignoir de bain et serviette dans les cheveux. Je jette un rapide coup d'œil à l'heure, ok, il me reste largement le temps d'être prête pour 14 heures. Me dirigeant vers mon petit coin cuisine, je me fais un petit café et une tartine afin d'éviter d'aller à mon rendez-vous le ventre vide. Se rendre à un rendez-vous affamé ce n'est pas une bonne idée sur tout quand on ne sait pas qu'elle est le programme de la journée. Je bois mon café tout en me demandant comment faisaient les personnes qui n'aiment pas le café font pour être en forme le matin. C'est vraiment une boisson miracle, sans ma petite dose du matin, je ne suis bonne à rien. Une vraie loque, je sais que ce n'est pas une bonne habitude, j'en suis consciente, mais pour le moment je ne vois pas le besoin de changer cette habitude. Peut-être qu'un jour, je me réveillerai un matin en pleine forme à tel point que je n'aurais plus besoin de mon café pour apprécier ma journée. Pour le moment ce n'est pas encore arriver donc je me raccroche à cette petite boisson qui me rend la vie un peu plus savoureuse. Je rejette à nouveau un regard à l'heure quand je manque de m'étouffer avec ma tartine. Quoi, ce n'est pas possible, il ne peut pas être déjà 13 heures quart et pourtant, c'est ce qui est affiché. Eh Merde, je vais être en retard. Qu'est-ce qu'il va dire de moi, arriver en retard à un premier rendez-vous ce n'est pas très sérieux tout ça. Ah, mais qu'est-ce que je raconte, tant mieux si ce n'est pas sérieux car je ne veux rien de sérieux, je ne peux pas me le permettre de toute façon. Après m'être fait cette réflexion, je finis quand même mon déjeuner à toute vitesse et me précipite de nouveau dans la salle de bains pour me sécher les cheveux aussi vite que je peux. Mon moi intérieur me juge et trouve mon comportement pathétique. Et puis merde, je n'ai juste pas envie d'arriver en retard, car cela ne se fait pas. Mais, oui, bien sûr, me répond ma conscience. Je me coiffe les cheveux sans pour autant dénaturer toutes mes ondulations. J'opte ensuite pour un maquillage simple, mascara waterproof afin d'avoir un regard de biche, anticerne pour l'effet bonne mine et pour finir un peu de gloss. En me regardant dans la glace, je valide le résultat. Pour les vêtements, je choisis une tenue décontractée, jeans noir avec un petit top dos nu de la même couleur. Je décide également d'enfiler une verste au cas où il ferait un peu plus frai que prévu. Je suis fière de moi quand je regarde de nouveau l'heure. Il est 14 heures, je prends mon sac et sors à toute vitesse.