Johanne
Il est 18 h 30 et dans une heure, je dois prendre mon service au club. Je descends de la trame. L'odeur horrible de la gare me prend à la gorge. Comme à son habitude la station est bondée. Heure de pointe. Cela ne m'avait pas manqué du tout. Je ne parierai plus jamais contre Ryan, ce petit filou. Tout ceci à cause d'une partie de poker. Une mauvaise main tu parles ? J'ai joui de malchance pendant presque toute la soirée. Et à court d'argent, je me suis quand même laissée convaincre par une dernière partie pour prendre ma revanche. Revanche que j'ai demandée, presque suppliée les deux dernières fois en me répétant que ce serait ma chance. Mais cette fois, il m'a convaincu de parier le fait que je me déplacerais en métro dans cette immense ville et lui réquisitionnerait ma voiture pour une journée. Bourrée comme j'étais, je n'ai pas vu de piège. -Ou alors qu'inconsciemment, je veux passer ce test du métro pour enfin me décider à mettre ma voiture en vente afin d'éponger une partie de mes dettes.-
À vrai dire je n'avais bu que deux verres de ce vin rouge italien qu'il nous a apporté à l'appartement. Je préfère rejeter la faute sur un verre de trop que de faire face à ma stupidité ou mon obstination. De toute manière, cela ne change rien au fait que je me suis laissée tenter. Et à chaque pas vers la sortie, je regrette cette soirée tout en maudissant monsieur La Chance. Je n'aurais aucune pitié pour lui le week-end prochain. Et je compte bien le battre cette fois.
Une mélodie délicieuse me sort de mes réflexions. Je tourne la tête de gauche à droite afin de trouver l'instigateur de ce son. Je l'aperçois près des marches. Il est là. Une jeune artiste, ses cheveux verts couverts d'un bonnet qui joue de la guitare. Je m'arrête un instant pour profiter de la mélodie dans le style Billy Ray Cyrus. Elle est douée. J'enfonce ma main dans la poche de mon manteau et ressort un billet de 20 dollars que je dépose dans son chapeau. Elle me sourit avec ravissement et opine du chef. Ce doit être son meilleur pourboire de la journée. Je pense que l'on devrait payer pour profiter de l'art surtout quand il est aussi beau et nous fait un si grand bien. Je crois que cet air, c'est la première chose qui me fait sourire depuis plusieurs mois. Un vrai sourire, pas un de ceux crispés ou tristes que je lui offrais à l'hôpital pour qu'elle ne s'inquiète pas trop. Depuis son départ... Il ne faut pas que j'y pense.
Je dois garder la pêche de ce petit moment. Je me remets en route pour mon travail. J'émerge de la station, un vent sec me fouette le visage. Je resserre les pans de mon manteau. C'est la fin de l'hiver, mais les températures sont toujours aussi capricieuses. Pour chasser la peine qui commence à me regagner, je ferme les yeux puis j'inspire profondément. Entre la fumée des cigarettes et les fumées des tuyaux d'échappement des véhicules, l'air est pollué, mais on s'en accommode dans une grande ville comme New York. Les voitures, les passants qui ont constamment le nez sur leurs téléphones. Ou alors les touristes dont le nez pointent vers le haut admirant les immenses gratte-ciel. Tout est commun rien n'a changé, c'est tout ce qui fait New York. Alors je décide de faire fit du tumulte en moi. Je regarde ma montre 18:53. Il faut que je me presse. Mon service, je dois le prendre dans une demi-heure environ. Bon je me hâte sur le trajet en évitant de renverser quelques étourdis. Il me faut 20 minutes pour arriver à destination. J'entre par l'avant saluant Mike, l'un des videurs au passage. Je rentre, Sylvia est déjà là derrière le comptoir. Elle attend l'ouverture. Elle est en pleine discussion avec le manager. Il doit certainement lui demander où je suis passée. Elle me voit et me fait des signes discrets pour dire qu'elle me couvre. Je file à l'arrière-salle puis dépose mon sac et mon manteau. Je passe par les toilettes pour arranger mon apparence. Une chose importante quand on bosse dans le secteur de la nuit surtout serveuse. J'arrange le décolleté de ma courte robe noire à pois rouges à col rond et à lacets coupe cintrée. Sans oublier le bas évasé et mon sublime dos nu. Une vraie pin-up rock. Elle n'est pas vulgaire, mais attrayante. J'adore. Je ne crains pas de mains baladeuses, car je reste uniquement derrière le bar. Puis c'est au tour de mes cheveux et de mon maquillage dans les tons du jour. Une fois que je suis satisfaite, je m'en vais rejoindre Sylvia derrière le bar principal. Nous nous entendons bien. Si je ne me fermais pas ostensiblement aux autres, nous pourrions même devenir des amies. Aujourd'hui c'est là que je travaille aussi. Je m'avance vers elle et elle me sourit. Je le lui rends. Elle ne me fait pas la bise, je n'apprécie pas trop les contacts physiques inutiles. Elle le sait. C'est pour ça que je l'aime bien. Enfin, ça et ses cheveux bleus. Ils changent au gré de ses envies. Elle porte une petite robe noire qui met en valeur ses formes métisses. Elle est vraiment belle. Elle porte des hauts talons. Je me demande bien pourquoi, vu qu'elle aussi sera derrière le bar et debout toute le nuit. Même avec ces chaussures de quelques centimètres, plus hautes que les miennes, elle m'arrive aux épaules. Normal, je suis très grande.
-Salut Jo. Comment tu vas aujourd'hui ?
-Salut Sylvia. Je vais bien et toi ? Est-ce qu'Andrew a remarqué mon léger retard ? Je demande en nettoyant le comptoir pour avoir quelque chose à faire. -Tu sais comme je suis. Toujours d'attaque. Et pour Andrew tu sais comment il est, quelques caresses sur ses bras, des yeux de biche et tout est oublié.
-Merci, tu es merveilleuse.
-Pas si vite. Ça te coûtera un café de mon coffee shop préféré. Me taquine-t-elle avec une tape sur l'épaule.
Je fais de mon mieux pour qu'elle ne s'aperçoive pas de mon mouvement de recul. Parfois, j'oublie à quel point elle peut être tactile avec moi. Surtout qu'elle est à fond sur moi. Elle est branchée filles à 100 %. Cela ne l'empêche pas de jouer de ses charmes avec les hommes comme ce pauvre Andrew, que je pense vraiment mordu. Tellement amoureux qu'il a quitté sa petite amie pour lui prouver la profondeur de ses sentiments. Trop kitch. Il a dû oublier qu'on ne quitte pas la personne qui nous aime pour celle que l'on aime parce qu'elle nous quittera pour celle qu'elle aime. Les tenues de Sylvia font aussi forte impression auprès des clients notamment masculins parce que ce sont eux qui donnent les meilleurs pourboires. Je pars me mettre à l'autre bout du bar. Les premiers clients commencent à arriver.
Johanne
La soirée est tranquille. Comme tous les samedis soir, c'est noir de monde. Les gens s'amusent bien sur la piste de danse en face du bar. Il faut dire que le DJ de la boite est super. La piste de danse est toujours occupée. Je vois des filles venues pour un enterrement de vie jeunes filles se déhancher sur le son Hey mama de Nicki Minaj, Bebe Rexha et David Guetta. Sur la gauche, un autre groupe assis dans un espace privé crie à tue-tête. Je pense que leur truc à eux c'est le karaoké. Maintenant, c'est despacito de Luis Fonsi et Daddy Yankee qui remplit les enceintes. Un couple dans un coin un peu reculé se frottant l'un à l'autre. On imagine bien comment finira leur soirée. Je les vois s'éclipser dans les toilettes. Je souris. Au moins eux ils savent s'amuser. Moi aussi j'aime bien les endroits publics. Cela rend parfois le sexe plus excitant. L'adrénaline de se faire prendre ne peut faire que du bien au plaisir. Un beau jeune homme marque Wall Street me commande un negroni, cocktail à base de gin et de vermouth. Je m'y attèle et il me donne 100 euros de pourboire sans oublier de me demander à quelle heure je finis. Je lui souris et fais même mieux. Je lui passe mon numéro de téléphone sur une serviette en papier. En fait celui de Ryan en lui soulignant que j'apprécie les messages coquins. Intérieurement, je ris. Enfin plus le petit diable rouge sur mon épaule droite. Tout compte fait, j'aurai ma revanche vu la jalousie presque maladive de sa copine. Une nouvelle excuse toute trouvée pour Hailey pour ne pas m'apprécier. Elle est très possessive donc naturellement, elle n'aime pas la relation que j'ai avec son copain, bientôt fiancé. À en croire la bague qu'il m'a montrée. Je laisse mon interlocuteur avec son sourire satisfait et victorieux puis je retourne à mes clients.
-Bonsoir, je veux un cosmos deux Manhattan et un daikiri. Demande une belle jeune femme.
Elle a un style punk. Elle a une grosse boule dans le nez et plusieurs piercings sur l'ourlet de son oreille, sur son arcade sourcilière gauche également. J'aime surtout le tatouage de rose rouge qui pique un doigt d'où s'écoulent des gouttes de sang dans le cou.
-Tout de suite. Je lui dis toute sourire un vrai pas celui de façade que j'affiche depuis le début de la soirée.
J'aime bien son style bien que le mien soit presque poupée Barbie des années 50. Je prépare ses consommations puis elle est rejointe par deux brunes pour les récupérer. L'une d'elle porte une couronne sur laquelle est marquée bride. Mais je ne pense pas que ce soit elle la reine de la soirée, elle n'a pas d'écharpe. Et les cris par-dessus la musique sur la piste de danse "Félicitations pour tes noces Amy" était adressés une blonde. Les deux femmes me considèrent de la tête à la taille avec une jalousie évidente. Typiquement le style féminin à se comporter comme des rivales. Je ne peux pas leur en vouloir, je suis plus belle qu'elles. Vu que malgré leurs numéros pour attirer l'attention des deux beaux spécimens au bar, ils n'ont d'yeux que pour moi.
-Mademoiselle un whisky double sans glaçons. M'interpelle un autre client.
J'attrape une bouteille. Je verse le liquide ambré dans un verre puis le lui tend. Je vois Sylvia me faire de grands gestes depuis l'autre bout. Elle me fait ainsi remarquer que c'est l'homme dont elle n'a cessé de me parler la dernière fois. Un vrai adonis, avait-elle dit et elle n'avait pas tort. Mâchoire carrée, les cheveux bruns coupés courts, une carrure de joueur de foot et ses yeux verts posés sur moi comme ci la foule autour de nous n'existait pas. Il a un gros panneau en rouge sang avec l'écriteau Danger, me signale mon alarme. C'est surtout son généreux pourboire qui a été indélébile pour Sylvia. Maintenant, elle regarde qui se trouve à ses côtés pour voir s'il n'est pas revenu avec son coup de cœur, la rousse magnifique qui l'accompagnait l'autre jour. Malheureusement pour elle, il est seul aujourd'hui.
Ethan
Il est minuit quand j'arrive au club pour la voir. Il est tard et je sors d'une réunion. J'en ai également une autre demain très tôt. Le plus raisonnable aurait été de rentrer me reposer. Mais je ne le suis pas avec elle surtout que désormais, je peux mettre un visage sur les photos qui sont chez moi. Elle est encore plus belle en vrai. Les photos me le montraient, mais la voir pour de vrai, c'est... indescriptible. C'est la quatrième fois que je viens ici pour l'observer, mais j'évite à me faire voir d'elle. Mais aujourd'hui je vais lui parler, car j'ai eu la confirmation que c'était elle. Mon fantasme. C'est la première femme sur laquelle j'ai fantasmé juste à cause de photos des parties de son corps sans visage. Elle m'a fait fantasmer sur ses doigts. Je me suis masturbé en imaginant ses doigts sur ma queue me branler. Et maintenant je peux voir son visage de près, ce visage que j'ai tant rêvé et imaginé. J'étais loin de la réalité. En plus des parties de son corps sur photo dans mon appartement, je connais désormais tout d'elle sur sa vie. Mon détective a fait du bon boulot. Mais ce n'est pas suffisant je veux plus. Son corps et plus encore. Je m'installe de son côté du bar. Je la vois préparer une Margherita pour une cliente. Ses gestes respirent la grâce. Présentement, elle sert un autre homme. La façon dont il la regarde ne me plait pas du tout. Elle le sert puis il lui tend un billet. 100 dollars ? Rien que ça pour un Negrino. Griffé comme il est, il peut se le permettre de toute évidence. Elle lui griffonne quelque chose sur un papier après le lui donne. Elle sourit de manière séductrice, il est content de lui. Ce doit être son numéro qu'il vient d'obtenir. Ce n'est pas possible. Me serais-je trompé dans les notes que j'ai lues ? Non je ne pense pas que ce soit le sien. Je le vois dans ses yeux pleins de malice et son sourire devenu moqueur. Je le sais pour l'avoir regardé plusieurs fois faire son numéro avec d'autres clients. Ce numéro de téléphone doit certainement appartenir à quelqu'un d'autre. Mais je le vérifierai. Pas que je crains la concurrence. Je sais juste reconnaitre les loups et comme la plupart des gens de Wall Street, il ne lâche rien. Mais ce qui est à moi personne n'y touche. Et elle, elle est à moi. Son petit flirt fini, elle remarque que je suis le seul sans boisson donc elle avance vers moi.
-Salut qu'est-ce que je vous sers à boire ? M'interpelle-t-elle. Sa voix est suave et douce.
Son visage symétrique. Elle a une beauté parfaite telle celle des déesses grecques. Ses traits se rapprochent plus de ceux de Bella Hadid. Elle est blonde, elle a bouclé ses cheveux comme dans les années 50. Et putain cette robe. Elle devrait être proscrite. Sa poitrine généreuse et sa frêle taille sont mises en valeur. Elle m'a parlé je crois. Qu'est-ce qu'elle a demandé ?
-Que buvez-vous ? Répète-t-elle
-Du bourbon sans glaçons. Elle se retourne et attrape une bouteille de bourbon, la plus chère ainsi qu'un verre. Je ne peux détacher mes yeux d'elle. Elle verse le liquide dans le verre puis me le tend. Je lui dépose trois billets de cent dollars. Elle les prend, me regarde comme si j'ai deux têtes.
-Vous n'aurez pas mon numéro, ni de pipe d'ailleurs. Dit-elle avec un sourire client. Je bois une gorgée de mon verre. Elle me regarde faire. Je lui réponds avec mon plus beau sourire.
-Ce n'est pas ce que j'attends de vous. Elle se penche au-dessus du bar en prenant appui sur ses mains posées a plat.
-Ah non ? Que voulez-vous donc ? Elle est maintenant plus près, ses lèvres rouges charnues appellent à la tentation. J'ai envie de la goûter. Mais je me retiens. Je ne veux pas lui faire peur quoique je ne pense pas qu'elle soit facilement impressionnable. Toutefois, son dossier m'a appris qu'elle ne fait pas facilement confiance encore moins aux hommes. Et je veux qu'elle se sente en sécurité avec moi.
-Je souhaite discuter avec vous pour vous faire une proposition, je dis tout en me montrant volontairement mystérieux. Elle lève un sourcil. J'imagine qu'elle est intriguée et soupçonneuse. Je prends une autre gorgée de ma boisson.
-Quelle sorte de proposition ? De travail ou autre ? Demande-t-elle.
-Je propose que l'on en discute autour d'un café ou autre à tête reposée dans un endroit plus calme. Comme je n'obtiendrais pas votre numéro, je vous donne le mien. Je lui tends ma carte. Elle ne la prend pas alors je le dépose sur le bar. Je vois un client lui faire des signes pour être servie. Il faut que je la laisse tranquille pour ce soir.
-À bientôt mademoiselle ?
-Ma mère m'a appris à ne pas donner mon nom aux inconnus. Désolé monsieur... -elle ramasse la carte sur le bar puis regarde mon nom- Miles. Elle répond avec un sourire sardonique sur les lèvres.
-Alors ce sera... -Je regarde son badge- Jenna. Enfin jusqu'à ce que j'obtienne votre vrai nom. Bien sûr, après que l'on ne soit plus des inconnus l'un pour l'autre. Je lance ironiquement. Elle me sourit sincèrement celui qu'elle a lancé au garçon punk. Elle ramasse la carte et la met dans son soutien-gorge. Elle a un décolleté splendide que bientôt je caresserai. Le temps que je me détourne des images de mes mains malaxant ses seins, elle s´éloigne pour continuer son service. Je vide donc mon verre puis sors de là. Je vais retrouver la chaleur de mon lit après avoir fait bon usage de mon poing.