Un An plus tôt ... Comme je vous l'ai dis je suis Liya , je ne l'ai pas voulu , je ne l'ai pas décidé mais je suis née pauvre . Ne vous apitoyez pas sur mon sort , ce n'est pas non plus de votre faute , tout est une question de destin . Je suis passionné par les fleurs , par les senteurs et les parfums . Après des années j'ai réussi à en composer plusieurs échantillons et mon seul but c'est de le présenter au richissime homme d'affaire André Néves. D'après les "on dit " il paraît qu'il est d'origine portugais mais il a la nationalité ivoirienne à cause de sa mère .
Il est née ici à Abidjan Bref là n'est pas le sujet , j'ai réussi à avoir un rendez vous dans son entreprise pour lui présenter mes échantillons. Je me lève assez tôt et je m'y rend sans problème.
- Levez-vous.
Assise depuis quelques minutes à la réception j'ai un coup au cœur en voyant surgir un homme au physique impressionnant. Comme il était beau, avec ses cheveux bruns, ses yeux d'un marron intense, sa mâchoire bien dessinée , son teint marron , oh seigneur 😫 ! L'élégance de son nez mince et racé, de ses hautes pommettes, rendait sûrement jaloux les mannequins et les stars de cinéma.
- Allons, mademoiselle... Je n'ai pas la journée devant moi, dit-il d'une voix sophistiquée, à la musicalité singulière.
Son accent est , raffiné et fluide Je ramène contre moi ma mallette de seconde main, même pas en cuir en me déplaçant légèrement sur le canapé.
- Rien ne vous donne le droit d...
- C'est moi que vous êtes venue voir, non ? demanda-t-il avec un claquement de doigts impatienté.
- Vous êtes M. Neves?
- Absolument, confirma-t-il avec une hauteur irritée.
Je me lève d'un mouvement brusque, le pouls soudain plus rapide, les joues empourprées sous l'effet de l'embarras. Pourquoi j'ai posé cette question stupide ? Comme si j'ignore que j'ai devant moi André neves , le dirigeant très médiatique de Néves Cosmetics, dont j'ai vu si souvent la photo ! D'ailleurs, tout le monde savait qui était André néves . Dire que je partais du mauvais pied alors que ce rendez-vous était si important... Il me semble entendre la voix de ma grand-mère : Du calme, ma belle. Tu peux y arriver. » Je Tend la main à mon interlocuteur :
- Monsieur André Néves , je suis Liya ...
D'un geste, il me coupe la parole.
- Peu importe. Plissant les paupières, il m'examine. J'ai mis mon tailleur. Je l'avais depuis cinq ans, aussi était-il passé de mode, mais il était noir et convenable. De toute façon je n'en possédais pas d'autre. Ah la pauvreté !!! Déconcertée par cette curieuse entrée en matière, je releve le menton avec fierté, mais je me retiens de dire à cet homme ce que je pense de ses manières. Je n'allais quand même pas gâcher mes chances dès le premier contact !
- Tournez-vous .
Je m'enflamme de plus belle, mais je fais ce qu'il demandait. Je pivote et je me retrouve de nouveau face à lui.
- Oui. Je crois que celle-ci fera l'affaire, lança-t-il à son assistante, qui se tenait en retrait. Prévenez-les que nous arrivons.
- Bien, monsieur, dit l'assistante, en repartant vers le bureau dont elle était sortie avec lui un instant plus tôt.
- Allons-y, dit André .
Je le regarde s'éloigner, étonné , incapable de réagir. Il sens sans doute que je ne lui avais pas emboîté le pas, car il marque un arrêt et se retourne . Il avait l'air plus impatienté que furieux même si je le devinait près de se mettre en colère.
- Allez-vous venir, oui ou non ? lança-t-il.
Je devais prendre une décision. Je pouvais refuser, dire à cet homme que je suis ici pour un entretien, et non pour subir son impolitesse, être scrutée, toisée, et recevoir des ordres. Je pouvais aussi accepter de l'accompagner, essayer de déterminer la raison de son étrange comportement envers moi, et surtout saisir ma chance de lui présenter mon projet. La mallette, entre mes mains, exhalait l'odeur des échantillons de parfum que j'avais rangés. Cela me rappele mon foyer, ma grand-mère, nos rêve commun de faire connaître au-delà du petit cercle de Bonoua les compositions que nous élaborions . J'ai franchi une si longue distance pour voir André Néves ! Dans ce but, j'ai dépensé toutes mes économies, et il me restait juste assez d'argent pour me loger et payer mon ticket de retour. Si je rate cette opportunité, je perdrais bien plus que de l'argent. Mon propre rêve s'effondrerais, mais aussi celui qu'avait nourri ma grande - mère Je n'aurais plus qu'à rentrer pour repartir de zéro. Car ma grand-mère était morte, et moi -même serait bientôt privée de maison. Je n'avais plus les moyens de garder la maison. Sauf... si je réussissais à convaincre andre Néves que je lui apporte quelque chose de prometteur qui valait la peine d'investir de l'argent. Pour avoir droit à une telle opportunité, je suis prête à tout.
- Je vous suis.
* * *
André Je sens que la jeune femme me fixe . J'ai l'habitude que les femmes me dévorent des yeux, et cela ne me dérangeait nullement. C'était même un atout, dans un domaine comme le mien . Quand on promettait aux gens de leur apporter la beauté, mieux valait en être doté soi-même d'un minimum ! Et si ma splendeur virile devait tout à la génétique, que pouvais je y faire ? ? J'utilise néanmoins les produits Néves ,savon, eau de toilette, crèmes, shampooing et déclarait à qui voulait l'entendre que je suis la preuve vivante de l'efficacité de mes produits Assis à l'arrière de ma voiture avec divers documents de travail, j'examine sans satisfaction les commentaires des consommateurs sur la nouvelle ligne que Néves sortirait bientôt .
En revanche, je ne suis pas du tout satisfait de l'agence qui m'a envoyé cette fille , la quatrième que j'ai reçue ce matin. Nous avons quand même fini par comprendre ce que je cherchais. Pas trop tôt ! Il leur avait fallu s'y reprendre à quatre fois pour me proposer enfin le subtil mélange d'innocence et de sensualité que je recherche pour ma campagne publicitaire. Rien à voir avec le physique de la majorité des top models actuels : elles avaient dans le regard quelque chose de rusé, de dur, qui laissait entrevoir que leur innocence n'était qu'un semblant , et qu'elles l'avaient perdue depuis longtemps. Alors que cette jeune femme... . Je lève les yeux et rencontre hardiment son regard . Elle se détourne en rougissant. Face à tant de vulnérabilité, j'éprouve une excitation aiguë, qui m'étonne moi-même. Il y avait longtemps que je n'avais pas ressenti quelque chose d'aussi fort ! Certes, je me suis octroyé du bon temps, j'ai couché avec une multitude de femmes. Mais, pour moi, le sexe était presque devenu un passe-temps, une activité de collectionneur. Je suis donc frappé par l'intensité de la réaction que m'inspire cette inconnue... De nouveau, je la regarde et savoure ce que je vois . Elle portait un modeste petit tailleur qui, au demeurant, lui allait fort bien et des escarpins en rose neuf , de toute évidence : elle avait ramené ses jambes sur le côté, un pied chevauchant l'autre, et la semelle visible arborait encore une étiquette de prix. J'incline la tête pour la déchiffrer :28000f. Sûrement pas un mannequin signé d'une agence célèbre ! Je n'attendais pas qu'elle porte des chaussures de plusieurs francs , ni des parfums de grandes marques . Mais j'aurais cru qu'elle se serait vêtue avec plus de... recherche. J'ai là une réaction étrange, non ? Je ne veux justement pas d'une égérie apprêtée ! Cependant, vu qu'elle était sous contrat avec une agence de mannequins réputée, elle aurait dû faire preuve d'un peu plus de professionnalisme. Mais qui sait ? Peut-être arrivait-elle de sa campagne, et la lui avait-on envoyée en désespoir de cause...
- Combien de séances avez-vous à votre actif ? .
Elle me regarde bêtement . Elle a des yeux très marrons , des cheveux roux d'une nuance rare, incroyable, une peau claire avec de jolies taches rousseurs . Je demanderais au photographe de ne pas les effacer lors des retouches. Cela accentuerait l'impression de fraîcheur qu'elle dégageait.
- De séances ? demanda-t-elle
- Des séances de pose, chérie
- Oh ! Euh..., balbutia-t-elle .
- Ne craignez pas d'être éliminée parce que c'est votre première fois.
Du moment que l'objectif vous apprécie, il m'est égal que vous débarquiez de la brousse Elle rougit de nouveau et , cette fois, me lance un regard indigné, en relevant le menton. Je suis intrigué par les émotions qui se succédaient sur son visage. On peut dire qu'elle luttait avec elle-même .
- Rien ne vous force à être grossier. Nul n'est dispensé d'avoir de bonnes manières.
J'ai faillis éclater de rire. J'ai un peu l'impression d'avoir affaire à une chatte qui se hérisse puis donne un petit coup de patte. Amusé, soudain je lui dis :
- En ce cas, pardonnez-moi mon impolitesse.
Elle croisa les bras, en s'efforçant de prendre un air sévère.
- d'accord . Merci.
- C'est votre premier fois d'être à Abidjan ?
. - Oui.
elle passait la langue sur ses lèvres avec nervosité, la partie la plus virile de mon anatomie réagit de plus belle.
- Et d'où venez-vous ?
- De bonoua . Je comprend que je devais la mettre à l'aise, si je veux obtenir ce que je souhaite lors des prises de vue.
- Tout ira très bien. Soyez naturelle devant l'objectif.N'essayez pas de paraître sophistiquée.
- Monsieur Néves , je...
- André De nouveau, ses yeux marrons se posèrent sur moi avec inquiétude.
Et soudain, j'ai eu envie de l'embrasser, d'effacer cet air anxieux, de faire surgir sur son visage une expression très différente... Je me ressaisis aussitôt. Que diable m'arrivait-il ? Certes, je sortais parfois avec les mannequins . Mais celle-ci ne correspondait pas du tout à mon genre. Je les aiment grandes et élégantes, dotées d'une sensualité brûlante. Sans rien de commun avec ces naïves idéalistes à la poursuite d'un rêve obsédant, auquel elles refusaient de renoncer même s'il les menait à leur perte. Les jeunes filles étaient si influençables, une fois qu'elles étaient tombées en de mauvaises mains Mon instinct protecteur s'éveille et j'ai eu envie de renvoyer à bonoua cette débutante avant qu'elle ne fasse ses premiers pas devant un objectif. Il aurait été préférable, en effet, qu'elle retourne tout droit chez elle, au lieu de courir après de vains rêves de fortune et de gloire. Elle serait fatalement déçue par l'univers abidjanais...
Je n'ai pas eu le plaisir de placer un mot. La voiture venait de s'arrêter, et le chargé de production ouvrait déjà la portière :
- Ah, monsieur Néves , la fille n'est pas là et... - Elle est avec moi .
Mon interlocuteur tourne vivement la tête vers... comment s'appelait-elle, déjà ? Liya , non ? Je regrette d'avoir été inattentif quand elle s'était présentée. Le chargé de production agiteles doigts vers elle :
- Parfait ! Allons, venez, mademoiselle, qu'on vous maquille...
Elle sembla terrifiée. Je lui adresse un sourire encourageant.
- Allez-y, Liya .
Oui, c'est bien Liya son prénom ...alors qu'elle écarquillait les yeux, surprise que j'ai retenu son prénom.
- Nous nous reverrons quand ce sera terminé, - V... vraiment ? demanda-t-elle.
Elle me parut si perdue, en cet instant ! Incapable de dompter son impulsion, je demande :
- Etes-vous prise, à l'heure du déjeuner ?
Elle fit signe que non. Je lui souris
- Eh bien, vous l'êtes, maintenant.
***************
Liya
C'est la première fois que j'entre dans un grand restaurant , dans un salon privé, par-dessus le marché. Avec le plus bel homme que je n'ai jamais vu. Plus je côtoyais André Néves , plus j'étais sous le charme... Nous étions partis du mauvais pied, tous les deux, au moment de notre rencontre je penses ...
Seigneur 😫!!! Liya s'il te plaît ressaisis-toi, ce n'est pas pour les beaux yeux d'André que tu es là mais juste pour lui présenter ton parfum . Eh merde Au fur à mesures que je faisais plus ample connaissance, avec André il se métamorphosait d'une façon spectaculaire. C'était même un homme... fascinant. En fait, je pense à quand je l'écoutais parler de la séance de photos, il n'y avait qu'un problème : je me suis laissé conduire au plateau alors que je ne suis pas mannequin de profession, j'ai consenti à ce qu'on me fasse porter une robe mauve, qu'on me maquille et qu'on md coiffe ; puis je suis avancée... pour rester plantée comme un piquet devant l'objectif, sidérée de m'être laissé entraîner si loin. Tout ce que je voulais c'était présenter mon parfum à André ! Mais quand j'ai compris ce qu'il attendait de moi , au terme de notre trajet en voiture, il était trop tard pour faire machine arrière. Incapable de m'expliquer, j'ai gardé le silence. Si je lui avoue qui je suis et quel était mon but, André serait sans doute furieux contre moi. Ce qui me conduirait droit à l'échec. Quand André est arrivé sur le plateau, où je me demandait bien ce j' y faisait, il m'avait souri. Je lui avais rendu son sourire. Et, soudain, le photographe avait semblé ravi. Malgré ma maladresse et mon malaise, tout le monde avait paru satisfait de moi . Ils avaient changé plusieurs fois ma tenue, ma coiffure, mon maquillage. Sous le regard de l'objectif, j'ai pensé à mon parfum, et je me suis demandé par quel miracle j'arriverais à m'expliquer avec André ...
Et puis, soudain, quelqu'un avait déclaré que la séance était terminée. André m'avait alors emmenée manger sans que je ne réagisse, trop intimidée pour trouver mes mots. A présent, je portais toujours le dernièr parfum qu'on m'a fait mettre, une ravissante robe avec des Christian Louboutin. J'avais l'impression d'évoluer dans un rêve. Je me me trouvait à Abidjan , en tête à tête avec l'un des célibataires les plus convoités du monde. Et je voulais graver chaque instant dans sa mémoire. Pourtant, tout ce qui s'était déroulé jusqu'ici était un malentendu, ni plus ni moins ! Je n'étais pas venue poser pour Néves Cosmetics, mais pour présenter ma fragrance ! Comment j'allais m'y prendre ? Etait-il possible de trouver un moment opportun pour déclarer : A propos, merci pour ce repas, mais en réalité, je voudrais vous parler du parfum que j'ai créé ? Je devais pourtant y venir. Et vite ! Malheureusement, chaque fois que je tentais de parler, quelque chose ,une interruption, une distraction m'en empêchait. Quand André allonge le bras par-dessus la table pour emprisonner ma main entre ses doigts, toutes mes idées s'étaient envolées .
- Liya , vous avez été fabuleuse, tout à l'heure, me dit-il.
Il porta ma main à ses lèvres et y donne un baiser. Un frisson électrique me parcoure et venait jusqu'àu cœur de ma féminité en éveillant mon désir comme jamais auparavant. À bonoua, j'ai eu un petit ami, Kevin . Nous avons échangé des baisers. Nous étions même allés un peu plus loin mais je n'avais pas pu franchir le pas, et me donner entièrement à lui : l'instant idéal ne s'était jamais présenté. Et puis Kevin m'a quittée. Il était sorti avec cette garce de grâce . Pour moi, l'affront restait encore à vif. « Tu es trop égoïste, m'avait-il déclaré. Obsédée par ton maudit parfum. »
Je m'oblige à revenir au moment présent, en tâchant d'ignorer l'accélération de mon pouls et mon trouble intime. Je savais ce qui m'arrivais, même si je n'avais jamais fait l'amour. Avec Kevin , j'ai découvert le désir, sans aspirer pour autant à m'adonner au plaisir sensuel. En revanche, je n'avais aucune peine à m'imaginer avec André ... j'ai eu un petit coup au cœur lorsque nos regards se sont croiser.
Parle-lui, Liya , dis-lui la vérité tout de suite... me disait une voix Au lieu de quoi, je baisse les yeux en murmurant :
- Merci.
- Vous êtes très douée. Vous irez loin dans votre métier, si vous ne vous laissez pas atteindre par ce milieu. J'ouvre la bouche, mais je n'ai pas le temps de prononcer un mot : le portable d'André venait de sonner. Il jette un coup d'œil sur l'écran, puis lâche quelque chose qui ressemblait à un juron .
- Veuillez m'excuser, c'est important.
- Je vous en prie.
Il avait déjà pris la communication et, les mains sur les genoux, j'ai attendu qu'il ait fini. Que faisais-je ici ? Comment je me retrouvais ici en train de dîner avec un milliardaire comme si cela m'arrivais tous les jours ? Tout ce qui s'était produit depuis mon arrivée à était si étranger à mon existence habituelle que j'ai du mal à reprendre mes esprits. Pourquoi je n'arrivais pas à prononcer les mots qu'il fallait ? Si j'avais gardé avec moi mes échantillons,j'aurais été plus à l'aise. Mais j'ai laissé ma mallette dans la voiture d'André : il avait assuré qu'elle y serait à l'abri pendant que nous dînerons . Si je l'avais emportée, j'aurais pu lui soumettre mes échantillons, développer mes concepts, vanter la splendeur de fleur, le dernier parfum élaboré avec ma grand-mère. André met un terme à l'entretien et s'excuse pour l'interruption.
- Pardonnez-moi, ma belle, dit-il. L'industrie cosmétique ne me laisse jamais de repos .
- Il n'y a pas de problème .
Mon cœur s'était remis à battre la chamade, mais j'ai enfin arrêté un plan d'action : une fois que j'aurait récupéré ma mallette, je lui ferais part de mon véritable but. Dès qu'il aurait respiré les arômes de fleur, il serait conquis ! On commençe à apporter nos plats, et je suis surprit à me détendre en compagnie de André . Il était tout à fait charmant. Il se montrait attentionné et s'intéressait à ce que je disais. Je lui parla de bonoua, de ma grand-mère sans mentionner les parfums pour le moment et de mon voyage à moto.
- Vous avez fait tout ce chemin à moto ?
- Je n'avais pas de quoi payer le ticket de car.
J'ai dépensé toutes mes économies pour ce voyage. Dans le seul but de parler à cet homme !Ce que je suis en train de faire, d'ailleurs... Mais pas comme il l'aurait fallu. Pas encore, en tout cas. J'avale une ou deux gorgées de vin blanc : notes de base boisées et fumées, notes de tête florales, Délicieux. Mon odorat était beaucoup plus aiguisé que mes papilles, mais je sais identifier les diverses saveurs.
- Vous débarquez vraiment de votre brousse, alors. Cette fois, je ne m'offusque pas de cette remarque, qui n'avait rien d'insultant. En fait, André semblait... plutôt songeur.
- Et vous arrivez à Abidjan la tête pleine de rêves, continua-t-il.
- Chacun a les siens, non ? Il promene son regard sur mon visage, et je me sens étrangement remuée. J'aurais tant aimé que cette soirée ne finisse jamais ! J'avais envie de boire du champagne sous les étoiles et de danser jusqu'à l'aube dans les bras d'André ... Comme il posait de nouveau sa main sur la mienne , un frisson délicieux me parcourut. Mon corps tout entier semblait se tendre vers lui, telle une fleur qui se tourne vers le soleil. Ses doigts virils effleurèrent mon bras nu, éveillant comme de petites flammes sur ma chair, et mon souffle s'accéléra.
- Moi aussi, j'ai un rêve..., murmura-t-il avec douceur.
Son corps était si proche, maintenant, et sa belle bouche aurait effleuré la mienne si je penche encore un peu. Il glisse les doigts sur ma joue, dans ma chevelure, et je me sens fondre de désir et de trouble. Peu importait ce que me réserverait le lendemain, pourvu que cet homme m'embrasse. Là, ce soir, tout de suite. Ses lèvres se rapprochèrent, et je ferma les yeux mon cœur battait très fort. Il devait sûrement s'en rendre compte en voyant palpiter la veine du creux de mon cou. Mais je m'en moquait. J'étais toute à la beauté, à l'émerveillement, à la perfection de cette soirée. On aurait dit que j'étais transportée dans un conte de fées, que j'étais devenue princesse et rencontrait enfin mon prince. Il eut un rire bas et doux qui la m'a fait frémir de désir, puis il s'empare de ma bouche en un baiser tendre, si doux, si parfait... Mais je voulais aller plus loin. Je me rapproche, en lui arrachant cette fois un rire de gorge un peu rauque. Il m'amene à écarter les lèvres et insinue sa langue dans ma bouche. Je laisse échapper un soupir. Le baiser se modifie alors, il devient plus exigeant, brûlant et possessif. Nos langues se rencontrèrent, se mêlèrent, dansèrent l'une contre l'autre. L'intensité ardente de cet échange se diffusa dans tout mon corps, excitant les pointes de mes seins, embrasant le cœur de ma féminité. Je voulais être plus près de lui, tout contre lui. J' enroule mes bras autour de son cou et me cramponne à lui, en me laissant sombrer dans la passion de l'instant. Pour finir, André s'écarte de moi .
- Mon rêve, dit-il dans un murmure sensuel, c'est que tu m'accompagnes jusqu'à mon appartement.
Je me contente de le dévisager alors qu'il se levait et me tendait la main. Je n'aspirais qu'à être avec André . Je n'étais pas prête à accepter que la soirée s'achève, même si une toute petite part de min esprit me soufflait d'être prudente. Ces instants de passion, de jubilation sensuelle, je voulais qu'ils se prolongent.
Je voulais rester avec lui. Je plaçe ma main au creux de la sienne, électrisée par ce contact. Au fond de moi-même, je me sentais en proie à un entraînement irrésistible.
- C'est d'accord. Je le veux aussi....
Un an plus tard...
- Je ne comprends pas pourquoi tu ne vas pas le trouver à son bureau pour lui demander de t'aider, dit Angela , ma colocataire et meilleure amie .
Elle tenait dans ses bras le petit Erwan . Pour une fois, il dormait à poings fermés. Angela était vraiment dévouée ! Erwan ne faisait pas ses nuits depuis que je suis rentrée de l'hôpital. Je prend un échantillon et le sens . Essence de roses. Cela fait surgir dans mon esprit la vision d'une profusion d'opulentes fleurs rouges : celles du jardin de ma grand-mère. Qui appartenait désormais à quelqu'un d'autre, puisque j'ai perdu la propriété depuis plusieurs mois.
- Je ne peux pas aller le voir, angi . Il m'a signifié clairement qu'il ne voulait plus avoir affaire à moi.
Je n'ai pas oublié le cuisant rejet que m'a infligé André Néves . Pour moi, c'était comme si l'affront datait de la veille, j'avais aussi l'impression , que le diable emporte cet homme qui venait de me faire merveilleusement l'amour. Pourquoi mon corps s'obstinait-il à se troubler au souvenir de notre unique nuit ?
Heureusement, mon esprit, lui, ne s'en laissait pas conter : il débordait de rage. Même si, au fond, ce n'était pas entièrement vrai... ma réaction ressemblait à un parfum. La note de tête était la fureur ; la note de cœur, le mépris de soi et la note de fond celle qui tardait à se dissiper, la honte. Comment j'ai pu me montrer aussi naïve et en quête d'affection ? Quelle mouche m'avait piquée de tomber dans les bras d'André avec tant de facilité et d'abandon ? Ce n'était pas dans mon caractère ! Plus jamais je n'aurais une conduite aussi stupide.
La leçon avait porté. Je m'étais montrée si crédule et confiante ! Rien que d'y repenser, j'en étais malade. Et je ne pouvais pas m'empêcher, jour après jour, de ruminer ma folle erreur... André m'a appris à être soupçonneuse, prudente, à m'interroger sur les motivations réelles des gens surtout les hommes. Il avait fait de moi une femme méfiante et, pour cette raison, je le détestais. Mais quand je voyais mon fils, j'étais submergée d'un sentiment d'amour. Erwan était une petite merveille. Il illuminait ma vie. En lui, tout était adorable, même si son père n'était qu'un individu arrogant au cœur sec. André , c'était la pire chose qui me soit arrivée, mais Erwan , lui, était la plus belle.
Etrange retournement du sort...
- Il réagirait peut-être autrement, s'il était au courant, pour Erwan ? .
- Il est hors de question que je le mette au courant .
André provoquait en moi ce genre d'impulsion. Mais je ne devais pas faire peser ma rancœur sur angi .
- J'ai essayé de l'avertir. Mais sa secrétaire a affirmé qu'il ne voulait pas me parler. Je lui ai envoyé une lettre, elle est restée sans réponse.
- Mais enfin, on n'est plus à l'âge de pierre !. Publie ça sur Facebook. Il réagira, crois-moi.
Je frissonne. Jamais je n'exposerais ainsi ma vie privée !
- Il ne réagira pas, j'en suis sûre. Et puis, tu ne veux quand même pas que je m'humilie de cette manière ! Tant pis pour lui. Il a laissé passer sa chance.
- Je sais, dit angi en contemplant le visage angélique de Erwan . Mais ce petit bonhomme devrait avoir droit à ce qu'il y a de meilleur au monde.
Cette déclaration frappée au coin du bon sens ne me laisse pas insensible. Je regarde notre petit appartement, et des larmes me picotèrent les paupières. Après mon retour à bonoua , j'ai perdu la maison de ma grand-mère, mon rêve de devenir créatrice de parfums s'était effondré, et j'ai déménagé à grand Bassam où j'ai accepté un travail de serveuse dans un bar, qui n'avait rien d'idéal mais qui valait de bons pourboires. Angi était installée ici depuis l'année précédente, avant la mort de ma grande mère et m'a encouragé à la rejoindre lorsque celle-ci avait découvert ma grossesse. J'ai accepté avec gratitude. Jamais, en effet, je n'aurais pas pu rester à bonoua . Ma grand-mère avait été très respectée dans la communauté. Si elle avait été encore en vie, elle aurait soutenu sa petite-fille. Mais elle n'était plus là. Et je ne voulais pas faire honte à sa mémoire en alimentant les ragots de la ville. Je ne voulais pas non plus exposer mon fils à la réprobation des mauvaises langues. Il y avait encore, dans la ville, des gens qui trouvaient honteux d'être mère célibataire. Au 21eme siècle !
- Je fais de mon mieux .
- Mais bien sûr ! s'écria angi,. Excuse-moi, j'ai manqué de tact. En fait, je me suis laissé emporter en pensant à ton petit bout de chou. Vraiment, son père n'est qu'une brute ! Mais quand Erwan sera devenu président du pays , la branche paternelle de la famille s'en mordra les doigts !
Je ne pu m'empêcher de rire malgré ma contrariété. Angi avait décidément le don de me faire sourire . Je serre affectueusement le bras de mon amie.
- Tu es la meilleure. Tout va s'arranger, tu verras... Je créerai un parfum qui fera sensation et on me remarquera enfin. Il y a dans le monde d'autres rois de la cosmétique que André Néves contrairement à ce qu'il s'imagine !
- Il a raté l'occasion de sa vie, quand il t'a renvoyée sans même tester ton parfum.
De nouveau, je sens la brûlure de l'humiliation. Oui, André m'avait renvoyée sans ménagement... Après notre magnifique nuit d'amour, il avait préparé le petit déjeuner et me l'avait servi au lit. J'étais alors au comble du bonheur et me sentait merveilleusement bien. Nous avions discuté en déjeunant, puis il avait fait apporter ma mallette lorsque j'avais pensé à la réclamer.
- Qu'est-ce que c'est, ma belle ? avait-il demandé, intrigué.
- Ce sont mes échantillons( le coeur battant )
. - Des échantillons ?
- Oui, de mes fragrances.
Je crée des parfums. Je n'avais pas pris garde à l'éclat menaçant de son regard lorsqu'il avait ouvert la mallette. Il avait sorti une fiole de fleur et l'avait élevée devant ses yeux pour examiner le liquide ambré, en plissant les paupières.
- Explique-toi, avait-il dit d'une voix tendue.
Un peu déconcerté , j'avais cependant obtempéré, encore sous le charme de la nuit merveilleuse que nous venions de passer. André était un amant passionné et sensuel, et c'était, de surcroît, un homme délicat et attentionné. Il n'avait rien de redoutable... A présent, je porte ma main à mon cœur, cherchant à contenir ma vive douleur à la pensée de ce qui s'était produit ensuite, et surtout de ma stupidité : je n'avais rien vu venir ! Je me remémore le beau visage de André déformé par la colère, son regard étincelant. Une réaction qui m'avait alarmée... Il avait lâché le petit flacon dans la mallette, qu'il avait poussée vers moi. Puis il avait dit d'une voix basse et dure :
- Va-t'en.
- Mais, André ... - Disparais de chez moi et n'y reviens jamais plus.
Avant même que j'ai le loisir de prononcer un mot, il avait quitté la pièce en claquant la porte. Quelques minutes plus tard, une domestique en uniforme était arrivée, l'air mal à l'aise. Elle avait suspendu à un cintre mon tailleur en disant :
- Quand vous serez prête, mademoiselle, Yao vous ramènera.
J'ai fermé les yeux en me remémorant cet horrible instant. Ce moment où j'avais compris que André ne reviendrait pas. Je n'avais pas réussi à lui prouver mes compétences parce je m'étais laissé distraire de mon but. Parce que j'avais été lâche, crédule et stupide. J'ai consenti à ce que André Néves me fasse l'amour , privilège que je n'avais pas accordé à aucun autre homme. Et j'avais cru que nos entente sensuelle était unique, que j'avais vécu des instants inoubliables, et lui aussi.Pauvre idiote... Il m'avait chassée comme si j'étais qu'une prostituée. Mon attitude n'était-elle pas une forme de de prostitution? Me chuchota une petite voix.
Après tout, je n'étais pas irréprochable. Pendant toute une journée, j'avais feint d'être une autre, avec l'espoir de convaincre Sa Majesté le P.-D.G. de Néves Cosmetics que j'avais le talent nécessaire en matière de parfums. J'ai eu plusieurs fois l'occasion de lui avouer la véritable raison de ma présence auprès de lui, mais je n'était tue. J'ai envisagé la situation comme une aventure : celle de la villageoise « partant à la grande ville » et entraînée dans une histoire digne d'un mougou pan . Pire : j'ai tout compliqué en cédant au charme dévastateur de André .
Je savais très bien ce qu'il avait dû penser, lui, l'homme puissant qui tenait entre ses mains la clé du succès de fleur Il m'a prise pour la pire des menteuses, pour une aventurière, et les apparences lui avaient donné raison. Je contemple mon fils, le cœur débordant d'amour. Oui, j'aurais dû dire à André qui j'étais et ce que je voulais . Mais si j'avais parlé, je n'aurais pas eu Erwan ! Je n'aurais pas connu ce bonheur délicieux d'avoir un fils, je suis avec les larmes émue aux larmes.
Ma grand-mère m'aurait affirmé qu'il ne fallait pas penser au passé. Cela ne servait à rien, car on ne pouvait pas le changer.
- Il est l'heure que je parte au travail( je dis à angi après m'être essuyé les yeux. )Pourras-tu garder Erwan jusqu'à ce que Tantie Hélène passe le prendre ?
- Je ne relaie pas ma collègue avant deux heures, ne t'inquiète pas, assura angie , qui tenait toujours Erwan dans ses bras.
Je m'inquiétais tout le temps, en réalité, mais je me garde de l'avouer. Je ne faisais du souci pour Erwan parce qu'il n'avait que trois mois et que je travaillais trop pour m'occuper constamment de lui ; parce que je ne pouvais pas le nourrir au sein et qu'il devait prendre du lait maternisé ; parce que j'avais à peine de quoi pourvoir à mes besoins.
J'embrasse mon adorable bébé avant d'enfiler mon uniforme : chemisier blanc, nœud papillon et jupe droite noire. Je glisse mes escarpins à talons dans ma besace, puis chausse mes tennis et part. Ayant gagné l'Abribus en un temps record, j'arrive en avance, ce qui me permet de retoucher mon maquillage avant d'enfiler mes escarpins, puis de réunir mes affaires pour prendre mon poste. Jamais je n'aurais imaginé, à vrai dire, devenir un jour serveuse de bar . Pourtant, j'étais là, disposant sur mon plateau des serviettes, un carnet et un stylo, avant de me glisser dans la foule amassée près des tables et des comtoises pour prendre les commandes en m'apprêtant à subir les familiarités déplaisantes de certains consommateurs. J'avais horreur de cela mais j'évitais de protester : j'avais trop besoin d'argent, ayant du mal à boucler mon budget. Je m'approche d'un groupe .ils étaient tous concentré sur leurs conversations, et plus particulièrement par l'homme assis à une extrémité de la table, auquel une beauté brune, penchée sur son épaule, murmurait quelque chose. Il avait un visage hors du commun, superbe et d'une architecture parfaite. Et ses traits n'étaient que trop familiers ! Pendant un court instant, je reste figée. Combien de chances y avait-il pour que Néves mette les pieds dans ce bar de grand Bassam et prenne place à l'une des tables dont j'ai la charge ? Une sur un million ? Pourtant, il était là, dans toute sa maudite splendeur et son arrogance... Quelle affreuse malchance ! Je cherche du regard ma collègue,, afin de lui demander de s'occuper de ce secteur. Je me sentais mal à l'idée de servir André et sa maîtresse. La panique me gagnait. Hélas, ma collègue n'était pas en vue, ce qui ne me laisse pas le choix. Ayant pris mon parti, je sens monter en moi un autre sentiment : la colère....
Lorsque j'ai mis mon enfant au monde, après un long travail de vingt-trois heures, une seule personne m'avait réconfortée : angi. Les autres mères avaient été soutenues par leurs maris rayonnant de bonheur, et par leurs proches qui patientaient dans la salle d'attente. Pour ma part, j'étais restée seule. Il n'y avait eu que Angela pour me tenir la main pendant l'accouchement.
Lorsque Erwan est né et qu'on l'avait placé dans mes bras, j'ai eu l'impression que le bébé en pleurs était un être venu d'une autre planète. Mais, aussitôt après, j'ai éprouvé pour lui un amour infini. J'ai reconnu dans les traits menus de l'enfant ceux de son père, et avait ressenti du désespoir à l'idée que André n'avait chassée avec tant de dureté, et qu'il avait obstinément refusé, par la suite, de prendre mes appels. Il s'était privé d'un événement merveilleux dont il ne saurait jamais rien.
A présent, en le voyant avec cette femme, si hautain et sûr de lui, je n'éprouvais que colère et indignation. Mon cœur battait plus fort, les pulsations de mon sang se précipitèrent. Je contourne la table et m'approche de l'homme assis à la droite de André .
- Désirez-vous une boisson, monsieur ? .
J'ai parlé d'une voix plus aiguë que d'habitude, tout en observant André . La compagne de ce dernier, sensible à la perturbation de l'ambiance, lève les yeux et croise mon regard. Je sens la fragrance trop capiteuse qui émanait de cette femme, évocatrice d'ébats sensuels, et un élan de jalousie me traverse à l'idée que cette inconnue avait partagé le lit de André .
Allons donc ! Comme si je me souciais de ce genre de chose ! Non, ce n'était pas de la jalousie. Je me sentais irritée, en fait. Exaspérée par la mine hautaine de cette femme, par la présence scandaleuse de André qui ne prêtait pas la moindre attention aux ondes négatives qui circulaient dans l'air.
L'inconnue me regarde en promenant sur moi ses yeux noirs. Puis elle réagit comme à la fois espéré et redouté : elle murmure quelque chose à l'oreille d'André . Celui-ci leva les yeux et mon cœur fait un bond bond sous l'intensité de son regard. Une haine féroce m'envahit, et j'ai eu toutes les peines du monde à ne pas lui expédier mon plateau à la figure, à ne pas le maudire en lui disant mes quatre vérités...
- Un martini, demanda un client tout proche .
- Bien, monsieur, dit-je en prenant note sur mon calepin.
Lorsque je lève de nouveau les yeux, je vois que André m'examinait en fronçant les sourcils, comme s'il sondait sa mémoire. Il ne me reconnaissait donc pas ? Ce n'était pas du tout la réaction que j' avais anticipée ! J'ai eu un enfant de lui, et il n'était même pas capable de se souvenir de moi ? Alors là, c'est le comble !
Je suis blessée, en tournant les talons. Je me sens tellement furieuse, tellement agitée par la peur qui m'a saisie à la vue de André , que j'ai du mal à respirer. Je gagne le bar pour passer les commandes, en m'efforçant de retrouver mon calme. Soit, il ne m'a pas identifiée. Et alors ? J'avais cru qu'il me reconnaîtrais ? En fait, oui. Je secoue la tête, hors de moi. André n'était qu'un méprisable individu, un Crésus prétentieux !
Il m'avait emmenée dîner, il avait entrepris de me séduire... Et je me suis laissé entraîner jusqu'au bout, comme une sotte que j'étais . J'avais ma part de responsabilité dans ce qui m'étais arrivé. Mais André avait assuré qu'il prenait les précautions nécessaires, et je m'étais fiée à lui. Il avait forcément failli à sa promesse, puisque je m'etais retrouvée enceinte. Il s'était si peu soucié des conséquences éventuelles de notres ébats qu'il n'avait même pas consenti à prendre mes appels lorsque j'ai tenté de le joindre. Quel monstrueux égoïste !
Je reprend mon plateau, une fois que les verres y furent disposés, résolue à servir les clients comme d'habitude. Non, je ne déverserais pas les boissons sur les genoux de l'arrogant personnage, même si c'est tentant !
- Merci( au barman ).
Je me retourne pour revenir sur mes pas, et j'ai faillis heurter André Néves .
* * ***********
André
Mes narines se dilatèrent instinctivement quand je regarde la femme qui se trouvait face à moi, elle rétablit l'équilibre du plateau pour ne pas renverser de boisson sur son costume. Ses yeux lançaient des éclairs.
- Veuillez m'excuser, monsieur, j'ai des clients à servir...
Sa voix était plus sèche que dans mon souvenir . Son visage et son corps, eux, étaient plus pleins, d'une rondeur agréable. Elle s'était un peu « remplumée », même je l'ai trouvé avec des formes parfaites lors de notre première rencontre. Les quelques kilos qu'elle avait pris en avaient fait une femme sensuelle, très belle, et gommaient un peu son côté jeune ingénue. Une « ingénue » qui avait voulu me duper, cela dit ! Je ne l'avais pas oublié. Je serre les mâchoires en me rappelant sa supercherie Elle était arrivée à Abidjan munie des échantillons de parfums qu'elle allait me vendre et comédie qu'elle avait jouée m'a fait perdre à la fois mon temps et mon argent. Ce n'était pas la première fois qu'une femme essayait de se servir de moi à des fins intéressées, mais en l'occurrence, je m'étais royalement trompé ! Ce fiasco m'avait amené à faire une croix sur les photos réalisées et à tout recommencer avec un autre top model. Ce que j'ai beaucoup regretté, à la vue des clichés : Liya était le mannequin parfait. Les jours suivants, je me suis demandé si je n'étais pas allé trop loin. Mais cette femme avait touché en moi des endroits sensibles , et je ne m'étais pas encore remis. J'ai bien fais de la chasser. Il m'a avait fallu des semaines pour parvenir enfin à trouver l'égérie de ma nouvelle ligne. Dans mon découragement, je ne m'en était pas chargé personnellement. J'avais confié cette tâche à mon directeur du marketing. Ce n'était pas mon genre de me mettre ainsi en retrait. Mais, chaque fois que j'avais envisagé une autre candidate, je me souvenais de Liya . De la façon dont elle avait presque réussi à me ridiculiser. Elle m'a fait revivre la part la plus solitaire et la plus sombre de mon existence. Celle où je n'étais qu'un pion sur un échiquier, entraîné dans une partie menée par quelqu'un autre. La jeune femme que nous avions engagée était belle, et mon parfum se vendait bien. Mais je n'étais pas satisfait. J'aurais dû l'être, pourtant...
Il y avait, chez Liya , quelque chose d'indéfinissable. Un je-ne-sais-quoi que je n'avais pas oublié, même un an après. En ce moment même, mon corps réagissait, s'enflammait des sensations que Inès , que j'ai laissée, furieuse, à la table , ne me faisait pas éprouver lorsqu'elle s'allongeait sur moi... Liya était toujours aussi belle, elle était toujours l'icône parfaite pour ma campagne publicitaire. Et cette idée m'agace prodigieusement .
- Si je devine bien, l'industrie du parfum ne t'a pas réussi .
Les jolis yeux de Liya avaient une expression dure, dans leur écrin de maquillage brun et noir .
- Pas encore, répliqua-t-elle. Ta mémoire me surprend .
- Je n'oublie jamais un visage . Ni un corps .
Elle redresse le menton et me regarde . J'aurais éclaté de rire si je n'avais pas deviné le mépris qui suscitait ce regard. Sa petite comédie n'avait pas eu le succès escompté et, pour cette raison, elle me détestait. C'était presque drôle, en un sens .
- Quel incroyable talent ! ironisa-t-elle. Veuillez m'excuser, monsieur, mais j'ai du travail .
- Toujours en colère contre moi , ma belle ? Comme c'est bizarre...
- Bizarre ? lança-t-elle . Tu m'as séduite, puis jetée .
Décidément, elle avait du culot !
- Ta duperie m'a coûté beaucoup d'argent, bella fleur , J'ai dû sacrifier une journée de photos et tout recommencer . C'est plus regrettable que de t'avoir mise à la porte.
Elle semble accuser le coup, mais ne tarde pas à riposter .
- Je suis serveuse, et tu viens me parler d'argent ?
- Un sou est un sou. Et je n'aime pas le gâchis .
- Laissez-moi vous dire une chose, monsieur Néves . J'ai commis une erreur, mais je l'ai payée bien plus cher que vous . Quand on a misé son argent et son avenir sur une seule rencontre avec quelqu'un d'important , qu'on échoue et qu'on perd sa maison au passage, puis qu'on doit élev...
Elle s'arrête, ferme les paupières , et soupire . Quand elle ouvre les yeux, ils étaient humides et brillants .
- Quand on touche le fond et qu'on doit travailler dans un bar pour joindre les deux bouts , on a le droit d'être scandalisé , non ?Alors, épargne-moi tes lamentations . Dit elle .
Elle me dépasse en me bousculant un peu , son plateau en équilibre sur une main tandis qu'elle s'insinuait dans la foule. Je la suis du regard, le corps brûlant . Elle était sexy , belle et provocante . En fait , elle m'excitait au dernier degré, et cette excitation n'avait rien de comparable à ce que me faisaient éprouver Inès ou les femmes avec lesquelles je suis sorti récemment . Et, bon sang, elle restait l'égérie idéale de ma campagne publicitaire ! Si elle avait perdu son ingénuité, elle avait gagné autre chose . Quelque chose d'indéfinissable, mais à quoi j'aspire farouchement ? Et j'obtiens toujours ce que je veux . A n'importe quel prix . Je continue à la suivre du regard, la voyant qui servait les boissons avec un sourire artificiel . Oui, Liya avait quelque chose de singulièrement attirant . J'ai bien l'intention de découvrir quoi. Et d'en tirer parti le plus tôt possible.