Chapitre 1
Le ciel de Milan s'était teinté d'un bleu profond lorsque la berline noire s'arrêta devant le Grand Hôtel Vittoria. Les marches en marbre étaient déjà envahies par des invités vêtus de robes de créateurs et de costumes sur mesure. Les flashs des photographes illuminaient sans relâche la façade du bâtiment, tandis que des journalistes tentaient d'obtenir quelques déclarations des personnalités présentes.
À l'intérieur, tout respirait le luxe. D'immenses lustres en cristal surplombaient une salle de réception décorée de compositions florales blanches et dorées. Un orchestre jouait une mélodie douce qui se mêlait aux conversations feutrées des invités.
Assise sur le siège passager, Elara Vieri poussa un discret soupir.
Elle détestait ce genre de soirées.
Elle jeta un regard à sa mère, Camila, qui vérifiait une dernière fois son maquillage dans le miroir du pare-soleil.
– Tu peux encore faire demi-tour si tu comptes garder cette tête toute la soirée.
Elara esquissa un sourire amusé.
– J'y pense sérieusement.
Camila referma son miroir.
– Tu me remercieras plus tard. Ce gala réunit les plus grands investisseurs du pays. Tu rencontreras peut-être des personnes intéressantes.
– Ou des hommes d'affaires qui passent leur temps à parler chiffres et contrats.
– Tu exagères.
– À peine.
Sa mère lui donna une légère tape sur le bras.
– Fais un effort, Elara.
– Je suis venue, c'est déjà un immense effort.
Camila leva les yeux au ciel avant de sortir de la voiture.
Quelques instants plus tard, elles franchirent ensemble les portes de l'hôtel.
Les conversations cessèrent presque imperceptiblement à leur arrivée.
Camila Vieri était une femme connue dans le milieu artistique italien. Sa galerie exposait des œuvres de plusieurs artistes internationaux et collaborait régulièrement avec des fondations prestigieuses.
À ses côtés, Elara attirait malgré elle quelques regards.
Sa robe noire épousait parfaitement sa silhouette sans être provocante. Ses longs cheveux châtains tombaient en cascade sur ses épaules, et ses yeux noisette observaient chaque détail avec une curiosité mêlée d'agacement.
Elle salua poliment quelques invités avant de s'éloigner discrètement de sa mère.
Les mondanités n'avaient jamais été son domaine.
Elle attrapa une coupe de champagne sur le plateau d'un serveur et se dirigea vers les immenses baies vitrées qui offraient une vue magnifique sur les jardins illuminés.
Enfin un peu de calme.
Du moins, c'est ce qu'elle croyait.
– Vous devriez éviter de rester ici.
La voix grave résonna derrière elle.
Elara se retourna lentement.
Face à elle se tenait un homme vêtu d'un costume noir parfaitement ajusté. Grand. Élégant. Les mains glissées dans les poches de son pantalon.
Ses yeux gris semblaient analyser tout ce qui l'entourait avec une précision dérangeante.
Il n'avait pas souri.
Pas une seule seconde.
Elara haussa un sourcil.
– Pardon ?
– Cet endroit est réservé.
Elle balaya les alentours du regard.
Il n'y avait aucun panneau.
Aucune indication.
– Étrange... je n'ai pourtant vu aucune barrière invisible.
L'homme resta parfaitement impassible.
– Je vous demande simplement de rejoindre la salle principale.
– Et moi, je vous demande simplement pourquoi.
– Parce que je préfère.
Elle esquissa un sourire ironique.
– Voilà un argument très convaincant.
Le silence s'installa.
Autour d'eux, quelques invités commencèrent à remarquer l'échange.
L'homme s'approcha d'un pas.
Il s'arrêta à une distance suffisamment proche pour que son parfum boisé lui parvienne.
– Vous aimez toujours répondre aux inconnus avec autant d'assurance ?
– Seulement à ceux qui commencent une conversation en me donnant des ordres.
Un très léger éclat passa dans les yeux de l'inconnu.
Presque imperceptible.
Comme s'il n'avait pas l'habitude qu'on lui résiste.
– Intéressant.
– C'est tout ?
– Vous espériez davantage ?
– Je m'attendais surtout à une meilleure raison.
Le coin de ses lèvres sembla bouger une fraction de seconde.
Pas un sourire.
Presque.
– Vous êtes têtue.
– On me le dit souvent.
– Cela finit généralement par causer des problèmes.
– Heureusement, j'ai toujours aimé les problèmes.
Cette fois, un silence plus lourd s'installa entre eux.
Leurs regards ne se quittaient plus.
Comme si chacun attendait que l'autre détourne les yeux le premier.
Aucun ne céda.
Un serveur passa entre eux pour proposer des boissons.
Ils ne lui accordèrent pas la moindre attention.
– Vous ne savez même pas à qui vous parlez.
La voix de l'homme était calme.
Trop calme.
Elara prit une gorgée de champagne.
– Et vous ne savez même pas comment je m'appelle.
– Ce n'est qu'une question de temps.
– Vous êtes toujours aussi sûr de vous ?
– Presque toujours.
– C'est fatigant.
– On me l'a déjà dit.
– Par beaucoup de monde, j'imagine.
– Seulement par les personnes qui finissent malgré tout par rester.
Cette phrase la déstabilisa une seconde.
Une seule.
Puis elle retrouva aussitôt son assurance.
– Dommage pour vous. Je ne fais pas partie de ces personnes.
Elle posa sa coupe vide sur une table voisine avant de le contourner.
Au même instant, une voix retentit derrière eux.
– Monsieur De Luca...
Plusieurs hommes en costume s'approchèrent aussitôt.
Ils semblaient attendre ses instructions.
L'un d'eux lui tendit une tablette numérique.
Un autre lui murmura quelques mots à voix basse.
Elara ralentit instinctivement le pas.
De Luca.
Ce nom lui disait quelque chose.
Avant qu'elle ne puisse réfléchir davantage, l'un des invités s'approcha d'elle avec un sourire surpris.
– Vous venez vraiment de tenir tête à Enzo De Luca ?
Elle fronça les sourcils.
– C'était lui ?
L'homme eut un petit rire.
– Vous ne le connaissiez pas ?
– Non.
– C'est pourtant l'hôte de cette soirée... et le président de De Luca Holdings.
Elara tourna lentement la tête.
Au centre de la salle, tous les regards étaient désormais tournés vers cet homme.
Les conversations s'interrompaient à son passage.
Les investisseurs se levaient pour le saluer.
Les dirigeants des plus grandes entreprises semblaient attendre quelques secondes de son attention comme s'il s'agissait d'un privilège.
Il avançait avec une assurance presque dérangeante.
Sans arrogance apparente.
Simplement comme quelqu'un qui savait parfaitement quelle place il occupait.
Comme s'il sentait son regard posé sur lui, Enzo releva lentement les yeux.
À plusieurs mètres de distance.
Leurs regards se croisèrent de nouveau.
Cette fois, personne ne parla.
Puis, contre toute attente, Enzo inclina très légèrement la tête dans sa direction.
Un geste discret.
À peine perceptible.
Avant de reprendre sa route comme si rien ne s'était passé.
Elara resta immobile quelques secondes.
Elle ne savait pas pourquoi cette rencontre l'avait autant agacée.
Ni pourquoi, malgré elle, elle revoyait encore ces yeux gris.
Elle secoua la tête.
Non.
Cet homme était exactement le genre de personne qu'elle éviterait à l'avenir.
Du moins...
C'est ce qu'elle croyait.
Chapitre 2
Le gala touchait lentement à sa fin.
Les derniers invités échangeaient encore quelques politesses autour des buffets tandis que les serveurs débarrassaient discrètement les tables. Elara rejoignit sa mère près de la sortie, son sac à la main.
Camila remarqua immédiatement l'expression contrariée de sa fille.
– Qu'est-ce qui s'est passé ?
– Rien.
– Elara...
– J'ai juste eu une conversation avec un homme qui se croit propriétaire de la planète.
Camila arqua un sourcil.
– Ce n'est pas très précis.
– Grand, costume noir, regard glacial, incapable de sourire plus de deux secondes.
Sa mère éclata de rire.
– Tu parles d'Enzo De Luca ?
– Ah, donc tu le connais.
– Tout le monde le connaît.
Elara leva les yeux au ciel.
– Ça ne m'étonne pas. Son ego doit être assez grand pour occuper toute la ville.
Camila secoua doucement la tête.
– Tu as encore répondu à quelqu'un avec ton franc-parler.
– Il m'a ordonné de quitter un endroit sans même se présenter.
– C'est vrai que ce n'est pas très élégant.
– Merci.
– Mais je suis certaine que tu n'as pas été tendre non plus.
Un sourire innocent apparut sur les lèvres d'Elara.
– Je ne vois absolument pas de quoi tu parles.
Camila éclata de rire.
– Pauvre Enzo.
– Pauvre Enzo ? C'est lui qui est venu me provoquer.
– Il ne provoque jamais personne.
– Alors il a commencé ce soir.
Les deux femmes quittèrent l'hôtel en discutant, ignorant qu'à quelques mètres derrière les baies vitrées, une paire d'yeux gris suivait leur départ.
Enzo observait la voiture noire s'éloigner.
Nico Romano s'approcha de lui avec deux verres de whisky.
– Tu regardes quoi ?
Enzo prit le verre sans quitter la rue des yeux.
– Rien.
Nico suivit son regard.
Il aperçut la voiture disparaître au bout de l'avenue.
Un sourire amusé étira ses lèvres.
– La fille en robe noire ?
Enzo but une gorgée.
– Je ne sais même pas son nom.
– Pourtant tu l'as remarquée.
– Elle m'a surtout manqué de respect.
– Et depuis quand ça t'intéresse ?
Enzo ne répondit pas.
Nico le connaissait depuis près de vingt ans.
Ce silence-là signifiait une seule chose.
Quelque chose avait retenu son attention.
– Elle est jolie.
– Ce n'est pas le sujet.
– Elle n'avait pas l'air impressionnée par toi.
– J'ai remarqué.
– Ça change.
Enzo posa lentement son verre.
– Tu as terminé ton interrogatoire ?
– Pas encore.
Nico sourit davantage.
– Tu veux que je découvre qui elle est ?
Les yeux gris d'Enzo se posèrent enfin sur lui.
– Non.
– Tu es sûr ?
– Si je veux savoir qui elle est, je le découvrirai moi-même.
– Donc tu veux vraiment le savoir.
Enzo ne répondit pas.
Il se contenta de quitter la salle de réception.
Nico éclata de rire tout seul.
Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas vu son ami s'intéresser à quelqu'un.
Le lendemain matin.
Le soleil traversait les immenses fenêtres de l'appartement d'Elara.
Encore enveloppée dans son peignoir, elle préparait un café tout en consultant les actualités sur sa tablette.
Son téléphone vibra.
Livia.
Elle décrocha.
– Bonjour.
– Tu es réveillée ?
– Depuis une heure.
– Alors raconte.
– Raconter quoi ?
– Le gala.
Elara souffla.
– C'était interminable.
– Impossible. Il y avait tout le gratin de Milan.
– Exactement le problème.
– Tu as rencontré quelqu'un ?
Elara hésita une seconde.
– Un homme insupportable.
– Oh ?
– Arrogant.
– Encore.
– Autoritaire.
– Continue.
– Convaincu que tout le monde doit lui obéir.
Livia éclata de rire.
– Tu viens de décrire ton homme idéal.
– Très drôle.
– Il était beau au moins ?
Elara resta silencieuse.
Livia poussa un cri de victoire.
– Il était beau !
– Ce n'est pas la question.
– Donc il était très beau.
– Je n'ai pas dit ça.
– Tu ne l'as pas nié.
Elara attrapa sa tasse de café.
– Tu es fatigante.
– Et toi, tu évites de répondre.
Après quelques secondes de silence, Elara céda.
– D'accord... il était séduisant.
– À quel point ?
– Beaucoup trop.
– Voilà qui devient intéressant.
– Absolument pas.
– Son nom ?
Elara grimaça.
– Enzo De Luca.
Un silence tomba à l'autre bout du fil.
Puis...
– Attends... LE Enzo De Luca ?
– Apparemment.
– Tu te rends compte avec qui tu t'es disputée ?
– Je m'en fiche complètement.
– Elara, cet homme dirige un empire.
– Tant mieux pour lui.
– Tu es incroyable.
– Je préfère dire inconsciente.
Livia éclata de rire.
– Je donnerais n'importe quoi pour avoir vu son visage pendant votre dispute.
– Il n'a presque pas changé d'expression.
– Ça veut dire que tu l'as surpris.
– Tant mieux.
– Tu vas le revoir ?
– Certainement pas.
– Tu en es sûre ?
– Plus que sûre.
Après avoir raccroché, Elara termina son café avant de quitter son appartement.
Une nouvelle journée de travail l'attendait.
Elle était persuadée que sa rencontre avec Enzo De Luca appartenait déjà au passé.
Elle ignorait qu'au même instant, dans le dernier étage de la tour De Luca Holdings, Enzo se tenait devant la baie vitrée de son bureau.
Nico entra sans frapper.
– Les renseignements que tu m'as demandés.
Enzo tourna légèrement la tête.
– Je ne t'ai rien demandé.
Nico déposa pourtant une fine chemise sur le bureau.
– Non... mais je te connais.
Enzo observa quelques secondes le dossier fermé.
Puis il finit par l'ouvrir.
Sur la première page apparaissait une photographie.
La même jeune femme qu'il avait affrontée la veille.
En dessous, quelques lignes.
Elara Vieri.
Enzo referma aussitôt le dossier.
Un léger sourire, presque invisible, effleura ses lèvres.
– Intéressant...
Chapitre 3
Deux jours s'étaient écoulés depuis le gala.
Deux jours pendant lesquels Elara avait réussi à ne plus penser à Enzo De Luca.
Enfin... presque.
Chaque fois que son esprit ramenait malgré lui le souvenir de leurs échanges, elle s'efforçait de se convaincre qu'il ne s'agissait que d'une rencontre désagréable parmi tant d'autres. Un homme arrogant. Voilà tout.
Elle n'avait aucune raison de lui accorder davantage d'importance.
Installée à son bureau, elle relisait les notes d'un article lorsqu'un léger coup fut frappé contre la porte de son bureau.
– Entre.
Damiano Ricci passa la tête à l'intérieur avec son éternel sourire.
– Tu travailles encore ?
– C'est généralement ce qu'on fait dans un bureau.
– Tu pourrais essayer de sourire de temps en temps.
– Je souris.
– Une fois par trimestre.
Elle leva les yeux de son ordinateur.
– Tu es venu pour me critiquer ou tu avais une vraie raison ?
Damiano s'approcha.
– Le rédacteur en chef veut quelqu'un à la conférence de presse organisée cet après-midi par De Luca Holdings.
Elara se figea.
– Trouve quelqu'un d'autre.
– Pourquoi ?
– Parce que je suis déjà occupée.
Damiano regarda son écran.
– Tu réponds à tes mails.
– C'est très important.
– Tu mens très mal.
Elle soupira.
– Je n'ai simplement pas envie d'y aller.
– Le patron t'a choisie.
– Évidemment...
– Tu refuses ?
– Ai-je vraiment le choix ?
Damiano lui adressa un sourire compatissant.
– Aucun.
En début d'après-midi, Elara gara sa voiture devant l'immense siège de De Luca Holdings.
Une tour de verre qui dominait le quartier d'affaires de Milan.
Les employés entraient et sortaient d'un pas rapide, impeccablement habillés.
Elle leva les yeux jusqu'au sommet du bâtiment.
– Plus c'est grand... plus le propriétaire doit avoir un ego démesuré.
Elle attrapa son carnet de notes avant d'entrer.
Le hall était immense.
Le marbre blanc reflétait la lumière naturelle qui pénétrait par les immenses baies vitrées.
À peine avait-elle franchi les portiques qu'une jeune femme s'approcha.
– Bonjour, madame. Vous êtes attendue pour la conférence ?
– Oui.
– Veuillez me suivre.
Quelques minutes plus tard, Elara rejoignit une salle déjà remplie de journalistes.
Elle prit place au troisième rang.
Les conversations cessèrent brusquement lorsque les portes s'ouvrirent.
Enzo De Luca entra.
Toujours ce même costume sombre.
Toujours cette démarche calme.
Toujours cette impression que tout le monde retenait son souffle lorsqu'il apparaissait.
Il salua brièvement l'assemblée avant de prendre place derrière le pupitre.
Son regard parcourut la salle.
Une fraction de seconde.
Puis il s'arrêta.
Sur elle.
Elara soutint son regard sans la moindre hésitation.
Avant de détourner les yeux comme si cela n'avait aucune importance.
La conférence débuta.
Enzo présenta un nouveau projet immobilier destiné à revitaliser un ancien quartier industriel.
Sa voix était posée.
Claire.
Il répondait aux questions avec une précision remarquable.
Même Elara dut reconnaître qu'il maîtrisait parfaitement son sujet.
Après près d'une heure, la conférence prit fin.
Les journalistes se levèrent aussitôt pour tenter d'obtenir quelques déclarations supplémentaires.
Elara referma son carnet.
Elle allait partir lorsqu'une voix familière s'éleva derrière elle.
– Mademoiselle Vieri.
Elle ferma lentement les yeux.
Puis se retourna.
Enzo se tenait à quelques pas d'elle.
Les autres journalistes ralentirent discrètement.
Personne ne semblait vouloir manquer cette scène.
– Monsieur De Luca.
– Je vois que vous avez finalement accepté de revenir sur mon territoire.
– Je ne savais pas que Milan vous appartenait.
Un léger éclat passa dans ses yeux.
– Seulement une partie.
– Quelle modestie.
Il croisa les bras.
– Votre article sera objectif ?
– Pourquoi ne le serait-il pas ?
– Certains journalistes laissent leurs opinions personnelles influencer leur plume.
– Rassurez-vous, je fais la différence entre mon travail... et les hommes agaçants.
Le coin de ses lèvres tressaillit.
– Je suppose que je fais partie de la deuxième catégorie.
– Vous progressez vite.
Autour d'eux, quelques journalistes échangèrent des regards amusés.
Personne n'avait jamais entendu quelqu'un parler ainsi à Enzo De Luca.
Et encore moins en public.
Enzo fit un pas dans sa direction.
– Vous semblez avoir un véritable talent pour me provoquer.
– Vous semblez avoir un véritable talent pour croire que tout tourne autour de vous.
Un silence tomba.
Leurs regards se croisèrent de nouveau.
Cette étrange tension était toujours là.
Invisible.
Mais palpable.
Ni l'un ni l'autre ne semblait prêt à reculer.
Finalement, Enzo brisa le silence.
– J'espère que vous avez trouvé la conférence intéressante.
– Plus que notre première conversation.
– Voilà un compliment inattendu.
– N'en profitez pas.
Elle contourna Enzo et reprit sa marche vers la sortie.
À peine avait-elle parcouru quelques mètres qu'une jeune femme, absorbée par son téléphone, la heurta de plein fouet.
Le dossier qu'Elara tenait dans les mains glissa au sol.
Des feuilles se dispersèrent dans tout le hall.
– Oh, je suis désolée !
– Ce n'est rien...
Elara s'agenouilla immédiatement pour les ramasser.
Une seconde main attrapa en même temps la première feuille.
Elle releva la tête.
Enzo.
Leurs doigts s'étaient frôlés.
À peine.
Mais ce contact, aussi bref fût-il, sembla suspendre le temps pendant un instant.
Elara retira aussitôt sa main.
– Merci.
– Ce n'est rien.
Il lui tendit les dernières feuilles.
Leurs regards se rencontrèrent une nouvelle fois.
– Vous devriez être plus attentive.
Elle récupéra son dossier.
– C'est amusant... j'allais vous dire exactement la même chose.
Elle lui adressa un sourire provocateur avant de tourner les talons.
Enzo resta immobile à la regarder s'éloigner.
Nico, qui avait assisté à toute la scène depuis l'autre bout du hall, s'approcha discrètement.
– Tu sais...
Enzo ne répondit pas.
– Elle est vraiment différente des autres.
Le regard d'Enzo demeura fixé sur les portes automatiques qui venaient de se refermer derrière Elara.
– Oui...
Sa voix était presque inaudible.
– C'est bien ce qui m'inquiète.