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Une Fausse Mariée

Une Fausse Mariée

Auteur:: Doufali
Genre: Romance
Ismène n'était qu'une simple servante, invisible parmi les autres, jusqu'au jour où une décision interdite bouleversa sa vie. Dans l'ombre d'un destin qui ne lui appartenait pas, elle a remplacé Naïla lors d'une nuit qui scella son avenir. Tromperie, passion et trahison s'entremêlent alors dans une histoire où chaque choix a des conséquences irréversibles. Kael, prince héritier et guerrier redouté, découvre peu à peu la vérité sur cette femme qui a osé défier l'ordre établi. Partagé entre colère et attirance, il doit décider : la punir ou lui offrir une place à ses côtés ? Mais dans un palais où les traditions règnent en maîtres, un amour comme le leur peut-il seulement survivre ? Entre intrigues politiques, combats de pouvoir et émotions brûlantes, "Une Fausse Mariée" est une romance intense où chaque page dévoile un nouvel enjeu. Ismène parviendra-t-elle à se faire accepter en tant qu'épouse du prince, malgré les complots et les regards accusateurs ? Plongez dans une fresque passionnée où le courage d'une femme défie le poids des traditions et où l'amour peut naître des erreurs du passé.

Chapitre 1 Chapitre 1 : Le Royaume des Traditions

La lumière dorée du soleil couchant caressait les murs d'argile ocre du palais royal, projetant de longues ombres sur la vaste cour où les serviteurs s'affairaient avant la tombée de la nuit. Le royaume de Diarane, prospère et fier, reposait sur des traditions immuables, gravées dans le marbre des générations passées. Ici, la lignée royale se transmettait dans l'honneur et la pureté, et chaque union princière était soumise à des rites ancestraux d'une rigueur inébranlable.

Le grand palais se dressait au sommet d'une colline, surplombant la cité animée où marchands et artisans s'activaient encore sous la lueur des torches.

Dans l'aile réservée aux femmes, Ismène traversait les longs couloirs en silence, sa silhouette élancée drapée dans un pagne modeste. Les épaules légèrement voûtées, elle portait dans ses bras un plateau d'argent, où reposaient des mets délicatement disposés.

Son rôle de servante auprès de la princesse Naïla lui imposait une discrétion absolue, mais ce soir, un étrange frisson lui parcourait l'échine.

- Tu es enfin là ! s'exclama la princesse en la voyant entrer.

Ismène s'inclina avec respect avant de s'approcher de la vaste natte brodée sur laquelle Naïla était installée. Elle n'avait que quelques mois de plus qu'Ismène, et pourtant, tout en elle trahissait sa condition royale. Son teint d'ébène luisait sous l'éclat des lampes à huile, et ses bracelets d'or tintaient à chacun de ses gestes.

- Le mariage... Il approche trop vite, Ismène.

La servante releva les yeux vers la princesse.

- C'est une grande joie pour le royaume, votre altesse.

- Une joie ? Naïla éclata d'un rire amer. Une cage dorée, voilà ce que c'est.

Ismène garda le silence. Elle connaissait les caprices de la princesse, ses craintes et ses désirs d'évasion. Mais cette fois, il y avait autre chose. Une note de panique dans sa voix.

Naïla se leva d'un bond et alla jusqu'à la fenêtre, scrutant l'horizon comme si elle cherchait un échappatoire.

- Kael est un homme puissant, murmura-t-elle. Mais s'il découvre mon secret...

Elle s'interrompit, mordillant nerveusement sa lèvre. Ismène fronça les sourcils.

- Votre secret ?

Naïla tourna lentement la tête vers elle, et dans son regard, Ismène lut quelque chose d'inédit.

Une terreur brute.

- Je ne peux pas l'épouser, Ismène. Je ne peux pas, tu comprends ?

Un long silence s'installa. Et au fond d'elle, Ismène sut que cette nuit n'était que le début d'une descente vertigineuse vers l'inconnu.

La brise du soir faisait danser les rideaux de lin qui encadraient les fenêtres de la chambre princière. Ismène se tenait immobile, les mains jointes devant elle, tandis que Naïla faisait les cent pas. L'angoisse dans ses yeux contrastait avec son allure princière.

- Expliquez-vous, princesse, murmura Ismène.

Naïla s'arrêta net, posant un regard perçant sur sa servante. Pendant un instant, elle hésita, puis elle lâcha un soupir tremblant avant de s'asseoir sur un coussin brodé.

- Tu as toujours été loyale envers moi, n'est-ce pas ?

- Depuis mon enfance, répondit Ismène, la voix posée.

Naïla joua nerveusement avec les perles de son collier avant de souffler :

- Alors je vais te dire la vérité...

Elle marqua une pause, comme si les mots refusaient de franchir ses lèvres.

- Je ne suis plus vierge.

Le silence tomba brutalement sur la pièce. Le cœur d'Ismène manqua un battement.

Dans le royaume de Diarane, la virginité d'une princesse promise était une exigence absolue. Si Kael l'apprenait, l'alliance entre les deux familles royales serait brisée. Pire encore, Naïla serait publiquement déshonorée et peut-être même répudiée.

- Comment... ? murmura Ismène, bien que la question lui brûlât les lèvres.

Naïla détourna le regard.

- Ce n'est pas important. Ce qui l'est, c'est que si Kael le découvre, je suis perdue. Ma famille sera déshonorée, et je... je ne peux pas supporter cette humiliation.

Ismène déglutit difficilement.

- Mais... que comptez-vous faire ?

Naïla fixa sa servante avec une intensité troublante.

- C'est là que j'ai besoin de toi.

L'inquiétude d'Ismène grandit.

- Princesse, qu'attendez-vous de moi ?

Naïla attrapa ses mains et la força à s'asseoir en face d'elle.

- Tu es la seule personne en qui j'ai confiance. Et tu es aussi... la seule qui puisse me sauver.

Ismène sentit un froid glacial lui parcourir l'échine.

- Me sauver... comment ?

Naïla inspira profondément.

- Il faut que ce soit toi, cette nuit-là.

Les mots résonnèrent comme une sentence. Ismène sentit son souffle se bloquer.

- Moi ?! Sa voix n'était qu'un souffle incrédule.

- Personne ne verra rien. La tradition veut que la nuit de noces se passe dans l'obscurité totale, pour préserver la pudeur de l'épouse. Tu prendras ma place, juste cette nuit-là, et ensuite... tout redeviendra normal.

Ismène secoua la tête, horrifiée.

- C'est impossible, votre altesse ! C'est... c'est un crime !

Naïla s'agrippa à ses mains.

- C'est ma seule chance, Ismène. Si tu refuses, je suis perdue.

Les battements du cœur d'Ismène tambourinaient contre sa poitrine. L'idée même de se glisser dans le lit du prince Kael sous une fausse identité la terrifiait.

Mais dans le regard désespéré de Naïla, elle vit un abîme. Une prière silencieuse.

Et pour la première fois de sa vie, Ismène sentit que son destin lui échappait.

***"***

Ismène resta prostrée, le regard rivé sur la flamme vacillante de la lampe à huile. La demande de Naïla résonnait encore dans son esprit, s'imposant comme un murmure venimeux dont elle ne parvenait pas à se débarrasser.

- Il faut que ce soit toi, cette nuit-là.

Elle aurait voulu refuser, s'échapper, fuir cette responsabilité écrasante, mais où irait-elle ? Elle était une servante. Elle n'avait ni pouvoir, ni liberté. Et au fond d'elle, elle savait que Naïla ne lui laissait pas vraiment le choix.

Un bruit léger derrière la porte la fit sursauter. Elle se redressa précipitamment lorsque Naïla entra en silence, vêtue d'une robe légère, son visage caché sous un voile de soie.

- Il est temps, murmura-t-elle.

Ismène sentit un frisson lui parcourir l'échine.

- Princesse...

Naïla s'approcha et prit ses mains entre les siennes.

- Je t'en supplie, Ismène. Si tu ne le fais pas, je suis perdue. Tu me ressembles. Ta peau, tes cheveux... Dans l'ombre, il ne verra pas la différence.

Ismène ferma les yeux un instant, sentant son cœur s'alourdir sous le poids du dilemme.

Comment pouvait-elle trahir ainsi le prince Kael ? Comment pouvait-elle se prêter à une telle supercherie ?

Mais comment pouvait-elle abandonner Naïla à la disgrâce ?

Elle déglutit difficilement et, dans un souffle presque inaudible, elle murmura :

- Que dois-je faire ?

Le soulagement inonda le visage de Naïla.

- Tout est déjà prêt.

Elle se retourna et tendit un tissu fin, d'un blanc immaculé. Une longue tunique de noces.

- Mets ceci. Ensuite, tu seras conduite dans la chambre royale. Personne ne posera de questions. La tradition veut que la mariée y entre seule, le visage couvert. Tout se passera dans l'obscurité totale.

Ismène prit la tunique d'une main tremblante.

- Et après ?

Naïla détourna le regard.

- Après... tu devras faire ce qu'on attend d'une épouse.

Le silence s'éternisa entre elles, lourd et suffocant.

Ismène avait conscience que, quelle que soit l'issue de cette nuit, plus rien ne serait jamais comme avant.

Chapitre 2 Chapitre 2

L'heure venue, Ismène suivit les instructions de Naïla à la lettre. Drapée dans la tunique blanche, voilée jusqu'au menton, elle fut escortée par deux servantes silencieuses jusqu'aux portes massives des appartements royaux. Son cœur battait si fort qu'elle craignait que tout le palais ne l'entende.

La porte s'ouvrit dans un grincement. L'obscurité l'engloutit aussitôt.

Derrière elle, la porte se referma lentement.

Elle était seule avec le prince Kael.

Un frisson glacial lui parcourut l'échine lorsqu'elle entendit son souffle dans la pièce. Il était là, tout proche.

Puis sa voix s'éleva, grave et posée.

- Approche.

Elle avança d'un pas hésitant, ses doigts crispés sur le tissu de sa tunique.

Il était trop tard pour reculer.

Ses jambes tremblaient. Chaque pas résonnait comme un glas dans le silence oppressant de la pièce. Elle savait qu'à cet instant, elle n'était plus Ismène, la servante. Elle était Naïla aux yeux de cet homme qui l'attendait.

Lorsque ses pieds touchèrent le rebord du grand lit royal, elle sentit le poids d'un regard invisible sur elle.

Kael n'avait pas bougé, mais elle devinait sa présence, imposante, tout près.

- Es-tu nerveuse ? demanda-t-il, brisant le silence.

Elle hésita. Devait-elle parler ? Feindre la réserve attendue d'une jeune épouse ?

- Oui... murmura-t-elle enfin.

Il y eut un silence. Puis un léger bruit de tissu froissé, comme s'il s'était redressé.

- C'est normal, répondit-il simplement. Cette nuit scelle notre union.

Ces mots lui firent l'effet d'un coup de poignard. Leur union... Un mensonge dont elle était l'architecte involontaire.

Kael bougea enfin. Elle sentit sa main frôler la sienne, un contact bref mais brûlant qui lui fit retenir son souffle.

- Ne crains rien.

Comment pouvait-elle ne pas craindre ?

Son cœur battait si fort qu'elle en avait mal à la poitrine.

Elle ferma les yeux, bien que l'obscurité fût déjà totale, et prit une profonde inspiration. Il fallait qu'elle tienne.

Pour Naïla. Pour elle-même.

Car après cette nuit, plus rien ne serait jamais pareil.

Ses yeux, d'un noir profond, se posèrent sur elle, et elle sentit son souffle se couper.

- Vous tremblez, dit-il d'une voix douce mais ferme.

Elle ne répondit pas, incapable de trouver les mots. Sa bouche était sèche, ses mains moites. Elle fixa le sol, espérant qu'il ne verrait pas la peur dans ses yeux.

Kael s'arrêta devant elle, sa présence imposante mais étrangement apaisante. Il posa un doigt sous son menton, la forçant à relever la tête.

- Regardez-moi, Naïla.

Elle obéit, croisant son regard. Dans ses yeux, elle vit une lueur de curiosité, peut-être même de tendresse, mais aussi une détermination qui la glaça.

- Vous êtes ma femme, murmura-t-il, sa voix résonnant comme une promesse et une menace.

Sans la lâcher des yeux, il lui tendit la main. Elle comprit qu'il attendait qu'elle la prenne. Les secondes s'étiraient, chaque mouvement pesé, chaque respiration mesurée.

Elle glissa sa main tremblante dans la sienne.

Le contact de sa peau était chaud, ferme. Il l'attira doucement vers lui, un frisson remonta le long de sa colonne vertébrale lorsqu'il effleura son bras nu, ses doigts traçant une caresse involontaire contre sa peau.

- Vous êtes belle, dit-il, sa voix presque un murmure.

Elle sentit son souffle sur sa joue, son corps si proche du sien qu'elle pouvait sentir la chaleur qui émanait de lui.

Elle ferma les yeux, essayant de se détacher de la réalité, de ne pas penser à ce qui allait suivre.

Kael posa une main sur sa taille, l'attirant encore plus près. Elle sentit son cœur battre contre sa poitrine, un rythme régulier et apaisant, en contraste avec le sien, rapide et désordonné.

- Vous avez peur, dit-il, un léger sourire aux lèvres.

Elle hocha la tête, incapable de mentir.

- Il n'y a pas de raison d'avoir peur, murmura-t-il en caressant doucement sa joue.

Elle sentit ses lèvres effleurer les siennes, un contact léger, presque hésitant. Puis il l'embrassa, doucement d'abord, puis avec plus d'assurance. Elle répondit à son baiser, malgré elle, emportée par une vague d'émotions contradictoires.

Il la guida vers le lit, ses mains chaudes et fermes sur son corps. Elle se laissa faire, essayant de ne pas penser, de ne pas exister.

- Vous êtes à moi, maintenant, murmura-t-il contre sa peau.

Elle sentit ses lèvres sur son cou, ses épaules, explorant chaque centimètre de son corps avec une tendresse qui la surprit. Elle ferma les yeux, essayant de se détacher de la réalité, de ne pas penser à ce qui allait suivre.

Mais malgré tout, elle sentit une vague de désir monter en elle, un désir qu'elle ne pouvait nier. Elle essaya de se raisonner, de se rappeler que ce n'était pas elle qu'il désirait, mais Naïla.

- Naïla, murmura-t-il contre sa peau.

Elle sentit une douleur aiguë dans sa poitrine, un mélange de culpabilité et de tristesse. Elle n'était pas Naïla, mais elle ne pouvait pas le lui dire.

Il la prit alors, avec une douceur qui la surprit. Elle sentit chaque mouvement, chaque caresse, chaque baiser, comme si le temps s'était arrêté. Elle essaya de se détacher, de ne pas ressentir, mais elle ne pouvait pas.

Elle sentit son corps répondre au sien, malgré elle, emportée par une vague d'émotions qu'elle ne pouvait contrôler. Elle ferma les yeux, essayant de ne pas penser, de ne pas exister.

Quand ce fut fini, il resta allongé à côté d'elle, son souffle régulier et apaisant. Elle sentit ses bras l'envelopper, la tenant contre lui comme si elle était précieuse.

- Vous êtes à moi, maintenant, murmura-t-il contre ses cheveux.

Elle ferma les yeux, sentant les larmes monter. Elle n'était pas à lui. Elle n'était pas Naïla.

Mais il ne devait jamais savoir.

Chapitre 3 Chapitre 3 : Le Lendemain

La chambre du prince était plongée dans une obscurité presque totale, à l'exception des dernières lueurs vacillantes d'une torche murale qui mourait lentement. Le plafond en bois sculpté, avec ses motifs d'ancêtres et de créatures mythologiques, semblait figé dans le silence. L'air était dense, presque lourd de l'odeur de cire, d'encens et de la chaleur de la nuit.

Ismène, allongée sur le dos, respirait profondément, mais son esprit tournait en cercles, incapable de trouver la paix. Sa peau, encore marquée par la chaleur de l'union, semblait vibrer sous chaque mouvement, mais c'était la tension dans son ventre qui la rendait nerveuse.

Elle tourna lentement la tête vers Kael, endormi à ses côtés. La lumière de la torche se reflétait faiblement sur son visage, apaisé, sans l'ombre d'un soupçon. Sa posture détendue contrastait avec l'agitation qui secouait Ismène. Elle se leva doucement, ses pieds nus frôlant le sol froid du marbre. Le drap était repoussé sous elle, et l'empreinte rouge, la tâche du sang, marquait la couverture d'une manière irréversible. Elle se mordit la lèvre, la réalité de la situation pesant lourdement sur ses épaules.

Elle se tourna une dernière fois vers Kael, son cœur serré. Cet homme, ce prince, ne savait pas. Il ne savait rien, et elle ne pouvait rien changer à cela. Il fallait qu'elle parte, avant que l'aube n'arrive, avant que la vérité ne se déclare.

Ses doigts tremblants effleurèrent la porte, et elle sortit silencieusement, sans un bruit, dans le corridor sombre et froid du palais. La pierre sous ses pieds était fraîche et l'air, chargé de mystère, semblait la guider vers l'extérieur. Elle ne s'arrêta pas, ne se retourna pas. Le seul objectif qui comptait à cet instant était de retrouver Naïla. Elle savait que chaque seconde comptait.

Naïla l'attendait dans l'ombre des appartements adjacents, le visage pâle, marqué par des heures d'angoisse et de tension. Elle se redressa vivement en apercevant Ismène. Ses yeux étaient emplis de cette nervosité palpable, mais aussi d'une fébrilité qu'elle ne cherchait pas à dissimuler.

- Est-ce fait ? chuchota Naïla, le regard scrutant le corps d'Ismène, cherchant la moindre trace, le moindre indice de ce qui venait de se passer.

Ismène hocha la tête lentement, mais une angoisse profonde se lisait sur son visage. Elle ne savait même pas comment décrire ce qu'elle venait de vivre. Tout semblait si irréel, comme un lourd fardeau.

- Oui. La réponse se perdit dans l'air, presque inaudible.

Naïla la scruta un instant, puis, comme si elle avait attendu ce moment depuis des heures, elle s'approcha vivement. Sa main se posa fermement sur le bras d'Ismène, ses yeux brillants de hâte.

- Le drap ? Il doit être là... Pas de doute possible, n'est-ce pas ?

Ismène se tourna, son regard perçant la pièce avant de se poser sur la porte de la chambre royale. Elle ferma brièvement les yeux, rassemblant ses pensées, puis murmura d'une voix plus ferme :

- Il est là, Princesse. La tâche est marquée, il n'y a aucun doute.

Naïla pâlit de soulagement, puis, dans un geste rapide et précis, elle se dirigea vers la chambre conjugale.

- Parfait, il faut que je retourne dans le lit. Dès maintenant.

Ismène hésita un instant, mais ne dit rien. Dans le silence du palais, chaque pas semblait résonner dans les couloirs. Naïla s'avança sans hésitation, son visage figé dans une expression déterminée. Les servantes, assoupies et ignorantes de ce qui se tramait, n'avaient pas conscience de la manigance qui se jouait sous leurs yeux.

Naïla atteignit la porte de la chambre, son cœur battant plus fort à chaque seconde. Elle entra discrètement, son corps glissant sous les draps sans faire un bruit. Elle s'installa rapidement à côté de Kael, repliant ses bras autour de lui, imitant parfaitement l'attitude d'Ismène. Le prince ne bougea pas, comme s'il n'avait jamais quitté ses rêves.

Elle prit une grande inspiration, prête à entamer ce qui allait être la dernière étape de leur plan. Ce dernier acte d'une nuit secrète.

Ainsi, la nuit se termina, mais les mensonges, eux, se tissèrent plus serrés que jamais.

*****

Les premières lueurs de l'aube pénétraient à peine dans la chambre lorsque la nouvelle se répandit parmi les servantes et les membres du palais : la princesse avait rempli son devoir, et la nuit de noces ne souffrait d'aucun doute.

La cour royale était en effervescence. Le grand palais resplendissait sous les lampes à huile et les torches, projetant des ombres dansantes sur les murs décorés de tissus précieux. Des musiciens accordaient leurs instruments, les tambours résonnaient doucement, annonçant la célébration.

Dans une salle richement décorée, Naïla était assise au centre sur une estrade surélevée, parée d'or et de perles, drapée dans un pagne finement brodé qui soulignait sa silhouette svelte. Ses bras et son cou scintillaient sous le poids des bijoux que les tantes royales avaient soigneusement disposés sur elle. Ses cheveux avaient été tressés avec soin, et un parfum envoûtant émanait d'elle, témoignant du rituel de purification qu'elle avait subi avant cette cérémonie.

Les griots entonnaient des chants en son honneur, vantant sa grâce, sa beauté et surtout sa vertu. C'était une fête pour célébrer sa pureté, une tradition honorant la nouvelle épouse royale qui avait su préserver son honneur jusqu'à la nuit de noces.

Naïla, fille noble, femme irréprochable, perle du royaume ! clamait le plus vieux des griots d'une voix vibrante.

Les invités applaudissaient, scandant son nom avec ferveur. Naïla souriait, baissant humblement la tête, jouant parfaitement son rôle de jeune épouse pudique et exemplaire. Elle se savait observée, jugée, et elle excellait dans cette mise en scène.

Au pied de l'estrade, Ismène était là, parmi les servantes, comme toujours. Elle portait un simple pagne en coton et gardait les yeux baissés, se contentant d'observer discrètement la scène. Son cœur battait irrégulièrement. Cette fête... c'était une célébration d'un mensonge.

Elle savait que la nuit de noces n'avait pas été ce que tous croyaient. Et pourtant, ici, Naïla était glorifiée.

Un murmure parcourut l'assemblée lorsque la reine mère fit son entrée. Son port majestueux imposa immédiatement le silence. Drapée dans un tissu aux reflets d'or, elle avançait d'un pas lent et assuré, son regard impénétrable scrutant la jeune mariée.

Une des tantes royales s'avança avec un linge immaculé, soigneusement plié. Elle s'agenouilla devant la reine et, avec une révérence parfaite, lui tendit le drap.

Reine mère, voici la preuve que ta belle-fille est digne de porter la couronne.

La reine mère prit le tissu, le déplia lentement sous le regard attentif de l'assemblée. Des exclamations émerveillées s'élevèrent lorsque les traces rougeâtres furent dévoilées. La preuve supposée de la virginité de Naïla était brandie devant tous, consolidant son statut de femme honorable.

Naïla, toujours assise avec grâce, baissa les yeux, feignant la modestie.

Tu fais honneur à notre famille, déclara la reine mère en s'approchant d'elle.

Elle posa une main sur la tête de sa belle-fille en signe de bénédiction.

Que ton mariage soit prospère, que ton ventre soit fécond et que tu apportes à ce royaume des héritiers dignes de ce nom.

Les femmes royales poussèrent des cris de joie, des chants éclatèrent à nouveau, et les tambours reprirent de plus belle.

Ismène, toujours en retrait, sentit son estomac se nouer. Elle savait que tout cela n'était qu'une façade. Naïla, cette femme adulée et portée aux nues, était en réalité une manipulatrice habile.

Et Ismène, elle, devait se taire.

Elle baissa encore plus la tête, gardant son rôle de servante insignifiante, tout en sentant au fond d'elle que ce mensonge pourrait finir par éclater un jour.

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