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Un été pour trouver l'amour

Un été pour trouver l'amour

Auteur:: Smile
Genre: Romance
Pour Gaël, jeune commis de cuisine dans un restaurant de Bruges, l'été s'annonce comme une promesse de liberté et d'évasion. Avec ses amis d'enfance, Loris, le rugbyman intrépide, Sacha, l'étudiant en psychologie rêveur, et Cédric, le pompier un peu rebelle, il prend la route, décidé à vivre deux semaines d'insouciance, loin des responsabilités. Entre fêtes, baignades, et soirées en bord de mer, le groupe plonge dans des souvenirs inoubliables, renforcés par les rencontres avec Malia et ses amies. Mais dans cette ambiance enivrante, les désirs et les tensions se mêlent, les histoires d'amour naissent et s'éteignent au gré des vagues, et chaque moment devient une question de fidélité, de rêves et d'avenir.

Chapitre 1 Chapitre 1

Gaël Chrom n'avait pas franchement l'air frais ce matin-là, affalé sur le canapé d'un salon qui faisait aussi office de chambre. La veille, il avait fêté ses vingt-six ans avec Loris, son ami d'enfance, dans un bar animé de Bruges, non loin du restaurant où il bossait depuis deux ans. Un sourire fatigué se dessina sur son visage en repensant aux défis improbables de la soirée, où Loris, un brin éméché, s'était mis en tête de séduire une Espagnole qui ne parlait pas un mot de français. Sans grand succès.

Gaël savait bien qu'ils excellaient davantage dans l'art de descendre des verres que dans celui des conquêtes.

Son regard s'attarda sur le désordre ambiant de son petit studio. Des vêtements traînaient sur le carrelage, propres et sales mélangés. À côté d'une manette de PlayStation déchargée, des canettes et bouteilles vides jonchaient le sol. Le ventilateur, fidèle compagnon des étés étouffants, faisait bruisser les papiers éparpillés un peu partout. Gaël, en caleçon noir, fixait une aspirine en train de se dissoudre dans son verre. Il la but d'une traite, grimaçant.

« Eh ben, c'est infect », marmonna-t-il pour lui-même. Les yeux bouffis et la peau pâle, il n'avait vraiment rien de très reluisant, lui qui impressionnait souvent par son énergie en cuisine. Des mèches blondes et ébouriffées encadraient son visage marqué par une nuit mouvementée.

L'horloge murale – une trouvaille d'occasion sur Leboncoin – affichait quatorze heures. Gaël attrapa la télécommande et alluma la télé, laissant les informations remplir le silence. Un scandale politique faisait la une : l'épouse d'un ministre avait été prise en flagrant délit d'infidélité avec un élu de l'opposition. Sur les images en boucle, une journaliste excitée détaillait la scène devant la Tour Eiffel, persuadée qu'elle tenait là une histoire qui passionnerait la moitié des téléspectateurs français.

Après un moment, Gaël se traîna vers la petite cuisine attenante au salon, où s'empilaient la vaisselle de la veille et les restes d'un repas, abandonnés près de l'évier jauni. * »Je ferai ça demain... »* pensa-t-il. La procrastination, c'était son talent caché.

Il s'apprêtait à ouvrir le frigo lorsqu'un son familier résonna dans la pièce. Son portable vibrait sur le canapé. Le nom de Loris s'affichait sur l'écran. Gaël répondit, la voix encore ensommeillée :

– Hé, mec, ça va ?

– Salut Gaël ! Bien dormi ? Moi, je te raconte pas, la tête dans le brouillard... On n'a plus vingt ans !

– J'ai survécu, je pense, répondit Gaël, à moitié amusé.

Loris, jamais en panne d'idées, avait un plan.

– T'as déjà mangé ?

– Non, mais je devine ce que tu vas dire...

– Do'Mac ?...

Ils se retrouvèrent donc une heure plus tard devant les arches dorées du célèbre fast-food. Après une douche et un rapide coup de rangement, Gaël salua son ami en plaisantant :

– Si mon patron me voyait manger ça, il me mettrait dehors direct !

Loris éclata de rire.

– On sait que c'est pas bon, mais c'est notre péché mignon, non ?

Loris était plus grand, les cheveux bruns coupés court, avec deux yeux noisette au regard perçant. Passionné de rugby, il jouait pour le club de Langon et portait les marques de son sport : un nez fracturé à trois reprises, des oreilles un peu amochées, et une stature robuste héritée de ses ancêtres landais.

– Et ce soir, tu bosses ? demanda-t-il tout en récupérant sa commande.

– Non, j'ai eu droit à ma journée ! Je savais que ce matin serait... difficile.

Loris, mécanicien à Mérignac sous la direction d'un patron russe intransigeant, répondit en haussant les épaules :

– T'as de la chance ! Moi, même avec trois grammes dans le sang, il m'aurait fait venir.

– Normal, avec un boss façon Poutine... Mon chef est plutôt cool, et l'équipe est au top. Avec un peu de chance, je vais signer un CDI et peut-être monter en grade bientôt, passa du statut de commis à celui de second.

Ce projet était ambitieux pour Gaël, encore en CDD. Pourtant, son sérieux et son engagement avaient convaincu son supérieur de lui offrir cette opportunité.

– Tu le mérites, poulet ! répondit Loris avec un sourire sincère.

Avec une moue amusée, il déclara, en désignant son hamburger :

– Voici une « pièce de bœuf d'exception », délicatement posée sur un lit de laitue fraîche, accompagnée de sa sauce spéciale !

– Ah là là, t'es vraiment un idiot ! lança Gaël, en croquant dans son burger.

Alors, comment va ton espagnol, au fait ?

– Ah, très drôle ! J'étais à deux doigts de conclure, j'te signale. Pas ma faute si *La Macarena* c'est pas assez pour emballer une Espagnole !

Gaël éclata de rire. Loris n'était jamais à court d'excuses. Puis, d'un coup, son visage s'illumina :

– Au fait, prépare-toi pour vendredi. C'est le départ en vacances, et cette fois, pas besoin de parler espagnol à Arcachon !

– T'as remercié ta tante pour nous prêter sa maison, au moins ?

– Bien sûr ! Elle est trop cool.

La fameuse maison de vacances appartenait à la tante de Loris, une demeure splendide face à l'océan, presque comme dans un film. Elle passait chaque été à Marseille, laissant sa villa à Loris et ses amis. Ils avaient prévu de passer quinze jours à se détendre, de longues soirées d'été en perspective.

Gaël laissa échapper un soupir de contentement.

– J'attends ces vacances depuis des mois. Et après, on aura Menon... ça promet d'être une sacrée aventure, tout ça.

Les « Fêtes de Menon », c'était le cœur vibrant d'un vieux quartier de Landiras, un paisible village de Gironde. Chaque année, sans faute depuis 1906, les 14 et 15 août, le quartier s'animait de ferias, où de joyeux Gaulois vêtus de jaune et bleu célébraient la tradition avec ferveur. Pendant trois jours, musique, danse, pétanque, repas champêtres, fanfare, forains et bénévoles rythmaient un marathon festif qui se concluait par un somptueux feu d'artifice. Gaël et Loris, fidèles à cette fête depuis toujours, y tenaient bénévolement un stand de repas, un rôle qu'ils ne manqueraient pour rien au monde. Pour eux, c'était bien plus qu'une fête ; c'était une immense réunion de famille où chaque visage était connu et chaque main chaleureusement serrée.

– Cette année, on va encore prendre une caisse monumentale ! affirma Loris avec excitation.

– Oui, mais pas avant ni pendant le service, sinon les anciens Gaulois vont nous fusiller, répondit Gaël en riant. D'abord le boulot, puis les folies ! T'as pas oublié comment Cédric avait fini dans les buissons l'an dernier ?

Chapitre 2 Chapitre 2

Les anciens Gaulois, c'était comme ça que Gaël surnommait les bénévoles d'âge mûr, ceux qui portaient la fête de Menon depuis des décennies, bien avant même que lui et Loris soient nés. Gaël avait une grande estime pour cette cinquantaine de volontaires qui, chaque année, enfilaient les couleurs de la fête avec une fierté contagieuse. Même s'il ne les croisait qu'une fois par an à cette occasion, il leur portait tous une affection particulière.

Quitter le village n'avait pas été simple pour ces « enfants du pays » ; il leur avait fallu du courage pour se détacher du cocon de Landiras, là où ils avaient grandi et vécu tant de souvenirs. Mais leurs familles, leurs études, puis leur vie professionnelle les avaient poussés à élargir leur horizon. Tous deux savaient que pour évoluer, il fallait parfois s'éloigner, affronter le monde extérieur et espérer revenir un jour, plus accomplis.

– Au fait, t'as des nouvelles de Cédric ? lança Loris.

– Oui, il a réussi à se libérer pour passer le week-end avec nous à Arcachon. Ça faisait un bail qu'on l'avait pas vu !

Cédric Langlet, le plus costaud de leurs amis, était pompier à Cabanac, dans une caserne au sud de la Gironde. Contrairement à eux, il n'avait jamais quitté le village et vivait encore chez ses parents. Mais il avait eu le feu vert pour se joindre à eux ce week-end.

– Super nouvelle ! s'exclama Loris, ravi. Et l'autre fois, il est parti en douce rejoindre sa copine. Paraît même qu'il est plus avec maintenant !

– On lui demandera, dit Gaël en haussant les épaules.

– Et on le couchera à l'apéro ! s'écria Loris en riant.

Après ce déjeuner animé, les deux amis prirent congé et la semaine défila sans qu'ils s'en rendent compte, jusqu'à ce fameux vendredi.

Ce jour-là, l'appartement de Gaël, d'ordinaire un peu en désordre, était exceptionnellement bien rangé. Il avait fait un effort, conscient qu'il se sentirait mieux au retour de ses deux semaines de vacances si son studio était en ordre. Cédric l'avait appelé la veille pour lui demander si Sacha pouvait se joindre à eux. Loris ayant donné son feu vert, Gaël avait répondu positivement par SMS. Sacha Borlinet, un ami de Landiras, vivait également chez ses parents. Âgé de vingt-et-un ans, il poursuivait des études de psychologie à la faculté « Victor Segalen », en plein centre de Bruges. Gaël ne se souvenait plus s'il était en troisième ou quatrième année, mais il se réjouissait d'avance de sa présence pour animer les discussions tardives du week-end, quand la nuit tombe et que les conversations prennent une autre dimension. En raison de finances serrées, Sacha faisait chaque jour les quatre-vingts kilomètres entre Landiras et Bruges dans sa vieille Fiat Panda. Pour lui, il était bien plus économique de rester chez ses parents que d'essayer de trouver un logement à Bruges, où la crise de l'immobilier compliquait la vie des étudiants de familles modestes. Sacha, brillant et passionné par la nature, aimait se détendre occasionnellement avec un joint qui l'aidait à voyager intérieurement. La perspective de sa venue réjouissait Gaël, qui se leva d'un bond ce matin-là.

« Dernier jour de boulot », pensa-t-il, pour se motiver.

Un coup d'œil rapide sur BFM le renseigna sur les dernières nouvelles : un ministre scandaleusement cocufié avait mis fin à ses jours. Gaël se détourna de la télé et se dirigea comme à son habitude vers la cafetière. Il remplit la Senseo d'eau, glissa une dosette, et attendit l'invite de la machine pour appuyer sur le bouton. Armé de sa clope, de son briquet et de sa tasse de café fumant, il sortit sur son minuscule balcon, où une plante morte depuis un moment et un cendrier l'accompagnaient. Un regard coupable se posa sur la plante défunte ; il savait dès le départ qu'il n'était pas fait pour s'occuper de cette verdure. Ce n'était pas faute d'avoir essayé, mais il n'était déjà pas assez rigoureux avec lui-même, alors une plante...

Une taffe.

*Il faudra que je reste concentré aujourd'hui*, pensa-t-il.

Deux taffes.

*Ils m'ont dit qu'on accueillait un client important pour le déjeuner au resto.*

La fumée de la cigarette dansait dans l'air léger de ce matin encore calme. Il but une première gorgée de café, encore trop chaud pour être appréciée.

Trois taffes.

*Désolé, petite plante...*

Machinalement, il termina sa clope en une dizaine de taffes et l'écrasa dans le cendrier.

*Et penser à racheter des clopes,* se dit-il en soufflant un dernier nuage de fumée.

Il ne prit pas la peine de manger et fila à la douche avant de passer son uniforme du jour. En vérifiant son téléphone, il réalisa qu'il allait être juste sur l'horaire. Il saisit son sac et son uniforme, et se précipita hors de l'appartement. Gaël détestait être en retard au travail, même s'il ne voyait aucun problème à faire poireauter ses amis. Le seul souci, c'est que dormir était presque une passion pour lui, juste après la cuisine. Alors, chaque matin, il calculait au plus près l'heure de son réveil, grignotant chaque minute jusqu'à ce qu'il soit pratiquement trop tard.

8h27. Il était finalement en avance de trois minutes lorsqu'il atteignit le restaurant.

– Bien joué, Gaël ! se félicita-t-il en s'essuyant le front. Un coup de pédale intense, mais il avait réussi.

Son chef, Arnaud Etchegoyen, l'accueillit avec un sourire et une liste d'instructions. Gaël vénérait ce chef étoilé qui l'avait pris sous son aile et lui enseignait les secrets d'une cuisine exigeante.

– Va falloir découper ces cinq kilos d'oignons, lui dit Etchegoyen avec son habituel air impassible. Après, tu te chargeras des canards fraîchement arrivés de Saint-Vincent-de-Tyrosse. Manie-les avec soin, c'est de la superbe qualité !

Sans rechigner, Gaël hocha la tête et se mit au travail.

– Et quand t'auras fini, je te montre la recette secrète du magret sauce d'Espelette de mon grand-père, ajouta le chef.

Chapitre 3 Chapitre 3

La table en bois massive attendait Arnaud, chef aux épaules larges et à la voix grave, qui s'avançait vers elle d'un pas sûr. Là, sur la surface impeccable, luisait une rangée de piments rouges éclatants, quelques pots de crème de la ferme de Peyrehorade et des condiments parfumés. Gaël, en pleine préparation, jeta un coup d'œil vers son mentor. Ce type était une légende vivante, travaillant avec une précision implacable, dans un calme presque inquiétant.

Gaël ne pouvait s'empêcher d'admirer la façon dont il manœuvrait ses couteaux comme un maestro, comme s'il pouvait préparer toute une sauce les yeux fermés.

« Comment il fait ça ? » pensa Gaël en s'essuyant les yeux, irrités par les vapeurs d'oignon qui montaient à chaque découpe.

Après deux heures de travail intense, Gaël avait fini sans une égratignure, ses mains intactes malgré la découpe exigeante de dizaines de canards landais. Loris, son ami, en aurait été impressionné. Juste avant midi, l'équipe s'assembla autour d'Arnaud qui, de sa voix autoritaire, lança les consignes à la dizaine de membres de la brigade :

– Bien, le service approche. Blasquez, Ernst et Polsen, vous vous chargez de la lotte et des Saint-Jacques. Pas trop de safran ! Garnier et Guimard, riz et légumes : je les veux croquants ! Thomas, Reage et Faubert, occupez-vous des entrées. Pour le carpaccio exotique, oubliez, notre pêcheur a fait chou blanc ce matin. Brenache, les desserts sont pour toi ; si t'es dans le jus, appelle Polsen. Quant à toi, Chrom, tu es avec moi pour le canard et les ris de veau.

Gaël retint un sourire. Il avait attendu ce moment toute la semaine : cuisiner directement aux côtés du chef. Une preuve de confiance, mais aussi une sacrée responsabilité.

– Et avant que vous vous lanciez, ajouta Arnaud en croisant les bras, souvenez-vous : peu importe que ce soit pour les papilles de Monsieur Luchini. La famille qui économise toute l'année pour s'offrir un repas ici mérite la même attention. Faites votre travail, comme d'habitude. C'est parti !

Leur « Oui, chef ! » collectif résonna en cuisine, et chacun s'installa à son poste. Gaël, concentré, suivait le rythme imposé par son mentor. Juste avant de partir en vacances, le chef lui dévoila les secrets d'une sauce d'Espelette, la recette bien gardée de sa famille. Ce plat de canard s'enrichissait d'un goût profond qui faisait exploser les papilles des clients ; les assiettes revenaient en cuisine vides, témoin du plaisir des convives ce jour-là.

À la fin du service, aux alentours de quinze heures, Arnaud s'approcha de lui et lâcha, avec un rare sourire d'approbation :

– Beau travail, Gaël. Tu peux y aller, va prendre un peu de repos bien mérité.

– Merci, chef, mais il reste la plonge, répondit Gaël en hésitant.

– Brenache s'est planté sur la cuisson d'un fondant ; il s'en occupera, dit Arnaud.

Gaël hocha la tête en signe de remerciement et s'apprêta à quitter la cuisine lorsque son mentor l'interpela.

– Attends une seconde, Gaël. Luchini était d'humeur particulièrement bavarde ce midi, et il n'a cessé de vanter notre cuisine. Il a laissé cette enveloppe pour moi.

Gaël vit alors Arnaud lui tendre une enveloppe blanche.

– C'est pour moi ? balbutia-t-il, surpris.

– À l'origine, non, mais je pense deviner ce qu'elle contient. Aujourd'hui, tu as prouvé que tu pouvais être un excellent second. Considère cela comme une prime pour le voyage... Et dès ton retour, tu n'auras plus à porter la tenue de commis : je t'installe comme second. Le CDI est pour toi.

Gaël resta figé, ému, tandis que le chef, avec un sourire paternaliste, le laissa sortir.

De retour chez lui, la tête encore dans les nuages, il enfourcha son vélo d'une main, l'enveloppe dans l'autre. En route vers chez lui, il fit un détour par le bureau de tabac, achetant deux paquets de cigarettes en pensant : « 15,80 €... une fortune ! » Mais ce soir, rien ne pouvait le déranger.

Dès son arrivée chez lui, Gaël saisit son téléphone et appela Loris :

– Gros, tu sais quoi ? On va arroser ça ce soir, je suis pris comme second de cuisine ! Et avec un CDI !

– Ah, apéro ce soir alors ! Bien joué, frérot ! Je suis sur le départ. Je passe te récupérer, et on file directement chez ma tante !

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