POV Angie
Je suis assise dans ce bar depuis au moins une heure. Une heure à regarder mon verre toujours plein de ce liquide ambrée comme si il pouvait m'apporter une quelconque réponse. Je soupire pour la centième fois de la soirée. Je ne dois pas, je ne devrais pas. Je le sais mais j'ai si mal qu'une part de moi se dit qu'une fois que mes lèvres auront juste effleurer ce liquide, mes problèmes commenceront déjà à s'éloigner.
C'est complètement con, je le sais, d'ailleurs je n'ai même pas pris la peine de mettre du fond de teint sur la marque qui doit déjà commencer à se teinter autours de mon œil. Je ne veux pas faire semblant, pas maintenant et de toute façon, dans la société actuelle, ça ne change rien. Absolument rien. Personne ne verra cette trace et si quelqu'un la voit, il fera comme si elle n'existait pas. Tout le monde se fou de ce qui peut arriver aux autres tant que lui même continue de survivre.
Comme ce barman, il se moque que je boive jusqu'à outrance finissant par rentrer avec un mec louche qui pourrait même me tuer dans le pire des cas. Tant qu'il encaisse l'argent, tant que je continue de consommer et que son patron voit les profits s'ajouter au malheur des autres.
Mon doigt passe sur le contours de mon verre. J'en ai envie, vraiment envie et quand mon portable vibre dans ma poche, je ferme les yeux en laissant une larme couler. Je n'ai pas besoin de le prendre. Pas besoin de le regarder, je sais déjà et au même moment, j'attrape mon verre pour le porter à mes lèvres avant d'en avaler une grande gorgée. Aussitôt, le liquide brûlant glisse dans ma gorge en éveillant soudain de vielles sensations. Je sais que je ne vais pas m'arrêter là et que de toute façon, tout le monde s'en fou. Personne ne va venir me sauver de cet enfer. Personne ne viendra à mon secours.
- J'ai cru que j'allais finir par vider ton verre dans l'évier, dit soudain le barman en s'approchant de moi.
- Je crois plutôt que je vais en commander un deuxième, dis-je d'une voix morne.
- Ça marche. Je te prépare ça.
Bien sûr qu'il va le faire, tant que je paye ce que je consomme, il se fou de la quantité, il se moque du nombre de verres que je peux descendre. Mon portable vibre à nouveau et j'avale une nouvelle gorgée avant de poser ma tête sur mes bras sur le comptoir du bar. Je sors mon portable de ma poche et le pose à côté de moi. Cet objet de malheur qui ne me laisse jamais en paix, il ne fait qu'étendre ma prison un peu plus loin, sur un territoire un peu plus étendu. Je soupire une nouvelle fois. Mon œil me fait mal, demain il sera sûrement plus foncé qu'il ne l'est maintenant.
Je pourrais toujours me dire que si je le voulais, je pourrais partir, tourner la page, recommencer. Mais à quoi bon. Il me retrouvera. Il me ramènera chez lui. Et comme à chaque fois, il s'excusera rapidement avant de recommencer, avant de faire de moi sa chose, avant de me soumettre à sa volonté pour me faire toujours plus de mal. Il ne m'aime pas, il ne m'a même jamais aimé, je ne suis pour lui qu'un trophée qu'il peut arborer, surtout avec une bonne couche de maquillage pour couvrir les traces de ces excès de rages, de jalousie irrationnel.
Comment peut il croire que je vois quelqu'un d'autre alors que je ne suis même pas maître de ma propre vie. Je ne peux rien faire, j'ai perdu ma liberté il y a longtemps. Mon deuxième verre arrive. Je glisse un billet en guise de paiement sans même relever la tête et vois mon portable s'illuminer à nouveau. Il va commencer à perdre patiente en voyant que je ne lui réponds pas. En réalisant qu'une fois loin de lui, je suis capable de faire mes propres choix.
Je laisse mes larmes couler sans retenues, de toute façon, personne ne les verra et j'attrape mon verre avant de le vider d'une traite.
- Un autre, dis-je sans me soucier de savoir si le barman me regarde.
Je ne cherche même pas à essuyer mes larmes. Comment ai-je pu en arriver là ? Pour me sentir si misérable, si malheureuse que j'en viens à étancher ma douleur dans un verre de rhum en priant pour qu'il me permette d'oublier.
Une mèche de mes cheveux blonds vient barrer mon regard qui ne voit le monde qu'à travers ce verre vide. Je ne la remets pas en place, ça ne sert à rien et quand une voix m'interpelle derrière moi, je ne lui réponds même pas. Je soupire en réalisant cette vérité que je ne connais que trop bien. Les hommes ne veulent que deux choses de moi, me baiser ou me cogner. Je ferme les yeux en entendant le son du verre qui claque contre le comptoir. Je sors un billet de ma poche et le tends. Le barman s'en saisit rapidement. Je viens de dépasser la limite pour pouvoir reprendre le volant, malgré ça, il ne m'a rien demandé, il n'a posé aucune question sur mon moyen de transport. Ce qui ne fait que confirmer ce que je pense. Il ne souhaite que mon pognon. Je pourrais bien crever ici même, personne ne prendrait la peine de se retourner.
La musique se fait plus forte après un certain temps. Je suppose que la soirée bat son plein et moi je suis étrangère à tout ça tant mon regard reste figé sur ce petit appareil qui régit ma vie. Il clignote, alterne entre textos, appels, messages privés sur les divers réseaux sociaux. Il a infiltré toute ma vie sans que je ne fasse rien pour l'en empêcher. Comme une araignée qui tisse lentement sa toile autours de sa proie afin de parvenir à l'emprisonner, afin de la garder à sa merci sans qu'elle ne puisse se dégager de cette emprise.
Je sens à peine mon corps qui commence à se laisser griser par l'alcool, quand une nouvelle voix m'interpelle.
- Mademoiselle. Mademoiselle, répète t-il un peu plus fort.
Je ne veux pas lui répondre, je ne veux pas parler à un homme, j'aimerais simplement qu'ils n'existent pas. Sa main se pose sur mon épaule, chaude, presque rassurante, du moins c'est ce qui me traverse l'esprit en premier lieux avant que je ne la repousse violemment. Je ne veux pas qu'on me touche. Je veux qu'on me laisse seule, continuant à pleurer sur tout ce qui reste de ma vie. Car je vais y retourner, à un moment ou un autre. Je le sais, je ne supporterais pas d'être pisté, d'être toujours sur mes gardes alors qu'il fera tout pour me retrouver, qu'il fera tout pour me replacer là ou il pense être ma place, à ces pieds, à poil, prête à le servir et à écarter les cuisses selon son bon vouloir, acceptant les coups qui ne servent qu'à le défouler et accueillant sa semence en poussant des pseudos cris de plaisir. C'est tout ce qu'il attend, tout ce qu'il désire et moi je n'ai plus le choix, je dois accepter ou en mourir, car si je fuis, c'est la seule solution qu'il me reste.
- Je ne veux pas vous importuner, continue cette voix. Mais vous ne me semblez pas aller bien et je me suis dis que vous auriez peut être envie de parler.
Je soupire alors que dans ma tête quand il dit parler, ça signifie surtout qu'il veut m'emmener dans son lit.
- T'as aucune chance d'y parvenir, dis-je en avalant une nouvelle gorgée. Alors barres toi maintenant. Casses toi avant qu'il me retrouve et que tu en payes le prix. Un autre, dis-je un peu plus fort en posant mon verre vide sur le comptoir.
Encore une fois, pas un seul message d'avertissement, rien. Rien d'autre que le bruit du tiroir caisse qui s'ouvre et se referme. Le prix du capitalisme. Consommer toujours et encore. Continuer, jusqu'à l'outrance, tant que sa remplit les poches de quelqu'un.
- Merci de vous inquiéter pour moi, mais ne vous en faîtes pas, j'assume toujours mes actes et je crois être capable de voir quand une femme est si malheureuse qu'elle enchaîne les verres en regardant son portable qui ne cesse de sonner. Sans compter que vous seriez encore plus belle si aucune marque n'était venue se poser sur votre visage, dit-il en s'approchant.
- Un objet n'est magnifique que dans les yeux de celui qui le regarde, le reste du temps, il n'existe pas, il se contente d'attendre que quelqu'un daigne réaliser qu'il a encore une utilité.
-Je trouve cette façon de voir bien triste, ajoute t-il en tirant une chaise à mes côtés.
Voilà, on y arrive. Il va me faire son numéro de charme et attendre que je tombe dans ces bras comme si j'y étais destiné.
- Tu ne me baiseras pas, alors barres toi, tu perds ton temps et le mien au passage.
- Te baiser ? Moi ? Tu te trompes. Je ne baise pas comme tu dis. Si une femme entre dans mon lit c'est qu'elle le souhaite vraiment et là je ne la baise pas, je lui donne autant que je peux prendre. Je fais en sorte qu'elle soit la plus satisfaite possible. Mais bon, passons, là n'est pas le sujet. Je ne veux pas te baiser, j'ai juste vue que tu étais malheureuse et je me suis dis que peut être tu aimerais une oreille compatissante.
- Hé bien c'est gentil mais non, ça va. Je vais très bien. Alors rentres chez toi, vas trouver une autre nana, fais ce que tu veux mais part.
J'entends qu'il ne bouge pas plus qu'il ne me répond. J'ai pourtant été claire et au moment ou un nouveau verre se pose devant moi et que je m'apprête à m'en saisir, mon geste est stoppé par une main chaude et puissante.
- Je crois que tu as assez bu.
J'ouvre soudain les yeux et découvre un homme magnifique, un homme que je croirais tout droit sortit de l'imagination d'un auteur de roman à l'eau de rose. Un brun aux yeux presque noir, un bon mètre quatre vingt, musclé, habillé avec élégance à se demander ce qu'il fait dans un endroit pareil. En regardant autours de moi, je vois que plus de la moitié des nanas de la salle ont le regard posé sur lui et je soupire un peu plus fort avant de lui dire.
- T'as qu'à tourner la tête pour avoir la fille que tu veux. Vas chasser ailleurs. Tu n'auras rien de moi.
C'est étrange, j'ai presque l'impression de voir quelque chose au fond de son regard, une pointe de tristesse, quelque chose qui passe si rapidement que je ne suis pas sûr de ce que j'ai vue. Et puis il faut dire que j'ai déjà pas mal bu, je ne suis pas au meilleur de ma forme.
- Si je voulais baiser, dit-il en buvant mon verre, c'est ce que je ferais, si je souhaitais vraiment ça, est-ce que je serais en train de parler avec la seule femme qui ne m'a pas regardé depuis que je suis entrée?
- Qu'importe si tu te prends juste pour un sauveur au grand cœur. Il n'y a plus rien à sauver. Plus rien à voir. Cette marque que tu as soulignée n'est rien, ce qu'il y a au fond de moi est plus sombre, bien plus sombre. Je suis déjà perdue, je le sais depuis longtemps.
- Il y a toujours une étincelle, dit-il alors que je vois le regard du barman changer. Il suffit de regarder droit devant pour l'apercevoir. Rien n'est jamais perdu. Il n'y a que dans l'obscurité que la nuit peut révéler tout son éclats.
Je tourne la tête dans la direction opposée et le vois, lui son bras droit. Celui qui n'hésite pas à me cogner autant que lui dés que j'ose défier son autorité. À son sourire malveillant, je sais déjà ce qu'il va suivre. Je vais regretter ma fuite, mon escapade et mon entêtement à tout noyer dans l'alcool. Je ferme les yeux en grimaçant. Je ne pourrais pas aller travailler durant plusieurs jours. Je ne sais pas lequel va se déchaîner le plus mais je sais que le résultat n'aura rien de beau à voir.
Je cherche à me lever alors que mon corps se met à trembler.
- Rien ne vous oblige à y aller, me dit cet homme.
- J'aimerais qu'il en soit ainsi mais en fait c'est tout l'inverse. Tout me pousse à y retourner. Je ne suis qu'une prisonnière que l'on expose derrière des barreaux dorés. Une prisonnière grâce à qui une autre personne, elle, peut vivre librement.
C'est sûrement à cause de l'alcool que je lui en ai tant dis et je m'avance vers mon destin, je m'avance vers cette souffrance qui est la mienne.
- Allez viens pétasse, je te ramène à ton maître. Je suis sûr qu'il sera quoi faire de toi et au pire, si il manque de créativité, tu peux me croire, je serais lui souffler quelques idées.
Je ferme les yeux en me mordant la lèvre. Certains dirait que j'aurais du fuir bien plus loin, que j'aurais du simplement partir sans me retourner, mais c'est les même qui ne savent pas, qui ne comprennent pas que les apparences sont bien souvent trompeuses. Et j'avance, un pas après l'autre, profitant de ces dernières secondes ou la douleur ne sera pas non unique mantras pour un long moment.
Qu'importe le rôle qu'il me donne, je n'en reste pas moins une esclave, une contre partie afin d'obtenir un plus haut statut.
- J'arrive connard, dis-je en sachant que je finirai par le regretter sans pour autant lui donner la satisfaction de crier.
Depuis le temps, j'ai appris à ne plus hurler, j'ai appris à ne plus rien ressentir, à croire que je suis morte il y a bien longtemps de ça et que je ne suis plus qu'un corps qu'on utilise quand on en a envie.
- Je vais adorer ce qu'il va suivre, dit-il en passant rapidement sa main sur son jean.
Même ça, ça ne me fait plus rien. Ils l'ont tellement fait, à de si nombreuses reprises que c'est comme si mon esprit quittait mon corps. Je ne suis plus qu'un morceau de chaire qui ne réagit même plus, qui attend que ça passe en regardant le plafond.
Je soupire un peu plus et me retourne vers le barman avant de lui demander un dernier verre et alors je regarde ce mec trop beau pour être vrai pour lui dire.
- Tu peux me croire, celui là je vais en avoir besoin, dis-je en l'avalant d'une traite.
- Je peux t'aider, répond t-il alors que son regard s'assombrit un peu plus. Je ne peux pas te laisser partir comme ça.
- Tu ne peux rien pour moi. J'ai passé un pacte avec le diable et maintenant je ne suis plus que sa chose, sa traînée quand il le souhaite, son défouloir quand il en a besoin. Ne me plains pas, je ne le fais pas. On fait tous nos choix et j'ai fais celui là.
Il émet un son étrange qui me fait vibrer de l'intérieur. Je suis surprise de ressentir ça, à vrai dire, je suis surprise d'être encore capable de ressentir quelque chose.
- Magnes ton cul, il n'aime pas attendre et tu le sais, alors que moi, je préfère prendre mon temps.
J'aimerais le croire, penser qu'on puisse vraiment me sauver, mais si je me laisse aller à ce genre de sentiment alors je la condamne. Et ça, ça ne peut pas arriver.
- Tu n'as aucune idée de ce que je peux faire, dit-il en attrapant ma main.
Je me surprends à lui répondre par un sourire. Je vois bien qu'il semble sincère mais il n'a aucune idée de l'identité de mon bourreau et si je venais à accepter son aide, il finirait par le payer lui aussi. Je souffle un bon cou avant de me retourner vers son bras droit et m'avance vers lui d'un pas légèrement chancelant.
Les hommes de mains qui l'accompagnent n'ont aucune pitié pour moi et se contentent de sourire en sachant pertinemment que je vais passer un sale quart d'heure. J'arrive enfin jusqu'à lui qui se saisit de mon bras fermement.
- Il va adorer savoir que tu te fais draguer par des inconnus dans un bar.
- Arrêtes tes conneries, dis-je en tirant sur mon bras. T'as vu l'état dans lequel je suis. Tu crois vraiment qu'un homme pourrait s'intéresser à moi ?
- Tu restes baisable, ajoute t-il avec un sourire pervers. Et je suis sûr qu'il pensera la même chose que moi.
- Un jour, vous finirez par aller trop loin et alors, je serais à nouveau libre, dis-je en souriant à mon tour.
- On est pas des animaux, on ne t'abîmera pas plus que nécessaire et de toute façon, ça n'est pas à souhaiter. Penses à ta charmante petite sœur, d'ici quelques années, si tu n'es plus là, elle sera en âge de prendre ta place. À près tout, plus elle sera jeune, plus elle s'adaptera facilement. On ne parvient à dresser convenablement une chienne que lorsqu'on l'a dès son plus jeune âge, ajoute t-il sans me quitter des yeux.
Il a raison, je ne suis même pas libre de mourir, je n'ai plus qu'à le suivre et à retourner à mon triste destin. Il me tire par le bras et me force à avancer. Mes pas le suivent sans même que je ne cherche à lutter et nous passons la porte de ce bar. La voiture nous attends, le moteur tourne déjà, le chauffeur n'a pas prit la peine de l'éteindre, il savait que je me rendrais sans lutter.
L'un d'eux ouvre la portière alors que je me vois balancée sur la banquette. Ma tête heurte l'autre porte mais je ne dis rien, je ne bronche pas et me redresse pour m'installer. Mon regard se pose sur l'extérieur, sur cette nuit qui pour certains doit sûrement être magique alors qu'à mes yeux, elle ne fait que me plonger un peu plus dans un enfer perpétuel.
- En route Marcus, dit-il au chauffeur. Le boss attend son jouet avec impatience.
Et Marcus se met à rouler. Je suis entouré d'êtres qui n'ont plus aucune conscience. Chacun de ces hommes sait exactement ce qu'il va m'arriver et pourtant, aucun d'eux ne bougera le moindre petit doigt. Je soupire en posant ma main sur la vitre. J'espère qu'elle est heureuse. J'espère qu'elle profite de sa liberté et de tout les plaisirs que la vie peut lui offrir et surtout, j'espère qu'elle ne pense plus du tout à moi. Qu'elle m'a oublié afin de pouvoir continuer à avancer.
Les lumières de la ville défilent à mesure que nous approchons du centre et bien que ça soit trop court à mon goût, après presque une heure, nous arrivons à destination. Je lève les yeux sur cette immense tour qui en fait rêver plus d'un et détache ma ceinture en reconnaissant mon cachot. Marcus descend et vient m'ouvrir la porte comme si j'avais une quelconque importance et je descends lentement vite rejointe par ce bras droit de malheur qui me pousse déjà vers l'intérieur.
Le portier nous salue, ignorant la marque qui orne mon œil et nous entrons dans ce lieux luxueux qui pour moi s'apparente à l'enfer lui même. Je me vois poussée vers l'ascenseur qui s'ouvre rapidement et comme à chaque fois, il appuie sur le bouton du dernier étage. Cette foutue musique se met en route. Je la connais par cœur, à chaque fois elle ne fait que m'annoncer le pire. Pourtant, je ne dis rien, je ne fais aucun geste, je n'émets aucun son, pas même un soupire.
Plus les secondes passent et plus son sourire s'agrandit, il aime se satisfaire de mon malheur, de la souffrance qui sera bientôt mienne et qui fera passer mon œil au beurre noire pour une simple bagarre dans la cours d'école. Les étages défilent, un à un et quand la sonnerie retentit, les portes s'ouvrent pour laisser apparaître notre immense appartement.
Je me souviens la première fois où je suis venue ici. C'était avec mon père, presque dans une autre vie, quand tout allait bien pour moi et qu'un brillant avenir s'offrait à moi. À cette époque, tout était différent. Première héritière d'un grand groupe, mon père faisait tout pour m'apprendre les ficelles du métier sans que je sache qu'il me cachait un lourd secret qui allait finir par bouleverser ma vie.
Quand j'ai rencontré Sam, il n'était qu'un autre PDG avec qui nous faisions affaires. Il avait déjà de l'ambition, tous s'accordaient à dire qu'il irait loin très loin. Tous le pensaient mais aucun ne le connaissait vraiment. À cette époque, il portait un masque qui cachait la laideur de son âme, un masque qui l'aidait à mettre en confiance les autres. Il essayait déjà de me courtiser, sachant pertinemment qu'il serait plus que gagnant d'une union entre nos groupes, mais moi, ça ne m'intéressait pas. Moi, je ne souhaitais pas m'enfermer dans une relation basée uniquement sur l'argent.
Je me rappelle en avoir longuement parlé avec mon père qui m'a toujours laissé faire mes propres choix et il m'a expliqué que bien que ça soit le premier, ça ne serait sûrement pas le dernier qui chercherait à profiter de moi et de ma position. J'ai presque l'impression que tout ça s'est passé il y a des siècles, quand je savais encore ce que ça voulait dire de sourire sincèrement pas uniquement sur les ordres de Sam.
Dire qu'il y a une époque ou j'ai été impressionné par cette opulence, par cet appartement magnifique. Alors que maintenant, même les dorures ne me font plus rêver. Je m'avance en l'apercevant de dos face à l'immense baie vitré qui donne un point de vue imparable sur l'ensemble de la ville et je me dirige vers lui comme un chien bien dressé qui malgré les coups retourne inlassablement auprès de son maître.
- Merci Taylor, dit-il sans même se retourner. Tu peux disposer.
Je vois son bras se lever et sans même qu'il ne me fasse face, je sais qu'il boit un verre de whisky comme d'habitude. Il fait toujours la même chose quand il croit que je lui échappe, il enchaîne les verres jusqu'à ce que sa rage explose et que je devienne responsable de tout les maux du monde. Taylor s'incline bien que Sam ne le voit pas et me regarde sans se défaire de son sourire sadique avant de quitter la pièce.
- Tu aimes me mettre dans tout mes états, dit-il en se dirigeant vers le bar pour se servir un nouveau verre. Je t'ai envoyé des dizaines de messages, sans parler de mes appels et toi tu m'as ignoré.
- Pourtant, je suis là, comme à chaque fois, dis-je sans crainte de lui répondre.
Je sais déjà ce qu'il va suivre. Après autant de temps, j'ai tout essayé, le silence, la complaisance avant de réaliser que ça ne changeait rien alors je n'hésite plus à lui dire ce que je pense, sauf quand je joue ce rôle pour avoir la paix quelques instants.
- Uniquement par ce que Taylor t'a ramené.
- Tu sais très bien que c'est faux. Je serais revenue, comme toujours. Je n'oublie pas les termes de notre accord, dis-je en allant moi même jusqu'au bar pour me servir un verre que j'avale d'une traite.
- Où étais tu ?
- Dans un bar, comme ton chien de garde a déjà du te le dire. J'ai enchaîné les verres en espérant que je finirais par en oublier mon prénom mais même ça, ça n'a pas suffit.
- Tu étais avec un homme n'est ce pas ? Dit-il d'une voix plus forte.
Et voilà, on y est. Ce mec m'utilise depuis des années, il m'a brisé sans espoir de me voir me relever et pourtant, il pense que je pourrais aller voir un homme. Après ce qu'il me fait subir, après ce que son bras droit me fait subir. Comment peut il penser que je pourrais laisser un homme me toucher.
- Regardes moi au lieu de me tourner le dos. Tu penses vraiment que j'ai envie d'aller m'envoyer en l'aire avec un mec ? Regardes ce que tu as fais de moi et oses me dire qu'un homme pourrait vouloir d'une loque telle que moi.
Il se tourne et vois légèrement surprit que je n'ai pas pris la peine de camoufler les marques qu'il a laissé un peu plus tôt.
- C'est nouveau ça, demande t-il en pointant du doigt mon œil violacé.
- Je crois que tu sais mieux que quiconque ce que c'est.
- Je parle du fait que tu ne l'ais pas caché. On aurait pu te voir. Tu imagines un peu si des journalistes t'avaient prises en photo ? Tu penses un peu à autre chose qu'à ta petite personne.
Je soupire alors que comme toujours, il a l'art et la manière de retourner la situation. Il a juste besoin d'une bonne excuse pour me cogner un peu plus. Une bonne excuse pour se défouler légitimement.
- Personne ne m'a vue. Personne ne me voit jamais.
- Et je suppose que tu aimerais qu'il en soit autrement. Que tu aimerais qu'un homme vienne t'arracher à moi pour te « sauver ».
- Ce que j'aimerais, personne ne pourra me l'apporter, je le sais très bien. Alors vas y. Fais ce que tu as à faire. Tu n'attends que ça de toute façon.
Et la gifle claque ma joue avec une telle force que ma lèvre se fend. Le sang perle déjà, ce goût métallique que je ne connais que trop bien se diffuse sur ma langue. Il projette son verre sur le sol. Les éclats volent dans tout les sens, s'éparpillant sur le sol. Je les suis du regard. Je dois lutter contre mon corps, contre cet instinct de survie qui me hurle de me pencher pour en ramasser un seul morceau et lui planter dans la gorge.
- J'en viens à croire que tu aimes ça, dit-il en détachant sa ceinture sur laquelle il tire. Qu'il n'y a que ça qui te fait vibrer, ajoute t-il en empoignant mon tee-shirt et en me forçant à le regarder.
- Bien sûr, dis-je en crachant presque mes mots. J'ai toujours rêvé d'être unie à un homme qui me cognerait dès qu'il en a envie. D'être avec un homme qui pourrait jouir alors qu'il ne fait que me violer. D'être avec un homme qui bien que jaloux et possessif, n'hésite pas à m'offrir à son chien de garde comme récompense quand il a bien travaillé.
Une nouvelle gifle fuse et cette fois, elle est si forte que j'en tombe sur le sol. Un morceau de verre taillade ma main sans que ça ne me fasse vraiment mal et avant que je ne puisse relever la tête, sa ceinture s'abat sur mon dos, déchirant mon tee-shirt à chacun de ces coups, qui fusent muée par une rage folle. Il crie, hurle des mots que je ne saisis même pas et qui de toute façon n'ont aucune importance. Quand il en aura assez, il finira par lâcher sa ceinture et alors qu'importe mon état, il me prendra à même le sol sans se soucier du nombre de morceaux de verres qui lacéreront ma peau.
Il aimerait une réaction de ma part. Que je pousse des cris de douleurs, que je me mette à pleurer en l'implorant d'arrêter alors qu'au fond de moi, une part de mon être prie pour qu'il aille trop loin, pour que cette fois je ne sois pas en mesure de me relever, pour qu'enfin mon calvaire prenne fin.
Les coups pleuvent. Il décharge toute sa haine, toute sa rage sur moi, même si au fond, je sais que je ne représente qu'un symbole. Qu'au final, il ne voit en moi, que la seule chose qu'il ne pourra jamais réellement posséder. Je n'ai plus peur, j'ai accepté ce sort et pour autant, je ne lui ferais pas le plaisir de répondre à ces attentes.
Le cuir continue de marquer ma peau et comme je le pensais, il finit par s'arrêter. Il passe alors la ceinture autours de mon cou et la serre suffisamment fort pour que ma respiration en soit impactée. J'entends le son de sa fermeture éclaire qui s'ouvre ainsi que le froissement du tissus qui retombe sur le sol. Il s'agenouille derrière moi et retire mon jean sans même que je ne l'en empêche.
Une de ces mains agrippe sauvagement mes cheveux alors qu'il continue de maintenir sa ceinture serrée. Et en une seconde, il décale mon sous vêtement et s'enfonce violemment en moi. Comme à chaque fois, c'est à ce moment précis que mon esprit se dissocie de mon corps et que je ferme les yeux en attendant que ça passe.
Sa respiration s'apparente presque à des grognements de bêtes sauvage, ce qu'il est au plus profond de lui. Il parle, j'entends sa voix mais je ne cherche pas à le comprendre. Il ne dira rien de plus que ce qu'il m'a déjà dit depuis des années. Quand il a finit, il se relève et se rhabille et à l'aide de son pied, me pousse pour me faire rouler sur le dos. Je le regarde sans le voir, étrangère à tout ce qu'il vient de se passer. Ces lèvres se soulèvent dans une grimace de dégoût. Il me hait à un tel point qu'une fois son masque tombé, il ne peut plus le cacher.
Pourtant, comme souvent, il finit par se baisser et aussi surprenant que ça soit, il me prend dans ces bras pour me soulever et m'emmener jusqu'à mon lit où il m'allonge. Il soupire en me regardant et en voyant l'étendu des dégâts qu'il a lui même causé et s'éclipse quelques minutes avant de revenir avec un nécessaire de soin. Là encore, je ne bouge pas, je ne gémis pas de douleur alors qu'il soigne mes divers plaies et quand il a finit de s'occuper de ma lèvre et de mon ventre, il me retourne pour appliquer une pommade sur mon dos.
Quand il a terminé, il remonte les draps sur moi et quitte la chambre en éteignant la lumière, pensant sûrement que je vais finir par m'endormir. Les rideaux sont restés ouverts et dans cette ville qui ne dort jamais, la lumière artificielle parvient jusqu'à ma chambre. Je reste à fixer le plafond encore et encore. Dans quelques instants, mon esprit et mon corps ne feront plus qu'un et alors la douleur fera son apparition.
Ainsi s'achève cette journée. Une journée comme les autres dans cet enfer qui est le mien.
POV Dean
Je n'aurais pas du la laisser partir avec ces gros bras. Je le sais, mais que pouvais je faire en plein milieu de ce bar alors qu'elle était complètement consciente de ce qu'elle faisait. Heureusement pour moi, ces mecs ne sont pas les plus doués qui soit. Ils n'ont même pas remarqué les miens les suivre, noter le numéro de leur plaque d'immatriculation avant de monter dans une voiture pour voir où ils la conduisaient.
Je termine mon verre en me levant après avoir réglé ma note et me dirige vers mon véhicule qui vient de se garer devant la porte du bar. Alors que je m'installe sur la banquette arrière, mon portable sonne et je décroche en espérant avoir les informations que je désire.
- On l'a trouvé, déclare la voix de mon bras droit. Tu ne vas pas aimer ça, ajoute t-il dans un soupire.
- Laisses deux hommes sur place et rejoins moi.
- J'arrive, dit-il en raccrochant.
Il me connaît mieux que personne et si il me dit que je ne vais pas aimer ça, c'est qu'il y a plus que des grandes chances que ça soit le cas. Nous roulons jusqu'à une maison un peu à l'écart de la ville que j'ai acquise il y a peu et lorsque je descends, Matt est déjà là à m'attendre devant la porte. Nous entrons et avant qu'il ne commence, je me serre un verre et m'installe dans mon fauteuil.
- Je t'écoute, dis-je après avoir bu une gorgée.
- Ils l'ont conduite à la grande tour, dit-il en soufflant. J'ai gardé mes distances mais ils l'ont fait monter au dernier étage. D'après ce que j'ai pu voir, le portier la connaît. Sans trop m'avancer, je pense qu'elle vit là bas. Enfin, au vue de la manière dont ils l'ont traité, vivre est peut être un bien grand mot.
C'est à mon tour de soupirer. Je ne m'attendais déjà pas à la trouver là mais encore moins à ce qu'elle vive avec cet enflure. Je termine mon verre d'une traite et m'en sert un nouveau.
- Tu sais comment elle s'appelle ?
- Je n'ai pas vraiment eu le temps de chercher des informations, dit-il, mais je crois qu'il s'agit de l'héritière du groupe de téléphonie Mobicom. Il y a longtemps, il y a eu des rumeurs sur la fusion des deux groupes, depuis, l'héritière n'a presque jamais participé à un gala ou encore à une réunion au sommet et je dois dire que d'après la façon dont il la traite, je pense surtout qu'il ne souhaite que son nom, son argent, sa position. Elle n'est sûrement qu'un trophée qu'il n'exhibe que rarement.
Mes doigts se serrent sur mon verre alors qu'un grognement sort de ma gorge. Je le détestais déjà avant mais maintenant, alors que j'ai vu ce qu'il était capable de lui faire, un sentiment de haine s'empare de moi. Matt se tasse légèrement sur lui en reculant d'un pas. Il n'aime pas me voir comme ça et pourtant, bien que j'avais fais une croix sur cette possibilité, les choses viennent de changer.
- On la place sous surveillance jusqu'à ce que je trouve une solution pour l'approcher, dis-je en buvant une nouvelle gorgée.
- Tu veux dire, une solution diplomatique ?
- C'est ça. Même si j'en crève d'envie, je ne peux pas débouler là bas et la kidnapper. Je n'ai que peux échangé avec elle, mais j'ai cru comprendre que si elle ne fuyait pas c'est qu'il a un moyen de pression. Ce qui au vu du personnage ne m'étonne pas vraiment. Je veux que tu enquêtes sur elle. Sur sa famille, sur cette fusion entre ces groupes et je veux des résultats rapidement.
- Je m'y mets tout de suite, dit-il avant de quitter la pièce.
Je me lève et m'avance jusqu'à la baie vitrée. J'essaye de calmer ma respiration et les tremblements de mon corps mais c'est plus facile à dire qu'à faire car au fond de moi, une graine de haine commence à germer en ne demandant qu'à grandir, qu'à s'épanouir avant d'exploser.