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Un duc à aimer

Un duc à aimer

Auteur:: mevosassandra
Genre: Romance
Dayana est folle de joie quand elle apprend qu'elle va défendre lors d'un procès, le duc Alexeï Kovaleivski placé en garde-à-vue depuis quelques semaines dans la prison de Riverside pour le viol de l'unique fille du célèbre mafieux, Robert Rheda. Elle pourrait enfin régler les nombreuses dettes qui s'étaient accumulées à son compte et qui manquaient de l'ensevelir. Mais la jeune avocate perd très vite ses moyens et déchante face au refus catégorique du duc sexiste de passer un quelconque accord avec elle. Pourtant, elle suit son instinct qui la pousse irrémédiablement vers le milliardaire aux yeux de glace et dont le caractère bien trempé contraste totalement avec sa beauté legendaire....

Chapitre 1 -1-

Le regard perdu dans le vague, Alexeï regardait distraitement les nombreux papillons virevolter dans le ciel par cette saison. Le printemps avait bien débuté et les feuilles désormais rouges, tombaient sans cesse. Ces bestioles avaient comme le don de le calmer et de guérir sa frustration qui ne cessait de grandir de jour en jour. Assis sur le petit lit défait, le dos nonchalamment posé contre le mur au carrelage froid, Alexeï caressait de ses iris gris, la petite pièce qu'il occupait depuis maintenant deux semaines.

Pour un homme de son rang, vivre dans ce petit carré l'horripilait encore que la propreté laissait fortement à désirer. Il repensa à sa propriété pourtant si bien rangée qu'il avait dû délaisser sous contrainte. À cette pensée, il se mordit la lèvre inférieure jusqu'à sentir le liquide rouge au goût métallique envahir ses papilles gustatives. Il ignorait comment une personnalité de son rang avait pu s'enliser à ce point dans une situation aussi désespérée. Lui, le duc de Huntigamm, se retrouvait coincé entre les quatre murs d'une prison qui malgré la beauté de la façade extérieure, demeurait sordide. Pis, il se trouvait qu'il fut entouré depuis le début, d'une bande d'incapables mais surtout incompétente qui n'arrivait toujours pas à lui trouver un avocat. La preuve, ce fut la énième tentative qu'il allait devoir exécuter.

Sa confiance ayant été soumise à rude épreuve, il lui fallait quelqu'un de plus fiable mais surtout discret. Et son frère Dove était tout désigné pour la tâche. Il ne lui avait pas fallut plus de temps que prévu, qu'il avait su répondre à ses désirs qui se faisaient de plus en plus pressants, au fur et à mesure que le temps passait. Son emprisonnement n'était plus à l'insu des gens, amis comme ennemis et sa notoriété avait perdu de sa valeur. La veille, Dove avait pris le soin de le contacter pour l'informer de sa prochaine rencontre avec son nouvel avocat. Dès lors que la nouvelle avait fait écho dans sa tête, il n'avait eu de cesse de penser à sa vie d'homme libre qui reprendrait son cours. De ce fait, ses nuits furent peuplées de rêves tous aussi prometteurs que dangereux. Sa revanche allait être terrible. Mais pour le moment, le long chemin qu'il pratiquerait avec son avocat pour aboutir à sa libération, serait semé d'embûches et d'obstacles en tous genres.

De cela, il en avait conscience. Le duc détourna son regard. Des bruits de pas se firent entendre, sortant le milliardaire de sa torpeur. Puis, de nombreux bruits s'en suivirent. De sa cellule, Alexei pouvait clairement distinguer la voix de ses co-détenus. Mais il détourna le regard, se concentrant de nouveau sur sa contemplation.

- Debout!, hurla un homme en tenue après avoir ouvert la porte de la cellule à la volée, troublant le duc dans sa contemplation.

Il s'agissait du surveillant COLE. Alexei le détailla rapidement. C'était un homme menu. La soixantaine à peine, et malgré sa frêle silhouette, la grosseur de son ventre rivalisait avec son tour de taille, menaçant de faire craquer la chemise bleue à manches courtes qu'il portait. Ses bottes en cuir, entrant en contact avec le sol parfaitement cimenté, donnait lieu à des répercussions sonores plus qu'agaçantes. Alexei souffla. De ce genre de vacarme, il avait l'habitude. Aussi, avait-il appris à faire fi des commentaires plus qu'obscènes ou des ordres insensés, lancés autant par les gardiens de cellules que des détenus à son encontre. Mais bientôt, il n'aurait plus à supporter ces sottises, car le moment était venu pour lui de sortir de cette prison aux tons machiavéliques.

- Vous avez de la visite, compléta-t-il en frappant la porte de sa matraque noire.

Le duc ne se fit pas prier. S'appuyant sur ses deux poings, il se leva du lit défait, mais grimaça de douleur quand il eut statué sur ses deux jambes. Depuis quand était-il resté assis près de la seule fenêtre de cette pièce? Il ne saurait le dire mais ce dont il était au courant, fut que les courbatures se faisaient sentir. Sans ménagement, le surveillant le contourna rapidement pour se positionner dans son dos. Immédiatement, le duc tendit ses poignets puis, il fut menotté. Au clic de la fermeture de l'objet, le surveillant fit pression dans le dos de son prisonnier qui se mit en marche. Malgré la douleur intense qui lui radiait les membres, Alexei poursuivit sa marche, toujours suivit de son tortionnaire jusqu'à la salle d'attente. Dès qu'ils furent entrés, il reconnut rapidement son frère Dove et quand il s'assit toujours menoté, un semblant de sourire se forma sur ses lèvres. Mais ce court moment de bonheur se dissipa à la vue de la jeune femme qui fût assise auprès de son frère. Une colère noire s'emparra de son être quand il comprit, à la vue de ce porte document posé lestement sur la table, que son avocat n'était autre qu'une femme. Que diable avait-il pris à Dove de lui prendre une jeune femme comme défenseur?

- Aurais-tu perdu le peu d'esprit qu'il te restait?, demanda Alexei à l'endroit de son frère dans une langue propre à leur origine.

Choqué, le visage précédemment joyeux de ce dernier, s'assombrit. Il baissa d'abord les yeux puis inspira. Alexei attendait des explications et pas des moindres car à la petite erreur, il pourrait bien finir ses jours au fond d'un ravin.

- Tu n'as pas le choix, Alexei, répondit Dove dans la même langue. Tes comptes bancaires ont été gelés et je n'avais pas le moyen de te prendre un avocat de ce nom. J'ai été obligée de demander des services à cette jeune femme qui a accepté de te défendre. Aucun avocat n'avait envie de te mettre à dos.

Alexei posa ses iris sur la jeune femme. Depuis les quelques mots qu'ils échangeaient, elle était restée docile. Le duc remarqua alors ses cheveux chatins négligemment tressés en une longue queue de cheval ainsi que ses iris de la même couleur. Ses yeux en amande recouverts par de longs cils noirs ainsi que ses lèvres roses et pulpeuses complétaient cette peau métissée et soyeuse qui avait néanmoins très rapidement perdu de sa couleur.

La jeune avocate n'avait rien de commun avec ses bureaucrates classiques adeptes des chignon stricts. Elle avait une quelque attitude décontractée. Alexei ne sut pourquoi, mais dès que son regard se posa sur ses mains fermées en un poings, il devina que la jeune femme était tétanisée. Le duc sourit en son fort intérieur. Ce fut une jeune femme charmante certes, mais ce n'était pas la beauté qui allait l'aider à acquérir sa liberté.

- Pourrez-vous me défendre?, demanda t-il de but en blanc à la jeune femme, délaissant la conversation avec son frère.

La jeune avocate sursauta légèrement. Elle ne s'était pas préparée à ce revirement de situation. Un instant plus tôt, son client discutait en une langue étrangère avec son frère, puis la minute d'après, il la questionnait. Reprenant son courage afin de paraître la plus professionnelle possible, elle darda son regard dans le sien.

- Je... Bonjour...

- Ce n'est pas la peine, maître, coupa Alexei d'une voix qui se voulait rassurante. Vous pouvez retourner d'où vous venez. Gardien!

Et sans plus attendre, elle le vit se lever. Le surveillant qui s'était précédemment retiré, revint dans la pièce pour se saisir du détenu. Sans plus aucun regard, le milliardaire retourna à sa cellule. La jeune avocate baissa la tête de déception.

- Veuillez l'excuser, maître Foster, dit Dove en posant la paume de sa main sur son épaule. Tout est de ma faute. J'aurai dû mieux le préparer à cette rencontre. Je suis désolé. Ce n'est pas facile pour mon frère.

L'avocate hocha la tête. Elle comprenait tout à fait la situation que vivait son client. Cela n'avait jamais été facile pour quelque personnalité que ce soit de se retrouver trempé dans des conflits ou encore derrière les barreaux. Ils se montraient donc insolents voire même désagréables, mais elle avait l'habitude et son mentor l'y avait longtemps préparé durant ses années de stage. Cependant, la tâche ne serait pas facile vu qu'elle aurait à supporter les caprices d'un milliardaire pressé de retrouver sa liberté. Et vu les nombreuses dettes qui manquaient de l'ensevelir, elle n'avait pas d'autre choix que de le forcer d'accepter qu'elle puisse le défendre. Même si ce n'avait été qu'un début, elle eut foi que la fois prochaine, le duc aurait les idées plus claires pour s'entretenir avec elle.

Chapitre 2 -2-

- Vous le savez peut être trop bien. Vous n'êtes pas en mesure de me défendre.

Dayana buvait littéralement les paroles de celui qu'elle croyait être son client. Ses yeux plongèrent dans le regard gris acier de son interlocuteur mais leur intensité la découragèrent de les soutenir. Elle eut du mal à déglutir au fur et à mesure que chacun des mots de cette phrase traversait son espace auditif. Elle se trouvait devant son client, dans l'espoir de le convaincre de lui accorder une chance, même si elle fût infime. Mais elle avait du mal à comprendre que l'humeur de son client ne lui était pas passée. Pourtant, ce matin, elle avait tout mis en œuvre afin que les rapports furent des plus naturellement établis. Elle avait mis une nouvelle eau de toilette et avait même daigné troquer ses sempiternels vêtements contre un tailleur-veste plus sophistiqué. Et cela ne suffisait visiblement toujours pas.

- Pourquoi?, questionna-t-elle. Vous avez entendu votre frère hier. Vos comptes ont été bloqués et sans vouloir me vanter, vous n'avez pas la possibilité de faire plus.

Le duc ne releva pas, se demandant d'abord comment la jeune femme avait été jusqu'à comprendre ce qu'il avait dit à son frère dans sa langue la veille. Mieux, elle se pâmait de connaître ses fonds bancaires. Son ignorance était peut-être plus grande que ce qu'il pensait finalement.

- Qu'est-ce qui vous fait croire cela?, demanda-t-il.

Dayana se tut. Il avait raison. Il ne fallait pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué. Elle avait trop vite avancé les pions et s'était bien trop vite aventurée sur un terrain qu'elle ne maîtrisait pas totalement. Mais seulement, il fallait essayer.

- Je peux vous sortir de ce guêpier, tenta-t-elle. Faites-moi confiance.

- Je vous aurai cru drôle, maître.

- Ne jugez pas sur les apparences. Alexeï fit coïncider son dos avec le dossier froid de la chaise en fer. Il appelait la jeune avocate "maître", en pensant lui restituer le peu de dignité qu'il lui restait. Cependant, il commençait à perdre patience et dans de telles conditions, il se lassait très vite.

- Je me trouve malheureusement dans l'obligation de le faire. Vous faites partie de ces jeunes gens qui n'hésitent pas à boycotter les enseignements de leurs mentors, obnubilés par la forte odeur de l'argent qu'ils pourraient gagner en étant à leur propre compte. Et de ce fait, les cabinets d'avocats poussent tels des petits champignons dans les villes. Ils n'ont malheureusement que peu de compétences, ce dont je ne veux absolument m'accommoder.

Dayana ouvrit les lèvres comme pour prononcer des paroles, mais scella ses lèvres. Que dire face à une telle morale? D'autant plus que cette affirmation s'avère être vraie dans trop bien de cas. D'autre part, elle avait du mal à cerner son client. Éprouvait-il une quelconque satisfaction à rabaisser ses proches? Car oui, elle se sentait humiliée. Une chose était clair, il doutait de ses compétences et sur cela, il n'était pas prêt à changer d'avis.

La jeune avocate se mordit les lèvres. Que lui avait-il donc prit d'accepter la défense de ce client quand son frère lui avait téléphoné tard dans la nuit. N'aurait-elle pas mieux fait d'ignorer les sonneries répétitives voire agaçantes qui ne cessaient de faire vibrer le combiné reposant sur sa table de nuit? Dayana souffla de plus belle. Elle avait la possibilité de tout abandonner et de prendre ses jambes à son cou, face à ce client à la beauté redoutable et qui s'était malheureusement forgé son propre avis. Mais avait-elle seulement le choix? En songeant à ces nombreuses lettres de menaces et factures impayées qui jonchaient sur sa table basse, se retrouvant parfois dans son sac à main, elle se devait d'aller jusqu'au bout. Les clients se faisaient si rare ces derniers temps et il fallait aussi noter qu'elle n'était pas aussi célèbre qu'elle l'aurait voulue. Alors, cette affaire était la seule à laquelle elle allait se cramponner bon gré mal gré, afin de gagner un peu de sous pour pouvoir régler ses nombreuses dettes.

- L'habit ne fait pas le moine, monsieur Kovaleivski, reprit Dayana désormais moins sûre.

- Possible, maître Foster. Mais je ne changerai pas d'opinion.

- Ne voulez vous pas être libre?, demanda Dayana qui commençait à perdre continence.

Elle vit son client baisser la tête et se pincer l'arête de son nez si droit. Outre son air agacé, elle pouvait deviner une légère moue déformer ses lèvres parfaitement tracées.

- La question ne serait-elle plutôt pas "combien désirez-vous"? Votre prix sera le mien, Dayana. Certes, mes comptes ont été bloqués mais dès que j'aurai revu le soleil, votre chèque vous sera remis en intégralité. Mieux, en mains propres.

Dayana plongea son regard dans les iris glacial de son présumé client. Elle qui avait cru tout savoir de la personnalité de cet homme, s'en trouvait déroutée. Pour qui la prenait-il? Une de ses femmes avachies sur leur sort et qui n'attendaient que la moindre occasion pour accepter les chèques qui leur étaient docilement tendus? Sur ce point, Alexei Kovaleivski se trompait. Peut-être la proposition était alléchante au vu des dettes colossales qui lui pesaient sur le dos, mais ce ne fut pas pour autant qu'elle allait courber l'échine devant un milliardaire désespéré, qui avait presque perdu de sa notoriété.

- Je désire juste vous sortir de cette prison, monsieur, annonça t-elle d'une voix calme.

Alexeï se tut, le regard lointain. Cette avocate était tenace mais il se demandait encore si son endurance allait lui sauver la mise. Pour lui, il était hors de question qu'une femme le défende. Il n'était pas de ceux qui n'avaient aucun honneur, allant jusqu'à exposer leur faiblesse devant leur ennemi afin d'accéder à leur désir. Il ne laisserait jamais Dayana lui porter secours même si il qualifiait son acte d'humanitaire. Cepandant, il était un homme et les épreuves qu'il avait jusque là traversé, l'avaient forgé et préparé à la douleur autant physique qu'émotionnelle. Il pouvait donc bien résister encore en attendant que son frère lui trouvât un meilleur avocat.

- Je crains que vous ne soyiez trop frêle pour tenir devant un juge. La seule issue possible pour que vous gagniez un procès, ne devrait être que de vous retrouver dans l'un des lits de ses juges pourtant déjà défait, bien de nombreuses fois. Vous n'en disconviendrez pas que ce mode d'assistance ne me convienne pas. Dayana fulminait de rage. Une colère sourde s'était emparée d'elle. Cette fois-ci, Alexeï avait réussi. À travers son regard velouté, il pouvait distinguer la jeune avocate au visage décomposé. Il était vrai qu'il n'avait pas pour habitude, d'avoir recours à de tels moyens pour se débarrasser d'un individu qu'il jugeait indésirable. Seulement, Dayana commençait à l'encombrer et s'en débarrasser devenait un véritable casse-tête.

- La visite est terminée!, entendirent-ils tous les deux alors que Dayana se préparait à lancer une réplique cinglante à l'endroit de son client devenu invivable.

Sans plus attendre, le gardien posté à son habitude dans un coin de la pièce, vint chercher son prisonnier. Et tout comme la veille, ils disparurent au détour d'un couloir éclairé. Une fois en dehors du pénitencier, Dayana ne se gêna pas à apprécier le contact du vent avec sa peau humide, car oui elle avait transpiré. Tenir tête à Alexeï Kovaleivski relevait désormais d'une épreuve. Elle inspira une bouffée d'air qu'elle expira en un souffle désespéré. Elle aurait bien voulue dire qu'elle était habituée aux injures de la part de ses clients, mais dans le contexte présent, c'était irrationnel et complètement inhumain de se faire traiter ainsi. N'avait-elle aucune dignité auprès d'Alexeï Kovaleivski? Comprendre la nature froide et austère de son client était chose impossible à réaliser. En deux jours records, ce milliardaire aux allures hors du commun, mais au physique séduisant avait réussi à lui faire dégoûter sa carrière ainsi que toute la gloire qui allait avec. Car oui, elle avait frémit en son for intérieur. Sans pouvoir se retenir, des larmes chaudes dévalèrent la peau laiteuse de son visage. À l'aide de ses doigts maladroitement manucurés, elle sécha la trace d'eau salée qui figurait à l'endoit. Il ne fallait pas qu'elle pleure. Peut-être, s'agissait-il maintenant de revoir ses priorités et de trouver un moyen pour régler ses ploblèmes qui risquaient de l'enliser si elle ne réagissait pas. Mais une chose était claire. Elle ne continuerait pas avec Alexeï.

Chapitre 3

Deux semaines s'étaient écoulées depuis la confrontation plus que désastreuse entre Dayana et son client Alexeï Kovaleivski. Depuis cette discussion où la jeune avocate n'avait eue de cesse de ramasser les humiliations à la pelle, elle avait définitivement coupé les ponts. Le duc non plus n'avait rappelé et elle non plus ne s'était pas attendue à de promptes excuses, même les plus plates. Tout ce scénario n'avait contribué qu'à élargir ses connaissances. Elle le savait désormais. Le duc était un homme peu commode mais surtout irritant par ses propos.

Certes elle avait besoin d'argent - urgemment d'ailleurs- , mais ce n'était pas une raison pour se faire laminer ainsi par un inconnu qu'elle avait choisi délibérément d'aider. Comment Dove arrivait-il à le côtoyer d'ailleurs? En y pensant, elle avait remarqué à plusieurs reprises cette lueur de terreur dans les yeux de Dove, comme s'il craignait son frère. Ce dernier n'avait pas une tête de tueur bien sûr, mais il n'était qu'une tête de mule forgé dans ses opinions et décisions.

Un troupeau de motards klaxonnant ça et là, attira son attention dans la ruelle. Des femmes et enfants suivaient le cortège tout en chantant. Dayana souffla. Cette marche lui rappela son père. Elle se souvient de ses moments de son enfance où elle passait ses nuits a observer son père travailler. Ce dernier était également avocat et c'était lui qui l'avait inspiré. Aider les plus nécessiteux, surtout les prisonniers avait toujours été la priorité de Dayana. Bien des fois elle avait essuyé des échecs mais ce n'était pas pour autant qu'elle avait baissé les bras. D'autre part, il était à noter que l'affluence avait baissé ces derniers temps. Pas que les crimes et les délits n'existaient plus mais parce qu'elle n'était pas de renommée internationale. Combien de ministre avait-elle défendue au cours de sa carrière? Combien d'innocents fortunés avait-elle fait aquité au cours de sa carrière? Et voilà que le duc faisait des siennes. À ce rythme, son cabinet risquait de fermer et rien que d'y penser, elle avait le tournis.

Dayana tendit les bras pour se saisir des deux battants situées de parts et d'autres de la fenêtre pour les sceller. Elle retourna à son bureau, mais bien vite la sonnerie l'interpella. On sonnait à la porte. Délaissant la paperasse, elle alla ouvrir. - Dove..., commença-t-elle dépitée. L'intéressé se trouvait là, sur le pas de la porte, les mains fourrées dans les deux poches de son pantalon en veste, attendant patiemment que la propriétaire des lieux le laissât entrer. Il était venu exprès pour s'entretenir avec la jeune femme et il n'était pas prêt de retourner chez lui sans avoir obtenu ce qu'il désirait. Alors ce fut avec persévérance qu'il soutient le regard fatigué de Dayana.

- Puis-je vous parler, maître ?

La jeune avocate mit un temps de latence à réfléchir. Elle n'avait pas encore passé l'éponge sur les derniers événements et ignorait d'ailleurs si Dove était au courant. Elle n'avait plus envie de travailler pour les Kovaleivski et cela, elle allait le lui expliquer. Elle se décala donc pour laisser l'homme entrer. Celui-ci ne se gêna pas et se dirigea vers le petit salon, où il s'assit dans le sofa, croisant ses jambes.

- Désirez-vous un café?, demanda Dayana très peu motivée à l'idée de confronter son invité.

- Volontiers, répondit Dove presque en murmurant.

Il suivit la jeune femme de son regard et la vit sortir du bureau. Sans doute partait-elle chercher son breuvage, car oui la discussion allait être longue et un fortifiant n'était pas à exclure. Il détourna le regard de la porte de marbre qui s'était refermée silencieusement pour contempler la pièce faisant office de bureau pour la jeune avocate.

C'était un espace grand, environs quatre vingt dix mètres carrés très bien gérés. Devant lui se trouvait un bureau fait de marbre vernis, très brillant sur lequel étaient posés pèle mêle, de nombreuses piles de documents; et parfois agrémenté de quelques bibelots. À sa gauche, il pouvait deviner la fenêtre qui ne s'ouvrait que de l'intérieur. C'était un endroit confortable en tout. Ce fit à ce moment qu'elle revint, les mains chargées d'un plateau.

- Où en êtes-vous pour le dossier, maître?, commença Dove avec prudence. Dayana marqua une courte pause dans ses gestes. Ainsi Dove n'était pas au courant. Elle n'avait pas non plus l'habitude d'annoncer la mauvaise nouvelle, mais ce fut pour la bonne cause. Le pauvre homme devait être informé.

- Je ne travaille plus sur cette affaire, Dove, répondit Dayana en se courbant pour poser la petite tasse sur la table basse.

Dove baissa la tête, puis la releva vivement.

- Maître, vous ne pouvez pas abandonner mon frère ainsi.

Dayana considéra Dove un instant. La quarantaine bien avancée, les signes de l'âge commençaient à se faire voir sur son visage. La petite barbe qui toisonnait légèrement son double menton carré commençait à se parsemer de gris au même titre que le peu de cheveu qui déshonorait sa calvitie. Elle le savait triste, mais c'était la triste réalité.

- Je suis navrée Dove, reprit-elle en s'éloignant, mais votre frère ne veut pas de moi. Il me l'a signifié bien trop de fois, malheureusement.

Dove se tut, comme s'il fut à court d'arguments. Pourtant, il était venu pour convaincre la jeune avocate de pouvoir reprendre l'affaire en main et comme il s'en doutait son frère avait déjà pris les devants. il comprenait la colère de la jeune femme ainsi que sa réaction plutôt brutale. Son frère savait se montrer désagréable dans bien des moments et cela pouvait refroidir même le plus vorace des volcans. Cependant, il s'agissait de sa sécurité, pas de sa personnalité.

- Je vous comprends, maître Foster. Seulement, je suis venu vous demander votre aide encore une fois. Vous connaissez la situation, inutile de vous faire un dessin. Vous pouvez le comprendre aussi. C'est nouveau pour lui, la garde-à-vue, la solitude... Je lui ai d'ailleurs fait parvenir votre curriculum. Il est prêt à recevoir votre aide, Dayana.

La jeune femme haussa les sourcils d'étonnement. De quoi lui parlait Dove? Le duc aurait-il changé d'avis? Elle avait bien du mal à le croire, encore moins à avaler une telle sottise. Vu la facon dont la personnalité s'était montrée aussi désagréable, il était quasiment impossible de croire qu'il avait changé d'avis du jour au lendemain. Dayana s'assit. C'était confus. Tout était confus.

- J'ai du mal à vous croire Dove. Je ne peux pas aider quelqu'un qui n'a aucunement besoin de mon aide.

- Vous êtes avocate, Dayana et avec toutes les expériences que vous avez eues, vous convenez avec moi que des conditions infernales d'une cellule de onze mètres carrés peuvent être très angoissantes. Votre rôle n'est-il pas de défendre le plus faible?

Dayana scruta encore plus son interlocuteur. Sa philosophie était de secourir les plus nécessiteux qui s'étaient malheureusement retrouvés dans une position délicate, mais Alexeï Kovaleivski était-il faible comme le disait Dove? Si le duc avait pris la peine de la décourager face à sa tentative, c'était qu'il possedait une solution secours. Elle n'avait donc plus rien à ajouter.

- Dove, je... Je connais de très bons avocats qui sauront vous aider...

- Ne vous gênez pas, maître. Ce n'est pas la peine.

- Je ne peux pas...

- Vous le condamnez, donc vous aussi.

Dayana manqua de s'étouffer avec sa propre salive. Condamner son client? Jamais elle n'avait commis, et n'oserait commettre une telle chose.

- Je ne le condamne pas et vous le savez.

- En refusant de l'aider, que pensez vous faire?

Face au mutisme de la propriétaire des lieux, le frère du duc se leva et lissa de ses mains ridées, les plis de sa veste noire. Il n'avait pas touché à son café. D'ailleurs le breuvage avait fini par refroidir. Dove n'y accorda plus d'importance. Il croyait obtenir une réponse positive en déroulant son plaidoyer qui se voulait pathétique, mais il n'avait pas atteint son but. Soit, il allait prendre congés et si possible, trouver un autre moyen, sûrement sans la jeune avocate. Il se dirigea donc vers la porte.

- Je vous comprends, maître et je vous remercie d'ailleurs d'avoir pris la peine de répondre à mon appel. Une autre fois peut-être.

Dayana écoutait sans broncher, puis elle ajouta, faisant stopper Dove.

- Donnez-moi le temps de réfléchir à une stratégie.

Dove mit un temps de latence avant de hocher de la tête. Elle était partante. Ce fut donc dans ce silence qu'il s'en fut, laissant la jeune avocate dans ses pensées.

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