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Un cœur, deux prétendants

Un cœur, deux prétendants

Auteur:: Daniel B
Genre: Romance
Un cœur, deux prétendants Davina Johnson n'avait jamais connu la richesse, mais son amitié avec Letya Will, fille d'un puissant empire mafieux, l'a plongée dans un monde de luxe et de danger, à la fois fascinant et effrayant. Quand elle attire l'attention de deux hommes aussi séduisants que redoutables, Ten Smith et Lars Denver, sa vie bascule et semble s'arrêter net. Alors que ses sentiments pour ces deux hommes au charme envoûtant grandissent, Davina se sent déchirée, croyant devoir choisir entre eux. Mais et si ce choix n'était pas nécessaire ? Et s'ils étaient prêts à tout pour la partager... à faire d'elle la leur ? **Tous droits réservés.**

Chapitre 1 01

Le point de vue de Davina

La pluie tombait en fines gouttelettes sur les trottoirs pavés de la ville, recouvrant Paris d'un voile gris scintillant sous la lumière des réverbères. J'avais toujours aimé la pluie. Il y avait quelque chose de réconfortant dans le son des gouttes frappant le bitume, une sensation de solitude apaisante qui me permettait de réfléchir sans être dérangée. Mais ce soir, alors que je marchais d'un pas rapide sous mon parapluie bon marché, l'eau ruisselant sur mes bottines fatiguées, la pluie n'avait rien de rassurant. Elle accentuait seulement mon malaise.

Je revenais du café où je travaillais, un petit établissement chic du quartier latin qui attirait une clientèle de riches étudiants, de professeurs et de quelques hommes d'affaires. Mon tablier sentait encore le café moulu et le lait chaud, et j'avais les pieds en feu après une longue journée de service. Mais ce n'était pas la fatigue qui me rendait nerveuse ce soir. C'était l'invitation que j'avais reçue.

Letya Will.

Son prénom résonnait dans ma tête comme une promesse de chaos. Letya était un tourbillon, un ouragan de rires, de provocation et d'excès. Dès notre première rencontre, elle avait décidé que nous devrions être amies. Et comme tout ce que Letya voulait, elle l'obtenait. Moi, Davina Johnson, serveuse sans histoire, fille d'une institutrice et d'un père absent, j'avais été happée dans son monde comme une brindille dans une tempête.

Ce soir, elle m'avait donné rendez-vous dans l'un des clubs les plus sélects de la ville. Elle m'avait assuré que mon nom était sur la liste, que je n'aurais qu'à prononcer son prénom à l'entrée. Et contre toute logique, j'avais accepté.

J'aurais dû dire non.

Je le savais, je le sentais au plus profond de moi. Je n'avais rien à faire dans son monde de luxe et de danger. Mais une part de moi était curieuse. Curieuse de voir jusqu'où cette amitié pouvait m'emmener. Curieuse de savoir ce que cela faisait d'être spéciale, d'être choisie.

Le club était niché au fond d'une ruelle discrète, une porte noire sans enseigne, gardée par deux hommes en costume sombre. En approchant, je sentis mon cœur battre plus vite. L'un des vigiles me lança un regard sceptique, mais dès que je murmurai le nom de Letya, il s'écarta et ouvrit la porte sans un mot.

L'intérieur du club était un autre univers. Un monde de lumières tamisées, de musique envoûtante et de murmures. L'air était saturé d'un parfum de mystère et d'alcool hors de prix. Des silhouettes élégantes glissaient entre les tables, des rires étouffés se mêlaient aux notes d'un morceau de jazz langoureux.

Et puis, au centre de ce chaos organisé, il y avait elle.

Letya était assise sur un canapé en velours sombre, un verre de champagne à la main, son sourire éclatant comme une promesse de nuits sans fin. Ses cheveux blonds cascadaient sur ses épaules, et son regard espiègle se posa immédiatement sur moi.

- Davina ! Je croyais que tu allais me poser un lapin !

- Je... ai failli, admis-je en m'asseyant à côté d'elle.

- Mais tu es venue.

Son sourire s'élargit, triomphant.

- Et c'est tout ce qui compte.

Je pris le verre qu'elle me tendait, sans même demander ce qu'il contenait. Peut-être que ce soir, pour une fois, je pourrais me laisser aller. Juste une fois.

Ce que j'ignorais encore, c'est que ce soir serait le premier pas vers une descente vertigineuse dans un monde dont je ne pourrais plus me détacher.

Le point de vue de Davina

Le champagne glissa sur ma langue avec une douceur trompeuse, effaçant les derniers relents d'hésitation qui s'accrochaient à moi. L'effervescence légère du liquide chatouilla mon palais, et je laissai échapper un soupir imperceptible. Peut-être que Letya avait raison. Peut-être que ce soir, je pouvais juste vivre, sans me poser de questions.

Elle me détailla avec satisfaction, ses doigts parfaitement manucurés jouant distraitement avec le rebord de son verre.

- Tu es magnifique, Davina. Mais il faut vraiment qu'on fasse quelque chose pour ta garde-robe.

Je baissai les yeux sur ma robe noire simple, achetée à prix réduit lors des soldes. Sobre, élégante, passe-partout. Dans n'importe quel autre contexte, elle aurait fait l'affaire. Mais ici, dans ce club où chaque femme ressemblait à une créature échappée d'un rêve luxueux, je paraissais fade, insignifiante.

- Tu es parfaite comme ça, rétorquai-je, préférant détourner l'attention de moi.

Letya éclata de rire et but une gorgée de champagne avant de poser son verre sur la table basse en verre fumé.

- Oh, ma douce naïve, tu crois encore que la perfection existe ?

Son regard pétillait d'un amusement dangereux. Elle se pencha vers moi, comme pour me confier un secret.

- La perfection, c'est une illusion. Mais le pouvoir, lui, est bien réel.

Un frisson me parcourut l'échine. Parfois, j'oubliais à quel point Letya pouvait être fascinante et effrayante à la fois. Il y avait en elle une intensité que je ne comprenais pas totalement, une force brute qui contrastait avec son apparence frivole.

- Viens, murmura-t-elle en attrapant ma main. Je vais te présenter du beau monde.

Je la suivis à travers la foule, esquivant les serveurs portant des plateaux remplis de cocktails scintillants. L'atmosphère du club me pesait sur la peau, comme une seconde peau invisible faite de musique, de désirs et de non-dits.

Et c'est là que je le vis.

Un homme, adossé au bar, vêtu d'un costume sombre parfaitement taillé. Son visage était partiellement plongé dans l'ombre, mais je distinguai la ligne acérée de sa mâchoire, la courbe sévère de ses lèvres, et surtout, ce regard. Un regard qui semblait pouvoir briser des âmes s'il le voulait.

Nos yeux se croisèrent, et un frisson inexplicable se propagea dans mes veines.

- Qui est-ce ? murmurais-je sans détourner les yeux.

Letya suivit mon regard et esquissa un sourire en coin.

- Ten Smith.

Le nom résonna dans mon esprit comme une note dissonante. Il ne me disait rien, mais il y avait dans la façon dont Letya l'avait prononcé une pointe d'admiration... et de prudence.

- Et lui ? ajoutai-je en désignant un autre homme, assis non loin.

Celui-ci était différent. Plus imposant, plus indomptable, avec un sourire carnassier et une désinvolture dangereuse. Son regard clair parcourait la salle avec une assurance absolue, comme s'il savait que tout lui appartenait déjà.

Letya souffla un rire.

- Lars Denver.

Je n'avais aucune idée de ce que ces deux hommes représentaient réellement. Mais ce que je savais, c'est que mon destin venait de croiser le leur. Et qu'il n'y aurait pas de retour en arrière.

Le point de vue de Davina

L'instant où j'avais posé les yeux sur eux, quelque chose en moi avait vacillé. Ce n'était pas seulement de l'attirance, c'était autre chose. Une force invisible qui m'attirait irrémédiablement vers eux.

- Ten et Lars... répétai-je, comme si murmurer leurs noms allait m'aider à comprendre pourquoi je ressentais cette tension inexplicable.

Letya, amusée par mon trouble, glissa un bras autour de mes épaules et m'attira contre elle.

- Alors, tu veux jouer, ma douce ? murmura-t-elle à mon oreille.

Je fronçai les sourcils.

- Jouer ?

- À ton avis, pourquoi sont-ils là ? Ce genre d'hommes ne viennent pas dans un club comme celui-ci sans raison. Et crois-moi, ce soir, tu es cette raison.

Un frisson me parcourut.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

Elle esquissa un sourire félin et, au lieu de répondre, elle me poussa doucement vers le bar. Mes pas hésitants me rapprochèrent de la silhouette imposante de Ten Smith. Mon cœur battait plus fort à mesure que je réduisais la distance entre nous, comme si mon corps avait déjà compris ce que mon esprit refusait d'admettre : je venais de m'engager sur un chemin dont je ne pourrais plus me détourner.

Ten leva les yeux vers moi lorsque j'arrivai à sa hauteur. De près, il était encore plus troublant. Ses traits étaient taillés avec une précision presque brutale, comme si le monde lui-même avait voulu façonner un homme que personne n'oserait défier. Ses yeux, d'un gris métallique, m'observaient avec une intensité qui me coupa le souffle.

- Davina Johnson, murmura-t-il d'une voix grave et maîtrisée.

L'entendre prononcer mon nom me fit l'effet d'un électrochoc.

- Vous... vous me connaissez ?

Un sourire imperceptible effleura ses lèvres.

- Disons que Letya parle beaucoup de toi.

Mon regard glissa instinctivement vers mon amie, qui m'observait avec une satisfaction évidente.

- Elle parle en bien, j'espère... soufflai-je, tentant d'ignorer le vertige qui menaçait de m'emporter.

Ten ne répondit pas tout de suite. Il se contenta de lever son verre à ses lèvres et de boire lentement, comme s'il pesait chaque mot avant de les prononcer. Puis, il reposa son verre et se pencha légèrement vers moi.

- Elle dit que tu es différente. Que tu n'appartiens pas à ce monde.

Je tressaillis légèrement.

- C'est vrai.

- Alors pourquoi es-tu là ?

Sa question était simple, mais terriblement déstabilisante. Pourquoi étais-je là, vraiment ? Parce que j'avais voulu sortir de ma routine ? Parce que Letya m'avait convaincue que je méritais un peu plus d'excitation dans ma vie ?

Ou bien... parce qu'au fond de moi, quelque chose avait toujours aspiré à plus.

- Peut-être que j'avais besoin de voir ce que ça faisait, murmurai-je finalement.

Ten m'observa un instant, comme s'il analysait chacune de mes paroles, puis son regard glissa derrière moi.

- Dans ce cas, tu devrais rencontrer Lars.

Avant que je puisse répondre, une chaleur brûlante se répandit contre mon dos. Quelqu'un s'était approché sans un bruit, et je compris immédiatement qui c'était avant même de me retourner.

Lars Denver.

- Tu comptes me garder tout le plaisir pour toi, Smith ? lança-t-il d'une voix amusée.

Mon souffle se bloqua dans ma gorge alors qu'il contournait lentement mon épaule pour me faire face. Là où Ten était le calme avant la tempête, Lars était la tempête. Tout en lui respirait la domination et la provocation. Il avait ce sourire de prédateur qui donnait l'impression qu'il savait déjà comment tout allait se terminer.

Et je compris, à cet instant précis, que ma vie venait de basculer.

J'étais entrée dans leur monde.

Et ils ne comptaient pas me laisser en repartir.

Le point de vue de Davina

La présence de Lars Denver était suffocante, électrisante. Son regard mordant parcourut mon visage avant de descendre lentement le long de mon corps, comme s'il me jaugeait, me défiait. Contrairement à Ten, qui émanait une autorité silencieuse, Lars imposait sa domination de façon brute, assumée, presque insolente.

- Tu es plus jolie que ce que je pensais, murmura-t-il en inclinant la tête sur le côté.

Son compliment me prit de court. Ce n'était pas seulement les mots, mais la façon dont il les avait prononcés, avec cette pointe de satisfaction, comme s'il appréciait un spectacle qui lui était réservé.

- Merci... répondis-je, la voix plus faible que je l'aurais voulu.

Lars esquissa un sourire amusé, et son regard se posa une fraction de seconde sur Ten, toujours appuyé contre le bar.

- Alors, Smith, qu'est-ce que tu en dis ?

Je fronçai légèrement les sourcils.

- De quoi vous parlez ?

Lars ne me répondit pas tout de suite. Il s'accouda négligemment au bar, son corps se rapprochant imperceptiblement du mien, si près que je pouvais sentir la chaleur qu'il dégageait. Il ne faisait rien d'inapproprié, et pourtant, chaque centimètre de moi était conscient de sa présence.

- Tu es intelligente, non ? devina-t-il.

Il posa un doigt sur le bord de mon verre encore intact, traçant des cercles invisibles sur le cristal.

- Tu sais sûrement que les hommes comme nous ne s'intéressent pas aux choses sans valeur.

Mon souffle se bloqua.

- Et... je suis une chose de valeur ?

Lars rit doucement, un son grave, dangereux.

- Disons que tu es une énigme. Et que nous avons tous les deux un goût prononcé pour les énigmes intéressantes.

Je sentis un frisson me parcourir. Tout en lui respirait la maîtrise et la provocation, et pourtant, sous son attitude détendue, il y avait autre chose. Quelque chose de plus profond, de plus calculé.

Je jetai un coup d'œil à Ten, qui n'avait pas bougé, mais dont le regard fixé sur Lars trahissait une tension latente.

- Depuis quand vous vous amusez à jouer ensemble ? demandai-je prudemment.

Lars éclata de rire, et Ten leva enfin son verre pour boire une gorgée, son visage impassible.

- Jouer ? répéta Lars en secouant la tête. Oh, ma belle, nous ne jouons jamais.

Il marqua une pause, puis pencha légèrement la tête vers moi.

- Mais toi, Davina... est-ce que tu es prête à entrer dans notre monde ?

La question fit exploser mon cœur dans ma poitrine.

Parce que, sans même y réfléchir, je savais déjà que ma réponse serait oui.

Chapitre 2 02

Lars s'était légèrement éloigné, me laissant quelques secondes pour retrouver mon souffle. Mais même avec cette distance infime entre nous, je sentais encore la chaleur brûlante de son regard sur moi. Il émanait de lui une aura indomptable, presque prédatrice, qui contrastait avec la froide maîtrise de Ten. Deux opposés, et pourtant... une force identique dans leur manière d'être.

Je déglutis, sentant mon estomac se nouer sous l'intensité du moment.

- Je n'ai jamais dit que je voulais entrer dans votre monde, soufflai-je, plus pour me convaincre moi-même que pour eux.

Lars eut un sourire en coin, un sourire qui disait que lui savait déjà ce que je refusais d'admettre.

- Vraiment ? répliqua-t-il, amusé. Alors pourquoi es-tu encore ici ?

Je n'eus pas le temps de répondre. Letya s'était approchée, son bras effleurant le mien dans un geste subtil, presque protecteur.

- Parce qu'elle est curieuse, répondit-elle à ma place. Et que vous, mes chers amis, êtes plus fascinants que vous ne le pensez.

Son ton était léger, mais son regard, lui, était perçant. Comme si elle sondait déjà l'issue de cette soirée avant même qu'elle ne se déroule.

Ten posa enfin son verre, se redressant lentement, et ce simple mouvement suffit à capter toute mon attention.

- La curiosité est dangereuse, murmura-t-il.

- Mais c'est ce qui rend la vie intéressante, répliqua Letya en haussant un sourcil.

Il y eut un instant de silence, comme si un équilibre fragile venait d'être trouvé entre eux. Puis Lars claqua doucement la langue, brisant l'atmosphère pesante.

- Dans ce cas, laissons-la décider.

Son regard bleu acier se posa sur moi, scrutateur.

- Tu peux partir maintenant, Davina. Reprendre ta vie normale, oublier cette soirée et nous oublier nous.

Il marqua une pause, me laissant absorber ses paroles.

- Ou bien... tu peux rester. Et voir jusqu'où la curiosité peut t'emmener.

Un défi.

Il savait exactement ce qu'il faisait.

Et le pire, c'est que ça fonctionnait.

Je ne bougeai pas tout de suite. Mon cœur battait trop vite, mon esprit était un chaos de pensées contradictoires. Mais au fond, je connaissais déjà la réponse.

Je relevai lentement les yeux vers eux.

- Je reste.

Un sourire imperceptible effleura les lèvres de Lars, tandis que Ten se contenta d'un regard appuyé, comme s'il évaluait les conséquences de ma décision avant même que je ne les réalise moi-même. Letya, elle, se contenta de lever son verre en signe de victoire silencieuse.

- Excellente réponse, murmura Lars.

Je ne savais pas exactement ce que j'avais accepté en prononçant ces deux mots, mais une chose était certaine : je venais de franchir une frontière invisible. Une frontière dont le retour semblait déjà improbable.

Lars fit signe au barman et, en quelques secondes, un verre apparut devant moi. Un liquide ambré, dont les reflets dans la lumière tamisée du club semblaient vibrer d'une chaleur trompeuse.

- Bois, ordonna-t-il doucement.

Je levai un sourcil.

- C'est une sorte de rite d'initiation ?

- Non, c'est juste une manière de marquer le début des choses, expliqua Ten, sa voix calme tranchant avec l'excitation voilée de Lars.

Je jetai un regard vers Letya, cherchant une confirmation silencieuse. Elle me répondit d'un hochement de tête encourageant.

- Un simple verre, Davina.

Le liquide brûla légèrement ma gorge alors que je buvais, mais ce fut surtout la tension dans l'air qui me fit frissonner. Comme si, à l'instant où le verre toucha mes lèvres, une sorte de pacte invisible venait d'être scellé.

Lars, satisfait, s'accouda au bar en me regardant avec amusement.

- Bien. Maintenant, dis-moi...

Il effleura du bout des doigts le rebord de mon verre, un geste anodin en apparence, mais qui fit monter en moi une chaleur troublante.

- Jusqu'où es-tu prête à aller ?

Le sous-entendu était clair. Il ne s'agissait plus seulement d'une simple soirée. Il me demandait bien plus que cela.

Je sentis mon cœur cogner contre ma poitrine.

- Je ne sais pas, admis-je honnêtement.

Ten observa ma réaction avant de prendre la parole pour la première fois depuis mon choix.

- C'est une réponse acceptable, déclara-t-il.

Son regard d'acier capta le mien, et pour la première fois, je sentis qu'il me testait, qu'il cherchait à comprendre qui j'étais réellement.

- Alors nous verrons, conclut-il simplement.

Lars éclata de rire, et Letya leva son verre dans un geste complice.

- Bienvenue dans la partie, ma belle, chuchota-t-elle.

Et à cet instant précis, je sus que ma vie ne serait plus jamais la même.

La musique battait son plein autour de nous, une basse sourde qui semblait résonner jusque dans ma cage thoracique. Malgré l'agitation du club, je n'entendais plus rien d'autre que le souffle de mon propre cœur, cognant avec force contre mes côtes. Je venais de dire oui.

Lars échangea un regard avec Ten, un regard que je ne sus déchiffrer. Il y avait quelque chose de sous-entendu, une communication muette qui me donnait l'impression d'avoir mis un pied dans un jeu dont j'ignorais encore les règles.

- On sort d'ici, déclara soudain Lars en attrapant son verre pour le finir d'un trait.

Letya leva un sourcil amusé.

- Déjà fatigué, Denver ?

- Disons que l'ambiance ici devient trop... banale.

Ten acquiesça d'un simple mouvement de tête avant de détourner son regard vers moi.

- Tu viens ?

Sa voix n'avait rien d'une question. C'était un fait. Je venais.

Je jetai un dernier coup d'œil au club, à ces visages anonymes dans la foule, à cette vie d'avant qui semblait déjà me glisser entre les doigts. Puis, sans hésiter, je me levai.

Lars sourit, satisfait, et passa devant. Ten me suivit de près, tandis que Letya m'offrit un dernier clin d'œil avant de murmurer à mon oreille :

- Fais attention, Davina. Avec eux, on ne revient jamais en arrière.

Je déglutis, mais il était déjà trop tard pour hésiter.

---

L'air nocturne était plus frais que je ne l'avais imaginé. À peine sortie du club, une bouffée de liberté et d'inconnu m'envahit, entre excitation et appréhension.

Lars s'appuya contre une Maserati noire stationnée devant, tirant une cigarette de la poche de sa veste en cuir. Le briquet cliqueta, et une lueur vacillante éclaira son visage une fraction de seconde avant qu'il ne souffle une volute de fumée dans l'air nocturne.

- Tu fumes ? me demanda-t-il, me tendant son paquet.

- Non.

Un sourire effleura ses lèvres.

- Bonne fille.

Ten, lui, resta silencieux. Il ouvrit la portière arrière de la voiture et attendit. Pas un mot, pas un geste inutile. Juste cette autorité tacite qui émanait de lui.

Je me figeai un instant. C'était réel. J'allais monter dans cette voiture, les suivre dans un monde dont j'ignorais tout.

Lars observa ma réaction avec amusement.

- Tu réfléchis trop, Davina.

Puis, avec une lenteur exagérée, il s'approcha, réduisant la distance entre nous jusqu'à ce que je puisse sentir la chaleur de son corps contre le mien. Son doigt effleura mon menton, relevant légèrement mon visage vers lui.

- T'as peur ? murmura-t-il, sa voix plus douce, plus dangereuse.

Je soutins son regard.

- Non.

Il sourit.

- Mens encore.

Et avant que je ne puisse répliquer, Ten rompit le moment en déclarant simplement :

- Monte.

Je n'hésitai plus.

Je glissai à l'intérieur de la voiture.

La portière se referma.

Et mon destin avec elle.

La voiture démarra en silence, et nous nous enfonçâmes dans les rues désertes de la ville. La lumière des réverbères passait en éclats furtifs à travers les vitres sombres, mais tout semblait plus net à l'intérieur, comme si l'air lui-même avait changé de texture. Mon cœur battait plus fort à chaque seconde qui s'écoulait. La tension dans l'air était palpable, presque électrique, mais aucun de nous ne parlait.

Lars était assis en face de moi, son regard toujours fixé sur l'horizon. Il ne cessait de tirer sur sa cigarette, laissant la fumée se dissiper lentement dans l'air. Ten, à côté de lui, semblait aussi imperméable à l'agitation ambiante que d'habitude. Leurs silences étaient lourds, lourds de non-dits, de promesses qu'ils n'avaient même pas besoin de formuler à voix haute.

Letya se tenait près de la fenêtre, l'air pensif. Parfois, elle jetait un coup d'œil vers moi, comme pour évaluer ma réaction, et je pouvais presque entendre la question qu'elle ne me posait pas : Comment ça se sent de traverser cette ligne ?

Je n'avais pas de réponse. Je ne savais même pas si j'avais franchi cette ligne, ou si elle m'avait simplement engloutie sans que je ne m'en aperçoive.

Finalement, ce fut Lars qui brisa le silence. Il écrasa sa cigarette dans le cendrier et se tourna lentement vers moi.

- Bien. Tu es ici, et tu as fait ton choix. Mais il y a quelque chose que tu dois comprendre, Davina.

Je le regardai, un frisson glacé parcourant ma colonne vertébrale. Il y avait dans sa voix cette promesse sinistre d'une vérité que je n'étais pas prête à entendre.

- Il n'y a pas de retour en arrière.

Je hochai la tête, sentant la tension de ses paroles s'installer dans mon ventre.

Ten ne bougea pas, mais ses yeux se durcirent. Il scrutait chaque mouvement, chaque réaction, comme un prédateur en observation.

- Tu penses que tu as le contrôle, ajouta Ten, mais le contrôle... c'est une illusion.

Letya tourna lentement la tête vers moi, son regard aussi perçant que la nuit qui nous entourait.

- Nous sommes tous des prisonniers ici, Davina, mais dans ce monde, être prisonnier a ses avantages.

Je déglutis, un nœud d'angoisse se formant dans ma gorge.

- Prisonniers de quoi ? demandai-je, ma voix plus tremblante que je ne l'aurais voulu.

Lars sourit lentement, mais ce n'était pas un sourire réconfortant. C'était le sourire de quelqu'un qui savait exactement ce qu'il faisait.

- Prisonniers de nous-mêmes, de nos désirs et de nos choix, répondit-il, sa voix se faisant plus douce, presque mielleuse. Nous avons tous un prix, Davina. Et tu viens de mettre un prix sur ta liberté.

Un froid glacial s'installa dans le véhicule, et je me sentis soudainement prise au piège dans ce cercle étrange, entre eux, avec eux. Et malgré tout, au fond de moi, il y avait cette étincelle de curiosité, cette soif inavouée d'aller plus loin, de comprendre, de me perdre dans ce monde où chaque réponse semblait n'être qu'un nouveau début.

- Et si je veux payer ce prix ? murmurais-je presque, comme pour moi-même.

Lars se pencha en avant, son regard planté dans le mien, perçant, pénétrant.

- Alors, tu verras ce que cela implique. Mais sois prête, Davina. Ce que tu cherches ici ne te permettra pas de revenir à la vie d'avant.

Je me taisais, absorbant chaque mot, chaque avertissement, chaque sous-entendu. La voiture roulait, emportant nos destins dans son sillage, et tout ce que je pouvais faire, c'était m'accrocher à ce fil ténu qui nous reliait tous.

Le reste de la nuit nous appartenait, et je savais qu'aucun de nous ne sortirait indemne de ce jeu.

Chapitre 3 03

La voiture s'arrêta brusquement, et je fus projetée en avant, les mains crispées sur le cuir de la banquette. Lars, implacable, appuya sur le bouton pour déverrouiller les portières. Il sortit de la voiture d'un geste fluide, suivi de Ten, qui ne prit même pas la peine de regarder si je le suivais.

Je pris une inspiration profonde et, malgré la lourde sensation de malaise qui m'envahissait, je descendis à mon tour. L'air était frais, presque glacial, et je pouvais sentir la nuit s'alourdir autour de moi. Nous nous trouvions maintenant dans un quartier plus calme, les rues désertes, avec des bâtiments modernes qui semblaient tout droit sortis d'un film noir. L'éclairage tamisé des lampadaires jetait des ombres sur les murs de briques. Je n'avais aucune idée de l'endroit où nous étions, mais je savais que j'étais loin de tout ce que je connaissais.

Lars s'avança d'un pas confiant vers une porte en métal au fond d'une ruelle. Il frappa trois fois d'un rythme régulier, puis attendit. Je ne pouvais m'empêcher de me demander ce qui allait se passer ici.

Le bruit métallique de la porte qui se déverrouillait résonna, et un homme imposant apparut dans l'encadrement. Il avait l'air d'un garde du corps, sa silhouette massive et ses bras tatoués en témoignaient. Il lança un regard vers Lars, puis me fixa quelques secondes de trop, avant de se tourner et de s'écarter.

- Entrez, dit-il d'une voix rauque.

Je suivis Lars et Ten, un pas hésitant mais résolu. Letya était déjà entrée avant moi, et je pouvais sentir son regard brûlant sur ma nuque. Elle savait que je n'étais plus qu'à un pas d'une vérité que je n'avais pas encore pleinement mesurée.

À l'intérieur, l'atmosphère était étouffante. Le bruit de nos pas résonnait sur le béton, et l'éclairage tamisé rendait l'espace encore plus oppressant. Des murs nus, des meubles modernes, une grande table ovale au centre, et plusieurs hommes assis autour, comme si cette pièce était un conseil où les décisions les plus importantes étaient prises.

L'un d'eux, un homme à l'allure sévère, se leva en me voyant. Il avait un regard perçant, des cheveux noirs coupés court et un costume impeccable. Il m'observa, puis sourit doucement, un sourire glacial, mais qui ne laissait transparaître aucune émotion réelle.

- Voilà donc la fameuse Davina, dit-il d'une voix calme, mais pleine de sous-entendus.

Il fit un signe à un des hommes autour de la table, qui s'empressa d'allumer un cigare. La fumée s'éleva dans l'air, créant une brume flottante qui semblait se mêler à l'atmosphère déjà lourde de secrets.

Lars s'installa dans un fauteuil, prenant place face à l'homme au cigare. Ten se plaça à côté de lui, silencieux comme toujours, et me fit signe de m'asseoir. Je m'exécutai, jetant un dernier coup d'œil vers Letya, qui m'observait toujours de ses yeux perçants, mais cette fois, il y avait quelque chose de plus intense dans son regard. Elle savait que j'avais franchi un seuil, mais elle savait aussi que tout ce qui allait suivre était désormais hors de mon contrôle.

- Alors, Davina, poursuivit l'homme au cigare, que penses-tu de tout cela ?

Je n'étais pas prête à répondre. Les questions se bousculaient dans ma tête, les doutes, les appréhensions, mais je savais aussi que je n'avais plus le luxe de me montrer hésitante. Pas maintenant. Pas ici.

- Je... je ne sais pas vraiment, répondis-je, la voix plus ferme qu'il n'aurait fallu.

Un éclat de rire traversa la pièce. Lars se leva et se tourna vers moi, ses yeux brillaient d'une lueur amusée.

- Ça, c'est la meilleure réponse.

L'homme au cigare souffla une bouffée de fumée et laissa planer le silence un moment avant de reprendre.

- Eh bien, on va y remédier, n'est-ce pas ?

Je déglutis. Il ne parlait pas seulement de moi. Il parlait de ce monde dans lequel je m'étais glissée sans vraiment le comprendre, de ce qu'ils attendaient de moi, et de ce que je devais accepter pour y avoir une place.

Un autre homme dans l'ombre se leva et fit signe à un assistant. Ce dernier apporta un dossier en cuir et le posa devant moi, comme si c'était ma décision. Je le regardai, les mains tremblantes, mais il n'y avait plus de retour en arrière.

Lars, lui, s'assit à nouveau, un sourire mystérieux sur les lèvres.

- L'aventure commence, Davina.

Je pris une grande inspiration, mes yeux fixant le dossier posé devant moi. Il était étrange de se retrouver ici, face à eux, dans cet endroit froid et sans âme. Mes doigts frémirent un instant, hésitant à toucher ce qui semblait représenter un tournant irréversible. Pourtant, je n'avais plus le choix. Ce monde, bien que menaçant, semblait m'attirer, m'englober comme une force invisible.

Lars se pencha en avant, et je sentis son regard peser lourdement sur moi. Il savait que je comprenais l'ampleur de la décision qui m'attendait. Ten, toujours silencieux, n'avait pas quitté sa position, mais je pouvais voir la lueur dans ses yeux. Un mélange de curiosité et de défi, comme si tout cela était un jeu pour lui. Mais moi, je n'étais plus sûre que ce soit un jeu.

L'homme au cigare se ralluma et souffla un nuage de fumée dans l'air. Il semblait savourer chaque seconde, chaque mouvement, observant de près mes réactions. J'avais l'impression qu'il attendait que je me dévoile, que je montre mes faiblesses. Mais plus que jamais, je voulais garder le contrôle, ou du moins en donner l'impression.

- Alors, qu'en dis-tu, Davina ? poursuivit-il. Tu veux savoir ce qu'il y a à l'intérieur de ce dossier ?

Je déglutis. Oui, j'avais besoin de savoir, mais en même temps, cette certitude m'effrayait. J'avais l'impression que chaque réponse me rapprochait un peu plus d'un abîme dont je ne pourrais pas sortir indemne. Pourtant, mon esprit me poussait à l'ouvrir. Mon corps, lui, me suppliait de reculer.

Je tendis la main lentement, mes doigts effleurant la couverture en cuir du dossier. Il était lourd, presque trop lourd pour être un simple assemblage de papiers. Lorsque je l'ouvris enfin, une vague de documents me sauta aux yeux, mais il y en avait un en particulier qui se détachait des autres. Un contrat, avec des termes que je n'avais jamais imaginés.

Je fixai le papier, me demandant si j'étais prête à l'accepter. Les mots étaient clairs, presque cruels. Ce que j'avais imaginé comme un simple choix entre deux hommes, deux facettes d'un monde inconnu, était bien plus complexe. L'engagement que l'on attendait de moi allait bien au-delà de ce que j'avais anticipé. Il ne s'agissait pas seulement de moi, mais de tous ceux qui étaient impliqués dans ce réseau. La responsabilité, les conséquences.

Mon cœur battait la chamade, mais une petite voix dans ma tête me disait de ne pas m'arrêter, de ne pas flancher. Cette voix m'avait poussée jusque-là, et je savais qu'il était trop tard pour reculer.

- C'est une proposition... intéressante, dis-je, ma voix plus calme que je ne l'aurais cru. Mais je veux savoir tout ce qu'il y a derrière. Qui m'engagez-vous à devenir ?

L'homme au cigare éclata de rire, un rire profond et sonore qui résonna dans toute la pièce. Il s'avança alors vers moi, son visage à quelques centimètres du mien, ses yeux froids mais brillants d'une lueur malsaine.

- Tu veux savoir qui tu vas devenir, Davina ? Tu vas devenir ce que nous attendons tous d'une personne comme toi. Puissante, impitoyable, prête à tout pour ses propres intérêts... Tu vas apprendre à jouer avec les règles du pouvoir. Mais sois prudente, car ces règles, une fois que tu les auras comprises, il sera difficile de revenir en arrière.

Lars se redressa alors, et d'un geste, il fit signe aux autres de nous laisser seuls. Un par un, les hommes sortirent de la pièce, me laissant seule face à cette réalité qu'il me fallait maintenant affronter. Je sentais la lourdeur de l'instant. Mon cœur battait encore plus fort.

- Que vas-tu faire, Davina ? murmura Ten, comme s'il attendait de moi une réponse bien plus profonde que celle que j'étais capable de formuler sur le moment.

Je laissai échapper un souffle, mes doigts serrant le contrat entre mes mains. Il était hors de question de faire marche arrière. Si je voulais vraiment en savoir plus, si je voulais vraiment comprendre ce que ce monde voulait de moi, il n'y avait qu'une seule façon d'avancer. Une fois que l'on signe, on s'engage. Et je n'avais pas l'intention de fuir.

Je levai les yeux vers Lars et Ten. Leur regard n'était plus aussi distant. Ils savaient que j'avais pris ma décision, sans retour possible.

- J'accepte, dis-je enfin, ma voix plus ferme que je ne l'avais imaginé.

Un léger sourire se dessina sur les lèvres de Lars, tandis que Ten hocha légèrement la tête, comme s'il approuvait ma réponse. Mais je savais qu'à partir de ce moment-là, tout changerait. Mon destin était désormais lié à cet endroit, à ces hommes, à cette quête que je n'avais pas pleinement comprise mais qui m'avait choisie.

La porte se referma doucement derrière nous, et je sentis que, malgré le poids de ce que j'avais accepté, une nouvelle ère s'ouvrait à moi. Un monde où l'amour, le pouvoir et la trahison se mêlaient. Un monde où il n'y avait plus de place pour l'innocence.

Et je n'étais pas sûre que j'étais prête pour ce qui allait suivre. Mais c'était trop tard pour se retourner.

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