POV Emma
L'aiguille continue de percer ma peau, insensible à la brûlure que je commence à ressentir. Je sais ce que ça veut dire, j'en suis déjà à la cinquième séance et après celle là, ça sera presque terminé. Allongée sur le ventre, j'essaye de me focaliser sur la musique qu'elle a mit pour moi. À chaque fois, elle fait tout pour me détendre. Je ferme les yeux, plus de deux heures se sont déjà écoulées depuis que j'ai passé le pas de la porte d'entrée. La douleur commence à se faire un peu plus forte, ma peau est à vif alors qu'elle repasse inlassablement sur la même zone pour la remplir complètement. Je dois encore tenir, je n'ai pas fait tout ça pour rien. Je maîtrise ma respiration, calme mon esprit. Encore quelques minutes, justes quelques minutes de plus.
Mon portable sonne, brisant ma concentration et le son monocorde de son appareil de torture. Elle retire l'aiguille alors que je tends la main pour voir son nom s'afficher sur l'écran. Je n'ai pas envie de lui répondre, pas maintenant. En vérité, j'ai de moins en moins envie de lui répondre, mais ça non plus, je ne peux pas le lâcher. Pourtant, je retourne mon portable coupant ainsi la sonnerie afin de ne plus l'entendre alors que pour lui d'ici quelques secondes, il tombera sur mon répondeur. Je soupire en m'installant à nouveau. La douleur s'est finalement déplacée de mon dos à mon cœur, me rappelant à la raison de cette énième séance de torture.
- Continues, lui dis-je.
- OK, répond t-elle alors que l'aiguille retrouve le chemin de ma peau.
Je sais déjà que ça ne va pas s'arrêter là, je la connais depuis notre premier jour à l'école maternelle. Je pourrais presque faire le décompte dans ma tête tant je vois les rouages de son cerveau à l'œuvre.
- Sérieux, à chaque fois c'est pareil. C'est pas ça une relation Emma, le voir, lui parler, ça ne devrait pas être un calvaire. Tu n'es pas heureuse avec lui. Quittes le, vies ta vie ma belle.
- Je ne peux pas faire ça. Tu ne peux pas comprendre.
- Ça c'est sûr. Je ne peux certainement pas comprendre pourquoi une jolie nana comme toi s'enferme dans une relation qui la tue à petit feu avec un mec que tu n'aimes même pas.
- Ce qui compte, ça n'est pas qui il est mais ce qu'il représente. J'ai besoin de lui, j'ai besoin de ça.
- Tu t'entends parler ? Ce mec n'est pas un objet. Il a des sentiments, tu ne peux pas faire ça, tu ne peux l'utiliser pour soigner tes blessures. Il n'est pas un pansement, c'est un être humain.
- Je te paye aussi pour la psychanalyse à la sortie ?
- Ha Ha, très drôle. Sérieux, c'est toi qui voit, mais je trouve ça dégueulasse. Il t'aime lui, alors que pas toi. À quoi ça sert de lui faire miroiter un avenir que tu ne comptes pas partager avec lui.
- Encore une fois, merci pour ton soutient.
- Qu'est ce que tu veux, ça fait trois mois qu'on fait des séances et à chaque fois c'est la même chose, il appel et toi, tu ne décroches pas. Je ne te juge pas, on a tous des blessures, mais ça n'autorise personne à se servir d'une autre personne pour les soigner.
- Il y a des dizaines d'autres tatoueurs dans la ville mais non, il a fallut que je choisisse ma meilleure amie.
- Parce que tu sais que c'est un projet important pour toi même si tu ne veux pas m'en parler. Rien que la taille de la pièce le prouve. Ça faisait longtemps que je n'avais pas tatoué l'intégralité d'un dos. Je suis tatoueuse depuis assez longtemps pour savoir ce que ça veut dire, parce que ça veut toujours dire la même chose ma belle.
- C'est moi qui souffre, je sais exactement ce que ça veut dire, merci de me le rappeler, dis-je froidement
- Je ne le fais pas plaisir mais pour toi. Tu sais que ça n'est pas juste, je te connais assez pour le savoir, mais ce que je ne sais pas, c'est ce qui te pousse à faire ça, ce tatouage, et à t'enfermer dans cette pseudo relation.
- Je t'adore, tu le sais, mais si je n'en parle pas c'est que je ne veux pas le faire alors tu peux continuer encore un peu ou je reprend un rendez vous ?
Elle me parle avec bienveillance, je le sais, mais il y a des moments ou on ne veut juste pas entendre certaines paroles. Je sais ce que je fais, du moins j'en ai été persuadé à un moment en tout cas. De toute façon je n'ai pas le choix, je dois continuer pour ne plus penser. Je ferme les yeux alors qu'elle continue, elle ne dira plus rien du reste de la séance, je sais que je l'ai vexée, mais elle ne comprend pas qu'à chaque fois qu'elle me le fait remarquer, elle ravive un peu plus cette blessure qui ne semble pas vouloir cicatriser, qu'importe le temps qui s'écoule.
Une bonne demie heure plus tard, je commence sérieusement à grimacer, mon corps atteint ces limites. J'ai beau tout faire pour me maîtriser, je sens que mon point de rupture est proche.
- On va devoir s'arrêter là, dis-je en soufflant.
- OK, encore deux séances et c'est bon, répond t-elle froidement.
- Je suis désolée pour toute à l'heure. C'est juste que j'ai fais un choix et je dois m'y tenir
- Pourquoi ? Pour finir malheureuse ? Pour abandonner tout espoir parce que tu auras fini par te laisser détruire par cette relation. Tu as peut être fait un choix, mais ça ne veut pas dire qu'il était bon. Il y a toujours d'autres possibilités, d'autres façon de se changer les idées. Quittes le et amuses toi, vis ta vie avant de trouver le bon mais ne prend pas le premier en désespoir de cause. Crois moi, il ne sera pas plus heureux que toi à la fin. C'est bon pour aucun de vous deux.
Je sais qu'elle a raison, elle me connaît mieux que personne et même si elle ne sait rien de ce qui m'a poussé à faire ce choix, elle sait que depuis un ans je ne suis plus que l'ombre de moi même.
- Bon, je sais que c'est à toi de voir mais franchement, quittes le, y a un super festival dans une semaine, sur quatre jours, je peux te garantir que là bas tu trouveras largement de quoi te changer les idées.
- Tu crois vraiment que c'est de ça dont j'ai besoin, danser et boire pendant quatre jours ?
- Ça pourra pas être pire que de rentrer auprès d'un mec que tu n'as pas envie de voir et que tu vas finir par détester.
Elle m'énerve quand elle fait ça, pourtant elle fait mouche à chaque fois, mais si je fais ça, ça veut dire que j'abandonne, que je baisse les bras et que je risque de retomber dans ces travers, dans cette souffrance dont il est parvenue à me sortir parce que oui je ne l'aime pas mais pour autant, il a été là, près de moi. Il est capable de me dire qu'il m'aime pendant des heures, qu'à ces yeux je suis juste la créature la plus formidable qui soit, que sa vie sans moi n'aurait aucun sens alors que pour moi, les choses sont différentes. Même me réveiller dans ces bras ne me procure pas le plaisir que j'aimerai ressentir. Il est sécurisant, rien de plus.
Je soupire, elle a raison et je déteste quand ça arrive, je déteste quand elle prend ce petit aire supérieur qui veut dire, alors tu vois, depuis le temps que je te le dis. Elle applique une pommade dans mon dos avant de poser un film en protection.
- Penses y. Je suis sûr que ça te plairait. Une bonne ambiance, des gens cool, des beaux mecs, un brin d'alcool et de musique pour parfaire le tableau. Le festival se passe au centre d'un ancien complexe hôtelier. Donc en plus on aura un vrai lit où dormir. Je te jure ça vaut le déplacement.
- Ouais, ouais, je vais y réfléchir, lui dis-je en soufflant.
Elle ne me lâchera pas et d'un sens je suis vraiment heureuse de savoir que j'ai une amie comme elle. Qui tient suffisamment à moi pour me bousculer quand j'en ai besoin, pour me pousser dans mes retranchements, pour être capable de me dire ce que personne d'autre n'oserait. Alors que je commence à enfiler mon débardeur, elle observe mon dos.
- Il va être magnifique, dit-elle. Je crois que c'est la plus belle pièce que j'ai faîte.
- J'espère bien, je t'avoue que je l'aurais mal pris si tu me disais que c'était un fiasco totale.
- Aucun risque, il est parfait. Encore un peu de remplissage et quelques rajout d'ombrages pour le rendre plus réaliste. Mais il est déjà parfait.
À ces yeux, je n'en doute pas une seconde, mais pour moi, il est avant tout douloureux et c'est surtout ça qui compte. Comme si cette torture que je m'infligeais n'avait pour but uniquement que je n'oublie jamais. Je termine de m'habiller en regardant l'heure. Je devrais sûrement rentrer maintenant. Il va probablement m'attendre, pourtant, là encore je n'en n'ai pas envie.
Il y a des fois ou je me sens vraiment misérable, il a tout ce qu'une femme recherche. Il est doux et prévenant et il a sûrement déjà commencé à cuisiner pour moi à cette heure. En rentrant, je n'aurais rien à faire, il se peut même qu'il m'est acheté un bouquet de roses qu'il aura disposé dans un vase en m'attendant. Il a tout, tout pour rendre n'importe qu'elle femme heureuse mais à mes yeux, il lui manque l'essentiel.
- Je dirais pas non à un verre, ça te tente, demande t-elle.
Bien sûr que ça me tente. Tant que je ne rentre pas maintenant.
- OK, lui dis-je. Je suis partante pour un verre.
Elle me sourit tendrement, elle sait très bien que je recule l'heure fatidique où je me retrouverais devant lui. Elle passe rapidement sa veste en cuir avant d'éteindre le salon et de le fermer. Alors, elle passe son bras autour du mien et m'attire dans un bar à ambiance juste à côté.
Il faut dire qu'elle s'est établie dans un quartier animé. Ici, la moitié de la nuit, la musique bat son plein, les gens viennent s'amuser, décompresser autour d'une bière. C'est sûrement pour ça qu'elle a choisit ce type d'horaires. Son salon n'ouvre qu'à partir de seize heure mais reste ouvert jusqu'à vingt deux heures.
Je suis vraiment fière d'elle, elle s'est construite elle même. C'est son talent qui lui a permit de réaliser son rêve et je dois dire que je ne l'ai jamais vu aussi heureuse. Elle parle joyeusement. Elle compte bien me faire passer un moment agréable, comme on avait l'habitude de le faire avant tout ça. Je la laisse faire, après tout, c'est peut être juste ce dont j'ai besoin. Un verre entre copines.
Dès qu'on passe la porte du bar l'ambiance me frappe de plein fouet. La musique, les gens qui discutent en riant, les verres qui se vident aussi vite qu'ils se remplissent. Depuis combien de temps je n'ai pas fais ça ? Depuis combien de mois je n'ai pas juste franchit les portes d'un établissement comme celui ci dans le simple but de m'amuser, de me détendre ?
Un sourire naît sur mes lèvres. Je sais exactement depuis quand, mais cette fois, alors qu'elle m'attire déjà vers le comptoir, ça ne me fait pas aussi mal que ça d'y penser. Le serveur vient vers nous rapidement. Visiblement c'est une habituée car il lui dit,
- Alors ma belle, la journée est finit ?
- Ouais, je viens avec ma dernière cliente du jour et surtout ma meilleure amie. Elle a besoin de se changer les idées, surtout après la torture que je viens de lui faire subir.
- Comme d'habitude alors ?
- En double beau mec.
- C'est partit, dit il en répondant au sourire de ma meilleure amie.
Je le vois mélanger les liquides dans un shaker avant de le secouer et de nous servir deux shoots d'une étrange couleur bleuté.
- Te poses pas de question, me dit ma meilleure amie alors que le serveur avance les verres vers nous. Je te jure que t'en mourras pas, sinon, j'y serais passé depuis un moment, dit-elle en prenant son verre à la main. Allez Emma, santé.
Je lui ai promis un verre et je dois dire que j'ai moi aussi envie de goûter à ce breuvage. On trinque alors que je le porte à mes lèvres. D'un regard, je vois Mélissa l'avaler d'une traite et j'en fais autant. Après tout, tant qu'on est toutes les deux, je ne crains rien. Aussitôt la brûlure de l'alcool se repent sur ma langue jusqu'à envahir ma gorge. C'est fort, bien plus que je ne le pensais et pourtant, ce doux frisson qui parcours ma peau n'est pas si désagréable.
Le bruit sec du verre contre le comptoir nous fait sourire toutes les deux. Synchro comme toujours même si on a pas pratiqué ce type d'entraînement depuis un moment.
- Alors t'es pas morte, me dit-elle avec un clin d'œil.
- Pas encore en effet.
- Un deuxième ?
- Je t'interdis de me tatouer quoique ce soit sous l'emprise de l'alcool que ça soit ton idée où la mienne. On est bien d'accord ?
- Parfaitement d'accord.
- Alors OK pour un deuxième.
Finalement, j'en bois quatre ou cinq. Je retrouve la sensation de sentir des hommes me regarder, me désirer même si ça me met légèrement mal à l'aise. Ce que je peux lire dans leurs yeux et aussi ce qui m'a perdu pour autant, je me surprend à sourire, à entrer de loin dans le jeu de la séduction.
La soirée est agréable, j'en viens à oublier la douleur de mon dos, à vrai dire, j'en viens à oublier toutes douleurs. La musique nous entraîne, et alors qu'elle me voit bouger doucement, elle finit par me prendre la main et danser avec moi. On a un peu trop but, ça n'est probablement pas l'endroit pour ça, mais on s'en fou. Ça n'a pas d'importance. On bouge en riant, en ne pensant à rien d'autres. Comme si toute cette putain d'année venait de disparaître d'un claquement de doigt.
Elle a raison. Je dois le quitter. J'ai encore le choix, avant qu'il ne soit trop tard.
Personne ne nous dit rien. En même temps, qui se plaindrait de voir deux nanas danser dans un bar. Je peux sentir les regards sur nous mais ça me passe juste bien au dessus de la tête. Je veux en profiter. Me vider la tête. Ne plus penser tout simplement. Nos éclats de rires se perdent dans la musique et le bruit de la clientèle. Mais ils raisonnent pour nous, pour nous deux. C'est la meilleure, depuis des années, la seule qui me comprenne vraiment sans que je n'ai à lui parler.
Il est plus d'une heure du matin quand elle m'appelle un taxi, hors de question de reprendre le volant. Je la serre contre moi, la porte est déjà ouverte, je suis prête à monter et pourtant, en la quittant les mots passent la barrière de mes lèvres,
- Merci pour tout et tu peux compter sur moi pour le festival. Je rentre et je le quitte. Tu as raison. Tu as toujours eu raison. Je croyais tellement que je pouvais tourner la page que j'en ai oublié que finalement, j'ai encore le droit de vivre. Merci de me l'avoir rappelé, merci de m'avoir fait sentir vivante pour la première fois depuis longtemps.
- Je te promets que maintenant que tu me l'as dis, tu ne risques pas d'y échapper. Je t'appelle dans quelques heures et t'as intérêt à l'avoir viré de chez toi sinon c'est moi qui vais venir Emma. Je plaisante pas. Je te laisserais pas sombrer. Tu m'as demandé mon aide pour ce tatouage et on sait toutes les deux que tu le fais pour commencer une nouvelle vie et ainsi tirer un trait sur ce qui te fait si mal. J'ai accepté alors tu peux me croire, je te lâcherais pas. On va prendre un pied d'enfer durant ces quatre jours et je te jure que c'est pas au sens littéraire que je parle, déclare t-elle avec un grand sourire.
- Ça marche, on se parle dans quelques heures Mélissa. Bonne nuit, lui dis-je en déposant un baiser sur sa joue.
Le chauffeur a déjà l'adresse, en refermant la portière, je lui fais un signe de la main. La voiture avance et presque par automatisme, je prends mon portable et découvre qu'il a essayé de m'appeler plusieurs fois. De nombreuses fois à vrai dire. J'ai vraiment fait n'importe quoi. Il ne mérite pas ce qu'il va lui arriver mais je crois que jamais je ne pourrais l'aimer. Jamais.
Étrangement, ce trajet me remet d'aplomb. Je sais que je ne peux plus reculer. Je ne peux pas me servir de lui et je ne veux plus souffrir. Je veux avancer et pour ça, je dois lui briser le cœur comme on l'a fait pour moi.
En entrant dans mon appartement, je le trouve sur le fauteuil, éveillé, à scruter son portable en attendant probablement une réponse de ma part.
- Je suis là, lui dis-je en m'avançant vers lui.
- Je sais, souffle t-il.
Il s'est inquiété, je peux le voir. Pourtant, en une fraction se seconde, sons sourire refait surface, me savoir là lui suffit. Seulement, à moi, ça ne me suffit plus.
- Je suis désolée, dis-je en m'installant à ces côtés. Je croyais que c'était ce que je voulais. J'y croyais vraiment, mais je n'ai pas fais le bon choix et à cause de moi, tu vas souffrir.
- Ne fais pas ça, dit-il en plantant son regard dans le mien. Je t'en prie, ne fais pas ça.
- Je m'en veux. Tu n'imagines pas à quel point. J'ai tout fait de travers. Je n'ai même pas d'excuses, j'ai vue en toi ma chance, la possibilité d'être sauvée sans réaliser que c'était à moi de le faire par mes propres moyens.
- Attends, tu as bus et peut être que..
- Que quoi ? C'est parce que j'ai un peu bu que je peux te le dire. Je suis désolée, vraiment désolée, tu es parfait, tu as tout ce qu'une femme peut vouloir mais.
- Mais ça n'est pas ce que toi tu veux ? C'est ça ? Tu as toujours tout fait pour laisser une barrière entre nous, comme si tu ne voulais pas te laisser approcher. Pourtant, je te jure que je peux t'aimer comme tu le souhaites Emma.
- Le simple fait que tu dises ça prouve que c'est impossible. Tu me connais c'est vrai, mieux que beaucoup de personnes. Je te l'accorde. Mais ça ne suffit pas. Je m'en veux de te faire ça. Je m'en veux tellement. Tu m'as sauvé et moi je dois t'abandonner pour continuer à avancer. Mais saches que pendant tout ce temps, je n'ai été qu'avec toi et uniquement avec toi.
- Tu sais que c'est faux. Il a toujours été là. Comme une ombre au dessus de nous, comme si tu le traînais à la manière d'un fantôme qui se serait agrippé à toi. Je ne sais pas ce qu'il t'est arrivé mais je sais que je veux tout faire pour te le faire oublier.
- Et pourtant, malgré une année, tu n'y est pas parvenue. Je suis désolée. Tu as le droit de m'en vouloir, de me haïr. Mais, je veux que tu partes. Je veux que tu sortes de ma vie, dis-je dans un souffle.
- Tu es sûr de toi ? Sûr de ça ? Tu ne te souviens pas dans quel été tu étais quand je t'ai rencontrée. Je me suis occupée de toi. J'ai tout fais pour te voir sourire à nouveau et maintenant, du jour au lendemain, tu décides de me quitter.
- Je sais. Ça n'a rien de juste. Ça n'a rien de bien et pourtant c'est tout à fait ça. J'aimerais que tu comprennes à quel point je m'en veux pour ça. Mais tu ne le comprendras sûrement que plus tard, quand tu auras trouvé ce que tu cherches.
Je vois cette étincelle dans son regard, celle de la colère. J'y suis prête. Je ne me laisserais plus jamais faire. Plus jamais. Et soudain, plus rien, un peu comme si il abandonnait, comme si il rendait les armes avant même d'avoir essayé de se battre.
- Envoies moi mes affaires s'il te plaît, dit-il en quittant la pièce.
Bien sûr que je le ferais. La porte d'entrée se referme sur lui, sur cette histoire qui n'a été qu'une illusion. Je lève les yeux au plafond, contemple cette lumière qui s'imprègne dans ma rétine. Le silence de mon appartement me fait du bien, c'est agréable. Vraiment agréable. Si bien que je me laisse aller et finit par m'endormir sans mon salon.
Mon portable sonne, bien trop fort à mon goût, il raisonne dans la pièce comme un appel à l'aide. J'ouvre les yeux difficilement et arrive à le récupérer avant de décrocher.
- Allô, dis-je d'une voix lamentable.
- Je te réveille, dit Mélissa sur un ton un peu trop enjoué.
- Dans le mille.
- Dis moi que tu l'as fais et que ça tient toujours pour ce week-end ?
- Je l'ai fais et ça tient toujours pour ce week-end.
- Géniale, cri t-elle alors que j'éloigne mon portable de mon oreille. Alors je viens te chercher jeudi soir, je nous réserve une chambre et si t'as besoin, tu sais où me trouver quand j'ai fini le boulot.
- Je vais attendre quelques jours avant de remettre ça Mélissa mais je serais prête jeudi soir, promis.
- Surtout, ne penses pas, agis, dit-elle. Suis mon conseil et tu verras, ça va bien se passer.
Plus facile à dire qu'à faire. Pourtant, hier soir, j'étais enfin bien. Ne plus penser, se laisser aller, ça m'a peut être perdu une fois mais ça ne veut pas dire que tout est finit. J'ai aimé me sentir désirée, j'ai aimé rire, j'ai aimé me rapprocher d'inconnu juste pour en apprendre plus, pour les découvrir. Je me suis sentit revivre tout simplement.
Je ne vais pas réfléchir, je ne vais pas penser, je vais avancer et oublier définitivement ce qu'il s'est passé.
Le jeudi suivant
Mélissa se présente comme une fleur à la maison. Visiblement sa semaine a été beaucoup plus agréable que la mienne. Car après son départ, j'ai eu le droit aux appels, aux textos, aux mails, aux messageries privés. Ce monde moderne est un enfer quand on cherche à s'éloigner définitivement de quelqu'un.
- Tu m'as promis je te rappelle, dit-elle en voyant ma tête.
- Merci pour le compliment, désolée si la semaine a été un peu dur. Mais je suis prête. Vides moi la tête pendant quatre jours. J'ai posé un congé pour ça, vaudrait mieux que ça en vaille la peine.
- Tu peux me croire, dit-elle tout sourire. Ça en vaut plus que la peine.
J'attrape mon sac et verrouille la porte derrière moi. J'ai vraiment besoin de ce week-end. Même au boulot j'enchaîne connerie sur connerie. Heureusement que ma sœur est ma patronne sinon je me serais fais virer il y a déjà des jours. Elle m'a carrément encouragée quand je lui ai demandé deux jours de repos à vrai dire elle m'a offert une semaine. En voiture, Mélissa est surexcitée à l'idée que je la suive, non pas que nous n'ayons jamais tout plaqué pour une fête, un festival, mais là, c'est un peu comme des retrouvailles et je me laisse aller à mon tour, oubliant cette semaine de merde.
Je passe mon portable en mode silencieux. Qu'importe le nombre de fois où il va appeler, je n'entendrais rien. Dans la voiture, on chante à tue tête, on rit quand l'une de nous se trompe dans les paroles, alors que la musique est au maximum, on s'amuse comme si on avait 15 ans et pas 25.
Quand on arrive sur place, je me sens vraiment différente comme si je respirais enfin, comme si je me retrouvais. Il y a des scènes un peu partout qui diffusent toutes des styles de musiques différentes alors que tout autour, des barres d'hôtels qui ne servent probablement que pour ce type d'événement. L'endroit est démesuré. Un truc de fou, comme je n'en n'avais pas vu depuis bien longtemps. Mélissa attrape ma main avant de me tirer derrière elle.
- On va poser nos affaires dans notre chambre, cri t-elle par dessus le bruit assourdissant de la foule.
Je la suis sans me poser de questions et alors qu'elle me guide, je percute un jeune homme de plein fouet. Il a de supers réflexes car il arrive à m'attraper alors que je suis déstabilisée par l'impact et que je lâche la main de Mélissa. Je percute son torse pendant qu'il pose sa main au creux de mon dos pour m'empêcher de tomber. En relevant la tête, mon regard plonge dans le sien avant de glisser sur son sourire.
- Tu devrais faire attention ma jolie, on ne sait jamais sur qui on peut tomber ici.
- Quelque chose me dit que tu n'es pas le pire sur qui je puisse tomber lui dis-je en lui rendant son sourire.
- Qui sait, je pourrais m'avérer dangereux. Très dangereux, surtout face à une proie aussi tentante que toi.
- Tu crois ? À aucun moment tu n'imagines que je puisse être la plus dangereuse de nous deux.
- J'avoue, je n'y ai pas pensé. Mais maintenant que tu me le dis, il se peut que peut être, en effet, tu sois la plus dangereuse. Tu viens juste d'arriver ?
- Tout juste, désolée de t'avoir percuté, quoique, je dois dire que c'est pas la pire des choses qui me soit arrivée ces derniers temps.
- Je peux savoir comment tu t'appelles ?
- Emma et toi ?
- Dorian.
- Ravie de te rencontrer Dorian.
- Pareil pour moi Emma.
- Je dois y aller, ma copine va m'attendre.
- J'espère qu'on se recroisera plus tard. Je serais au stand latino, dit-il en me souriant.
- Alors on se reverra sûrement beau brun, je peux te le garantir, dis-je alors que Mélissa m'appelle.
Je la retrouve rapidement et déjà, je la vois me sourire en me faisant un clin d'œil.
- Arrêtes ça tout de suite. T'as vu ce mec ? Sérieux, qu'elle femme pourrait lui tourner le dos sans le regarder.
- Hé bien je dirais moi, mais c'est sûrement parce que mes hormones vont bien ? Je n'ai aucun besoin d'un bon cou d'un soir bien viril, bien sauvage qui te fait grimper au rideaux comme jamais. J'ai un barman très dévoué à côté de chez moi.
- Rien qu'à t'entendre, je pourrais presque m'y voir, dis-je en riant doucement et je m'en doutais légèrement petite cachottière.
Durant quelques minutes je la suis aveuglément jusqu'à ce qu'elle s'arrête face à un immense bâtiment. Un jeune tient l'accueil. Mélissa lui tends nos réservations et à son tour, il nous donne deux clés. On écoute ces vagues explications et après plus de cinq minutes à chercher, on trouve enfin notre chambre. C'est pas le grand luxe, mais c'est suffisant. Deux lits, un petit frigo et une plaque pour cuisiner. Derrière une porte, une cabine de douche. C'est tout ce qu'il nous faut pour notre petit séjour.
On ne s'attarde pas, je suis aussi pressée qu'elle d'aller voir les divers scènes. Après quelques minutes de marche, nous nous mêlons à la foule et nous arrêtons face au premier concert. Les accords de la guitare m'électrise, si bien que je reste figée en écoutant la musique. Mélissa revient, alors que je ne l'avais même pas vue disparaître, elle me rapporte un verre en me faisant un clin d'œil.
- C'est notre week-end ma grande, dit-elle en me le tendant.
- Mais le truc des tatouages est toujours valable.
- J'ai pas mon matériel. Ce week-end c'est juste fiesta entre nous.
- Alors à ta santé.
À la lueur dans son regard, je devrais certainement me méfier, néanmoins, j'ai confiance en elle. C'est certainement pour cette raison que j'avale mon verre d'une traite. Je suis venue là pour ça. Pour me libérer, pour ne plus penser. Le liquide coule dans ma gorge, chaud, me brûlant presque lors de ma première gorgée. Puis l'ambiance nous gagne, nous dansons toutes les deux parmi la foule qui commence à s'amasser.
Le temps ne semble plus avoir d'importance ici, on passe de scène en scène en enchaînant les divers cocktails. Je ne sais même pas depuis combien de temps je danse, je ris, je m'amuse, jusqu'à ce que je croise son regard alors qu'on s'approche du coin Latino. Dorian. Ce mec est vraiment trop beau, brun aux yeux vert avec un côté sauvage qu'il me plairait de découvrir.
Mélissa passe sa main sur mon épaule avant de me dire,
- Fonces ma belle, t'as bien mérité de t'amuser un peu.
Il me sourit, j'ai vraiment envie de me laisser tenter. J'ai envie de briser cette distance qui nous sépare. Il me tend une main en m'invitant à le rejoindre et derrière moi, Mélissa me pousse à y aller. Alors mon corps agit et je fais un pas puis un autre avant de le retrouver et d'attraper sa main. Il passe son bras au creux de mon dos et me dit en se penchant à mon oreille,
- Tu en as mis du temps Emma.
- Ce qui compte c'est que maintenant, je suis là.
- Alors, comment tu trouves ce festival ?
- Pour tout te dire, j'attendais de te revoir pour voir si ça en valait vraiment la peine.
- Et maintenant que tu m'as revue ?
- J'attends de voir si tu peux être à la hauteur pour me satisfaire.
- Un défit, dit-il en posant a main libre sur ma nuque pour me rapprocher un peu plus de lui. Tu aimes danser ?
- Est ce que tu es un bon partenaire ?
Il me serre un peu plus avant de me sourire.
- Tu n'imagines pas à quel point.
- Montres le moi.
Ces lèvres sont si proches des miennes, son corps tout en muscle me fait légèrement frissonner ce qui à l'aire de lui plaire. Il m'attire un peu plus près de la scène et la musique latine nous traverse alors que nos corps commencent à onduler.
Je me laisse aller, oublies tout le reste sauf l'intensité de son regard. J'aime la manière dont il me regarde, la façon dont ces yeux passent sur mes lèvres, la manière dont sa peau effleure la mienne alors qu'il a toujours sa main au creux de mon dos.
C'est vraiment agréable et surtout, il a raison, il danse plus que bien. Mes bras passent autour de son cou et c'est à son tour de frissonner en me souriant un peu plus. C'est dingue ce qu'il est beau, c'est dingue, à quel point je ne vois que lui durant ces quelques minutes.
POV Mélissa
Je reste un peu en retrait en observant ma meilleure amie danser avec ce mec. Je n'ai aucune idée de qui il est, mais en tout cas, ça faisait longtemps que je ne l'avais pas vu aussi détendu, souriante, je dirais même charmeuse à la manière dont elle danse contre lui.
Je savais que ça lui ferait du bien, je savais qu'elle avait juste besoin de s'amuser un peu et visiblement, elle est bien partie pour. Je la retrouve enfin, après ces longs mois où elle n'était plus que l'ombre d'elle même, après l'avoir vu dépérir à petit feu, après l'avoir vu baisser les bras pour s'enfermer dans une bulle illusoire.
Elle ne m'a jamais expliqué ce qui s'est passé ce week-end là. Je sais qu'elle a été à une soirée organisée par une boîte avec laquelle elle travaille, puis je n'ai pas réussis à la joindre pendant plus de deux jours. Quand elle a réapparu, elle n'était plus la même. Son regard était douloureux, éteint. Elle a arrêté de sourire, de rire. À vrai dire, j'avais l'impression qu'elle n'était plus qu'une coquille vide. J'ai tout fais pour qu'elle me parle, mais elle n'a jamais voulut me répondre.
Mais maintenant, alors qu'elle passe ces bras autour de son cou, j'ai l'impression de la retrouver. De la revoir comme avant ce week-end, quand on passait des soirées entières à faire la fête avant de reprendre le boulot le lendemain comme si de rien n'était.
Il passe ces mains sur ces bras, c'est un rapide et ça a l'aire de lui plaire, c'est tout ce qui compte. Le jeu de la séduction est en marche, je sais qu'elle est très douée quand elle s'y met. Elle sait comment faire, elle a sut comment s'amuser avant.
POV Emma
Ma peau frissonne alors qu'il caresse mes bras. C'est fou ce qu'il peut me faire de l'effet et j'ai l'impression que c'est réciproque car dans ces yeux, je peux voir une étincelle qui ne semble danser que pour moi. Il passe sa langue sur ces lèvres, durant un court instant, je ne peux détacher mon regard de ce geste. J'ai envie de le goûter, de me laisser aller.
Son sourire m'a fait littéralement craquer, c'est un véritable appel à la luxure, je dois dire que j'ai très envie de répondre à cet appel. Sa main remonte le long de mon bras pour arriver jusqu'à mon cou qu'il saisit fermement. Mon corps le veux, c'est indéniable. J'ai l'impression que ça fait une éternité que je n'ai pas vibrée de la sorte, que je ne me suis pas sentis m'enflammer comme ça.
Son souffle caresse mes lèvres, il est si proche et en même temps tellement loin, encore trop loin. Il n'y a que quelques centimètres à briser, ces hanches continuent d'onduler contre les miennes. Il se frotte lascivement contre moi, électrisant chaque partie de mon corps qui en réclame déjà d'avantage.
Je resserre ma prise autour de son cou, nous rapprochant encore un peu plus si c'est possible et enfin, il brise cette fine distance. Ces lèvres couvrent les miennes et cette chaleur, cette ardeur, me fait légèrement gémir. C'est tellement bon, bien plus que dans mes souvenirs. Sa langue me demande un accès que je lui offre sans la moindre hésitation
Nos lèvres bougent, nos langues se caressent alors qu'une de ces mains vient se mêler à mes cheveux. Il sait s'y faire c'est indéniable. Il est vraiment doué et au fond de moi, j'espère que ces talents ne s'arrêtent pas à ce domaine.
- Tu veux continuer à danser, ou je peux t'offrir un verre ?
- Ça dépend d'où tu comptes m'offrir ce verre.