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Un an pour la séduire

Un an pour la séduire

Auteur:: Kyria
Genre: Romance
Alicia Morel, est invitée à passer un an dans la demeure aristocratique des Montclair, une famille influente et respectée. Bien qu'elle soit méprisée pour son origine modeste, elle bouleverse l'équilibre rigide de la maison grâce à son esprit libre et sa résilience. Les cinq frères Montclair, tous séduisants mais hantés par leurs propres failles, ils ont à leurs pieds toute les femmes sauf une; Alicia, qui semble complètement indifférent à leurs charme. À mesure que chacun d'eux se confronte à Alicia, leurs certitudes s'effondrent. Ils se retrouvent en concurrence pour conquérir le cœur d'Alicia. Mais 1an ça passe vite. Parviendront ils a la séduire avant qu'elle ne s'éloigne ?

Chapitre 1 Chapitre 1

Le taxi roulait lentement sur le chemin de gravier menant au domaine Montclair. J'étais assise à l'arrière, observant le paysage par la fenêtre. Les vignes s'étendaient à perte de vue, parfaitement alignées, comme si chaque rangée avait été plantée avec une rigueur militaire. Cela semblait si éloigné de mon monde. Mes pensées s'égaraient vers l'endroit où tout avait commencé : un concours d'innovation technologique auquel je m'étais inscrite sur un coup de tête. Je n'aurais jamais imaginé qu'il me mènerait ici, dans cet univers feutré et inaccessible.

Le chauffeur, un homme à l'allure fatiguée, jeta un coup d'œil dans le rétroviseur.

- Vous êtes sûre que c'est ici, mademoiselle ? On n'en voit pas beaucoup des comme vous dans ce coin.

Je me forçai à sourire.

- Oui, c'est ici.

Mais intérieurement, j'étais aussi sceptique que lui. Pourquoi m'avoir choisie, moi, Alicia Morel, fille de mécanicien et autodidacte acharnée ? Ce n'était pas comme si je cadrais avec leur image d'élégance aristocratique. Pourtant, la lettre était claire : invitation officielle pour un séjour d'un an en tant qu'invitée spéciale des Montclair. La promesse d'un projet collaboratif inédit, disait-elle.

Le taxi s'arrêta enfin devant une immense demeure. Le manoir Montclair semblait tout droit sorti d'un conte gothique. Ses façades en pierre grise, ornées de lierre grimpant, imposaient respect et intimidation.

- Bonne chance, mademoiselle, lança le chauffeur en sortant ma valise du coffre. Vous allez en avoir besoin.

À peine avais-je posé le pied sur le perron qu'une lourde porte s'ouvrit, révélant un homme grand, aux traits sévères. Son costume parfaitement ajusté, ses cheveux bruns impeccablement coiffés, et son regard froid me firent comprendre qu'il n'était pas du genre à plaisanter. Gabriel Montclair, l'aîné de la famille, si je me souvenais bien des détails glanés en ligne.

Il me détailla un instant, ses yeux clairs analysant chaque pli de mes vêtements. J'avais opté pour une tenue sobre mais propre : un pantalon noir, une chemise blanche, et ma vieille veste en cuir. Pas assez pour lui, apparemment.

- Vous êtes Alicia Morel ? demanda-t-il, d'un ton presque glacial.

- Oui. Et vous devez être Gabriel Montclair, répondis-je en tentant de garder une contenance.

Il hocha la tête, sans sourire.

- Suivez-moi.

Il se retourna brusquement, me laissant seule pour traîner ma valise derrière lui. Pas même un mot de bienvenue, rien. L'entrée était aussi froide que lui : un vaste hall dominé par un lustre imposant et des portraits de famille austères qui semblaient juger ma présence.

- Vous êtes ici pour travailler, commença-t-il en marchant devant moi d'un pas rapide. Pas pour des vacances. La lettre était peut-être flatteuse, mais ne vous méprenez pas : vous n'avez pas votre place ici.

Sa remarque me fit grincer des dents, mais je me retins de répondre.

- Je n'ai jamais cherché à m'inviter, dis-je enfin, d'un ton calme mais ferme.

Il se retourna pour me regarder, surpris par ma réponse. Ses yeux semblaient évaluer si je mentais ou non. Puis, sans un mot de plus, il reprit sa marche.

Nous atteignîmes une bibliothèque, immense et ornée de boiseries sombres. Gabriel s'arrêta au centre, comme s'il attendait que je sois impressionnée.

- C'est ici que vous travaillerez, dit-il en désignant une table massive recouverte de livres et de documents. Chaque matin, vous recevrez des instructions précises. Ne vous égarez pas dans le domaine sans permission.

Je fronçai les sourcils.

- Sans permission ? Je ne suis pas une prisonnière, que je sache.

Pour la première fois, il esquissa quelque chose qui ressemblait vaguement à un sourire, mais qui n'avait rien d'amical.

- Non, mais les règles sont claires.

Je soupirai et me dirigeai vers la table. Mon regard s'arrêta sur un carnet posé au centre. Les initiales « G.M. » y étaient gravées en lettres dorées.

- Vous aimez tout contrôler, hein ?

Il haussa un sourcil.

- Si c'est tout ce que vous avez remarqué, alors oui, je suis très méticuleux.

Je ne pus m'empêcher de répondre, malgré moi :

- Et aussi incroyablement agréable, visiblement.

Son sourire disparut, remplacé par un froncement de sourcils. Il s'apprêtait à répondre, mais un bruit derrière nous le fit se retourner.

Un jeune homme blond, plus décontracté dans son allure, entra dans la pièce avec un sourire malicieux.

- Gabriel, tu es déjà en train de terroriser notre invitée ?

- Louis, ce n'est pas le moment, répliqua Gabriel sèchement.

- Oh, allons, détends-toi un peu, répondit Louis avant de se tourner vers moi. Vous devez être Alicia. Bienvenue dans notre humble demeure.

Son ton et son sourire étaient un contraste saisissant avec l'attitude glaciale de Gabriel. Je lui serrai la main, reconnaissante pour ce bref moment de chaleur humaine.

- Merci.

Louis s'installa négligemment sur un fauteuil, jetant un regard amusé à son frère.

- Tu devrais être plus aimable avec elle. Après tout, elle va passer un an ici.

Gabriel ne répondit pas, mais je pouvais sentir la tension augmenter dans la pièce.

Après leur départ, je restai seule dans la bibliothèque, examinant les documents laissés sur la table. Mon esprit était en ébullition. Pourquoi avais-je accepté cette proposition ? Était-ce vraiment une opportunité, ou un piège déguisé sous une promesse alléchante ?

Alors que je feuilletais les pages, une pensée persistante me hantait : qu'avais-je fait pour mériter une telle hostilité dès mon arrivée ? Et pourquoi Gabriel semblait-il si déterminé à me faire sentir que je n'étais pas à ma place ?

Mais le plus troublant, c'était ce regard fugace qu'il avait eu, comme s'il voyait quelque chose en moi qu'il n'arrivait pas à définir. Ce mélange d'aversion et de curiosité.

Je savais une chose : cet endroit allait être tout sauf une expérience paisible.

Le dîner était prévu pour 19h00 précises, et à en croire Gabriel, la ponctualité était une exigence absolue chez les Montclair. Après avoir laissé ma valise dans une chambre qui ressemblait davantage à une suite d'hôtel de luxe qu'à une chambre d'amis, je me tenais devant un miroir imposant, essayant de me calmer.

L'idée de rencontrer les cinq frères Montclair en même temps m'angoissait plus que je ne voulais l'admettre. Gabriel m'avait donné un avant-goût de leur mépris, et je n'attendais pas mieux des autres.

Quand je descendis, le salon débordait d'une ambiance étrange, mélange d'élégance et de tension palpable. Gabriel était là, droit comme un piquet, un verre à la main, observant ses frères avec un mélange de désapprobation et de fatigue.

Louis, que j'avais rencontré plus tôt, était assis négligemment sur un canapé en cuir, un sourire moqueur aux lèvres. Ses cheveux blonds parfaitement coiffés lui donnaient l'air d'un mannequin, mais son attitude trahissait une arrogance insupportable.

- Ah, voilà notre invitée, lança Louis en me voyant.

Tous les regards se tournèrent vers moi.

Victor, le deuxième frère, leva les yeux de son livre. Il était habillé avec une simplicité déconcertante, mais son aura dégageait une intelligence froide. Il ne me salua pas, se contentant de m'observer, comme si j'étais un spécimen qu'il étudiait.

Étienne, le philosophe autoproclamé, se tenait près de la cheminée. Contrairement aux autres, son sourire semblait sincère, presque rassurant.

Enfin, Mathias, le plus jeune, débordait d'énergie. Il jonglait avec une pomme et riait à une plaisanterie qu'il s'était visiblement racontée à lui-même.

- Bonsoir, dis-je en essayant de paraître à l'aise.

- Bonsoir, répondit Étienne. Bienvenue chez nous.

- Ne sois pas trop chaleureux, Étienne, railla Louis. Elle pourrait croire qu'on est gentils.

- Louis, ce n'est pas le moment, intervint Gabriel, exaspéré.

Louis haussa les épaules, mais son sourire provocateur ne disparut pas.

- Alors, Alicia, qu'est-ce que vous pensez de notre humble demeure ? demanda-t-il, son ton suintant l'ironie.

- C'est... impressionnant, répondis-je honnêtement, même si son attitude m'agaçait.

- Impressionnant ? répéta-t-il, feignant d'être choqué. Vous entendez ça, Gabriel ? Notre invitée trouve notre maison impressionnante. Peut-être devrions-nous organiser une visite guidée, qu'en dites-vous ?

Gabriel ignora son frère et se tourna vers moi.

- Le dîner est servi, annonça-t-il, coupant court à la discussion.

Chapitre 2 Chapitre 2

La salle à manger était tout aussi somptueuse que le reste de la maison. Une longue table en bois massif trônait au centre, entourée de chaises ornées de sculptures complexes. Un chandelier imposant diffusait une lumière douce et chaleureuse.

Je m'assis entre Étienne et Mathias, espérant que leur compagnie serait moins oppressante que celle de Gabriel ou de Louis.

Le repas débuta dans un silence presque cérémonial, interrompu uniquement par le cliquetis des couverts. Mais, fidèle à lui-même, Louis brisa rapidement cette quiétude.

- Alors, Alicia, dit-il en se penchant légèrement vers moi, que faisiez-vous avant de venir bouleverser notre petite routine ?

Je sentis tous les regards se tourner vers moi.

- Je travaillais sur un projet d'innovation dans l'aéronautique, répondis-je, essayant de garder un ton neutre.

- De l'aéronautique ? répéta-t-il, feignant l'étonnement. Et moi qui pensais que vous étiez ici pour votre sens de la décoration.

Un rire étouffé s'éleva, probablement de Mathias.

- Louis, arrête, intervint Étienne d'un ton ferme.

- Quoi ? Je fais la conversation, c'est tout, répondit-il avec un sourire innocent.

- Peut-être que tu devrais écouter au lieu de parler, rétorqua Gabriel.

- Oh, et toi, Gabriel, tu es un modèle d'écoute, peut-être ? répondit Louis en roulant des yeux.

J'étais prise au milieu de cette joute verbale, essayant de me concentrer sur mon assiette. Mais Louis ne semblait pas décidé à me laisser tranquille.

- Vous savez, Alicia, dit-il en baissant légèrement la voix, Gabriel a toujours eu une certaine... difficulté à accepter les gens différents. Ne le prenez pas personnellement.

- Louis, ça suffit, gronda Gabriel, son ton plus autoritaire que jamais.

- Pourquoi ? Je ne dis que la vérité, continua Louis avec un sourire narquois.

Je serrai les dents, essayant de ne pas répondre. Mais intérieurement, une colère sourde montait.

Après le dîner, je décidai d'explorer un peu la maison, profitant de l'occasion pour m'éloigner de l'ambiance tendue. Je parcourais les couloirs déserts, observant les tableaux accrochés aux murs, des portraits d'ancêtres Montclair au regard austère.

Mes pas me menèrent devant une porte fermée à clé. Elle contrastait avec les autres, plus ancienne et ornée de gravures presque effacées par le temps.

Je tendis la main pour toucher le bois, sentant une étrange énergie émaner de cet endroit.

- Vous feriez mieux de ne pas traîner ici, dit une voix derrière moi.

Je sursautai et me retournai pour voir Victor, adossé au mur, son livre toujours en main.

- Désolée, je ne faisais que regarder, dis-je rapidement.

- Certaines choses sont mieux laissées en paix, murmura-t-il avant de disparaître dans l'ombre du couloir.

Sa remarque me laissa perplexe. Que cachait cette pièce ?

Alors que je retournais vers ma chambre, des voix attirèrent mon attention. Je m'arrêtai, tendant l'oreille.

- Ce n'est pas une bonne idée, Gabriel, dit une voix que je reconnus comme celle d'Étienne.

- Nous n'avons pas le choix, répondit Gabriel, sa voix basse et tendue.

- Si elle découvre...

- Elle ne découvrira rien, coupa Gabriel. Je m'en assurerai.

Un silence tendu suivit, puis des bruits de pas s'éloignèrent.

Mon cœur battait à tout rompre. De quoi parlaient-ils ? Et pourquoi avais-je l'impression d'être au centre de ce "secret" qu'ils tentaient de protéger ?

Les voix résonnaient encore dans mon esprit alors que je me levais le lendemain matin. La querelle que j'avais entendue entre Gabriel et Étienne la veille n'avait pas cessé de me perturber. Leur ton, la tension palpable dans leurs mots... Ils me cachaient quelque chose, c'était évident. Mais quoi exactement ?

Je descendis dans la cuisine, espérant une tasse de café pour éclaircir mes pensées. La pièce était baignée d'une lumière dorée, filtrée par les grandes fenêtres. Je m'arrêtai net en voyant Victor et Gabriel debout près de l'îlot central, visiblement engagés dans une discussion houleuse.

- Ce que je dis, c'est que sa présence ici complique tout, cracha Victor, les bras croisés.

- Et ce que je dis, c'est que nous avons besoin d'elle, répliqua Gabriel, son ton sec comme une lame.

Victor secoua la tête avec une exaspération évidente.

- Tu joues avec le feu, Gabriel. Tu sais ce qui est en jeu.

- Je sais parfaitement ce qui est en jeu, répondit Gabriel, serrant les dents. Et toi, tu ferais bien de te souvenir que c'est moi qui prends les décisions ici.

Le silence qui suivit était glacial, chargé d'une tension presque physique. Je me raclai légèrement la gorge, espérant ne pas les surprendre trop violemment.

- Oh, Alicia, dit Victor, me remarquant le premier. Vous êtes matinale.

Gabriel se tourna vers moi, son regard plus dur que jamais.

- La cuisine n'est pas le meilleur endroit pour les discussions matinales, lança-t-il avant de quitter la pièce sans un mot de plus.

Je restai figée, gênée par la froideur de Gabriel et l'étrange sous-entendu de leur conversation.

- Ne faites pas attention à lui, dit Victor avec un sourire qui se voulait rassurant. Il n'est pas du matin.

- Je vois ça, répondis-je, prenant une tasse pour me servir du café.

Mais même après son départ, je ne pouvais ignorer la sensation persistante qu'ils me considéraient comme un élément perturbateur dans leur monde bien ordonné.

Plus tard dans la journée, je croisai Mathias dans le jardin. Le plus jeune des frères semblait constamment en mouvement, débordant d'énergie enfantine.

- Hé, Alicia ! cria-t-il en courant vers moi.

- Salut, Mathias, dis-je avec un sourire prudent.

- Alors, t'amuses-tu dans notre château hanté ?

- Château hanté ? répétai-je avec un rire nerveux.

- Oh, oui, plein de secrets, de portes cachées, de pièces mystérieuses... Il fit un geste dramatique avec ses mains. Et des invités qui n'ont aucune idée de ce qui les attend.

Son ton léger était clairement une blague, mais il y avait quelque chose dans son regard qui me mit mal à l'aise.

- Très drôle, répondis-je en croisant les bras.

- Je plaisante, bien sûr, ajouta-t-il avec un clin d'œil. Mais si tu veux explorer, je connais tous les coins et recoins de cette maison.

- Je crois que je vais me débrouiller seule, merci.

Il haussa les épaules, mais un sourire espiègle étirait toujours ses lèvres.

Ce n'est que bien plus tard que je compris pourquoi il avait cet air malicieux. Lorsque je rentrai dans ma chambre, un seau d'eau glacée tomba sur ma tête, accompagné d'un éclat de rire provenant du couloir.

- Sérieusement, Mathias ? criai-je, trempée de la tête aux pieds.

Il était plié en deux de rire, incapable de répondre.

- C'était censé être une blague, dit-il enfin, essuyant une larme au coin de l'œil.

- Une blague ? rétorquai-je en avançant vers lui, tremblante de colère et d'humiliation. Tu trouves ça drôle ?

- Oh, viens, détends-toi.

Je ne réfléchis pas. J'attrapai un vase décoratif posé sur une console et le renversai sur lui. L'eau qu'il contenait éclaboussa son visage et son torse, interrompant son rire immédiatement.

- Eh bien, maintenant on est quittes, dis-je sèchement, les bras croisés.

Mathias resta un instant figé avant d'éclater de rire à nouveau.

- T'es pas mal, Alicia. Je crois qu'on va bien s'entendre finalement.

Je levai les yeux au ciel, mais je ne pus m'empêcher de sourire légèrement.

Chapitre 3 Chapitre 3

Plus tard dans l'après-midi, après m'être changée et avoir calmé mes nerfs, je me promenais dans l'aile ouest du manoir, une partie que je n'avais pas encore explorée. Les couloirs étaient silencieux, presque oppressants, avec leurs tapis épais et leurs tableaux de famille solennels.

C'est alors que je tombai sur une petite pièce dont la porte était entrouverte. L'intérieur semblait être un bureau ou une bibliothèque.

Sur un bureau encombré de papiers et de livres, un carnet attira mon attention. Sa couverture en cuir usé et ses pages noircies d'une écriture élégante détonnaient parmi le désordre environnant. Je savais que je ne devrais pas, mais ma curiosité fut plus forte.

J'ouvris le carnet et commençai à lire. Les premières pages étaient remplies de réflexions philosophiques sur des concepts comme la liberté, le sacrifice, et la moralité. Mais plus je lisais, plus les mots prenaient une tournure troublante.

"Le fardeau de la vérité est plus lourd que celui du mensonge."

"Si le sacrifice d'un seul peut sauver des milliers, alors ce sacrifice est une nécessité."

Ces phrases résonnaient d'une manière étrange, comme si elles avaient été écrites avec une intention précise, presque calculée.

J'étais si absorbée que je n'entendis pas les pas dans le couloir.

- Qu'est-ce que vous faites ?

La voix froide d'Étienne me fit sursauter. Je refermai rapidement le carnet, le cœur battant.

- Je... Je suis désolée, balbutiai-je. Je ne faisais que regarder.

Il s'avança lentement, ses yeux sombres fixés sur moi avec une intensité presque effrayante.

- Ce carnet n'est pas pour vous, dit-il d'un ton calme, mais glacial.

- Je ne voulais pas...

- Ce n'est pas une question de vouloir, coupa-t-il. Vous n'avez rien à faire ici.

Je me levai, le carnet toujours dans les mains.

- Pourquoi écrivez-vous des choses pareilles ? demandai-je, incapable de cacher ma curiosité.

- Rendez-le-moi, ordonna-t-il, tendant la main.

Je sentis que j'avais franchi une limite, mais une partie de moi refusait de reculer. Étienne semblait différent à cet instant, moins chaleureux, presque menaçant.

La tension dans la pièce était palpable, et je ne savais pas comment cette confrontation allait se terminer. Mais une chose était claire : le carnet contenait des secrets, tout comme cette maison, et j'étais déterminée à les découvrir.

Étienne me fixait, immobile comme une statue. Sa main tendue restait en suspens, exigeant silencieusement que je lui rende le carnet. Je pouvais sentir la tension dans l'air, un mélange de colère et d'une étrange vulnérabilité.

- Vous n'avez pas répondu à ma question, dis-je doucement, mes doigts encore serrés autour du carnet.

Ses yeux s'assombrirent, mais il ne haussa pas la voix.

- Ce carnet est privé. Ce n'est pas à vous d'en comprendre le contenu.

- Pourtant, ce que vous écrivez... c'est fascinant, avouai-je. Mais aussi inquiétant. Vous parlez de sacrifice, de vérités lourdes à porter...

Étienne plissa les yeux, comme s'il cherchait à deviner mes intentions. Puis il baissa sa main, laissant échapper un soupir presque imperceptible.

- Vous voulez comprendre, n'est-ce pas ? murmura-t-il.

- Peut-être que si vous m'expliquiez, je comprendrais mieux.

Un silence pesant s'installa. Finalement, il fit un geste brusque de la main.

- Très bien, gardez-le pour l'instant, mais ne tirez pas de conclusions hâtives, dit-il avant de tourner les talons pour quitter la pièce.

Je restai debout, déconcertée par sa réaction. Pourquoi avait-il soudain abandonné son exigence ? Et pourquoi avais-je la sensation que ce carnet était bien plus qu'un simple recueil de réflexions philosophiques ?

Plus tard ce soir-là, le premier dîner officiel avec toute la famille Montclair eut lieu dans la grande salle à manger. La pièce elle-même semblait issue d'un autre siècle, avec son lustre imposant, ses longues rideaux de velours rouge, et une immense table en bois massif qui pouvait accueillir une vingtaine de personnes.

Je m'assis près de Victor, qui m'adressa un sourire encourageant. À ma gauche, Mathias lançait des regards espiègles à tout le monde, comme s'il préparait déjà sa prochaine blague. Étienne était au bout de la table, silencieux et distant, son visage éclairé par la lueur vacillante des bougies. Gabriel, quant à lui, siégeait en bout opposé, son expression aussi rigide que d'habitude.

- Alors, Alicia, comment trouvez-vous notre demeure ? demanda Victor, brisant le silence initial.

- Imposante, répondis-je honnêtement. Mais intrigante aussi.

- Intrigante ? répéta Mathias avec un sourire en coin. Tu veux dire pleine de mystères, n'est-ce pas ?

Gabriel lui jeta un regard noir.

- Mathias, arrête de dire des idioties, gronda-t-il.

- Quoi ? Je dis juste ce que tout le monde pense. Alicia est sûrement curieuse de savoir ce qui se passe ici.

Un silence gênant s'installa, que je tentai de briser en changeant de sujet.

- Et vous, Victor ? Vous semblez être celui qui s'occupe des relations avec les invités.

Victor esquissa un sourire, mais avant qu'il ne puisse répondre, Gabriel prit la parole.

- Victor s'occupe de bien des choses, mais parfois, il oublie où sont ses priorités, dit-il avec une froideur calculée.

Victor se tendit légèrement, mais il répondit avec une nonchalance forcée.

- Et toi, Gabriel, tu as un don pour toujours tout contrôler, pas vrai ?

La tension entre eux était palpable, mais avant que les choses ne dégénèrent, Étienne intervint.

- Nous sommes censés dîner, pas nous disputer, dit-il d'une voix calme mais ferme.

Gabriel acquiesça brièvement, mais il n'avait pas l'air d'apprécier l'intervention de son frère.

Après le dîner, je sortis prendre l'air dans les jardins. La nuit était claire, et la lune éclairait les allées bordées de haies taillées avec une précision presque militaire. Je repensais à la soirée et aux interactions entre les frères. Chacun d'eux semblait porter un poids invisible, une tension sous-jacente qui les liait et les opposait à la fois.

C'est alors que j'entendis des pas légers derrière moi. Je me retournai brusquement pour tomber face à face avec Gabriel.

- Vous êtes nerveuse, constata-t-il, croisant les bras.

- Non, pas du tout, répondis-je rapidement, bien que mon cœur battait la chamade.

Il s'approcha d'un pas, réduisant la distance entre nous.

- Écoutez-moi bien, Alicia, dit-il à voix basse. Vous êtes ici pour une raison, et cette raison n'a rien à voir avec votre curiosité ou vos envies de jouer aux détectives.

- Qu'est-ce que ça veut dire ? demandai-je, légèrement sur la défensive.

Il baissa encore la voix, comme s'il craignait que quelqu'un l'entende.

- Faites attention à qui vous faites confiance dans cette maison.

- Est-ce que ça inclut vous ?

Il me fixa longuement, ses yeux sombres brillant d'une intensité presque hypnotique.

- Bonne nuit, Alicia, dit-il simplement avant de s'éloigner dans l'obscurité.

Je restai immobile un long moment, essayant de comprendre le sens de ses mots.

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