Le mariage de Jeanne Dubois avec Antoine Lefevre, le maréchal le plus prometteur du royaume, était l'envie de tous, une union de pouvoir et de grâce. Elle l'aimait d'un amour patient, espérant que sa froideur s'estomperait avec le temps, n' imaginant pas le secret qu' il cachait.
Un jour de pluie, inquiète, elle le suivit au temple abandonné et les mots qu' elle entendit derrière l'autel brisèrent son monde : « Elle est ta femme ! Elle porte ton nom ! Et moi, que suis-je ? Je suis ta sœur aux yeux du monde, mais dans l\'ombre, je suis ton amante. » C' était Sophie, sa sœur adoptive, mais bien plus que cela.
De retour au manoir, trempée et le cœur en miettes, Antoine, sans un mot sur son état, l'accusa froidement : « Sophie est malade à cause de toi. Sais-tu ce que tu as fait ? » La menace était claire : « Si un seul mot de ce que tu as entendu sort de cette maison... non seulement ta vie sera un enfer, mais celle de ta famille aussi. »
Comment avait-elle pu être si aveugle ? Deux ans de dévotion, de patience, et d'efforts réduits à néant. Elle n'était qu'un paravent, un bouclier pour leur amour interdit. Le simple objet de sa douleur était une cithare, cadeau de sa mère, détruit par Sophie, et qu'Antoine méprisait devant elle.
Elle décida de ne plus se taire. Au banquet d'anniversaire où il l'avait ignorée, la laissant se noyer, elle allait demander l'annulation de leur mariage, certaine qu'il ne pourrait refuser. C' était la fin d' un cauchemar et le début de sa libération.
Le mariage de Jeanne Dubois avec Antoine Lefevre était l'envie de toute la capitale. Il était le jeune maréchal le plus prometteur du royaume, respecté de tous, d'une beauté froide et distante qui fascinait. Elle était la princesse, certes d'une lignée moins prestigieuse, mais connue pour sa douceur et son talent pour les arts. Leur union semblait parfaite, une alliance de pouvoir et de grâce. Dans l'intimité de leur manoir, cependant, la perfection n'était qu'une façade.
Jeanne aimait Antoine. Elle l'aimait d'un amour patient et silencieux, un amour qui se contentait de la moindre miette d'attention. Depuis deux ans, elle s'efforçait d'être l'épouse idéale. Elle gérait la maison avec une efficacité discrète, l'attendait chaque soir, peu importait l'heure de son retour, et s'asseyait en silence à ses côtés pendant qu'il travaillait, juste pour sentir sa présence.
Lui restait distant, poli mais froid. Ses touchers étaient rares, ses paroles mesurées. Il ne la regardait jamais vraiment. Jeanne mettait cette froideur sur le compte de son caractère réservé et de ses lourdes responsabilités. Elle se disait qu'avec le temps, il finirait par voir la profondeur de son affection.
Ce jour-là, une pluie fine et persistante tombait sur la ville. Jeanne avait appris qu'Antoine s'était rendu au temple abandonné sur la montagne ouest, un lieu que personne ne fréquentait plus. Inquiète, elle avait pris une calèche pour le rejoindre. Elle voulait simplement s'assurer qu'il allait bien.
En arrivant, elle vit sa monture attachée à un vieil arbre. Elle entra dans le temple délabré en silence. L'air était humide et sentait la poussière et l'encens froid. C'est alors qu'elle entendit des voix provenant de derrière l'autel principal. La voix d'Antoine, tendue, et une autre, celle d'une femme en pleurs.
« Antoine, je ne peux plus supporter ça ! Chaque fois que je la vois te regarder avec cet air d'adoration, j'ai l'impression de mourir. »
Jeanne reconnut immédiatement la voix. C'était Sophie, la sœur adoptive d'Antoine, une jeune femme à l'apparence fragile que tout le monde plaignait pour sa santé délicate.
Le cœur de Jeanne se serra.
La voix d'Antoine, habituellement si calme, était chargée d'une angoisse qu'elle n'avait jamais entendue. « Sophie, calme-toi. Personne ne doit nous entendre. »
« Comment veux-tu que je me calme ? Elle est ta femme ! Elle porte ton nom ! Et moi, que suis-je ? Je suis ta sœur aux yeux du monde, mais dans l'ombre, je suis ton amante. C'est un péché, Antoine, un péché qui nous consumera tous les deux. »
Jeanne porta une main à sa bouche pour étouffer un cri. Le sol sembla se dérober sous ses pieds. Amante ? Sa femme... et sa sœur adoptive ? La réalité de ces mots la frappa avec une violence inouïe.
« Je n'ai jamais voulu l'épouser, tu le sais bien, » répondit Antoine, sa voix vibrante de passion contenue. « C'était pour te protéger. Pour nous protéger. Si je ne l'avais pas épousée, notre relation aurait été découverte. C'était le seul moyen. »
Un souvenir remonta à la surface, clair et douloureux. Le jour de leur mariage. Elle, sous son voile rouge, le cœur battant d'espoir et d'amour. On lui avait dit que c'était un décret royal, une alliance politique. Elle avait cru que c'était le destin. Maintenant, elle comprenait. Le décret n'avait été qu'un prétexte. La véritable raison, c'était Sophie. Il l'avait épousée pour dissimuler un amour interdit.
Toutes les pièces du puzzle s'assemblaient. Sa froideur, son indifférence, les regards furtifs qu'il échangeait avec Sophie lors des dîners de famille, la façon dont il se précipitait à son chevet au moindre de ses malaises. Ce n'était pas de l'affection fraternelle. C'était de l'amour. Un amour passionné et coupable.
Jeanne sentit une douleur si intense dans sa poitrine qu'elle eut du mal à respirer. Son amour, sa dévotion, ses deux années de patience, tout cela n'avait été qu'une vaste blague. Elle n'était qu'un bouclier, un paravent pour leur relation incestueuse. Son existence même était un mensonge destiné à les couvrir.
Elle se souvint de leur première rencontre, des années auparavant, lors d'une partie d'échecs au palais. Elle l'avait observé de loin, fascinée par son intelligence et son aura de commandement. Elle était tombée amoureuse instantanément. Plus tard, apprenant son mariage avec lui, elle avait cru que ses prières avaient été exaucées. Quelle idiote elle avait été.
Elle avait passé des nuits à apprendre ses plats préférés, avait appris à jouer de la cithare parce qu'elle l'avait entendu dire un jour qu'il aimait la musique. Tout pour lui plaire. Et lui ? Il n'avait jamais remarqué. Ou plutôt, il n'avait jamais voulu remarquer.
Elle se rappela comment il parlait à Sophie. Sa voix s'adoucissait, ses yeux s'illuminaient. Avec elle, Jeanne, il était toujours bref et formel. « J'ai compris », « C'est bien », « Vous pouvez vous retirer ». Avec Sophie, il riait. Il lui parlait de ses journées, de ses soucis. Il lui offrait une part de lui-même qu'il lui avait toujours refusée.
Humiliée, trahie, le cœur en miettes, Jeanne recula doucement, pas à pas. Elle ne pouvait plus rester là. Elle ne pouvait plus respirer le même air que ces deux personnes. Elle sortit du temple et se laissa glisser contre le mur extérieur, la pluie froide se mêlant à ses larmes silencieuses. Le monde parfait qu'elle s'était construit venait de s'effondrer en un instant.
Antoine sortit du temple, tenant Sophie par le bras. Elle s'appuyait sur lui, le visage baigné de larmes, l'air d'une fleur meurtrie. Il ne vit pas Jeanne, effondrée dans l'ombre d'un pilier. Il la fit monter dans sa calèche et ils partirent, la laissant seule dans le silence et le froid du temple abandonné. Pour Jeanne, ce départ ressemblait à un abandon final. Son cœur, qui avait battu si fort pour lui, était maintenant une chose morte et lourde dans sa poitrine.
Elle resta là un long moment, insensible à la pluie qui la trempait jusqu'aux os. Elle ne savait pas combien de temps s'était écoulé quand sa fidèle servante, Adèle, la trouva.
« Princesse ! Mon Dieu, que faites-vous ici ? Vous êtes glacée ! »
Adèle passa une cape sèche sur ses épaules. Jeanne ne réagit pas. Ses yeux étaient vides, fixant un point invisible dans le lointain. Elle ressemblait à une poupée de porcelaine brisée.
« Princesse, parlez-moi ! Qu'est-ce qui s'est passé ? » demanda Adèle, la voix tremblante d'inquiétude.
Jeanne ne répondit pas. Elle se laissa ramener à la calèche comme une automate. Le trajet de retour au manoir Lefevre se fit dans un silence de mort.
Lorsqu'elles arrivèrent, Antoine était dans le hall principal. Il faisait les cent pas, le visage dur et fermé. En voyant Jeanne, son expression se durcit encore plus.
« Où étais-tu ? » sa voix était glaciale. « Sophie est malade à cause de toi. Elle a de la fièvre. Sais-tu ce que tu as fait ? »
Il ne lui demanda pas pourquoi elle était trempée, ni où elle était. Il l'accusait directement, sans chercher à comprendre. Pour lui, elle était la cause de tous les maux.
Jeanne le regarda, et pour la première fois, elle ne vit pas l'homme qu'elle aimait, mais un étranger cruel. Une force nouvelle, née du désespoir, monta en elle.
« J'étais au temple, » dit-elle d'une voix rauque.
Le visage d'Antoine se crispa. « Tu nous as entendus. » Ce n'était pas une question, mais une affirmation.
« Oui, » répondit-elle simplement.
Une lueur dangereuse brilla dans ses yeux. « Si un seul mot de ce que tu as entendu sort de cette maison, je te jure, Jeanne, que non seulement ta vie sera un enfer, mais celle de ta famille aussi. Ne me pousse pas à bout. »
La menace était claire, brutale. À cet instant, le dernier fragment d'amour que Jeanne éprouvait pour lui se transforma en cendres. Un rire amer et silencieux secoua ses épaules. Elle avait tout donné pour cet homme, et en retour, il la menaçait pour protéger son amour coupable.
« Je comprends, » dit-elle, et son calme sembla le déconcerter.
Elle se tourna et monta dans ses appartements. Son esprit était clair. Elle ne pouvait plus rester ici. Elle allait demander le divorce. Elle allait quitter cet homme et cette maison qui n'avaient été qu'une prison dorée.
Elle commença à rassembler ses affaires, ou plutôt, le peu de choses qui lui appartenaient vraiment. Ses robes, ses bijoux, tout cela venait de la famille Lefevre. Elle ne voulait rien d'eux. Elle chercha alors la seule chose qui comptait vraiment pour elle : sa cithare. C'était un cadeau de sa mère, peu avant sa mort. C'était son bien le plus précieux.
Elle ne la trouva pas. Elle chercha partout dans sa chambre, son salon de musique. La cithare avait disparu.
Une anxiété grandissante la saisit. Elle appela Adèle.
« Adèle, ma cithare... Je ne la trouve plus. »
Adèle fronça les sourcils. « C'est étrange, Princesse. Je suis sûre qu'elle était dans le salon de musique ce matin. Mais... tout à l'heure, j'ai vu Mademoiselle Sophie en sortir. Elle avait l'air... contrariée. »
Le sang de Jeanne se glaça. Sophie. Bien sûr. C'était la seule explication.
Sans un mot, elle se dirigea vers les appartements de la mère d'Antoine, Madame Lefevre, la matriarche de la famille. C'était la seule personne qui pouvait l'aider à obtenir justice dans cette maison.
Madame Lefevre l'écouta avec une expression grave. Elle n'aimait pas les conflits et tenait par-dessus tout à la réputation de sa famille.
« Viens, nous allons parler à Sophie, » dit-elle finalement.
Elles se rendirent ensemble à la cour où vivait Sophie. La servante de Sophie essaya de leur barrer le passage, disant que sa maîtresse se reposait, mais Madame Lefevre l'écarta d'un geste autoritaire.
Elles entrèrent dans la chambre. Sophie était au lit, l'air pâle et faible. Mais Jeanne ne fut pas dupe. Ses yeux balayèrent la pièce et s'arrêtèrent sur un paravent dans un coin. Derrière, elle devina une forme sous une couverture. Une forme trop grande pour être un simple tas de vêtements. Et elle sentit une présence. Une présence familière et redoutable.
Antoine était là. Caché dans la chambre de sa maîtresse.