Le téléphone a sonné, déchirant le silence de la nuit, annonçant le drame le plus insoutenable : la mort de Paul, mon fils.
Mon monde s'est effondré en un instant, balayé par les mots neutres du policier, mais la véritable horreur ne faisait que commencer.
J'ai appelé Isabelle, ma femme, pour partager cette douleur glaçante, mais sa voix, noyée dans les rires et la musique d'une fête, n'exprimait qu'agacement et froideur, s'inquiétant des assurances et de la carrière d'un certain Lucas plutôt que de notre enfant perdu. Elle a raccroché, me laissant seul avec mon chagrin, mon corps tremblant de honte et d'incrédulité.
Comment pouvait-elle être si indifférente, si préoccupée par cette exposition de sculptures, alors que notre fils, notre Paul, gisait sans vie, lui qui travaillait pour nous, pour payer nos dettes, pour nous rendre fiers ? Le cœur brisé, le doute s'est insinué, un poison lent et amer.
Puis, à la morgue, le choc : Isabelle, radieuse à la télévision, célébrant le triomphe de Lucas Leclerc, le fils de son amour de jeunesse, Antoine, au moment même où je reconnaissais le visage pâle et immobile de notre Paul. Ce fut le coup de grâce. Une rage froide, implacable, a commencé à consumer l'homme brisé que j'étais. Mon fils était mort pour financer la vie de sa mère et de son amant. Non, je ne l'attendrais plus. Jamais.
Le téléphone a sonné, et le son strident a déchiré le silence de l'atelier. Pierre Dubois a laissé tomber son pinceau, une goutte de térébenthine a taché le sol en bois usé. C'était tard, bien après minuit. Seule la police appelle à cette heure.
Il a décroché, le cœur battant déjà la chamade.
« Monsieur Dubois ? Pierre Dubois ? »
La voix à l'aut
Le trajet jusqu'à la morgue était un brouillard. Pierre ne se souvenait pas d'avoir conduit, seulement d'être arrivé devant le bâtiment froid et impersonnel. Un fonctionnaire fatigué l'a conduit dans un couloir aux murs d'un blanc clinique, l'odeur d'antiseptique lui soulevant l'estomac.
« Vous êtes prêt, Monsieur Dubois ? »
Pierre a hoché la têt