Genre Classement
Télécharger l'appli HOT
Accueil > Romance > Un Dernier Été avec Toi
Un Dernier Été avec Toi

Un Dernier Été avec Toi

Auteur:: Ando Plume
Genre: Romance
Morgan Kane, un homme d'affaires influent, envoyé sur l'île de Pulpit Island pour convaincre Holly Forsyth, la fille rebelle et distante de son patron, de retourner à Londres. Orpheline de mère et méprisée par son père, Holly a trouvé refuge sur cette île où elle a construit une vie indépendante, loin des manipulations du monde des affaires. Morgan et Holly ont un passé marqué par des tensions et des non-dits. Elle le voit comme un pion au service de son père, tandis que lui la perçoit comme une jeune femme capricieuse et insaisissable. Mais au fil des jours, dans cette atmosphère tropicale envoûtante, la confrontation cède la place à une attirance indéniable, ravivée par leurs souvenirs et leurs rancœurs. Alors que des secrets de famille refont surface et que des enjeux financiers menacent l'héritage de Holly, les sentiments entre Morgan et elle deviennent une bataille aussi intense que le conflit qui les oppose. Entre désir, manipulation et rédemption, ils devront choisir entre le passé et l'avenir.

Chapitre 1

Le vrombissement sourd des moteurs résonnait dans la cabine feutrée, chaque vibration semblant annoncer l'imminence d'un moment décisif.

- Nous amorçons la descente, Monsieur Kane. Atterrissage prévu dans moins de quinze minutes.

La voix grave du pilote tira Morgan de sa lecture. Il releva les yeux, croisant le regard attentif de l'homme qui venait de se retourner brièvement vers lui. Les papiers qu'il étudiait depuis le décollage de St. Thomas glissèrent entre ses doigts, mais il les rattrapa machinalement avant qu'ils ne tombent.

- Quinze minutes, murmura-t-il, sa voix basse et mesurée résonnant dans l'habitacle. Très bien, Joe. Merci.

- Avec plaisir, Monsieur Kane, répondit Joe d'un ton affable, reportant son attention sur les instruments de bord. Si le temps se maintient, vous aurez une vue imprenable sur l'île. On dirait que la tempête qu'ils annonçaient nous a épargnés.

Morgan hésita un instant, contemplant les dossiers qu'il avait étudiés avec une attention presque fébrile pendant tout le vol. D'un geste lent, il les referma et les rangea dans sa mallette, fermant les attaches d'un clic sec.

- Vous avez souvent des tempêtes ici ? demanda-t-il en desserrant le col de sa chemise.

Joe laissa échapper un rire franc.

- Des tempêtes ? Non, monsieur ! Pulpit Island, c'est presque le paradis sur terre. Un climat doux, un peu de pluie pour rafraîchir, beaucoup de soleil et une brise qui garde la chaleur supportable. Pas d'ouragans depuis 1973.

Morgan acquiesça, observant à travers le hublot la mer émeraude qui s'étendait à perte de vue.

- Je ne pense pas rester assez longtemps pour m'en faire une opinion, dit-il d'un ton laconique.

Soudain, au loin, une île émergea des eaux scintillantes, bordée de plages nacrées et d'une végétation luxuriante.

- C'est elle, là-bas ? demanda Morgan en plissant les yeux.

Joe jeta un coup d'œil par-dessus l'aile.

- Non, monsieur. C'est Little Orchis. Pulpit Island est juste derrière. Vous voulez un petit tour aérien avant d'atterrir ?

Morgan secoua la tête.

- Pas nécessaire. Où allons-nous poser cet engin ?

Joe sourit en tapotant les commandes de l'avion vintage.

- Directement dans la baie de Charlotte. L'ancien quai est juste sur la rive. Et croyez-moi, Mlle Holly saura que son père est arrivé avant même que vous ayez mis le pied sur la terre ferme.

Morgan laissa échapper un soupir à peine retenu, les yeux fixés sur le paysage défilant derrière la vitre. Son menton reposait sur sa main ferme, le regard perdu quelque part entre la nervosité et l'irritation. Il espérait que Holly avait reçu le message de son père. Si elle n'était pas prévenue de son arrivée, les choses allaient devenir encore plus compliquées qu'elles ne l'étaient déjà. Et surtout, elle n'aurait eu aucun indice de ce que son père attendait d'elle.

Il croisa ses longues jambes avec une impatience mal contenue, maudissant pour la centième fois le jour où Andrew Forsyth l'avait mêlé à ses affaires de famille. Qu'il soit le bras droit de cet homme impitoyable, connaissant chaque rouage de la Forsyth Corporation et participant activement à son expansion, c'était une chose. Mais se retrouver envoyé pour convaincre une jeune femme de vingt ans, unique héritière de l'empire, de revenir à Londres sous le prétexte d'un soudain regain d'intérêt paternel en était une autre.

Personne n'aurait pu croire à une telle fable. Pas après toutes ces années d'indifférence glaciale. Morgan le savait mieux que quiconque : Holly n'avait jamais été autre chose qu'un fardeau pour Andrew Forsyth, un rappel vivant de la femme qu'il avait perdue le jour où sa fille était née. Andrew ne l'avait jamais pardonnée, et il était trop tard pour prétendre le contraire.

Morgan n'était qu'un jeune cadre fraîchement diplômé quand il avait rejoint la compagnie, avec des idéaux plein la tête et un double diplôme en droit et en économie. À l'époque, les affaires personnelles de son patron lui semblaient aussi lointaines que les étoiles. Mais le temps avait passé, et son travail acharné avait payé. Il était devenu le confident d'Andrew, son ombre silencieuse.

Holly, en revanche, était restée une énigme. Une succession de nourrices, puis d'écoles privées, l'avait maintenue à l'écart du monde de son père. Morgan ne l'avait rencontrée que cinq ans plus tôt, lorsqu'il avait été envoyé la chercher chez un ami à Woking pour l'escorter jusqu'à l'aéroport. Leur échange avait été aussi froid que le vent d'automne. Il l'avait prise pour une jeune fille timide, tentant maladroitement de la mettre à l'aise. Mais les yeux indigo qu'elle avait posés sur lui, durs et distants, ne laissaient place à aucune illusion. Elle savait précisément ce qu'il tentait de faire, et elle le méprisait pour cela.

Depuis, il n'avait eu que des aperçus fugaces de la jeune femme. Une fois, il l'avait croisée en sortant du bureau d'Andrew, le regard fixe, les joues rougies par une émotion qu'il n'avait pas su identifier. Ce jour-là, Andrew avait été plus ombrageux que jamais, et Morgan avait compris que rien de ce que Holly pouvait faire ne trouverait grâce aux yeux de son père.

Il reporta son attention sur le paysage flou. Le train filait vers Londres, et chaque kilomètre le rapprochait d'une confrontation inévitable. Il était trop tard pour faire marche arrière. Trop tard pour prétendre que tout cela n'était qu'une affaire de famille. Cette fois, il y avait bien plus en jeu que des mots non dits et des regards froids.

La nuit tombait lentement sur Londres, enveloppant la ville d'une brume froide et silencieuse. Morgan n'aurait jamais cru revoir Holly Forsyth. Pourtant, le souvenir de leur dernière rencontre s'imposait avec une vivacité cruelle. C'était il y a deux ans, un soir où il était passé chez Andrew pour livrer des documents laissés au bureau. La maison était animée par une bande de jeunes tapageurs, Holly en tête, le regard brillant d'une audace provocante. L'odeur mélangée d'alcool et de marijuana flottait dans l'air, et Morgan avait tout de suite senti qu'il n'aurait pas dû rester.

Mais Holly ne lui avait pas laissé le choix. Sans crier gare, elle s'était accrochée à son bras, l'entraînant au cœur d'une dispute qui menaçait d'exploser. Andrew, surgissant de son étude comme un orage, avait fait pleuvoir sa colère sur sa fille, la voix rauque de reproches. Holly, grande et féline, avait tenu tête à son père avec un courage désespéré. Mais Morgan savait que c'était peine perdue. Andrew Forsyth n'écoutait pas. Il voyait en sa fille un fantôme du passé, un rappel amer de la femme qu'il avait perdue et qu'il n'avait jamais cessé d'aimer.

Pauvre Holly. Morgan se souvenait de son visage blême sous les couches de maquillage, ses yeux brillants de larmes refoulées. Elle avait cru pouvoir tenir tête à son père, mais Andrew avait tranché net. "Choisis : eux ou moi." La sentence était tombée, glaciale et implacable. Et Holly, avec un dernier regard meurtri, avait tourné les talons.

Chapitre 2

Quelques semaines plus tard, Morgan apprit qu'elle était partie pour l'île Pulpit, une terre sauvage et mystérieuse perdue dans les Antilles. La mère de Holly, Sara Gantry, y avait grandi, et sa famille y possédait autrefois une plantation de sucre florissante. Mais les années avaient eu raison de la prospérité du domaine, et seule la vieille maison coloniale subsistait, silencieuse et oubliée.

Andrew lui-même avait révélé son départ, dans un rare moment de franchise. "Elle aimait cet endroit. Petite, elle passait des heures à nager, pêcher ou dessiner. Peut-être qu'elle y trouvera la paix." Mais Morgan n'était pas dupe. Derrière ces mots, il percevait l'amertume d'un homme qui avait abandonné sa propre chair.

En y repensant, Morgan ne pouvait s'empêcher de comparer la situation avec ses propres fils jumeaux. Alison, son ex-femme, lui reprochait sans cesse d'avoir délaissé leur éducation, prétendant que ses absences prolongées avaient transformé leurs enfants en parfaits inconnus. Peut-être avait-elle raison. Andrew Forsyth était loin d'être un modèle, mais pouvait-il vraiment le juger ?

Morgan soupira, croisant les jambes et fixant le vide. Holly était partie, mais son ombre planait toujours, aussi persistante qu'un parfum oublié. Et, au fond de lui, il savait que leur histoire n'était pas terminée.

Les rideaux lourds masquaient à peine la lueur glaciale de l'aube, filtrant dans le vaste salon silencieux. Morgan s'assit au bord du canapé en cuir, les coudes appuyés sur ses genoux, le visage enfoui dans ses mains. Chaque tic-tac de l'horloge résonnait dans le vide, rappel implacable du temps qui s'effilochait entre ses doigts. Était-il vraiment le seul à blâmer ?

Le début avait été prometteur. Alison rayonnait de fierté lorsque Morgan avait décroché un poste prestigieux au cabinet d'Andrew Forsyth. Elle l'avait encouragé à se surpasser, à prouver sa valeur, rêvant déjà des opportunités que ce nouveau salaire offrirait. Leur premier déménagement dans un appartement plus spacieux n'était qu'une étape. Alison y voyait une preuve de réussite. Morgan, lui, y voyait un sacrifice.

Puis vinrent les jumeaux. Alison ne les avait pas désirés, mais elle s'était vite accommodée de leur présence, trouvant dans cette maternité involontaire un moyen de se distinguer. Pendant un temps, elle se plaisait à exhiber les garçons comme des trophées vivants, jalousée par les autres mères n'ayant qu'un enfant à la fois. Pourtant, l'euphorie s'éroda rapidement. Deux ans plus tard, la maternité n'était plus qu'un fardeau, un carcan qu'elle cherchait à fuir.

Elle voulait un jardin. Un espace pour les enfants, disait-elle, mais Morgan savait que c'était pour échapper à leur agitation. La maison à Willesden, proche de celle de sa mère, était parfaite pour cela. Peu importait à Alison que Morgan doive travailler des heures interminables pour la leur offrir. Tandis qu'il se tuait à la tâche, elle passait ses journées à flâner dans les boutiques, à fréquenter les salons de beauté, laissant la garde des jumeaux à sa mère.

Mais même cela ne suffit pas. Chaque promotion de Morgan attisait un ressentiment sourd chez Alison. Lorsque les Forsyth les invitaient à dîner dans leur somptueuse demeure de Hampstead, Alison ne voyait que ce qu'elle n'avait pas. Il leur fallait une plus grande maison, une femme de ménage, le prestige qu'elle estimait leur revenir. Morgan céda. La maison de Wimbledon devint leur nouveau palais : cinq chambres, trois salles de bains, un sauna au sous-sol. Un rêve pour beaucoup. Pour Alison, ce n'était qu'un théâtre d'ennui et de rancune.

Morgan tenta de combler le vide. En vain. Les reproches d'Alison devinrent un poison quotidien, chaque mot une dague plantée dans leur vie commune. Même les jumeaux n'échappèrent pas à cette guerre froide. Morgan, convaincu qu'il valait mieux les éloigner de cette tension constante, suggéra un pensionnat. Alison explosa.

"Bien sûr !" cracha-t-elle, son visage déformé par le mépris. "Ainsi, tu n'aurais plus à porter le poids de ta culpabilité. Tu pourrais continuer à jouer les laquais d'Andrew Forsyth sans un regard en arrière !"

Il tenta d'expliquer que leur train de vie imposait des sacrifices, mais elle ne l'écoutait plus. Pour elle, Morgan n'était qu'un égoïste, prêt à tout pour gravir les échelons, même si cela signifiait abandonner sa famille. Tandis que lui se noyait dans le travail, elle cherchait du réconfort ailleurs. Les apparences volèrent en éclats. Infidélités, disputes, silences glacés... Il ne restait que des ruines.

Leur séparation fut une bataille rangée. Alison arracha la garde des jumeaux, laissant à Morgan l'ombre d'une vie, un petit appartement à Kensington et l'obligation de subvenir aux besoins de deux foyers. Mais le pire n'était pas la solitude. Non, le pire fut de voir l'emprise d'Alison sur leurs fils.

Les garçons changèrent. Au début, ce n'étaient que des écarts de conduite mineurs : une bagarre dans la cour de récréation, quelques billets subtilisés dans le sac à main maternel. Mais les choses s'aggravèrent. Leurs notes chutèrent, les heures d'absence s'accumulèrent, et lorsqu'ils furent transférés dans une école plus stricte, l'insolence remplaça la peur. Puis il y eut le vol.

Pris en flagrant délit sur Oxford Street, les jumeaux risquaient une condamnation grave. Seule l'intervention de l'avocat d'Andrew Forsyth les sauva de la prison juvénile. Pourtant, Morgan savait que ce n'était qu'une question de temps avant que tout ne s'effondre. Il se redressa lentement, les poings serrés. Non, il n'était pas le seul à blâmer. Mais il était peut-être le seul à pouvoir encore réparer les morceaux brisés de cette famille.

Le soleil plongeait lentement vers l'horizon, projetant des reflets dorés sur les eaux cristallines des Antilles. Morgan plissa les yeux, fixant la ligne trouble entre le ciel et la mer depuis le hublot du vieux hydravion. L'air était lourd, saturé de sel et d'humidité, mais ce n'était pas la chaleur qui le rendait nerveux.

Le voyage avait été long et fastidieux. Neuf heures de vol jusqu'à Miami, puis une interminable attente pour une correspondance vers St. Thomas. Et maintenant, le dernier tronçon à bord de cet engin bringuebalant, surnommé "l'Oie", le secouait comme un fétu de paille. Morgan serra les accoudoirs lorsque l'avion plongea soudain, frôlant les crêtes des vagues.

« C'est l'île Pulpit, monsieur Kane, » annonça Joe, le pilote, d'un ton jovial, comme si l'engin n'était pas sur le point de s'écraser. Morgan détacha une main crispée de l'accoudoir pour essuyer la sueur sur son front, jetant un coup d'œil fébrile par la fenêtre. En contrebas, une masse verdoyante surgissait de l'océan, ceinte d'un collier de sable blanc immaculé : Charlotte's Bay.

« C'est là qu'on va atterrir ? » demanda Morgan, tentant de masquer l'angoisse dans sa voix.

Joe haussa les épaules. « Le plus sûr moyen de transport, monsieur. Fawcett le dit toujours. »

Fawcett. Encore lui. Andrew n'avait pas perdu de temps pour arranger les choses. Ce fameux voilier, l'Amiral Nelson, où les jumeaux allaient passer trois semaines à apprendre la discipline et la voile. Un projet insensé, mais typique d'Andrew, qui croyait que la rigueur pouvait résoudre tous les problèmes.

« Vous pensez vraiment qu'Alison acceptera ? » demanda Morgan, sceptique.

Andrew s'était contenté de sourire, ce petit rictus suffisant qui l'agaçait tant. « Laisse-moi m'en charger, » avait-il répondu. « Trois semaines loin de leur mère ne leur feront pas de mal. Et crois-moi, ils en sortiront grandis. »

Morgan n'était pas convaincu. Le moteur de l'hydravion rugit plus fort alors qu'ils amorçaient leur descente, et il se cramponna de nouveau à son siège. L'eau turquoise se rapprochait à une vitesse alarmante. L'appareil heurta la surface avec un fracas métallique, projetant un nuage d'écume salée par les hublots. Morgan sentit son estomac se retourner et ferma les yeux.

« Tout va bien, monsieur Kane ? » demanda Joe avec une pointe d'amusement.

Chapitre 3

Morgan grogna, desserrant sa cravate dans un geste las. Le voyage lui avait paru interminable, et son corps protestait à chaque mouvement. La chaleur moite s'infiltrait déjà par les écoutilles, collant son costume gris foncé à sa peau. Il aurait dû se changer à Miami, songea-t-il, mais le besoin impérieux d'un verre avait pris le dessus.

Le fracas de l'eau céda enfin la place à un silence relatif alors que l'hydravion glissait sur les bas-fonds. La plage s'étendait devant eux, d'une blancheur immaculée, bordée de cocotiers qui se balançaient mollement dans la brise. Derrière, la jungle dense formait une muraille d'émeraude, impénétrable.

Joe coupa les moteurs, et le silence ne fut troublé que par le clapotis de l'eau contre la coque. Morgan inspira profondément, tentant d'apaiser les battements furieux de son cœur. Le voyage était terminé. Mais il pressentait que le plus difficile ne faisait que commencer.

Le ciel se teinta de pourpre tandis que l'hydravion glissait sur l'eau, soulevant des éclaboussures dorées par les derniers rayons du soleil. Sur la plage déserte, une silhouette se dessina peu à peu, immobile et énigmatique. Morgan Kane plissa les yeux. L'air lourd et salé s'engouffrait dans l'habitacle exigu, et il défit sa ceinture avec un soupir las.

« Vous voyez le gamin sur la plage ? » fit Joe, le pilote, en inclinant la tête vers l'avant. « C'est Samuel, le domestique de Miss Holly. On dirait qu'elle savait que vous arriviez. »

« Vraiment ? » murmura Morgan, plus pour lui-même que pour son compagnon, tout en ajustant machinalement sa veste. « Intéressant... »

Lorsque l'avion s'immobilisa enfin, l'homme d'affaires se redressa, se heurtant presque au plafond bas de l'appareil. Joe, déjà debout, ouvrit la porte dans un grincement métallique et lui fit signe de passer le premier. Morgan descendit lentement l'échelle, ses chaussures s'enfonçant dans le sable tiède. La chaleur moite l'enveloppa aussitôt, le frappant bien plus fort qu'il ne l'avait anticipé. Il détacha sa veste d'un geste agacé, la jetant sur son épaule avant d'essuyer son front perlant de sueur.

Sur la plage, le jeune Samuel s'approcha avec la nonchalance de ceux qui savent qu'on ne peut rien leur imposer. Grand et mince, il portait un jean effiloché et un t-shirt trop grand, battant au vent comme une voile déchirée. Sa peau sombre luisaient à la lumière mourante du soleil, et son regard perçant sembla évaluer Morgan en un clin d'œil.

« Mr Kane ? » demanda-t-il d'une voix grave, surprenante pour son jeune âge. « Miss Forsyth m'a envoyé vous chercher. Elle vous attend à la maison. »

« Ah... Merci. » Morgan hocha la tête en guise de remerciement, jetant un coup d'œil vers la silhouette sombre qui se dessinait au loin. « C'est loin ? »

« Non. Juste là. » Joe intervint en pointant du doigt une demeure massive perchée sur la colline, dominée par un portique blanc et des balcons en fer forgé. Même à distance, Morgan pouvait discerner la végétation luxuriante qui s'enroulait autour des colonnes, tel un secret jalousement gardé. Une unique lumière brillait dans la pénombre, vacillante, comme une invitation silencieuse.

« Allons-y, » lança Samuel, récupérant la valise de Morgan d'un geste fluide. L'adolescent s'éloigna sans un regard en arrière, ses pas légers marquant le sable humide.

Morgan hésita un instant, avant de tendre la main à Joe. « Merci pour le trajet. Comment puis-je vous contacter pour le retour ? »

Joe esquissa un sourire. « Miss Holly s'occupe de tout. Passez un bon séjour, Monsieur Kane. Et bon courage. »

Alors que le pilote s'éloignait vers son avion, Morgan fixa la silhouette sombre de la maison Forsyth, une étrange appréhension nouant son estomac. L'air de l'île vibrait d'une promesse silencieuse... Et peut-être d'un avertissement.

L'air nocturne était chargé d'une moiteur oppressante, presque palpable, lorsque Morgan Kane posa le pied sur le sable tiède de la plage déserte. Il aurait préféré une arrivée discrète, mais le rugissement des moteurs de l'hydravion brisait la quiétude de la nuit, faisant fuir un vol d'oiseaux effrayés. Samuel, son guide silencieux, portait la valise de Morgan sur sa tête avec une étonnante aisance, tenant l'équilibre d'une seule main tandis qu'ils gravissaient les marches étroites menant à la maison.

Morgan peinait à suivre le pas tranquille de Samuel. Chaque marche semblait ajouter un poids supplémentaire à sa poitrine. Ses rares séances de squash hebdomadaires étaient loin de préparer ses muscles à ce genre d'effort. Il haletait, le cœur battant à tout rompre lorsqu'ils atteignirent enfin le sommet. La nuit était profonde, mais les parfums capiteux des plantes à floraison nocturne et du chèvrefeuille flottaient dans l'air, offrant une trêve fugace à sa fatigue.

Ils traversèrent un jardin laissé à l'abandon, où les herbes folles grignotaient les sentiers et où de vieilles statues couvertes de mousse surgissaient de l'obscurité, fantomatiques. La maison apparut, massive et silencieuse, baignant dans une lumière tamisée. Les contours d'une véranda se découpèrent dans la pénombre, et ce n'est qu'en atteignant les dernières marches que Morgan aperçut une silhouette immobile, dissimulée dans l'ombre.

Elle ne bougea que lorsque la lumière la frappa, révélant un visage qu'il ne reconnut pas tout de suite. Pourtant, il sut. Holly Forsyth. La jeune fille qu'il avait connue était métamorphosée. Ses traits s'étaient affinés, sa silhouette s'était galbée, et il y avait dans sa posture une assurance nouvelle, presque déconcertante. Ses cheveux, plus clairs qu'auparavant, cascadaient en vagues soyeuses sur ses épaules dénudées, et sa peau dorée par le soleil semblait capter la moindre lueur.

- Bonsoir, M. Kane, dit-elle d'une voix douce, tendant une main délicate. Avez-vous fait bon voyage ?

Morgan s'essuya discrètement la paume sur son pantalon avant de saisir la main tendue. La fraîcheur de sa peau contrasta violemment avec la moiteur qui collait à la sienne. Il esquissa un sourire, cherchant ses mots.

- C'est bon d'être enfin arrivé, reconnut-il en passant une main dans ses cheveux humides. J'ai l'impression d'avoir été coincé dans un étau pendant des heures. Mon dos proteste encore.

Les lèvres de Holly s'étirèrent en un sourire amusé.

- Vous n'êtes pas si vieux, M. Kane, dit-elle en le dévisageant sans gêne. Alors, qu'est-ce qui vous ferait plaisir en premier ? Un verre ou une douche ?

Morgan haussa un sourcil, surpris par cette audace. Il inspira longuement avant de répondre d'un ton faussement léger :

- Serait-ce trop demander d'avoir les deux ? Un bon verre glacé, et ensuite me débarrasser de ces fichus vêtements.

Holly rit doucement, le son clair se mêlant à la brise nocturne. Morgan ne pouvait s'empêcher de se demander ce que cette nuit lui réservait. Une chose était certaine : il ne reconnaissait plus la jeune fille qu'il avait laissée derrière lui. Et il était prêt à découvrir tout ce qu'il avait manqué.

Le vent salé effleurait doucement les palmiers tandis que Morgan descendait du petit yacht privé, ses pas lourds d'une fatigue qu'il ne s'autorisait jamais à ressentir. Holly l'attendait sur le ponton, un sourire faussement détendu aux lèvres. « Samuel va prendre tes affaires et les monter dans la chambre de Kane,» annonça-t-elle d'une voix légèrement trop enjouée, un regard en coin jeté sur le sac ridiculement petit que Morgan portait. « Tu n'as pas apporté grand-chose, mais tant mieux. On n'aime pas trop les formalités ici. »

Morgan haussa les épaules et s'installa sur un transat, sans même chercher à justifier le peu d'affaires qu'il avait pris la peine d'emporter. Holly, elle, s'affairait à la table où une cruche givrée attendait. « J'espère que tu aimes les daiquiris. J'ai demandé à Lucinda de les préparer plus tôt. »

« Lucinda ? » répéta Morgan en fronçant les sourcils.

« La mère de Samuel,» expliqua Holly tout en versant le liquide glacé dans un verre. « Elle, Micah - son mari - et Samuel, bien sûr, forment tout le personnel qu'on a ici. »

Morgan ferma les yeux et laissa sa tête retomber contre le dossier, un souffle long s'échappant de ses lèvres. Pour la première fois depuis des jours, il sentit une bribe de paix l'envahir. Ici, Alison ne pouvait pas l'atteindre. Son ex-femme était devenue une ombre oppressante dans sa vie, un rappel constant de promesses brisées et d'amour fébrilement enterré sous des années de ressentiments.

Télécharger le livre

COPYRIGHT(©) 2022