Dans l'éclat feutré de la plus chic boutique de robes de mariée parisiennes, ma colère bouillonnait.
Ce n' était pas seulement un mariage que l' on simulait sous mes yeux, c' était la copie conforme de mon pire cauchemar.
Marc Dubois, mon cousin adoptif, le sourire triomphant, ajustait un costume sur mesure flambant neuf tandis qu' une vendeuse obsequieuse lui murmurait : « Monsieur Dubois, ce costume est tout simplement parfait pour vous. »
« Monsieur Dubois. » Ce titre, mon héritage, était usurpé par l' homme qui me l' avait déjà volé.
Ce jour, dans ma vie passée, avait marqué le début de ma descente aux enfers, orchestrée par le traître que je considérais comme un frère et la femme que j' aimais.
La trahison, la chute vertigineuse, les rires qui résonnaient alors que je perdais conscience... Tout cela était gravé en moi.
Mais ce coup-ci, les choses seraient différentes.
Je n' étais plus l' héritier naïf, persuadé de la bonté de son cousin orphelin et de l' amour de sa fiancée.
J' ai avancé, et le silence est tombé.
« Qui vous a permis de l' appeler Monsieur Dubois ? » ai-je lancé, ma voix calme mais glaciale.
Marc a feint la surprise, puis a tenté un geste de fausse fraternité.
Sans avertissement, j' ai giflé son visage, le claquement brutal résonnant dans l' opulence de la boutique.
« Tu m' as frappé ? » a-t-il hurlé, la stupeur virant à la fureur.
L' ancien Alexandre, celui qui se serait excusé et aurait fui, était mort.
« Je te frappe parce que tu usurpes mon nom, Marc », ai-je assené, chaque mot pesant de tout son poids.
« Tu portes mon costume, tu te prépares pour mes photos de fiançailles, et tu te fais appeler par mon nom.
Dis-moi, qui est l' imposteur ici ? »
Le souvenir brûlant de leur triomphe cruel ravivait ma détermination glacée.
Cette fois, je rirais le dernier.
Je me tenais à l'entrée de la plus prestigieuse boutique de robes de mariée de Paris, l'air glacial de la climatisation contrastant avec la chaleur de ma colère. À l'intérieur, la scène qui se déroulait était une copie carbone de mon pire cauchemar, une scène que j'avais déjà vécue. Mon cousin adoptif, Marc Dubois, se tenait droit, un sourire suffisant plaqué sur son visage, tandis qu'une vendeuse obséquieuse ajustait le col de son costume sur mesure.
« Monsieur Dubois, ce costume est tout simplement parfait pour vous, il met en valeur votre carrure. Mademoiselle Leclerc sera éblouie. »
Le nom « Monsieur Dubois » a résonné dans ma tête. Le seul et unique héritier de la famille Dubois, le véritable Monsieur Dubois, c'était moi, Alexandre Dubois.
Marc a ri, un son gras et satisfait.
« C'est le but. Aujourd'hui, pour les photos de fiançailles, tout doit être parfait. »
Mon corps s'est raidi. Photos de fiançailles. Mes photos de fiançailles avec Chloé Leclerc. Ce jour-là, dans ma vie antérieure, avait marqué le début de ma chute vertigineuse, une descente aux enfers orchestrée par les deux personnes en qui j'avais le plus confiance.
Mais cette fois, c'était différent. J'étais revenu. Je n'étais plus l'héritier naïf et effacé, celui qui croyait en la bonté de son cousin orphelin et en l'amour de sa fiancée. La douleur déchirante de leur trahison, le froid glacial de la chute depuis le balcon de mon propre appartement, le son de leurs rires alors que je perdais conscience... tout cela était gravé dans mon âme. Cette seconde chance n'était pas un cadeau, c'était une arme.
J'ai avancé dans la boutique, mes pas lourds sur le marbre immaculé. Le silence s'est fait lorsque je me suis approché. La vendeuse m'a regardé de haut en bas, son expression passant de la curiosité au mépris en une fraction de seconde, jugeant mes vêtements simples et mon visage fermé.
Marc s'est retourné, son sourire s'effaçant pour être remplacé par une surprise feinte.
« Alexandre ? Qu'est-ce que tu fais ici ? Je ne savais pas que tu venais. »
Sa voix était mielleuse, faussement attentionnée. La même voix qu'il utilisait pour me consoler après m'avoir poignardé dans le dos.
Je l'ai ignoré et j'ai regardé la vendeuse.
« Qui vous a permis de l'appeler Monsieur Dubois ? »
Ma voix était calme, mais chargée d'une froideur qui a fait sursauter la femme. Elle a jeté un regard confus à Marc.
Marc a fait un pas en avant, posant une main sur mon épaule dans un geste faussement fraternel.
« Alexandre, arrête. Tu nous fais une scène. C'est juste un nom. »
J'ai fixé sa main sur mon épaule, puis j'ai levé les yeux vers lui. Sans un mot d'avertissement, ma main a giflé son visage. Le son a claqué dans le silence opulent de la boutique, net et brutal.
Le choc a figé tout le monde. La vendeuse a eu un hoquet de surprise. Un autre vendeur, plus loin, a laissé tomber un cintre.
Marc a porté la main à sa joue, les yeux écarquillés, l'incrédulité se mêlant à la fureur.
« Tu... tu m'as frappé ? »
L'ancien Alexandre n'aurait jamais osé. L'ancien Alexandre aurait baissé la tête, se serait excusé pour avoir dérangé, et serait reparti le cœur brisé, laissant le champ libre à son bourreau.
Mais cet Alexandre-là était mort.
« Je te frappe parce que tu usurpes mon nom, Marc », ai-je dit, chaque mot pesant. « Tu portes mon costume, tu te prépares pour mes photos de fiançailles, et tu te fais appeler par mon nom. Dis-moi, qui est l'imposteur ici ? »
La rougeur de la colère a envahi son visage, chassant l'incrédulité. Il a serré les poings.
« Comment oses-tu ? Après tout ce que ma famille a fait pour toi ! On t'a recueilli, nourri, éduqué ! »
Le mot « ma famille » était un coup de poignard. Il parlait des Dubois comme de sa propre famille, effaçant le fait qu'il n'était qu'un orphelin que mon père, par pitié, avait ramené à la maison. Je l'avais traité comme un frère. En retour, il avait séduit ma fiancée et comploté pour me voler mon héritage.
Dans ma vie passée, leur plan avait parfaitement fonctionné. Ils m'avaient isolé, m'avaient fait passer pour un instable mental, un dépressif incapable de gérer l'entreprise familiale. Le jour où le conseil d'administration m'a démis de mes fonctions pour nommer Marc à ma place, Chloé était à ses côtés, souriante. Le soir même, depuis le balcon de mon appartement parisien, je les ai vus s'embrasser dans la rue en contrebas. La douleur était si intense, si insupportable, que le vide m'a semblé être la seule issue.
Le souvenir de leur triomphe cruel a ravivé la flamme glaciale de ma détermination. Non. Pas cette fois. Cette fois, je serais celui qui rirait le dernier.
Je me suis forcé à respirer profondément, repoussant la vague de haine brûlante qui menaçait de me submerger. La violence pure ne résoudrait rien. Je devais être plus malin, plus méthodique. Je devais les démanteler pièce par pièce.
J'ai rajusté ma veste, affichant un calme qui contrastait violemment avec la tension dans la pièce. J'ai regardé Marc, dont la joue était encore rouge, et j'ai souri, un sourire sans chaleur.
« Alors, Marc. Tu aimes jouer au grand patron ? Tu aimes le son de 'Monsieur Dubois' ? Ça te donne l'impression d'être quelqu'un, n'est-ce pas ? »
Mon ton moqueur l'a fait grincer des dents.
« Tais-toi, Alexandre. Tu ne sais pas de quoi tu parles. Tu es juste jaloux. »
Il s'est tourné vers la vendeuse, qui nous observait avec des yeux ronds.
« Dites-lui », a-t-il ordonné. « Dites-lui qui je suis. Dites-lui qui est le fiancé de Chloé Leclerc. »
Il cherchait une validation, un allié pour renforcer son mensonge. La vendeuse, voyant son client de prestige se faire humilier, n'a pas hésité une seconde. Elle s'est redressée, le menton haut, et m'a adressé un regard plein de dédain.
« Monsieur, je ne sais pas qui vous êtes, ni ce que vous voulez, mais cet homme, Monsieur Marc Dubois, est le fiancé de Mademoiselle Leclerc. Ils ont rendez-vous pour leurs photos de fiançailles. Vous êtes en train de gâcher un moment très important. »
Son ton était sec, accusateur. Pour elle, j'étais un intrus, un fauteur de troubles. Marc portait un costume à plusieurs milliers d'euros, j'étais en jean et chemise. Le choix était vite fait.
Le vendeur lâche qui avait laissé tomber son cintre s'est approché, se rangeant clairement du côté de son collègue et du client aisé.
« Vous devriez partir, monsieur. Nous allons devoir appeler la sécurité. »
Marc a savouré son petit triomphe. Il a croisé les bras, son assurance revenue.
« Tu entends, Alexandre ? Tu n'as rien à faire ici. Je t'ai accueilli dans ma maison, je t'ai traité comme un frère malgré tes sautes d'humeur et ta personnalité effacée. Et c'est comme ça que tu me remercies ? En venant ruiner le plus beau jour de ma vie ? Sors d'ici. Maintenant. »
Cette tentative de me faire passer pour l'ingrat, le parasite, c'était sa spécialité. Dans ma vie passée, ces mots m'auraient anéanti. Aujourd'hui, ils ne faisaient que nourrir ma froide résolution.
À ce moment-là, une femme plus âgée, impeccablement vêtue, est sortie d'un bureau situé à l'arrière. C'était la gérante de la boutique, une femme au regard dur et au sourire commercial.
« Que se passe-t-il ici ? Pourquoi tout ce bruit ? »
La vendeuse s'est précipitée vers elle.
« Madame, cet homme est entré et a agressé Monsieur Dubois. Il prétend que... eh bien, il raconte n'importe quoi. »
La gérante m'a toisé, son regard balayant mes vêtements avec une moue de dégoût.
« Monsieur Dubois ? » a-t-elle demandé en se tournant vers Marc, son ton devenant immédiatement respectueux. « Je suis sincèrement désolée pour ce désagrément. Nous allons régler ça immédiatement. »
Puis, elle s'est tournée vers moi, son visage une nouvelle fois un masque de glace.
« Monsieur, qui que vous soyez, je vous demande de quitter les lieux sur-le-champ. »
Je n'ai pas bougé. J'ai simplement levé un sourcil.
« Vous l'avez appelé 'Monsieur Dubois'. C'est intéressant. Vous savez qui est la famille Dubois ? Vous savez ce qu'elle représente à Paris ? »
La gérante a paru légèrement décontenancée par mon aplomb.
« Bien sûr que je le sais. C'est pour cela que nous sommes honorés d'avoir Monsieur... »
« Alors vous devriez aussi savoir », l'ai-je interrompue, « qu'usurper l'identité de l'héritier d'une telle famille est un délit grave. Je suis sur le point de sortir mon téléphone et d'appeler la police. Nous verrons bien ce qu'ils penseront de votre 'Monsieur Dubois'. »
Le mot « police » a jeté un froid. Marc a pâli légèrement. La gérante a froncé les sourcils, une lueur d'incertitude dans ses yeux. J'avais planté la première graine du doute.