UNE FAMILLE A AIMER
Ma montre indique 18h30, et dans le taxi qui me transporte de l'aéroport jusqu'à la cité Otando où se trouve la maison familiale, je me demande juste ce que ma mère peut encore faire d'autre pour me blesser plus dans la vie.
Cinq jours que je suis arrivée à Libreville. Cinq jours durant lesquels j'ai pris soin d'appeler ma mère pour prévenir de mon arrivée sur Port-Gentil. Pourtant j'ai encore bien dit à Papa de la prévenir encore lorsque j'étais en salle d'embarquement parce qu'elle ne décrochait pas à mes appels. La grosse surprise c'est seulement lorsque j'ai constaté à l'arrivée qu'il n'y avait personne pour m'attendre. Et maman oh, et Amanda oh, oma fô (personne). Heureusement que papa m'a remis quelques billets, ce qui m'a permis de prendre le taxi juste après avoir attendu pendant au moins 1h, les fantômes qui devaient venir me chercher.
Tant qu'on a pas fini de vivre, On a pas fini de voir.
-moi : vous pouvez garer devant le portail noir là.
-Taximan : ok. C'est bon.
-moi : tenez !
Je lui tends un billet de 2000fcfa, montant de la course que j'ai demandé.
-Taximan : merci.
Il m'aide à faire descendre mes deux gros trolleys du coffre de son taxi, et je m'avance tant bien que mal vers la maison en prenant soin de bien fermer le portail derrière moi. Ce n'est pas le moment de chercher les injures. Un Pajero Montero que je devine être à ma sœur est bien garé sur l'allée.
Une fois au niveau de la terrasse, Je peux apercevoir à travers la baie vitrée, maman bien assise avec sa fille au salon.
Si c'était chez les autres, j'aurais eu droit à ce qu'on appelle un accueil chaleureux, mais ici, Je ne peux pas rêver de ça. On se connaît bien. En 25 ans de vie sur terre, Je ne sais pas si j'ai un quelconque souvenir de tendresse avec maman ou ma grande sœur Amanda. Avec mon petit frère encore ça passe. D'ailleurs, ça ne peut que bien passer vu que nous sommes tous deux dans la même position.
Finalement, Je pénètre dans le salon.
-moi : bonsoir ohhh !
-Amanda : bonsoir.
Ah ? Donc la miss est même enceinte ? Bien oh...
-Maman : tu es là depuis ?
-moi : non, Je viens d'arriver.
-Maman : ah ok !
En tout cas, Je suis déjà habituée. Même si je disais que je suis arrivée depuis le matin, la réponse aurait été la même. Ce n'est pas comme si on s'inquiète pour moi ici.
-moi : Darryl n'est pas là ?
-Maman : il doit sûrement traîner avec ses amis dans la cité. Est-ce qu'il reste à la maison ?
-moi : ah ok. Comme j'ai essayé son numéro mais ça ne passait pas.
-Maman : hummm
Je tire mes affaires jusque dans ma chambre.
Ma chambre, mon sanctuaire.
Je crois que c'est la seule chose positive qui m'a poussé à revenir ici en revenant de mon séjour très très prolongé d'études.
Je suis même surprise de voir un semblant d'ordre dans la chambre. On dirait que quelqu'un a fait un petit nettoyage. Humm quand je regarde juste le lit mal fait là, Je sais déjà que c'est Darryl qui est passé par là. Au moins je vais pouvoir me reposer ce soir, et bien arranger cette chambre demain à mon réveil.
J'hôte mes chaussures et je me pose sur le lit.
Je respire un bon coup comme à chaque fois que je sent la tristesse monter en moi. Je devrais normalement être immunisé contre les coups de maman et sa fille chérie, mais il faut croire que je suis trop sensible pour m'en foutre complètement.
Hum, Maman et sa fille Amanda. Sa plus belle histoire d'amour. Son idole, sa fierté, son tout.
Avez-vous déjà eu la sensation d'être un enfant adopté malgré le fait de ressembler à vos parents ? Moi c'est ce que je me dis depuis que j'ai au moins 6 ans. Bon, c'est vrai qu'avec la naissance de Darryl 7 ans après la mienne, et le traitement semblable au mien que lui a servit maman, ma théorie tombe à l'eau. Mais je refuse d'y croire. On nous a sûrement adopté.
Le duo de maman et sa fille, Je crois que je le subis depuis ma naissance. Je suis même certaine que maman ne m'a pas allaité. (Rires)
Vous voyez, quand je replonge dans mes souvenirs, je ne peux m'empêcher de verser quelques larmes.
Je n'ai pas en mémoire des moments de tendresse avec l'une ou l'autre.
Il a toujours été question d'Amanda pour maman à tel point qu'on oubliait parfois qu'elle était notre aînée. Même Darryl le plus petit était au balango (aux oubliettes).
Je me dis même que c'est sûrement cette attitude de maman qui a fait en sorte que papa s'en aille par la suite. Mais comme nous sommes dans une famille où le dialogue n'est pas présent, On vit seulement les choses en les ignorant, sans poser de questions.
J'ai 3 ans de moins qu'Amanda, mais je jure que dans la tête de ma mère elle a eu qu'un seul enfant : Amanda. Encore Amanda et toujours Amanda.
Dieu m'est témoins que j'aime ma sœur, mais bon, le sentiment n'est pas trop réciproque. Pas une fois je ne l'ai entendu dire quoi que ce soit en ma faveur ou celle de Darryl à sa maman chérie.
Si il y avait un anniversaire qu'on ne pouvait jamais ne pas fêter, c'est celui de ma sœur. La plus intelligente de la famille au school, encore elle. La beauté, il ne faut pas nous comparer mais, tout le monde s'accorde toujours pour dire qu'elle est plus belle, plus sexy, plus ceci, plus cela.
Quand on remettait les bulletins scolaires, c'était toujours celui d'Amanda que maman montrait aux gens. Le salon est toujours rempli de ses tableaux d'honneur d'ailleurs. Nous là, On était que les à-peu-près. Que tu ais la moyenne ou non, On ne te calcule pas.
Quand je me suis retrouvée au Collège et Lycée Raponda Walker avec Amanda, c'est moi qui était littéralement chargée de veiller sur elle. Un genre de monde à l'envers quoi. Si je rentre avant la frangine, c'est pratiquement si maman ne me disait pas de retourner la chercher.
Quand Amanda est seulement un peu malade, c'est toute la maison qui doit veiller. Quand c'est ton tour, On va te dire de boire d'abord le paracétamol. Si tu ne convulses pas, madame Imbendjè Solange ne va pas te faire voir les portes de l'hôpital.
La partie où elle m'a achevé, c'était avec le bac. Pour sa fille, elle l'a accompagné chaque jour aux épreuves devant le portail du centre de la ville ; au Lycée Joseph Ambouroue Avaro. A la délibération elle était même plus stressée que la concernée. Quand son 14 de moyenne à l'examen est tombé, il ne manquait plus que la télévision pour venir couvrir l'événement à la maison. Maman l'a accompagné pour ses démarches administratives sur Libreville. Il ne manquait plus qu'elle se déporte avec elle jusqu'au Canada. Quand ce fut mon tour, imaginez seulement comment j'étais seule au parking du LJAA de 19h à 23h pour attendre l'affichage des résultats. J'ai affronté Libreville seule avec le boss. Heureusement qu'il était déjà installé là-bas après sa séparation avec maman. Ma chance était d'avoir obtenu une place pour l'IUT de St Nazaire, en France.
Vu que la question argent je réglais avec papa, j'allais encore appeler maman pourquoi ? Ça c'est juste ce que la logique voudrait, mais moi qui suis toujours entrain d'attendre un revirement de situation de sa part ou bien celle de sa fille, Je faisais le maxi d'appeler environ toutes les deux semaines même si la conversation ne durait pas plus de 50 secondes.
J'ai appris que ma sœur rentrait au Gabon par Facebook. Pareil pour son boulot à Addax Petroleum.
Elle encore ce n'est pas tout le temps qu'elle ne me calcule pas. Il y a des moments où on peut croire que la fibre fraternelle est présente. Ses humeurs défilent par saison en fait. Bref !
C'est mon quotidien mais je refuse d'en faire ma vie.
J'ai encore espoir que ça change un matin.
Toc toc toc
-moi : oui ?
La porte s'ouvre sur Darryl qui vient me faire deux bises.
-Darryl : hummm la Française de Fala (France). Tu sens la neige han ?
-moi : que tu connais l'odeur de la neige ?
-Darryl : laisses seulement. Ça dit what ? J'espère que j'ai quelque chose dans les grosses cantines là ? Ou bien ?
-moi : dans quoi ? Vas là-bas.
-Darryl : ah donnes seulement toi aussi. Tu veux déjà faire le malondon (malin) comme ta sœur ?
-moi : abomination. Ça commence par où ? Que qui me gaspille ça ?
-Darryl : ah ok. Gardes seulement la même position, tu vas voir comment tu auras vite les rides à force de bouder comme elle.
-moi : tu es bien fou. Tires la valise bleue là ici au lieu de raconter ta vie.
-Darryl : Mélissa c'est ma sista du cœur oh.
-moi : frère par intérêt oui. Je dis han, tu traînes encore jusqu'à l'heure là au basket, On ne dirait pas que tu es en classe d'examen han ?
-Darryl : tu as oublié que la grande a déjà eu le bac pour nous tous ?
-moi : LOL
-Darryl : ne t'inquiètes pas, Je gère bien. Je sens même que j'ai déjà ma moyenne ce premier trimestre.
-moi : ok alors.
Je fais sortir les quelques affaires qui lui sont destinées et je les lui tends.
-moi : soulèves seulement tout et tu bouges avec. Et tu prends les deux parfums là que tu donneras aux duchesses qui sont assises au salon en passant.
-Darryl : que les autres avec les mères et les sœurs oh. À base de cadeaux parfumés...
-moi : c'est pour faire semblant seulement. On se connaît tous.
-Darryl : au moins toi tu fais encore semblant. Moi une fois que je sors de cette maison, Je ne reviendrai plus
-moi : on disait tous ça. Malheureusement on a pas toujours le choix. Bon fais seulement tu vas me chercher même des brochettes ou un chawarma quelque part. Je crève la dalle
-Darryl : grillade ? Le sommet de la grillade c'est chez Adjuma. Mais je sais que ses marmites sont déjà vides...
-moi : à 19h ?
-Darryl : on te dit que toute la ville ne mange que là-bas. Si tu as raté ta place à 17h quand la marmite est encore au feu, 18h quand tu arrives tu seras celui qu'on servira le fond de la marmite. Kiakiakiakia
-moi : fais seulement, même un petit chawarma et une canette de coca, Je suis preneuse.
Je fouille un billet de 10. 000 fcfa dans mon sac que je lui tends.
-moi : tu prends aussi pour toi, et tu me rapporte ma monnaie.
-Darryl : top top !
Une fois qu'il sort de ma chambre, Je profite à me déshabiller pour rejoindre la douche.
Appelez-moi Rebendambia Mpemba Mélissa Fanny. Je viens de rentrer sur Port-Gentil et je cherche une famille à louer. Une famille où je n'aurai pas à chercher l'attention des gens, où je serai simplement aimée. Si vous avez des idées, faîtes-moi signe.
Je suis tranquillement assis devant la télévision, et j'ignore complètement les rois mages accompagnés des bergers qui se prosternent devant le presqu'enfant Jesus qui est né il y a 3 jours à la clinique Total, ici même à Port-Gentil et qui vient de rentrer à la maison familiale avec sa mère la Reine Elizabeth.
-Tante Mado : Christo, tu ne viens pas porter ton fils ?
-moi : mon fils ? Kiakiakiakia
-Tante Mado : mais oui han. Dans la coutume tes vrais enfants sont les enfants de ta sœur, parce que tu es sûr que vous avez le même sang.
-moi : ah donc dans ce cas, il y a des chances que j'ai été adopté. Attendez que je fasse mon test d'appartenance à cette famille avant de me coller un enfant que je n'ai pas fait.
-Tante Mado : toujours à faire l'intéressant même quand ce sont les vraies choses
-Elizabeth : ah mais maman laisses-le non ? Il aime toujours ce faire prier.
-moi : que j'ai demandé à qui de me prier alors que j'étais assis à regarder mon émission ? Non, mieux même, Je vais dormir. Je n'ai pas envie de vous gêner ici. Bonne nuit oh la familia.
-Elizabeth : tchuippp !
-moi : kiakiakia. Doucement la reine. Tu vas avaler ta langue à cause de me jalouser. Krkrkrkrkrkr
Je me dirige vers ma chambre en prenant soin de continuer avec mon sale rire de moqueur pour bien les énerver encore plus.
Je referme la porte derrière moi, et je vais me poser tranquillement sur mon lit.
Je souris de plus belle en pensant au fait que je vais quitter cette maison cette fin du mois, donc dans moins de 4 jours.
J'attends juste de voir leurs têtes quand je vais tirer mes valises au salon. La reine Zaza qui va tchiper jusqu'à ce que sa bouche s'attache, tante Mado qui va taper du pied avec de 'hum' on dirait quelqu'un qui va rentrer en transe, papa très imperturbable devant sa télévision, Éric sera muet comme une carpe, les deux fils de Tante Mado vont commencer à se disputer sur qui prendra ma chambre.
Kiakiakiakia j'adore cette famille et ils vont un peu me manquer parce que je n'aurai plus personne de qui moquer en longueur de journée. Je ne suis pas comédien, mais la moquerie fait partie de ces murailles que je me suis construites pour ne plus avoir mal face aux choses qui se passent chez moi.
Attendez je vais vous faire un petit exposé pour vous décrire ma famille formidable, et vous allez comprendre.
Tante Mado est la femme de mon père. En fait, notre mère est décédée un peu après mon 4 ème anniversaire. Tante Mado est rentrée dans nos vies quelques deux ans après. Je ne vais pas dire qu'elle nous a maltraité mais, elle a fait ce qui s'est révélé être commun à tous les parents de papa maintenant, ne s'occuper que d'Elizabeth.
Je vous explique bien.
Vous voyez, mon père n'est pas le genre à s'occuper des détails. Question argent, il finance, mais ne lui demande pas les choses sentimentales. Ça, c'est réservé à maman. Bon, à tante Mado maintenant. Maman a eu 3 enfants avec mon père. Éric l'aîné, Elizabeth qui vient 3 ans après, et moi 1 an après la reine. Avec Tante Mado il a eu deux autres garçons, mais assez tard. La preuve, ils n'ont que 13 et 14 ans. Bref.
La reine étant reine, elle a toujours eu droit à toute l'attention de Tante Mado. D'ailleurs elle est la seule à l'appeler maman. Bon Éric aussi ça lui arrive parfois quand il veut la torcher (lol). Tout chez ma sœur c'est ma compétition. Dès que j'ai compris ça, j'ai commencé à l'emmerder à tout bout de champ pour avoir un peu de satisfaction dans cette maison. C'est vrai qu'au départ j'ai voulu être un enfant bien mais, à l'inverse d'Éric, j'ai compris très vite que ça ne servait à rien. Mieux je joue au petit maudit et j'ai la paix sinon, Je devais être le petit « boy » de mesdames. Bon, comme je dis toujours à mon frère quand il est triste de toujours quémander l'amour de ces dames, c'est sûr qu'elles vampent la nuit ensemble sinon, Je ne vois pas comment on va adorer une seule personne parmis trois, tous même père, même mère, mêmes ancêtres. De la façon où même les parents de papa rentre dans cette logique de ne s'inquieter que d'Elizabeth, je jure que c'est elle leur chef la nuit. Si c'était qu'on était resté vivre à Libreville, Je suis sûre que j'allais aller vivre chez les parents de maman, mais hélas, Tante Mado vivait ici sur Port-Gentil et avec papa, nous l'avons tous rejoint dans cette ville une fois que la construction de cette maison où nous vivons maintenant a été achevée.
La guerre entre la Reine et moi a été officiellement déclarée lorsqu'on s' est retrouvé en classe de 6ème au même moment. Pas qu'elle ait redoublé une classe, mais j'ai passé mon CEPE et mon concours d'entrée en sixième en candidat libre alors que je n'étais qu'en classe de CM1.
Vu qu'elle ne pouvait pas me dépasser avec les moyennes de classes, et bien elle se vengeait à la maison. Elle me narguait quand elle sortait avec « maman », quand elle avait plus de jouets à noël, ou quand elle revenant de vacances de chez tel ou tel tonton qui a ci et ça. Moi, Je brandissais juste mon bulletin de note ou alors, je racontais à haute voix la joie que ça fait d'être toujours présent sur les listes pendant la remises de prix aux élèves méritant en fin d'année scolaire.
Bon au départ je pensais que c'était des enfantillages, que les liens du sang finiraient par prendre le dessus sur nous, mais la reine n'a pas vu ça comme ça. C'est lorsqu'on s'est retrouvé tous les deux en France que j'ai su que ça n'allait plus changer. Je me suis retrouvé à ma remise de diplôme seul avec mon colocataire parce que ma sœur a dit qu'elle n'avait pas le temps pour des bêtises. Alors que mon coloc était choqué, moi je faisais semblant de rire en lui disant qu'elle est juste jalouse que j'obtienne mon diplôme avant elle. Dans le fond, j'ai été choqué et blessé. Depuis qu'on s'est retrouvé encore ici à Port-Gentil, Je ne la caresse pas aussi. Mieux on s'ignore même à la limite parce que quand elle veut m'essayer, Je lui fais regretter la chose. J'ai juste un peu mal pour mon frère Éric le sensible qui est toujours à la recherche de la création de « ce » lien là avec elles. Même avec papa, il cherche ce truc là, mais il n'a pas encore compris que son père n'est pas dans les détails. A 34 ans, avec une copine et 2 enfants, Je me demande ce qu'il fait encore dans le studio extérieur derrière la maison.
Ah oui, il attend d'abord que sa petite sœur se marie pour pouvoir faire autant. Mais eh, ce ne sera pas pour tout de suite on dirait. Krkrkrkrkrkr.
Je crois que je vais réussir à tous les scandaliser quand je vais me marier avant eux et que je ne vais pas les inviter.
Je sens les cornes pousser sur ma tête...
Kiakiakia...
Je me lève et je me dirige vers mon frigo de chambre à la recherche de quelque chose à grignoter. Avec mon numéro de ce soir, Je me mets le doigt dans l'œil si quelqu'un pense à me laisser même un os dans les marmites.
Ah oui, en fait, Je me présente : Nzigou Christophe Darrel, 30 ans, Ingénieur à Shell et à la recherche du bonheur familial.
~~~~~~~Mélissa~~~~~~~~
Lorsque je termine de prendre ma douche, Je vais passer un collant et un tee-shirt de maison. Je récupère mon portable et je vais me poser au salon en attendant que Darryl revienne.
La partie du film où chacun fait semblant d'être concentré devant la télévision.
Rien, personne oh pour me demander les nouvelles. Mais comme j'aime bien partager, et bien je vais encore ouvrir la conversation. Au moins je vais nous empêcher de finir avec les bouches parfumées à l'odeur du renfermé.
-moi : euh maman, tantine stella te passe le bonjour.
-Maman : quel bonjour ? Depuis que son frère est parti de la maison, elle connaît encore qui je suis ? Aramba mi tana (les choses maboules).
-moi : ah en tout cas ; j'ai fait la commission.
-Maman : il faut garder ce genre de nouvelles pardon.
On reste encore quelque seconde sans parler puis, j'ouvre encore ma bouche.
-moi : ah, donc il y a maintenant le Wi-Fi ici ? Mais c'est parfait. Il faut me passer le code je vais profiter à faire les mises à jour sur mon PC.
-Amanda : le Wi-Fi ne s'est pas placé tout seul han ? Si tu veux l'utiliser, il faut aussi contribuer. En parlant de contribution, il y a aussi la dame qui fait le ménage qu'on va payer maintenant à deux.
Non la fille-là ne cessera jamais de m'étonner oh ?
On ne s'est pas vu depuis combien de temps, elle ne cherche pas à parler des vraies choses, non, il faut toujours qu'on aille sur des terrains qui n'ont rien à voir avec une relation fraternelle. Les choses qui m'énervent souvent. Mais comme je suis du genre à me contenir, Je respire un bon coup avant de lui répondre,
-moi : payer la dame de ménage ? Je n'ai pas les bras coupés, Je peux gérer mon ménage seule.
-Amanda : ah bon ? Et le salon où tu es assise ? La cuisine ? Je dis même, Tu vas aussi faire ta lessive ? Il ne faut pas rêver sur la machine à laver qui se trouve à la douche han ? Il n'y a que la dame de ménage et moi qui la manipulons. Après, il faudra participer aussi sur les autres charges. La bouffe, l'eau et l'électricité.
-moi : ah, mais est-ce que y a un soucis ? Je peux laver mon linge à la main. Je ne pense pas que je suis une enfant pour faire un quelconque désordre au salon ou bien dans la cuisine. En tout cas, Je suis quand même consciente que papa n'est plus ici donc je dois mettre la main à la pâte. Pourquoi tu parles comme si je veux abuser de toi et de ton argent ? Tu m'as déjà vu un jour te demander 1franc ?
J'ai parlé tranquillement, sans laisser trembler ma voix malgré les larmes qui commencent à pointer au fond de mes yeux.
-Maman : ahhh Mélissa awè kè (toi aussi) ! Tu vois le problème où dans ce que ta sœur dit ?
Je regarde ma mère et là je suis juste encore plus désolée. Je n'ai même plus les mots.
-moi : mais maman, sincèrement, Tu as déjà vu un problème dans ce qu'Amanda fait ?
-Maman : ah bé bé (pardon), il ne faut pas me mélanger dans vos histoires.
-moi : mais maman, je pose la question parce que tu me demandes où est le problème. Je viens d'arriver à la maison, donc ce qui est plus important c'est me parler d'argent ? Je suis désolée d'être venue vous déranger, Je pensais que c'était normal de venir m'asseoir un moment avec vous après tout ce temps. En tout cas...
Je me lève et je retourne dans ma chambre. Je ne sais même pas pourquoi je suis d'abord sortie.
Je prends les valises et je me décide à commencer à les vider.
Alors que je suis en plein dans mon rangement, Maman me rejoint dans la chambre.
-Maman : ah, Tu plies tes affaires ?
-moi : ouais...
-Maman : ah ok. Tu ne manges pas ?
-moi : j'ai envoyé Darryl me chercher quelque chose. J'attends qu'il revienne !
-Maman : ah, Je venais juste te dire de ne pas te fâcher à cause de ce que ta sœur te disait au salon. Ne t'occupes pas d'elle.
-moi : mais maman, Je ne fais que ça, ne pas m'occuper. Mais tu penses que c'est normale ? J'arrive à peine que déjà on me parle de charge et autres. Donc y a personne pour me demander si je vais bien, si j'ai bien fini avec l'école, si j'ai une proposition d'emploi quelque part ? Même les parfums que je vous ai apporté ne méritent pas de merci ?
-Maman : ahhh j'avais déjà oublié, merci. Et puis, est-ce que le boulot c'est un problème ? Ta sœur va te trouver quelque chose dans sa société, elle est DRH.
-moi : qui ? Amanda ? Kiakiakiakia on blague je suppose !
-Maman : mais oui, c'est la grossesse la rend un peu nerveuse ehhhh ?
-moi : quelle grossesse maman ? Tu sais que ta fille est mauvaise depuis toujours, et tu l'encourages.
-Maman : que je vais faire comment ? C'est ma fille.
-moi : ahhh et moi je suis qui ?
Avant que je n'arrive à finir de parler, Amanda fait irruption dans la chambre pour me crier dessus.
-Amanda : mais je dis han, tu ne peux pas essuyer la douche après avoir fini de l'utiliser ? Dépêches-toi d'aller nettoyer ton désordre, j'ai besoin de me doucher.
-moi : Amanda, ne confonds pas mon respect pour toi avec de la peur. Tu penses que c'est seulement parce que tu es enceinte que tu peux faire un enfant de mon âge ? Je ne sais pas piur qui tu te prends, mais je tiens à te rappeler que je ne vis pas chez toi, Ok ? Maintenant je te dis que je ne vais pas essuyer, tu vas me faire quoi ?
Comme je me disais aussi, elle tourne ses talons et repars d'où elle est venue.
Non mais sérieusement, quand j'ai fini de me doucher, j'ai constaté qu'il n'y avait pas de serpillière. J'ai vu que ce n'était pas un soucis vu que je n'ai pas mouiller l'endroit, à l'exception des quelques traces que j'ai laissé. C'est pour ça on veut mal me parler on dirait j'étais un locataire ici ?
-Maman : Mélissa je t'ai dit de ne pas te fâcher non ?
-moi : maman regardes pardon, j'ai besoin de finir de plier mes vêtements tranquillement, Tu peux aller retrouver ta fille. Si on analyse bien, peut-être c'est toi qu'elle cherchait quand elle est venue faire son petit numéro.
Finalement, elle se lève et sort de la chambre alors que je fais celle qui est très active dans le placard.
Je me sent juste faible.
Parfois je me demande si elles s'entraînent avant de sortir leurs numéros, ou bien elles sont fortes dans l'improvisation.
« Je vais faire comment, c'est ma fille ». Donc moi je suis le chien, voici pourquoi elle doit toujours chercher à m'écraser devant toi sans que tu ne dises mot.
Toc toc toc !
-moi : Oui ???
Darryl ouvrant la porte,
-Darryl : c'est comment tu réponds comme si on avait à faire ?
-moi : je ne savais pas que c'était toi. Rentres et fermes la porte.
-Darryl : tu ne vas pas au salon ?
-moi : j'ai tenté mais j'ai changé d'avis après 10 minutes.
-Darryl : mai c'est beaucoup. Moi je ne gère plus tout ça. Je rentre seulement et je sors.
-moi : tu te rends compte que ta sœur est encore pire que jamais ? Me faire tout un discours sur l'argent que je dois donner pour participer aux charges de la maison, tout ça seulement parce que j'ai parlé du Wi-Fi .
-Darry : mais toi tu ne sais pas qu'ici c'est maintenant comme ça ? Et là tu n'as rien vu. Ta sœur dors avec les télécommandes de sa télévision et du décoder. Genre c'est seulement elle qui regarde la TV. Moi depuis là, Je ne regarde plus ça oh
-moi : mais c'est quoi l'utilité de mettre une télévision au salon si c'est pour regarder ça elle-même ? Elle peut transporter ça dans sa chambre.
-Darryl : que c'est la télévision qui manque dans sa chambre ? Ta sœur veut juste faire le MCDG (mauvais cœur dur glacé).
-moi : en tout cas, si elle pense que c'est parce qu'elle remplie la maison avec ses affaires qu'elle va rester propriétaire ici, elle rêve beaucoup.
On reste à discuter pendant un bon moment tout en mangeant nos chawarmas.
Une fois que Darryl rejoint sa chambre, Je vais me brosser les dents et je reviens dans la mienne.
Je fais ma petite prière comme chaque soir depuis maintenant près de 7 ans. Prière dans laquelle je demande à Dieu de ne pas me laisser sombrer dans la haine, de me permettre de venir à bout de tous ces chagrins qui rongent mon âme à petit feu.
Quand je pense à la prière, Je pense aussi à Michelle, celle qui m'a entraîné la dedans. Et en parlant, Je vais lui faire un message pour lui dire que je suis arrivée. Demain c'est samedi et il serait toujours mieux de passer toute ma journée hors de cette maison...
Ce soir je m'endors le cœur presqu'en paix.
~~~~~~Christophe~~~~~~
Allongé sur mon lit, les yeux clos, j'entends la maison s'éveiller lentement.
Je prends une grosse bouffée d'air avant de me remettre à penser aux choses de ma famille formidable.
Cette fois, les choses sont maintenant très claires parce que les dames ne se cachent plus.
La copine d'Éric a eu deux enfants dans cette maison, jamais Tante Mado n'a fait semblant de donner un coup de main. Là, comme c'est la Reine qui a pondu, eh bien madame va carrément dormir avec elle. Elle abandonne son mari pour aller « soutenir » sa fille qui a besoin « d'aide ».
Hier, alors que je paufinais mentalement ma journée d'aujourd'hui, j'ai entendu Tante Mado dire à papa qu'elle s'en va dormir avec sa fille pour l'aider la nuit avec le bébé, je suis resté à rire en me disant qu'elles ne vont cesser de me surprendre.
Je me lève et décide de passer sous la douche.
Lorsque j'en sors, il est 8h10 du matin. Après avoir enfiler un pantalon en lin blanc et un tee-shirt de la même couleur, je mets mes sandales et je me dirige vers la cuisine pour manger quelque chose de plus solide que la veille. En passant par le salon, on peut voir que les visites avec cadeaux ont déjà commencé. Je lance un Bonjour, et je continue mon chemin vers la cuisine où je trouve Éric qui fait le petit déjeuner à ses enfants.
-moi : on dirait que je ne suis pas le seul affamé ici. Bonjour !
-les enfants : bonjour tonton Christo !
-Eric : où vas-tu à cette heure matinale ?
-moi : je vais vaquer à mes occupations loin de cette maison.
-Éric : mais pourquoi tu aimes toujours fuir de la maison ? Tu es ici un mois sur deux, passes un peu du temps avec ta famille...
-moi : ah si tu veux que je garde encore tes fils, aujourd'hui là c'est mort seulement. J'ai un programme bien chargé.
-Éric : qui te parle de ça ? Je te dis de rester là, on aura un repas familial ce midi. Beaucoup de personnes seront là.
-moi : kiakiakiakiakia repas familial ? Jamais. Ils viendront pour voir le fils de la reine, et non pour toi et moi.
-Éric : Christo, cesses de durcir ton cœur...
-moi : pauvre de mon cœur qui continue à fonctionner normalement. Zéro problème dans mes mouvements de diastole ou systole.
-Éric : mais je suis sérieux man.
-moi : mais je suis aussi sérieux quand je te dis d'arrêter de les suivre comme si ta vie en dépendait.
-Éric : que je les suis comment ? Je suis juste présent à leurs côtés.
-moi : non le grand, tu les suis malgré le fait qu'elles ne te calculent presque jamais. Ouvres un peu les yeux sur la situation. Christina a accouché de vos deux enfant ici dans cette maison, tu as déjà vu qu'on a fait quoi pour eux ? Ils parlent de repas familial pour ne pas dire repas en l'honneur du fils de la reine.
-Éric : la famille reste la famille Christo...
-moi : oui d'accord, mais il faut que chacun fasse la part des choses.Tu penses que je deteste quelqu'un ici ? Non du tout, je les traite juste comme ils me traitent. Si j'étais si dur de cœur comme tu dis, tu peux m'expliquer comment je fais pour être bien avec la famille de maman ou alors avec les jumelles (les petites sœurs de papa) ? Je ne parle même pas de comment je suis bien avec papa et toi. Le sentiment familiale doit être réciproque avant de placer le mot famille. C'est clair que je ne laisserai jamais personne faire du mal à un membre de ma famille, mais mon intérêt s'arrête là. Arrêtes de te faire des illusions sur cette famille et occupes-toi sérieusement de la tienne. Commences par sortir de cette concession avec Christina. La pauvre doit être dépassée de la façon dont on ne la calcule ni elle, ni ses enfants, ni toi aussi.
-Éric : mais qui dit que...
-moi : non Éric, ce n'est pas le débat ce matin, je te dis juste quelques vérités. Épouses la pauvre fille et sors de cette maison pour vivre réellement ta vie de famille.
Finalement, je ne me fais plus à manger, je laisse Éric à ses réflexions dans la cuisine, et j'espère que cette fois les paroles vont le faire bouger un peu.
Je vais récupérer ma sacoche dans la chambre en vérifiant que mon porte-feuille se trouve bien à l'intérieur. Je rejoins le salon en chantant « il est né le divin enfant » histoire de faire gonfler un peu la reine avant de quitter la maison. Alors que je suis devant la porte, tante Mado me dit :
-Tante Mado : j'espère que tu ne vas pas durer là-bas, je voulais que tu ailles me prendre la boisson pour ce midi. Ou alors, Je te remets déjà l'argent et tu vas prendre ça maintenant ?
-moi : la vieille, surtout ne bouges pas, gardes la même position, Je vais revenir acheter votre boisson.
Je continue mon chemin et je vais sur la route à la recherche d'un taxi. Direction CK2.
Ce matin j'ai prévu d'acheter l'électro-menager. C'est juste ce qui manque. Tout doit être prêt pour mardi quand je vais rentrer dans ma petite maison.
Alors que je suis en plein dans la contemplation des réfrigérateurs, j'écoute une discussion qui attire mon attention.
-femme 1 : tu es sûre que c'est joli ?
-femme2 : mais oui, même toi-même. Ce service de table fera un cadeau parfait. Tu vois ; c'est une invitation à se mettre à table ensemble, en famille quoi !
-femme 1 : toi et tes histoires d'en famille. Ok
-femme 2 : mais oui, et tu sais que j'ai raison. C'est important d'entretenir l'esprit familial. Et je le dis en connaissance de cause.
A cette dernière remarque, Je lève ma tête et mes yeux cherchent celle-là même qui vient de parler. On aurait dit qu'elle avait formulé cette dernière phrase avec comme un regret dans la voix....