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UN ROI CRUEL Tome 2

UN ROI CRUEL Tome 2

Auteur:: Rimelia
Genre: Romance
Le réveil d'Anisha fut difficile.Tous les efforts qu'elle avait fait et les risques qu'elle avait pris pour quitter Montéry, n'avait servi à rien. Le sort semblait se jouer d'elle tandis qu'elle se retrouvait à nouveau captive, mais loin de celui qu'elle aime.

Chapitre 1 Chapitre 1 : Réveil difficile

_ Tu es réveillée ? Tu as besoin que je t'aide à t'asseoir ?

La voix qui s'était adressée à Anisha dans la pénombre venait de sa droite et paraissait proche d'elle. Des gémissements se faisaient entendre ici et là ainsi que des toussotements et des sanglots.

Désorientée par cet environnement inconnu et angoissant, elle tenta de se redresser. Son corps fourbu et douloureux, lui rappela aussitôt ce qu'il s'était passé dans ce maudit port.

Des bruits de chaînes accompagnèrent ses mouvements et un grognement de mécontentement s'éleva près d'elle, aussitôt qu'elle eut bougé.

_ Elle ne fait que se rasseoir, la défendit la fille qui lui avait parlé à son réveil. Tu peux montrer un peu de patience, non ?

_ Ce n'est rien, intervint Anisha en portant machinalement sa main à son ventre comme pour s'assurer que son enfant à naître allait bien.

_ Nos entraves sont liées les unes aux autres, lui expliqua sa voisine avec douceur, dès que l'on bouge, on tire sur toutes les chaînes.

_ Je vois... Où est-ce qu'on est ?

_ En enfer, répliqua la mécontente qui se tenait à sa gauche.

_ L'écoute pas... Je m'appelle Alva, continua la jeune femme avec un entrain qui détonnait au vu de leur condition, j'ai été vendue par le seigneur terrien où officiait ma mère. Et toi ? Comment tu t'es retrouvée ici ?

Anisha tourna un regard dépité vers elle avant de caler sa tête blessée contre le mur en bois et de déglutir avec peine. Ses craintes se confirmèrent et la situation dans laquelle elle se trouvait, ne lui laissait que peu d'espoir.

_ Désolée, s'excusa Alva un peu mal à l'aise, j'ai tendance à me mêler de ce qui ne me regarde pas. Tu n'es pas obligée de me le dire...

_ J'ai... j'ai été enlevée, soupira la jeune femme en maudissant le sort qui s'acharnait sur elle.

_ Enlevée ?! Ça doit être terrible ?

_ Être vendue ne doit pas être une joie non plus, fit Anisha en cherchant à distinguer les traits du visage de cette fille à l'énergie et au tempérament peu commun.

_ Disons que c'est une situation que j'ai acceptée...

_ Comment tu peux dire que tu as accepté une chose pareille ?

_ Eh bien, j'ai moi-même fait ce choix en quelque sortes. C'est un petit sacrifice en échange du bien-être de ma famille, tu vois ?

Anisha ne comprenait rien à ce que lui expliquait Alva mais à sa voix, elle comprit qu'elle tentait de se donner du courage dans cette épreuve. Ne voulant pas juger hâtivement la légèreté de ses mots, elle prit le parti de ne pas relever.

_ Depuis combien de temps, on est là ? Demanda-t-elle après un silence.

_ Je ne saurai dire... dans cette cale le temps semble passer tellement lentement...

Ils étaient donc bien sur un bateau. Anisha avait tout de même passé toute son enfance dans l'eau ou à proximité, elle savait reconnaître le balancement de la houle.

Cela valait vraiment la peine qu'elle se donne un mal fou à fuir le palais de Montéry et Helias. Si le désespoir ne s'était pas fait aussi pesant sur ses épaules, elle en rirait à gorge déployée.

_ Tu dois avoir soif ? supposa Alva qui ne détournait pas son attention d'elle.

_ Oui, je suis desséchée, en effet.

_ Attends une seconde, je vais demander de l'eau.

Pensant qu'elle allait appeler leurs geôliers, Anisha voulut l'arrêter.

_ En fin de compte, ça peut attendre...

_ Faite circuler la cruche par ici, s'il vous plaît ! s'écria Alva sans l'écouter.

Des bruits de chaînes se firent entendre tandis que la cruche passait de mains en mains. Quelques secondes plus tard, elle arriva jusqu'aux jeunes femmes.

_ Tiens, bois, ça te fera le plus grand bien.

_ Merci...

Anisha prit le récipient qu'Alva lui tendait et le porta aussitôt à sa bouche gercée par le manque d'eau. Il n'y restait pas grand-chose, mais les quelques gorgées qu'elle but furent suffisantes, néanmoins, pour la revigorer quelque peu.

_ Tu peux m'appeler Ani, fit-elle pour cette voisine serviable.

_ Ani ? C'est joli comme prénom ? Tu dois venir de très loin...

La référence à son ethnie lui rappela très exactement la raison pour laquelle elle se trouvait là, et surtout les difficultés auxquelles elle risquait d'être confronté à l'avenir.

Fatiguée et mal en point, elle aurait presque prié pour que la mer se déchaîne et qu'elle emporte ces misérables et elle, dans ses abîmes. Oui, il valait peut-être mieux cela, car les maîtres qu'elles allaient avoir dans un futur proche, seraient sans aucun scrupule, ni pitié.

Après un temps qui parut interminable à Anisha, les pirates accostèrent enfin. La nervosité qui naquit en elle semblait toucher toutes les pauvres âmes qui partageaient sa mésaventure. Même Alva qui s'était montrée plutôt résiliente jusque-là, présentait des signes d'angoisse.

Les timides sanglots qu'elle avait pu entendre par intermittence autour d'elle, devinrent des pleurs et des cris de terreur quand la porte qui menait à la cale, s'ouvrit sur elles.

Sans s'en rendre compte, Alva s'agrippa à son bras et avec une voix sans force, elle demanda :

_ Où penses-tu que l'on nous a emmené ?

Aucune réponse ne put sortir de la bouche d'Anisha. Les hommes, qui s'étaient postés face aux captives avec leurs lampes, le visage sévère et sans la moindre humanité dans le regard, inspiraient une telle crainte, que le silence se fit aussitôt dans la cale.

_ On va vous faire sortir d'ici, annonça l'un des geôliers d'un ton péremptoire, je vous préviens, je ne veux pas vous entendre geindre ou parler. Et celle... qui osera faire un pas de travers ! Verra sa tête rouler à ses pieds ! J'ai été clair ?!

Recroquevillées sur elles-mêmes, les filles ne répondirent que par des gémissements.

Un grand gaillard libéra le bout de la chaîne qui était accroché à une espèce de crochet et tira dessus pour faire lever les captives.

_ Aller ! On se bouge ! Levez-vous et plus vite que ça !

Tel un chapelet humain, elles sortirent de la cale, encadré par ces impitoyables pirates...

Chapitre 2 Chapitre 2 : Une disparition inquiétante

Chapitre 2 : Une disparition inquiétante

La lumière fut pour Anisha et ses compagnes de mésaventure un véritable supplice. Leurs yeux habitués à l'obscurité ne supportaient pas le changement brusque d'environnement. C'est donc le visage caché de leurs mains qu'elles traversèrent le pont sous la surveillance de leurs gardes.

Le soleil était haut dans le ciel et un brouhaha venait des quais où était amarré le bateau de ces marchands sans foi. Le port, de petite taille et peu équipé, était rattaché à un village épars, sans grandes infrastructures, ni routes pavées.

À entendre la langue que parlaient les pêcheurs qui s'affairaient non loin d'eux, ils n'avaient pas quitté les côtes de Targat, ou alors ils se trouvaient sur l'une des îles alentour.

Prestement, la quinzaine de femmes fut conduite dans une maison non loin et après qu'on leur a donné à chacune un chiton, on libéra les trois premières.

_ Vous avez cinq minutes par groupe pour vous laver et vous changer ! beugla l'un des gardes. Si vous ne voulez pas que je vienne vous chercher, vous avez intérêt à sortir à mon appel.

Une femme, sûrement une complice, se trouvait déjà dans la salle d'eau et s'occupait de remplir les seaux.

Quand son tour vint, Anisha eut du mal à se débarrasser du sang qui avait formé une couche poisseuse sur son crâne, juste à l'endroit où elle avait été frappée par ses ravisseurs. Aidé par Alva, qui par chance faisait partie de son trio, elle réussit néanmoins à finir sa toilette avant que le garde ne leur ordonne de sortir.

Sans leur remettre leurs liens, elles furent conduites jusqu'à une chambre vide où on les fit asseoir sur le sol. L'un des hommes s'avança avec un panier de petits pains à la main et les distribua aux prisonnières.

Le cœur serré, Anisha n'avait pas vraiment faim. Mais en y réfléchissant, elle se dit qu'il lui fallait des forces pour affronter la suite.

Et qui sait, d'ici qu'ils rejoignent l'un des marchés aux esclaves, elle aura peut-être déjà trouvé un moyen de fuir...

***

Cela faisait une semaine qu'Anisha avait disparu du palais et il n'y avait pas un lieu qu'Helias occulta. On fit fouiller toute la ville, ainsi que le port où séjournait Dalia. Les hommes qu'il avait missionnés pour la sécurité de cette dernière, étaient formels : personne n'avait tenté d'entrer en contact avec elle.

Une colère noire se déchaînait en lui et le faisait passer par tous les états, mais l'inquiétude à propos de ce qui aurait pu arriver à celle qu'il aime, fut encore plus forte que son ire.

Sirine, chez qui il avait fait dépêcher une escouade dès le départ pour vérifier qu'Anisha ne s'y était pas rendue, l'avait rejoint et le soutenait dans cette épreuve.

_ Tu aurais dû annuler la venue de la princesse de Saragon, le sermonna sa parente en apprenant par le Conseiller qu'elle débarquerait dès le lendemain.

_ Ce n'était pas possible, le temps que notre émissaire lui arrive, elle serait déjà partie.

_ Que comptes-tu faire à présent ?

_ Tans que je n'ai pas remis la main sur Anisha, et mon enfant, je ne prendrais pas de repos. La princesse de Saragon n'a de toute façon pas besoin de moi pour ces fichus préparatifs, et le premier conseiller l'aidera au cas où.

_ Sa majesté peut compter sur moi, déclara le concerné en baissant la tête en guise de soumission.

_ Je pensais me rendre à Albatra par la liaison qui partira cette après-midi, fit Sirine en se levant de la chaise qui faisait face au bureau de son neveu. Je pourrais passer au village natal d'Anisha et m'assurer qu'elle ne s'y trouve pas.

_ Il est impossible qu'elle y soit, aucun bateau n'a quitté le port principal pour cette destination, lui rappela Helias en secouant la tête.

_ Du port principal non, mais n'oublie pas qu'il y a d'autres points de départ le long de notre côte Est.

La probabilité pour que cette éventualité se soit produite, était vraiment infime. Mais au point où il en était, le roi de Targat acquiesça à sa proposition.

_ Très bien, mais contente-toi de te rendre au village seulement. Je refuse que ton excès de zèle ne te mène à des ennuis inextricables. Il y en a déjà assez avec la disparition d'Anisha sans que je ne sois, en plus, amené à m'inquiéter pour toi.

_ Ne t'en fais pas, j'ai l'habitude d'aller et venir à travers le monde, tu as oublié ? Je connais mes limites et puis mes fidèles serviteurs sont toujours à mes côtés...

Après avoir déposé un baiser sur la joue de l'homme et lui avoir adressé ses adieux, Sirine quitta la pièce en ajustant ses gants et sa cape. Le Conseiller lui emboîta le pas afin de la raccompagner à sa voiture.

Seul devant la série d'échecs qu'il avait essuyés ces derniers jours, le souverain pris sa tête dans ses mains.

Qu'avait-il fait ?

Où peut-être, que n'avait-il pas fait, pour qu'Anisha perde autant confiance et qu'elle choisisse l'inconnu et ses dangers plutôt que lui ?

Qu'aurait-il dû faire pour la convaincre que son mariage n'était en rien une entrave à leur amour ?

Et comme à chaque fois qu'il s'accablait pour la disparition de la jeune femme, il finit par s'emporter intérieurement contre elle et contre sa traîtrise. Si encore, elle revenait d'elle-même, repentante, il pourrait, dans une moindre mesure, lui en vouloir et finir par lui pardonner. Mais si c'était lui qui lui mettait la main dessus, il ne laisserait pas passer un tel affront. D'autant plus que c'était le deuxième du genre.

Reconnaissant la manière de frapper de Callen, le jeune homme se redressa avant de lui permettre d'entrer.

_ Tu as du nouveau ? s'enquit-il, inquiet comme au premier jour de la disparition de sa concubine.

_ Je reviens du port et nos investigations n'ont rien donné, déplora son frère.

_ Elle n'a pas pu disparaître sans laisser de traces ! Elle doit être quelque part, bien cachée !

_ Elle ne connait pas les environs et j'ai fait placarder son portrait dans tout le pays. Ce n'est qu'une question de temps avant que quelqu'un ne contacte la garde à son sujet.

_ Je ne suis pas certain que cette mesure soit la meilleure, fit Helias en se levant de son siège. Qui sait ce qu'on pourrait lui faire si l'on découvre qu'elle m'est liée.

_ Personne ne connaît son véritable statut, et la prime qui est affichée est bien trop intéressante pour passer devant.

_ J'aimerai te donner raison mon frère mais il y a bien trop de risques... Et Dalia ? demanda-t-il après un silence. Tu es passé la voir ?

_ Oui... disons qu'elle n'accepte pas encore le fait qu'on l'ait fait revenir au palais, mais du reste, elle est encore bien plus soucieuse de savoir sa sœur dans la nature.

_ Il faut croire que malgré son petit caractère, elle est assez pragmatique comme fille.

_ J'aurais aimé en dire autant de sa sœur, lâcha Callen malgré le respect qu'il avait pour Helias.

Le soupir de ce dernier affligea un peu plus son frère et ce sont les sourcils froncés qu'il continua :

_ Et si on acceptait la requête de Dali, et qu'on lui permettait de rester au port quelque temps ? La princesse n'est pas idiote, elle ne l'a sûrement pas approché après sa fuite, car elle avait repéré la garde que nous avions chargé de sa surveillance.

_ Tu as peut-être raison. Fais ce qu'il faut et demande aux hommes qui sont chargés de la surveillance de Jonas de se joindre à vos efforts.

_ Tu es sûr de vouloir lui lâcher la bride ? Après son comportement étrange de l'autre soir ?

_ Je ne sais pas trop à quoi il joue, ni pourquoi il surveille sa jeune sœur de la sorte, mais une chose est certaine, j'ai besoin de tous nos hommes sur la disparition d'Anisha. Je m'occuperai plus tard du sort des enfants Braussen...

Chapitre 3 Chapitre 3 : Tempête en approche

Chapitre 3 : Tempête en approche

_ Tu en fais une tête ? demanda Madok à son second une fois qu'il entra dans la cabine qu'ils occupaient.

_ Il a été décidé d'accoster sur l'île la plus proche, pesta Heddy en retirant sa cape et en laissant apparaître un pourpoint cuirassé.

_ À en juger par la teneur du vent, il va sûrement y avoir une grosse tempête, rien d'étonnant à ce qu'ils restent à quai pour ce soir. Et n'oublie pas que nous voguons entre les rochers depuis presque une journée, si l'on perd le contrôle, on a de fortes chances de s'écraser sur l'un d'entre eux.

De mauvaise humeur, le compagnon de chambre de l'officier continua sur le même ton agacé :

_ On aurait pu arriver à Targat bien avant si nous n'avions pas fait d'escale forcée. Par Dieu, nous aurions dû exécuter ce criminel et le donner en pâture aux requins au lieu de le déposer aux autorités les plus proches.

_ Allons Heddy, le capitaine et son équipage n'ont fait que respecter les lois maritimes. Je connais ton antipathie pour les voleurs, mais cet homme n'a tué personne, il ne mérite pas que l'on abrège son existence au seul motif qu'il t'a contrarié.

_ Toujours est-il que nous accusons du retard par sa faute. Et pas un petit...

Le rire franc de Madok fit plisser les yeux d'Heddy, et c'est avec une expression suspicieuse qu'il lui demanda :

_ Je te trouve bien détendu pour quelqu'un qui est impatient de retrouver son amour d'enfance ?

_ Anisha n'est pas mon amour d'enfance, se défendit l'officier en quittant son secrétaire et en allant servir deux verres d'alcool de plantes. C'est mon « amie » d'enfance, ce n'est pas pareil.

Tout en prenant le breuvage que son chef lui tendait, le second continua avec une certaine malice :

_ Tu sais ce que l'on dit, d'amis à amants, il n'y a qu'un pas.

Bien qu'il secouât la tête, ces mots trouvèrent un écho dans le cœur de Madok.

Il est vrai que malgré le succès qu'il avait avec les femmes, aucune ne sut le convaincre de rester à ses côtés. Son esprit était bien trop pris par la mission qu'il s'était donné étant petit, et Anisha avait peu à peu occupée toutes ses pensées.

Il se demandait, dans l'intimité de ses discrètes rêveries, à quoi pouvait bien ressembler la fille qu'il avait connue petit.

Était-elle toujours aussi intrépide ?

Ses magnifiques yeux dorés brillaient-ils toujours de la même manière tandis qu'une idée, ou une bêtise, lui passait par la tête ?

_ Tu m'as l'air bien pensif, Madok. Serais-tu encore en train de rêver à ta belle disparue ?

_ Tu ne voudrais pas aller voir ailleurs si j'y suis ? répliqua son chef en portant sa boisson à ses lèvres qui souriaient à moitié. Quoi qu'il en soit, cette halte va nous permettre d'aller voir nos chevaux et aussi de nous dégourdir les jambes...

***

La chambre où étaient entassées les filles était de plus en plus chaude, à mesure que la journée touchait à sa fin. Anisha qui avait collé son oreille à la porte, avait réussi à intercepter quelques bribes de la conversation qu'avait la femme avec l'un des gardes.

Apparemment, leur voyage avait été interrompu à cause d'une tempête à venir et au lieu de continuer jusqu'à l'île d'Alkeria, lieu commun pour le commerce d'esclaves, ils durent s'arrêter dans ce port où ces pirates avaient leurs entrées.

_ Tu ne devrais pas faire ça, s'inquiéta Alva en triturant sa longue chevelure dorée.

Ses grands yeux vert d'eau étaient écarquillés d'angoisse et lui apparaissaient clairement, malgré le peu de lumière qui s'infiltrait par une fenêtre barricadée de planches de bois.

_ Ne reste pas là, chuchota Ani en lui faisant signe de s'éloigner.

Puis en voyant qu'elle ne faisait pas ce qu'on lui disait, la jeune femme se résigna et revint s'asseoir.

_ Tu as entendu quelque chose ? la questionna Alva en prenant place près d'elle. Ils ont dit quoi ?

_ Rien qui puisse nous aider à sortir d'ici, lâcha Anisha avant de voir se lever sur elle, le regard de toutes les filles présentes.

Elle qui voulait rester discrète sur ses aspirations, c'était raté.

_ Une fois que l'on se trouve entre les mains des esclavagistes, on n'en sort pas, déclara l'une des femmes présentes et qui avait un certain âge. Economise ton énergie, tu en auras besoin prochainement.

_ Elle a raison, fit sa camarade et voisine, on est destinée à servir, autant se faire une raison, tu ne crois pas.

Anisha replia ses genoux sur sa poitrine avant de les entourer de ses mains.

Se faire une raison ?

Si elle était du genre à se faire une raison, elle serait restée bien sagement auprès du père de son enfant à naître. Celui qu'elle aime au point d'en perdre l'esprit.

Non, se faire une raison dans ce cas précis, équivalait à mourir.

Si seulement Helias n'avait pas mis cette fichue surveillance aux trousses de sa sœur, toutes les deux seraient bien loin à l'heure qu'il était...

Et alors qu'elle repensait aux évènements qui l'avaient amené à cette situation, Anisha sentit que l'air s'était grandement alourdi dans la pièce. Quelques minutes plus tard, le tonnerre se mit à gronder au-dessus de leur tête. Alva se blottit contre elle, les mains sur les oreilles.

_ Ne me dit pas que tu as peur de l'orage ?

_ J'en ai une peur bleue...

_ On est à l'intérieur, on ne risque rien, la rassura Ani.

_ Je le sais bien, mais c'est plus fort que moi... Ma mère me laissait dormir avec elle les soirs de tempêtes, lui confia la jeune femme, une pointe de nostalgie dans la voix. Elle me disait toujours que je me devais de surmonter cette peur, car viendrait un moment où, je ne pourrais plus me réfugier auprès d'elle... je ne pensais pas que ce moment viendrait si vite...

Anisha sentit son cœur se serrer en l'écoutant.

Combien de filles avaient, comme Alva, été enlevées à la chaleur d'un foyer ?

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