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UN ROI CRUEL 3

UN ROI CRUEL 3

Auteur:: Nova1
Genre: Romance
Anisha pensait avoir tout perdu. Résolue à fuir le palais d'Albatra pour enterrer ses sentiments pour le roi Helias, elle s'apprête à tourner la page. Mais le destin, implacable, s'en mêle. Alors que les noces royales approchent, Anisha se retrouve prisonnière d'une intrigue bien plus sombre.

Chapitre 1 La décision du maharaja

La décision du maharaja

Palais principal de Raman, quatorze ans plus tôt...

_ Majesté, je ne suis pas sûr de vouloir accéder au trône de cette manière, objecta le jeune raja que le doute emplissait.

_ Azam, mon fils, Penses-tu sincèrement que ma décision soit une erreur ? Combien même, on oubliait le rêve qui fut le mien, je ne vois pas Kenzi diriger ce royaume... bien sûr je vous ai en estime tous les deux, seulement, tu connais ton frère et son tempérament belliqueux, la paix de notre pays risque de s'en trouver fortement menacée s'il venait à le diriger.

_ Père , avez-vous si peu confiance en mes qualités que vous me pensez incapable de gagner contre lui ?

Le maharaja baissa la tête avant de soupirer et de reprendre place sur son siège.

Azam en fit de même avant de continuer :

_ Je sais que dans les épreuves de force, j'aurai plus de mal, mais je m'entraîne avec les meilleurs officiers, et ce, depuis mon enfance...

_ Quoi que tu puisses dire, il est trop tard. Le maharaja que je suis, a déjà pris sa décision et je ne peux revenir sur un décret aussi important.

Azam voulut à nouveau protester, mais le souverain l'arrêta d'un geste de la main avant de détourner le visage. C'était signe que l'entrevue était terminée et qu'il ne devait pas insister.

Après un soupir lourd d'inquiétude, le jeune homme quitta les appartements du commandeur de Raman et s'adossa à la porte qu'il venait de refermer.

_ Je vois à présent de quelle façon tu as amadoué notre pauvre père, lança Kenzi tandis Azam avait fermé les yeux pour réfléchir un instant. Si j'avais su, je me serais précipité dans ses appartements autant de fois que nécessaire afin de lui vanter ma candidature.

_ De quoi parles-tu donc, mon frère. Si j'ai rendu visite au maharaja ce soir, c'est justement pour qu'il révise sa décision.

_ Voyez-vous ça ? Et bien sûr, tu comptes sur moi pour te croire sur parole ?

_ Je n'ai que faire du fait que tu me crois. Dans cette histoire, je suis lésé, moi aussi...

Kenzi éclata de rire.

_ Comme tu es drôle Azam ! Vraiment, tu as le chic pour me faire rire.

_ Que crois-tu ?! En abrogeant la tradition qui sert à déterminer le futur roi, père me fait passer pour un faiblard incapable de remporter le trône par ses qualités. Il n'y a pas une personne dans ce royaume qui me prendra au sérieux après cela...

_ Et bien, je suis heureux de voir que nous partageons les mêmes principes, mon cher frère. Et je le suis plus de voir que tu as pu parler à sa majesté...

_ Ne te réjouit pas trop vite, veux-tu. J'ai eu beau dire, notre père reste accroché à ce curieux rêve et n'en démord pas.

Tout en hochant la tête Kenzi, posa ses mains de part et d'autre de sa taille. Ses pupilles azur étaient plus froides que jamais et Azam le connaissait assez pour voir qu'une colère sourde couvait en lui. La même qu'il décela dans son expression, quelques heures plus tôt, tandis que le roi annonçait son nouveau décret.

_ Ce rêve n'est qu'un piètre subterfuge pour faire accepter la situation au conseil et au peuple ! Mais personne n'est dupe, crois-moi !

_ Je te l'ai dit, je ne suis pas plus emballé que toi à l'idée d'accéder au trône sur une simple nomination...

_ Bien, si tu n'as pas su lui parler, eh bien moi, je saurais le faire !

Sur ces mots Kenzi ouvrit directement la porte des appartements du maharaja et entra sans se faire annoncer.

Voyant que s'il intervenait, la situation s'envenimerait, Azam prit le parti de quitter le palais principal. Inconsciemment, ses pas le menèrent en direction du palais intérieur, là où résidaient les femmes.

Il était inconvenant de s'y rendre sans invitation, mais le jeune raja ne voulait s'encombrer d'aucun protocole ce soir-là.

Et puis Lavina comprendrait sûrement...

Surtout que les nouvelles avaient déjà fait le tour de la ville toute entière.

Dès qu'il fut aperçu dans le patio, la gouvernante en chef donna un ordre à l'une de ses subordonnées et vint à sa rencontre.

_ Majesté, bien le bonsoir...

_ Dada Maessa, je suis désolé de cette intrusion à cette heure, c'est que je voulais...

_ Vous n'avez pas à vous justifier, majesté, je connais bien les circonstances qui vous amènent et j'ai déjà fait prévenir madame de votre présence.

_ Merci, dada.

_ C'est bien normal mon enfant...

Le sourire chaleureux de la gouvernante qui avait vu naître le jeune homme et qui l'avait en partie élevé, avait suffi à le mettre dans de meilleures dispositions. Ce lieu était empli de bons et insouciants souvenirs... si seulement les choses ne changeaient pas aussi rapidement...

_ Majesté ?

_ Lavina...

Avant que sa concubine ne puisse lui demander quoi que ce soit, Azam l'avait déjà entouré de ses bras. Il la serra fort contre lui, et inspira profondément.

Son parfum, sa chaleur, sa présence, il ne lui en fallait pas plus pour se sentir mieux. Sa tête en ébullition retrouva un peu de son calme et son cœur serré par l'inquiétude, se détendit.

_ Majesté, comme je suis heureuse de vous voir, fit-elle après un instant. Est-il vrai que votre père a...

_ Oui, c'est vrai mon amour, tout ce que tu as entendu est vrai. Mon père a pris sa décision et elle est irrévocable.

Comme il l'avait prédit, et compte tenu de la perspicacité de sa compagne, Lavina s'éloigna un peu de lui avec une expression inquiète. Une expression qui résumait à elle seule la situation tendue que le maharaja venait de créer au sein de leur famille et de leur royaume tout entier.

Bien que le jeune homme fût apprécié de la majorité, il avait néanmoins des détracteurs. Des partisans de son frère, aussi belliqueux et intéressés que lui.

_ On ferait mieux de rejoindre mes appartements, on y sera mieux pour parler, suggéra Lavina en le saisissant par la main et en l'entrainant.

Une fois seuls, la jeune femme ferma toutes les fenêtres et congédia sa suivante.

_ Azam, fit-elle en revenant dans la chambre, je ne saisis pas tout ce qui se passe, mais pourquoi sa majesté a-t-elle pris une telle décision ? Je veux dire... Vous n'avez pas ménagé vos efforts afin de sortir gagnant des jeux qui vous opposeront à votre frère, alors pourquoi ne vous fait-il pas confiance ? Pourquoi n'attend-il pas que vous preniez le trône par vos propres moyens ?

_ Il dit avoir fait un rêve...

_ Un rêve ?

_ Comme tu entends. L'avenir de ce royaume va se jouer sur un simple songe, soupira le raja en se laissant choir sur le grand lit que des voilages chapeautaient.

_ Mais enfin, votre père connait le tempérament du raja Kenzi, jamais, il n'acceptera une telle chose et je tremble devant ce qu'il pourrait faire...

_ Allons, mon cœur, mon frère a bien des défauts, mais il reste un loyal sujet, il ne tentera jamais rien contre son souverain, la rassura-t-il comme il put.

_ Comme j'aimerais avoir vos certitudes, majesté...

Chapitre 2 La décision du maharaja 2

La décision du mahraja 2

Lavina se blottit contre Azam.

Elle aurait voulu lui dire que ce qu'elle craignait par-dessus tout, ce n'était pas que son frère s'en prenne au roi en place. Non, ce qui lui tordait les tripes depuis que la nouvelle était arrivée à ses oreilles, c'était qu'un mal soit fait à celui qu'elle aimait. Elle n'était peut-être qu'une concubine dans ces lieux, mais elle venait d'une grande famille aristocratique et savait par expérience où pouvait mener l'émulation fraternelle.

Le sang avait bien des fois, coulé et pour moins que cela. Que dire du pouvoir absolu dans ce pays... un homme aussi obtus et querelleur que Kenzi ne laisserait jamais passer cet affront. Déjà en tant qu'ainé, il ne voyait pas d'un bon œil les jeux qu'on lui imposait, il n'allait pas rester silencieux devant la décision arbitraire de son père.

_ Mon amour, je ne suis pas venu ici pour te voir accablée de la sorte, de toute façon et connaissant mon frère, il va sûrement convoquer le conseil et tenter de plaider à nouveau sa cause. Bien entendu, je me joindrai à sa doléance afin que le maharaja entende raison.

_ Je ne suis pas sûre que le résultat soit celui que vous attendez, soupira Lavina. Sa majesté n'a pas pris ce décret à la légère, il ne reviendra pas dessus. Et pour être franche, il n'a pas tort. La majorité espère que tu te hisses à la tête de ce pays, ton père ne fait que s'assurer que la voix du peuple soit exaucée.

_ Je m'y hisserai, s'il me laisse faire. S'il me fait confiance, je deviendrai son successeur et sans heurts.

_ Je ne sais pas... quelque chose me dit, qu'importe la façon dont tu deviendras roi, ton frère n'en sera jamais satisfait. Et pour être franche, je craignais qu'il n'use de subterfuges malhonnêtes pour te disqualifier lors de vos affrontements.

_ Je ne peux pas te laisser dire ça ! objecta le raja en se levant d'un trait. Mon frère est un combattant fier, jamais, il ne s'abaisserait à de pareils stratagèmes.

_ Azam, je dis juste que...

_ Je m'inquiète pour nos relations familiales, car elles seront mises à rude épreuve, mais jamais, je ne pourrais croire que mon frère puisse dépasser les limites de la bienséance. N'oublie pas que nous avons eu la même éducation et qu'en dehors de quelques différences de caractère, nous sommes pétris des mêmes principes.

_ Bien, majesté. Vous avez sûrement raison... comme toujours, j'ai tendance à me faire des idées et à m'inquiéter pour aucune raison.

Pour ne pas ajouter à son mal-être, Lavina saisit la main de son amant et l'invita à reprendre sa place.

Son rôle, après tout, n'était pas de se mêler de la vie politique qui régissait le pays, mais d'être un soutien pour le père de sa fille.

_ Je manque à tous mes devoirs, fit-elle en arborant un sourire aussi naturel et doux que possible, sa majesté veut peut-être manger ou boire quelque chose ? Avez-vous au moins soupé ?

_ Non, avec tout ce qui s'est passé aujourd'hui, je n'ai pas pris un seul repas...

_ Je me charge de vous faire porter un plateau dans ce cas.

Liant le geste à la parole, la jeune femme se leva et sortit un instant.

_ Le repas sera servi dans une vingtaine de minutes, annonça-t-elle en revenant dans la chambre, voulez-vous prendre un bain, en attendant ? Cela vous ferait le plus grand bien...

Les yeux ambre d'Azam se plissèrent et un sourire anima son visage tendu. Il accepta l'invitation d'un hochement de tête.

Sans attendre la jeune femme se dirigea vers la salle de bain. Et alors qu'elle se pencha sur le chaudron pour prélever de l'eau chaude, la voix du raja l'arrêta.

_ Laisse, je vais m'en charger.

_ N'ayez crainte majesté, je ne remplirais pas le seau, il ne risque pas d'être lourd.

_ Éloigne-toi de ce chaudron et de ces seaux, et laisse-moi faire, ordonna-t-il doucement.

La chance qui était la sienne était à peine croyable.

Qu'avait-elle fait comme bonne œuvre pour mériter un amant aussi doux et attentionné.

Lavina recula tout en couvant Azam d'un regard plein de tendresse. Elle se souvenait encore la première fois qu'elle l'avait rencontré, sa haute stature élancée se démarquait de celle des autres hommes présents à cette réception royale. Au premier regard, elle décela une espèce de sensibilité qui l'émut bien plus que sa beauté incontestable. Il y avait pléthore de femmes qui lui tournaient autour et pas une n'avait retenu son attention. Alors qu'il l'aurait pu, le beau prince ne jouait ni de son statut, ni de son apparence pour faire des conquêtes.

Si ce soir-là, il ne l'avait pas remarqué non plus, Lavina, elle, était tombée sous son charme dévastateur...

Et alors que ses pensées l'avaient fait voyager à travers le temps, le corps dévêtu du prince la ramena aussitôt à elle. Elle s'empourpra et baissa les yeux de gêne...

...

Azam sourit devant cette manie qui ne quittait pas sa femme, et ce, malgré les années et l'intimité qu'ils partageaient depuis tout ce temps.

_ Je vais vous faire préparer une tunique propre, fit-elle pour dissiper son trouble. Je n'en ai pas pour longtemps...

Et alors qu'elle voulut sortir de la pièce, le prince saisit la taille de sa concubine et l'amena à lui. Il resserra son étreinte et posa ses mains sur son ventre.

_ Majesté...

_ Tu penses vraiment que je ne me doute de rien ?

Tout en se tournant vers Azam pour lui faire face, la jeune femme arbora une expression aussi étonnée qu'inquiète.

_ Majesté... je... je n'ai jamais eu l'intention de vous cacher quo...

_ Je le sais bien, tu n'as pas à craindre ma réaction.

_ Comment est-ce que vous...

_ Disons que nos moments d'intimités n'ont pas été interrompus depuis un petit moment déjà. J'en ai, donc, conclus que notre petite famille allait sûrement s'agrandir.

Quand sa femme hocha la tête pour acquiescer à sa supposition, Azam sentit une joie incommensurable l'habiter, une joie qui dissipa toutes ses mésaventures du jour. Il était déjà le père comblé d'une merveilleuse petite fille, et là, il allait pouvoir réitérer ce bonheur en accueillant un autre petit être qui l'appellerait "père"...

Chapitre 3 La décision du maharaja 3

La décision du maharaja 3

Azam se félicita de sa perspicacité. Comme il l'avait supposé, son frère avait fait réunir le Conseil afin de porter sa protestation à leur attention. Dès qu'il en fut prévenu, le prince alla le rejoindre dans la salle du trône. A eux deux, ils allaient peut-être convaincre l'assemblée, qui fera ensuite entendre raison au roi...

Les plaidoyers se succédèrent, chacun des fils y alla de ses arguments. La légitimité de l'un comme de l'autre aurait dû faire pencher la balance seulement après un moment à les écouter, le représentant du Conseil se leva et s'adressa à eux avec humilité.

_ Que vos majestés nous pardonnent, mais la décision de notre maharadja concerne son cercle familial propre, et en tant qu'assemblée sensé le conseiller à propos du pays, nous ne pouvons intervenir.

_ La nomination du futur roi de ce pays vous est donc égale ? S'insurgea Kenzi qui maudissait du regard le vieil homme impuissant.

_ Nous sommes tous concerné par ce décret, majesté, seulement, c'est au maharaja qu'il incombe de désigner son successeur, que cela soit à l'issue d'épreuves déterminantes ou non.

_ Tu parles d'un Conseil ! Pesta le prince que la colère faisait fulminer. Sachez que si par le plus grand des miracles, j'accède au trône, je ferais dissoudre votre association d'incompétents !

_ Il suffit ! Intervint le roi qui avait écouté silencieusement les doléances officielles auxquelles il avait déjà eu droit de la part de ses enfants, la veille. Je comprends ton mécontentement, seulement, je ne te permets pas de parler ainsi. Ces gens que tu vois là, sont tout, sauf incompétents. Je ne les remercierais jamais assez pour le soutien qu'il m'offre et si par miracle, tu prenais ma place, tu te rendras compte de leur importance.

A ces mots, les conseillers remercièrent le roi à l'unisson et pour eux-mêmes, ils louèrent sa sagesse.

_ Majesté, l'interpela une dernière fois le raja Kenzi plus remonté que jamais, sachez qu'en tant qu'aîné, je me sens déjà assez lésé de devoir passer par on ne sait quelles tribulations pour accéder à un trône qui me revient de droit. Mais si en plus vous me faites l'injustice de m'écarter sans me donner la moindre chance, je ne resterais pas dans l'inaction, vous pouvez en être certain !

_ Kenzi ! gronda Azam qui ne pouvait tolérer les menaces à peine voilées de son ainé. N'oublie pas à qui tu t'adresses !

_ Mes chers fils, ne vous emportez pas de la sorte. En réalité, il importe peu qui montera sur le trône, ce pays a besoin de vos forces à tous les deux. L'un agira au grand jour, tandis que l'autre œuvrera dans l'ombre.

_ Puisque cela importe peu, comme vous dites, échangez donc nos rôles.

_ Le rêve que j'ai fait était sans équivoque, celui qui œuvrera au grand jour, devra être ton frère. Son tempérament pondéré et raisonnable, mènera le pays sur la voie de la paix et de la prospérité...

_ Vous n'allez pas miser l'avenir de notre royaume sur un simple rêve ?! S'écria le prince évincé.

_ C'est pourtant sur ce même principe que les épreuves qui déterminent l'héritier ont vu le jour. Si vous n'avez rien d'autre à me dire, mes enfants, je vais déclarer cette assemblée, levée...

Tandis que tout le monde quittait les lieux, Azam posa une main sur l'épaule de son aîné qui ne bougeait plus de sa place. Il ne pouvait que ressentir son désarroi et surtout son impuissance.

_ Laisse-moi, veux-tu ?

_ Kenzi, père peut parfois nous apparaître comme injuste, mais tout ce qu'il fait, il le fait avant tout pour le pays. Il n'a juste pas la bonne manière d'amener les choses, voilà tout...

_ Pas la bonne manière, hein...

_ Je comprends ta frustration mon frère et crois-moi, cette situation ne m'enchante pas plus que toi. Si cela peut te réconforter, sache que je n'ai jamais eu l'intention de t'évincer du pouvoir et qu'importe ce qu'en diront les conseillers, tu seras celui sur lequel je compterais le plus. Et ta voix en tant qu'aîné vaudra bien plus pour moi que tout un régiment de consultants.

Kenzi ne répondit rien, il semblait bien trop occupé à contenir la tornade qui l'habitait. Azam espérait juste que cette humeur ne se transforme pas en un ressentiment qui ternirait leurs relations familiales. Pour ne pas envenimer les choses, le jeune prince n'insista pas et s'en alla.

Si seulement leur mère était encore de ce monde, pensa-t-il. Elle aurait su comment convaincre leur père, ou à défaut, apaiser les tensions qui auraient découlé de sa décision.

Enfin, il n'y avait rien à faire de plus à présent. Il fallait attendre que la tempête passe et que les choses reprennent doucement leur place...

...

La gouvernante en chef avait pour rôle de s'assurer que toutes les domestiques du palais intérieur fassent leur travail convenablement. Son expérience et ses connaissances faisaient qu'elle était la première alertée quand l'une des femmes de la cour rencontrait un problème quelconque.

_ Madame, fit Maessa en entrant dans la salle de bain où Lavina finissait de se coiffer, votre suivante m'a rapporté que vous ne vous nourrissiez pas beaucoup ces derniers jours et qu'elle vous trouvait bien amaigrie.

_ Ce n'est rien Dada Maessa, je suis juste un peu soucieuse, ça va passer.

_ Vous êtes sûr qu'il n'y a rien d'autre ?

_ Absolument rien, mentit la jeune femme.

Et pour montrer sa fausse bonne foi, elle esquissa un sourire franc. Si son intention première était d'annoncer sa grossesse une fois les trois premiers mois passés, les derniers événements qui avaient secoué la cour, l'en avaient dissuadé.

_ Vos cheveux tombent par poignées, continua la gouvernante en voyant la brosse qui avait servi à la coiffure de la concubine et n'avait pas encore été nettoyée. Ma fille, êtes-vous sûre que vous n'avez rien à me dire ? Vous savez, je ne suis pas à ce poste par hasard, la discrétion dont j'ai toujours fait preuve y est pour beaucoup.

_ Je le sais bien, Dada et croyez-moi, s'il y avait quelque chose d'important, je vous l'aurais dit.

_ Peut-être ignorez-vous, vous-même, votre état ? Il serait plus judicieux qu'un médecin vous examine...

_ Dada Maessa, je vous assure que tout va pour le mieux. S'il vous plaît, ne parlez à personne de vos soupçons, ils pourraient faire jaser, et ce n'est vraiment pas le moment pour cela.

_ Madame, je vous le répète, je n'ai pas pour habitude de nourrir les bruits de couloirs. C'est un principe que j'ai tenu durant toute ma jeunesse, ce n'est pas à mon grand âge que cela va changer. Puis après un soupir résigné, bien madame, je vais me retirer et vous laisser à vos occupations. Cela dit, si votre appétit ne revient pas d'ici quelques jours, je ferais dépêcher le médecin à votre chevet.

_ Tu t'inquiètes vraiment trop, Dada. Tu verras, d'ici demain, je mangerai comme dix et tout rentrera dans l'ordre.

_ Je l'espère bien, ma fille.

Après l'avoir gratifié d'un sourire, Lavina revint à son reflet et l'examina attentivement. Il était vrai que son visage s'était creusé. Elle avait beau tenter de prendre sur elle, mais les nausées se montraient plus fortes. Une chance que sa suivante fût toute jeune et qu'elle ne connaissait rien des signes de la grossesse. Elle n'avait pas non plus relevé que cela faisait bien trois mois qu'elle n'avait pas eu ses menstrues. Lavina avait demandé des changes comme à l'accoutumée et comme elle l'avait toujours fait depuis son arrivée au palais, elle les renvoyait prélavés aux lessiveuses.

Elle ne remercierait jamais assez sa mère de lui avoir expliqué l'importance de garder une certaine intimité, surtout dans un lieu où les ennemis peuvent être partout....

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