Tout commença un mois d'octobre...
À l'heure où le soleil n'avait pas encore montré ses lueurs, à cette même où les coqs commençaient à chanter, dans un des quartiers de Dakar, se réveillait enfin une jeune fille. A cette période de l'année les nuits se faisaient plus courtes et, le soleil timidement commençait à déposer une légère tiédeur dans les maisons et à travers les fenêtres. Dès l'aube naissante, les pêcheurs se penchaient, un filet à la main, vers la mer. Cette mer qu'ils '' apprivoisaient '' avec tant d'espoir. L'espoir de faire sortir assez de poissons pour une journée réussie. L'espoir fait vivre comme on dit, et donc ils gardaient toujours la conviction qu'avec ces filets la chance leur sourirait. Les oiseaux commençaient eux aussi à virevolter tout en haut du ciel, se laissant tantôt aller vers la surface de cette eau bleuâtre. Eux aussi cherchant de quoi se nourrir...
Dieynaba Aïcha Kane venait de sortir de ce doux rêve dans lequel elle s'était faite transporter...
Elle jeta un coup d'œil sur son téléphone et 7:30 était l'heure qui s'y affichait. Elle devait faire vite, si elle ne voulait pas être en retard. A cette heure où certains dormaient encore dans leur lit douillet ou se prélassant paresseusement. Elle et bien d'autres ne devaient plus s'adonner à ce genre de '' distraction '' . Distraction car le fait de dormir jusqu'à certaines heures faisait désormais partie de l'ère des vacances. Les étudiants et élèves avaient une autre vie qui reprenait, celle des études. Les études, cette chose qui pouvait tout changer. Son père El Hadj Rassoul Kane avait toujours l'habitude de lui dire qu' . Et ce n'était que trop vrai, avec les études toutes les barrières se brisaient. Il n'y avait plus de complexe, le riche, le pauvre, le forgeron, le paysan tout le monde était égal. Il n'y avait que les études pour rendre l'un plus prestigieux, plus riche et plus respecté que l'autre, aucun secret...
Elle se précipita dans les toilettes pour se préparer et prendre un bain.
Puis elle choisit dans l'armoire quelque chose d'assez correct mais suffisant pour qu'on ne la voit pas de partout, elle n'aimait tout simplement pas quand les tenues étaient un peu trop tape-à-l'œil. Elle décida donc de prendre une robe de couleur sombre et choisit des sandales assorties.
Après s'être miré pour voir si tout allait bien, elle choisit ensuite de mettre juste un peu de gloss et voila sa préparation terminée. Quand la jeune fille voyait certaines de ses '' compatriotes '' s'habiller telles des sapins de Noël et le pire en plein jour elle ne pouvait que trouver cela hilarant à mourir.
C'était le premier jour de l'année scolaire, elle se devait donc de venir à l'heure pour faire bonne impression !
Elle se saisit des clés de sa voiture, son sac et sortit presque en courant.
Cette dernière remarqua à sa sortie de la maison que ses parents étaient déjà partis travailler. Ces deux là étaient très ponctuels.
Et elle était presque comme eux, c'est pourquoi elle détestait être en retard. Selon elle cela était un manque de respect total envers le professeur et les autres étudiants.
Mais en même temps c'est ce qui risquait de lui arriver si jamais elle continuait à rêvasser comme elle le faisait.
Elle ouvrit donc sa Citroën C3 ,de couleur bleue, et démarra en trombe. La fille de El Hadj avait même failli renverser un mendiant tellement elle accélérait , le pauvre petit talibé (enfants qui mendient dans les rues de Dakar) l'avait regardé apeuré par ses klaxons si tôt le matin.
A cette heure les rues de Dakar étaient déjà animés par ceux qui allaient travailler pour gagner leur vie. Chacun cherchait à sa manière une occasion de changer la donne. Les gens se pressaient comme s'il essayaient de rattraper quelque chose. Ce quelque chose c'était tout simplement le temps. Une course contre la montre dirait-on, mais l'expression '' Le temps c'est de l'argent '' était pour le moins fortuite. Tous voulaient rendre leur mode de vie et celui de leur famille meilleure. Les pères et mères de famille se décarcassaient encore et toujours, voulant assurer une vie des plus aisées à leur progéniture. Ils faisaient tout ce qui était en leur pouvoir pour les voir sourire. C'était pour eux le sens normal des choses, la femme qu'ils avaient choisi comme mère de leurs enfants ne méritait pas moins. Elle avait quitté une famille entière, bravé tous les interdits, accepté de changer son nom pour eux. Ils se devaient, rien que pour essayer de la remercier, se donner corps et âme, et donc travailler d'arrache-pied peu importe ce que cela leur coûterait.
D'autres par contre allaient étudier comme elle et enfin il y avait ceux qui restaient le long des trottoirs demandant l'aumône. Cela était selon elle une sorte de leçon à tout le monde. Et en même temps ça montrait que le travail était le seul moyen de s'en sortir. Le travail, c'était le secret, que ce soit pour l'élève, pour l'étudiant ou même le diplômé. Cela enseignait que rien n'était facile dans cette vie et que tout s'obtenait en se donnant à fond dans ce qu'on faisait. Et pour ceux qui n'étaient pas en mesure de travailler, et étaient obligés de tendre la main aux autres, ils se seraient bien fatigués si cela était possible, mais hélas un handicap les en empêchait pour la plupart du temps. La vie était ainsi organisée, certains cherchaient à obtenir le minimum possible, d'autres ne faisaient aucun effort et se basaient sur leurs proches et enfin il y avait ceux qui devenaient encore plus riches qu'ils ne l'étaient. Au Sénégal l'on remarquait un phénomène assez particulier, c'était que les pauvres s'appauvrissaient toujours un peu plus là où les riches s'en frottaient les mains en s'enrichissant. Triste certes mais c'était parce que l'entraide n'était pas quelque chose de courant d'une certaine manière. En effet chacun cherchait ne pensait qu'à lui même et à comment il allait faire fleurir son business c'était tout. Et pourtant il suffisait de parcourir les ruelles de Dakar et environs pour savoir que la pauvreté régnait sur une majorité de la population. Là où certaines familles n'étaient parfois pas en mesure d'aligner les trois repas de la journée, il y en avait qui s'adonnaient au gaspillage sous toutes ses formes. En effet là où certains pères de famille ployaient sous les charges essayant tant bien que mal de joindre les deux bouts l'on en voyait qui passaient tout leur temps à voyager ou à jeter leur argent par la fenêtre.
La question à se poser serait devrait-on donc se plaindre ? Car à chaque fois que l'on pleurait sur sa situation, il fallait juste se retourner pour se rendre compte qu'il y en avait un qui vivait pire. La solution était de garder sa foi en dieu encore et toujours. Il ne fallait jamais oublier que le créateur suprême serait toujours là pour nous assister...
C'était fou ce que Dakar pouvait être peuplé de mendiants, ils se levaient tous très tôt le matin cherchant un passant qui aurait pitié d'eux pour les aider. Certains étaient juste à la quête de quelque chose à se mettre sous la dent, par contre d'autres qui constituaient d'ailleurs la majorité étaient envoyés par leur maître coranique. Ces derniers se devaient de ramener chaque jour une certaine somme d'argent à ce maître au risque de se faire tabasser si l'argent n'était pas au complet.
La mendicité était un phénomène qui gangrenait notre société de plus en plus et cela la jeune fille n'était pas sans le savoir. Elle criait à qui voulait l'entendre son désaccord par rapport à cette situation, ce n'était pas de l'apprentissage du Coran que ces soi-disants maîtres coraniques faisaient faire à ces enfants. Non selon elle ils les utilisaient comme bon leur semblait et donc les exploitaient. Désolant diraient certains, mais hélas elle était impuissante face à cela et n'avait que sa bouche pour dénoncer tant d'injustice. Injustice car cela n'était pas du tout normal que des enfants soient encore mineurs lorsqu'ils quittaient leur famille pour être transférés vers d'autres contrées à la recherche de la connaissance. Connaissance qu'ils auraient dû acquérir certes, mais au lieu de ça ils étaient transformés en machines à sous. Et dès lors ils vivaient dans la précarité absolue, victimes d'une société qui pourtant les avait vu naître.
Dieynaba se retrouva devant la porte de l'institut à exactement 7:55, ce qui voulait donc dire qu'elle n'était pas encore en retard.
Elle arriva en classe mais le professeur n'était pas encore là. La classe était plutôt énorme quand même.
Personne ne la regardait , elle en profita donc pour se faufiler et se mettre juste derrière, tout à fait au fond de la classe.
Puisqu'elle n'avait rien à faire pour le moment, elle se pencha donc sur son ami de longue date, son compagnon favori à la recherche d'un quelconque divertissement qui pourrait l'occuper en attendant l'arrivée du professeur . Elle était donc concentrée sur son téléphone quand l'enseignant tant attendu entra enfin dans la salle de classe.
Et là un jeune homme d'environ 25 à 27 ans, vint se mettre près d'elle. Cela ne la déconcentra point mais une voix s'en chargea.
- Bonjour !! lui dit-il
Elle leva les yeux de son appareil pour lui répondre mais ...
Il la salua et quand elle leva la tête pour lui répondre, ce dernier lui tendit la main.
Dieynaba resta une minute scotchée à le regarder bizarrement, car c'était juste hallucinant pour elle. Car d'habitude elle faisait tout pour éviter les gens et ils l'évitaient à leur tour d'ailleurs. C'est pourquoi cela l'étonnait et pas qu'un peu qu'une quelconque personne décide comme ça de l'aborder.Et d'ailleurs ce n'était pas pour rien qu'elle n'avait presque pas d'amis. C'était sa nature de rester dans son coin et ne dérangeait personne. L'hypocrisie qu'elle avait tant vu chez les jeunes gens d'aujourd'hui l'avait poussé à rester dans son mutisme légendaire. Les personnes étaient fausses qu'il fallait se demander ce qui se passait réellement. Les uns vous souriaient alors qu'ils vous poignardaient dans le dos. Tandis que les autres se contentaient tout bonnement et tout simplement de vous le montrer. Pourquoi tant d'égoïsme envers son prochain ? C'était la question qu'elle se posait toujours ? Était-ce parce que ce dernier avait plus que vous ? Qu'il avait mieux réussi sa vie? Où était donc passée cette foi en Dieu ? Car nul ne devrait être sans savoir que c'était lui qui offrait ce qu'il souhaitait à tel ou tel autre. Et dans ce cas il fallait tout simplement non pas se contenter de ce que l'on avait mais l'aimer et le chérir. Il ne fallait jamais oublier la chance que l'on avait...
Elle fut réveillée de ses pensées quand elle vit la main du jeune homme bouger devant son visage . Elle l'avait complètement oublié , tellement elle était à fond dans cette discussion avec sa conscience.
- Allô les nuages ! fit-il en lui souriant
Elle sursauta un peu et lui tendit aussitôt sa main qu'il saisit délicatement.
Dieynaba trouva que ses mains étaient très douces sans vouloir exagérer quoi que ce soit ! Mais qu'est ce qui lui prenait comme ça ? se demanda t-elle. Et puis depuis quand est ce qu'elle se laissait emporter aussi facilement ? Cet homme n'était même pas son genre, se persuada t-elle. Il ne l'intéressait pas le moins du monde.
- Moi, c'est Mouhamed Lamine Fall mais tu peux m'appeler Mouha. Et toi comment tu t'appelles ?? demanda t-il toujours avec son beau sourire qui créait des fossettes sur ses joues
- Moi c'est Dieynaba Aicha Kane
- Hum d'accord ! fit-il mais permets moi de t'appeler Dieyna, je préfère.
- Enchantée de te connaitre. Pouvons nous suivre le cours à présent ? fit-elle
- Oui tu as raison, ce ne serait pas bien que le professeur nous remarque
Elle lui demandait de suivre mais notre cher Mouhamed n'arrivait même plus à se concentrer sur le cours et sur ce que le professeur était en train de d'expliquer. Cela lui était juste impossible car il s'était focalisé sur le visage de sa voisine de table ne pouvant s'empêcher de la dévorer des yeux.
Il la trouvait si belle, et son regard si attirant, on aurait dit qu'il était tombé sous le charme de cette mystérieuse Dieyna qu'il venait de connaitre à peine. Mais il aurait bien entendu le temps de bien la découvrir, l'année scolaire ne venait que de commencer.
Et il se promit de tout faire pour la connaître un peu plus.
Quant à Dieynaba, elle était assez secouée par sa rencontre avec cet homme jusque là inconnu. C'était vraiment une première pour elle, car ce n'était pas tous les jours qu'on essayait de faire connaissance avec elle comme il l'avait fait. La seule amie qu'elle avait c'était Raky et cela c'était parce qu'elles s'étaient connues depuis le primaire et ne s'étaient jamais lâchées depuis lors. D'ailleurs elle entendait souvent des gens murmurer à son propos la traitant d'introvertie parce qu'elle était repliée sur elle même. Les rares amies qu'elle avait eu à avoir l'avait trahie sans pitié car étant avec elle soit pour son argent soit dans le seul but de la blesser. Elle se disait donc que c'était peine perdue que d'essayer de nouer les liens avec les gens, car parfois elle allait même jusqu'à se demander s'il existait quelque chose de bon dans l'être humain tellement celui ci pouvait parfois être cruel envers son prochain.
Et Depuis, la jeune fille n'avait jamais franchi à nouveau ce seuil de peur d'être blessée à nouveau ou de ne pas être apprécié à son juste titre par les personnes vers qui elle irait. Aussi décida t-elle d'abandonner tout bonnement et c'est pourquoi cette rencontre qu'elle avait faite aujourd'hui avec ce Mouhamed l'avait étonnée au plus haut point. Il paraissait plutôt sympathique à première vue pensa t-elle mais elle se méfiait quand même dû à ce qu'elle avait vécu dans son passé.
Elle était loin d'imaginer qu'une nouvelle amitié venait ainsi de naître entre eux...
Encore et encore des rêvasseries, tant et si bien que la jeune fille n'avait presque rien retenu de ce que l'enseignant disait. Elle le regardait qui allait et venait. Tantôt il levait une main, puis les deux parlant à un public dont elle était sans doute la seule à être autre part. Quelques rares fois elle revenait à elle même et s'efforçait d'écouter ce que le vaillant homme, à travers son expérience, essayait de leur transmettre. Et il fallait le voir parler pour savoir qu'il aimait et maîtrisait ce qu'il disait...
- Et c'est ce qui met fin à cette première séance . Je vous donne rendez vous la semaine prochaine si Dieu le veut bien ! dit le professeur
Juste au moment où Dieyna sortait de la classe, Mouhamed la rattrapa .
- Dieyna attends s'il te plait
- Oui ? qu'y a t il donc ?
- Est ce que tu sais quel cours avons nous juste après ?
- Non, c'est fini pour aujourd'hui
- Ah d'accord Merci pour le renseignement
- Tu n'as pas l'emploi du temps il me semble
- Non malheureusement, ca t'ennuierai si tu me l'envoyais s'il te plait ?
- Non il n'y a pas de problème voyons. Alors quel est ton numéro de téléphone pour que je t'envoie ça par whatsapp
- Oui c'est le 77.........
- C'est fait , on se dit à demain alors ! dit-elle
- A demain Dieyna et merci pour l'emploi du temps
Il la quitta pour aller retrouver son jumeau Babacar qui devait finir à 12h. Quand on disait jumeaux on ne parlait pas des faux, eux ils se ressemblaient presque comme deux gouttes d'eau, d'après ce que leur entourage disait en tout cas. Il l'aperçut en train de discuter, sûrement avec les nouveaux amis qu'il s'était fait. C'est quelque chose de très facile pour Babacar que de s'adapter aux gens. C'était d'ailleurs la raison pour laquelle il ne manquait pas du tout d'amis, il était aussi bien apprécié par les hommes que les femmes. Mouhamed aurait tellement aimé tellement voulu en dire de même pour lui !
- Heyy Babs ! Cria Mouhamed
C'était le prénom que Mouha et d'ailleurs tous ses amis lui donnaient.
Ce dernier se retourna et donna un coup de poing direct à son jumeau. Il adorait faire ca pour le taquiner
- Alors ca roule ma poule ? Dit Babs toujours prêt pour une blague.
- Aiie ça va pas non ??
- Bon je te demande pardon, on y va ?
- Oui allons y j'ai appelé maman, elle est arrivée. Elle est juste garée devant l'Institut.
Ils montèrent à l'arrière et comme d'habitude firent chacun la bise à leur mère.
- Salut mes chéris, et ce premier jour ?demanda t-elle
- Ça va ça a été ! répondirent-ils tous les deux.
- Vous vous êtes faits de nouveaux amis je suppose
- Ouais M'man, figure toi que je suis dans la même classe que le...
Mouha lui était perdu dans ses pensées, il n'entendait même pas ce que sa maman et Babacar se disaient.
Et c'était d'ailleurs ce qui arrivait quand une nouvelle connaissance nous avait pour le moins bouleversé. Et c'est exactement ce qu'il se passait. Ce qui l'intriguait le plus c'était la force qui l'avait animé pour qu'il vienne l'aborder. Lui qui était plus que timide , cela n'était point dans ses habitudes. Il affectionnait tellement la discrétion que même en classe, il préfèrerait se mettre derrière. Et pourtant aujourd'hui le jeune homme avait fait rencontre assez inattendue.
Il ne pouvait s'arrêtait pas de penser à Dieyna lorsque soudain...
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Mouha lui était perdu dans ses pensées, il n'entendait même pas ce que sa maman et Babacar se disaient.
Et c'était d'ailleurs ce qui arrivait quand une nouvelle connaissance nous avait pour le moins bouleversé. Et c'est exactement ce qu'il se passait. Ce qui l'intriguait le plus c'était la force qui l'avait animé pour qu'il vienne l'aborder. Lui qui était plus que timide , cela n'était point dans ses habitudes. Il affectionnait tellement la discrétion que même en classe, il préfèrerait se mettre derrière. Et pourtant aujourd'hui le jeune homme avait fait rencontre assez inattendue.
Il ne pouvait s'arrêtait pas de penser à Dieyna lorsque soudain son téléphone se mit à sonner. Il s'y affichait un numéro qu'il ne connaissait pas et le jeune homme tergiversait se demandant qui cela pouvait bien être.
Mais il eut tout de suite réponse à sa question dès qu'il entendit cette voix qu'il reconnaîtrait désormais parmi mille autres.
- Oui Allo ? Lança t-il
- Oui, c'est Dieynaba
Cela était évident que c'était Dieyna vu sa voix si douce si mielleuse. Il était là continuant de rêver et il serait encore là à laisser aller son imagination sur des choses vagues sans aucun objet concret. Mais il fut stoppé dans son délire par la même voix à l'autre bout du fil.
- Allo Allo tu m'entends
- Euuuuhh oui oui excuse moi
- Bref , Je voulais te dire de ne pas te fier à l'emploi du temps que je t'ai envoyé
- Ah bon ?Et Pourquoi donc ?
- En fait il date de l'année dernière. Je t'enverrai l'autre tout à l'heure
- L'autre ? Quel autre ?
- Oui bien sûr, l'emploi du temps de cette année !
Mais qu'est ce qui lui arrivait ! Se demandait-il. C'était à croire que cette fille le rendait complètement fou. On aurait dit qu'il perdait tous ses moyens. Mais il se persuada que c'était probablement dû à la faim qu'il ressentait, car selon lui les filles étaient incapables de lui faire cet effet.
- Ah oui OK Dieyna et merci de m'avoir prévenu
- Bye à demain !
Au moment où il raccrochait, Mouha remarqua que Babs avait collé son oreille à son téléphone durant toute la communication certainement pour écouter ce que lui et la personne qui appelait se disaient. Cela ne l'étonnait absolument pas vu comme il était curieux et d'ailleurs il en fût convaincu quand ce dernier voulut entamer une discussion.
- HUM c'est qui cette Dieyna ?
Mouha n'aimait pas trop que son frère se mêle de ses affaires, ce gars était un vrai petit fouineur. Il voulut donc automatiquement stopper cette discussion qui n'était pas du tout à son goût.
- Qu'est ce que ca peut te faire ? Tu peux me lâcher ? Tu m'embêtes !
- Oh mais je demandai juste, pourquoi tu te mets sur la défensive comme ça ?
- Tout simplement parce que cela ne te regarde pas du tout
- D'accord on se calme. Mais ne t'en fais pas j'aurai le temps de découvrir qui c'est et je sais que tu me crois quand je te le dis.
Mouha semblait plutôt irrité, il décida donc de se tourner du coté de la vitre de la voiture. Leur mère était elle concentrée sur la route vu qu'elle conduisait. Mouhamed était là en train d'admirer le beau paysage de Dakar qui s'offrait à ses yeux. La tête collée à la vitrine, il repensait à cette ville qu'il adorait par dessus tout, cette ville qui l'avait vu naitre et grandir. Et dire qu'il devrait s'en aller d'ici quelques temps. Car oui étant donné qu'ils en étaient à leur avant dernière année de formation, lui et son jumeau, leur mère Coumba avait prévu de renforcer cet apprentissage à l'étranger. Elle voulait donc qu'ils fassent une autre formation dans le but d'une spécialisation dans leurs domaines respectifs.
Cette femme tenait par dessus tout à la réussite de ses enfants qui étaient la prunelle de ses yeux. Depuis que leur père était mort, elle était la seule à les gérer et à s'occuper de leur éducation.
Mouhamed allait regretter cette ville si chaleureuse. Cette capitale de la "Téranga" sénégalaise synonyme d'hospitalité et de soutien envers son prochain. Cela allait forcément lui manquer. Cette ville où dans n'importe quelle demeure, que l'on y soit étranger ou pas, on était le bienvenu. Pour le savoir il suffisait d'entrer chez quelqu'un à l'heure du repas de midi. Eh bien, vous seriez le bienvenu car ils vous inviteraient sans nul doute à venir partager leur déjeuner. Cela n'existait qu'au Sénégal. Et il n'y avait également qu'au Sénégal où l'on retrouvait la notion de cousins à plaisanterie, ou encore les blagues et piques que se lançaient les ethnies différentes, le tout dans le but de faire régner la joie et la bonne entente partout. Dans d'autres pays, les guerres, le racisme et tant d'autres étaient des maux dont ils souffraient. Mais le pays de la Teranga n'avait toujours eu que des échos de ce genre de problèmes. Et il fallait remercier la divinité suprême pour cela car d'une religion à une autre l'entente régnait parfaitement. Et de plus cela avait pour principaux ambassadeus les guides religieux, chacun d'eux avait aidé à garder notre cher pays dans cette paix qu'il avait toujours connu.
Mouhamed fut stoppé net par Babacar qui le "réveillait" et il sut qu'ils étaient arrivés quand il remarqua la devanture de leur maison.
Ils sortirent tous ensemble de la voiture tandis que leur mère était en train de verrouiller les portières.
Il s'agissait là d'une très grande maison que leur père avait acheté et qu'il leur avait légué à sa mort. Elle n'était pas extraordinaire mais elle était adorée de par ses habitants. Cela était surtout dû à la valeur sentimentale qu'avait cette dernière. Coumba s'en rappelait encore comme si c'était hier, de l'année où ils l'avaient acheté ensemble elle et leur défunt père. En ce moment les jumeaux n'étaient même pas encore nés et la maison ne comportait que le rez de chaussée mais elle restait quand même une charmante demeure . Et maintenant, grâce à Dieu et à son acharnement sur son travail elle avait réussi à en faire ce que c'était devenu.
A l'entrée il y avait une grande cour très bien aménagée avec du gazon et des fleurs de part et d'autre. Cela devait certainement être dû à son amour pour la botanique.
Après les quelques marches d'escaliers qui se trouvaient juste quand on dépassait le jardin, se trouvait la porte principale de la maison. Il y avait tout à fait au fond la chambre parentale et la chambre d'amis qui avait autrefois abrité les jumeaux. Dès qu'on passait la porte principale on se retrouvait devant l'énorme salon très bien décoré. Les couleurs phares étant le marron et le beige, ces dernières étaient disposées de part et d'autre entre les canapés en cuir, les différentes tables, les vases et les fleurs. Le premier étage ainsi que le deuxième étaient bâtis à peu près de la même manière que le bas mais avec plus de chambres par ailleurs.
Babacar les devança et entra dans sa chambre directement afin de prendre une douche comme il avait l'habitude de le faire après chaque journée d'école.
Sous la douche, il repensait à son jumeau et cela lui faisait vraiment plaisir de voir que celui ci s'améliorait. Il était tellement asocial ! pensait-il.
Selon lui c'était très bien qu'il se fasse des amis. Surtout une fille, ça c'était vraiment une première venant de Mouha.
Tout ce qu'il espérait, c'était juste que cette fille n'allait pas briser son petit coeur si fragile. En tout cas il s'était promis de faire sa petite enquête sur cette Dieyna pour voir quelles étaient ses intentions envers son frère.
Sa maman le sortit de ses pensées au moment où il sortait des toilettes.
- Babacar le repas est servi !
- Oui Mman j'arrive !!
Il s'habilla vite fait et descendit les marches en courant afin de les rejoindre. Leur mère détestait énormément qu'on la fasse attendre.
Il fût ravi par l'odeur qui l'accueillit dans la salle à manger.
- Humm ca sent bon ! Dit-il . Qu'est ce que c'est ?
- Ton plat préféré, du "C'est bon" ! Lui répondit sa mère
- Miiiaamm,je sens que je vais me régaler. Mais il remarqua que son frère n'était pas là.
- Mouhaaaa fo nekk(t'es où) ?? Lança t-il presque en criant
- C'est bon pas la peine de crier , je suis là répondit l'intéressé
Et la maman marqua ainsi le début du repas par un "Bismillah".
C'était pour ainsi dire le feu vert car tout le monde plongea chacun sa main ou sa cuillère dans le bol commun.
Ce qu'il y avait de particulier chez cette famille, et ce contrairement à certaines familles aisées, c'est qu'ils avaient toujours conservé le fait de manger tous ensemble. Cet esprit de famille là était très important dans la mesure il maintenait la cohésion en leur sein. Quand il s'agissait du déjeuner ou du dîner, toute la famille se réunissait autour du bol pour manger. Ici au Sénégal, dans les familles aisées et d'ailleurs chez la plupart de ceux dits "bourgeois", à l'heure des repas, les gens mangeaient séparément vu qu'ils n'arrivaient pas en même temps à la maison.
Leur mère Coumba, elle, tenait beaucoup et particulièrement à ce que l'heure du déjeuner et du dîner soit respectée par tout le monde, sans exception. C'était une fervente conservatrice des traditions malgré sa modernité.
Après ce succulent repas que leur avait offert leur bonne ou plutôt gouvernante Diouma, ils la remercièrent tous. Cette bonne femme était avec la famille depuis la naissance des jumeaux et ils ne pouvaient plus se passer d'elle. Ils la considéraient comme une mère à leurs yeux. Du haut de ses cinquante ans ce cordon bleu était une femme très forte et qui s'était maintenue malgré son âge qui n'y paraissait pas vraiment.
Mouha lui remonta dans sa chambre afin de se reposer
Il se dit qu'il devait peut-être enregistrer le numéro de Dieyna pour la prochaine fois qu'il en aurait besoin. D'ailleurs, qu'est ce qu'elle devait être en train de faire en ce moment ? Se demanda t-il
Allongé sur son lit, il était toujours là dans ses pensées à cogiter et à penser à sa belle rencontre. Ce qui tarda pas à l'emporter finalement vers un long et profond sommeil peuplé de rêves. Des rêves habités par une belle jeune femme dont il ne connaissait que le nom pour le moment.
Pendant ce temps, Dieyna était enfin arrivée à la maison. Elle trouva son meilleur ami au salon en train de lire le journal. Cet homme était plus qu'un père pour elle mais c'était aussi son confident. Elle l'adorait trop son Papounet comme elle aimait l'appeler.
Elle se dirigea donc vers lui pour le saluer.
- Bonjour mon papounet d'amour dit-elle en lui faisant la bise
Ce dernier leva les yeux de son journal pour répondre à son interlocutrice.
- Comment tu vas ma chérie ?
- Très bien et ta journée ?
- Je suis un peu fatigué mais ça va quand même. Et ton premier jour à l'école ?
- Ça va, ça s'est très bien passé papa
- Eh bien tu dois être fatiguée, vas te reposer
- Hum d'accord, je vais m'allonger un peu
- D'accord à tout de suite chérie
Dans sa chambre Dieynaba repensa que Raky n'était même pas venue aujourd'hui, or elles avaient prévu de se voir à la descente. Elle espérait que cette dernière se portait bien.
Raky était son amie d'enfance, et elles étaient ensemble depuis le primaire. Elles se confiaient tout, et Dieynaba la considérait comme sa meilleure amie. Elle se dit qu'elle allait lui envoyer un message pour voir ce qui n'allait pas.
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Raky manipulait tranquillement son téléphone quand elle reçut un message de Dieyna .
- Salut ma puce ! cci lo nekk (comment tu vas )?
Elle savait que Dieynaba allait lui demander pourquoi elle n'était pas venue faire cours aujourd'hui mais elle n'avait pas encore trouvé d'excuse valable à lui fournir. Les deux jeunes filles avaient prévu de se voir à la fin des cours parce que cela faisait longtemps qu'elles ne s'étaient pas vus. Mais elle ne savait pas trop quoi lui dire. Elle décida donc d'ignorer son message pour le moment.
Hier Raky n'avait même pas passé la nuit chez elle. Elle est arrivée à la maison vers 11 heures, c'est pourquoi elle n'a pas été en mesure d'aller faire cours. L'autre raison c'est qu'elle ne s'était pas encore inscrite à l'institut. En effet, elle n'avait pas encore assez d'argent pour le faire. C'est la raison pour laquelle elle était allée hier soir voir Monsieur Fall, un de ses anciens professeurs pour lui soutirer quelques billets. Elle savait ce que les gens pensaient, qu'elle n'était qu'une vulgaire prostituée de rien du tout. Mais selon elle, ils se trompaient tous, ils avaient faux sur toute la ligne. Elle se disait qu'elle ne pouvait tout simplement pas se permettre de toujours demander aux autres de l'argent pour subvenir à ses besoins.
Elle n'aimait vraiment pas ce regard de pitié que ses proches lui lançaient quand elle allait leur emprunter un peu d'argent. Certains allaient même jusqu'à lui en offrir, elle n'était pas une mendiante et elle ne supportait pas de vivre dans le dos des gens. Et même quand les emprunts venaient à se faire nombreux, ils commençaient à la fuir ou à inventer des problèmes qu'ils avaient eux aussi.
La jeune fille en avait plus que marre de tout ça, et il fallait bien qu'elle ait un minimum de quoi vivre ! Elle aurait bien choisi n'importe quel travail décent pour subvenir à ses besoins, mais cela n'existait guère car elle n'était même pas libre le soir. Et le matin n'en parlons même pas vu que le matin elle avait cours. En plus le soir elle devait se concentrer à réviser ses cours pour le lendemain.
Elle devait aussi travailler dur pour avoir ses diplômes, ainsi elle pourrait avoir un travail raisonnable et récupérer sa petite sœur Rama. En effet sa mère est morte quand elle n'avait que 12 ans. C'était lorsqu'elle accouchait de Rama. C'est ce jour là qu'elle les a quitté à jamais, laissant derrière elle sa petite famille éplorée.
Son père ne pouvant plus supporter cela est tombé d'abord dans l'alcoolisme et la drogue . Pour noyer sa tristesse, il se réfugiait dans les bars et les pubs du quartier et ne rentrait à la maison que très tard dans la nuit. Puis il avait sombré dans la folie à force de consommer tous ces joints qu'il amassait dans sa chambre.
A partir de ce jour il battait Raky pour un oui ou pour un non. Parfois même quand il l'appelait plusieurs fois , elle était rouée de coups. On aurait dit que c'était devenu son passe temps favori, la battre et l'entendre crier de toutes ses forces. Pour aller à l'école, elle était obligée de porter chaque jour le même pull et la même écharpe car c'était tout ce qui lui restait et étant capable de camoufler tous les bleus qu'elle avait au niveau du corps à cause des coups.
Un jour sa tante qui se trouve être la sœur de sa mère était venue leur rendre visite avec son mari. Et Dieu merci, elle a assisté à cette scène où son père la battait à mort avec une tige en fer juste parce que Raky avait oublié de fermer la porte de sa chambre. Sa tante a décidé que cet environnement n'était pas favorable pour la petite Rama. Elle l'a donc prise en charge. Son oncle lui est revenu avec 2 grands gaillards et ils ont emmené de force son Papa. Et jusqu'à présent elle ne sais pas où, peut-être même est il mort.
Raky avait vraiment honte de ce qu'elle était, de sa situation, honte d'avoir une amie comme Dieyna, elle qui pouvait tout se permettre. C'est pourquoi elle n'aimait pas aller chez elle, la famille de Dieyna était d'un rang social plus élevé que Raky.
Elle ne supportait donc pas d'aller chez sa copine. A chaque fois qu'elle la voyait avec cette belle maison, ce père et cette mère formidables, cela fendait le coeur à Raky. Cette dernière se disait qu'elle n'aurait jamais tout cela, qu'elle n'aurait pas cette chance d'avoir une vie normale. Et cela développait au fond d'elle une rancœur et une colère inimaginables, c'est pourquoi elle évitait autant qu'elle pouvait d'aller chez Dieyna.
Elle préférait de loin aller rendre visite à ses copines qui n'étaient certes pas riches mais avaient presque la même situation qu'elle.
Elle avait maintenant 23 ans et elle se devait de se prendre en charge. Elle avait donc choisi ce "métier" qui consistait à amadouer ses nombreux prétendants pour qu'ils lui donnent de l'argent. Et ils lui en donnaient assez pour subvenir à ses besoins. Des ministres aux professeurs en passant par les hommes d'affaires , la jeune et belle Raky ne laissait personne indifférent parce que oui Raky Wane Gadiaga savait comment s'habiller pour être désirable et désirée.
Cependant, elle ne donnait pas son corps, car tenant à rester vierge jusqu'à son mariage pour faire taire les langues pendues qui parlaient d'elle comme d'une vulgaire prostituée.
Après avoir longtemps médité sur sa vie elle se dit qu'elle devait répondre à Dieyna pour ne pas qu'elle s'inquiète. Elle trouvera bien une excuse pour son absence de ce matin. Elle envoya donc un message à sa copine.
- Coucou Dieyna namnaleuh(tu m'as manqué) . Ca va je vais bien
- Hum pourquoi t'es pas venue today(aujourd'hui) ?
- Euh en fait je ne me sentai pas très bien motaxx (c'est pourquoi)
Elle : Ah ok je vois et tu vas mieux j'espère ?
Raky pensa que Dieyna était vraiment gentille, elle se souciait toujours d'elle.
- Oui ça va ma puce je vais beaucoup mieux merci
- Ah je suis rassurée alors !D'ailleurs je voulais te dire quelque chose
Curieuse comme elle ne pourrait se retenir. Elle s'empressa donc de lui demander ce que c'était.
Moi : Oui qu'est ce que c'est ? vas-y accouche
Elle : Ben.....en fait.....
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Dieyna s'était enfermée dans son endroit préféré, sa chambre. Dans cette pièce elle pouvait se reposer tranquillement histoire de bien récupérer mais elle pouvait aussi se recueillir pour mieux réfléchir sur sa vie et sur les décisions à prendre.
Elle était allongée sur son lit et continuait à discuter par message avec sa meilleure amie et confidente Raky.
- Ben en fait , tu ne vas jamais croire ce qui m'est arrivé aujourd'hui !
- Mais vas-y, qu'est ce que tu attends ? Dis moi
Au moment où elle voulut répondre à nouveau à sa copine qui ne pouvait plus se retenir,elle entendit son père qui l'appelait. Raky était tellement curieuse et excitée par rapport à ce que Dieyna voulait lui dire qu'elle s'impatientait. Dieynaba voulait lui parler de sa fameuse rencontre avec Mouhamed. Ces deux jeunes filles se disaient tout aussi insignifiant que cela pouvait être.
Mais Dieyna dut descendre pour aller répondre à son papa, elle se dit qu'elle lui dirait la nouvelle un peu plus tard.
- Oui papa ? Dit-elle en descendant les marches de l'escalier pour le rejoindre
- Viens là ma chérie
- Oui ? Quoi donc
Ce dernier se trouvait dans le salon, et comme à son habitude en train de lire son journal et une tasse de café à la main.
C'était un grand salon qu'il avaient, Anta la mère de Dieyna avait pris le soin de bien décorer la maison. Et le salon aussi n'était pas en reste. Le grand lustre qui se trouvait au milieu du faux plafond lui donnait un air des années 80,la famille l'avait reçu de la part des grands parents paternels de Dieynaba. Il procurait à la salle une douce lumière qui s'éparpillait et dont les lueurs venaient se nicher dans tous ses coins. Pour les fauteuils ils avaient été laissés au soin de El Hadj son père. Ils étaient faits d'un cuir noir très rare commandé spécialement des États-Unis et accompagnés d'une très belle table basse en verre que Anta n'hésita pas à orner d'un magnifique vase rempli de jolis chrysanthèmes de toutes les couleurs.
Dieyna vint donc s'asseoir près de son père sur le fauteuil afin de s'enquérir du pourquoi de son appel. Ce dernier ne tarda pas à lui fournir sa réponse.
-Tu m'avais dit que tu avais quelques problèmes en informatique n'est ce pas ?
- Oui et c'est toujours le cas, pourquoi ?
- Alors puisque tu avais des soucis l'année passée avec ce module d'informatique, j'ai pensé qu'il serait mieux que je trouve un prof à domicile
- Ah oui c'est génial Papa
Dieyna aimait vraiment son père et celui ci le lui rendait bien. Ce dernier était toujours prêt à tous les sacrifices nécessaires pour la réussite de sa progéniture. Il en avait fait de même avec Khadija l'aînée mais il se disait qu'il avait lamentablement échoué. Pour cause, la grande soeur de Dieyna s'était mariée et à sa première grossesse avait décidé d'abandonner les études. Elle avait pourtant un si bon cursus scolaire, toujours major de sa promotion ou parmi les premiers.
Il regrettait un peu cet échec comme il aimait l'appeler et pour se racheter, il s'occupait de Dieynaba et de ses petits frères. En les inscrivant dans les meilleures écoles et instituts de la ville de Dakar, il pensait ainsi accomplir sa mission de papa modèle. Il n'hésitait pas à payer des répétiteurs et des enseignants à domicile pour qu'ils aient les meilleurs résultats scolaires.
Sa fille s'empressa de lui demander qui était ce nouveau professeur, ce qui le sortit de ses pensées.
- C'est le fils à un de mes amis
- Hum et est ce que tu lui fais confiance ? Je veux dire est ce qu'il a des connaissances en ce domaine ?
- Bien-sûr ! Il a eu un diplôme d'ingénieur de conception en informatique
- OK je vois mieux, je suis sûre qu'il me sera d'une grande aide alors
- Je l'espère en tout cas. D'ailleurs tu dois le rencontrer cet après midi, donc n'oublie pas
- D'accord papounet d'amour, bon je vais me faire à manger, j'ai un peu faim. Tu veux quelque chose ?
- Non ça va ça ira.
Pendant ce temps le nouveau professeur de Dieyna lui était entrain de se préparer car c'était aujourd'hui qu'il devait rencontrer sa nouvelle élève. Il s'agit de la fille de son Tonton El Hadj. Tonton El Hadj est un grand ami de son père et il ne peux donc rien lui refuser. Cet homme avait toujours été là pour lui et son père même dans les moments les plus difficiles. C'était comme un père pour lui.
Il sortit donc de chez lui et se dirigea chez El Hadj, ce n'était pas très loin de leur maison. Il choisit donc de marcher pour s'y rendre. Après environ 15 minutes de marche, il arriva enfin chez eux. Il sonna à la porte et attendit quelques minutes avant qu'on ne vienne lui ouvrir. Et il entendit en même temps une voix féminine qu'il ne connaissait pas lui répondre derrière la porte.
- Oui j'arrive
Cela devait être sa nouvelle élève se dit il, mais il n'en était pas sûr aussi décida t-il de juste la saluer.
- Bonjour , Tonton El Hadj est là ?
- Bonjour , oui. Entrez je vais aller l'appeler
Il la vit disparaître un instant dans une des pièces de la maison, certainement pour appeler son père. Ce dernier apparut quelques instants après devant lui le sourire aux lèvres. Il vint vers lui pour le saluer.
- Ah Bonjour Ahmadou, comment tu vas donc ? Et ton père comment va t-il ?
- Oui ça va je vais très bien tonton. Et oui papa va bien merci, et la famille ?
- Ah ça va Dieu merci , on essaie de gérer du mieux qu'on peut. Tiens je vais te présenter ta nouvelle élève. Dieyna viens s'il te plait.
Et la fille de tout à l'heure, celle qui était venue lui ouvrir apparut. Comme il s'en doutait c'était bien elle. El Hadj commença donc les présentations entre eux deux.
- Ahmadou je te présente ma fille Dieynaba. Elle est un peu têtue mais bon c'est ta petite sœur, tu saura gérer.
Ahmadou était totalement perdu dans ses pensées et n'arrêtait pas de regarder Dieynaba. Il n'avait pas remarqué à quel point elle était belle . Il trouva que ses yeux par ailleurs étaient très beaux créant un regard qui comme un aimant poussait à ce qu'on s'y accrche encore quelques minutes de plus. Cette dernière fut d'ailleurs gênée par ce regard insistant et finit par baisser les yeux ce qui eut l'effet de le ramener sur terre. Il se demanda ce qui lui arrivait en ce moment même car cette fille était sa petite sœur et qu'il ne se devait pas de la regarder de la sorte. Il n'avait meme pas entendu ce que tonton El Hadj disait tellement il était hypnotisé mais heureusement qu'il entendit la dernière phrase de celui ci.
- Comme je te le disais, elle a quelques petits soucis en informatique et je te fais entièrement confiance.
- Euhhh oui oui tonton ne vous en faites surtout pas tonton. Je vais l'aider du mieux que je peux.
Dieynaba ouvrit sa bouche pour la première fois depuis que son père et lui avaient commencé à discuter.
- Je suis enchantée de te connaitre Ahmadou
- Tout le plaisir est pour moi Dieynaba.
El Hadj décida de les laisser discuter et faire plus ample connaissance,afin d'aller se reposer un peu.
- Bon je vous laisse faire connaissance. Dieyna si ta mère arrive dis lui que je suis à l'étage. Au revoir Ahmadou
- Oui Papa ne t'en fais pas.
- A très bientôt tonton dit l'intéressé. Puis il se retourna vers Dieyna pour lui parler.
- Alors on va faire comme suit. Les Lundi,Mardi et Jeudi soir tu me rejoins chez moi pour les cours. Et les autres jours c'est moi qui vient
- OK ça marche. dit Dieyna; On commence demain alors ?
- Oui vers 16 heures. Bon je te laisse, salue moi ta mère quand elle sera là et à demain.
- Je n'y manquerais pas , merci et à demain.
Le reste de la journée se passa normalement et le lendemain,Dieyna après avoir fini de ranger tous ses bagages qu'elle jugeait utile pour le cours qu'elle avait. Elle se dirigea donc vers la maison de Ahmadou, que son père lui avait indiqué et qu'elle réussit à trouver facilement.
Elle venait donc d'arriver et sonna quand ce dernier vint pour lui ouvrir.
- Bonjour Dieyna entres je t'en prie
- Bonjour Ahmadou
Après l'avoir saluée, il la devança et elle le suivit jusqu'à ce qui devait être la chambre de Ahmadou selon Dieyna. Arrivés dans sa chambre, ce dernier entama la discussion sans plus tarder.
- Je t'ai préparé quelques exercices pour commencer. J'aimerais que tu les fasses afin que je puisse évaluer ton niveau.
- OK je vais les faire tout de suite alors. dit-elle avant de les entamer aussitôt
Pendant ce temps Ahmadou était entrain de l'observer faisant le travail qu'il lui avait , elle est juste sublime. Il se dit que cette fille il l'aurai coûte que coûte et c'était une parole de Ahmadou, l'homme qui respectait toujours ses promesses.
Deux heurs de temps de cours s'étaient écoulées et Ahmadou jugea que cela était suffisant pour une première séance. Aussi en informa t-il son élève.
- Je crois que nous allons nous en arrêter là pour aujourd'hui dit-il alors que Dieyna rangeait ses cahiers et livres.
Mais au moment de se lever elle trébucha et il la retint de justesse par la taille. Il restèrent ainsi pendant environ cinq bonnes minutes à se regarder. Dieyna était très gênée par cette situation plutôt embarrassante, aussi décida t-elle de se retirer de l'emprise de cet homme qu'elle connaissait à peine. Mais ce dernier semblait ne pas être de cet avis car il resserra encore plus son emprise. Il avait vraiment envie d'elle en cet instant précis, envie de connaitre le gout que pouvait lui offrir cette minuscule bouche belle comme un petit cœur. Il ne résista donc pas plus longtemps et captura ses lèvres dans un doux baiser, un baiser qu'il venait de lui voler.