Prologue
Prologue
Je suis assise toute seule sur le sable de la plage et contemple le coucher du soleil. C'est tellement beau ce rouge orangé, si beau et si pure que cela me fait un moment oublier ma douleur.
Cette douleur atroce qui me ronge depuis des semaines.
Une douleur inhumaine.
Un vent frais souffle et me fait frissoner, je m'entoure de mes bras pour me rechauffer un peu et regarde autour de moi, la plage est presque déserte à l'exception d'un jeune couple enlacé qui se parle en se regardant amoureusement dans les yeux. Ils sont si beaux ensemble, le portrait qu'ils forment a pour effet de me ramener en arrière et fait défiler des images dans ma tête et là, la douleur se fait plus intense. Je détourne rapidement mes yeux qui s'embuent déjà. Oui, c'est comme ça qu'IL me regardait, m'enlaçait et me faisait sentir comme une reine. Les larmes se mettent à couler. Je ferme les yeux pour essayer d'arrêter ce flux amère mais rien n'y fait. Je me lève, laissant là mes sandales et mon sac à main et me mets à courir le long de la plage avec l'espoir que la brise fraîche pourrait attenuer ma torture, mais elle est toujours là, elle fait corps avec moi.
Je crois entendre une voix masculine me crier si tout va bien, c'est sûrement le jeune homme du couple amoureux de tout à l'heure, je n'ai pas le temps de m'arrêter pour repondre, je continue ma course désesperée, essayant de fuir cette douleur ancrée en moi. Je sais que c'est bête mais là, à ce moment, cela me semble être le seul remède.
Même si c'est un remède qui n'aide en rien.
Je cours, mes cheveux au vent, le visage couvert de larmes, les yeux rouges; on me prendrait facilement pour une personne mentalement instable. Lorsque je n'en peux plus de courir, je m'arrête, éssouflée, m'incline vers l'avant et de mes mains prends appui sur mes genoux.
Pendant que j'essaie de rattrapper mon souffle, une idée me traverse l'esprit. Claire et pertinente.
Oui, ça au moins c'est un remède qui peut vraiment aider. Mon regard est rivé sur l'eau de l'ocean rendue rouge orangé par le soleil couchant. Elle semble m'appeler par mon nom:
"Tsita, Tsita, viens ma petite, je te bercerai vers le repos!"
Sans quitter cette étendue fluide des yeux, je me redresse lentement et me mets à m'en approcher. Quand l'eau salée touche mes pieds nus, sa fraicheur me fait frissoner mais ne m'arrête pas dans mon élan, je continue d'avancer.
Les vagues me font vasciller, je manque plusieurs fois de tomber mais je continue mon avancée vers les abysses. Lorsque l'eau m'arrive au niveau des epaules, j'entends des gens crier au loin, je tourne la tête dans la direction d'où proviennent les cris et je vois le jeune couple de tout à l'heure courir sur la plage suivi d'un monsieur âgé.
Ils veulent me sauver.
Je hâte les pas et pousse un soupir de soulagement lorsque je suis enfin submergée. Me voici maintenant debout sous l'eau.
Le courant me pousse un peu plus vers l'avant et je perds pied, ce qui n'est d'ailleurs pas pour me deplaire. Je me laisse emporter sans me débattre. Pendant que je bois la tasse, un chant mortuaire pygmée passe en boucle dans ma tête:
« L'animal court, il passe, il meurt.
Et c'est le grand froid
C'est le grand froid de la nuit, c'est le noir.
L'oiseau vole, il passe, il meurt.
Et c'est le grand froid.
C'est le grand froid de la nuit, c'est le noir. »
C'est donc ainsi que moi, Tsita Etumba je m'en vais à à peine 24 ans?
Ma dernière pensée.
Et puis plus rien.
Chap 1 : Avorté
J'entends des voix qui me semblent vaguement familières, j'ouvre lentement les yeux mais je les referme aussitôt, éblouie par la lumière.
Je sens que je suis couchée sur quelque chose de doux, un lit sûrement et mon nez perçoit l'odeur caracterisque d'un hôpital. Non! Ils ont aussi des hopitaux dans l'au delà? J'essaie de bouger mon bras droit mais il me semble qu'il est connecté à quelque chose qui m'empêche de le bouger. Ce doit être une perfusion. Ma gorge et ma cage thoracique me brûlent et je me sens si faible. Après quelques minutes, je rouvre mes yeux faisant l'effort de ne pas les refermer, ils me brûlent eux aussi! Je gémis faiblement, ce qui attire l'attention de l'une des personnes dont j'ai entendu les voix plus tôt. Je distingue des pas qui se rapprochent et une jeune femme brune avec l'air ravi de me voir réveillée fait irruption dans mon champ de vision.
Attendez, c'est bien Fatou, ma meilleure amie! Non! cela ne veut dire qu'une chose: je ne suis pas morte!
Eh Dieu! Ces idiots qui courraient vers moi en sont certainement responsables.
Fatou: Tsita, ça va? s'enquiert -elle,mi-contente mi-inquiète. C'est moi, Fatou.
-Oui, je sais, me dis-je dans ma tête.
Quelqu'un d'autre la rejoint et là je reconnais Loïc, son fiancé.
Loïc: Je crois qu'il faut appeler l'infirmière.
Fatou: Infirmière, infirmière!
Rhooo! Cette fille, en plein dans mes oreilles!
Une infirmière rapplique, me jette un coup d'oeil et repars pour revenir avec un monsieur qui me semble être le docteur. Il vérifie mes constantes, me pose des questions auxquelles j'ai un peu du mal à repondre vu que ma bouche est sèche. Il fait tout un tas d'autres trucs et semble satisfait à la fin.
Docteur: Mademoiselle, il y a eu plus de peur que de mal. Vous avez eu de la chance que vos sauveteurs aient été rapides. Ce qu'il vous faut c'est beaucoup de repos.
Celui-ci, je ne crois pas qu'on lui a dit que je voulais me suicider car si c'était le cas il m'aurait regardé et parlé différemment. Je crois qu'il pense que j'ai juste eu un accident de baignade. De toutes les façons, moins les gens savent sur ce suicide avorté, mieux je me porte.
Moi : Quand pourrai-je sortir docteur? fais-je avec la voix brûlée d'un abuseur de liqueurs fortes
Docteur: Votre perfusion est presque finie, je vous garde encore en observation cette nuit et demain vous pourrez partir, dit-il en griffonant quelque chose dans ce qui me semble être ma fiche.
Il sort de ma chambre suivi par l'infirmière après avoir demandé à Fatou et Loïc de ne pas trop me fatiguer.
Fatou vient s'assoir près de moi et me regarde, l'air triste. Loïc qui reçoit un appel, s'excuse et sort de la pièce, me laissant seule face au regard triste et interrogateur de ma meilleure amie.
Moi: Comment suis-je arrivée ici? demandé-je, plus pour la faire parler qu'autre chose, car sa façon de me regarder sans rien dire me met déjà très mal à l'aise.
Fatou: Un jeune homme m'a appelé hier soir pour me dire qu'ils t'emmenaient d'urgence à l'hopital et que tu avais tenté de te tuer, répond-elle, accusatrice.
Je detourne le regard, honteuse. J'aurais tellement voulu qu'elle ne sache rien de tout ça. Mais malheureusement pour moi, les deux numeros d'urgence dans mon repertoire sont celui de Fatou en premier et le sien en sécond.
Le sien.
Le monsieur qui m'a sauvé l'a-t-il aussi appelé? Sait-il que je suis hospitalisé après avoir tenté de mettre fin à mes jours? Est-il même un peu inquiet pour moi?
Peut-être...peut-être pas.
Je suis tirée de mes pensées par la voix de Fatou.
Fatou: Tu te rends compte Tsita? Vraiment? Tu étais prête à m'abandonner juste comme ça?
Elle parle doucement et paraît calme mais je sais qu'intérieurement elle bout de rage. Je l'ai déçue, je sais. J'essaie de prendre sa main mais elle la retire comme si j'avais la peste.
Moi: Pardonne-moi, sur le coup je n'ai pas réfléchi.
Fatou: Olingaki omiboma pe otika nga? Ya solo? ( Tu étais vraiment prête à te suicider et m'abandonner? C'est vrai?)
Ses larmes se mettent à couler et ça me fend le coeur. Je regrette amèrement mon geste. Je réessaie de toucher sa main mais cette fois elle quitte carrément le lit et va se tenir près de la fenêtre.
Fatou: Je ne savais pas que je représentais si peu pour toi, dit-elle en éssuyant nerveusement ses larmes du revers de sa main.
Moi: Non, ne dis pas ça.
J'essaie péniblement de me redresser mais n'y arrive pas tellement je me sens faible.
Fatou: Je te laisse te réposer, je reviendrai plus tard avec de quoi manger et des vêtements propres, dit-elle, la mine serrée tout en se dirigeant vers la porte.
Moi: Fatou, attends!
Elle sort de la chambre sans plus m'accorder un regard. Je ferme les yeux et essaie de ne penser à rien mais c'est mission impossible. Trop des choses affluent dans ma tête et cette douleur que j'ai tenté de fuir refait surface, cuisante et allant crescendo.
Vous vous posez sûrement des questions sur ce qui se passe. Sur pourquoi j'ai tenté d'interrompre mes jours sur terre. Un geste vraiment extrême, n'est ce pas? Eh bien, je vais vous raconter mon histoire.
Peut-être que vous me comprendrez.
Chap 2 : Moi, Tsita.
...Quelques années plus tôt...
-Tsita, Tsita, Tsitaaaaaaa!
Moi: hmm Tantie!
-Je dis hein, il est quelle heure? Tu dors encore? Le ménage va se faire tout seul? Fainéante!
Eh oui, c'est ma tante qui tonne sur moi, les mains aux hanches après avoir presque fracassé la porte de ma chambre en entrant. Je me lève péniblement de mon lit, encore toute ensommeillée et me dirige vers la salle de bain mais devson corps massif, tantine Carole me bloque le passage.
Elle: Où vas-tu?
Moi: Je vais rapidement prendre une douche.
Elle: Ah! Nini? (Quoi?) Va me faire le ménage! Douche, douche fien fien! Donc c'est de ma faute si madame la reine décide de faire la grasse matinée et oublie de se doucher avant?
Il est à peine 6 heures et elle dit que je fais la grasse matinée. Mais de toutes les façons, je suis habituée. Il vaut mieux que je me depêche d'aller chercher le balai avant qu'elle ne commence à me casser les oreilles sur comment elle m'a récceuillie alors que personne ne voulait de moi dont les parents sont morts d'une maladie dégoûtante, sur combien je suis ingrate et tout et tout.
Les paupières encore lourdes, je m'attèle à la tâche et au bout d'une heure, la maison est propre, les assiettes lavées, notre cour balayée, le petit jardin potager derrière la maison arrosé. Je cours me laver avant que l'une de ses princesses ne s'accapare de la salle de bain comme d'habitude.
Pour la petite histoire, je vis chez ma tante Carole (la petite soeur de ma défunte mère) depuis mes 14 ans. Comme je l'ai mentionné plus haut, elle m'a recceuilli après la mort de mes parents dont j'étais l'unique enfant.
Mes parents et moi vivions à Kinshasa. Après leur decès, tantine Carole qui, elle, vit à Muanda, une petite ville dans la province du bas-congo m'a ramenée avec elle.
Quand j'y pense, j'ai l'impression que c'est d'une bonne sans salaire dont elle avait besoin, car dès le premier jour où j'ai mis les pieds chez elle, elle a renvoyé la femme de ménage et m'a clairement fait comprendre que si je voulais manger ou dormir dans sa maison je devais m'occuper du ménage et qu'elle n'aimait pas les petites fainéantes.
Changement de frequence.
Dieu merci, ce n'était pas difficile pour moi de m'adapter parceque ma mère, quelques temps avant sa mort, était devenue très faible et ne pouvait rien faire, c'était moi qui m'occupait de tout et je m'en sortais assez bien.
Tantine Carole est mariée et mère de deux filles : Sheila qui comme moi à 19 ans et Petunia qui en a 17. Elle qui dit ne pas aimer les fainéantes, ses propres filles sont des championnes du farniente mais cela ne semble pas la déranger du tout.
Mais malgré tous ses défauts et le fait qu'elle et ses filles me traitent comme leur domestique, tantine Carole m'a quand-même mis à l'école, quelque chose que je craignais qu'elle ne fasse pas vu l'accueil que j'avais reçu à mon arrivée. Donc j'ai pu continuer normalement mon cycle sécondaire.
Après une longue douche froide, je sors de la salle de bain, fraîche et toute regaillardie. C'est Samedi, je n'ai pas cours donc d'office c'est moi qui suis aux fourneaux. En semaine, c'est Tantie elle-même qui cuisine comme elle bosse à domicile. Elle est dans le commerce des tissages qu'elle va acheter à Luanda pour ensuite les revendre ici.
Je sors du congelateur ce que je dois préparer après un rapide petit déjeuner et me mets au travail. Vers neuf heures, les deux princesses de tantine Carole se réveillent enfin et font une descente à la cuisine. Hmm, la vie est facile pour certaines personnes hein!
Elles se font leur petit déjeuner elles-mêmes car depuis un moment j'ai arrêté de le faire pour elles comme c'était l'habitude avant. Le jour où je leur ai fait savoir que je n'allais plus le faire, elles m'ont regardé comme si j'étais folle et ont couru appeler tantie en renfort. Cette dernière a débarqué bien fâchée et a essayé de me forcer mais ce jour là, tonton Raph (le mari de Tantie) qui jusques là n'intervenait jamais lorsqu'elles me faisaient leurs bizzareries est intervenu en ma faveur. Il les a bien remis à leur place et m'a ordonné de ne plus jamais laver les vêtements de Sheila et Petunia ou nettoyer leurs chambres et qu'elles devaient désormais le faire elles-mêmes. Aurevoir les faux ongles interminables! Eeeh! Il fallait voir leurs visages!
Tonton Raph est le genre d'homme qui ne parle pas beaucoup et peut être vraiment passif des fois, mais il a ses jours où Tantine Carole et ses filles ne tentent pas leur chance.
Les deux princesses finissent de manger et se lèvent sans prendre la peine de débarrasser la table. Elles vont s'assoir tranquillement sur le divan et allument la télé. Je débarrasse sans faire d'histoires et vais faire la vaisselle.
Je finis de préparer vers dix heures et vais me changer pour boulot. Bah oui, je travaille. Tantine Carole ne me donne pas d'argent de poche donc je dois travailler pour en avoir.
J'ai eu mon diplôme d'etat (bac) l'année passée et cette année je fais ma première année en sciences esthétiques dans une institution de la place .Tout ce qui touche à la beauté m'a toujours fasciné depuis toute petite alors j'ai décidé d'en faire ma carrière. Tantine Carole a catégoriquement refusé de payer pour mes études supérieures disant qu'elle en avait assez fait pour moi et que je devais me débrouiller, ce qui fait que je paie pour mes cours de ma poche. De temps en temps, tonton Raph me glisse discrètement une enveloppe pour me depanner.
Je mets une chemise manches courtes rose, un pantalon jean noir et des ballerines noires avec des petits coeurs roses. Petit maquillage , me parfume un peu et voilà, good to go! J'ai des rasta donc je n'ai pas à passer du temps à brosser quoi que ce soit devant le miroir. Je me fais juste un chignon à la Beyoncé. J'attrape en passant mon petit parasoleil en dentelle noir que je me suis acheté au moutouki (fripperies) au grand marché. Avec le soleil qu'il y a dehors aujourd'hui , il me sera très utile.
Mon lieu de travail n'est pas très loin de chez moi, alors au lieu de gaspiller de l'argent avec le taxi, je préfère marcher. Au bout de 20 minutes de marche, j'y suis et trouve le salon de coiffure déjà plein à craquer. Yesss! On rentrera avec le sourire le soir venu, comme presque tous les samedis d'ailleurs.
Moi: Bonjour à tous, dis-je en entrant
Ya Bibiche: Notre femme, ça va?
Moi: ça va bien ya Bibiche!
Ya bibiche est la proprietaire du salon mais elle n'est pas le genre à regarder ses employées de haut. Nous sommes quatre filles qui bossons pour elle et elle nous traite toutes comme des petites soeurs. Elle m'appelle notre femme parcequ'elle dit que je suis la future épouse de son fils Kevin qui a juste un an (rire). De nous toutes qui travaillons pour sa maman, je suis la seule par qui il accepte d'être porté. Lorsque les autres filles tentent de le prendre, il lance un cri et se cramponne à moi comme si sa vie en dependait, ce qui nous fait beaucoup rire.
Je vais vite passer mon tablier et commence avec ma première cliente du jour. La journée se passe ainsi, brésiliennes par-ci, faux cils par là, soin de visage, défrisage, pedicure et tout et tout.
Lorsque le salon est enfin vide autour de 20 h, nous nous asseyons et faisons les comptes. Chacune de nous prend sa part après avoir payé son pourcentage à ya Bibiche. À la fermeture, ya bibiche qui doit visit er une parente malade non loin de chez moi propose de me déposer. Le trajet se fait dans la bonne humeur, on parle de tout et de rien. Quand nous arrivons à quelques mètres de chez moi, je remarque une très belle voiture parquée devant le portail.
Ya bibiche: on dirait que vous avez de la visite. Wow, ça c'est ce que j'appelle une vraie voiture. Pas ma petite brouette-ci.
Moi: Hahahaha! Ta voiture est bien. C'est économique. Les grosses voitures font faire trop de dépenses.
Ya Bibiche: Comme les femmes brunes.
Moi: Toi-même tu es brune.
Ya Bibiche: Pas si brune que ça.
Je lui fais la bise et lui dis à demain avant de descendre. Je contourne la voiture tape-à-l'oeil tout en me demandant à qui elle peut bien appartenir et entre dans la parcelle. Quand je fais mon entrée dans le séjour pour dire bonsoir et signaler mon retour, je trouve tantie et tonton Raph en compagnie de papa Ali, un commerçant riche et reputé dans la ville. Je sais maintenant à qui est la voiture de luxe parquée devant le portail. Le trio papote gaiement en sirotant des d'jinos. Mon bonsoir les interrompt et trois pair d'yeux se tournent vers moi.
Tantie saute presque de son siege et vient me faire la bise avec le sourire jusqu'aux oreilles.
Perplexité au summum!
Tantie: Oh! Ma fille, tu es de retour?
Moi, méfiante : Oui Tantie.
Tantie: Ya Ali, la voici, dit-elle s'addressant à Papa Ali qui me regarde comme s'il m'avait vu tomber du ciel.
Me voici? Qu'est ce que j'ai fait?
Papa Ali: Une vraie beauté. Ça va Tsita? fait-il, à l'aise sur le divan des gens comme s'il était chez lui! Pfff!
C'est un homme au début de sa cinquantaine, très grand de taille avec un lèger enbompoint. Il a un teint noir très propre, le regard perçant on dirait un épervier, le crâne rasé (une calvitie y est sûrement pour quelque chose) et son visage est partiellement mangé par une barbe poivre et sel est coiffée style rick ross. Il est vêtu d'un ensemble boubou beige de haute qualité et a au poignet une montre scintillante qui rien qu'à la regarder on sait déviner qu'elle a coûté une fortune. Tout notre salon se noie dans son parfum que je trouve plutôt beurkish. Était-il obligé d'en mettre autant?
Moi: Ça va bien papa Ali, répliqué-je poliment tout en lui flashant un sourire de façade.
Seigneur, qu'est ce qui se trame ici? Je n'aime pas du tout l'atmosphère qui règne dans la pièce. Tantie qui est d'une gentillesse suspecte et tonton Raph qui évite à tout prix de croiser mon regard. Et j'aime encore moins les ondes que dégage cet homme.
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Chap 3 : Papa Ali
Tantine Carole: Tsita, tu connais ya Ali non? C'est lui qui a des grands magasins de riz et de foufou dans tout le bas-congo! Et aussi des tas des chambres froides!
- Est-ce que ça me regarde? crié-je dans ma tête
Tantie est comme en trance. Je me demande si c'est vraiment du d'jino qui est dans son verre.
Tonton Raph, après s'être bien râclé la gorge: Heu...Caro, il faut laisser l'enfant aller se réposer, elle doit être fatiguée.
Tantie: Tu as raison Raphaël. Ma fille il faut aller te réposer. On parlera demain, dit-elle en me tapotant maternellement l'épaule.
Hein?
Depuis quand?
Au secours! Les martiens ont enlevé la vraie tantine Carole!
Je tourne déjà les talons pour déguerpir lorsque papa Ali m'interpelle. Il fouille sous son boubou riche et en sort une enveloppe kaki bien bombée et me la tends.
Papa Ali: Tsita ma petite, tiens. C'est un petit quelque chose pour tes petits besoins.
Je regarde tour à tour tantie qui a le sourire de plus en plus large et tonton Raph qui semble très concentré sur le contenu de son verre. Ils ne semblent pas trouver indécent que cet homme m'offre ce qui me semble être une assez grande somme d'argent sous leurs nez.
Je le regarde droit dans les yeux et croise mes bras sur ma poitrine.
Moi: C'est gentil de votre part mais non merci.
Il semble décontenancé et même un peu embarrassé par ma réaction. Ça se voit qu'il ne s'y attendait pas du tout.
Tantine Carole, rapide comme l'éclair, lui arrache l'enveloppe des mains après m'avoir furtivement lancé un regard noir.
Tantie: Ya Ali, ne sois pas offensé, c'est juste que ma fille est un peu timide et a du mal à recevoir des cadeaux des gens qu'elle ne côtoie pas beaucoup, mais moi-même je me charge de lui remettre son petit cadeau.
Elle dit avec toutes ses dents dehors. Je parie que ses joues lui font déjà mal tellement ses sourires sont grands.
Papa Ali: Pas de soucis Caro, elle va très vite s'habituer à moi, dit-il, l'air très sûr de lui en jouant avec ses clés de voiture.
Quoi?
Je n'attends même pas qu'ils ajoutent quoi que ce soit d'autre, je tourne les talons et sors du salon comme s'il y avait le feu. Même le petit creux que j'avais il y a quelques minutes a totalement disparu. J'ai un très mauvais pressentiment.
Je vais prendre une douche avant d'aller me coucher sur mon lit, le coeur dérangé. Mon portable se met à sonner, je le sors d'en dessous mon oreiller et quand je vois le nom qui est affiché sur l'ecran, j'oublie mes soucis.
Moi: La soeur de coeur de quelqu'un, on dit quoi?
Fatou: Arrête avec tes flatteries, toute la journée tu m'as appelé? Mauvais coeur!
Moi: (rire) Pardonne-moi, je n'avais pas de crédit.
Fatou: Hmm, toi et ta chicheté! T'es déjà en case?
Moi: Oui, je viens d'arriver il n'y a pas longtemps...
Fatou c'est ma meilleure amie, ma soeur, ma complice. Nous nous connaissons depuis le lycée et étudions maintenant dans la même institution vue que nous partageons la même passion.
Quand je pense à comment notre amitié a commencé, je souris car elle a debuté d'une façon particulière.
Quelques temps après mon arrivée à Muanda, tantine Carole m'a inscrite au lycée catholique des soeurs de la charité. C'était déjà le milieu de l'année scolaire mais l'établissement a quand-même accepté de me prendre à bord. Ce qui a fait que j'étais la petite nouvelle qui ne connaissait personne et étant naturellement reservée et un peu timide, j'avais du mal à me faire des amies. Ma réserve était perçue par mes pairs comme de l'orgueil, du snobisme ce qui fit que les filles de ma classe me tenaient à distance.
- Celle-là, elle se prend trop la tête hein! Elle débarque ici avec ses airs supérieurs!
- Je te dis. Elle croit que comme elle vient de la capitale, elle peut venir snober les gens ici. A Kinshasa d'où elle vient les gens ne chient pas?
C'est le genre de conversation sur moi que je surprenais parfois en classe.
Un jour pendant la récréation, alors que j'étais assise toute seule dans mon coin, Fatou m'a approchée, s'est assise près de moi et s'est mis à me parler, elle parvint même à me faire rire et parler un peu de moi. Vous n'imaginez pas combien je me suis sentie bien que quelqu'un veuille converser avec moi, que quelqu'un veuille écouter mon opinion sur tel ou tel sujet. Je me sentais très seule à l'époque car à la maison, ma tante et mes cousines ne m'addressaient la parole que pour me donner des ordres ou me réprimander.
A un moment, Fatou a tiré deux barres de chocolats de son sac et m'en a offert un. Je l'ai pris en la remerciant et quand j'ai regardé le chocolat de plus près, j'ai éclaté en sanglots sans pouvoir me retenir. Elle m'a d'abord regardé, surprise, et sans que je ne m'y attende, m'a prise dans ses bras, me tapotant doucement le dos, ce geste eut le don de redoubler mes sanglots.
La raison de mes larmes?
Le chocolat qu'elle venait de m'offrir était la même marque que ma maman aimait m'acheter de son vivant parcequ'elle savait combien j'en étais friande. Fatou m'a gardé dans ses bras en me disant des mots gentils pour me calmer. Et lorsque je me suis enfin ressaisie, elle ne m'a pas posé de questions. Elle m'a juste aidé à déchirer l'emballage et nous nous sommes mis à manger en silence.
Ce jour était le prémice de notre amitié.
Tel un ange, elle est entré dans ma solitude et m'a offert son amitié pure à un moment de ma vie où j'étais déboussolée et allais très mal psychologiquement.
Nous papotons encore une bonne trentaine de minutes et convenons de nous voir demain à la messe de 8 heures et de passer le reste de la journée chez elle après.
Je remets mon téléphone sous l'oreiller et me recouche sur le dos. Je commence déjà à m'endomir lorsque la porte s'ouvre avec fracas, tantie entre comme un militaire et vient se placer devant moi. Je m'assois, inquiète.
Elle: Donc toi, ya Ali te donne un cadeau tu fais ta mijaurée? Non merci non merci fien fien!
Moi: Mais Tantie...
Elle: Ah longwa kuna! ( Ah, va là-bas!), me coupe-t-elle. Tes comportements d'enfants des blancs avec des "non merci" tu me les arrêtes tout de suite! Tu as compris?
Moi: Oui Tantie.
Elle: Allez, tiens ton cadeau!
Tantie me lance l'enveloppe kaki de tout à l'heure qui, je le remarque en passant, a considérablement diminué de volume.
Elle se met ensuite à faire les cent pas devant moi en tapant dans ses mains tout en parlant.
Elle: Vraiment, il y a des gens qui ne savent pas saisir leur chance dans la vie quoi! Un grand type te remarque, il vient nous voir pour demander ta main, toi au lieu d'être gentille, tu le regardes avec des gros yeux impolis!
Ce qu'elle vient de dire me pétrifie sur place. On est venu demander la main de qui? A quel moment ce papa Ali m'a-t-il remarqué? Lui et moi ne nous sommes jamais parlé avant ce soir et il vient demander ma main?
Moi, la voix tremblante: Mais Tantie, il a déjà deux femmes! Et en plus il est vieux.
Tantie: Et ça fait quoi? dit-elle en ajustant son pagne qui s'est defait. Dis-moi, ça fait quoi? Tu seras la première à être troisième bureau d'un vieux? Et pas n'importe quel vieux. D'ailleurs tu l'appeles vieux par rapport à quoi? Il a à peine 51 ans.
A l'entendre parler, c'est comme si elle a déjà tout decidé pour moi. Papa Ali a sûrement dû lui promettre plein des choses en echange. Je sens une colère noire me submerger, je croise mes bras et decide de ne plus parler car je sens que je risque de sortir quelque chose qui dépassera ma pensée.
Tantie: Le mariage vient te chercher à la maison et toi tu fais ta difficile? Tu sais combien de filles aimeraient être à ta place? Hein? Il y en a même qui vont chez les féticheurs jour et nuit pour se faire laver le corps dans le but que des gens comme ya Ali les remarquent!
Son monologue enflammé dure une bonne quinzaine de munites avant qu'elle décide enfin d'arrêter. Elle se dirige vers la porte et avant de sortir me lance:
- N'essaie même pas de jouer à la rebelle. Tu crois que la vie c'est la telenovela? Kizengi! (maboule)
Ceci dit, elle s'en va, claquant la porte. Je me recouche et me mets à faire des exercices de respiration pour calmer les battements de mon coeur. Les yeux fermés, j'inhale la paix et tout ce qu'il y a de positif, je compte mentalement jusqu'à cinq et exhale la colère et tout ce qu'il y a de négatif. Je répète cette operation plusieurs fois et je sens mon coeur revenir à son rythme normal.
Des fois je me demande si tantine Carole est vraiment la soeur de ma mère. Elle protège ses filles et c'est moi qu'elle veut jeter en patûre à ce vieux pervers. Mais si elle croit que je vais laisserai faire, elle se trompe. Je n'épouserai personne et advienne que pourra. Je ne m'appele pas "Etumba" (Bataille) pour rien.
Lorsque je me tourne sur le coté, je sens quelque chose de dur au niveau de mes côtes. Je m'assois pour voir de quoi il s'agit et vois l'enveloppe de papa Ali. Je la prends et l'ouvre pour prendre connaissance du contenu. Ce que je vois à l'interieur me laisse la bouche ouverte. Il ya trois liasses des billets de 50$, et ça c'est juste le reste après le pillage de celle que vous connaissez. Je comprends pourquoi Tantie a eu le vertige. Et il a dit que c'était juste pour mes petits besoins. Quel genre de petits besoins s'achètent avec autant d'argent?
Je referme l'enveloppe et la met dans mon tiroir à chevet avant de me recoucher et de ramèner la couverture sur moi.
Je tourne et me retourne sur le lit mais le sommeil ne vient pas. J'essaie de compter les moutons mais rien n'y fait. Ce n'est que vers 2 heures du matin que morphée me prends enfin dans ses bras.
*********************
Monsieur l'abbé (MA): Le Seigneur soit avec voouuus!
Nous: Et avec votre esprit.
MA: Elevons nos coeeeeeeuuurs!
Nous: Nous les tournons vers le Seigneur.
MA: Rendons grâce au Seigneur notre Dieeeeuuuu.
Nous : Cela est juste et bon.
MA: Oui il est juste et bon de te rendre gloire......
Je suis assise à l'église près de Fatou qui n'arrête pas de me pincer tellement je somnole. Je n'ai d'ailleurs rien capté du sermon.
J'entends monsieur l'abbé dire les paroles de fin de messe et je me sens un peu coupable. Je suis venue dormir dans la maison du Seigneur. Nous nous levons tous pour la sortie de l'abbé et son cortège. Au rythme du chant entonné par la chorale, les acolytes ouvrent la voie en dansant harmonieusement dans leurs soutanes blanches suivis par monsieur l'abbé. Nous sortons à notre tour et après avoir salué les personnes que nous connaissons, nous nous mettons en route.
Fatou: Mais toi, tu n'as pas dormi la nuit?
Moi: Ma chère, le stress m'a tenu éveillé jusqu'au petit matin, dis-je lasse.
Fatou: Le stress? Qu'est ce qui se passe? Maman Caro a encore fait quoi?
Moi: Pardon, arrivons premièrement chez toi. Je veux d'abord manger avant de te raconter.
Fatou: Rhoo! Dis-moi maintenant s'il te plait! Je ne saurai pas attendre, dit-elle le regard suppliant.
Moi, taquine: Monsieur l'abbé a prêché qu'il fallait être patient dans la vie ma chère.
Fatou: Regardez-moi qui est entrain de parler! Est-ce que tu as même suivi le sermon? J'étais à deux doigts de demander au curé de venir t'asperger de l'eau benite au visage pour te réveiller.
Nous éclatons de rire. Fatou appelle un petit garçon qui passe avec un bassin d'eau pure en sachets posé sur sa tête. Lorsque le petit arrive à notre niveau, elle paie et nous prennons chacune un sachet. Nous buvons notre eau fraîche tranquillement en papotant quand nous entendons klaxonner derrière nous. Nous nous retournons ensemble et tombons sur Papa Ali assis derrière le volant d'une hummer noire. Moi qui voulais passer une journée tranquille, c'est raté!
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