Mon mariage était un accord, une simple transaction, dont Léo, mon mari, était la seule condition.
Il me vouait un amour aveugle, que j'ignorais superbement, le traitant avec un mépris que j'estimais juste.
Jusqu'au jour où Léo se jeta dans le Rhône, brisé par ma cruauté, me laissant un accord de divorce déjà signé et une villa vide, comme s'il n'avait jamais existé.
Je me suis crue libre, mais alors que je détruisais impitoyablement ses dernières affaires, et que Lucas Evans, l'homme pour qui j'avais épousé Léo, brisait l'urne contenant ses cendres, la vérité me frappa.
Carole, l'amie de Léo, me hurla que ma froideur l'avait poussé au suicide.
Est-ce que j'ai commis l'irréparable ? Mon indifférence a-t-elle tué l'homme qui m'aimait le plus au monde ?
Pourtant, dans un journal qu'il m'a laissé, Léo m'appelait « la plus belle femme du monde », il rêvait d'une famille et d'un voyage à travers la France.
Qui était-il vraiment ? Et quel secret sa mort emporte-t-elle avec elle ?
Sur le Pont de la Guillotière, Léo Larson se tenait au bord. Le vent de Lyon fouettait sa veste de chef. Il murmura le nom de Juliette, un sourire amer aux lèvres, avant de se laisser tomber dans le Rhône. Son suicide était la fin de quatre années d'un mariage sans amour et douloureux.
Il pensait à elle, à leur relation. C'était une soumission totale de sa part, un amour à sens unique. Il avait tout donné, sans jamais rien recevoir en retour.
Un souvenir lui revint. C'était leur premier anniversaire de mariage. Il avait préparé un dîner élaboré, espérant voir un sourire sur son visage. Elle était rentrée tard, avait jeté un regard dédaigneux sur la table et était montée se coucher sans un mot. La douleur de ce souvenir était encore vive.
Il prit sa décision. C'était fini. Il ne pouvait plus supporter cette vie. Il enleva son alliance, la serra une dernière fois dans sa paume, puis la laissa tomber dans le vide. Un instant plus tard, il suivit.
Son corps heurta l'eau avec une violence inouïe. Le fleuve froid l'engloutit. Une tache rouge commença à se répandre à la surface, emportant avec elle son amour brisé et sa vie.
Trois jours plus tôt.
C'était l'anniversaire de Juliette. Léo avait passé toute la journée à préparer un gâteau Saint-Honoré, son préféré. Chaque geste était une prière, une déclaration d'amour silencieuse. Il attendait dans leur villa moderne et froide sur la colline de Fourvière.
La maison était silencieuse. Seul le tic-tac de l'horloge brisait le silence, chaque seconde marquant l'attente, la solitude. Il espérait, comme chaque année, un miracle.
Juliette rentra tard dans la nuit. Elle vit le gâteau sur la table de la cuisine. Son visage se ferma.
« Jette-moi ça. »
Sa voix était glaciale.
« Ton affection est écœurante. »
Le cœur de Léo se serra. Il serra les poings, ses ongles s'enfonçant dans ses paumes.
« Juliette, » commença-t-il, la voix tremblante. « Pendant ces quatre ans... as-tu déjà ressenti quelque chose pour moi ? N'importe quoi ? »
Elle le regarda avec un mépris absolu.
« T'aimer ? Je préférerais encore aimer un chien errant. Notre mariage n'était qu'un marché. Un marché que j'ai été forcée d'accepter pour sauver le frère de l'homme que j'aimais. »
À ce moment précis, le téléphone de Léo vibra. Un message de Lucas Evans. Un simple texte qui détruisit le dernier fondement de son monde : « Tu sais, Juliette ne t'a épousé que pour tenir la promesse faite à mon frère, Antoine. C'est moi que tu as sauvé. Le frère de son grand amour. » La cruauté était totale, absolue. Il avait tout enduré pour un mensonge, un amour qui ne lui était pas destiné.
Quelques jours plus tard, au bureau, Juliette reçut une lettre recommandée. Elle déchira l'enveloppe avec une impatience froide. Ses yeux parcoururent rapidement le document.
C'était un accord de divorce. Signé par Léo. Il renonçait à toute sa fortune, ne demandant que la villa de Fourvière. Un soupir de soulagement lui échappa. Enfin libre. Elle signa sans une seconde d'hésitation, son stylo glissant sur le papier avec une satisfaction cynique.
Au même moment, son téléphone sonna. C'était Lucas Evans. Il venait d'atterrir à Lyon-Saint Exupéry.
« Juliette, je suis de retour. »
Sa voix était douce, presque fragile.
« Je viens te chercher, » répondit-elle.
Elle le retrouva dans le hall des arrivées. Il était grand, mince, avec un visage qui rappelait douloureusement celui d'Antoine. Il lui prit la main, ses yeux brillant d'une lueur qu'elle ne sut déchiffrer.
« J'ai appris pour ton divorce, » dit-il avec une fausse sympathie. « Ce mariage a dû être si difficile pour toi. Tu as tant sacrifié. »
Il avait insisté pour qu'elle l'accompagne à son hôtel. Alors qu'ils entraient dans le lobby, une femme furieuse leur barra le passage. C'était Carole Murray, la meilleure amie de Léo.
« Juliette Gordon ! » cria-t-elle, son visage rouge de colère. « Vous n'avez aucune honte ? Vous trompez votre mari au grand jour ! »
Lucas se cacha à moitié derrière Juliette, jouant le rôle de la victime effrayée.
« Mademoiselle, je pense que vous vous méprenez, » dit-il d'une voix douce. « Juliette et Léo sont en train de divorcer. »
Carole fut stupéfaite.
« Divorcer ? C'est impossible. »
Elle sortit son téléphone, tremblante.
« Je vais appeler Léo tout de suite. »
Elle composa le numéro, mais personne ne répondit. La sonnerie mécanique résonnait dans le silence tendu du hall. L'anxiété commença à monter en elle. Une graine de peur venait d'être plantée.
Juliette la regarda avec une froideur glaciale.
« C'est notre vie privée. Ça ne vous regarde pas. »
Elle prit le bras de Lucas et se détourna, laissant Carole seule avec son angoisse. Mais en s'éloignant, une pensée sombre la traversa. L'échec de l'appel de Carole, le silence de Léo... un malaise indéfinissable s'installa en elle.