Le jour de mon bac, le soleil de l'Alsace écrasait tout, mais mon esprit était ailleurs.
Un SMS d'un numéro inconnu, « Ne va surtout pas aux épreuves ! » a glacé mon sang.
C'était sûrement Léo, mon frère disparu trois ans plus tôt, le jour de son propre bac.
Puis, mes parents sont apparus, leurs visages familiers, mais une cicatrice sur la mauvaise main de maman, une tache de vin sur la mauvaise joue de papa.
Ce n'étaient pas mes parents. Et Mathieu, le meilleur ami de Léo, m'a tendu un piège.
Je me suis enfuie, un message m' a prévenue: « Ne fais pas confiance à Mathieu ! Fuis ! »
Pourtant, un soi-disant Dr. Dubois m'a contactée, affirmant que Léo avait fait une dépression, que j'étais dissociative, et que tout cela n'était qu'hallucination.
Mon monde chancelait : étais-je folle ? Mes messages avaient disparu, les siens comme mes spams.
La vidéo de Léo a failli me briser : il y peignait, l'air vide, mais il tenait le pinceau de la main droite.
Léo est gaucher.
C'était un mensonge, une mise en scène macabre.
Qui était Mathieu, ce faux ami, pour inventer une telle supercherie ?
Mon Léo, le vrai, n'était-il qu'un fantôme de mon esprit malade ?
Les visages se déformaient devant moi, la simulation se fissurait.
Un dernier message de « Léo » : « Saute. C'est le seul moyen de te réveiller. »
J'ai fermé les yeux et j'ai sauté de l'église, me jetant dans l'inconnu pour échapper à cette effroyable mascarade.
Le jour de mon bac, le soleil tapait fort sur les vignes alsaciennes. Tout le village semblait retenir son souffle, comme il y a trois ans.
Trois ans. Le jour où Léo, mon frère, a disparu. C'était son propre baccalauréat.
Je tenais mon téléphone, la main moite. L'écran s'est allumé.
Un SMS d'un numéro inconnu.
« Ne va surtout pas aux épreuves ! »
Mon cœur a raté un battement. C'était lui. C'était forcément Léo.
Personne d'autre ne savait. Personne d'autre ne pouvait comprendre.
J'ai essayé de rappeler, encore et encore.
« Le numéro que vous avez composé n'est pas attribué. »
La voix mécanique était froide, impersonnelle. Elle a brisé le peu d'espoir qui venait de naître en moi.
La frustration m'a envahie, une vague brûlante qui me donnait envie de crier.
Ma mère, Isabelle, est entrée dans ma chambre sans frapper, son visage tendu par l'anxiété.
« Chloé, tu es prête ? On ne va pas être en retard, j'espère. Pense à la réputation de la famille. »
Elle a vu le téléphone dans ma main. J'allais lui montrer le message, chercher du réconfort dans ses yeux.
Mais mon téléphone a vibré frénétiquement. Une avalanche de SMS, tous identiques, du même numéro inconnu.
« Ne dis rien. »
« Ne lui montre pas. »
« Fais-moi confiance. Ne dis rien. »
Je l'ai caché juste à temps. Ma mère s'est approchée, son regard suspicieux.
« Qu'est-ce que tu caches ? C'est encore une histoire à propos de ton frère ? Tu ne penses qu'à ça ! Ça fait trois ans, Chloé ! Trois ans qu'il nous a fait honte ! »
« Non, ce n'est rien. »
Ma voix était un murmure. La dispute était inévitable, mais je devais protéger ce secret.
« Rien ? Tu crois que je ne te vois pas ? Obsédée par le passé ! Tu vas rater ton avenir à cause de lui ! »
Elle a saisi un coussin sur mon lit et l'a jeté violemment contre le mur. La colère déformait ses traits.
Je n'ai pas répondu, la laissant se calmer.
Puis, j'ai remarqué quelque chose.
Sa main. Elle a massé sa tempe avec sa main gauche. Sur le dos de cette main, il y avait une longue cicatrice blanche, fine et nette.
Impossible.
Je me souvenais parfaitement. Il y a des années, en préparant une tarte flambée, elle s'était gravement coupée avec un couteau. C'était sa main droite. J'avais tenu la glace sur la plaie, j'avais pleuré en voyant le sang.
Cette cicatrice était sur sa main droite. Pas la gauche.
Une peur glaciale a commencé à s'insinuer en moi.
Elle a semblé sentir mon regard, son agressivité a diminué. Elle a essayé de me prendre dans ses bras.
« Pardon, ma chérie. Je suis juste stressée pour toi. Allez, tout va bien se passer. »
J'ai reculé instinctivement.
« Qu'est-ce qui ne va pas ? »
Son ton était redevenu accusateur.
Je l'ai regardée, vraiment regardée. Ce n'était pas ma mère.
Je me suis forcée à sourire.
« Non, rien. Tu as raison, c'est le stress. Allons-y. »
Je devais jouer le jeu. Gagner du temps.
Mon père, Jean-Pierre, nous attendait en bas. Il lisait le journal, l'air sévère comme toujours.
« Enfin. J'espère que tu ne vas pas nous décevoir. »
Il a levé les yeux vers moi. Et là, mon sang s'est glacé.
La tache de vin. La marque distinctive de sa famille, qu'il portait depuis sa naissance. Elle était sur sa joue droite.
Non. Non, non, non.
Toute ma vie, j'avais vu cette tache sur sa joue gauche. C'était la première chose qu'on remarquait chez lui.
Ces gens n'étaient pas mes parents.
Mon corps tremblait, mais mon visage restait impassible. Je devais survivre.
« Je vais juste prendre une bouteille d'eau dans la voiture », ai-je dit, ma voix sonnant étrangement calme.
« Dépêche-toi », a grogné mon "père".
Je suis sortie. L'air frais m'a frappée au visage. J'ai vu la vieille Peugeot de mon père garée devant le portail. J'ai marché vers elle, essayant de ne pas courir.
J'ai tiré la poignée de la portière arrière. Verrouillée.
Celle du passager. Verrouillée aussi.
Bien sûr. Ils ne me laisseraient pas m'enfuir si facilement. Je suis revenue vers la maison, le cœur battant à tout rompre.
Je devais trouver un moyen de partir.
C'est là que je l'ai vu.
Mathieu. Le meilleur ami de Léo. Il arrivait sur son scooter, un sourire charmeur aux lèvres.
« Salut Chloé ! Prête pour le grand jour ? »
Il était toujours là pour moi, surtout depuis la disparition de Léo. Il était mon roc, mon confident. Un allié.
Mon espoir est revenu, fragile mais réel.
Mes "parents" sont sortis sur le perron.
« Mathieu, quelle bonne surprise », a dit ma "mère" avec une chaleur forcée.
Je me suis approchée de lui, feignant de le prendre dans mes bras pour le saluer. J'ai sorti mon téléphone, caché par son dos, et j'ai tapé un message rapide.
Je lui ai montré l'écran.
« Ils ne sont pas mes parents, aide-moi. »
Il a lu le message. Son expression n'a pas changé. Il a juste hoché la tête imperceptiblement.
Puis, il s'est tourné vers mon "père".
« Jean-Pierre, je crois qu'il y a un problème avec le système d'irrigation près des Gewurztraminer. L'eau fuit partout. »
Mon "père" a froncé les sourcils. « Quoi ? Encore ? Ce satané équipement ! »
La diversion était parfaite.
J'ai saisi l'occasion. J'ai porté une main à mon front.
« Je... je ne me sens pas bien tout à coup. J'ai des vertiges. »
Ma "mère" s'est précipitée vers moi. « C'est l'anxiété ! Je te l'avais dit ! »
« J'ai juste besoin de m'asseoir une minute », ai-je dit en me dirigeant vers la cave à vin. C'était le seul endroit avec une autre sortie. Une vieille porte de service que seul Léo et moi connaissions.
« Je t'accompagne », a dit ma "mère".
« Non ! » ai-je crié, un peu trop fort. Je me suis reprise. « Je veux dire... je préfère être seule. Juste cinq minutes. S'il te plaît. »
Mon "père" était déjà parti vers les vignes avec Mathieu. Ma "mère" a hésité, son regard oscillant entre moi et la porte d'entrée.
« Cinq minutes. Pas une de plus. »
Elle a cédé. J'ai descendu les marches en pierre, mon cœur cognant contre mes côtes.