« Professeur, je veux participer au projet de coma artificiel prolongé. »
Ma voix était calme, trop calme pour un jeune homme de dix-huit ans qui venait de prendre une décision aussi radicale, celle de s' endormir pour un temps indéfini.
Ma maladie incurable me rongeait. Mes jours étaient comptés. Mais la véritable sentence est tombée le jour de l' anniversaire de Cécilia, ma tutrice, la femme que j' aimais passionnément et en secret. Ce soir-là, elle est rentrée fiancée, au bras d' Alan, un homme odieux dont le sourire narquois cachait des manipulations infâmes.
À ses yeux, mon amour était « déplacé et dégoûtant ». Chaque mot était une gifle. Mon cœur s' est brisé quand elle m'a puni comme un enfant capricieux, me bannissant. Pire, alors que la date de mon entrée dans le caisson de cryoconservation approchait, elle a découvert mes documents médicaux. Influencée par Alan, elle a cru que ma maladie n' était qu' une ultime tentative de chantage affectif. J'ai préféré le mensonge, l'abandon, plutôt que de la voir me haïr davantage pour une vérité qu'elle ne croirait pas.
Le soir de mon dix-huitième anniversaire, jour de son mariage, elle ne vint pas au rendez-vous. Seul, à l'hôpital, je murmurai : « Joyeux anniversaire, Louis. Et que ta mort soit douce. »
J'ai tendu une lettre au professeur Dubois : « Si Cécilia ne vient pas me chercher, jetez-la. » Alors je me suis allongé, prêt à disparaître. Mais Cécilia finira par découvrir la vérité, et ce qu'elle fera pour me retrouver défiera le temps lui-même.
« Professeur, je veux participer au projet de coma artificiel prolongé. »
Ma voix était calme, trop calme pour un jeune homme de dix-huit ans qui venait de prendre une décision aussi radicale.
Le Professeur Dubois, un neurologue réputé de la Pitié-Salpêtrière, a froncé les sourcils derrière ses lunettes. Il était un vieil ami de mon père.
« Louis, tu sais que c'est un protocole expérimental. Les risques sont énormes, et les chances de réveil sont... incertaines. »
Sa voix était pleine d'inquiétude, essayant de me faire changer d'avis.
J'ai regardé les résultats de mes derniers examens posés sur son bureau.
« Ma maladie est incurable, Professeur. Vous le savez mieux que quiconque. Il n'y a aucun espoir. »
C'était un fait, une sentence. La maladie neurodégénérative rare qui me rongeait ne me laissait que quelques mois.
« La technologie de cryoconservation n'est pas mature, Louis. Personne ne peut garantir ce qui se passera dans dix, vingt ou cinquante ans. C'est un pari insensé. »
Il a insisté, soulignant les dangers, l'inconnu.
J'ai esquissé un sourire, un sourire qui ne devait pas atteindre mes yeux.
« C'est mon seul pari possible. »
Ma décision était prise. Mais c'est une photo sur Instagram qui l'a scellée pour de bon. Cécilia Gordon, ma tutrice, la femme que j'aimais plus que tout, souriait, blottie contre un homme. Alan Moore. La légende disait : « Nos fiançailles ».
Mes yeux se sont fixés sur la main d'Alan, posée sur l'épaule de Cécilia. Il portait une chevalière. Une chevalière ornée d'un saphir bleu profond, comme un fragment d'océan.
Cette bague... je l'avais dessinée. Je l'avais conçue pour Cécilia, pour son anniversaire, comme un symbole de mon amour éternel. Et maintenant, Alan la portait. Mon cœur s'est serré. C'était comme si on m'arrachait quelque chose de l'intérieur.
Ce soir-là, c'était l'anniversaire de Cécilia. J'ai attendu dans le grand salon froid de notre domaine en Bourgogne. Les heures passaient, et le silence devenait de plus en plus lourd.
La porte s'est enfin ouverte. Cécilia est entrée, suivie par Alan. Son visage, autrefois si chaleureux, était glacial.
« Louis ? Qu'est-ce que tu fais encore debout à cette heure ? »
Sa voix était tranchante, pleine d'irritation.
J'ai ignoré Alan et me suis approché d'elle, tenant un petit paquet.
« Joyeux anniversaire, Cécilia. »
Elle n'a même pas regardé le cadeau. Ses yeux me fusillaient.
« Louis, je croyais avoir été claire. Je suis ta tutrice. Rien de plus. Tes sentiments sont déplacés et dégoûtants. Arrête ça. »
Chaque mot était une gifle. Déplacés. Dégoûtants. Mon amour, celui que je chérissais en secret, était réduit à ça.
J'ai hoché la tête, avalant ma douleur.
« Je sais. Joyeux anniversaire, Cécilia. C'est probablement le dernier que je pourrai te souhaiter. »
Ma voix était un murmure. Je me sentais soudainement très fatigué.
Je me suis retourné et je suis monté dans ma chambre, laissant derrière moi son regard confus et la présence triomphante d'Alan. Dans le froid de ma chambre, je me suis demandé : comment en étions-nous arrivés là ?
Un souvenir a refait surface, si clair et si douloureux. J'étais petit, et Cécilia, de treize ans mon aînée, me portait sur ses épaules au milieu des vignes. Le ciel nocturne était rempli d'étoiles.
« Tu vois cette étoile qui brille plus que les autres, Louis ? C'est la tienne. Je l'ai nommée pour toi. Elle veillera sur toi pour toujours, peu importe où je suis. »
Sa voix était douce, une promesse d'amour éternel.
Une notification a vibré sur mon téléphone. C'était un post d'Alan Moore. Une photo de sa main, portant ma bague, tenant celle de Cécilia. « Elle a dit oui. Bientôt, Cécilia Gordon deviendra Cécilia Moore. »
La trahison était maintenant publique.
Le lendemain matin, un e-mail officiel de l'hôpital est arrivé. Ma demande pour le protocole de coma artificiel avait été acceptée. L'ironie était cruelle.
J'ai essayé d'appeler Cécilia plusieurs fois. Chaque appel allait directement sur sa messagerie vocale. Elle m'évitait.
Je l'ai finalement trouvée dans la serre. Je lui ai montré le post d'Alan.
« Félicitations pour tes fiançailles. »
Ma voix sonnait faux, même à mes propres oreilles.
Elle a haussé un sourcil, son ton sarcastique.
« Tu es au courant, alors. Je pensais que tu serais en train de pleurer dans ta chambre. »
J'ai ignoré la pique.
« Quand est le mariage ? »
« Le 15 octobre. Pourquoi ? Tu comptes venir gâcher la fête ? »
Le 15 octobre. Mon cœur a manqué un battement. Le 15 octobre, c'était mon anniversaire. La douleur était si vive que j'ai eu du mal à respirer.