Aria s'était aventurée dans la forêt d'un pas léger, indifférente à la fraîcheur de l'air, trop absorbée par ses pensées pour prêter attention aux sons environnants. Chaque bruissement de branche, chaque pas dans la terre meuble semblait être une mélodie familière, un rythme qu'elle avait appris à suivre avec une attention presque maniaque. Ce soir-là, elle sentait quelque chose de différent, une tension dans l'air, une vibration dans les feuilles qui l'appelait à sa suite.
Mais ce n'était pas la forêt qui l'intriguait, ni même le regard furtif des créatures de la nuit qui erraient parmi les ombres. Non, elle avait un but précis : elle devait retrouver Liam.
Les derniers jours avaient été étranges. Une froideur s'était installée entre eux, un mur invisible qu'elle n'avait pu franchir. Il s'était éloigné, de plus en plus. Elle l'avait observé, les traits marqués par une lassitude qu'il n'avait jamais affichée auparavant, un changement imperceptible, mais perceptible, dans ses gestes. Quelque chose de brisé, comme un vent qui effleure l'eau sans jamais s'y poser. Aria savait que l'instinct de la meute, ce lien indéfectible, les unissait, mais elle sentait que Liam était de plus en plus distant, et ce n'était pas de l'inquiétude, non, mais de la certitude. Elle avait vu le regard qu'il portait sur elle, un regard qui n'avait plus la même ferveur, la même profondeur. Il était là, mais il n'était plus vraiment présent.
Ce soir, Aria ne cherchait pas seulement à comprendre ce qu'il se passait dans son cœur. Elle cherchait la vérité, celle qu'il lui avait toujours promise, celle qui était censée tout expliquer. Et cette vérité, elle en avait une idée, un pressentiment. C'est cette certitude qui la guidait, comme une flèche dans l'obscurité.
Elle n'eût pas besoin de longtemps pour arriver au sommet de la colline, ce point de vue qu'elle savait être l'endroit où Liam venait souvent se réfugier. Il y avait quelque chose de secret dans ce lieu. Aria l'avait toujours su, mais elle n'avait jamais voulu y prêter attention, se contentant de sa propre croyance en leur lien. Mais cette fois, elle ne pouvait plus ignorer le poids de ses doutes.
Elle s'approcha sans bruit, son cœur battant dans sa poitrine. L'air devenait plus lourd à chaque pas, comme si la terre elle-même comprenait ce qu'elle allait découvrir. Et alors, elle le vit. Liam. Mais pas seul.
Une silhouette féminine s'agrippait à lui, leurs corps se mêlant dans une étreinte que l'esprit d'Aria ne pouvait tout d'abord comprendre. Il était là, son Alpha, celui qu'elle avait aimé, celui qui lui avait juré fidélité, se pressant contre une autre, une femme qu'elle ne connaissait pas, ses lèvres scellées sur les siennes avec une ferveur qui la fit frissonner de dégoût. La douleur, d'abord sourde, monta lentement, prenant forme, la transperçant comme un couteau froid. Elle aurait voulu crier, mais sa voix se coucha dans sa gorge. Elle aurait voulu hurler, mais l'air semblait soudainement trop dense pour qu'elle parvienne à expulser ce cri. Elle sentit un éclat de lumière la frapper en plein cœur, puis un vide complet. Elle, qui avait donné son âme à cet homme, qui l'avait suivi dans des ténèbres inexplorées, se retrouvait là, face à l'indicible.
Le monde, tout à coup, se mit à vaciller autour d'elle, comme une mer déchaînée. La vision de Liam et de la femme se fondait dans l'obscurité, un rêve brisé, une illusion. Elle n'entendait plus rien, comme si l'univers tout entier s'était effacé. Seuls subsistaient les battements frénétiques de son cœur, martelant sa poitrine, et l'image de cette trahison, gravée dans sa mémoire à tout jamais.
Elle se détourna rapidement, cherchant à fuir ce qui venait de la détruire. Mais, avant même qu'elle n'ait eu le temps de se relever, une voix calme et profonde la rattrapa.
« Aria... »
Elle s'arrêta net. Ce n'était pas un cri de regret, pas un appel désespéré. Non, c'était le ton de l'homme qu'elle avait aimé, mais aussi celui de l'Alpha qu'elle n'avait jamais cru voir ainsi : froid, implacable, sans remords. Elle se retourna lentement, et le regard de Liam la frappa comme un coup de poing. Ce regard... il n'était plus le même. Il n'y avait plus de tendresse, ni de compréhension. Il y avait seulement cette froideur distante, une indifférence qui lui lacérait le cœur.
« Tu m'as suivie, Aria », dit-il, comme si cela était une évidence, une explication à tout ce qu'elle venait de voir. « Tu savais, n'est-ce pas ? »
Elle n'eut pas la force de répondre. Tout en elle était en train de se briser, de se déchirer lentement, et chaque mot qu'il prononçait enfonçait des clous invisibles dans sa poitrine.
« Je... je n'ai jamais voulu ça », ajouta-t-il, sa voix vacillant pour la première fois. Mais ce n'était pas la douleur qu'elle attendait. Ce n'était pas la culpabilité. C'était un mensonge, tout comme son regard. « Je te croyais différente, mais tu ne comprends pas. Ce n'est pas ce que tu crois. »
Il s'avança vers elle, mais Aria recula, luttant pour garder la dignité qu'il venait de lui arracher. « Non, Liam », souffla-t-elle. « Tu t'es trompé. » Chaque mot qu'elle prononçait était une piqûre de scorpion. « Tu m'as trahie, et c'est ça qui compte. »
Un silence lourd s'abattit sur eux. La femme, qui l'avait observée d'un air curieux mais aussi empreint de défi, s'éloigna à pas mesurés. Aria la regarda une dernière fois, la haine la frappant de plein fouet. Mais ce n'était pas cette femme qui la détruisait. C'était l'homme, cet Alpha, celui qu'elle avait aimé et auquel elle avait donné toute sa loyauté. Lui, qui venait de l'abandonner.
« Tu n'es pas celui que je croyais être », dit-elle d'une voix froide, plus froide que l'hiver lui-même. « Je ne veux plus rien de toi. Je n'ai plus de place pour un traître dans ma vie. »
Et elle tourna les talons, la douleur bouillonnant dans ses veines, l'incompréhension se mêlant à la trahison. Son cœur battait plus fort que jamais, mais cette fois, ce n'était pas l'amour qui le faisait vibrer. C'était la rage, la déception, et l'amertume d'avoir été trop naïve pour comprendre. Elle n'était plus la même. Et Liam... il n'avait plus sa place dans son monde.
Liam la regarda une dernière fois, son expression glacée ne laissant place à aucune émotion sincère. Il s'avança d'un pas déterminé, et d'une voix dénuée de toute chaleur, il brisa le silence.
« Tu crois que tu es faite pour être ma compagne, Aria ? Tu n'as jamais été digne de ce rôle. Je t'ai donnée ma confiance, mais tu n'as jamais su l'honorer. Nous n'avons jamais été sur la même longueur d'onde. » Il marqua une pause, ses mots se faisant plus tranchants. « Tu es trop faible pour ce monde, trop naïve pour comprendre ce qui est en jeu ici. Tu n'es qu'une faiblesse, et tu as prouvé que tu n'étais pas capable de tenir à mes côtés. »
Ses paroles étaient des lames de fer froides, transperçant chaque fibre de son être. Aria sentit son cœur se fissurer encore un peu plus sous le poids de ces accusations, mais elle se força à rester immobile, le regardant droit dans les yeux. Il n'y avait plus de douleur dans ses yeux, seulement une indifférence totale, comme si cette séparation n'était qu'un détail insignifiant de sa vie. Liam n'était plus l'Alpha qu'elle avait aimé. Il n'était plus rien de ce qu'elle avait cru.
Les derniers mots qu'il lui avait jetés étaient comme une malédiction, un couperet. Ils se frayaient un chemin à travers ses pensées, se glissant dans son âme pour la détruire. Comment avait-elle pu ne pas voir cela avant ? Comment avait-elle cru qu'il l'aimait sincèrement ?
Le vent semblait se lever, emportant avec lui les dernières traces de leur histoire. Aria ferma les yeux un instant, forçant son esprit à revenir à la réalité, à se débarrasser de ce qui l'étouffait. Elle ne pouvait plus supporter cet endroit, ni cette meute qui l'avait trahie en même temps que lui. C'était trop. La trahison, le rejet, la souffrance... elle n'en pouvait plus.
Sous la lumière pâle de la pleine lune, elle se tourna vers la forêt, l'appel de l'inconnu résonnant au fond de son être. La lueur lunaire semblait l'inviter à fuir, à quitter ce lieu où tout s'était effondré. Elle n'était plus une compagne d'Alpha. Elle n'était plus une simple louve. Elle était une âme brisée, prête à se reconstruire, mais loin de la douleur qu'elle avait laissée derrière elle.
Elle n'avait plus rien à perdre.
Elle s'élança dans les bois, sa silhouette disparaissant dans l'obscurité. Son corps, transformé par la lune, s'étira sous la forme sauvage de son loup, fendant l'air d'un seul élan. Les arbres semblaient se plier sous sa vitesse, mais elle ne s'en préoccupait pas. Chaque battement de cœur la propulsait plus loin, plus profondément dans la forêt, loin de la meute, loin de lui.
Les hurlements de la meute, portés par le vent, s'éteignirent derrière elle. Les liens qui l'unissaient à eux se défaisaient un à un, comme des chaînes brisées. Elle n'avait plus de place ici. Elle se retrouvait seule, mais c'était exactement ce qu'elle avait besoin de ressentir. Son destin, désormais, ne dépendrait que d'elle-même.
La lune baignait la forêt d'une lueur argentée, mais Aria n'avait d'yeux que pour la liberté qu'elle venait de choisir.
La forêt s'étendait devant Aria comme une mer d'obscurité infinie, et ses pattes martelaient le sol avec une rapidité désespérée, ses muscles tendus sous l'effort. Elle n'avait pas le temps de réfléchir, seulement de courir. Derrière elle, les hurlements des guerriers de la meute se rapprochaient à une vitesse effrayante, leurs instincts de traqueurs aiguisés par des années de formation. Ils la connaissaient. Ils savaient qu'elle fuyait, et ils n'étaient pas prêts à la laisser partir aussi facilement.
Les arbres, complice silencieux de sa fuite, semblaient se refermer autour d'elle à chaque battement de ses pattes. Mais elle n'était pas stupide. Elle connaissait la forêt par cœur, chaque racine qui se dressait pour l'entraver, chaque buisson qui s'écartait pour lui offrir un chemin. Le vent soufflait en sa faveur, glissant sur sa fourrure et emportant avec lui le bruit de sa course. Elle sentait l'urgence dans ses veines, une brûlure presque physique. La distance se réduisait. Chaque seconde comptait.
Elle s'arrêta un instant, les sens en alerte. Les bruits étaient de plus en plus proches. Les guerriers étaient bons, bien entraînés. Mais ils ne connaissaient pas la rage qui l'habitait. Elle n'était pas simplement une louve en fuite. Elle était une femme brisée, une compagne trahie, un esprit furieux et blessé qui allait tout faire pour échapper à ceux qui avaient juré de la protéger, puis l'avaient abandonnée.
Son esprit vacilla un instant, la douleur de la trahison envahissant chaque fibre de son être. Liam... Ce nom, ce souvenir de ce qu'elle avait perdu, la fit presque vaciller sur ses pattes. Mais non. Elle repoussa cette faiblesse. Elle ne pouvait pas se permettre de faiblir maintenant. Elle se força à respirer profondément, son souffle saccadé, alors qu'elle bondissait en avant, traversant un ruisseau avec une rapidité étonnante. L'eau glacée la saisit un instant, mais ce contact rude fit renaître son esprit. Chaque seconde qui s'écoulait, elle gagnait en distance.
Les chasseurs avaient beau être aguerris, ils n'étaient pas encore capables de deviner ses intentions, ses stratégies. Chaque fois qu'elle sentait leur présence se rapprocher, elle changeait de direction, s'enfonçant plus profondément dans le sous-bois, où les racines se tordaient en pièges invisibles. Elle n'était plus qu'un esprit fuyant, une ombre dans l'obscurité.
Liam, elle ne l'avait pas vu de toute la soirée. Pas après... après ce qu'il lui avait fait. Mais il était là, quelque part dans la forêt, probablement en tête de la chasse. Il ne pouvait pas comprendre. Il n'avait pas conscience de la profondeur du déchirement qu'il lui avait infligé. Mais elle, elle savait. Il l'avait abandonnée pour une autre, la réduisant à rien de plus qu'un vestige de ses souvenirs. Et maintenant, sa meute, ses propres frères et sœurs, la pourchassaient comme une proie. Comme une traitresse.
Le vent souffla plus fort, emportant avec lui l'odeur de ses poursuivants. Elle n'avait pas le temps de se reposer. Le sol était dur sous ses pattes, et sa respiration devenait de plus en plus haletante, mais elle continuait. Chaque pas était un défi, chaque instant de plus sous cette lune impitoyable la rapprochait de la liberté, ou de la fin.
Elle tourna brusquement derrière un arbre massif, se plaçant dans l'ombre. Elle haletait, ses sens à l'affût, son corps vibrant d'une énergie prête à exploser. Elle attendait. Quelques instants passèrent, intenses, suspendus. Le silence était presque total, hormis les battements rapides de son cœur. Puis, elle entendit les bruits de pas. Lents, méthodiques, puissants. Les guerriers la cherchaient encore, mais ils ne savaient pas où elle se cachait. Elle pouvait sentir la pression monter, le danger qui se resserrait autour d'elle, mais elle ne bougea pas. Chaque souffle qu'elle prenait était mesuré, chaque mouvement précis. Elle était une ombre, une bête sauvage dissimulée dans l'obscurité de la forêt. Ils passèrent près d'elle sans la voir.
Elle ne bougea pas. Pas un muscle, pas un frémissement.
Leurs voix se faisaient entendre au loin, leurs murmures et ordres se croisant dans l'air lourd. Ils se dispersaient, trop confiants de la retrouver, sûrs qu'elle était quelque part à proximité. Ils la cherchaient, mais elle savait qu'ils ne la trouveraient pas. Pas comme ça.
Elle attendit encore quelques minutes, jusqu'à ce que le bruit de leur traque s'éloigne. Un soupir involontaire s'échappa de ses lèvres. Elle pouvait encore les entendre, mais ils s'éloignaient, leur chasse perdant de son intensité. Elle était encore en vie. Elle était encore libre.
Elle se remit en mouvement, plus silencieuse que jamais. Chaque décision, chaque mouvement était crucial. Elle devait sortir de cet endroit, quitter cette meute, tout effacer. Elle n'était plus une compagne, plus une protégée. Elle était Aria, la louve libre, l'âme écorchée mais vivante. Et tant qu'elle respirait, elle ne se soumettrait jamais.
Le sentier semblait se rétrécir au fur et à mesure qu'elle avançait, mais la nuit offrait sa couverture. La lueur de la lune filtrait à travers les arbres, éclairant vaguement le chemin qu'elle prenait. Elle savait qu'il lui faudrait quitter cette forêt, s'aventurer encore plus loin, là où même les guerriers ne la suivraient pas. Là où la meute de Liam perdrait sa trace. Un murmure intérieur lui disait que cette fuite ne se terminerait pas sans douleur, mais elle n'avait plus le choix. Elle n'avait plus d'autre alternative. Elle était devenue une fugitive, traquée, mais plus déterminée que jamais à retrouver sa liberté.
Elle s'éloigna de plus en plus des frontières de la meute, le sol sous ses pattes devenant plus boueux, plus instable. La forêt, bien qu'étrange et menaçante, semblait l'accepter à bras ouverts. Ce monde sauvage était désormais son allié. Elle l'avait toujours connu, mais jamais elle ne l'avait autant ressenti.
Elle s'arrêta enfin lorsqu'elle sentit un léger tremblement sous ses pieds. Un signe. Un danger imminent. Les guerriers n'étaient pas loin. Ils n'abandonneraient pas facilement. Mais elle avait gagné du terrain. Elle avait un temps d'avance. Le seul but désormais était de poursuivre sa fuite sans se faire rattraper, d'échapper à cette traque qui la rongeait de l'intérieur.
Elle ne reviendrait pas. Elle ne reviendrait jamais.
Aria n'avait plus la force de continuer. Le sol sous elle était dur, mais la douleur qui lui déchirait le corps et l'âme était plus forte. Chaque pas avait été un combat, et maintenant, épuisée et brisée, elle s'effondrait à la lisière du territoire d'une meute qu'elle ne connaissait pas. Ses pattes tremblaient, et la brûlure de ses blessures l'empêchait de bouger. La vision se brouillait autour d'elle, mais elle savait que si elle s'arrêtait maintenant, elle risquait de tout perdre. La traque n'était pas finie, mais elle n'avait plus la capacité de fuir.
Sa respiration devenait de plus en plus laborieuse, et les ténèbres semblaient se refermer sur elle, pourtant, une dernière lueur d'espoir persistait. Ce territoire appartenait à une autre meute, une meute étrangère, et elle n'avait aucune idée de la façon dont ils allaient la recevoir. Mais qu'importe, elle n'avait plus le choix. Elle attendait, tendue, chaque fibre de son être prête à réagir si elle devait se défendre. Le silence l'enveloppait, lourd et menaçant, et pourtant, il y avait quelque chose de presque apaisant dans cette solitude.
Les secondes passèrent, puis des bruits de pas perçaient l'air, suivis par un léger frémissement dans l'ombre. Une meute de patrouilleurs ennemis l'avait repérée. Ils approchaient avec la prudence caractéristique des loups habitués à traquer, mais dès qu'ils la virent, la surprise fit place à l'action. Il n'était pas habituel de trouver une louve, visiblement d'une autre meute, abandonnée et en si mauvais état. Ils se mirent en alerte, se divisant pour l'encercler avec prudence.
Aria tenta de se redresser, mais la douleur était trop intense. Elle se sentait faible, incapable de se défendre. Ces inconnus, ils pourraient être bien plus cruels que ceux de sa propre meute. Elle leva la tête vers eux, prête à faire face à son destin. Mais ses forces l'abandonnèrent enfin. Elle s'effondra sur le sol, sa tête heurtant le sol dur. Le dernier souffle qu'elle prit semblait celui de sa défaite.
Les patrouilleurs échangèrent quelques mots, mais aucun ne s'approcha immédiatement. Ils sentaient la dangerosité potentielle de cette inconnue. Elle n'avait pas l'air d'être un ennemi en quête de vengeance, mais elle était une inconnue, et cela suffisait à rendre chacun d'eux sur ses gardes. C'était un moment de grande tension, mais un seul d'entre eux, plus audacieux, s'avança. Il sentit son corps encore chaud, frémissant sous l'impact des blessures.
Il la souleva avec précaution, mais sans douceur, et la transporta dans la direction de leur Alpha. D'un signe de tête, il ordonna à ses compagnons de le suivre. Aria, bien qu'à peine consciente, sentit le mouvement, mais son esprit vagabondait, perdue entre le monde réel et la brume du semi-sommeil. Elle n'était plus qu'un fardeau pour eux, un poids qu'ils transportaient sans savoir ce qu'il deviendrait.
Une fois arrivée devant l'Alpha de la meute, la tension monta immédiatement. Ce leader n'était pas comme les autres. Il savait, instinctivement, qu'il ne devait pas sous-estimer cette louve. Il la regarda, étendue et brisée, mais il pouvait discerner en elle une certaine force, une volonté de ne pas se soumettre. Il attendait des réponses, mais la douleur et la fatigue l'empêchaient de lui en donner. Pourtant, une question flotta dans l'air : Pourquoi une telle louve se retrouvait dans cet état, sur le territoire d'une autre meute ?
Dominic se tenait là, immobile, les bras croisés, son regard fixant intensément la louve inconsciente étendue devant lui. Ses yeux, aussi perçants qu'un couteau bien aiguisé, s'attardaient sur les blessures qui la défiguraient partiellement. Il avait vu des batailles, des affrontements sanglants, mais rien ne ressemblait à l'état de cette louve-là. La fureur de la meute qui l'avait laissée dans cet état était évidente.
La question qui se posait dans l'esprit de Dominic n'était pas celle de savoir ce qui avait bien pu arriver à cette inconnue, mais plutôt pourquoi elle se trouvait ici, sur son territoire.
Le vent soufflait doucement à travers les arbres, et l'air lourd semblait s'alourdir davantage à mesure que le silence entre eux grandissait. L'Alpha n'était pas du genre à poser des questions avant de connaître la situation. Sa meute était sa priorité, et il ne laissait jamais de place à l'incertitude ou à la faiblesse. Mais la détresse qui se dégageait de cette louve était palpable. Un mélange de douleur et de honte. Il n'avait pas besoin de plus d'explications pour comprendre que cette créature n'était pas un danger immédiat, pas pour lui du moins.
Cependant, il n'était pas du genre à se précipiter. Il savait qu'offrir l'hospitalité à un étranger, surtout une louve dans l'état de celle-ci, pouvait engendrer des conséquences qu'il n'avait pas prévu. Sa meute était loyale, mais ils n'étaient pas d'accord avec ce genre de gestes. Ses lieutenants, plus jeunes et plus impulsifs, murmuraient déjà entre eux, les yeux pleins de suspicion. Ils avaient peur de ce qu'une inconnue pourrait apporter. Une meute trop vulnérable n'était pas une meute forte, et Dominic l'avait bien compris. Mais il savait aussi que la bonté, parfois, forgeait plus de loyauté qu'une simple démonstration de puissance.
D'un signe de tête, il ordonna à ses lieutenants de s'éloigner. "Laissons-la reposer," dit-il d'un ton ferme, mais calme. Un ordre que les autres se résignèrent à suivre, même s'ils n'étaient pas entièrement convaincus de la sagesse de la décision. Aria, plongée dans un sommeil profond, ne se rendit compte de rien. Mais son corps, tout comme son esprit, avait trouvé un bref répit.
Quand elle se réveilla, c'était une lumière tamisée qui l'enveloppait. Le sol dur avait été remplacé par une couche de fourrure et de tissu. Elle se sentit en sécurité, mais ce n'était qu'un instant avant qu'une onde de panique ne traverse son esprit. Elle était dans un endroit qu'elle ne connaissait pas, au milieu de personnes qu'elle ne comprenait pas. Comment était-elle arrivée là ?
Les souvenirs de sa fuite refirent surface : la traque, la douleur, l'agonie des blessures, les bruits de pas derrière elle, la peur qui la poussait encore et encore à avancer malgré tout. Et puis, tout à coup, ce vide... Ce vide qui la mena à ce lieu étrange. Un grondement profond se fit entendre dans la pièce. Dominic, debout près de la porte, l'observait en silence. Elle ne l'avait pas entendu entrer.
Il la regarda, et quelque chose dans son regard l'effrayait. Ce n'était pas la colère, ni l'hostilité. Non. C'était autre chose. Quelque chose de plus mystérieux, plus insondable. Comme si, à travers son regard, il percevait toute la souffrance qui l'habitait. Il s'approcha lentement, sans brusquerie, mais avec la certitude d'un homme habitué à ce que les autres se plient à ses attentes.
« Tu es en sécurité ici, » dit-il enfin, sa voix grave et mesurée. Il marquait une pause, avant de poursuivre : « Je ne sais pas qui tu es, ni pourquoi tu es là, mais je te le répète : tu es en sécurité. »
Les mots se frayèrent un chemin dans son esprit encore embrouillé. Aria chercha des mots pour répondre, mais sa gorge était trop nouée. Elle avait l'impression que son corps entier était tendu, prête à réagir à la moindre menace. Pourtant, au fond d'elle, un étrange apaisement s'installait lentement. Pourquoi cet homme, cet Alpha, semblait-il si calme ? Pourquoi l'accueillait-il de cette manière ?
Elle ne répondit rien. La prudence avait pris le dessus. S'il lui offrait l'hospitalité, elle ne pouvait pas se permettre de se montrer trop vulnérable. Elle avait été trahie par son propre compagnon, une expérience qu'elle ne voulait pas revivre. Peut-être était-ce la dernière chance qu'elle avait de se reconstruire, de se cacher, et de survivre. Ses instincts lui criaient de fuir, de prendre les jambes à son cou, mais quelque chose en elle l'empêchait de bouger.
Dominic la scrutait, attendant une réaction. Un geste, une parole. Mais il savait qu'elle n'allait pas céder facilement. Il l'avait vue. Cette fierté cachée derrière ses yeux, ce caractère farouche. Une louve qui refusait d'être brisée, même par l'abandon de sa propre meute. Il avait vu des loups faibles, des âmes brisées par le rejet. Mais Aria n'était pas comme eux. Elle était différente.
« Je te propose de rester ici, sous ma protection, pour un temps, » dit-il enfin, son ton ferme mais mesuré. « Mais je ne te forcerai pas à rester ici si tu ne le souhaites pas. »
Les mots le touchaient à peine. Les oppositions au sein de sa meute se faisaient entendre plus fort maintenant. Ses lieutenants n'étaient pas loin, murmurant et critiquant son choix. Mais il n'y avait pas de retour en arrière. Il avait pris sa décision.
Aria leva les yeux, ses prunelles profondes se plantant dans les siennes. Elle n'avait jamais vu un regard aussi déterminé, mais aussi... doux d'une certaine manière. Mais elle ne pouvait pas. Pas encore. « Je ne veux pas de votre protection, » répondit-elle, sa voix rauque, hésitante. « Je n'ai rien à vous offrir en retour. »
Les mots tombèrent comme des pierres dans l'air entre eux. Il la dévisagea sans rien dire. Il n'insista pas, il savait que ce genre de décision ne pouvait être prise à la légère. Tout en la regardant, il savait qu'elle restait sur ses gardes, qu'elle ne lui confierait pas ses secrets, du moins pas avant d'être certaine de sa sécurité. Il respectait cela. Il n'allait pas la forcer à parler.
Mais il savait également que, tôt ou tard, elle finirait par céder. Il n'avait pas la patience de certains de ses lieutenants, mais il avait une grande expérience de la confiance et du temps. Il attendrait, et lorsqu'elle serait prête, elle lui dévoilerait ce qu'elle cachait. Mais en attendant, il ne pouvait que lui offrir l'hospitalité, cette protection, jusqu'à ce qu'elle trouve le courage de se confier.
Elle, cependant, n'était pas prête à tout lui dire. La peur de l'être rejetée, de se retrouver vulnérable à nouveau, avait trop profondément marqué son âme. La trahison de Liam, l'abandon, et le rejet. Tout cela était encore trop récent, trop douloureux.