•Camille•
Je me réveille en pleurs et en nage, collante de transpiration comme si j'avais couru un marathon. Ce cauchemard me colle comme une seconde peau, me hante, me suit comme mon ombre. Mon lit est une fois de plus témoin de mon mal-être, de ma douleur, de ma peine. Je déteste dormir, déteste l'obscurité depuis cette fameuse nuit où tout à basculé, ce moment que je revis sans cesse depuis ... depuis cinq ans en ce jour. Je regarde mon réveil Winnie l'ourson, le dernier cadeau que j'ai d'elle. Il est 1h12 ... même l'heure est une tortionnaire sans répit, dans quelques minutes, ça sera sa date anniversaire de décès. Cette putain de date de merde qui a fait que notre famille est devenue l'ombre de ce qu'elle était. Aujourd'hui, ca fait cinq ans que je vis dans son ombre, que je suis sans cesse comparée à elle, pour le peu d'attention que mes parents me porte.
Je me décide d'aller voir sa chambre, en silence, à petits pas de loups, pour ne pas réveiller mon grand frère ou ma petite sœur, ne pas me faire gauler par mon père qui est sûrement ensevelit sous une tonne de dossier enfermé dans son bureau, ou encore ma mère qui doit sûrement être occupée à regarder le montage vidéo qui est passé en boucle au funérarium, en mangeant de la glace à la pistache, sa préférée. Je passe devant les chambres de mes parents et de ma petite sœur. J'ai du changer de chambre quand elle est venue au monde, j'ai donc prit possession d'une des chambres d'amis du bout. De toute façon je n'ai pas eu le choix, mes affaires étaient déjà installées quand je suis revenue de l'école, le jour où maman a appris qu'elle attendait une petite fille. Je secoue la tête pour ne pas penser à tout ça et j'ouvre en grand sa porte de chambre, ou tout est toujours à la même place. Maman y fait le ménage régulièrement et puis elle vaporise son parfum dans la pièce, comme si elle venait de la quitter pour aller en cours. Ce parfum. J'aime ce parfum. C'est mon préféré. Je regarde la pièce en souriant tristement et un léger frison me parcours quand je regarde la photo sur sa commode. Notre dernière photo tous les cinq, prise une semaine avant sa mort. Elle souriait, un vrai sourire éclatant. Ses beaux yeux verts brillent. Michael, mon frère qui a fêté ses 20 ans cet été, me dit toujours quand on parle d'elle, que nous avons les mêmes yeux verts. Mais pas que. C'est vrai que je lui ressemble beaucoup physiquement. Brune, plutôt mince, un grand sourire. Mon regard se pose sur son cou, ou plutôt son collier et je porte ma main à mon cou. Ce même collier qu'elle m'a offert la veille de sa mort, en souhaitant bon courage pour ma compétition de gymnastique du lendemain, en s'excusant mille fois de ne pas pouvoir y assister. Je ne comprend pas son geste, malgré sa lettre d'excuses ou d'adieu, peu importe le terme employé. Elle me manque, de plus en plus chaque jour, creusant ce trou béant qui me sert de cœur.
Avant de me mettre à pleurer, je préfère quitter sa chambre et refouler ces sanglots tout au fond de ma gorge, les occultant même. Je ne dois pas craquer. Lorsque j'ouvre la porte, je tombe nez à nez avec mon frère, qui me toise légèrement, les bras croisé sur sa poitrine. Je me sens mal alors je préfère baisser la tête et ne pas le regarder. Après de longues minutes, il me prend doucement dans ses bras.
- A moi aussi elle me manque Cam', me murmure-t-il.
Je le serre à mon tour très fort dans mes bras, mes poings me font mal tellement je les serre mais ils sont le seul moyen d'empêcher ces larmes de couler. Comme maman dit toujours "si j'ai mal la main, je ne penserai plus au mal qui ronge mon coeur". Michael m'entraîne vers sa chambre, vers son lit ou je m'allonge. Il me donne alors le t-shirt de ma sœur, celui qu'il garde précieusement en secret de maman pour les coups durs, comme ce soir. Ce t-shirt est totalement affreux, avec le logo d'un ancien groupe de rock dessus. Mais c'était son t-shirt. Alors je le serre contre mon cœur, les paupières tellement scellées qu'elles me font mal, ainsi que mes poings. Michael s'allonge a côté de moi et il me prend dans ses bras. Comme à chaque moment où son absence me fait encore plus souffrir.
- Je suis là Cam'. Endors-toi. Ca va aller. Me promet Mika.
Il passe un bras autour de moi et m'embrasse le dessus de la tête. Je me sens un peu mieux. C'est léger mais ça compte quand même. Je ne mets pas longtemps avant de m'endormir, épuisée par toutes ces émotions refoulées.
Lorsque j'ouvre les yeux, il fait déjà bien jour. Mika dort toujours à côté de moi. Je relève la tête pour voir son réveil. Il est 8h37. Il doit être épuisé de la nuit merdique que je lui ai sûrement fait vivre car il est tous les jours levé à 6h pour lui aller faire son jogging matinal. Je suis vraiment une sale petit égoïste. Je me gifle mentalement pour mon comportement. Non mais sérieusement je devrais penser à la douleur des autres au lieu de la mienne. Lui aussi il a perdu sa sœur, lui aussi il est triste, lui aussi a le cœur déchiqueté en milliards de petits morceaux.
- Cam' ... Arrête de penser aussi fort, les bruit de tes pensées me réveille en hurlant... me dit-il toujours les yeux fermés.
- Et depuis quand tu es réveillé ? Lui dis-je en riant légèrement à ce qu'il m'a dit.
- Oh depuis environ une heure mais je n'avais pas envie de bouger du lit. De toute façon tout le monde dort encore.
Je regarde à nouveau l'heure et il est 9h24. Non seulement je me suis perdue dans mes pensées pendant très longtemps, mais en plus je comprend que la nuit a été rude aussi bien pour nous que pour nos parents.
- Allez Cam', arrête de te torturer l'esprit. Me dit encore Mika.
Je n'ai pas le temps de lui répondre qu'une petite tête brune avec un reflet rouquin se pointe à la porte de la chambre, un doudou dans une main, son pouce de l'autre main dans sa bouche. Elle nous sourit chaleureusement. Ma petite sœur, Roxane. Elle aura 4 ans dans deux semaines. Elle est arrivée dans notre famille comme un cadeau miracle tombé du ciel, envoyé directement par Stella.
- Ze peux venir près de vous ? Maman elle veut pas se lever et papa dort dans sa pièce, nous dit-elle la voix chevrotante.
Mika lui tend les bras pour qu'elle vienne près de nous. Ca me fait tellement mal au cœur qu'elle voit nos parents dans cet état. Elle commence à grandir et à savoir comprendre de plus en plus de choses. Elle pose souvent des questions sur Stella quand elle voit ses photos. Son petit visage se pose justement à l'instant sur une photo accrochée au mur, au dessus du lit de Mika où Stella me prend dans ses bras et où il pose à côté de nous. Elle sourit en voyant nos visages tous souriants sur ce cliché.
- Z'ai demandé un souhait pour mon zanniverzaire. Nous dit-elle toute fière.
- Ah bon et c'est quoi ? Dis-je en lui faisant un bisous sur le front.
- Naaaan z'est un secret, rigole ma petite tornade de sœur sous les chatouilles de Mika.
- Allez dis-le nous ! Nous ça compte pas et on saura t'aider à le réaliser ! Dit mon frère.
Roxane semble réfléchir un petit peu et quand Mika se penche piur la chatouiller à nouveau, elle nous parle enfin de son souhait.
- Ze voudrais une photo de moi avec Stella.
Oh. Putain. De bordel. De merde.
Cette bombe là, on ne l'avait pas vu venir ! Mika se fige et tout se chamboule dans ma tête. Comment lui expliquer que jamais ça ne sera possible ? Qu'elle ne connaîtra jamais sa première grande sœur ? On va lui briser le cœur et anéantir son souhait. Oui nous, Mika et moi, parce que jamais elle ne demandera à maman ou à papa. Et les rares choses qu'elle sait de Stella, c'est nous qui lui avons dites. Mon cœur se serre encore plus et je l'a prend dans mes bras. Elle me regarde avec ses petits yeux tout brillant, attendant que je me décide à lui répondre. Je regarde Mika qui n'en mène pas large au vu de son expression figée. Non, je ne peux pas la décevoir, je trouverai un moyen. Je refuse de briser le souhait d'anniversaire de Roxane. Elle qui est ma petite goûlée d'air frais.
- Je ferais tout ce que je peux pour réaliser ton souhait ma cacahuète d'amour ! Dis-je en lui souriant.
C'est la seule avec qui je ne fais pas un sourire forcé, figé. La seule à qui je souris réellement. Roxane saute en bas du lit et court vers la porte de la chambre.
- Vous venez ? On va manzer des kellogz licorne !
- On arrive, allez oust vas-y déjà préparer des bols. Lui repond Mika.
Mais son ton ne laisse aucune échappatoire à la remontrance que je vais subir. Et ses yeux de glace me donnent raison quand il se tourne vers moi.
- Tu es folle ou quoi ? Comment tu a pu lui promettre une telle chose ? C'est impossible !
- Je sais, je trouverai un moyen, je ferai un montage photo, je ... Commencais-je avant de me stopper et de rire nerveusement sous le regard interrogateur de mon frère.
- Écoute je n'avais pas envie de lui briser le cœur d'accord ?! Continuais-je.
- Mais Cam' réfléchi bordel ! Elle aura le cœur brisé de toute façon quand elle saura que faire cette photo est impossible. Ne fais jamais une promesse que tu ne sauras pas tenir ! Fulmine Mika en se passant la main dans ses cheveux court.
- Je te dis que je vais trouver un moyen... Allez viens on va la rejoindre, de toute façon les parents ne sont certainement pas en état de lui faire son pti dej ... Dis-je pour détourner la conversation.
Mika hoche la tête et sort de son lit, remet le t-shirt de Stella, que j'ai serré dans mes bras une bonne partie de la nuit, dans son placard secret et me tend la main pour que nous allions rejoindre Roxane à la cuisine. Je le rejoins, le cœur tellement serré qu'il se brise encore un peu plus qu'il ne l'est déjà.
Putain de 23 août à la con !
•Ethan•
J'ouvre les yeux et je commence à m'étirer dans me lit quand je sens un poids sur mon bras droit. Ava. Sa chevelure blonde dépasse du drap de lit. Je regarde l'heure. Il est 9h20. Je grogne en la faisant rouler sur le côté pour dégager mon bras. Je m'assois sur le bord du lit à la recherche de mon caleçon dans le tas de fringues qui se trouve à côté en me remémorant la soirée d'hier. Le rodéo dans le centre ville avec la nouvelle voiture que papa m'a offert pour mon passage en terminale. Une magnifique Bugatti noire avec des bandes oranges. Elle trône fièrement dans mon garage à côté de ma Yamaha R6 noire qu'il m'a offert il y a un an, juste après la mort de la personne la plus importante de ma vie. Je refoule alors mes idées sombres et je me reconcentre sur ma soirée d'hier. Le rodéo que j'ai gagné haut la main, empochant une très jolie liasse de billets. Puis ma dispute avec Ava parce que j'ai oublié notre anniversaire de rencontre. Deux ans. Alors j'ai du me faire pardonner toute la nuit, en lui promettant qu'elle est ma priorité et en lui donnant du plaisir. Comme à chaque fois qu'on se dispute. C'est devenu tellement habituel. Je ne cherche même plus à lui expliquer le pourquoi de mes actes. Donc je la laisse crier, se fâcher, m'insulter même parfois, et puis je la calme en lui promettant tout ce qu'elle veut entendre et en la baisant au moins trois fois. Parce que ce n'est plus que ça, du sexe de réconciliation. Ca fait un moment que je ne ressens plus vraiment de sentiment pour elle. Je l'aime bien mais sans plus. Elle pourrait m'annoncer que c'est terminé nous deux, ça ne me ferait rien car depuis son décès, je suis vide d'émotions douces. Je ne ressens que de la colère et de la tristesse. Alors être amoureux, très peu pour moi ! De toute façon, pourquoi aimer quelqu'un ? Pour la voir mourir lentement ? Atrocement ? La voir souffrir de cette putain de maladie de merde qui ronge son cerveau au point qu'elle oublie notre prénom ? Non. Très peu pour moi. Je ne suis pas un salaud qui va faire du mal gratuitement mais j'espère qu'Ava va se lasser définitivement de moi et me quitter. C'est la meilleure chose qui puisse lui arriver car de toute façon, je ne suis pas en mesure de lui offrir la vie qu'elle rêve, de tenir mes promesses. Alors autant qu'elle fasse sa vie avec quelqu'un qui saura l'aimer.
Je vais dans la salle de bain tenant à la chambre pour prendre une bonne douche, ça me fera du bien. Et ça me permettra d'évacuer le reste des émanations d'alcool. Je n'ai pas l'habitude de me mettre la tête à l'envers, mais hier elle m'a vraiment gavé avec sa petite crise à la con. Je fais couler l'eau et je me scrute dans le miroir, j'ai une sale gueule. La gueule de bois, la gueule de quelqu'un qui se tape des insomnies ou au mieux qui dort affreusement mal. Je mets l'eau moins chaude pour me réveiller et je reste un bon moment comme ça, immobile, sous la douche presque froide. J'entend la porte de la salle de bain se refermer. Putain ! Elle est pénible à me coller comme si j'étais du miel. Je ne réagis même pas quand elle se colle à mon dos et passe ses mains sur mes côtes pour finir sur mon ventre.
- Ah mais elle est gelée ! Me dit Ava de façon exagérée.
- Elle n'est pas gelée, elle est à peine tiède. Puis tu n'es pas obligée de te laver avec moi si ça ne te convient pas. Lui claquais-je un peu trop méchamment mais sans pour autant la déstabiliser.
- Et si tu la mettais plus chaude pour me prendre sur le carrelage ? Me susurre-t-elle à l'oreille en se hissant sur la pointe des pieds avant de mordiller mon lobe.
D'habitude c'est quelque chose que j'adore, mais là ça m'énerve, ça m'irrite encore plus. Je me décalle d'elle et je lui fait face laissant le jet d'eau qu'elle trouve trop froid entre nous.
- Pas maintenant Ava...
- Je te ne satisfait plus ? Tu n'aimes plus mon corps ? Tu es lassé de moi ? Pleuniche-t-elle.
Sa pseudo souffrance à le don de m'énerver encore plus. Elle fait tout un cinéma pour une broutille. Si au moins c'était une raison valable de pleurer. Ok. D'accord. Mais là ? Sérieusement je sature mais je n'aime pas être méchant quand je n'en ai pas besoin, et je ne vais pas supporter sa petite crise passagère mais tellement agaçante, alors je préfère couper court en me servant d'une excuse.
- C'est pas ça, arrête de psychoter ! J'ai la gueule de bois Ava, j'ai un singe qui joue des cymbales dans le crâne ! Je suis juste pas en état... Dis-je à moitié sincère.
L'image du singe jouant des cymbales est vraie, mais le "pas en état" c'est faux car si je voulais réellement, ce mal de crâne ne m'empêcherait pas de la prendre contre ce mur ! Elle me regarde bouche bée, totalement ahurie par ce que je viens de dire. Merde mon demi-mensonge ne passe pas.
- Quoi ? Dis-je en haussant les épaules.
- Bah rien ... Juste ... un signe qui joue des cymbales ? C'est quoi encore ce truc ? Me demande-t-elle très sérieusement.
- Ava, la peluche, le petit jouet à piles, le petit singe qui joue des cymbales ... ? Non ?
- Bah non je vois pas du tout non. Me répond ma blonde avec une expression incrédule collée sur son visage.
Bordel elle n'est pas blonde pour rien ! Oh c'est affreux ce que je viens de penser. Très affreux. Ma mère était blonde et c'était une femme très intelligente jusqu'à ce que ce foutu cancer lui pète le cerveau...
- Laisse tomber, dis-je en me retournant et en coupant le peu d'eau chaude, ne laissant que la fraîcheur m'envahir.
Elle sort alors d'un coup de la cabine de douche en hurlant que c'est froid et que je suis taré. Je ris tellement elle est loin du compte. Je ne suis pas taré, je veux juste avoir la paix. J'attrape alors la bouteille d'Axe et je commence à me savonner les cheveux et le corps en prenant bien le temps. J'espère que quand j'aurai fini, elle sera partie. Je prend encore bien le temps de me rincer et puis je décide de me savonner à nouveau mais cette fois-ci à l'eau chaude. Je suis bien réveillé. Je prend encore bien tout mon temps pour me laver et me rincer. Je me sèche à la vitesse d'un escargot de compèt'. Je prends mon courage à deux mains pour sortir de la salle de bain, une serviette autour de la taille. A mon grand soulagement, ma chambre est vide. Ouf ! Je remarque que mon téléphone clignote en vert. Un message.
[Ava]
Je suis rentée, ma mère me harcèle pour que je passe la journée avec elle pffff.
Ouais, pfffff ! Elle se plains de sa mère alors qu'elle a la chance de l'avoir avec elle. Elle se plains de devoir passer la journée avec elle alors que je tuerai la terre entière pour pouvoir serrer la mienne dans mes bras pendant un millième de seconde. Elle ne comprend même pas la chance qu'elle a d'avoir une mère en parfaite santé, de pouvoir lui dire combien elle l'aime et combien elle est fière de l'avoir pour mère. Non, elle ne comprend rien tellement elle est trop conne et égoïste.
Je vais dans mon dressing en rage et je cherche de quoi me sapper. Je suis un peu nostalgique quand je vois mes anciennes fringues, celles que ma mère m'offrait. Mais j'ai changé de style vestimentaire depuis son départ. Le gentil garçon a laissé place au petit roi des rodéos sauvages. Je me suis déjà fait alligner quelques fois mais mon père a des relations hauts placées et nous avons de très bons avocats. J'ai commencé les rodéos avec ma moto, peu de temps après que mon père me l'a offert. C'est à ce moment-là que j'ai troqué mon attitude de jeune homme de bonne famille contre le mode adolescent rebelle. D'après mes professeurs je suis un bad boys, d'ailleurs je redouble ma terminale, ça me gave vraiment l'école. J'ai pris conscience que je peux réussir sans me fouler, car quoi que je fasse, mon nom est un ticket d'entrée dans n'importe quelle université, aussi bien Harvard que Stanford ou encore Yale. Je sais que de là où elle est, elle est déçue de la voie que je prend mais je n'arrive pas à avancer sans elle, car c'était mon pillier.
Je secoue la tête en chassant ces pensées funestes de mon esprit et je prend un jeans noir et un t-shirt noir avec serpent délavé dessus et j'enfile un sweat à tirette et capuche bordeaux au dessus. Sans oublier mes éternelles baskets Nike noires et blanches. Ca va encore faire vriller mon père et surtout ma belle-mère de me voir fringué de la sorte. Je ne la supporte pas. Stacy Reed est l'exemple même de la jeune belle-mère profiteuse et arriviste. C'était d'abord l'assistante de mon père dans une de ses filiales à l'autre bout du pays. Puis étant devenue sa maîtresse, il a décidé d'en faire sa secrétaire ici à Phoenix, au siège central de sa boîte. Il a prit la version jeune de ma mère. Jolie, blonde, et le pire de tout, gentille. Parce que oui, Stacy est gentille. Malgré le fait que je lui en veut affreusement pour sa relation avec mon père alors que ma mère se battait contre la maladie, Stacy est toujours de mon côté malgré que je sois dur, voir infecte avec elle. C'est à lui que j'en veut le plus. Lui qui a abandonné moralement ma mère quand il n'y avait plus d'espoir pour sa maladie, lui qui a couru dans les bras d'une fille qui a vingt ans de moins que lui. Parce que c'est ça, Stacy à sept ans de plus que moi mais vingt ans de moins que mon père. J'ai toujours pensé qu'elle était motivée par le fric au delà du fait que mon père soit considéré comme un quadra très séduisant. Ils se sont mariés il y a quelques mois, en avril dernier. Il y a un mois, elle m'a fièrement annoncé que je serais grand frère, comme si j'étais un môme de dix ans. C'est à ce moment-là que mes relations avec mon père se sont encore plus détériorées. Il n'a eu aucun respect envers ma mère en la trompant, puis en épousant la fille qu'il baisait pendant qu'elle agonisait, et il a fallu en plus qu'il lui fasse un enfant. Il me fait gerber au plus haut point. Ca fait à peine un an que ma mère est décédée, et lui il a déjà refait sa vie et fondé une nouvelle famille. Rien que d'y penser, la bile me monte dans la gorge. J'ai hâte de me tirer d'ici. Et il ne pourra pas me couper les vivres, j'ai tout prévu. J'amasse pas mal de tunes avec mes rodéos, je ne vais manquer de rien et il me reste encore presque un an pour amasser encore plus de fric. Je toucherai la part d'héritage de ma mère, ainsi que la part de son assurance vie, lorsque j'aurais 25 ans, vu que je suis leur unique enfant. Mon père lui n'a qu'à s'étouffer avec son fric, je n'en veux pas.
Jusqu'à la fin de ma vie, il restera le sale con qui a trahi ma mère et qui l'a abandonné dans les mois où elle avait le plus besoin de lui.
•Camille•
27 août. Joyeux anniversaire Camille ! Tu parles ... C'est la cinquième année que mon anniversaire passe au second plan. Je n'en veux pas à Stella de s'être suicidée quatre jours avant mon anniversaire. Je n'en veux pas à ma famille d'endurer chaque jour une peine immense suite à son départ. Ce n'est pas ça le problème. Le problème est que je lui en veut de ne pas avoir été assez forte pour en parler. Ça, je lui en veut. Je déteste et j'aime ce dernier moment qu'on a passé toutes les deux lorsqu'elle m'a offert son collier papillon. J'aurai dû le sentir, que quelque chose n'allait pas. J'aurai dû insister et faire un caprice pour qu'elle reste près de moi. J'aurai dû tellement plus ! Mais au lieu de ça, j'ai juste serré ma sœur le plus fort possible dans mes bras en la remerciant pour le collier que je trouvais trop beau et je l'ai laissé partir. Je suis une égoïste finie. Je me dégoûte moi-même.
La journée à commencé comme toutes celles de ces cinq dernières années. Il n'y a que les rires de Roxane qui résonnent autour de la table haute de la cuisine. Plus personne ne mange en même temps, à table en famille. Une famille ? Un semblant !
Pour mes douze ans, il n'y a que Mika qui a pensé à mon anniversaire. Il avait mit une bougie à moitié fondue sur un donuts. Il était lui aussi brisé mais il y avait pensé. Le seul. Il faut dire, ça faisait que quatre jours que Stella... bref. Mes parents n'avaient ni le cœur ni la tête à ça. Je ne leur en veut pas.
Pour mes treize ans, c'est à nouveau Mika qui a été le seul a y penser. Ma mère était hospitalisée car sa grossesse se passait mal. Roxane est née par césarienne le 4 septembre, à trente semaines de grossesse.
Ah ! Mes quatorze ans, c'est là qu'ils ont commencé à me souhaiter à nouveau un joyeux anniversaire. Avec une carte de crédit de 2500 dollars. Vous savez, ces cartes à usage unique. J'ai eu le droit à un bisous de la part de mon père, le seul que j'ai sur l'année si on compte Noël et la fête de pères. De ma mère ? Un "bon anniversaire" lâché du bout des lèvres, parce que ça l'écorche de le dire. C'est cette année-là que j'ai rencontré Ashley et Thomas. Ash et Tom. Elle, la danseuse/chanteuse au look punk rock gothique et lui, le gay excentrique fan de Beyoncé. Mes deux seuls amis. Mes meilleurs amis. Les seuls qui connaissent toute ma vie, de A jusque Z en plus de Mika.
Lors de mes quinze ans, et poussée par une Ashley à sortir de ma zone de confort, j'ai eu l'extrême culot de demander à mes parents de faire une fête pour mon anniversaire. Ma mère s'est énervée et m'a hurlé dessus toute la rage qu'elle éprouve à mon égard, que je n'étais qu'une égoïste doublée d'une ingrate de vouloir fêter mon anniversaire alors que la date de décès de ma sœur n'est que quatre jours avant mon foutu anniversaire. J'ai abandonné l'idée. J'ai battu en retraite, résignée, les vestiges fumants de mon cœur en poussières. Mika, Ash et Tom ont été là. Nous avons été manger une glace qui n'avait aucune saveur, mais j'ai souris et j'ai remercié Stella de les avoir envoyés.
Pour mes seize ans, j'ai fais comme les deux années auparavant. J'ai remercié mes parents pour la carte de crédit, j'ai souris faiblement. Le plus beau cadeau à été un dessin de la part de Roxane. Nous avons encore été manger une glace mais seulement avec Ash et Tom. Mika entrait dans son année sabbatique et il travaillait pour notre oncle, il n'a pas pu se libérer.
Cette année j'ai dix-sept ans, j'entre en terminale dans quelques jours. Je n'ai pas le cœur à la fête. Mon père m'a filé encore une carte de crédit, m'a sourit et m'a souhaité un bon anniversaire avec un baiser sur le dessus de la tête. Roxane et Mika m'ont offert une peluche stitch avec des dessins en plus de la part de ma petite sœur. Ma mère ? Comme d'habitude ! Je suis habituée, ce n'est pas grave. On s'habitue à avoir mal. La vie continue. Je regarde dans ma petite boîte qui est sur l'étagère du haut de ma penderie. Toutes les cartes sont là. Je cumule dix mille dollars. Chouette. Quelle ironie ! Mon téléphone bip et je découvre les deux seuls messages d'anniversaire.
[Ash]
Joyeux anniversaire ma beauté, je te fais 17 gros mega giga énormes bisous ! On se voit tantôt, sois prête à 21 heures et c'est non négociable ! Je te love d'amour 😘
[Tom]
Joyeux anniversaire ma baby love ! 🥳❤️ J'espère que cette année tu accepteras qu'on refasse ta garde-robe ! J'ai hâte d'être ce soir ! Fais-toi belle mon poussin en sucre !
Je secoue la tête et je souris face à ces deux messages qui récollent peu à peu et par miette, les morceaux de mon cœur. Je garde ainsi mon téléphone en main un long moment, le cerveau en mode bug, son numéro étant affiché. J'hésite de longues minutes et mon doigt fini par appuyé sur l'écran ce qui lance l'appel. Le téléphone est éteint, il est dans un de ses sweat que j'ai caché au fond de ma penderie. Je ne sais même pas pourquoi je l'ai caché car à part Mika et Roxinou, personne ne vient jamais ici. Même Ash et Tom. Ils n'ont pu venir qu'une seule fois, lors d'un déplacement de mes parents. Qu'ils se déplacent en même temps est extrêmement rare.
La messagerie s'enclenche instantanément et j'entend sa voix pétillante qui me brise et me recolle à la fois.
"Salut ! T'es bien sur le cell de Stel' ! Laisse un mess ! Des bisous !"
Les larmes me montent et coulent le long de mes joues. C'est si bon de l'entendre mais ça fait si mal.
- «C'est encore moi... Je ne sais pas pourquoi je t'appelle, c'est plutôt rare. Je crois qu'aujourd'hui j'avais juste besoin de t'entendre parce qu'aujourd'hui tu me manque encore plus que les autres jours. Je voudrais tellement te serrer dans mes bras même une demi-seconde. Tu me manque Lala. Tu me manque tellement...»
Le téléphone me glisse alors des mains et Mika se tient à mes côtés, il me berce doucement.
- Comment tu ... ?
- Je t'ai entendu pleurer. Je suis là Cam', jte promet que je vais pas te laisser !
- Mais si, tu pars, tu pars fin de la semaine...
- Cam' je vais à l'université, Berkeley c'est pas le bout du monde. On se revoit à chaque vacances tu le sait bien. Et l'année prochaine tu me rejoins, on a déjà rempli ton dossier d'admission, tu n'auras plus qu'à l'envoyer le moment voulu...
J'acquiesse en silence, me mordant douloureusement les lèvres pour étouffer mes sanglots et en tenant fermement le t-shirt de Mika dans mes poings serrés.
- Tu peux te lâcher, ils sont sortis avec cacahuète...
Je secoue la tête, je ne veux pas craquer, je déteste ça. En plus d'être égoïste, ça fait de moi une faible. Je n'ai pas le droit d'être faible. Je refoule les sanglots en me mordant l'intérieur des joues, les lèvres de suffisant plus. Mon nez est encombré et je commence à suffoquer de garder la bouche fermée.
- Camille ! Me hurle Mika en me décollant de lui, me tenant par les biceps et me secouant légèrement, le visage blême, le regard effrayé.
- Putain Camille déconne pas ! De dit-il en me secouant de plus belle.
Je n'y tient plus et j'explose en sanglots, en très gros sanglots. Il me serre à nouveau dans ses bras et malgré mes pleurs, j'entend au son de sa voix qu'il est soulagé.
- J'ai eu peur Cam' ! J'ai eu peur que tu fasses une crise d'angoisse. Allez vas-y, pleure, craque. Ca te fera du bien.
Je pleure tout mon soûl dans ses bras pendant un très long moment. Il frotte mon dos comme je le fait avec Roxane quand elle tombe ou qu'elle fait un cauchemard et que maman ne l'entend pas. Une fois épuisée d'avoir pleuré, les larmes ne coulants plus, mes yeux me brûlent. Je de dégage doucement de l'étreinte de mon grand frère et je remarque que nous sommes assis par terre, à côté de mon lit. Je pose alors les yeux sur lui.
- Pardon ... Dis-je tout bas en baissant la tête.
- Pourquoi tu me demande pardon ? Me demande-t-il de façon assez ahurie.
- J'ai ruiné ton t-shirt et je t'ai fais peur...
- Cam', je m'en fous de tout ça, le principal est que toi tu es soulagée. Il ne faut pas te retenir de craquer, à chaque fois ça fini en crise et ...
Je me mord à nouveau la lèvre qui est vraiment très douloureuse en attendant la fin de son petit sermon mais mon téléphone vient à mon secours. Mes grands-parents du côté de mon père. J'appuie sur l'écran du côté du téléphone vert et je n'ai pas le temps de le mettre à mon oreille que j'entend les voix joyeuses de mes grands-parents.
- «Joyeux anniversaire poussinette !»Me disent-ils à l'unisson, ce qui me fait sourire légèrement.
- «Comment se déroule ta journée mon trésor ?» Me demande mamie.
Je tente d'assurer ma voix du mieux que je peux et je serre la main de Mika qui reste silencieux.
- «Ca va super ! On va manger au restaurant ce soir. Et j'ai été bien gâtée comme d'habitude.» Dis-je honteusement car tout n'est que pur mensonge.
Je vois mon frère fermer les yeux et serrer les mâchoires. Il me serre la main en retour. Lui comme moi nous detestons mentir. Nos grands-parents vivent dans le Dakota du Nord, à la frontière canadienne. Nous ne les voyons que très peu, toujours à Noël et évidemment nous jouons le rôle de la famille modèle. Tout le monde mange à table, tout le monde sourit, tout le monde va de l'avant et est heureux l'espace de quelques jours. Ils ne savent pas qu'ici, on est tout sauf heureux. Ils en seraient détruits. Ils ont septante ans tous les deux et bien qu'ils soient toujours très actifs dans leur petit ranch, ils ne supporteraient pas de nous voir de la sorte. Le suicide de ma sœur les a anéantis. Mamie a déclaré un debut de cancer de l'intestin mais la venue au monde de Roxane l'a reboostée pour vaincre cette saleté de crabbe. Alors on fait semblant, pour le paraître.
Mes grands-parents discutent joyeusement de tout et rien. Ils nous disent que les deux juments ont poulinés et qu'ils ont eu un nouvel arrivage de vaches ainsi que des chèvres. Ca nous fait du bien au cœur de les entendre. On voulait aller vivre chez eux, mais nos parents ont refusés catégoriquement. Mika a tenté de postuler dans des universités du Nord en disant qu'il pourrait alors aller vivre chez papy et mamie pour economiser un logement etudiant mais papa s'est mit en colère et a tapé du poing sur la table en disant qu'on allait finir par tuer maman. Ca à clos définitivement le sujet.
Je passe alors le téléphone à Mika pour qu'il puisse avoir lui aussi ses quelques minutes de réconfort. Quand ils raccrochent, nos cœurs sont gonflés de tristesse mais surtout de joie de les avoir entendu. Noël est est encore si loin pour les revoir.