Après m'être soigneusement brossé les cheveux, je consens finalement à me mettre au lit. Il est à peu près 22h et ma mère a éteint la radio, avant de l'emporter dans sa chambre, afin que je ne me couche pas trop tard. C'est en ce moment, la seule chose qui m'apporte du réconfort en ces temps sinistres, mais elle semble ne pas en prendre note! Elle s'ingénie chaque soir à faire la même chose : me confisquer le poste.
Cela fait six mois que nous avons des nouvelles par intermittence, de mon père et d'Alexandre. Officiellement : ils ont fuient vers la Suisse pour éviter le service obligatoire en Allemagne, mais officieusement: ils ont agrandit les rangs de la résistance à Alençon. De temps en temps, je leur apporte quelques victuailles pour eux et leurs camarades. De ce que j'ai entendue dire, quelques chose se prépare... Cela fait maintenant quatre ans que nous vivons sous le joug des allemands et je ne demande qu'à retrouver la vie paisible que nous avions avant... Avant. Est-ce-possible, de retrouver cet avant? Les choses ont tellement changées autour de nous. On ne peut plus faire confiance à personne.
Nous étions encore à Paris quand nous avons vu notre immeuble se vider de ses habitants juifs, que nous connaissions pour la plupart depuis toujours : madame Rosenbaum, monsieur Azkaz, Joseph Leipiz, notre concierge... et tant d'autre. Certains se sont cachés en Suisse, mais d'autre, ont pour la plupart été raflés au Vel D'Hiv en juillet 42. J'espère juste, que là où ils sont, ils ont de l'espoir et qu'ils sont bien traités... un jour, peut-être, ils reviendront...
Quand l'annonce du service obligatoire à été promulgué, nous sommes partie chez ma tante Bérénice à Alençon, pensant être tranquille, mais très vite nous nous sommes rendu compte que Vichy n'a pas de limite dans la traque des honnêtes gens! Mon père et mon frère ont été obligés de se cacher. Ils ont intégrés le réseau souterrain de résistants, qui était tenu par l'un des amis d'enfance de ma mère et depuis, ils opèrent dans certaines actions. Notamment, le déraillement de trains et le détournement de marché noir pour l'occupant.
Nous vivons toutes les trois du salaire d'infirmière de ma mère à l'hôpital publique, mais depuis quelques mois, je travaille au tri postal, cela me permet aussi de renseigner mon frère sur les courriers qui glisse entre mes mains, notamment celui venu d'Allemagne.... Je parle et comprends cette langue parfaitement et grâce à cela, j'ai réussi à avoir un rôle dans l'organisation. Quelques fois, je me rends dans les bars ou lieux fréquentés assidûment par les soldats de haute importance et m'assois discrètement pour les écoutés. Ils parlent sans précaution après quelques verres de vins... Je rapporte tout ce que j'entends à Alexandre ou papa. J'ai aussi réussi à déchiffrer un message codé sur l'une de leur fréquence radio.
Sur Radio Londres, a été lu en début de semaine les vers suivant : " Les sanglots longs des violons de l'automne. " C'est de Verlaine, cela annonce une action imminente des Alliés mais laquelle? Depuis que j'ai entendu ça, je n'arrive plus à dormir, présentant un événement de la plus haute importance sans savoir lequel.
Allongée dans mon lit, je regarde la Lune, qui est anormalement basse ce soir. Je me mets à rêver à une vie sans guerre, ou je pourrais reprendre mes cours au Conservatoire et jouer sur les planches, comme je le désirai ardemment avant d'avoir été contrainte à la fuite... Je prie pour qu'Alexandre et papa soient sains et saufs. Que maman et tante Bérénice arrêtent de paniquer dès qu'elles rencontrent un homme en uniforme de la Wehrmacht. Que les arrestations arbitraires cessent et que les gens qui jadis peuplaient mon immeuble d'enfance, reviennent dans leurs appartements et retrouvent leurs vies!
Alors que je commence à m'endormir, le bruit violent d'un arbre qu'on arrache, m'interpèle du jardin. Je me lève en sursaut et regarde par la fenêtre. Il fait si sombre, que je ne vois rien. Je mets mon gilet en laine et mes chaussures, afin de me précipiter dehors. Arrivée à l'extérieur. J'essaye de me guider par rapport au bruit que j'entends. Je m'immobilise quand je vois les restes de ce qui semble être un parachute, dans l'un des marronniers. J'avance prudemment et entends les gémissements d'un homme à mes pieds.
Je cours vers ses supplications et le voit gisant au sol. Du sang coulant d'une plaie ouverte, au bras gauche, qu'il tient fermement contre lui.
Anna : " Mon Dieu! Que vous est-il arrivé? "
" Parachute... " dit-il, avec un accent anglais prononcé.
Je comprends immédiatement qu'il est anglophone et que le fait qu'il soit là, annonce le signe de la providence que j'attendais.
Anna : " Ne vous inquiétez pas, je vais vous aider... " dis-je, survoltée.
À peine ai-je fini ma phrase, qu'il tombe dans les vapes. J'essaye de le tirer vers la maison, mais il est bien trop lourd avec tout son attirail sur le dos! Je n'ai pas le choix, je dois réveiller ma mère et ma tante afin qu'elles m'aident.
Je cours à la maison et les réveille avec fracas, elles ne comprennent pas tout de suite ce que je leur dit, mais me suivent malgré tout dans le jardin. Lorsqu'elles voient l'homme à terre, elles paniquent (comme à leurs habitudes), mais très vite, les réflexes médicaux de ma mère reprennent le dessus et elle prend les commandes.
Agnès : " Anna prend-le par le bras droit, Bérénice tu prendras les pieds et moi je m'occupe du membre fracturé. "
Nous obtempérons sans sourciller, et c'est à bout de bras que nous portons le corps inanimé du soldat anglais jusqu'à l'intérieur. Ma chambre se trouvant au rez-de-chaussée, c'est là que nous l'y déposons.
Bérénice : " On ne meurt pas de faim en Angleterre, on dirait... " dit-elle, en le lâchant sur le matelas.
Agnès : " Béré va chercher ma trousse et fais bouillir de l'eau chaude. J'aurais aussi besoin de *l'onguent aux huiles essentielles que tu as faite. "
Bérénice : " J'y vais. "
Anna : " Je vais retirer le parachute dans l'arbre pour ne pas attirer l'attention... Je reviens t'aider." dis-je, en courant vers le jardin.
Je monte dans l'arbre, en chemise de nuit et en bottes en caoutchouc. Je tire de toutes mes force sur le tissu gigantesque, le déchirant encore plus au passage. Je l'enroule maladroitement et décide de le cacher derrière la réserve de bois, dans une trappe, en attendant de nous en débarrasser.
De retour dans ma chambre, ma mère et ma tante sont autour du blessé. Maman nettoie la plaie avec de l'eau et du savon, avant de pouvoir constater les contusions éventuelles.
Agnès : " Heureusement qu'il a perdu connaissance, je vais devoir recoudre. " dit-elle avec dépit.
Bérénice n'ayant jamais vraiment supporté la vue du sang, s'éloigne petit à petit.
Bérénice : " Je vais faire du café, je crois qu'on va en avoir besoin... " dit-elle, ayant trouvé la parade parfaite.
Anna : " Il y a quelque chose que je peux faire?"
Agnès : " Oui. Quand je vais passer l'aiguille, il va certainement bouger. Je voudrais que tu le tienne et que tu lui parles, tu parles mieux anglais que moi... "
Je me mets près de notre soldat, et me tiens prête à toute action. Après avoir essuyé son bras, elle commence à faire les points de sutures. Il ne bouge pas tout de suite, mais au bout de quelques secondes, il rouvre les yeux violemment et les plongent dans les miens. Ils sont d'un bleu pénétrant.
" Son of bitch! " dit-il, entre ses dents, en commençant à gigoter.
Anna : " Calmez-vous... nous devons recoudre, sinon cela va s'infecter! Vous ne voulez pas perdre votre bras? " Dis-je en anglais.
Agnès : " Qu'est-ce-qu'il a dit? "
Anna : " Non... rien... juste que ça fait mal... " répondis-je, distraitement.
Il se tait, mais se mords les lèvres de douleur. Je passe ma main dans ses cheveux pour le réconforter et continue à lui parler en anglais. "You're safe. Don't worry... Everything gonna be alright... We were waiting for you, thanks for your bravery... " Il se détend, bien que ma mère n'en ai pas fini avec lui, sans pour autant me lâcher du regard. Je remarque une petite tâche marron dans son oeil droit, qui le rend encore plus énigmatique. "Comment vous appelez-vous?" Demandé-ai-je doucement.
" Christopher. " répond-t-il désorienté.
Anna : " Vous êtes très courageux Christopher." dis-je, pour le distraire. " C'est fini. Je vais faire votre bandage et vous pourrez vous reposez... "
Agnès : " Tu passeras l'onguent avant de faire le pansement, c'est ça qui permets de cicatriser plus vite, afin qu'il n'y ai pas d'ecchymoses. " dit-elle en rangeant ses affaires.
Anna : " D'accord. Je fais ça et je vous rejoint. "
Elle sort de la pièce et ferme la porte. Je commence à masser délicatement la plaie refermée avec le baume, il sursaute un peu, car sa chair à été beaucoup sollicité. " Ne vous inquiétez pas, ça ira mieux après... " dis-je en faisant pénétrer le produit.
Christopher : " Merci... " dit-il, en français. "Vous m'avez sauvé la vie. "
Anna : " Ce n'est rien comparé à votre sacrifice, pour un pays qui n'est pas le votre. Vous n'êtes pas en danger ici. La première caserne allemande est à plus de vingt kilomètres... C'est la campagne... Pourquoi avez-vous été parachuté ici? "
Christopher : " Je n'ai pas été parachuté... J'ai dû abandonner mon avion car j'ai été touché par la Luftwaffe. J'effectuais un vol de reconnaissance... "
Anna : " Pour le débarquement? " demandais-je, extatique. Il me regarde sans répondre. " Je comprends, c'est top secret... mais c'est pour bientôt? "
Christopher : " Le fait même que je me retrouve ici chez vous, c'est une erreur impardonnable... Je ne peux vous répondre car je vous mettrais en danger, ainsi que votre famille. Vous en avez assez fait pour moi... " dit-il voulant se lever.
Anna : " Non! Restez allongé! Vous n'êtes pas en mesure d'effectuer un quelconque vol en ce moment! Votre parachute est fichu et quand à votre avion... Si vous vous en êtes éjecter, j'ai bien peur qu'il gît dans l'un des champs voisin! Vous allez rester ici, le temps qu'il faudra... et puis... je demanderai à mon frère et à mon père de vous aider. Ils sont résistants. "
Christopher : " Je dois prendre contact le plus tôt possible avec mes supérieurs pour les prévenir de ma situation, car pour le moment je suis porté disparu et dans l'aviation, ça veut dire qu'on est mort. "
Anna : " Mais vous ne l'êtes pas! Donc dormez! On reparlera de tout ça demain! Je reste avec vous, jusqu'à ce que vous trouviez le sommeil." dis-je, finissant son bandage.
Je mets la couverture sur lui et m'assieds sur le rebord de la fenêtre, l'observant de loin. Il se tourne vers moi et me regarde à son tour. Nous nous regardons l'un l'autre, sans parler. Comme fascinés par ce que nous voyons. Après plusieurs minutes, il s'endort. Je l'observe encore un peu. Il est magnifique! Je n'avais jamais vu un homme aussi beau de toute ma vie. Ses cheveux noirs, ses lèvres fines, et ses yeux... ce regard profond qui semble presque sonder mon âme.
Épuisée, je me rends à l'évidence que j'ai besoin de sommeil. J'attends cependant qu'il ferme les yeux le premier, avant de m'allonger quelques minutes près de lui, dans mon propre lit et en profite pour somnoler un peu.
* Baume, crème.
Ce sont les mouvements à côté de moi qui m'éveille ce matin là. J'ouvre les yeux et constate que le jour s'est levé. Je me retourne et vois Christopher réveillé à mes côtés. Il me regarde avec un sourire énigmatique sur le visage. Je fais un bon hors du lit, gênée de m'être endormis avec autant de nonchalance.
Anna : " Comment allez-vous aujourd'hui? " demandais-je pour faire diversion.
Christopher : " Bien... très bien même... je n'ai pas vraiment mal à mon bras, c'est une bonne chose? "
Je n'ai pas le temps de lui répondre, que ma mère fait déjà irruption dans la chambre, avec une bassine pleine d'eau et une serviette.
Agnès : " Bonjour monsieur. " dit-elle, en le voyant. " Vous savez où vous êtes? "
Christopher : " Oui... " dit-il, surpris par sa question. Ma mère le regarde attendant une réponse. "En France? "
Agnès : " C'est bien ça! En France! Je suis Agnès et voici Anna, ma fille. Je vais faire votre toilette."
Il la regarde l'air hagards, voulant ne pas avoir compris.
Anna : " Maman! Non! Tu ne vais pas faire ça!"
Agnès : " Bien sûr que si! Il est tout sale, il a atterrit dans le jardin et je ne veux pas que la plaie s'infecte, il va falloir frotter avec du savon pour que les microbes ne prolifère pas. Je n'ai pas besoin de toi, je peux le faire toute seule, j'ai l'habitude. "
Anna : " Je te jure, que ce n'est pas nécessaire. C'est un allié, il a fait tout ce chemin pour nous sauver, tu ne vas pas le soumettre à une chose aussi humiliante? " dis-je pour plaider sa cause.
Agnès : " Je lui sauve la vie et son bras par dessus le marché! Je ne vais pas l'humilier, c'est mon travail! Écoute va prendre ton café... je dois aller travailler dans quelques minutes.. " dit-elle, en me jetant hors de la chambre.
Je lui fait un regard contrit, désolé de n'avoir pu la convaincre de le laisser tranquille. Lorsqu'elle referme la porte, j'ai de la peine pour lui. Quand ma mère est comme ça, elle ne fait pas de cadeau. Surtout lorsqu'elle est convaincue d'agir pour les meilleures raisons du monde.
Bérénice : " Tu viens? Je t'ai fait une tartine. " dit-elle, derrière mon dos.
Je pars dans la cuisine et m'assied à la table et bois mon bol de café d'une traite. J'ai très peu dormis et je suis éreintée.
Anna : " Il faut que je prévienne Alexandre et papa. Ils vont être fous de joie! "
Bérénice : " Qu'un étranger dorme dans ton lit? Ah oui, ils vont être aux anges!" dit-elle, avec ironie.
Je lève les yeux en l'air en entendant sa remarque.
Anna : " Tu ne comprends donc pas?! C'est bientôt fini! Le fait qu'il soit là, en est la preuve! Où as-tu mis le poste de radio? Il faut que je l'écoute! Il est quelle heure? "
Bérénice : " Il est 13h! Et le poste est dans la chambre de ta mère, elle ne veut pas que tu l'écoute toute la journée... " dit-elle, alors que je monte déjà l'escalier.
Arrivée à l'étage, j'ouvre la porte de la chambre et plonge sous le lit où elle cache le transistor. Je descends avec, et me place dans le salon pour jouer avec l'antenne afin de capter Radio Londres. Comme à son habitude, il y a beaucoup de parasites, mais au bout de quelques secondes, j'entends les premières notes de la BBC et puis une voix française annonce: " La fortune vient en dormant. Heureux qui comme Ulysse à fait un long voyage. De Marie-Thérèse à Marie-Louise: un ami viendra ce soir. " puis tout se brouille.
Je souris n'osant y croire... je me mets à crier de joie comme jamais auparavant.
Anna : " On a réussi! "
Bérénice : " Mais qu'est-ce qu'il y a ? " dit-elle, choquée.
Je me radoucie pour ne pas ameuter les voisins.
Anna : " Ils ont réussi. Le débarquement à eu lieu et ils sont passés. Les Alliés sont en France. "
Bérénice : " C'est impossible. L'armée allemande est invincible? " dit-elle, n'osant y croire.
Anna : " Non. Elle ne l'est plus." dis-je, avec joie.
Agnès : " Mais c'est quoi tout ce bruit?! Anna, je t'avais dit d'arrêter avec cette radio... "
Anna : " Maman, les alliés ont débarqués! C'est pour ça que Christopher est là! Ils ont réussi, on va être libre! "
Agnès : " Comment le sais-tu? "
Anna : " Ils l'ont dit à la BBC : " La fortune vient en dormant. Heureux qui comme Ulysse à fait un long voyage. De Marie-Thérèse à Marie-Louise: un ami viendra ce soir. " répétais-je, avec enthousiasme. Ça veut dire que tout s'est bien passé! "
Agnès : " Il faut qu'on prévienne ton père et Alexandre. "
Anna : " Je vais le faire. Je sais où ils pourraient se trouver, surtout si ils ont entendu ce que j'ai entendu... " dis-je, avant de me précipité dans ma chambre.
Je retrouve Christopher assis contre ma tête de lit. Le visage contrarié.
Christopher : " Décidément, votre mère est une femme qui n'aime pas le mot, non... " dit-il, renfrogné.
Anna : " Elle fait ça pour votre bien... j'espère que vous n'avez été trop gêné... "
Christopher : " Bien sûr que si! Elle a voulu me laver le corps et en entier! "
Anna : " Vous vous êtes laissez faire? "
Christopher : " Avais-je le choix? Je suis amoindrie physiquement... "
Anna : " J'ai une bonne nouvelle qui pourrait rattraper cette matinée: le débarquement a réussi."
Christopher : " Vous en êtes sûr? " dit-il sur ses gardes.
Anna : " C'est votre radio qui le dit. Les alliés ont pénétrer les côtes de la Normandie. "
Un généreux sourire pare son visage. C'est à ce moment-là que je me rends compte à quel point, il est à couper le souffle. Je souris à mon tour, heureuse de cette nouvelle, mais aussi de le voir ainsi.
Christopher : " Auriez-vous le moyen de faire passer un message en morse ou par radio? "
Anna : " Non, nous n'avons rien ici à par le transistor ou... attendez! Je travaille au bureau de poste et il y a un morse. Donne-moi votre message et je l'enverrai. Je le fais de temps en temps pour mon frère. "
Christopher : " Vous auriez du papier et un crayon, s'il vous plaît. "
Je tire le tiroir de mon bureau et prendre ce dont j'ai besoin, avant de m'avoir à ses côtés et de l'écouter me dicter son message. " L'oasis a été trouvé au désert . "
Anna : " C'est tout? " dis-je, surprise.
Christopher : " C'est bien assez pour le moment. C'est juste histoire de dire que je suis vivant. "
Anna : " D'accord. J'y vais tout de suite. La poste ré-ouvre dans une demi-heure, cela me donnera l'opportunité de le faire à l'abris des regards. " dis-je en me levant.
Christopher : " Anna! " dit-il, dans un sursaut. " Soyez prudente. "
Anna : " Je le suis toujours. " répondis-je, avant de claquer la porte.
...
Sur le chemin, je regarde ces gens déambuler dans les rues, sans savoir que nous sommes aux portes de la libération. Je marche d'un pas plus léger qu'hier, avec la conviction que notre calvaire est à sa fin. J'ouvre les portes de la poste avec ma clef. J'y croise deux connaissances que je salue naturellement. Je leur explique que j'ai oublié quelque chose dans mon casier, avant de me rendre dans la salle où se trouve le morse en question. Je me concentre pour ne pas me tromper, car c'est un alphabet assez complexe qui peut fausser le sens d'une phrase. Je n'ai pas emmener le message de Christopher, je l'ai apprit par coeur pour ne pas avoir de trace sur moi. C'est un truc que m'a apprit mon frère.
J'envoi donc le message et me retire rapidement du bureau. C'est l'heure de réouverture et il y a du monde qui attend. Alors que je sors, je croise quelques soldats venus envoyer des colis pour leurs familles. Ce sont les seuls qui ont les moyens d'envoyer des colis... et aussi loin...
" Où allez-vous comme ça mademoiselle. " dit l'un d'eux, en me souriant, avec cette accent allemand si caractéristique.
Je le reconnais, il a l'habitude de m'importuner lorsqu'il vient envoyer du courrier, mais malheureusement pour lui, aujourd'hui je ne travaille pas !
Anna : " Nulle part. Je rentre chez moi. "
" Voulez-vous que nous vous emmenions, nous sommes en voiture vous savez. "
Anna : " Oui. Je sais, mais je ne monte pas en voiture avec des inconnus. " dis-je poliment, en me précipitant dehors.
Certains allemands considèrent que d'avoir une petite-amie française est une sorte de trophée, qui prouve que nous avons acceptés notre sort. Je ne suis pas de celle-la. Certaines ce sont installées en ménages avec eux, s'assurant un niveau de vie supérieur au nôtre, allant jusqu'à porter leurs enfants... cependant, elles sont malgré tout réprouvées. On ne dit rien, mais on n'en pense pas moins. Je me mets à avoir pitié d'elles tout à coup. Elles ne savent pas qu'elles vivent leurs derniers instants en compagnies de leurs amants et que peut-être, ces enfants grandirons sans pères ou pire, on refusera de leur dire qui ils étaient. Portant la honte d'un amour incompris...
...
J'attends depuis quelques minutes sur un rocher à l'entrée de la forêt d'Écouves, c'est par là que passe mon frère pour récupérer de quoi manger. Au bout d'une bonne demi-heure, je vois sa silhouette se dessiner. Je marche vers lui, d'un pas décidé.
Anna : " Tu étais où?! " dis-je agacé.
Alexandre : " Je devais récupérer des messages pour le commandement. Tu as entendu? Il y a eu le débarquement... "
Anna : " Oui je sais! Depuis hier! "
Alexandre : " Depuis hier?! " dit-il, circonspect.
Anna : " Il y a un soldat allié à la maison. Un anglais. Son avion a été touché et il a atterri dans le jardin. Maman l'a soigné et il est chez nous. "
Alexandre : " Tu plaisantes ? " dit-il circonspect.
Anna: " J'ai l'air ?"
Alexandre : " Faites attention! Il y a peut-être eu le débarquement mais la guerre n'est pas finie! Si les allemands venaient faire une visite de courtoisie, vous seriez toutes arrêtées! "
Anna : " Tu veux qu'on le jette dehors? Il est là pour nous, pour notre pays! "
Alexandre : " Je sais, mais faites attention à vous. On est trop près du but pour que notre famille ne se désagrègent, après tout ce qu'elle a vécue. "
Anna : " J'ai envoyée un message pour lui à la poste. Si le débarquement à eu lieu en Normandie, comme c'est sous-entendu, d'ici quelques jours, ils seront là. Dit à papa que je l'aime et qu'on pense à lui tous les jours. Maman m'a dit de te dire que les fleurs de gentiane sont bonnes pour les maux d'estomacs et les coliques. Donne s'en aux autres compagnons, car avec ce que vous mangez, vous n'êtes pas à l'abris. "
Alexandre : " Merci, je leur dirai. Maintenant, rentre, il est tard, je veux pas que tu traines après le couvre feu. " dit-il, en m'embrasant sur la joue. " Allez... vas-y. " dit-il, en me guidant dans le sens opposé.
Anna : " À bientôt. La prochaine fois qu'on se verra, on ne se quittera plus, tu n'auras plus à te cacher et tout le monde te considèrera comme un héros, car c'est ce que tu es... pour moi en tout cas. "
Alexandre : " Tu es folle! Allez, pars... " dit-il, en me souriant.
...
C'est l'heure du dîner. J'emmène un plateau dans ma chambre, pour Christopher.
Anna: " Vous aimez les pommes de terre? De toute façon, il n'y a que ça. " dis-je, en posant le plateau devant lui. Il essaye de tenir sa fourchette mais il a du mal. " Je vais vous aider. " dis-je rapidement. Je découpe des bouts de pommes de terre puis, les guident jusqu'à sa bouche.
Christopher : " Merci. "
Anna : " Arrêtez de dire merci! Surtout quand on sait qu'en réalité c'est nous qui devons être reconnaissant. "
Je continue de lui donner à manger, tout en veillant à ne rien faire tomber. Il m'observe avec toujours autant de mystère, et sans le savoir, nous partageons un moment particulier, ensemble. Dans le silence et la connivence.
Christopher
Les forces alliés ont pénétrés Alençon hier. C'est Anna qui est venue me prévenir, avec cette lueur d'excitation qu'elle n'a pas pu cacher. Soit trois semaines après mon crash. Je suppose que la résistance allemande a dû être féroce car Alençon se trouve à mi-chemin entre les côtes de la Normandie et de Paris, mais le principal c'est que nous soyons passés.
Maintenant je peux marcher un peu et mon bras se remet petit à petit, bien que des soins journaliers soient nécessaire. Agnès a fait un travail admirable, je dois le reconnaître, et avec peu de moyen. Je souffre que très moyennement, et l'aspect de mon bras ne semble pas problématique.
Ces gens ont été formidables de courage et de bienveillance à mon égard, j'en suis encore ému, quand j'y repense. Elles n'ont pas grands choses mais elles le partage volontiers avec moi...
Et puis, il y Anna... Anna. Cette fille est absolument splendide! Je ne peux détourner mes yeux de sa beauté. Elle s'occupe de moi avec application et me veille le soir, jusqu'à ce que je m'endorme. Quelque fois, je la retrouve accroupie à mon chevet, la tête posé sur une partie de ma main. Je ne dis rien, je la regarde, et caresse ses cheveux quelque fois. Je m'en veux, d'occuper sa chambre ainsi, mais à présent que je vais mieux, il est temps de lui laisser ses appartements et de retrouver un contingent anglais, pour reprendre mon poste militaire.
J'ai assez abusé de leur gentillesse.
...
Je m'habille devant le miroir, des vêtements que mon données Anna et sa mère, ils sont un peu serrés, ce sont ceux de son frère. Je m'apprête à me rendre à la mairie, car Anna m'a informée que s'était dans ce lieu que les alliés avaient établit leur quartier général.
Quand je sors de la pièce, Anna, Agnès et Bérénice sont à tables.
Agnès : " On ne vous a pas attendu, je dois partir travailler. " dit-elle, en buvant son café.
Bérénice : " Venez! Il est tout chaud. " dit-elle en me servant un bol.
Je m'assieds sur le siège vide, à côté d'Anna.
Christopher : " Merci. Je vais partir avec vous Agnès. Il faut que je me rende à la mairie... "
Agnès : " Qu'est-ce-que vous racontez? Vous allez restez ici! Vous n'êtes pas en mesure de combattre qui que ce soit ou quoique ce soit! En plus, il n'y a que des américains à la mairie, aucun anglais, Anna est déjà allée voir. "
Anna : " Oui, d'ailleurs, ils sont très tactiles..." dit-elle, agacée. " Je me suis renseignée et les anglais ont continués de progresser vers Paris avec le général Leclerc. Nous attendons que mon père et mon frère reviennent pour de bon et ensuite nous rejoindrons la capital à notre tour, pour retrouver notre appartement. Vous viendrez avec nous et on cherchera le régiment de votre pays?"
Christopher : " Je pense que j'ai assez abusé comme ça... "
Agnès : " Mais non... Allez... mangez. La messe est dite! Vous partirez avec les enfants pour Paris quand le moment sera venu. Nous sommes si horrible que ça, pour que vous vouliez nous fuir? "
Christopher : " Pas du tout! C'est tout le contraire, cela faisait longtemps que je n'avais pas dormit dans un lit aussi confortable et le beurre en France n'a pas sont pareil... " dis-je en dévorant la tartine que Bérénice me tend. "Cependant, le débarquement a eu lieu, et la guerre est loin d'être terminée! J'ai un devoir envers votre pays, mais aussi envers le mien. "
Anna : " Je comprends et vous n'en êtes que plus honnête... mais pour continuer à être utile, il faut vous soigner. Vous vous remettez à peine de vos blessures, vous re-piloterez certainement..."
Agnès : " Mais pas tout de suite! " me coupe-t-elle, menaçante. Anna lui fait les grands yeux en entendant son ton autoritaire. " Enfin... il ne faut pas que vous vous précipitiez trop, je veux dire... " dit-elle, en se radoucissant.
Bérénice : " Vous êtes marié? Vous avez des enfants? " dit-elle, changeant de conversation avec un naturel déconcertant.
Christopher : " Non. Ni femme, ni enfant. " répondis-je, amusé par son interrogatoire.
Agnès : " Tu vois bien qu'il est trop jeune pour ça... Quel âge avez-vous? "
Christopher : " Je vais avoir 25 ans en Novembre. "
Agnès : " Tu vois... il a presque le même âge qu'Alexandre... "
Alors que je mange, pour ne pas avoir à poursuivre, la porte d'entrée s'ouvre violemment et je me lève instantanément, prêt à parer à tout danger. Deux hommes vêtus de béret et d'un brassard de la FFI, rentrent dans la cuisine. Agnès et Anna se jettent à leur cou.
Anna : " Papa! J'ai cru que vous étiez partit à Paris... Vous ne les avaient pas suivi? " dit-elle en le serrant contre elle.
Alexandre : " Non. Il y en a certains qui on continuer jusqu'à la capitale, mais ils n'ont pas besoin de nous! Ils ont des chars et des voitures... " Il se tait en me voyant, puis s'avance vers moi et me tend la main. "Bonjour! Je suis Alexandre. C'est un honneur d'avoir un aviateur anglais chez nous. " dit-il, avec solennité.
Christopher : " Enchanté. C'est moi qui suit honorer, votre famille m'a beaucoup aider. "
Henry : " Bonjour monsieur. Henry Marchand." dit-il, en enlevant sa casquette. "Votre avion à été touché? "
Christopher : " Oui... j'ai du m'extraire en parachute... "
Henry : " C'est donc à vous qu'on doit les armes! La nuit où ce jeune homme est tombé dans le jardin, on venait de recevoir une gargarison de fusils, parachutés dans la forêt." dit-il à Anna.
Anna : " C'était donc ça votre mission? Leur fournir des armes pour le débarquement imminent?"
Je ne sais pas quoi dire. Ma mission est classée top secrète et il semblerait que dans cette famille tout soit à découvert.
Christopher : " Désolé, mais je ne peux pas vous répondre... je... "
Alexandre : " On comprend! " dit-il, voyant mon embarras. " Mais merci quand même, ça nous a bien aidé quand les allemands ont prit la fuite. On a pu les ralentir et faire quelque prisonnier. "
Christopher : " Votre soeur me disait que vous partiriez pour Paris lorsque le moment sera venu? Il faut absolument que je retrouve mon escadron. Je suis ici depuis plusieurs jours et je ne veux pas paraître pour un déserteur. "
Henry : " Mais vous ne l'êtes pas! Vous avez effectué votre mission avec brio et en plus, vous avez évité de vous faire tuer! C'est un exploit! Il y a la gare à quelques kilomètre, vous prendrez le train avec les enfants. Nous autres, nous resterons ici, quelques temps, histoire que ça se calme. J'ai été sollicité par les camarades pour surveiller les miliciens qu'on a arrêtés... " dit-il, en s'adressant à sa femme.
Christopher : " Qu'est-ce-que des miliciens ? " demandais-je avec curiosité.
Alexandre : " Des enflures qui ont choisi le mauvais camp! " dit-il avec virulence.
Agnès : " Alexandre! Ton langage! "
Anna : " Disons, qu'ils ont choisi de faire le sale boulot des allemands... ils traquaient les résistants et pillaient certains commerces... en réalité, ils se pensaient au-dessus des lois. On en est arrivé à plus les craindre que les allemands... et pourtant ils sont français, comme nous."
Alexandre : " Ils ont fait allégeance à Hitler, ils ne sont plus français! " dit-il avec hargne.
Agnès : " Alexandre! "
Alexandre : " Quoi?! C'est vrai! "
Bérénice : " Le fils de Matilde est rentré à la milice il y a trois mois... tu penses qu'il est avec les autres? " demande-t-elle à Henry.
Henry : " Je ne sais pas... mais tu sais, qu'il y soit depuis trois mois ou un an, ne change rien, il y est! Et ça, ça joue en sa défaveur, je ne pourrais rien pour lui... "
Je m'éloigne un peu de la cuisine et guide Anna avec moi.
Christopher : " Excusez-moi de vous demandez ça en une pareille occasion... mais j'ai besoin de vous, pour envoyer un nouveau message pour moi."
Anna : " Pas de soucis! Maintenant ce sera plus facile, les allemands ne peuvent plus rien nous faire." dit-elle, avec un sourire.
...
Nous marchons dans la rue, Anna et moi. Je suis surpris de constater que rien ne peut laisser penser qu'il a eu la guerre ici. Les gens font le marché, discutent et rient même, il n'y a que les voitures avec des hommes armées qui vont et viennent, qui rappellent le contexte dans lequel nous sommes...
Très vite, nous nous retrouvons dans le bureau de poste. Il est bondé, mais Anna m'emmène dans une pièce adjacente. L'espace est très limité et nous sommes presque coincés l'un contre l'autre. Elle me sourit timidement et sort le morse d'une boite sous la table.
Anna : " Vous savez vous en servir? "
Christopher : " Oui, mais avec mon bras... " dis-je en lui montrant le bandage de fortune que m'a fait sa mère.
Anna : " Vous allez me dicter, alors... " dit-elle, mettant en place l'objet. " Je vais me brancher aux bureaux de poste parisien. Je vous écoute."
Christopher : " Code mercury. Aigle blessé. "
Anna : " Décidément, c'est aussi indéchiffrable que radio Londres... " dit-elle en tapant sur le petit objet. " Je ne demande pas ce que ça veut dire... c'est top secret? " dit-elle sans attendre de réponse.
Je lui sourit poliment, pendant qu'elle s'active à faire ce que je lui demande. Elle lève la tête doucement lorsqu'elle a terminée et nous nous retrouvons coller l'un à l'autre.
Christopher : " Excusez-moi... " dis-je, lorsqu'elle percute mon torse de son nez.
Elle ne dit rien. Elle me regarde avec cette fascination habituelle. Je me perds avec joie dans ses deux iris vertes, avant de respirer son parfum envoûtant de jasmin, qui fait battre mon coeur jusque dans mes tempes. Alors que mon regard se porte sur sa bouche charnue, sans réfléchir je pose mes lèvres sur les siennes. Trop faible pour résister
à la tentation. Elle reste immobile, mais répond à mon baiser...
Après quelques secondes, elle s'éloigne de moi, reprenant son souffle.
Anna : " Il faut y aller... quelqu'un peut rentrer à tout moment. " dit-elle, contre mes lèvres.
...
Sur le chemin du retour, l'ambiance à changé, Anna est plus silencieuse, plus pensive...
Anna : " Vous vivez à Londres? " dit-elle tout à coup.
Christopher : " Euh.. oui. En réalité, dans le civil, je suis journaliste. "
Anna : " Vraiment? " dit-elle, émerveillée.
Christopher : " Oui. Je travail pour le journal de mon oncle. J'ai débuté le conflit en étant reporter de guerre, puis, après Dunkerque et la débâcle... Je me suis engagé dans l'aviation, car je voulais avoir un rôle plus significatif. "
Anna : " Vous avez des frères et soeurs? "
Christopher : " Non, mais j'ai une cousine et un cousin, que je considère comme mes frères et soeurs... nous n'avons pas beaucoup d'années de différence. "
Anna : " Vos parents font quoi dans la vie? "
Christopher : " Mon père s'occupe de l'entreprise familiale qui fait du lait en poudre, et ma mère... elle ne travaille pas. Lorsque mon grande-père est décédé avant la guerre, ils sont parti vivre dans la demeure familiale dans le Sussex, fuyant par la même occasion les bombardements de la capitale. Il n'y a que mon oncle et ma tante qui soient restés à Londres... J'espère qu'ils ne leur ai rien arrivés." dis-je inquiet.
Anna : " Quand vous atteindrez Paris, vous demanderez à retourner chez vous? "
Christopher : " Je ne sais pas. Si ils ont encore besoin de moi, je ferai mon devoir. "
Anna : " Vous me manquerez... " dit-elle, avec tristesse.
Je me tût, souriant poliment, alors que nous arrivons devant la maison. Je la laisse passer devant moi, n'oubliant pas la correction réglementaire que m'a enseigné mon cher père. Je suis cependant chagriné moi aussi, de devoir la quitter. Si cela ne tenait qu'à moi, je ne partirai plus jamais...
...
Je passe les jours suivant en compagnie de cette famille atypiques, drôle et courageuse. Malgré les privations et la clandestinité, ils ont gardés une sorte d'espoir qui m'émerveille. Henry est un homme affable qui fait de son mieux pour que ses enfants soient protégés. Il m'a conté son rôle dans la résistance et je découvre que j'ai en face de moi un véritable combattant, voir un héros ordinaire (si être un héros du quotidien peut signifier cela). Ils étaient à la fois traqués par les allemands et la milice. Leur conditions de vie, dans les bois, faisait qu'ils étaient sur le qui vive à chaque instants. Alexandre qui parait très impulsif de prime à bord, à montrer un grand sang-froid durant toute cette période et ses récits imagés de certaines confrontations, m'a tenu en haleine comme un gosse! Je dois admettre qu'il n'y a rien que je n'apprécie pas dans cette famille. Même Bérénice! Elle semble traumatisée par le moindre bruit d'obus et de mitraillette depuis que les allemands ont passés la frontière alsacienne, mais elle a accueillit sa famille avec altruisme et elle est à l'origine de la connaissance des plantes médicinales qui m'ont soignées aussi efficacement.
Quand à Anna... En ouvrant les yeux dans sa chambre, la première fois, j'ai cru un moment que j'étais au paradis et qu'un ange m'accueillait! Quand elle s'est adressée à moi en anglais, avec cette accent français irrésistible, j'ai compris qu'elle venait de me porter secours. Chaque jours passés avec elle est un enchantement. Elle fait tout son possible pour que je ne m'ennui pas... mais le simple fait d'être en sa présence suffirait à occuper toutes mes journées!
Le soir, elle me traduit le journal et me tient la main jusqu'à ce que je m'endorme. Démontrant à quel point elle peut-être délicate. Je rêve de reposer mes lèvres contre les siennes depuis que nous avons envoyer ce message au bureau de poste, mais je ne veux pas profiter de la situation.
Ils ne cessent de me remercier de les avoir aider, alors que j'ai le sentiment de n'avoir rien fait. Ils n'avaient pas besoin de moi, ils se débrouillaient très bien tout seuls.
Bien qu'être avec eux, m'éloigne chaque jours du but réel de ma mission, je ne voudrais être nulle part ailleurs...