Avant-propos
Il n'y a pas de chemins,
il y a un espace libre de création devant nous.
Qu'allons-nous y mettre ?
Il m'a fallu du temps.
Parfois, j'ai pris de longs détours.
Sans cesse, j'ai eu l'impression de quitter ma voie.
Maintenant, j'ai le sentiment d'avoir retrouvé mon chemin. Ou de le trouver, tout simplement. J'ai ouvert la porte et réalisé, enfin, l'importance de chaque instant. Je prends conscience de ma présence ici, dans cette vie. Je regarde et je vois vraiment combien elle est belle, je vois cette magnifique beauté !
Je (re) découvre ma petite voix intérieure. Elle me guide, elle m'accompagne. Si j'écris aujourd'hui, c'est que j'ai confiance en elle et que j'essaie de me faire confiance.
Au cours de ces détours, j'ai appris que les années, pendant lesquelles j'ai eu soif, j'ai eu faim, j'ai traversé le désert (selon l'expression consacrée), m'ont permis de réveiller en moi les ressources nécessaires pour gérer l'obscurité, la lumière, la chaleur, le froid et trouver l'équilibre entre ces extrêmes apparences. Mon parcours va vous sembler bien rude, mais il faut de la détermination, du courage et de la discipline pour mener à bien une authentique démarche spirituelle et, surtout, avant cela, pour s'y engager. Dans les temps de turbulences et de confusion, le destin du papillon nous révèle la danse de la transformation : c'est en rentrant dans sa chrysalide que l'on peut briser les vieilles habitudes, que la chenille peut enfin changer sa vision pour celle, tellement plus vaste, du papillon. Une nouvelle vision indispensable à qui veut sortir de l'obscure ignorance pour s'émerveiller, espérer et découvrir tous les possibles que la vie nous offre.
J'ai choisi d'écrire sur deux tempos : le premier, à la troisième personne du singulier, m'a permis de prendre de la distance sur mon histoire. Le deuxième tempo, à la première personne, est plus personnel, plus intime, plus révélateur de qui je suis et de ce que j'ai envie de vous donner, de vous transmettre. C'est ce que j'aimerais que vous gardiez en vous. Les deux ensemble forment un tout. Un tout qui est moi, entière. Je ne pouvais léser une des deux parties de moi-même. C'est le premier enseignement que je partage avec vous : acceptez tout de vous. Toutes vos expériences, quelles qu'elles soient, car c'est dans l'amour de soi que l'on peut avancer.
Que la danse sacrée du papillon vous accompagne à chaque pas de votre vie, avec légèreté, force de paix et confiance.
I
L'ouverture du bal
Il suffit d'un souffle,
d'un battement d'ailes,
pour (re) naître.
Un 28 mai, un enfant naît. On lui donne le prénom d'un papillon rare : Isabelle. Cette date n'est pas un hasard : c'est celle de la Saint-Germain, Maître Ascensionné et Gardien de la Flamme Violette. Maître Ascensionné, c'est-à-dire guide spirituel, incarné plusieurs fois sur terre, et qui a œuvré pour la Lumière, à chacune de ses incarnations. Il a développé des dons et des qualités, qu'il a appris à maîtriser au fur et à mesure de ses vies : Saint-Germain a été Saint-Joseph, père de Jésus, puis Merlin et Christophe Colomb. Il est le maître de l'alchimie et, donc, comme le papillon, symbole de transformation.
Chaque Maître est gardien d'un rayon sacré. Nous avons sept principaux chakras alignés le long de notre verticalité. Les chakras sont des centres énergétiques, des vortex qui détiennent, chacun et ensemble, notre force de vitalité. Ces sept chakras ont une couleur et, à chacun d'entre eux, est relié un rayon de la même couleur. Un rayon est une sphère, qui entoure notre corps et nous relie au chakra et au Maître Ascensionné correspondants, ainsi qu'à toute chose vivante. Saint-Germain correspond au 7echakra, de couleur violette. Il est le gardien de sa flamme, cette énergie spirituelle qui permet de transformer les énergies subtiles négatives en énergies positives.
Il me faudra bien des annéespour comprendre ce lien, pourtant là, dès ma naissance.
Les cris et les pleurs de ce tout nouveau-né n'ont de cesse de remplir la vie familiale. De même, ils remplissent l'église le jour de son baptême.
Une histoire dit que, avant de s'incarner, l'âme fait le point sur son parcours et choisit les grandes lignes du chemin de sa future vie. Cela étant fait, un ange pose son index au-dessus des lèvres de l'enfant et lui dit « chuuut », afin qu'il les oublie : le souvenir des épreuves à venir serait trop douloureux et ne serait pas aussi efficace. Nous gardons la trace du passage de cet ange : le petit creux, juste au-dessus de nos lèvres... Après la naissance, l'âme, désormais incarnée, conserve quelques bribes de mémoires. On dit que, lorsqu'un jeune enfant pleure beaucoup, cela signifie qu'il n'aura pas une vie facile : il se souvient des épreuves qui l'attendent. Maintenant, existe-t-il vraiment des vies faciles ?... Toujours est-il que, lorsqu'on lui raconte son baptême, Isabelle se dit que, si elle criait tant, ce devait être sous le poids de ses futures souffrances. Elle criait sa colère et ses peurs au monde.
Du plus loin qu'elle se souvienne, elle a toujours été curieuse, peureuse et en soif de comprendre. Comprendre pourquoi elle est ici, en ce lieu, dans cette vie. Posant des points d'interrogation sur chaque visage, dont le sien. Qui suis-je ? Que dois-je faire ici ? Au plus profond de sa mémoire, au plus profond de son corps, est enfouie la certitude de devoir donner naissance à des enfants et, surtout, de devoir donner un sens à cet étrange imbroglio de la vie. Car il y a un sens à son existence, c'est comme une inscription gravée en elle, un engagement, une évidence. C'est sûr, un jour, elle l'exprimera, elle l'écrira. C'est tout ce qu'elle sait et elle se battra pour y arriver. Ses grands yeux noirs, son corps frêle le crient déjà. Mais, pour le moment, sa bouche se tait et son cerveau est en mode « survie ». Car les parents qu'elle a dans cette incarnation de vie sont dépourvus d'amour et de bienveillance. Au contraire, une peur sourde règne dans le cercle familial.
Son petit ange, qui la guide, lui murmure :
- Pas maintenant ! Pas maintenant ! Le temps viendra où tu sauras quel est ton rôle sur terre. Mais souviens-toi que l'on peut tout donner, que tous les destins sont liés et que l'amour rend tout possible.
Dans la vie, la patience est essentielle. C'est une discipline incontournable pour guérir, avancer et obtenir le havre de paix auquel nous aspirons tous. Chaque étape ou projet est comme une graine que l'on plante. Cela demande du temps, de l'arrosage quotidien pour que la graine germe, puis grandisse jusqu'à devenir un arbre aux fruits mûrs. Que faut-il faire pendant ce temps ? Être attentif et avoir confiance dans le fait que ces fruits seront les plus beaux. Prendre conscience qu'en prenant soin de cette graine, nous prenons soin de nous : de notre être divin et de notre destin. Je peux dire aujourd'hui que rien ne sert de courir ni de fuir. Nous devons juste être présents. Une présence à soi, mais aussi à notre environnement. Il suffit de si peu, finalement, d'une simple graine, pour apprendre ce que la vie a à nous enseigner.
Nous sommes tous un esprit dans un corps. Ce corps est un ami qui permet d'expérimenter la vie. L'esprit est la forme de l'être, il est conscience et énergie. L'esprit n'est pas le corps.
Nous ne sommes pas le corps. Nous l'habitons. Un jour nous le quitterons, puis nous retournerons à la Source.
Nous ne possédons pas une âme. Nous sommes une âme, notre partie divine, qui s'est incarnée dans ce corps et dans l'esprit humain.
La vie est composée de la trinité en une parfaite unité pour laisser briller la lumière.
L'âme est comme une flamme d'amour. Elle est libre d'être expansée, de circuler, de réchauffer les cœurs tant que l'esprit la nourrit chaque jour. Telle est notre première mission.
Les expériences de la vie sont aussi là pour contacter cette grande lumière et ne plus porter les manteaux des mémoires de nos vies passées et/ou les mémoires de vies de nos ancêtres. Chacun de nous porte en soi ces histoires qui alourdissent notre âme. Notre âme ne demande qu'à s'émanciper de ce lourd fardeau et à être libre de se réaliser. Mon âme, comme la vôtre, a été invitée à ce voyage. Un voyage pour trier le subtil de l'épais et découvrir ce qu'il y a derrière la matière afin d'ouvrir les portes d'autres réalités : c'est un voyage de transformations intérieures. Ce parcours doit se faire sans attente, ni demande et le plus léger possible : pour qu'enfin nous puissions danser notre vie.
Pour cela, quoi de plus efficace que l'ombre ?
L'ombre existe pour révéler la lumière.
Tout comme la lumière éclaire l'obscurité.
Isabelle grandit, tant qu'elle peut. Pleine d'incertitudes, de doutes et toujours de peurs face à ce que la vie lui réserve. Elle vit dans une maison, avec une famille, une grande sœur. Son école se situe non loin de là. Elle y aime la compagnie de ses amies. Là, c'est la vraie vie ! À la maison, tant bien que mal, il y a une vie aussi.
Son souhait est d'apprendre qui elle est ! Elle souhaite se découvrir et comprendre le monde. C'est comme un secret. Rien ni personne ne pourra la faire dévier de ce projet. Mais ses points faibles résident dans son extrême sensibilité, dans sa timidité, dans son impossibilité à se mettre en avant, dans son envie permanente de se cacher, dans sa propension à se perdre facilement au milieu d'une foule : elle se sent si petite, si différente, sans vraiment pouvoir se l'expliquer. En revanche, elle ressent sa lumière qui brille dans son cœur, cette lumière qui la pousse à aller de l'avant. En même temps, elle sait qu'il est important de protéger cette flamme. Pour cela, elle agit comme lorsque l'on plante une graine : avec patience et délicatesse.
Elle reconnaît la chance d'être là.
Son plus lointain souvenir la ramène lorsqu'elle a quatre ans et qu'elle est catapultée chez sa tante, à Tours. Une séparation du foyer familial nécessaire, car, une fois de plus, sa mère a dû être internée en hôpital psychiatrique. Mais elle a peur, elle n'a plus de repère. Elle est si jeune pour être séparée du foyer, surtout du jour au lendemain. Elle ne garde qu'un souvenir très flou de ce « catapultage », alors elle s'imagine aujourd'hui la scène : son père appelant en urgence sa sœur et ses frères, pour expliquer la situation et demander qui pourrait bien garder les enfants, le temps qu'elle s'apaise. Érynn, sa sœur aînée, est parachutée chez un oncle, déjà père de cinq enfants, et Isabelle chez tante Coco qui en a quatre, bien plus grands, dont une fille, marraine d'Isabelle. Aujourd'hui, elle imagine tante et oncle récupérant cette enfant désemparée, n'apportant qu'un petit sac, en guise de valise. Il faut lui faire une place, expliquer aux leurs qu'il faut « être gentils », ce qui, de toute façon, leur est naturel et spontané. Changement de maison, de famille, d'habitudes, d'école, d'amis... Cette petite fille ne garde pourtant, dans sa mémoire consciente, que le souvenir visuel des oiseaux colorés qui chantent, dans la cuisine de tante Coco et, surtout, de leur amour. Pourtant, les cellules de son corps ont forcément intégré l'abandon et l'insécurité.
Ce séjour dure une année entière.
D'autres séjours, plus courts, suivent chaque fois que son père décide de mettre femme et enfants dehors. Là, ce sont les souvenirs exprimés par les grands-parents maternels qui restent en mémoire. Comme les retrouvailles sur le quai d'une gare, un soir, avec Érynn et Isabelle un peu hébétées, en pyjama, tenant poupée ou doudou, accompagnées d'une mère portant juste un paquet de couches.
Ainsi est le temps de la petite enfance.
Une fois le tiroir de ces souvenirs refermé, le plus proche, chronologiquement, qu'elle puisse ouvrir, la ramène en primaire. Elle a une amie qu'elle ne quitte pas et elle est amoureuse. Ce garçon est bien trop beau pour elle. Il est blond, elle n'arrive pas à détourner le regard du bleu de ses yeux, car lorsqu'elle se plonge dedans, elle y voit l'océan tout entier. Bien sûr, elle en parle à son amie, Nadia. Elle en parle à sa sœur, Érynn, de trois ans son aînée. Elle a déjà de l'expérience dans ce domaine. Elle lui explique « comment ça marche, l'amour ». Mais ce garçon-là est vraiment trop beau, elle ne parvient pas à dépasser ses peurs. Alors, elle rêve... Elle s'imagine... C'est mieux que rien...
L'école est à côté de la maison, c'est bien pratique : elle y va à pied, avec Nadia, le matin, le midi et le soir. Pas de cantine, d'étude, ni de garderie, car la maman d'Isabelle ne travaille pas. Elle ne peut pas, les médicaments qu'elle prend pour traiter sa maladie ont pour principal effet secondaire une constante fatigue. La maman de Nadia ne travaille pas non plus. Ancrée dans ses origines, elle ne se sent pas très à l'aise dans ce pays. De surcroît, sa langue maternelle rend difficile d'entrer en contact avec les autres et de prendre confiance.
Les parents de Nadia sont très gentils. Elle va souvent chez eux, à la sortie de l'école. Les mercredis, les week-ends aussi... Dès qu'elle le peut... Cette famille la rassure, tout chez eux l'apaise : leurs gestes, leurs habitudes, l'odeur des épices, du thé à la menthe, la musique orientale, les doux regards de la maman et le bol de lait qui attend Isabelle après l'école. Elle fait un peu partie de cette famille, dans laquelle elle s'immerge ; elle se nourrit de tous ces parfums ; elle se laisse bercer par cette ambiance. Elle oublie alors, un instant, qu'elle a, elle aussi, une maison, une famille, une histoire, préférant vivre intensément ces instants. Elle gardera toujours un goût prononcé pour le thé à la menthe, pour la musique orientale et les épices...
Quand Isabelle pénètre dans la cour de la maison de Nadia, elle s'arrête pour saluer les poules et les lapins. La maison est petite, la décoration fait écho aux racines algériennes de ses habitants. Les couleurs sont chaudes et ne peuvent que réchauffer les cœurs passant par là
Au contraire, Nadia vient très peu chez son amie. Pourtant, ce n'est pas la place qui manque, le jardin est grand, avec un pommier, un cerisier, une grande cour pour jouer. C'est vrai, la maison est un peu particulière : au rez-de-chaussée, se trouvait autrefois une boutique de charbon, qui a fermé peu après leur emménagement. Cette pièce est alors devenue une chambre supplémentaire : froide et effrayante. Où une chaudière semble rendre l'âme toutes les dix minutes, jour et nuit, en émettant un bruit sourd et régulier, empêchant de dormir sereinement. Isabelle utilise pourtant la pièce adjacente comme chambre : c'est le prix à payer pour s'isoler de l'ambiance familiale...
Il faut monter un escalier pour accéder aux autres pièces. On arrive tout d'abord dans la cuisine, où la vaisselle sale déborde de l'évier, à côté d'une cuisinière à gaz noircie par tous les aliments qu'on y a trop fait griller, d'une table protégée par une nappe cirée dont on ne voit plus les motifs, puisque cachés par les miettes de pain jamais enlevées et la vaisselle sale abandonnée. Autour, les fleurs des murs carrelés sont jaunies par la graisse. La poussière a pris possession des placards. La nausée du visiteur s'amplifie dans les pièces suivantes. Sur la gauche, dans la salle de bain, le tartre prédomine. Pour progresser, il faut enjamber le tas de vêtements, propres ou sales ? On ne sait plus... Mais dont l'odeur humide souligne le tableau général déjà peu réjouissant. Suivent une salle à manger et un salon. Sur le tapis, des années de poussières accumulées en masquent la couleur initiale. Un plaid est posé là depuis si longtemps, qu'on le croirait collé sur le canapé, cachant ainsi un monceau de papiers, de mouchoirs, de poils de chat ou de chien. La table à manger est, elle aussi, recouverte d'une nappe cirée, rendue collante par la confiture ou la sauce, de la veille ou d'un autre jour. Puis vient la chambre des parents, dont il ne faut jamais ouvrir la porte, de peur d'attraper une maladie infectieuse, consécutive à l'inspiration d'une puanteur indélébile. Après un second escalier, on accède à une autre chambre, sous les combles, aussi sale que les autres pièces. Elle respire cependant une certaine sérénité : ses murs sont imprégnés des douces confidences que deux sœurs solidaires s'échangent. Leurs verbes dévoilent d'intimes secrets, qui vont se déposer sur les murs, apportant toute sa légèreté à ce lieu. Enfin, à côté de cette chambre, un immense grenier tapissé de toiles d'araignées est rempli d'objets petits et grands, anciens, cassés ou dépassés : jouets, meubles, vêtements, livres et autres découvertes y sont entassés. À chaque fois qu'Isabelle en pousse la porte, la voilà transportée dans un univers féerique, peuplé de fées et de lutins. Elle adore errer seule, ici, isolée du bruit et des émotions négatives. Un seul souffle, un seul regard, un seul geste et tout est transformé. Son imagination est d'une grande créativité pour inventer une histoire à ce grenier. Le soir tombé, ses habitants imaginaires se métamorphosent en sorcières, ogres et fantômes. Et ses pensées créatives se transforment en autant de peurs et d'angoisses. Une fois qu'elle a quitté les lieux pour regagner sa chambre et aller se coucher, elle reste pétrie par toutes ces sensations.