Ambre
- Faites attention à vous surtout !
Après un dernier signe de main dans notre direction, ma belle-mère démarre en trombe et disparaît sous un nuage de fumée.
- Toujours aussi bavarde, à ce que je vois, se moque mon amie Holly, près de moi.
Je secoue la tête doucement, amusée par le moment que nous venons de passer dans la voiture. Mia, la nouvelle compagne de mon père a peu de temps libre à accorder à sa famille, toujours fourrée dans son bureau d'éditrice en centre-ville de San Francisco. Nous ne la voyons pas souvent, mais lorsqu'elle se libère enfin, nous ne pouvons plus l'arrêter de parler.
- Pour une fois qu'elle sort la tête de ses livres, réponds-je en rigolant, je ne vais pas m'en
plaindre.
C'est vrai que les moments passés avec elle se comptent sur les doigts de la main. Elle a emménagé avec mon père il y a un plus de trois ans. Au départ, j'étais un peu réticente à la faire entrer dans notre vie, mais elle y a trouvé une place très rapidement. Déjà, parce que le besoin d'une présence maternelle commençait à se faire sentir chez ma petite sour, mais aussi parce qu'il s'agit d'une femme adorable - malgré son goût prononcé pour sa vie professionnelle. Quoi qu'il en soit, elle a pris la place que ma mère a abandonnée il y a plusieurs années et rien que pour ça, je l'en remercie.
J'attrape le bras de ma copine et l'attire vers l'entrée de l'Écho, le bar où nous travaillons les vendredis et samedis. C'est de loin le boulot qui nous rapporte le plus depuis que nous avons l'âge légal d'avoir un job. Les pourboires lors des week-ends sont tous plus exorbitants les uns que les autres, et avec l'arrivée prochaine des grandes vacances, les soirées et privatisations du bar se multiplient.
- Salut, les filles.
Une caisse dans les mains, Austin, notre patron, nous fait un sourire en passant près de nous.
Après avoir salué toute l'équipe, nous nous faufilons dans les vestiaires.
- Esther passe nous prendre vers une heure.
Le nez plongé dans son téléphone, Holly pianote énergiquement dessus, levant à peine les yeux dans ma direction tandis que je me change.
- Elle nous ramènera chez nous après la boîte ? demandé-je, tout en enfilant mon tee-shirt sur
lequel est inscrit en lettres capitales mon prénom ainsi que le logo de l'établissement.
- Oui, elle a un repas de famille demain et veut éviter de picoler, me répond-elle en fourrant son téléphone dans son sac à main et en mettant comme moi sa jupe noire cintrée.
- Et grâce à elle, nous rentrerons saines et sauves !
Je mets le reste de mes affaires dans le grand casier métallique qui m'est attitré et le ferme à
clé.
- Allons-y!
En deux enjambées, elle me pousse vers la sortie et nous retrouvons le reste des employés dans la grande salle.
Il est plus d'une heure lorsque nous rejoignons enfin Esther sur le parking. Adossé à sa Ford
Focus rouge, le troisième membre de notre trio nous attend patiemment.
- Rappelle-nous déjà pourquoi tu es la seule à avoir tes soirées de libres ? lui demande Holly
tandis qu'elle souffle bruyamment.
Ses talons claquent contre le béton et, à chaque mouvement de jambe, elle laisse échapper de
ses cheveux un agréable parfum fleuri.
- Parce que je voulais profiter du début de l'été et ne pas être obligée de travailler aussi pendant les vacances ! se moque Esther en venant nous prendre dans ses bras. C'était si horrible que ça, ce soir ?
- Enterrement de vie de garçon, lui dis-je, lessivée. Ils n'ont pas arrêté de hurler dans le bar, de
chanter et de boire.
Je pose mon sac à dos dans le coffre de la voiture et m'installe sur la banquette arrière.
- J'ai les pieds en compote, me plains-je en massant mes chevilles.
- D'où les baskets ? raille la conductrice qui semble, tout comme Holly, avoir mis des chaussures de dix centimètres.
- Non. Ça, c'est pour ne pas finir avec un orteil en moins.
Dans le rétroviseur, je la vois lever les yeux au ciel et esquisser un sourire.
- Tu me laisseras un jour m'occuper de ta tenue ? me demande Holly par-dessus le siège avant.
- Pour quoi faire ? Je suis très bien comme ça, réponds-je, un peu blasée.
Chaque fois, c'est le même cinéma. Je suis le genre de file à ne vraiment pas me prendre la tête lorsque je sors. Je n'arrive pas à comprendre celles qui ont besoin d'être montées sur des échasses. En boîte de nuit, tu dois pouvoir tenir debout toute la soirée. Avec des talons de vingt centimètres aux pieds, c'est loin d'être une tâche facile.
- Tu es très belle, me rassure Esther, mais tu le serais encore plus avec de jolies chaussures.
- Comment comptes-tu te trouver un mec si tu es habillée comme pour aller au lycée ? critique la brune à sa droite.
- Je n'ai pas besoin de me trouver un mec, la coupé-je avant de marmonner dans ma barbe :
« Le dernier m'a suffi. »
C'était il y a à peine six mois et son souvenir est encore très frais dans ma mémoire. Le fait que
nous fréquentions le même cercle d'amis n'aide pas non plus à l'effacer.
-Et alors, toi et Tyler? reprend la conductrice d'un air espiègle.
- Quoi, Tyler ? répond Holly à ma place. Ambre, je t'interdis de retourner avec cet abruti.
- Calme-toi ! dis-je en me moquant un peu de sa réaction. Ce n'est pas prévu au programme.
- Tu dis ça maintenant, et puis quand tu auras bu quelques verres, vous allez encore vous
chercher et on sait tous comment ça va finir!
- Arrête de lui donner des idées, râle Holly.
- Je l'aime bien, me défends-je. Mais je ne suis pas stupide, je l'ai quitté ce n'est pas pour revenir dans ses bras en courant.
Ou alors il va en baver un peu avant. Par principe.
Après une vingtaine de minutes de trajet, nous nous garons rapidement et rejoignons le reste de la bande devant l'entrée du Jerry. C'est une boîte de nuit fréquentée par les jeunes et nous y allons pratiquement une fois par mois. Nous avons la chance d'avoir des parents plus ou moins laxistes, ce qui nous permet de profiter de quelques soirées entre potes. Même si mon père aime bien, parfois, que je reste en famille le samedi soir. « Ça soude », comme il aime si bien dire. Enfin, ça lui permet surtout de passer du temps avec sa femme, alors je joue le jeu.
Les yeux rivés sur la longue file d'attente, je guette la présence de Cameron, mon demi-frère.
Alors que mon regard se pose sur une touffe brune, je remarque instantanément la chevelure blonde impeccablement bien coiffée qui se trouve à côté. Un léger sourire vient fendre mon visage tandis que
je le reconnais.
- Tiens, tiens, regarde qui est là... chuchote Esther à mon oreille, m'indiquant d'un mouvement
de menton la direction dans laquelle je regardais quelques secondes plus tôt.
Je lui adresse un clin d'oeil aguicheur avant d'exploser de rire avec elle - laissant Holly lever les yeux au ciel et me lancer un regard désapprobateur.
- Nous n'attendions plus que vous, nous accueille Cameron avec le sourire.
Ses deux meilleurs potes qui l'accompagnent se tournent vers nous et semblent tout aussi éméchés que mon demi-frère. Je ne peux empêcher mon regard de s'attarder sur Tyler. Le tee-shirt noir qu'il porte fait ressortir la blondeur de ses cheveux coiffés comme je les aime. Il m'adresse un sourire en coin, de ceux dont lui seul a le secret, et vient se placer près de moi.
- Ça a été, votre service ? nous demande poliment Garret, le troisième de la bande, beaucoup plus discret que les autres.
- Interminable, se plaint Holly dans un gémissement.
- Place à la détente alors, ajoute Tyler près de moi, les vibrations de sa voix se répercutant sur
ma peau.
Le laisser galérer.... Plus facile à dire qu'à faire, mais il mérite bien ça. Cameron avance dans ma direction et place un bras autour de mes épaules. Des effluves d'alcool se dégagent de son haleine tandis qu'il approche son visage du mien.
- Alors, soeurette, j'espère que t'es prête parce que ce soir je te fais picoler.
Depuis que nous habitons sous le même toit, c'est le seul surnom qu'il utilise pour m'appeler et je l'apprécie beaucoup. J'ai toujours rêvé d'avoir un frère et avec Cameron je ne pouvais pas mieux tomber. Il est réellement gentil, ouvert d'esprit et je sais que, quoi qu'il arrive, il sera toujours là pour moi. Nous étions déjà amis avant de nous retrouver propulsés dans la même famille. Le fait que nous ayons le même âge nous permet vraiment d'avoir une relation de frère et soeur. À l'opposé de celle que j'entretiens avec ce qui lui sert d'aîné... Je fronce instinctivement les sourcils au moment où cette idée me traverse l'esprit. Ce n'est clairement pas le moment de penser à lui ; plus il est loin de moi, mieux je me porte.
Après de longues minutes d'attente, nous finissons par passer les portes d'entrée du Jerry.
L'odeur de transpiration mélangée à celle, étouffante, de la fumée se fait déjà sentir alors même que nous pénétrons dans l'enceinte de l'établissement. Nous déposons chacun nos affaires au vestiaire en essayant de tout faire rentrer dans le moins de sacs possible. Une fois débarrassés, nous nous dirigeons directement vers le bar, faisant plusieurs pas au rythme de la musique tout en tentant d'éviter les danseurs sur notre passage. Les quelques tables présentes dans la salle sont déjà toutes occupées. Certaines filles dansent même dessus, se trémoussant avec fougue tandis que le DJ mixe un titre de Kiiara.
- Vous avez du retard à rattraper, les filles ! La première tournée est pour moi.
En vrai gentleman, Tyler sort sa carte bleue de la poche de son jean et commande à la serveuse un mètre de shots. La soirée commence à merveille, de l'alcool, de la musique et des potes : let's have
fun!
Ambre
Ce matin, j'ouvre les yeux difficilement et plaque instinctivement une main sur mon visage. Des flashs de la veille et une vilaine migraine me rappellent à quel point j'ai bu. Ma bouche est pâteuse et j'ai soif : classique d'un lendemain de soirée. Je n'ai pas le temps de m'apitoyer sur mon sort que je comprends la raison pour laquelle je me suis réveillée. Je perçois de l'autre côté de la porte des bribes d'une conversation mouvementée, qui se déroule à l'étage du dessous. Dans un premier temps, j'ai la désagréable sensation que Mia se dispute avec mon père. Chose qui arrive un peu trop souvent ces derniers temps et rend l'atmosphère familiale plutôt tendue. Sans vraiment en connaître tous les détails, j'ai cru comprendre que ma belle-mère cherchait à ouvrir une nouvelle agence d'édition en Europe, en plus de celle qu'elle a ici à San Francisco. Visiblement, ça a toujours été son rêve de s'exporter mais mon père, et j'imagine très bien pourquoi, n'a pas l'air emballé par l'idée. Ce qui a provoqué un froid entre eux quelques jours. Je me retourne pour regarder l'heure sur mon réveil et remarque qu'il est midi. J'ai dormi seulement six heures. Nous avons fait la fermeture hier avec Esther, Cameron et Holly. Je savais que le réveil allait être difficile, mais sûrement pas si tôt. J'entends toujours Mia s'époumoner dans le salon et, vu l'heure qu'il est, mon père est au boulot donc ça ne peut pas être avec lui qu'elle se dispute.
- J'espère que tu plaisantes !... Oui, j'espère pour toi que ce n'est pas définitif... Je ne veux pas
savoir qui a commencé... C'est n'importe quoi... Je te pensais plus responsable.
Soulagée de la savoir au téléphone et non face à mon père, je décide de me lever tout en écoutant le cirque qu'elle fait en bas. Debout sur mes pieds, je mets quelques secondes à me stabiliser. Je ferais bien d'aller boire un verre d'eau et de manger quelque chose parce que j'ai réellement la gueule de bois. J'ouvre les rideaux et ferme aussitôt les yeux au moment où la lumière du jour se propage dans la pièce.
- Merde.
J'ai été trop rapide. La tête me tourne et me fait un mal de chien. Il va vraiment falloir que je me calme sur l'alcool la prochaine fois. Je contourne mon lit pour aller prendre mes affaires de sport, bien décidée à aller courir pour éliminer toutes les mauvaises toxines. J'espère juste que ça va me permettre de me sentir mieux. Fichue gueule de bois. Je descends les escaliers, un peu bancale, et me dirige vers la cuisine. Mia s'est réfugiée dans son bureau. Elle semble s'être calmée mais continue de parler avec son interlocuteur. Je n'écoute plus un mot de ce qu'elle raconte, bois un grand verre d'eau puis prends une banane avant de sortir par le jardin. En quelques pas, je me retrouve sur le sable et commence à partir en petites foulées le long de la mer, la musique dans les oreilles.
L'après-midi est déjà bien entamé lorsque je rentre et le soleil tape sur mes épaules. Je me sens beaucoup mieux. Je suis en sueur et je n'ai qu'une envie, c'est de prendre une douche afin de faire disparaître cette odeur désagréable. Je retire mes écouteurs au moment où je passe le portail qui donne sur le jardin. Je monte dans ma chambre récupérer des vêtements et file sous l'eau tiède, histoire de me rafraîchir un peu. Après avoir enfilé une robe fleurie et des sandales, je descends pour me faire à manger. J'ai tout juste posé la casserole sur le feu que Cameron débarque dans la cuisine.
Vêtu d'un short de sport gris et d'un débardeur blanc qui fait ressortir les muscles de ses bras, il passe une main molle dans ses cheveux bruns en bataille. J'ai toujours trouvé Cameron très séduisant, son mètre quatre-vingt lui donne une vraie prestance quand il entre dans une pièce. Il ne se coiffe jamais et entretient une petite barbe de trois jours qui lui donne un effet négligé. Ce qui rend de nombreuses filles du lycée folles de lui. Moi par contre, je ne l'imagine pas autrement qu'en tant que membre de ma famille, même recomposée.
- Déjà debout ? lui demandé-je. Je pensais que tu allais traîner dans ton lit plus longtemps.
Il vient m'embrasser sur le front, regarde l'eau que j'ai mise à bouillir puis s'assied sur une chaise haute face à la table.
- Je voulais, mais j'ai été réveillé par ma mère.
- Pareil, c'est pour ça que je suis allée courir.
- T'es déterminée, toi, le matin, dit-il, un brin moqueur.
- Je me fais des pâtes, tu en veux?
- Grave ! J'ai une de ces gueules de bois, c'est puissant !
Je rigole tout en sortant deux verres que je remplis d'eau et dans lesquels je plonge un cachet
pour le mal de crâne. Il prend celui que je lui tends et le cogne contre le mien.
- Santé, soeurette !
- Cul sec, réponds-je du tac au tac.
Une fois mon breuvage avalé, je me concentre sur les pâtes tandis que Cameron sort des assiettes et des couverts pour mettre la table dans le salon. Il allume la télé et nous regardons un épisode de Dexter, le temps d'avaler notre repas.
- Au fait, Jayden rentre.
Cameron m'annonce la nouvelle entre deux bouchées. Je reste muette, essayant difficilement d'avaler la cuillerée de pâtes que j'ai dans la bouche - ou peut-être est-ce la nouvelle qui est compliquée à assimiler. Il ne manquait plus que ça.
- Si tôt? réponds-je en geignant presque.
- Oui, apparemment il a été viré de la fac. Ma mère était hors d'elle ce matin, c'était avec lui qu'elle était au téléphone. Il rentre ce soir.
Je repousse l'assiette qui se trouve sous mes yeux, mon appétit a disparu. C'est le retour des emmerdes.
***
Malgré le monde fou qui se promène dans les rues de San Francisco, les filles et moi réussissons à nous installer en terrasse. Le soleil et la bonne humeur sont au rendez-vous ! Après avoir commandé trois boissons fraîches, nous commençons rapidement un briefing de la soirée de la veille.
- J'ai vraiment beaucoup bu, j'ai réussi à émerger du lit qu'à quinze heures. C'était horrible, se plaint Holly, mais par contre la musique était vraiment cool.
- Vers la fin ça partait un peu en live quand même. Heureusement qu'on est rentrées, j'avais les
pieds en compote.
- Je t'avais prévenue, Esther, les talons, c'est pas la meilleure idée en soirée, la taquiné-je, ravie d'avoir raison. Rien de mieux que des baskets pour danser.
- Oui, bon, toi, tu feras moins la maligne la prochaine fois qu'on sort, me menace Holly. Parce que les baskets, c'est confortable, mais ça va cinq minutes!
Je lui réponds avec une moue boudeuse, avant d'exploser de rire avec elle. Elle peut toujours rêver, je ne la laisserai certainement pas me relooker. Je l'adore, mais je n'ai pas ses goûts en matière de fringues.
- Alors, quand est-ce que Tyler et toi remettez le couvert? me taquine Esther.
- Ça me fait du mal de le dire mais c'est vrai qu'il ne t'a pas lâchée de la soirée.
Je hausse les épaules tout en tripotant les coutures de ma robe à fleurs face à la remarque de
Holly.
- Sauf qu'il a du mal à être exclusif, je vous rappelle. Etre en couple à plusieurs, ce n'est pas
réellement ce que je préfère, réponds-je, un peu amère.
- Pourtant, c'est tellement évident qu'il t'apprécie, argumente Esther.
- Peut-être, mais il avait une drôle de façon de me le montrer quand nous étions ensemble, ajouté-je, laissant quelques souvenirs de ses déboires de soirée envahir mon esprit.
Il est vrai qu'il n'avait jamais l'impression de faire quelque chose de mal. Pourtant, fourrer sa langue dans la gorge de plusieurs nanas en soirée n'était pas ce que j'appelais « être fidèle »... Ou alors nous n'avions pas le même dictionnaire. Je bois une gorgée de mon jus de pamplemousse pressé, puis enchaîne dans l'optique de changer de sujet:
- Vous ne savez pas la meilleure ? Jayden revient.
Durant un court instant, la table est plongée dans le silence, avant que Holly ne réagisse avec joie.
- C'est pas vrai ?
- Si. Apparemment, il est viré de la fac, je ne connais pas vraiment le motif. En tout cas, il
débarque ce soir.
- Alors là, on va se marrer, se moque-t-elle ouvertement.
- Je ne vois pas ce qu'il y a de drôle, marmonné-je.
Je n'ai jamais caché aux filles le mal que j'avais à m'entendre avec l'ainé de la fratrie White.
Lorsque Mia est venue emménager chez nous, elle n'est malheureusement pas venue seule. Cameron était un don du ciel, son frère, en revanche... Une vraie plaie. Dès l'instant où il a posé un pied à la maison, il ne m'a pas adressé une seule parole gentille. Je suis une indésirable et il me le montre très bien.
- Tu crois qu'il a changé ? m'interroge Esther, l'air un peu distraite.
- Physiquement, c'est certain, parce que la fac rend beau. Mentalement... C'est une autre paire
de manches, continue de blaguer Holly.
- T'es grave, laissé-je échapper dans un rire.
- J'ai le droit de rêver, ajoute-t-elle un peu plus sérieusement. Ça fait quoi, six mois qu'il n'est pas rentré ?
- Tu comptes, en plus ? réponds-je, sarcastique. Un truc comme ça... Noël, il me semble.
À ce souvenir, je grimace. La période de Noël me rappellera toujours le premier réveillon que nous avons passé en tant que famille recomposée il y a trois ans. Il était arrivé le 24 au matin pour repartir le 25 au soir. Deux jours catastrophiques. Me décrochant un mot de temps en temps, il ne m'avait même pas remerciée d'avoir participé au cadeau que Cameron lui avait offert. Il ne m'avait rien acheté, pas même une bricole, un porte-clés ou une paire de chaussettes. Je ne demandais pas la lune, juste qu'il se comporte comme une personne civilisée. J'aurais dû me douter que Jayden White était un abruti et que les abrutis restent des abrutis. Le message était clair : je n'étais pas la bienvenue dans son cercle familial.
- Honnêtement, je ne le sens pas du tout, son retour. J'espère juste qu'il n'est pas viré longtemps... Sinon ça va être infernal à la maison.
- Moi, ce que je ne comprends pas, c'est la raison pour laquelle vous n'arrivez pas à vous entendre, commente Esther.
- Parce que c'est un con, la coupe Holly. Il est peut-être beau mais niveau tact et finesse il est bon à jeter à la poubelle.
Sa remarque nous fait toutes les deux rire, mais provoque une réaction assez inattendue de la
part d'Esther.
- N'importe quoi ! répond-elle, à la limite du grognement. Le peu de fois où j'ai parlé avec lui, il était très gentil.
Instinctivement, mes sourcils se froncent et je scrute le visage de mon amie. Est-ce qu'elle plaisante ? Est-elle réellement en train de défendre l'indéfendable aka la tête de con qui me sert de demi-frère?
- À quoi tu joues, Esther? me devance Holly.
- À rien, répond l'intéressée. Je ne comprends juste pas pourquoi tu le détestes autant, Ambre, alors que tu n'as pas non plus cherché à le connaître.
- Parce qu'il m'en a donné l'occasion, peut-être ? m'emporté-je. Et puis, depuis quand est-ce que tu cherches à lui trouver des excuses ? Tu sais à quel point la cohabitation est compliquée avec lui.
Les joues devenues légèrement roses, Esther tripote la paille de son verre entre ses doigts
avant de secouer la tête.
- Je ne lui cherche pas d'excuses. Tu sais très bien que tu es ma copine et que je suis de ton
côté.
Elle marque une pause, laissant un silence lourd s'installer entre nous tandis que les battements
de mon coeur se font plus intenses.
- C'est juste que je trouve dommage que votre relation soit aussi tendue, surtout en sachant que
nous ne connaissons rien de lui.
J'expire une bonne partie de l'air que je contenais dans mes poumons, agacée par la tournure de cette conversation, et même clairement déçue du manque de soutien de mon amie. Consciente que la tension ne redescend pas, Holly vient poser une main sur chacune de nous d'un geste apaisant.
- Sujet clos, ne nous fâchons pas pour si peu, dit-elle d'une voix douce. Devinez ce que Brody a
fait ce matin, ça a rendu ma mère folle.
Nous nous détendons progressivement à mesure que Holly nous raconte les bêtises de son chien, laissant de côté notre accrochage et profitant de ce moment passé toutes les trois. Après tout, je ne vais pas laisser Jayden gâcher aussi mon après-midi!
***
En rentrant, je trouve Cameron affalé sur le canapé ; il n'a pas bougé depuis que je suis partie
voir les filles. Une vraie larve.
- Journée très productive, dis-moi !
- Qu'est-ce que tu crois, un corps comme le mien ça s'entretient.
Je lève les yeux au ciel et me pose à côté de lui devant la télévision.
- Les parents ne sont pas là ? demandé-je.
- Henri est parti chercher ma mère. Ils ne devraient pas tarder.
Et effectivement, peu de temps après, ils passent tous les deux la porte d'entrée. Ma petite sour descend leur dire bonjour puis s'installe à côté de moi sur le canapé et cale sa tête sur mes genoux. Je lui caresse les cheveux tout en regardant le reportage qui passe à la télé, pas vraiment concentrée. La journée est passée beaucoup trop vite à mon goût et la soirée est presque entamée. Ça signifie une chose : il ne devrait pas tarder. Mon pied tape nerveusement contre le sol et je sens une bouffée de stress m'envahir, tandis que je me fustige mentalement de me prendre la tête pour ça. Il ne mérite pas mon attention.
J'écoute ma belle-mère chantonner dans la cuisine pendant que mon père doit probablement être dans le jardin et allumer le barbecue. J'adore cette période de l'année, la chaleur, le soleil, le bruit de la mer et les barbecues. Je salive à l'idée de manger de la bonne viande. Au moment où je me lève pour aller aider Mia, on toque à la porte. Je m'arrête net. Ça y est... J'aurais dû me foutre poliment de qui se cache sur le seuil et pourtant, j'ai une boule grosse comme l'Alaska qui s'est logée dans ma gorge. Il est là ! Le sourire aux lèvres, ma petite soeur me dépasse en courant, sachant pertinemment qui vient de frapper, et se précipite pour ouvrir à notre visiteur. Un énorme sac sur l'épaule, il porte un jogging et un sweat zippé vert bouteille ouvert sur un tee-shirt blanc basique. Une casquette, aux couleurs de son université de Seattle, est posée à l'envers sur le haut de sa tête.
À cet instant précis, je ne peux m'empêcher de penser que Holly avait raison : l'université rend beau et, déjà que Jayden White était un cadeau de la nature, le Jayden White version 2.0 est devenu une putain de bombe. À croire que six mois peuvent changer un homme...
- Jay! crie-t-elle en lui sautant dans les bras.
L'intéressé en laisse tomber son sac par terre afin de lui rendre son étreinte chaleureuse. Il
l'embrasse dans le cou alors qu'elle s'agrippe à lui, manifestement très heureuse de son retour.
Ça en fait au moins une...
- Salut, ma puce.
- Tu m'as trop manqué, t'es là combien de temps ? Tu viendras me voir danser ? J'ai un
spectacle le 30 juin, tu pourras ? Tu seras encore là ?
- Astrid, laisse-le arriver...
Mia la coupe en entrant dans la pièce, un tablier autour de sa taille menue et un sourire accueillant sur le visage. Elle est suivie de près par mon père, les pinces à barbecue toujours dans les mains. Jayden s'approche de sa mère pour lui donner un baiser sur la joue puis il serre mon père dans ses bras. Cameron me dépasse à son tour pour aller faire une accolade à son frère, tandis que je reste debout dans le salon, préférant attendre qu'il fasse le premier pas.
- Mec, arrête de soulever à la salle, tu vas exploser dans ton tee-shirt, là, le taquine Cameron
tout en lui donnant un léger coup de poing dans le ventre.
Je laisse involontairement mes yeux traîner sur son torse, ses bras, ses épaules et en viens à considérer deux options : soit il a vraiment pris du muscle, soit il a fait rétrécir son sweat au lavage, voire le tee-shirt avec. Je déglutis de plus en plus difficilement à mesure que mon regard se perd sur ce monticule de muscles. C'est légal d'avoir un corps pareil aux États-Unis au moins ? Les deux frères se mettent à se chamailler quelques secondes puis, se rappelant qu'il a une deuxième « soeur », Jayden lève son regard et le pose sur moi.
- Ambre, dit-il d'une voix grave.
Il ne me donne pas le temps de le saluer en retour qu'il est déjà dans une grande conversation avec mon père en direction du jardin. C'est tout. Un regard, un signe de tête et un prénom en guise de salutation. Je retire ce que j'ai dit. Six mois à l'université ne changent pas un homme : Jayden 2.0 est toujours un connard.
Ambre
Pendant que les garçons discutent, les yeux rivés sur le barbecue, je prépare les assiettes et les couverts en essayant de ne pas faire attention à eux.
À lui.
-On mange dehors? demandé-je.
- Oui. J'ai déjà mis une nappe.
Un torchon dans les mains, Mia ouvre le four d'où une petite fumée blanche et chaude s'échappe et y récupère son gratin de légumes de saison. Passant en même temps une main sur son front pour y décoller les quelques mèches brunes qui s'y sont plaquées, elle dépose le plat sur la cuisinière puis referme la porte en verre.
- C'est bon, je pense que l'on va pouvoir passer à table. Astrid, chérie, on mange ! ajoute-t-elle un peu plus fort.
Ma soeur débarque en une demi-seconde dans la cuisine, prend les verres et l'eau puis file dans le jardin. Je récupère la vaisselle que j'ai sortie et pose le tout sur un plateau avant de faire le même chemin. J'ai à peine franchi la porte-fenêtre que Cameron fonce droit sur moi, me débarrassant les
- Laisse-moi faire, sœurette. Tu vas tout faire tomber.
Légèrement déçue du peu de confiance qu'il m'accorde à la réalisation de cette tâche, je grimace. Il dépose doucement le contenu du plateau sur la table et retourne dans la cuisine le ranger.
Mon père et Jayden s'écartent du barbecue, une assiette de viande dans les mains, puis viennent s'installer à leur place. Mia et Henri occupent les extrémités, l'un en face de l'autre, alors que je suis assise entre Cameron et mon père. Ma soeur, face à moi, est juste à côté de Jayden : place qu'elle a exigée. Même si la table est petite, je suis contente de ne me retrouver ni à côté ni en face de lui. Le repas aurait été un calvaire si j'avais dû le passer à contempler mon assiette. Ma belle-mère se charge du service du gratin et mon père de celui des viandes. À les regarder prendre plaisir à servir leur petite famille, je me sens heureuse. Moi qui ne donnais pas cher de leur histoire qui a débuté sur un site de rencontre, je suis ravie de voir que je me suis trompée. Malgré quelques déconvenues ces dernières semaines, ils se complètent plutôt bien et semblent s'aimer. Du moins, ils ont réussi à mettre leurs différends de côté pour aujourd'hui et l'ambiance est au beau fixe.
- Alors, Jay, t'es là combien de temps ?
Ne pensant pas dire quelque chose de mal, Astrid jette pourtant un froid autour de la table. Mia se crispe, mais Jayden, lui, ne semble pas le moins du monde gêné par cette question. Il pose un bras sur le dossier de la chaise de ma sœur puis la regarde droit dans les yeux, un léger sourire étirant ses lèvres. Il a gardé sa casquette sur la tête et je ne peux m'empêcher de trouver son profil sexy. La mâchoire carrée, un joli nez fin, des cheveux bruns débordants au niveau de son front et la visière qui descend le long de sa nuque. Il est viri. Et moi complètement débile à le détailler comme une gamine de quinze ans en plein émoi. Calme-toi, c'est ton demi-frère et avec toi c'est un idiot: imprime et baisse les yeux.
- Jusqu'à début septembre.
Il écarte une mèche de cheveux qui barre le visage de ma soeur pour la placer derrière son oreille, puis se retourne vers la table.
- Et ton diplôme ? demande Cameron, surpris de n'être au courant de rien.
- Je redouble, ajoute froidement Jayden.
Là, plus personne ne répond. Mia pose sa main droite sur l'avant-bras de son fils qui triture, un peu agacé, un morceau de pain posé sur la table.
- On apprend tous de ses erreurs, dit-elle simplement.
- Mais il s'est passé quoi ? rétorque Cameron, toujours aussi perdu que ma soeur et moi.
- Rien. J'ai merdé, je n'ai pas envie d'en parler. Plus tard.
Nous restons quelques secondes interdits, ne sachant pas trop comment alléger l'atmosphère devenue pesante. Cameron a l'air blessé et déçu d'être tenu à l'écart d'informations qui touchent son frère, mais il passe une main sur sa nuque puis se redresse sur sa chaise, tentant de ne rien laisser paraître.
- Bon alors, présente-moi tes muscles, ricane-t-il, le regard taquin en direction de Jayden.
Ce dernier explose de rire, laissant apparaître ses magnifiques dents blanches.
Baisse. Les. Yeux.
- J'ai commencé la boxe à la fac cette année, ça fait quelques mois déjà et honnêtement
j'adore. Si t'es à Seattle à la rentrée, je t'y emmène.
- Vendu !
- C'est comment, Seattle ? lâché-je presque malgré moi, beaucoup trop intéressée par cette
ville et ce qu'elle dégage.
Jayden s'arrête, les yeux rivés sur son assiette. Il hésite quelques secondes puis reprend en s'adressant à Cameron:
- Tu vas voir, en quelques mois, tu vas prendre, c'est impressionnant.
Je rêve ou il m'ignore ?
Je reste immobile, le regard posé sur lui, attendant qu'il se décide à agir avec maturité et qu'il daigne m'adresser la parole. Ça fait trois ans que ça dure et pourtant je n'arrive toujours pas à m'habituer à ça. Ce mec est un vrai gamin et si je dois supporter ses humeurs durant tout un été, je vais vraiment devenir folle. Agacée, je me concentre sur mes légumes, mais je n'ai plus d'appétit.
- Mec, j'ai vraiment hâte d'être à Seattle. Ça a l'air dingue, enchaîne Cameron.
Je lève les yeux sur Jayden et le surprends en train de me fixer. Il fronce un instant les sourcils
puis détourne rapidement le regard et sourit à son frère.
- Honnêtement, c'est une ville super, et les soirées là-bas sont démentes. Promis, petit frère, je te réserve de nombreuses surprises, répond Jayden, malicieux.
D'accord, j'en conclus qu'il a non seulement entendu ma question, mais qu'il a délibérément évité de répondre. Sérieusement ! Il a vraiment douze ans d'âge mental ou quoi ? Autour de la table tout le monde fait comme si rien ne s'était passé. Comme si Jayden ne m'avait pas volontairement esquivée. Comme si tout allait bien dans cette famille.
Alors que mon demi-frère a depuis longtemps décidé que « faire comme si je n'existais pas »
était sa ligne de conduite.
Mia a bien essayé plusieurs fois de discuter avec son fils, pour qu'il soit un peu moins désagréable envers moi, Cameron aussi. Pourtant, la seule chose qu'il leur avait répondue était qu'il ne voulait pas, je cite, « se forcer à parler avec quelqu'un s'il n'en avait pas envie ».
En bien, ce « quelqu'un » t'emmerde, Jayden White!
La table est débarrassée, Astrid est montée dans sa chambre pendant que le reste de la famille est réuni dans la cuisine. Je mets un point d'honneur à ne pas jeter un seul regard vers Jayden, même si sa présence à ma gauche, alors qu'on s'affaire tous à vider et remplir de nouveau le lave-vaisselle, ne me facilite pas la tâche.
- N'oublie pas de réfléchir à ma proposition, Jayden.
Mia interroge mon père du regard, ne comprenant pas où il veut en venir.
- Henri m'a proposé de venir travailler au garage, finit par expliquer l'aîné.
Mon père a ouvert il y a une quinzaine d'années un garage automobile, le Lewis Cars, dans lequel il retape les voitures de collections de particuliers. Au départ, il ne s'agissait que d'une passion pour les vieilles voitures, qu'il a petit à petit transformée en un vrai business florissant. Il emploie trois personnes à temps plein, et je pense qu'une quatrième ne serait pas de trop vu le nombre de demandes qu'il reçoit, parfois même de l'autre côté des États-Unis.
- Dès que la pilule de son renvoi sera passée, je pense qu'il devrait venir faire un tour, ça
l'occuperait. Tu ne crois pas ?
- Si bien sûr, à condition qu'il le fasse avec sérieux, ajoute Mia en se tournant vers son fils, le regard sévère. Ce sera un travail comme les autres et tu n'auras aucune excuse pour ne pas y aller. Tu en es conscient ?
Jayden souffle dans le vide, sûrement déjà blasé d'avoir sa mère sur le dos alors qu'il n'est
rentré que depuis trois heures.
-On en reparle demain, OK? Je dois voir les gars.
Puis il quitte la cuisine sans attendre de réponse de la part de sa mère et claque la porte
d'entrée derrière lui.
Au moins, je ne suis plus la seule qu'il envoie balader..., c'est déjà ça de gagné. Enfin, même si c'est surtout une confirmation plus qu'une victoire : Jayden est un con.
Il a à peine disparu de la pièce que la tension que j'avais accumulée, du haut de ma nuque
jusqu'au milieu de mon dos, s'envole presque aussitôt.
Si sa présence me crispe à ce point, la cohabitation risque d'être encore plus compliquée que je ne l'imaginais...
***
Ce matin, le soleil est au beau fixe et, bien décidée à profiter de ce merveilleux temps pour commencer à bronzer, j'enfile mon maillot dans la salle de bains. J'attache mes cheveux dans une queue-de-cheval grossière, laissant quelques mèches retomber sur le devant de mon visage puis récupère une serviette de plage dans le placard. Je l'enroule vite fait autour de mon corps, jette un dernier coup d'œil à mon reflet dans le miroir et ouvre la porte. J'ai à peine le temps de faire un pas que je percute un corps chaud et dur sur lequel je me cogne violemment le nez et qui, par réflexe, m'agrippe par les épaules pour me stabiliser.
- Oh! Je... balbutié-je.
Je lève les yeux vers la personne que je viens de heurter, et mon regard entre en contact avec deux iris marron, surpris : Jayden.
-... te demande pardon.
La chaleur du contact physique se rompt au moment où il lâche mes épaules en me repoussant du bout des doigts afin de mettre de la distance entre nous. Nous continuons de nous fixer sans un mot et ses sourcils finissent par se froncer, après ce qui semble être de longues minutes. Il me contourne, entre dans la salle de bains puis claque la porte dans mon dos. Je reste ahurie une demi-seconde.
C'est quoi, son fichu problème, à M. Muscles ? Il vient vraiment de m'ignorer alors qu'on s'est
percutés de plein fouet ?
-« Pardon, désolé, je ne t'avais pas vue », c'est trop demander ? Quel abruti, ce type, maugréé-
je, agacée, avant de quitter le couloir pour descendre les escaliers.
Mia et Henri sont partis se balader au bord de la mer, chose assez exceptionnelle et qu'il est important de souligner, en sachant que ma belle-mère ne peut se passer de son boulot plus d'une demi-heure. J'embrasse ma sœur, qui prend son petit déjeuner sur la terrasse, puis vais m'installer près de Cameron sur l'herbe. Rien de mieux pour un dimanche que de larver au soleil avec comme bruit de fond les vagues et les mouettes. Je suis aux anges et ce n'est certainement pas l'attitude de
M. Je-fais-toujours-la-gueule qui va me retirer ce plaisir. Non, même pas en rêve ! Je m'assieds sur ma serviette et commence à m'étaler de la crème solaire, m'enivrant de l'odeur parfumée du monoi mélangée à celle de l'herbe fraîchement coupée. J'ai l'impression d'être déjà en vacances.
- Je sors voir les gars, annonce Jayden, qui vient de passer la baie vitrée.
Habillé d'un tee-shirt rouge, d'un bermuda en jean et de baskets blanches, il porte de nouveau sa casquette placée à l'envers sur le haut de la tête. Il s'approche d'Astrid et lui dépose un baiser sur le front puis se tourne vers son frère.
- À toute, Cam !
Il lui fait un signe de main, me lance un coup d'œil et part sans m'adresser un mot.
Rien de nouveau sous le soleil...