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Strangers

Strangers

Auteur:: Uncouxious_
Genre: LGBT+
Cali et Emma semblent vivre un amour idyllique suite à une rencontre tumultueuse. Mais quand les amies de cette dernière viendront tout compliquer, elle découvrira que dans une histoire, personne n'est innocent. Emma devra alors faire face à des relents du passé qu'elle n'aurait sans doute jamais voulu connaître. Pourquoi Cali ne veut-elle jamais répondre à ses questions... "- Et puis on tombera amoureuses sous les étoiles. - Comme dans les films ? - Comme dans les films."

Chapitre 1 Au commencement

Assise sur un fauteuil, un livre posé avec nonchalance au creu de mes jambes, je grignotais le restant de chips laissé par ma mère. Les rayons qui chauffaient doucement la peau de mes jambes annonçaient l'approche d'un été attendu comme toutes les années, avec impatience. Neuf mois de torture, assise derrière un bureau qui n'était même pas le mien, il avait fallu s'intégrer et repousser les nuits pour réussir. Je n'étais pas quelqu'un de travailleur ou même avec une envie d'apprendre mais j'avais eu cette ambition qui m'avait tirée vers le haut.

- Tu ne vois pas Jane ce week-end ? demanda ma mère en déposant deux verres d'eau fraîche sur la table marbrée.

Je marquai ma page d'un cornet et fermai l'ouvrage, le laissant gire sur mes jambes. Je me penchais pour attraper le verre déposé à mon intention et y portai mes lèvres, savourant la fraîcheur éphémère.

- Elle devait accompagner son frère pour un tournoi, il tenait à ce qu'elle soie là.

Ma mère hocha la tête avant de boire à son tour puis d'ouvrir son ordinateur portable sur ses genoux.

Jane était mon amie la plus proche avec qui j'avais partagé des choses fortes. Elle avait été là pour moi comme je l'avais été pour elle. Tout ce qui touchait à Jane se transformait en source de bonheur, un vrai rayon de soleil qui rendait des choses banales en quelque chose d'extraordinaire. J'aimais son excentricité et sa capacité à s'en foutre de tout.

- Maman, je ne trouve plus mon chargeur. Tu sais où il est ?

Mon frère. Un grand abruti de 1m80, cheveux foncés toujours en pagaille et un vocabulaire très raffiné. Il passe son temps à me rappeler qu'il est né avant moi et à venir squatter ma chambre car d'après lui, mon matelas est meilleur que le sien. C'est exactement le genre de mec que les filles évitent sans éviter : celui qui drague, ramène, baise et largue sans prétention.

- C'est ton chargeur chéri, pas le mien.

Règle numéro 1: quand on cherche quelque chose, toujours demander à maman. Parce que maman sait.

- Emma, c'est toi qui a prit mon chargeur ? me demanda-t-il en se penchant au-dessus de moi.

Je relevai les yeux vers lui quelques secondes avant de soupirer.

- Non Gab' mais d'après mes capacités intellectuelles surpuissantes et mon génie incontesté, je suppose qu'il doit être dans ma chambre vu que tu y passe le plus clair de ton temps.

Il leva un doigt et l'agita pour dire "pas bête" avant de filer dans la maison.

- Je devrais déplacer son lit dans ta chambre, dit ma mère d'un ton détaché.

- N'y pense même pas, lui répondis-je en rouvrant mon livre.

Elle ri légèrement mais je savais qu'elle en était capable.

Gabriel réapparu quelques secondes plus tard chargeur en main et ébouriffa mes cheveux sous mes protestations vaines.

- Merci sale merde, cantonna-t-il.

- Gabriel ! pesta ma mère, faussement en colère.

Mon frère lui déposa un chaste baiser sur la tempe avant de nous informer qu'il partait rejoindre ses amis sur la crique pour célébrer la fin des études. Ce que j'entendais moi c'était: " Je vais rejoindre mon cinquante-troisième plan cul et lui briser le coeur avant de me taper sa meilleure amie."

Un bruit de moteur s'estompa dans l'allée et le voilà parti pour un temps indéfini.

***

Quand mes yeux commencèrent à fatiguer, je posai mon ouvrage à mes côtés et profitai des derniers rayons encore chauds qu'offrait le soleil. Les yeux clos et le corps détendu, je laissai mon esprit s'abandonner à tout un tas de choses agréables. Mon téléphone vibra sur la table et j'attendis quelques secondes avant de vérifier qui pouvait bien m'écrire.

" Raph a fini 3e, il passe aux régionales. On se rejoint avant les cours demain ?"

Je relus le message deux ou trois fois pour que mon cerveau comprenne qu'il fallait que je réponde. L'ennui quand vous êtes occupé à ne rien faire pendant un long moment, c'est que votre cerveau passe en mode veille et que tout devient plus lent.

" C'est génial ! Oui, avec Maura ?"

Sa réponse affirmative ne se fit pas attendre longtemps et j'éteignis mon téléphone avant de me lever pour aller prendre une douche fraîche.

Maura était l'amie de Jane depuis les années collège, elles étaient devenues inséparables depuis. Notre trio était formé depuis bien longtemps déjà et notre dernière accroche remontait à si longtemps que je ne m'en souvenais même plus.

- Je risque de rentrer tard demain, je travaille sur un appel d'offre assez important et je dois le peaufiner pour mettre le plus de chances de notre côté.

- D'accord. Et papa ?

- Il est de service de nuit cette semaine. Quand tu rentreras, il sera déjà parti.

- Oh, d'accord.

Je refermai la baie vitrée derrière moi. Si la maison n'était pas climatisée, je pense honnêtement que j'aurais pu fondre sur le gazon.

J'allumais l'eau de la douche la laissant d'abord couler pour qu'elle ne soie pas gelée. J'ôtai l'élastique qui retenait mes cheveux en chignon et les laissai tomber sur mes épaules. Le miroir me tint tête quelques minutes avant que je ne me décide à entrer sous la douche, l'eau tiède coulant sur le visage.

***

Une bise matinale sur les joues de Jane et je vins m'asseoir face à elle tout sourire.

Chaque début de semaine, Jane, Maura et moi nous retrouvions au café en face du lycée pour déjeuner, histoire de bien commencer la semaine. On se racontait nos week-end autour d'un chocolat chaud ou d'un café avant de commencer l'ennui total de 8h.

- Maura n'est pas là ? demandai-je.

- Non, je ne sais pas où elle est.

- Merde.

Jane haussa les épaules et me raconta la façon dont son frère s'était qualifié la veille avec admiration. C'était bien la seule personne que je connaissais qui s'entendait avec son frère. Elle et lui s'aimaient inconditionnellement et je me surpris à l'envier un peu. Non pas que je déteste Gabriel mais il pouvait se montrer incroyablement lourd parfois.

- Bon, on y va ? dit-elle en finissant sa tasse.

- Let's go.

Je pris mes affaires posées sur la banquette et m'extirpai de celle-ci. Dehors, le ciel était couvert, si bien que je me reprochai de ne pas m'être plus habillée. En arrivant au lycée la sonnerie retentit annonçant le début de la journée. La masse d'élèves présente dans la cour quelques minutes plus tôt commença à se dissiper de droite à gauche pour rejoindre son bâtiment.

- On a quoi là ? demandai-je à mon amie.

- Maths.

- Super...

Elle soupira et me tint la porte pour que j'entre. Je la remerciai d'un regard et débutai une excursion à travers la foule pour atteindre les escaliers. En passant devant la vie scolaire, un surveillant m'interpela :

- Emma ? Tu peux venir deux minutes s'il-te-plaît ?

Je fis signe à Jane de monter sans moi, ce qu'elle fit après m'avoir adressé un signe de la main.

Les élèves commencaient à être de plus en plus rares au rez-de-chaussée pendant que j'attendais, assise sur une chaise. Je détestais ce genre de situation. Je détestais attendre tout simplement. Sur la chaise face à moi, une autre fille de mon âge bougeait nerveusement la jambe. Elle abordait une expression entre l'agacement et la nervosité. Ses cheveux foncés étaient relevés en chignon, dégageant les traits fins de son visage. Elle était habillée typé 80 en émanant une certaine classe. Jouant avec sa bague, elle semblait marmonner. Soudain elle leva la tête vers moi, rencontrant mon regard.

- Tu sais combien de temps ils vont encore nous faire attendre ?

Elle avait dit ça d'un ton sec et cassant, détruisant toute sympathie du premier abord. Je n'avais jamais vu quelqu'un reflétant autant d'émotions dans de si beaux yeux.

- Pas longtemps j'espère.

Elle hocha la tête et sa jambe reprit son occupation.

- Ça va pas ? demandai-je hésitante.

Elle soupira puis regarda à droite et à gauche avant de dire :

- Je sais pas, je suis convoquée par la CPE.

- Ça craint, t'as fais quoi ?

- J'ai frappé quelqu'un.

- Ah, dis-je, ça se comprend.

- Elle l'avait mérité.

Toute personne ayant déjà frappé a sorti cette excuse. Mais la vérité c'est que personne ne méritait d'être malmené, même pas la pire des ordure. Car malmener quelqu'un en venait à nous réduire à la peur.

- Si elle l'avait mérité, tu t'en sortira bien. N'aggrave juste pas ton cas en t'énervant, ils pourraient le retenir contre toi.

Sa jambe s'arrêta, réduisant au silence le coin attente. Elle se recula sur son fauteuil et me sourit sincèrement.

- T'as probablement raison.

Nous nous regardâmes silencieusement quand elle lâcha :

- Cali.

- Emma.

C'était brut, clair. La porte s'ouvrit :

- Emma ? Viens, entre.

Je me levai, adressant un dernier regard à Cali et passai devant le surveillant. Quand je sortirai, elle ne sera probablement plus là mais quelque chose me disait que je n'avais pas fini d'entendre parler d'elle.

Chapitre 2 Ça te fait rire

Une journée de plus en enfer à croiser les sept pêchés capitaux aux coins du lycée. Je ne suis absolument pas croyante mais disons que j'aime les métaphores et j'aime encore plus les personnes qui les comprennent.

- Tu veux passer chez moi ? me demanda Jane à la sortie.

- Mon frère est censé venir me chercher dans cinq minutes. Demain ?

Elle hocha la tête en plissant les lèvres. Ça la rendait atrocement mignonne ce tic acquis au cours des années. Elle me fit la bise en pariant que mon frère bien-aimé serait encore en retard d'au moins quinze minutes. Je ri en lui tapant dans la main puis elle partit les siennes dans les poches, écouteurs aux oreilles.

Je sortis mon portable confiné depuis le début de la journée dans la poche arrière de mon jean. Trois messages de ma mère qui me demandait de préparer le dîner pour ce soir. Je lui répondis par l'affirmative et elle me remercia.

- Comment on se retrouve ?

Je tournai la tête et souris légèrement en appercevant Cali, assise sur le banc en pierre qui longeait le mur de la façade. Elle avait les mains dans les poches et le regard portant au loin. Je ne bougeai pas et pivotai seulement le haut de mon corps vers elle pour lui montrer qu'elle avait un peu de mon attention.

- Comment ça s'est passé avec la CPE ? lui demandai-je d'une voix plate.

Elle sembla se réveiller. Ses yeux clairs se posèrent sur moi et elle haussa les épaules d'un air maussade.

- J'ai écopé de six heures de colle et une semaine de travaux d'intérêts généraux.

Six heures ? Elle n'avait pas seulement dû l'effleurer.

- Au moins, les toilettes seront enfin propres, dis-je avec sarcasme.

Elle soupira d'amusement en secouant la tête puis se leva. Ses pieds la guidèrent jusqu'à moi et elle resta là, debout dans la douceur du soir à regarder les quelques voitures passer.

- T'attends qui ?

- Mon frère, répondis-je en levant les yeux au ciel.

- Quel enthousiasme, je vois que tu es sa priorité.

J'ouvris la bouche, faussement heurtée par ses propos.

- Je ne te permets pas !

Elle frotta ses Converses anciennement blanches au sol, éparpillant quelques gravillons. Elle avait dessiné au marqueur noir un soleil minimaliste au bout de sa chaussure droite et un croissant de lune au bout de l'autre. Je me demandais ce que ça pouvait signifier, à moins qu'elle n'aie gribouillé ça par pur ennui mais j'aimais croire que tout le monde était réfléchi. J'aimais croire que tout avait une explication même ce qui n'en méritait pas.

Un crissement de freins me sorti de mes pensées et j'aperçus mon frère à travers la vitre qu'il était en train de baisser. Un fond de musique passait. Je détestais les goûts musicaux de Gabriel mais il me répétait sans cesse que la bonne musique n'était pas à la portée de tous et encore moins à la mienne.

- Hey, tu grimpes ? lança-t-il.

Je hochai la tête et fis un signe de la main à Cali qui me rendit la pareille. Je claquai la porte derrière moi en remontant la vitre que mon frère avait ouverte. Il sorti de l'embranchement et prit la direction de la maison, une musique insupportable aux lèvres.

- Elle est mignonne ta copine, comment elle s'appelle ?

- Elle ne s'appelle pas et puis, c'est pas ma pote.

Il leva les yeux au ciel et augmenta le volume, faisant vibrer mes tympans. Plusieurs fois je lui avait demandé si je pouvait passer au moins l'une de mes musiques mais c'était comme écrire une lettre à un aveugle : peine perdue.

En garant la voiture, Gabriel percuta le mur du fond ce qui me fit rire. Il s'énerva un court moment puis après s'être assuré que sa voiture n'avait rien, il me donna une petite tape derrière la tête.

- Ça te fait rire en plus ?

- Oui, dis-je encore souriante.

Il tira la langue et ouvrit la porte après avoir désactivé l'alarme sécurité.

Je me préparai un en-cas pour l'emporter dans ma chambre où je découvris sans surprise Gabriel, allongé sur mon lit, téléphone à la main. Je soupirai mais pas d'agacement, la compagnie de mon frère ne me dérangeait plus et je savais que d'une manière, c'était sa façon à lui de dire qu'il m'aimait. Je m'allongeai à côté de lui, posant l'assiette entre nous. Il y piocha un Oréo en prenant soin de ne pas mettre de miettes sur les draps.

- Alors cette "soirée" ? demandai-je en imitant les guillemets de mes doigts.

Il me demanda de patienter le temps de finir sa bouche et bu un coup avant de me répondre avec franchise :

- Sa pote est vraiment bonne.

Je lui assénai une claque sur la joue.

- Eh ! Ça, ça ne se dit pas Gab !

Il ouvrit la bouche, se frotta la joue endolorie puis grogna.

Je ne sais pas à quel moment ni quand il avait mal tourné. Bon je m'estimais heureuse qu'il ne se drogue pas et ne fume pas, mais prendre les filles pour de vulgaires passe-temps était un crime parfaitement égal à mes yeux. Le cœur d'un être humain est irréparable mais il n'en prenait pas conscience. Pour lui, l'amour était juste un jeu. C'était quelque chose à laquelle on s'accrochait parce qu'on avait décidé que c'était important. Pour lui tout ça, c'était juste une manière de s'amuser. Il n'arrivait pas à s'aimer soi-même alors il refusait d'aimer les autres. Il refusait qu'on l'aime parce que l'amour devait être réciproque sinon, ça n'était que de l'admiration.

- N'empêche... elle est bonne.

Je me laissai choir sur le matelas, à moitié sur lui en soupirant.

- Et toi ?

- Quoi moi ? questionnai-je.

- T'as quelqu'un ?

- Non.

Il émit un simple bruit de gorge en guise de réponse. Nous restâmes ainsi un bon moment avant que mon téléphone sonne, indiquant un appel de Jane. Gabriel me tendit mon cellulaire qui était posé de son côté du lit par habitude. Je décrochai :

"- Oui ?

- Emma tu sais pas quoi ?

- Non mais tu vas me le dire.

- Maura, elle n'est pas venue aujourd'hui. Tu sais pourquoi ?

- Mmh non, pourquoi ?

- Elle s'est faite frapper à l'entrée du lycée. Elle allait déposer des documents avant de nous rejoindre et quand elle est sortie, elle s'est méchamment fait tomber dessus."

Je m'étais redressée sur le lit, les sourcils froncés.

"- Quoi ? Mais qui l'a frappé ?

- Elle sait pas, elle ne la connait pas. Une fille qui devait sacrément lui en vouloir en tout cas, elle lui a pété le nez putain.

- Ça craint...

- Ouais. Il faut qu'on sache qui c'est Emma."

Je réfléchis. Qui pouvait bien en vouloir à Maura ? Elle qui n'embêtait personne, qui se contentait de vivre et de suivre.

"- On en reparle demain en cours.

- Ouais. Bisous.

- Bye."

Je raccrochai. Gabriel ne m'avait pas lâché du regard une seule seconde. Il se tenait à présent debout, les mains dans les poches.

- Tu devrais appeler Maura.

Je lui répondis par l'affirmative mais avant de l'appeler, je voulais avoir qui s'en était pris à elle et pourquoi.

Même si j'avais déjà sûrement la réponse à au moins l'une de mes questions.

Chapitre 3 Comment on se retrouve

Je piochai une gaufrette dans le placard avant d'enfiler une veste à la hâte.

- Bisous maman, à ce soir !

Ma mère me souhaita une bonne journée mais j'eus à peine le temps d'entendre la fin de sa phrase que j'avais déjà claqué la porte d'entrée. Habituellement, je n'étais jamais en retard, je détestais ça. Mais aujourd'hui, il avait fallut que mon téléphone soit sur silencieux. J'envoyai un message à Jane hâtivement pour la prévenir de mon retard. 7h58, j'étais vraiment à la bourre mais je n'allais pas courir. Si c'était pour arriver complètement crevée, non merci, les profs s'en chargeaient déjà bien assez.

La grille du lycée émit un grésillement désagréable avant de me laisser passer. Je me présentai au secrétariat où l'on me procura un justificatif de retard. Je grimpai les escaliers aussi vite que mon mètre soixante me le permettait et atteignis la salle d'espagnol, essoufflée. Je me pliai en deux les mains sur les genoux, pour reprendre un rythme cardiaque normal avant d'entrer.

Moi qui m'étais jurée de ne pas courir.

- Holà disculpa por llegar tarde, m'efforçai-je de dire avec un sourire.

- Te disculpe. Entras, répondit le professeur en haussant un sourcil.

J'adorais cette matière depuis toujours mais les professeurs la rendait plus barbante au fil des années. À croire qu'ils faisaient un concours de qui dégoûterait les autres en premier. Je me glissai derrière mon pupitre, en diagonale à celui de Jane. Elle pencha sa tête vers moi pour m'adresser un clin d'oeil auquel je répondis.

***

- Je suis sûre que c'était injustifié, Maura ne se ferait pas frapper comme ça, elle est trop naïve pour créer des embrouilles.

Jane et moi étions assises sur un banc en bois exposé à la lueur matinale filtrant entre les feuilles. Mon amie piochait dans un paquet de biscuits miniatures en m'en proposant à intervalles réguliers. Elle parlait la bouche pleine mais ça n'était pas répugnant. C'était Jane ; tout ce qu'elle faisait de repoussant ne l'était pas.

- Franchement, quelle idée. Tu ne trouves pas ?

J'accentuai le battement de mes cils par habitude quand on me demandait quelque chose et relevai la tête vers elle.

- Oh je... je pense avoir une idée sur la question de qui l'a frappé tu sais.

Elle s'arrêta de mâcher pour me regarder avec des yeux bovins.

- Et c'est que maintenant que tu me le dis ?

Je ne répondis pas, à présent trop occupée à chercher Cali du regard. Si ma logique était bonne, cette fille était l'assaillante de notre amie. Je me levai et longeai le muret crépi pour atteindre le centre de la cour. Une chevelure jais au carré, des yeux clairs et un style qui lui collait à la peau, oui je l'avais trouvée. Adossée contre le bâtiment, elle pianotait sur son téléphone en balançant la tête au rythme de sa musique. Elle dû me sentir arriver car elle releva les yeux pour me sourire. Sourire que je lui rendis faiblement.

- Emma, comment on se retrouve ? piailla-t-elle.

Son sourire faisait ressortir une adorable faussette au coin de sa joue, plissant ses yeux en amandes.

- Cali tu... hier tu m'as dis que tu avais eu un accrochage avec une fille non ?

Elle commença à bouger nerveusement ses converses malmenées. Elle savait quelque chose, je pouvais le sentir à la façon dont son pied s'était mis à heurter discrètement le mur.

- Euh oui, pourquoi ?

- C'était pas Maura cette fille ? cingla Jane.

Cali ôta ses écouteurs et les rangea dans la poche intérieure de sa veste. Elle joignit ses mains dans son dos.

- Si, Maura ou quelque chose dans le genre.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demandai-je calmement.

Jane elle, ne se trouvait pas aussi apaisée d'esprit que moi car elle toisa Cali puis plaça ses mains sur ses hanches.

- C'est pas le genre de choses que je vais raconter à tout le monde, marmonna Cali.

- Tu sais, Maura est une amie très proche alors tu...

- Alors tu vas nous dire pourquoi est-ce que tu l'as frappée espèce de bouffonne.

Je donnai un coup de coude à Jane pour lui intimer le silence. Le respect n'était vraiment pas une chose à perdre quand le sang froid l'était. C'est à partir de l'irrespect que commençait une accroche, rien d'autre.

- Alors c'est peut-être à elle de vous en parler, pas à moi.

Jane n'en attendit pas plus et elle tourna les talons. S'attendant sûrement à ce que je fasse de même, elle se retourna vers moi. D'un geste de la main, je lui fis comprendre que je la rejoindrai plus tard et qu'il valait mieux pour elle qu'elle parte. Ce qu'elle fit.

Seule avec Cali, je ne pouvais pas obstruer le fait qu'elle était dégageait quelque chose de fort, même en situation de gêne. Je m'approchai d'un pas pour réduire l'hostilité et elle se détendit quelque peu.

- Une lionne ta copine.

- Tu l'as dis. Elle est gentille, c'est juste qu'elle a le sang chaud.

- C'est pas une excuse, le contrôle ça s'apprend.

Elle n'avait pas tord mais je me sentis piqué que cette fille parle ainsi de mon amie. Jane en avait des défauts, comme tout le monde mais je n'aimais pas quand ils étaient surlignés.

- Dit-elle alors qu'elle colle des beignes à d'autres, dis-je avec sarcasme.

Cali éclata de rire.

- Ok, tu marques un point.

Je souris bêtement et rivai les yeux sur mes pieds qui grattaient la terre dure de la cour. Pourquoi avaient-ils mis de la terre dans un lycée. L'herbe n'y poussait même pas.

- T'es libre après les cours ? demanda-t-elle faiblement.

Je fus prise de panique dans un premier temps puis essayai de réfléchir.

- Potentiellement oui, pourquoi ?

- Ça te dirait d'aller boire un truc ou d'aller se poser quelque part ?

On se connaissait à peine et l'idée de me retrouver seule avec elle me dérangeait. Non pas parce qu'elle me repoussait, elle avait un joli visage au premier abord avec un sens de l'humour qui paraissait bon mais j'avais peur que des moments de gêne deviennent omniprésents.

- Euh, non. Je ne préfère pas. Jane prendrait ça comme une trahison.

- Tu n'es pas Jane et puis tu n'as pas à adapter tes relations aux caprices de tes amies. C'est ta vie Emma, pas la sienne.

De là où j'étais, je pouvais voir deux choses : premièrement, ma dignité qui s'envolait au dessus du gymnase à l'arrière du lycée et deuxièmement, sa moue adorable quand elle me sermonnait. Ses sourcils se plissaient et ses yeux brillaient pour me convaincre de la croire.

- Je sais Cali.

- Donc c'est quand même non ?

- C'est quand même non. Une autre fois peut-être.

Elle soupira et se décolla du mur en avançant vers moi. Elle ne s'arrêta qu'après être sûre que mes pieds touchent les siens.

- "Peut-être", c'est un non déguisé.

Puis elle parti en me laissant seule plantée comme une imbécile au milieu de la cour, un goût amer de défaite au fond de la gorge.

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