Sa tasse de café à la main, Lucia regardait par la fenêtre, comme elle avait l'habitude de le faire dès qu'elle était un peu pensive.
La pluie d'automne qui s'était abattue depuis plusieurs jours sur leur petit bourg, était accompagnée de grisaille, et une morosité latente pesait sur les humeurs.
Tout en réfléchissant à sa nouvelle organisation, la jeune femme aperçut, au loin, une petite éclaircie.
Cette dernière était la bienvenue, car travailler sous la pluie et le froid n'était vraiment pas agréable.
L'horloge accrochée au mur de sa kitchenette annonçait neuf heures trente.
Lucia posa son verre dans l'évier, s'habilla et prit les courriers qu'elle devait envoyer ainsi que son parapluie.
En quittant son petit studio de plain-pied, elle salua Siv, son logeur qui sortait de la belle maison attenante, au même moment.
Le grand blond aux allures scandinave lui rendit le salut avant de la rejoindre sous le porche, tout sourire.
_ Hé, Tu pars plus tôt aujourd'hui ?
_ Mon employeur a accepté de me prendre à plein temps, je ferais des journées complètes, dorénavant.
_ C'est super ça, lui dit-il avec enthousiasme, eh bien félicitations.
_ Merci, mais tu sais c'est le genre d'emploi saisonnier, qui ne dure pas toute l'année.
_ Oui j'ai fais ça durant mes études, c'est pas évident. Je me rends au cabinet, tu veux que je te dépose au passage ? Lui proposa Siv tout en commandant l'ouverture du portail.
_ Je te remercie, mais Maurine, ma collègue, passe me chercher.
_ Maurine ? La fille que je vois souvent ces derniers temps ?
Les deux jeunes femmes se connaissaient depuis presque trois ans, mais ce n'est que récemment, que Lucia eut assez confiance pour la laisser entrer dans son cercle proche.
_ C'est elle, oui, confirma-t-elle.
_ Elle a l'air plutôt sympa.
_ En effet, elle est vraiment top comme fille.
Puis après qu'il l'ai inspecté de la tête au pied et qu'il se soit étonné de la voir si mal couverte, Siv la questionna :
_ Il va pleuvoir quasiment toute la journée, tu ne vas pas travailler comme ça ?
_ Euh... en fait ma cape s'est déchirée, et je n'ai pas encore pu acheter de vêtements adéquats...
_ Tout de même. Tu vas finir par prendre froid sans une tenue imperméable. Ne bouge pas je vais voir ce que je peux te passer.
_ Siv, ce n'est pas grave, lança-t-elle penaude, mon coupe-vent fera l'affaire...
Sans l'écouter l'homme s'en alla et revint quelques minutes plus tard avec une cape de pluie qu'il tendit à Lucia.
_ Merci beaucoup, fit-elle confuse. J'ai l'impression de toujours abuser de ta gentillesse.
_ Lucia, ça ne me dérange pas, alors arrête de te faire du souci pour si peu.
Les moyens de la jeune femme étaient restreints et s'acheter des vêtements était un luxe, qu'elle ne pouvait pas se permettre pour l'instant.
Et sans le soutien de Siv, elle ne savait vraiment pas ce qu'elle aurait fait.
Déjà qu'il la logeait pour une somme modique, il l'aidait dès qu'il le pouvait et à tout les niveaux.
_ Très bien, alors permets-moi de te préparer à dîner. Ainsi je pourrais te remercier convenablement.
_ Tu es assez occupée comme ça pour ne pas t'en rajouter avec la préparation d'un dîner pour moi, lui dit-il en faisant mine d'être réticent.
En réalité il était enchanté de sa proposition. D'ailleurs il était reconnaissant dès qu'une occasion lui était donnée d'être avec elle.
_ Ça ne me dérange pas, au contraire ça me fait plaisir.
Siv fit mine de réfléchir avant de répondre avec enthousiasme :
_ Très bien. Je te dis à tout à l'heure dans ce cas.
Au même moment, Maurine, la collègue de Lucia, se gara juste devant le portail ouvert.
Siv lui dit au revoir de la main avant de grimper dans son véhicule.
_ Salut, comment ça va ? Demanda Lucia en allant rejoindre sa copine.
Après avoir attachée sa ceinture, elle s'aperçut que Maurine ne la regardait toujours pas.
Son attention était totalement rivée vers l'homme qui attendait qu'elles partent pour pouvoir sortir.
_ Tu sais comme je t'envie, Lucia ? Se morfondit sa copine complétement sous le charme de son logeur.
_ Si je trouve un appart pas trop cher et un peu plus grand, tu pourras venir habiter ici, lui suggéra Lucia à moitié sérieuse.
Après un long soupir, sa collègue se décida enfin à se tourner vers sa passagère d'un air renfrogné.
_ Arrête donc de me donner de faux espoirs, il n'y a qu'a voir comment il te regarde pour comprendre que c'est toi qui l'intéresse.
_ Tu dérailles complètement. Il est juste gentil avec moi. Mes soucis d'argent permanents font qu'il me prend en pitié rien de plus.
Accentuant sa moue, elle jeta un dernier regard à Siv qui attendait patiemment.
_ Très bien, fit-elle en prenant la route. Dans ce cas, pourquoi tu ne lui demanderais pas de t'accompagner à mon anniversaire ? Je pourrais mieux jauger si ce que tu dis est vrai.
Lucia regardait Maurine un peu confuse. Elle lui avait dit qu'elle essaierait de venir, mais la vérité était plus compliquée.
Il y avait des choses qu'elle ne pouvait pas faire, des règles auxquelles elle ne pouvait déroger.
Et éviter les lieux fréquentés, était l'un des principes qui régissait sa vie dorénavant.
_ Maurine, comme je te l'ai dit, les sorties du genre club et compagnie, ce n'est vraiment pas possible.
_ Mais tu n'as pas fini de jouer les nones ? Franchement depuis que je te connais, tu n'es pas sortie une seule fois. Même pas pour prendre un verre en terrasse. Ça craint quand-même ?
_ Tu sais très bien que ce n'est pas évident...
_ Tu te trouves des excuses, voilà tout. Et si tu veux mon avis, tu devrais vraiment penser à te trouver quelqu'un. Parce qu'à force de te renfermer et de t'isoler, tu risques de finir vieille fille.
Trouver quelqu'un ? Maurine ne savait pas ce qu'elle racontait. Ce qu'elle cherchait, c'était tout le contraire.
Loin de lui répondre sur le sujet, Lucia se contenta d'acquiescer à ce qui ressemblait à une leçon de morale plutôt qu'à un conseil d'ami.
Il pleuvait depuis plusieurs jours en Italie aussi, Vincenzo qui rentrait d'une conférence, se laissa bercer par les clapotis de l'eau qui s'écrasait sur la vitre de la voiture.
Natale à l'avant, profitait de la circulation ralentit pour lui énumérer les sujets qui allaient être abordés lors de la réunions du lendemain.
_ Autre chose. Au dîner de ce soir, il vous faudra interroger le Président de Navy-Tech sur ce qu'il compte faire au sujet des retards de livraisons. Les pénalités ne suffisent visiblement pas à les presser, et nous ne pouvons pas exiger d'eux qu'ils fassent sous-traiter à ce stade...
Vincenzo avait passé une journée éreintante, le spa de l'hôtel était ce qu'il lui fallait pour se détendre un peu avant le dîner.
Il proposa à Natale de l'accompagner, mais l'assistant avait encore beaucoup à faire.
Sans quitter son écran des yeux ce dernier lui dit :
_ Allez-y et profitez pour deux. Les massages sont exceptionnels d'après les notations clients.
_ Je ne vais pas me faire masser, je vais juste transpirer un peu au sauna, précisa l'homme.
_ Ah oui ? Eh bien, je ne rate rien dans ce cas. Je n'ai jamais réussi à tenir plus de cinq minutes dans ces pièces infernales. Sans compter que je me choppe un coup de chaleur à chaque fois.
_ Tu es vraiment une petite nature, le taquina Vincenzo avant de sortir de la suite.
A cette heure, les gens commençaient à affluer dans le hall, entre les nouveaux arrivants et ceux qui allaient faire un tour dans les boutiques de l'hôtel.
Alors qu'il venait de quitter les ascenseurs et qu'il se dirigeait vers le couloir qui menait au spa, une voix féminine l'interpella.
_ Monsieur Caruso ?
Vincenzo se retourna vers la jolie jeune femme qui lui faisait signe de la main.
Elle n'avait pas l'air d'une de ses groupies fortunées qui le collaient à chaque fois qu'elles le croisaient.
L'élégance sobre et l'attention mesurée qu'elle avait porté à son maquillage et sa coiffure, laissait deviner qu'elle était là pour des raisons professionnelles.
_ Lui-même, répondit-il alors qu'elle l'avait rejoint d'un pas pressé.
_ Vous ne me connaissez sûrement pas, fit-elle un peu hésitante, mais nous devons dîner ensemble ce soir. Je suis la nouvelle Présidente de Navy-Tech, Selena Lafond.
_ La nouvelle Présidente ? S'étonna Vincenzo qui n'avait pas l'habitude de voir des personnes de sa tranche d'âge à la tête d'une société aussi spécifique que Navy-Tech.
_ Oui, mon père a jugé bon de me laisser reprendre les rênes, expliqua-t-elle en esquissant un sourire aimable.
Vincenzo l'écoutait sans trop bien comprendre la décision qui avait été prise par leur conseil.
Pourquoi changer pour un dirigeant moins expérimenté, et dans un moment où l'entreprise était aussi instable ?
_ Je vois et bien félicitation pour cette promotion, lui dit-il sans conviction aucune. On se voit au dîner de ce soir dans ce cas ?
_ Attendez... vous êtes pressé ? Bredouilla la femme qui n'était visiblement pas insensible au charme naturel de l'homme. En réalité, je suis là pour vous rencontrer. Puis-je vous offrir un verre ? J'aimerais vous parler un peu seule, et avant nos discussions officielles...
Vincenzo qui n'avait aucune envie de perdre plus de temps à tergiverser avec la représentante d'une entreprise en faillite, enfonça ses mains dans ses poches, plongea son regard dans le sien et dit sur un ton coupant :
_ Désolé mais j'ai d'autres engagements, alors si vous voulez aborder un point en particulier, je vous suggère de le faire tout à l'heure...
Selena Lafond replaça une mèches de ses longs cheveux cuivré derrière l'oreille tout en regardant l'homme s'éloigner.
Son regard froid et son attitude distante et assurée l'avait totalement déstabilisé.
Elle qui était du genre rentre dedans et insistante pour obtenir ce qu'elle voulait, se retrouvait contrite.
Se mordant la lèvre inférieure de déception, elle comprit que les négociations n'allaient pas être simples avec lui.
Elle devait informer son père, l'obtention du délai qu'ils espéraient, était couru d'avance...
Il était seize heures quand Lucia et sont amie terminèrent leur journée de travail.
En sortant de l'exploitation agricole où elles étaient employées, elles passèrent au supermarché pour faire quelques courses.
_ Ça te dirait de manger avec nous ce soir ? Proposa Lucia à Maurine. Tu pourras faire la connaissance de Siv comme ça.
La jeune femme se tourna vers elle avec des yeux ronds et dit :
_ Quoi ? Tu veux que ce gars me maudisse pour avoir accepté de venir tenir la chandelle ?
_ De quelle chandelle tu parles ? C'est juste un repas comme on en a déjà fait à plusieurs reprise.
_ A d'autres tu veux...
Au fond d'elle-même Lucia savait que son amie avait raison, mais il lui était plus facile de nier l'évidence, et de penser que c'était la gentillesse et l'altruisme de Siv qui motivait son attitude envers elle.
_ Tu divagues complètement, c'est juste un ami rien de plus.
_ Très bien va pour le dîner, répliqua Maurine sur un ton de défiance. Et on verra bien s'il m'accorde autant d'attention qu'à toi.
_ Maurine...
_ Si j'ai raison, je veux que tu fasses un effort et que tu lui laisses une chance.
_ Mais enfin...
_ Il n'y a pas de mais qui tienne. Je ne comprends pas pourquoi tu fuis les gens à ce point mais ce type mérite un peu plus de considération de ta part. Premièrement, il est mignon, ensuite, il est prévenant, mais surtout, il est mignon...
Lucia se mit à rire devant les arguments avancés par sa copine.
D'une certaine manière, elle lui rappelait Josie et son tempérament excentrique.
Les courses rapidement faites, les deux jeunes femmes rentrèrent.
Lucia preta des vêtements secs à sa collègue afin qu'elle se sente plus à l'aise et passa, elle aussi, une tenue confortable.
_ Maurine, lui dit-elle en jetant un bref œil à sa montre. Je peux te laisser finir de ranger les courses, je ne suis pas en avance.
_ Tu veux que je te dépose en voiture ?
Lucia secoua la tête et d'un sourire reconnaissant, elle déclina :
_ L'école est à peine à deux minutes, et puis, ils font toujours sortir les enfants avec un peu de retard.
_ Comme tu veux. Je vais préparer le goûter de mon petit amour dans ce cas...
_ Il va sauter de joie en voyant toutes les bêtises que tu lui as acheté, lui dit Lucia en secouant la tête de dépit. Et moi je vais encore passer pour la méchante mégère qui va s'interposer entre lui et toutes ces sucreries.
_ Oui et bien chacun son rôle. Moi je suis la tata gaga et toi sa Rabat-joie de mère. Aller vas t'en, tu vas être en retard...
Lucia se laissa mettre à la porte, et une fois dehors, elle lui lança :
_ J'ai hâte que tu ais un petit bout toi aussi. Tu me verras arriver tous les quatre matins avec une réserve de bonbons et de gâteaux.
_ Si ton voisin n'est pas accro à toi comme tu le prétends, ton vœux se réalisera peut-être plus vite que tu ne le crois.
Sous le regard entendu de Maurine, la jeune femme se décida à partir.
En arrivant devant la grille de la petite école communale où son fils était scolarisé depuis peu, Lucia s'arrêta.
Avec un grand sourire attendrit, elle fit signe à Leo qui arrivait en compagnie de Siv.
En la voyant, l'enfant lâcha la main de l'homme et vint vers elle en courant.
_ Lucia !
En apercevant sa mère, Leo lâcha la main de Siv et courut vers elle.
_ Lucia !
La jeune femme se baissa à sa hauteur pour l'embrasser.
_ Combien de fois vais-je te demander de m'appeler maman ?
_ Non, je veux pas, répliqua l'enfant en croisant ses bras de mécontentement. Je veux faire comme Siv et t'appeler Lucia.
Sa mère soupira devant l'opposition permanente de Leo. Apparemment c'était une phase normale à cet âge mais ça devenait fatiguant à force.
N'ayant aucune envie de se fâcher avec lui ce jour-là, elle se contenta d'ébouriffer ses cheveux sombres.
_ Salut, lui dit l'homme après les avoir rejoints, tu n'as pas eu mon message ?
Lucia secoua la tête et pris son téléphone pour vérifier.
Puis après une moue contrariée :
_ Mince j'ai oublié d'éteindre le mode " ne pas déranger ".
_ J'ai quitté le bureau plus tôt et je me suis dit que ça ferai plaisir à Leo si je venais le chercher.
_ C'est gentil pour lui. De plus je ne suis pas en avance, je suis passé faire des courses avec Maurine. En parlant de cela, je lui ai proposé de manger avec nous. Ça ne t'embête pas ?
_ Pas le moins du monde, lui sourit l'homme. Je vais enfin faire la connaissance de la chouette copine de ma voisine.
Lucia sourit devant l'entrain qu'il feignait. Il aurait sûrement préféré diner seul avec elle, mais il était le genre de gars conciliant en toute occasion.
_ Siv, il a dit qu'il veut bien qu'on aille voir les bateaux, l'interpella Leo en tirant sur sa manche.
_ Leo, le reprit sa mère. Siv à du travail, et je t'ai déjà expliqué qu'il ne fallait pas quémander des choses à tout va.
En voyant l'enfant bouder, l'homme tenta d'intervenir.
_ C'est ma faute. Il m'en avait parlé il y a un moment, et comme ce week-end je me rendait au bord de la mer, je me suis dit que vous pourriez m'accompagner.
Lucia n'avait pas envie de quitter le bourg.
Et encore moins de se balader dans des lieux aussi fréquentés que la côte.
En tant que fugitive, elle devait rester terrée dans son village et tout faire pour ne pas attirer l'attention.
Elle avait réussi à échapper aux recherches de son mari depuis plus de trois ans, elle n'allait pas tout compromettre aujourd'hui.
_ Je te remercie, mais ça ne va pas être possible, déclina-t-elle en baissant la tête. Puis à l'attention de son fils, écoute, si tu veux à la place, je peux t'emmener au manège et on mangera une glace.
_ Non, je veux pas ! S'écria-t-il en partant en courant.
_ Leo reviens tout de suite, lança Lucia qui n'aimait pas cette nouvelle manière d'exprimer son mécontentement.
Siv lui emboîta le pas et le rattrapa aussitôt.
La jeune femme comprenait que son fils grandissait, et qu'il avait besoin de faire des choses autres, que d'aller à l'école et revenir à la maison.
Mais, elle ne pouvait prendre le risque de les exposer, les conséquences seraient trop grandes.
Le dîner fût rapidement terminé, l'aide de Maurine y était pour beaucoup. Elle avait souvent fait des saisons en tant que commis de cuisine, ce qui expliquait sa vitesse dans le découpage de légumes.
Siv lui avait eu la gentillesse d'occuper de Leo, en jouant avec lui.
C'était une chose qu'il faisait régulièrement mais ce soir-là, grâce à Maurine qui le lui fit remarquer discrètement, elle prit conscience de son investissement auprès d'eux.
C'était vraiment quelqu'un de bien, songea Lucia. Qui aurait aimé l'avoir rencontré bien avant.
La faute à la fatigue ou plutôt par souci de laisser Lucia et Siv en tête-à-tête, Maurine n'attendit pas le dessert. Elle s'excusa auprès de son hôte et après quelques signes pas discrets, l'exhortant à passer aux choses sérieuses, elle s'en alla.
Siv fut amusé par la situation, et quelque part il ne regrettait pas la venue de Maurine. En tant qu'amie, elle avait surement poussé Lucia à se rapprocher de lui, ce qui n'était pas sans lui déplaire.
Quand il finit de ranger la vaisselle, il vint la rejoindre sur le sofa.
Tout en tapotant en rythme sur l'épaule de son fils endormie sur ses genoux, elle lui dit à voix basse :
_ Merci pour ton aide.
_ Ce n'est pas grand-chose, voyons. Puis après avoir couvé l'enfant du regard, Je vais le mettre dans son lit. Il sera mieux pour dormir.
_ Ne t'embête pas, je vais le...
Sans écouter ses protestation, il prit avec précaution l'enfant dans ses bras et l'emmena dans l'espace nuit qui était séparé d'une demi-cloison. Il déposa Leo dans son petit lit, et après avoir passé une main sur ses cheveux, il le couvrit.
_ T'inquiète pas bonhomme, je vais tout faire pour que tu puisses aller voir les bateaux, lui promit-il à voix basse...
Dans l'un des salons privés du palace, Vincenzo qui avait fini son dîner d'affaire se leva de table en même temps que les directeurs de ses sociétés d'import-export.
La Présidente de Navi-Tech ainsi que ses collaborateurs restaient assis, encore sonnés par la décision de l'homme.
Dans un sursaut, Selena Lafond se dit qu'elle e devait faire quelque chose.
Elle se leva à son tour et interpella le jeune P.D.G.
_ Monsieur Caruso. Puis-je m'entretenir avec vous un instant ? S'il vous plaît.
La sentant acculée, Vincenzo comprit qu'elle était arrivée à point, et qu'elle allait commencer à discuter sérieusement.
Toutes les personnes présentes quittèrent la pièce pour leur laisser le terrain libre.
_ Mademoiselle Lafond, commença-t-il par dire sur un ton concluant et empli de suffisance, sachez que j'ai accepté de m'occuper de ce dossier alors que mon temps est précieux, et que n'importe lequel de mes collaborateur aurait pu clore. A la demande insistante de votre père, je suis venu écouter ce que vous aviez à proposer. Seulement, Vous vous êtes présentés ici sans aucun plan de compensation réaliste, ou alternative satisfaisante à me proposer.
Selena se retrouvait dans l'exacte situation qu'elle redoutait.
Cet homme était un requin et son père avait vraiment eu tord de penser qu'il se montrerait magnanime devant une femme.
Si elle ne faisait rien l'entreprise de sa famille allait finir en liquidation et pire encore, une bonne partie de ses employés allait se retrouver sans rien...
Vincenzo l'observait tandis qu'elle se débattait avec ses idées. Son air renfrogné et pensif montrait qu'elle tenait à cette société, et qu'elle chercherait à limiter la casse par tous les moyens.
_ Monsieur Caruso, lui dit Selena avec inquiétude. Vous savez qu'en nous retirant vos contrats et votre appui, vous condamnerez Navy-Tech ? Elle soupira devant l'air faussement ennuyé de l'homme puis sur un ton plus combatif, je peux vous assurer que si vous nous donnez une chance, nous saurons la mettre à profit.
_ Vous avez de graves problèmes de trésorerie et vous n'arrivez pas à terminer des navires que nos armateurs attendent depuis plus d'un an.
_ Vous avez raison, et c'est précisément pour cela, que je ne m'opposerais pas à ce que Navy-Tech intègre le groupe Sar-Corp. Enfin si cela vous intéresse...
Un sourire satisfait se peignit sur les lèvres harmonieuses de Vincenzo, un sourire qui fit frémir Selena.
C'était donc ce qu'il attendait. Il reconnaissait le potentielle de sa société, et l'obtenir était son but depuis le départ...
_ Et bien, il vous en aura fallut du temps avant d'en venir au concret.
_ Vous vous doutiez que j'allais vous proposer le rachat ?
_ Je savais surtout que vous n'aviez pas d'autres alternatives... Et après être venue me rencontrer pour tâter le terrain, vous avez compris que je n'étais pas du genre à me laisser amadouer par de simples promesses.
Au premier coup d'œil, elle avait vu qu'il était différent de ses autres clients.
Le charisme qui se dégageait de lui, n'était pas feint.
Il en imposait vraiment, que ce soit par son génie ou même son caractère.
Elle venait de perdre un bien précieux mais au lieu de se morfondre, elle n'eut qu'une envie, c'était commencer à travailler sous les ordres de ce personnage au flegme implacable et au magnétisme puissant.
_ Vous m'avez percé à jour, sourit-elle d'un air séducteur. Et si je comprends bien, mon offre vous intéresse ?
_ J'ai déjà demandé que le nécessaire soit fait, vous aurez très vite de nos nouvelles.
Sur ses mots, Vincenzo allait s'en aller quand Selena le retint.
Il scruta la main qu'elle venait de poser sur son bras avant de la questionner de son profond regard bleu.
_ On pourrait aller boire un verre ailleurs et fêter cette nouvelle transaction, lui proposa-t-elle avec l'espoir de rallonger leur entrevue et pouvoir profiter encore un peu de sa présence.
_ Vous n'êtes pas sensée vous réjouir d'avoir perdu votre société, feignit-il de lui reprocher.
_ Disons que je vous y accompagne pour noyer mon chagrin... et puis vous savez, ce qui compte pour moi, c'est que les hommes et les femmes qui travaillent pour nous depuis des années, ne se retrouvent pas sans rien. Le reste n'est qu'aléa du business.
Il lui avait suffit d'une phrase pour que Vincenzo la reconsidère.
Il avait toujours apprécié les personnes portant des valeurs. Et alors qu'il s'était mis en tête de virer tous les dirigeants de cette société nouvellement acquise, il se dit qu'il ferait peut-être exception avec elle.
_ Bien, va pour le verre dans ce cas.
_ Je vous invite, tant que je peux encore le faire, plaisanta-t-elle en ne lâchant pas son bras et en s'y accrochant comme s'ils étaient des connaissances de longue date...