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Sous l'emprise des loups

Sous l'emprise des loups

Auteur:: Beugre Colette
Genre: Loup-garou
Prologue : Nairobi est une jeune louve au sang d'alpha, indépendante et farouchement solitaire. Après avoir quitté son clan natal, elle a choisi une vie sans attaches, voyageant de ville en ville, sans jamais se fixer, sans jamais se laisser approcher. Elle a toujours cru que c'était la liberté qu'elle recherchait, une vie sans obligations, sans famille, sans âme sœur. Sa meilleure amie, Violette, a toujours été là, à ses côtés, dans les moments sombres comme dans les instants de joie. Ensemble, elles ont traversé les pays, explorant le monde sans se soucier de l'avenir. Leur vie semblait toute tracée : un chemin sans promesses de liens profonds, un voyage sans fin. Mais tout cela a changé le jour où Nairobi croisa son regard. Lui, c'est Marseille, l'Alpha suprême des meutes du Sud. Un homme imposant, sûr de lui, possessif et jaloux. Il est l'incarnation de l'ordre et de la domination, respecté et redouté par tous. Nairobi n'avait jamais envisagé que quelqu'un comme lui pourrait croiser son chemin. Elle n'avait jamais voulu se laisser emporter par un tel homme. Et pourtant, un seul regard suffit pour que ses certitudes se brisent, pour que sa vie bascule. Découvrez l'histoire de Nairobi et Marseille, où le destin les pousse à se confronter à des désirs qu'ils n'avaient jamais imaginés, entre la liberté qu'ils chérissent et la passion qui les lie d'une manière qu'ils ne peuvent plus ignorer.

Chapitre 1 01

Les collines s'étendaient à perte de vue, tapissées de terres sèches, où l'ombre des arbres offrait une rare promesse de fraîcheur. La chaleur de l'après-midi enveloppait chaque parcelle de terrain, l'air chargé de poussière flottait comme un voile invisible sur tout ce qui l'entourait. Nairobi marchait seule, son regard perçant balayait l'horizon, mais ses pensées restaient dans l'ombre de ses souvenirs. La route, usée par des années d'errance, s'étendait devant elle comme une promesse de liberté. Mais cette liberté, elle la portait en elle, bien plus que sur cette terre stérile.

Violette marchait un peu plus loin, silencieuse elle aussi. Elles avaient l'habitude de ces moments partagés dans un mutisme presque confortable, un respect tacite pour l'espace de l'autre, bien que leurs esprits aient chacun leurs propres zones d'ombre. Nairobi savait qu'aujourd'hui, quelque chose était différent. Pas un simple frémissement dans l'air, mais une sensation plus nette. Une vibration presque palpable, comme si la terre elle-même avait retenu son souffle. Un sentiment qu'elle n'arrivait pas à écarter, malgré tout ce qu'elle avait appris à fuir et à ignorer.

Le vent s'était levé un peu plus fort, traînant des effluves de forêt et d'humus, comme si le monde lui-même essayait de lui parler. Elle se figea, un instant. Ses sens étaient aiguisés, acérés. Elle se concentra sur le bruit de ses pas, sur la chaleur du sol sous ses pieds nus. Rien ne semblait normal. Ce n'était pas la chaleur qui la dérangeait, ni même la solitude des lieux. C'était quelque chose de plus subtil, un mouvement imperceptible qui passait sous sa peau. La présence d'un autre, quelque part dans les ombres.

Elle tourna brièvement la tête vers Violette, qui avançait à son rythme, insouciante. Aucun signe chez elle. Violette ne ressentait rien. Nairobi, cependant, ne pouvait se débarrasser de l'impression qu'ils n'étaient pas seuls. Que ce qu'elle avait cherché à éviter toute sa vie la rattrapait à présent. Les meutes du Sud n'étaient jamais loin. Des rumeurs sur des Alpha impitoyables, des loups devenus des légendes... Tout cela avait bercé son existence de mystères. Mais ces mystères n'avaient jamais été pour elle. Elle n'était pas née pour les suivre.

Mais le vent soufflait plus fort, secouant les feuilles mortes comme une étrange invitation. Elle baissa les yeux un instant, fermant les paupières, tentant de retrouver son calme. Quand elle les rouvrit, la sensation s'intensifia. Un écho. Là, à l'orée du bois, une silhouette se détachait dans la lumière déclinante de l'après-midi. Pas encore visible de façon nette, mais assez proche pour que son ombre se distingue. Il n'était pas grand, mais il avait une présence qui faisait taire l'air autour de lui, qui perturbait l'équilibre de la nature même. L'animal qu'il était - ou peut-être l'homme - semblait faire partie de cette terre qu'il foulait. Une terre qu'il dominait sans effort, sans gestes.

Nairobi s'arrêta. Un frisson parcourut sa nuque, un frisson que même la chaleur de l'environnement ne pouvait effacer. Son regard s'était braqué sur l'ombre qui restait presque immobile. La réalité semblait se déformer autour d'elle, comme si le temps lui-même hésitait à continuer de s'écouler.

Elle n'avait pas besoin de le voir pour savoir ce que cela signifiait. Elle ne l'avait pas encore reconnu, mais l'instinct ne se trompait pas. Un Alpha. Un autre. Et celui-là, il n'était pas comme les autres. Elle pouvait le sentir dans l'air. Un pouvoir ancien, de ceux qui ne se plient pas aux lois établies, aux règles des autres meutes.

Elle fit un pas en arrière, mais ses pieds restèrent figés. L'instinct l'ordonnait, la poussait à avancer, à comprendre, à faire face. Ses muscles se tendirent comme un arc prêt à se détendre, mais une part d'elle, plus profonde encore, savait qu'elle n'avait pas la liberté de fuir cette fois-ci. Quelque chose allait se jouer ici, dans l'espace entre eux, invisible mais tangible, une rencontre de forces et de volontés qui ne pouvaient plus être ignorées.

L'ombre se déplaça légèrement. Nairobi, à cet instant précis, sut que sa vie venait de basculer.

Les minutes s'étiraient comme un long filet d'eau, indéfinissable et hypnotique, tandis que la silhouette restait là, toujours immobile mais parfaitement consciente de sa présence. Nairobi pouvait sentir son cœur battre dans sa poitrine, chaque pulsation forte, irrégulière, résonnant dans ses tympans. Elle tenta de se concentrer sur sa respiration, de ramener ses pensées à la réalité de ce qu'elle connaissait, mais la scène devant elle était trop étrange, trop insolite pour la laisser indifférente.

Violette, qui n'avait pas encore remarqué le changement dans l'atmosphère, se retourna enfin, attirée par le silence soudain qui enveloppait Nairobi. Elle scruta les alentours, son regard glissant sans se fixer sur l'ombre en périphérie, mais Nairobi savait que tout allait basculer à cet instant. Elle allait devoir faire face à ce qui l'effrayait. À ce qu'elle fuyait depuis si longtemps. Pas un simple Alpha comme tant d'autres. Ce loup-là était différent. Il n'était pas un prédateur comme les autres. Il incarnait quelque chose d'encore plus insidieux, d'encore plus imposant : le pouvoir absolu.

Elle se redressa, les bras légèrement écartés de son corps, prête à réagir, prête à prendre l'offensive. Elle savait que l'alpha ne montrerait pas ses intentions immédiatement. Les loups de cette stature ne se dévoilaient pas facilement. Chaque mouvement était mesuré, chaque parole choisie avec une précision dangereuse. Ils n'avaient pas besoin de gestes ostentatoires, ils imposaient le respect par la seule présence de leur essence. Et cette essence, Nairobi la sentait presque palpablement maintenant.

Enfin, après ce qui sembla être une éternité, l'ombre bougea. Lentement, comme si elle mesurait chaque pas, chaque angle dans lequel il choisissait de se dévoiler. Le ciel semblait se resserrer autour de lui, les ombres des arbres se courbant comme pour lui offrir une scène. Et puis, il émergea pleinement, sa silhouette se détachant de la pénombre avec une majesté déstabilisante.

Il était imposant, bien plus que les simples descriptions que Nairobi avait pu entendre sur les Alphas du Sud. Son regard glissa sur elle, sans effusion, mais avec une telle intensité qu'elle sentit la chaleur de son regard comme une brûlure sur sa peau. Il n'y avait rien de tendre dans ses yeux, rien de doux. Ce n'était pas un homme ou un loup, c'était un roi. Un roi sans couronne.

Il s'avança encore, son pas lent mais sûr, comme une lourde onde de pouvoir qui se déployait à chaque mouvement. Nairobi, malgré son calme apparent, sentit un léger frémissement dans ses entrailles. Elle avait toujours cru qu'elle pouvait tout contrôler. Que la liberté était un territoire qu'elle pouvait choisir, une distance qu'elle pouvait maintenir entre elle et les autres. Mais il y avait quelque chose dans cette présence qui effaçait toute notion de contrôle, qui balayait les certitudes qu'elle avait construites.

"Je ne m'attendais pas à te rencontrer ici", dit-il enfin, sa voix basse, rauque, mais pourtant parfaitement audible, comme s'il n'avait pas besoin de crier pour que chaque mot atteigne sa cible. "Mais il semble que l'univers ait d'autres plans pour nous."

Nairobi resta silencieuse, les yeux fixés sur lui, son esprit en proie à une multitude de pensées contradictoires. Elle ne répondit pas tout de suite. Elle savait que chaque mot qu'elle prononcerait serait une arme, une ouverture. Et elle n'était pas encore prête à l'affronter sur ce terrain-là.

Violette, toujours en retrait, perçut le changement d'atmosphère. Ses yeux se plissèrent légèrement, une brume de confusion se peignant sur son visage. Elle s'avança d'un pas, son instinct lui soufflant de ne pas laisser Nairobi seule face à cette inconnue. Mais Nairobi fit un geste subtil pour la stopper. Elle n'avait pas besoin de protection. Pas maintenant. Ce n'était pas un simple ennemi. C'était plus que cela. C'était un défi à tout ce qu'elle pensait connaître.

Le loup en face d'elle, cet Alpha, n'était pas juste un homme de pouvoir. Il incarnait une force, un principe. Ce que les autres loups cherchaient à atteindre, mais n'avaient jamais osé franchir. Il était le sommet de la hiérarchie, celui qui dictait les règles sans jamais avoir à les expliquer.

"Tu cherches quelque chose, ou tu te contentes de fuir ?" demanda-t-il, sa voix calme mais pleine d'une certitude écrasante. Il ne semblait pas attendre une réponse immédiate, mais Nairobi savait que chaque instant passé sans répondre était un instant où il pouvait mieux la cerner, mieux comprendre ses faiblesses.

Elle leva légèrement le menton, son regard ne quittant pas le sien, son cœur battant fort dans sa poitrine. "Je ne fuis pas", répondit-elle enfin, chaque mot mesuré, mais chargé de la même tension qui emplissait l'air autour d'eux. "Je suis simplement en quête de ce que j'ai perdu. Et ça n'a rien à voir avec toi."

Il la fixa un instant, comme si ses mots n'avaient pas d'importance. Mais au fond de ses yeux brillait une lueur d'intelligence calculatrice. Un sourire fin se dessina sur ses lèvres, imperceptible mais significatif.

"Nous verrons bien", murmura-t-il. Et sans un autre mot, il tourna le dos, s'éloignant lentement, comme une ombre se fondant dans la lumière mourante du jour.

Nairobi resta là, immobile, absorbée dans un tourbillon de pensées. Un nouvel ennemi venait de s'inviter dans son monde, mais elle ne savait pas encore à quel point il allait redéfinir ce qu'elle croyait savoir sur elle-même.

Chapitre 2 02

Le silence s'installa après son départ, lourd et oppressant. L'air, qui semblait presque suspendu, reprit peu à peu son mouvement naturel, mais il restait une tension palpable, comme si tout dans l'univers autour d'eux attendait quelque chose. Nairobi prit une profonde inspiration, ses yeux scrutant l'horizon là où il avait disparu. Chaque fibre de son être était en alerte. Elle savait que cet Alpha n'était pas venu par hasard, et la certitude qu'il reviendrait, d'une manière ou d'une autre, la tenaillait.

Violette, enfin, fit quelques pas en avant, son regard toujours inquiet. "Qu'est-ce que c'était ? Qui était-ce ?" Sa voix, habituellement calme, trahissait une certaine appréhension.

Nairobi ne répondit pas immédiatement. Ses pensées tournaient en spirale, cherchant des réponses qu'elle n'avait pas. Elle secoua légèrement la tête, comme pour se remettre les idées en place, mais la sensation de malaise persistait. "Je ne sais pas", dit-elle enfin, sa voix grave, presque indifférente. "Un Alpha. Du Sud."

Violette hocha la tête, mais Nairobi sentait que son amie ne comprenait pas totalement. Ce n'était pas un simple Alpha. Celui-là... il y avait quelque chose de différent, quelque chose d'insidieux dans la manière dont il s'était tenu là, à la frontière de leur monde, sans jamais se déplacer d'un centimètre. Comme un roi qui observe un royaume qui ne lui appartient pas encore.

"Tu penses qu'il reviendra ?" demanda Violette, son ton plus calme maintenant.

Nairobi resta silencieuse un moment, son regard toujours fixé sur la ligne d'horizon, là où les montagnes se perdaient dans la brume du soir. Elle pouvait presque voir l'ombre de Marseille, aussi clairement qu'un mirage, une silhouette figée dans le crépuscule. Elle savait qu'il reviendrait. Peu importait ce qu'elle souhaitait ou ne souhaitait pas. Les gens comme lui n'abandonnaient pas. Ils prenaient ce qu'ils désiraient, ou ils détruisaient tout sur leur passage.

"Oui", répondit-elle enfin, sa voix plus faible qu'elle ne l'avait voulu. "Il reviendra. Et cette fois, il sera plus difficile de l'ignorer."

Le vent soufflait de nouveau, emportant des bribes de poussière et de feuilles sèches autour d'elles. Nairobi ne savait pas si elle était prête pour ce qui se profilait. Tout ce qu'elle avait toujours cru savoir sur elle-même et sa liberté, tout cela allait bientôt être remis en question. Et le pire, c'est qu'elle n'avait aucune idée de ce qu'elle devrait faire lorsqu'il reviendrait. Quand l'Alpha du Sud se présenterait à nouveau devant elle, ses règles, sa force, sa domination ne laisseraient aucune place à la fuite. Elle serait forcée de le confronter, et avec lui, tout ce qu'elle avait essayé d'éviter.

"On devrait continuer", dit Violette, rompant le silence lourd qui s'était installé entre elles. "On doit avancer."

Nairobi la regarda un instant, la fixant profondément dans les yeux. Elle comprenait ce que son amie voulait dire. Loin de cet endroit, loin de la menace qu'il représentait, elles retrouveraient une certaine normalité. Mais quelque part, au fond d'elle, Nairobi savait que la normalité, cette illusion de paix qu'elles avaient partagée jusque-là, n'existait plus.

"Oui", répondit-elle finalement, mais la décision était déjà prise. Ils continueraient leur voyage, mais quelque chose dans l'air avait changé. Elle pouvait le sentir. La route qui s'étendait devant elles ne serait plus jamais la même.

Les jours qui suivirent furent marqués par une étrange tranquillité. Bien que le souvenir de la rencontre avec Marseille restait présent, il n'y avait pas d'autre signe de lui. Aucun mouvement furtif dans la forêt, aucun bruit dans la nuit. La chaleur du jour laissait place à la fraîcheur du soir, et Nairobi, comme dans un rêve éveillé, avançait sans savoir exactement où elle allait.

Elle se sentait néanmoins changée. Chaque instant, chaque geste semblait suspendu, comme si elle attendait quelque chose, un signe, une nouvelle rencontre. Une partie d'elle se demandait si elle avait déjà croisé son destin, si tout cela n'était qu'une question de temps avant que le fil qui la liait à lui ne se tende à nouveau. Et elle savait que cette fois-là, il n'y aurait pas de retour en arrière.

Le voyage se poursuivit sans éclat, une succession de journées ordinaires teintées d'une tension invisible. Nairobi et Violette, loin d'être apaisées, avançaient néanmoins avec une certaine discrétion, comme si l'univers lui-même retenait son souffle autour d'elles. Les routes, les villages, les paysages qui défilaient sous leurs yeux étaient toujours les mêmes, mais quelque chose d'indéfinissable se tendait dans l'air, suspendu au-dessus d'elles comme une menace sans forme.

Nairobi ne pouvait pas s'empêcher de repenser à Marseille, à cette présence, à cet Alpha qui semblait capable de déchiffrer le moindre de ses gestes, la moindre de ses pensées. La façon dont il l'avait observée, immobile, sans se départir de son calme, lui revenait sans cesse en mémoire. Il n'avait pas été un homme parmi d'autres. Il était un roi parmi les siens, et ses yeux avaient vu au-delà des simples apparences. Il l'avait vue, elle, Nairobi, comme un objet de convoitise. Et pourtant, quelque chose dans son regard lui avait donné l'impression qu'il n'attendait pas qu'elle cède facilement. Peut-être même, qu'il cherchait une sorte de résistance. Un défi. Et cette idée la perturbait profondément.

Violette, quant à elle, semblait avoir oublié la rencontre, ou du moins l'avait reléguée au fond de son esprit. Elle restait son amie fidèle, celle qui partageait ses silences et ses sourires, qui faisait preuve d'une constante légèreté pour tempérer l'âme plus tourmentée de Nairobi. Mais il y avait une distance nouvelle entre elles, un écart qu'aucune d'elles n'osait franchir. Violette savait que Nairobi portait un fardeau invisible, et malgré sa volonté de ne pas en parler, elle le sentait dans les gestes de son amie, dans sa manière d'observer les environs, dans son regard lointain.

Un matin, alors qu'elles se retrouvaient dans une auberge modeste aux murs de pierre, une brise fraîche balayait les champs alentours, Nairobi ne put s'empêcher de se pencher un peu plus sur la situation. Il fallait qu'elle prenne une décision. Elle savait, au fond d'elle, que fuir n'était plus une option. Chaque instant passé à éviter Marseille ne ferait que rendre la confrontation plus inévitable, plus douloureuse. C'était un homme puissant, un Alpha dont le poids de la présence ne s'éteindrait pas avec le temps. Mais en même temps, il y avait ce murmure, une part d'elle-même qui lui disait que peut-être, juste peut-être, il y avait un autre chemin à suivre. Un chemin qu'elle pourrait encore choisir, même si elle avait l'impression que tout se jouait déjà.

Violette la rejoignit sur la terrasse, une tasse de thé à la main. Le soleil de fin de matinée déversait ses rayons dorés sur la scène, et un silence apaisant régnait entre elles. Mais ce silence n'était plus confortable pour Nairobi. Elle se tourna lentement vers son amie, cherchant la force de parler.

"Violette," commença-t-elle, sa voix aussi douce que l'air autour d'elles, mais marquée par une certaine gravité. "Je crois qu'il reviendra."

Violette la regarda sans vraiment comprendre, son regard s'illuminant d'une lueur d'interrogation. "Qui ?"

"Marseille," répondit Nairobi, les mots sortant plus facilement qu'elle ne l'avait prévu. "Je crois qu'il ne partira pas comme ça. Pas tant que je ne lui aurai pas donné une réponse."

Le visage de Violette se figea un instant, un léger sourire effleurant ses lèvres. "Tu veux dire... une réponse à sa manière de te regarder ?"

"Oui", répondit Nairobi sans hésiter. "Mais pas seulement. Je sens qu'il attend quelque chose de moi, quelque chose que je ne sais pas encore. Et je ne peux pas continuer à fuir."

Violette se leva alors, posant la tasse sur la table avec une lenteur calculée. Elle s'approcha de son amie, posant une main douce sur son épaule. "Je sais que tu n'as jamais aimé être liée à quoi que ce soit. Mais... parfois, on doit faire face à ce que l'on est, même si cela nous fait peur. Et toi, tu n'es pas comme les autres, Nairobi. Tu n'es pas comme lui. Peu importe ce qu'il représente."

Un frisson parcourut le dos de Nairobi, mais elle garda la tête haute. "Je sais", murmura-t-elle. "Mais il est là, Violette. Il ne va pas disparaître. Et je dois savoir pourquoi."

Violette resta silencieuse un moment, son regard plein de compréhension, mais aussi d'une inquiétude qu'elle ne dissimulait plus. "Alors fais-le, fais face à ce qui vient. Mais ne te perds pas en chemin. Il est peut-être puissant, mais tu es libre, Nairobi. N'oublie pas ce que tu es."

Le regard de Nairobi s'attarda sur la main de son amie, qui reposait toujours sur son épaule. Elle n'était pas seule dans cette quête. Elle avait une amie qui, même sans comprendre tout ce qu'elle ressentait, lui apportait une force tranquille. Peut-être était-ce cela qu'elle cherchait en elle-même, cette stabilité intérieure, cette liberté qu'elle avait perdue de vue.

La décision était prise. Elle ne fuirait pas. Marseille reviendrait, oui. Et quand il reviendrait, elle serait prête. Pas pour le combattre, mais pour comprendre ce qu'il attendait d'elle.

Chapitre 3 03

Les jours qui suivirent furent marqués par une vigilance constante. Nairobi sentait chaque mouvement de l'air, chaque variation de lumière, comme si la moindre perturbation était un signe. Les routes qu'elles empruntaient étaient longues, sinueuses, parfois désertes, et le monde autour d'elles semblait se refermer lentement, l'étau se resserrant sans qu'elles ne puissent en percevoir l'ampleur. Violette, quant à elle, continuait à avancer à ses côtés, son visage affichant toujours ce mélange de sérénité et de préoccupations dissimulées.

Elle était plus qu'une amie pour Nairobi, elle était un ancrage, une constante dans ce tourbillon de sentiments et de questions qui commençaient à envahir l'esprit de la jeune louve.

Malgré cela, Nairobi ne pouvait ignorer cette sensation persistante, cette conviction que Marseille ne tarderait pas à se manifester à nouveau. Son pouvoir, son autorité, n'étaient pas des choses que l'on pouvait ignorer indéfiniment. Il ne s'agissait pas simplement de sa force physique, de la manière dont il imposait sa présence, mais de quelque chose de plus subtil, de plus insidieux : son influence. Elle savait qu'il avait des yeux partout, que chaque mouvement qu'elle faisait était peut-être déjà observé. Et, même si l'idée de l'affronter la troublait, il n'était pas question pour elle de fuir. Pas encore.

Une semaine s'écoula ainsi, sans incident majeur, mais Nairobi ressentait le sol sous ses pieds de manière différente. Chaque pas sur la terre battue était devenu un rappel de ce qu'elle portait en elle : une force prête à exploser, une indépendance qui vacillait sous la pression d'un destin qu'elle ne contrôlait plus. Les soirs étaient plus longs, les nuits plus solitaires. Il semblait que l'ombre de Marseille s'allongeait avec chaque crépuscule.

Un après-midi, alors qu'elles s'étaient installées dans une petite ville à la frontière de plusieurs territoires, Nairobi aperçut, au loin, la silhouette d'un homme qui s'avançait vers elles. L'air s'alourdit autour d'elle. Son cœur s'emballa. Violette, comme toujours, ne semblait pas ressentir cette tension palpable. Elle continua de discuter joyeusement avec les habitants, ses paroles légères, son sourire comme une bouée de sauvetage dans la mer d'incertitude qui envahissait Nairobi.

L'homme se rapprochait, son regard direct et inébranlable fixé sur Nairobi. Il n'était pas un inconnu. Un membre de la meute de Marseille. Cela, Nairobi le reconnut immédiatement. Il ne portait pas de marques particulières, mais l'aura qui l'entourait trahissait son affiliation. Un messager. Et, plus que cela, une menace silencieuse.

Quand il arriva à leur hauteur, son regard glissa rapidement vers Violette, mais c'était Nairobi qu'il scrutait avec insistance, une expression énigmatique sur le visage. "L'Alpha vous attend", dit-il d'une voix grave, presque sans émotion.

Le cœur de Nairobi rata un battement. L'instant semblait suspendu. Elle ne répondit pas tout de suite. Ses lèvres étaient sèches, son esprit en proie à une confusion qu'elle n'arrivait pas à maîtriser. Elle savait ce que cela signifiait. Marseille l'attendait, et elle n'avait d'autre choix que de se rendre à lui.

Violette, qui avait observé la scène en silence, se tourna vers Nairobi, ses yeux pleins de questions. Elle sentit le changement instantanément. "Tu vas y aller ?", demanda-t-elle, sa voix pleine de douceur, mais aussi d'inquiétude.

Nairobi fixa le messager sans dire un mot, ses pensées comme un tourbillon dans sa tête. Marseille ne l'avait pas oubliée, et il était venu chercher une réponse, une solution à une équation qu'il ne comprenait peut-être pas lui-même. Mais elle ne pouvait pas reculer. Elle savait ce que cela signifiait pour elle. Une confrontation, mais aussi, peut-être, une possibilité de réécrire la suite de son histoire. Ou de la sceller à jamais.

"Je dois y aller", répondit-elle enfin, la voix calme mais pleine de résignation. "Il n'y a pas d'autre choix."

Violette la regarda intensément, puis posa une main rassurante sur son bras. "Je viendrai avec toi, quoi qu'il arrive."

Un sourire faible se dessina sur le visage de Nairobi. "Non, Violette. C'est quelque chose que je dois faire seule. Mais merci. Je reviendrai."

Sans un autre mot, elle se tourna et suivit le messager qui l'attendait, marchant sans se retourner. Le vent soufflait à travers les rues désertes de la ville, emportant avec lui la poussière des jours passés. Nairobi se sentait détachée, comme si elle observait cette scène depuis un autre monde, un monde où la peur n'avait pas de place. Mais au fond d'elle, la peur était là, tapie dans l'ombre, attendant d'être confrontée.

Le chemin qui la menait vers Marseille était pavé d'incertitudes, mais elle était déterminée. Elle savait que ce qu'elle allait découvrir ce jour-là marquerait un tournant dans sa vie. Elle ne savait pas encore s'il s'agirait de sa libération ou de sa perte. Mais une chose était certaine : la confrontation était inévitable, et il ne lui restait plus qu'à accepter ce qui venait.

Le vent se fit plus lourd à mesure que Nairobi s'éloignait de Violette et de la ville. Ses pas résonnaient dans le silence de la rue, un écho creux que seule elle pouvait entendre. Le messager avançait devant elle, sans se retourner, comme s'il savait parfaitement qu'elle le suivait, comme si le chemin était déjà tracé pour elle, pour eux. Nairobi, cependant, n'était pas prête à se laisser entraîner docilement. À chaque coin de rue, chaque ombre qui passait sous ses yeux, elle se demandait ce qu'elle ferait une fois arrivée devant Marseille. Le rencontrer était une chose, mais le comprendre, le dépasser, était une toute autre histoire.

Ils finirent par arriver à l'extérieur de la ville, là où le paysage changeait et se perdait dans les collines sauvages. Une clairière s'étendait devant eux, vaste et silencieuse, comme un vide insondable qui attendait d'être rempli. L'odeur de la terre, de l'herbe humide et du bois brûlé flottait dans l'air, et l'atmosphère semblait vibrer sous une tension invisible, palpable. C'était ici, elle le savait. Marseille l'attendait.

Le messager s'arrêta sans un mot, et un frisson d'anticipation courut le long de l'échine de Nairobi. Elle s'arrêta aussi, observant les alentours avec une vigilance accrue. Le regard fixé sur l'horizon, elle aperçut une silhouette imposante qui se détachait des ombres. Il était là, il l'attendait.

Marseille. Son allure majestueuse et son autorité naturelle étaient indéniables. Il se tenait droit, un bras croisé sur sa poitrine, l'autre suspendu dans un geste qui semblait suspendre le temps. La lumière du jour s'estompait lentement, l'obscurité envahissant peu à peu l'espace autour d'eux. Mais il n'y avait aucune obscurité dans la présence de Marseille. C'était un homme de lumière et d'ombre, un Alpha qui brillait de sa propre intensité, une force brute et magnétique.

Nairobi s'avança d'un pas décidé, malgré la tension qui nouait ses entrailles. Elle n'était pas une simple proie. Elle était une louve, une Alpha, et elle allait se tenir droite face à lui, ne pas fléchir. Mais dans son cœur, l'incertitude persistait, une question sans réponse qui flottait dans l'air.

"Alors, tu es venue", dit Marseille, sa voix basse, mais emplie de cette autorité indiscutable. Son regard se fixa sur elle, perçant, profond, comme s'il déchiffrait chaque fibre de son être. "Tu n'as pas pu résister à l'appel, n'est-ce pas ?"

Nairobi le fixa sans ciller, se battant contre le tumulte qui bouillonnait en elle. "Je ne résiste pas à l'appel", répondit-elle d'une voix ferme, "mais je sais ce que je suis. Et je sais ce que tu es."

Il ne répondit pas tout de suite. Un sourire imperceptible effleura ses lèvres, comme s'il appréciait la fermeté dans ses mots. Mais dans ses yeux, une lueur de défi brillait. "Tu sais ce que tu es, c'est vrai. Une Alpha en fuite. Une louve qui se cache sous des couches de solitude et de fierté. Mais tu ne sais pas encore ce que tu pourrais devenir, Nairobi."

Elle frissonna à la mention de son nom. Il le prononçait d'une manière qui la faisait se sentir à la fois vulnérable et... importante. Il n'y avait pas de mépris dans sa voix, mais une sorte d'admiration silencieuse, quelque chose de presque respectueux.

"Et toi ?" demanda-t-elle, sa voix désormais plus dure, plus assurée. "Qu'est-ce que tu veux vraiment de moi, Marseille ?"

Il haussait légèrement un sourcil, comme si la question était plus complexe que ce qu'elle laissait paraître. "Ce que je veux de toi, Nairobi, c'est une alliance. Je ne suis pas ici pour t'imposer une soumission, ni pour te séduire par de vains gestes. Je veux que tu comprennes ce qui se cache derrière la façade que tu t'es construite. Je veux que tu acceptes de regarder au-delà de ta propre liberté et que tu comprennes que parfois, être libre, c'est aussi savoir où l'on appartient."

Les mots frappèrent Nairobi comme un coup de poing, la faisant vaciller intérieurement. Marseille ne parlait pas comme un homme ordinaire. Il parlait comme un roi. Et peut-être que, dans son royaume, il n'y avait pas de place pour l'indépendance aveugle qu'elle s'était forgée. Peut-être qu'il y avait une vérité plus grande, plus vaste, qu'elle n'avait pas encore perçue. Peut-être qu'il la voyait déjà plus clairement qu'elle ne se voyait elle-même.

"Je n'ai pas besoin de savoir où j'appartiens", répondit-elle finalement, les dents serrées. "J'ai trouvé ma place dans le monde, à ma manière."

Marseille la regarda intensément, comme s'il sondait son âme. "Tu crois cela. Mais tu as tout oublié, Nairobi. Tu n'es pas juste une louve. Tu es une Alpha, et chaque Alpha a un rôle à jouer. Chaque Alpha doit accepter sa destinée. Tu pourrais être bien plus que ce que tu imagines, mais il te faut faire face à la vérité. La liberté n'est pas toujours ce qu'on croit."

Le silence s'étira entre eux, lourd de sens. Les mots de Marseille résonnaient dans l'air, envahissant l'esprit de Nairobi, perturbant son équilibre. Il avait raison sur un point : elle n'était pas comme les autres. Mais était-ce une malédiction ou une bénédiction ? Elle ne le savait pas encore.

Elle s'avança d'un pas, défiant son propre cœur qui battait plus fort sous l'effet de cette rencontre, mais elle resta fidèle à ce qu'elle était : une louve fière et indomptable, même face à l'imposant Alpha qu'était Marseille.

"Je vais te laisser le temps de réfléchir", dit-il enfin, d'une voix plus douce, mais non moins ferme. "Je reviendrai te voir, Nairobi. Et je n'abandonnerai pas. Nous avons beaucoup à partager. Mais tu dois décider, et vite. Le temps presse, et tu sais aussi bien que moi que les choix ont un prix."

Et sur ces mots, il se détourna lentement, s'éloignant dans les ombres croissantes de la forêt, laissant Nairobi seule avec ses pensées, un tourbillon de doutes et de questions dans son esprit. Ce qu'il venait de lui dire avait secoué les fondements de tout ce qu'elle croyait être vrai. Elle n'était pas simplement une louve errante. Elle n'était pas simplement une âme libre. Elle était une Alpha, un rôle qu'elle n'avait jamais voulu endosser. Mais peut-être que son destin, aussi brutal fût-il, ne lui permettrait pas de l'éviter.

Elle resta un long moment immobile, le vent fouettant ses cheveux, le regard perdu dans l'invisible. Puis, enfin, elle tourna les talons et se dirigea lentement vers la ville, la décision prise : elle ne fuirait plus. Elle ferait face. Mais à quel prix ?

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