Après trois ans à New York, je retrouvais Paris, son odeur familière.
Un appel de ma mère a vite brisé la quiétude de mon retour.
Elle coupait court : mon frère Léo était la honte de la Maison de Valois.
Ma riche famille, obsédée par son empire, refusait de l'aider face à des scandales internet.
Léo était clairement en détresse, sa voix fragile.
Arrivée en Provence, je l'ai trouvé hagard, un animal traqué, sous les yeux des caméras.
Antoine et Camille, nos rivaux, savouraient sa chute, les écrans géants affichaient des insultes infâmes.
"Léo le tricheur !", "Une jolie gueule sans talent !", "Dégage !".
Léo s'effondrait, le visage marqué par le désespoir.
Mon cœur bouillonnait : comment la Maison de Valois, ma propre famille, pouvait-elle abandonner Léo ainsi ?
Cette injustice éclatante et leur hypocrisie ont allumé une flamme en moi.
Je savais qu'il y avait plus derrière ces accusations infondées.
Quand Camille a fanfaronné devant la foule, j'ai pris le micro.
Une question technique l'a réduite au silence, le choc sur son visage était ma victoire.
Le match venait tout juste de commencer.
Je venais de poser mes valises dans mon appartement parisien après trois ans à New York. L'odeur de la ville m'avait manqué.
Mon téléphone a sonné. C'était ma mère.
« Éléonore, tu es bien rentrée ? »
Sa voix était comme d'habitude, polie mais distante.
« Oui, maman. Tout va bien. »
« Ton père et moi sommes occupés. La saison des vendanges approche. Ne nous dérange pas pour rien. »
J'ai souri. Rien n'avait changé.
« En fait, je vous appelais pour Léo. J'ai vu des choses sur internet... »
Un silence. Puis un soupir agacé de ma mère.
« Ah, ça. Ton frère et son émission de télévision vulgaire. On lui avait dit de ne pas se mêler à ce monde. Il a choisi, qu'il assume. La Maison de Valois ne peut pas être associée à ce genre de scandale. »
Je n'ai rien dit. La Maison de Valois, notre empire familial du Champagne, était tout ce qui comptait pour eux.
« Passe-moi ton père, » j'ai demandé.
La voix grave de mon père a remplacé celle de ma mère.
« Éléonore. »
« Papa. Léo a besoin d'aide. »
« Léo a besoin de grandir. Nous ne nous impliquerons pas. C'est une honte pour la famille. Fin de la discussion. »
Il a raccroché.
J'ai regardé mon téléphone, pas surprise, juste fatiguée. J'ai alors décidé d'appeler Léo. Il a décroché à la première sonnerie.
« Éléonore ? Tu es rentrée ? »
Sa voix était fragile.
« Je suis là. Je viens avec toi au festival en Provence. »
« Non, ne viens pas. C'est un cauchemar. Tout le monde me déteste. »
« J'arrive demain. »
J'ai raccroché avant qu'il ne puisse protester.
Le lendemain, en Provence, le soleil tapait fort. L'air sentait la lavande et le stress. Des caméras de télévision étaient partout, filmant un direct pour une chaîne culinaire.
Léo était dans un coin, le visage pâle. Il était encore plus beau en vrai que sur les photos, mais il avait l'air d'un animal traqué.
À peine arrivée, un couple s'est approché de nous. Un homme au sourire suffisant et une femme qui me toisait de haut en bas.
« Tiens, tiens, Léo. La star de la télé est là, » a dit l'homme.
Léo n'a pas répondu.
La femme a ricané. « Il a même ramené sa grande sœur pour le protéger. C'est mignon. »
C'était Antoine, le rival, et Camille, sa sœur.
Derrière eux, sur un grand écran, les commentaires du direct défilaient.
"Léo le tricheur !"
"Il a volé la place d'Antoine !"
"Juste une jolie gueule sans talent."
"Dégage !"
Léo a baissé la tête, ses mains tremblaient. J'ai posé une main sur son épaule. J'ai regardé Antoine et Camille droit dans les yeux. Je n'ai rien dit. Pas encore.
Le premier jour du festival, les équipes étaient présentées sur scène. Le présentateur interviewait chaque duo. Quand ce fut le tour d'Antoine et Camille, elle a pris le micro avec assurance.
« Mon frère Antoine est un vrai chef, un chef du terroir, » a-t-elle déclaré, le menton haut. « Il ne doit son succès qu'à son travail, pas à son physique ou à des manipulations marketing. »
Elle a jeté un regard méprisant vers Léo. Le public a applaudi poliment.
« Et vous, Camille ? » a demandé le présentateur. « Vous êtes blogueuse culinaire, mais aussi une compétitrice, n'est-ce pas ? »
Camille a souri, un sourire triomphant.
« Oui. J'ai remporté le premier prix du concours régional de pâtisserie amateur du Lyonnais. Je sais ce que c'est que de gagner honnêtement. »
Le présentateur s'est tourné vers nous. Léo était pétrifié. J'ai pris le micro qu'on me tendait.
« Mademoiselle, » j'ai commencé, ma voix calme et claire. « Félicitations pour votre titre. »
Camille a eu un sourire suffisant.
« Pour votre pâte sablée, quelle est la température de stabilisation idéale pour un beurre de tourage AOP Charentes-Poitou après le premier tour simple ? »
Son sourire s'est figé. Elle a ouvert la bouche, puis l'a refermée. Elle a bafouillé.
« Euh... je... c'est une question très technique... »
« Non, c'est la base, » j'ai répondu sèchement. « Et pour votre crème pâtissière, vous utilisez une gousse de vanille de Tahiti ou de Madagascar ? La différence de notes aromatiques est cruciale pour un dessert signature. »
Camille est devenue rouge pivoine. Le silence s'est installé sur la scène. Les caméras étaient braquées sur elle, capturant sa confusion.
J'ai continué, sans la regarder.
« C'est amusant. J'ai été juge pour les sélections américaines du Bocuse d'Or l'année dernière. »
J'ai marqué une pause.
« Les questions étaient un peu plus complexes. Le niveau est... différent. »
J'ai rendu le micro. Antoine a fusillé sa sœur du regard. Dans le public, les murmures avaient commencé. Sur l'écran géant, les commentaires haineux s'étaient arrêtés, remplacés par des points d'interrogation.
"Elle est qui, elle ?"
"Juge au Bocuse d'Or ? Sérieux ?"
"Ouch. Camille s'est fait démolir."
Léo m'a regardé, les yeux écarquillés. Un peu de couleur était revenue sur ses joues. Je lui ai fait un clin d'œil discret. Le match ne faisait que commencer.