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Sous la lune du rejet

Sous la lune du rejet

Auteur:: Déesse
Genre: Fantaisie
Résumé de Sous la Lune du Rejet : Kieran est un loup-garou, un homme déchiré entre sa nature humaine et la bête qui sommeille en lui. Chaque mois, la pleine lune déclenche une transformation brutale, le forçant à fuir la société et à se cacher des autres, terrifié de ce qu'il pourrait devenir. Son existence est marquée par la solitude et le rejet, une vie où l'isolement est la seule façon de se protéger et d'éviter de blesser ceux qu'il aime. Mais un jour, alors qu'il se réfugie dans une auberge, il croise le chemin d'Amy, une jeune femme forte et indépendante, qui l'attire immédiatement. Cependant, contrairement à ses précédentes rencontres, elle ne se laisse pas séduire par ses tourments, ni par ses charmes. Elle le rejette catégoriquement lorsqu'il lui révèle ce qu'il est, incertaine de pouvoir l'accepter pour ce qu'il est devenu. Face à ce rejet brutal, Kieran est plongé dans un tourment intérieur encore plus profond. Comment peut-il espérer une quelconque forme de rédemption s'il est rejeté par celle qu'il désire le plus, celle qui pourrait peut-être l'accepter malgré sa bête intérieure ? Ses voyages le poussent à chercher des réponses sur sa nature et sur la manière de vivre avec cette dualité. Mais il découvre peu à peu que la vraie question n'est pas de fuir ou de rejeter la bête, mais d'accepter les deux parties de lui-même. À travers des rencontres avec des êtres qui connaissent, eux aussi, le poids de la solitude et du rejet, Kieran apprend qu'accepter son identité est la seule voie possible. Mais ce chemin de réconciliation avec soi-même est semé d'embûches, et sa quête pour trouver l'amour et la paix intérieure le force à confronter ses peurs les plus profondes, surtout celle de l'impossibilité d'être aimé pour ce qu'il est. Sous la Lune du Rejet est une exploration poignante de l'acceptation de soi, du rejet et de la recherche de l'amour dans un monde qui ne pardonne pas facilement les différences. C'est un récit de lutte intérieure, de transformation, et de la recherche d'un équilibre entre l'humain et la bête.

Chapitre 1 La Lune et le Rejet

Kieran se tenait seul dans la forêt, les yeux fixés sur la pleine lune, une boule d'argent suspendue dans le ciel sombre, éclatant de lumière dans la nuit sans fin. Il n'avait pas encore ressenti la transformation qui, chaque mois, faisait de lui un monstre. Mais il savait que le temps passait, que l'instant approchait, que le corps humain ne pourrait pas contenir la bête beaucoup plus longtemps.

Il respirait profondément, tentant de calmer son esprit. Chaque mois, c'était la même chose. La lune apparaissait dans le ciel, et avec elle, le besoin de se cacher, de fuir. Il s'était habitué à l'idée de la transformation, mais ce n'était pas une habitude qu'on accueillait avec sérénité. Chaque fois, c'était un combat. Un combat contre sa propre nature. Un combat contre sa propre peur de blesser ceux qu'il aimait, ou de tomber sur quelqu'un qui le verrait pour ce qu'il était vraiment.

Kieran n'était plus le jeune homme innocent qu'il avait été autrefois. Avant que la malédiction ne le frappe, il était comme tout le monde : un homme normal, un homme qui avait des rêves, des espoirs, des aspirations. Mais tout avait changé la première fois qu'il avait ressenti cette douleur vive, cette transformation dévastatrice qui lui avait arraché la peau, brisé ses os et modifié son âme. Il n'était plus que l'ombre de ce qu'il avait été. Le loup-garou ne faisait plus qu'un avec lui, prenant possession de son corps une fois la pleine lune levée.

Kieran s'agenouilla, ses mains tremblantes posées sur le sol, cherchant une stabilité qu'il n'arrivait plus à trouver. Il ferma les yeux un instant, le souffle court, comme s'il essayait de lutter contre une marée invisible qui le tirait sous l'eau. C'était toujours pareil. La lutte intérieure, la transformation qui déchirait son être. Une partie de lui le voulait, l'appelait, un besoin primal de céder à la bête, mais une autre partie, plus humaine, luttait pour conserver son contrôle. Pour ne pas devenir ce qu'il redoutait.

La douleur commença à se faire sentir, d'abord une pression dans les muscles, puis un afflux de chaleur, une poussée incontrôlable qui transformait son corps. Il la connaissait bien, cette douleur. Elle le parcourait à chaque pleine lune. Les os qui se brisaient, les muscles qui se tordaient sous l'effet de la transformation, la peau qui se déchirait pour révéler l'animal. Il ferma les yeux, serrant les dents pour contenir un cri de douleur qui se formait dans sa gorge.

Mais avant qu'il ne puisse perdre conscience sous l'effet de la transformation, une pensée traversa son esprit, fugace mais intense : Pourquoi cela doit-il être ainsi ? Pourquoi suis-je maudit de cette manière ? Il avait toujours cherché une réponse à cette question, mais il n'avait jamais trouvé de réponse apaisante. La malédiction n'était pas juste un fardeau physique ; elle était une solitude profonde, un éloignement du monde, un rejet constant de sa propre humanité.

Il se haïssait pour ce qu'il était devenu.

À chaque pleine lune, il avait l'impression de se perdre un peu plus dans les ténèbres. Le loup en lui n'était pas une créature noble, mais une force sauvage et incontrôlable. Ce n'était pas une bête qu'on pouvait apprivoiser ou aimer. Il n'était qu'un monstre, un monstre qui ne méritait rien d'autre que l'exil. Il se battait contre cela, contre sa propre nature, mais au fond de lui, il savait qu'il ne pourrait jamais échapper à cette vérité.

La transformation achevée, Kieran se redressa, secoué de tremblements. Il était devenu l'animal qu'il redoutait. Ses yeux, autrefois clairs et humains, étaient désormais d'un jaune perçant, et ses sens étaient amplifiés au-delà de toute compréhension. Chaque son, chaque odeur, chaque mouvement de la forêt l'assaillait, et il ressentait une faim irrésistible, une soif de liberté dans cette forme bestiale.

Il se leva, pris par un instinct irrésistible. La chasse l'appelait. Il pouvait sentir la chaleur de la vie dans l'air, sentir les battements d'un cœur, entendre des voix, des créatures qu'il pourrait facilement poursuivre et détruire. Mais il résista. Au fond de lui, il savait que chaque action de ce genre le rapprochait un peu plus de la bête qu'il voulait fuir.

Pas ce soir, se dit-il. Je dois me contrôler.

Il se dirigea vers une rivière voisine, là où l'eau calme pouvait apaiser la fureur de son esprit. Le loup qui vivait en lui voulait courir, il voulait se perdre dans la nuit, mais Kieran savait que ce n'était pas ce qu'il cherchait. Ce qu'il cherchait, c'était l'acceptation. L'acceptation de ce qu'il était. Mais l'idée même de se montrer à quiconque dans cet état lui était insupportable.

Il s'arrêta un instant près de la rive, se tenant là, écoutant le bruit de l'eau qui coulait lentement. C'est alors qu'une pensée traversa son esprit, un souvenir lointain : Il faut que je fuie. Je ne peux pas risquer de blesser quelqu'un, de montrer ce que je suis devenu.

C'était sa vie. Sa solitude. Il fuyait le monde, il fuyait les gens, parce qu'il savait ce qu'il représentait. Une menace. Un monstre. Une créature qu'on rejetait instinctivement dès qu'on en découvrait la vérité. Et Kieran n'était pas prêt à voir cela encore une fois.

La douleur dans son cœur était aussi forte que celle de son corps. Il ne voulait pas être ce monstre. Il ne voulait pas être ce rejeté. Mais qu'il le veuille ou non, la malédiction l'avait fait tel qu'il était. Une dualité qu'il ne pouvait ignorer. Une part de lui restait humaine, et une autre, sombre et terrifiante, se nourrissait de la lune, de la nuit.

Et puis, comme une révélation, il se souvint de l'auberge qu'il avait traversée récemment. Il avait croisé son regard. Une jeune femme. Il l'avait observée de loin, un sentiment étrange grandissant en lui. Il avait vu dans ses yeux une chaleur qu'il n'avait pas vue depuis longtemps. Une forme d'empathie. Une lueur qui l'avait frappé comme un éclair. Mais il l'avait aussi vue se détourner de lui, dégoûtée lorsqu'il avait révélé ce qu'il était.

Elle m'a rejeté. La pensée lui arracha un soupir. Comme tous les autres.

Mais cette pensée persistait : peut-être que cette rencontre n'était pas simplement un autre rejet. Peut-être que, quelque part, il existait une possibilité de rédemption.

Trop de questions se bousculaient dans son esprit. Il secoua la tête, cherchant à chasser ces pensées envahissantes. Il devait se concentrer. Le loup n'était pas loin. Et une nouvelle douleur commença à s'insinuer dans ses veines.

À l'aube, Kieran s'éloigna de la rivière, le cœur lourd. La bête allait encore une fois avoir raison de lui, mais peut-être qu'un jour, il pourrait échapper à cette malédiction. Peut-être qu'il trouverait, au fond de lui, la paix qu'il recherchait désespérément. Mais cette nuit-là, sous la lumière de la lune, il savait que la bataille ne faisait que commencer.

Chapitre 2 Le Poids du Rejet

Le matin arriva sans pitié, comme chaque fois. Kieran se réveilla, à moitié défiguré par les dernières échos de la bête, l'esprit encore brumeux de la transformation. Les premiers rayons du soleil effleuraient les cimes des arbres, baignant la forêt dans une lumière douce et dorée, mais pour Kieran, cette lumière était lointaine, presque étrangère. Il se sentait comme un étranger dans ce monde tranquille, un homme dans un corps qui ne lui appartenait plus, toujours plus éloigné de tout ce qu'il avait été.

La douleur des muscles brisés, la fatigue de la chasse – bien que furtive et solitaire – et surtout, ce sentiment de déchirement constant, l'envahissaient encore. Mais au fond de son esprit, un autre souvenir persistait : celui de la jeune femme, cette inconnue qui l'avait regardé avec tant d'indifférence, ou était-ce du dégoût ? La lueur dans ses yeux, ce rejet qu'il avait perçu, résonnait encore dans son cœur comme une cloche de fer.

Kieran se leva lentement, balayant la terre de ses mains couvertes de boue, se redressant avec un grognement sourd de douleur. Sa peau était marquée par la transformation, encore rougie et irritée là où les poils commençaient à repousser. Il ne pouvait se permettre de trop s'attarder sur ce qu'il venait de vivre. Il avait appris à faire avec. Chaque mois, c'était la même chose. Une lutte intérieure incessante, la perte de son humanité, et une solitude qu'il portait comme une malédiction. Et pourtant... Ce regard d'acceptation qu'il avait cru percevoir chez la jeune femme... Cela le perturbait encore.

Sans réfléchir davantage, il commença à marcher. Le chemin qu'il suivait était vague, flou, comme toujours. Kieran ne savait jamais où il allait, il n'en avait jamais été capable. Il fuyait les villages, les routes fréquentées, les êtres humains. Il n'avait pas besoin de plus de rejet dans sa vie. Les gens le craignaient, et c'était bien ainsi. Mieux valait rester invisible, mieux valait se cacher, loin des regards et des attentes. La seule façon de survivre à la malédiction, c'était de s'effacer.

Mais un sentiment étrange l'empêcha de tourner les talons lorsqu'il aperçut une petite auberge au loin, une silhouette familière, celle de la jeune femme qu'il avait vue la veille. Cette fois, elle ne semblait pas être en mouvement, mais debout près de la porte, comme si elle l'attendait. Kieran se figea dans son élan, son instinct lui criant de fuir. Tout en lui disait qu'il n'était pas fait pour cet endroit, pour ces gens, pour elle.

Mais quelque chose l'attira malgré lui. Un mélange de curiosité et d'espoir qu'il n'avait pas ressenti depuis longtemps. Il hésita une fraction de seconde avant de prendre une décision qu'il ne maîtrisait pas totalement. Il s'éloigna du sentier, se dissimulant dans les buissons, se repliant dans l'ombre des arbres. Il ne pouvait pas... Il ne devait pas l'approcher.

Et pourtant, il ne pouvait pas la sortir de son esprit. Comment avait-elle réagi à ses révélations ? Qu'avait-elle ressenti en le rejetant aussi facilement ? Il n'était plus capable de comprendre si c'était la peur, la honte ou simplement un rejet pur et simple de sa part.

À mesure qu'il se rapprochait de l'auberge, il aperçut des traces de vie : des gens se déplaçaient, des voix s'élevaient en éclats de rire, quelques clients se relaxaient autour d'une table. Mais tout cela lui paraissait lointain, irréel. C'était comme un monde qui lui était inaccessible. Un monde de lumière et de chaleur qu'il ne pouvait toucher. La brume de son esprit s'épaissit à l'idée de ce qu'il pourrait devenir s'il s'aventurait davantage.

Quand il se retrouva enfin à l'angle de l'auberge, il aperçut de loin la silhouette de la jeune femme, toujours immobile, toujours en attente, et il la sentit... différente. Une sensation curieuse, à la fois douce et forte, l'envahit, mais il n'arrivait pas à la saisir. Il la regarda un instant. Elle n'était pas seule ; d'autres clients de l'auberge se trouvaient là, mais il remarqua que son attention semblait restée focalisée sur un point, en particulier.

Kieran ressentait une étrange chaleur, mêlée à une angoisse sourde, face à la possibilité de se confronter à ce rejet de manière plus directe. Que pourrait-il dire ? Que pourrait-il faire ? Il n'était qu'un monstre, une bête qu'il haïssait, qui haïssait les autres, une malédiction qui déchirait son cœur. Il n'avait rien à offrir, rien d'autre que la peur et l'incertitude.

Ses pensées furent interrompues lorsqu'il entendit des éclats de voix qui se firent plus distincts. Un homme, robuste et bien portant, s'approcha d'elle, visiblement en pleine conversation. Il souriait largement, son ton jovial, comme s'il avait l'impression d'être l'un des habitués de l'auberge. Kieran s'éloigna encore un peu dans l'ombre, sans bien savoir pourquoi.

Il n'eut pas le courage de les suivre. De toute façon, il n'aurait pas osé croiser son regard une nouvelle fois. La jeune femme semblait aussi peu encline à le voir qu'à l'instant où il lui avait révélé sa nature. Elle était loin de l'acceptation qu'il aurait espéré. C'était la confirmation amère que tout ce qu'il avait cru à propos de leur échange n'était qu'une illusion.

Alors qu'il s'éloignait lentement, il entendit des éclats de rire s'élever de l'auberge. L'homme qui venait de s'adresser à la jeune femme semblait en grande forme, et les voix des autres se mêlaient joyeusement dans l'air. Kieran s'éloigna, mais une partie de lui se déchirait. Ce n'était pas la peur qui le poussait à fuir, mais la certitude qu'il n'était pas fait pour ce monde-là, qu'il ne serait jamais à sa place dans cet univers de lumière et de chaleur.

Il chercha un sentier en dehors du chemin principal, un passage étroit bordé de buissons et de fougères. Sa course n'avait pas de but précis, mais il ressentait ce besoin de s'échapper, comme toujours. Fuir avant qu'il ne fasse trop de mal.

Je suis une bête, pensa-t-il une fois de plus. Et jamais personne ne m'acceptera. Ni elle, ni quiconque.

Les mots résonnaient dans sa tête, un refrain lancinant qui l'accompagnait comme une malédiction. Mais au fond de lui, une petite lueur d'espoir persistait, fragile, presque invisible. Peut-être qu'un jour, quelqu'un serait capable de voir au-delà de la bête. Mais ce jour-là, il n'était pas encore arrivé.

Chapitre 3 L'Appel de la Lune

Les jours passèrent, presque indistincts les uns des autres, dans un brouillard de solitude et de réflexion. Kieran se retrouvait à errer dans les forêts, à suivre les cours d'eau, à fuir les hommes et les femmes qu'il croisait. Les souvenirs de la jeune femme restaient accrochés à son esprit comme des épines dans sa chair. Chaque fois qu'il fermait les yeux, il voyait son visage, mais ce n'était plus un visage d'espoir ni de compréhension. Non, c'était celui du rejet, de la peur, et d'une froide indifférence. Une image qui le hanta jusque dans ses rêves.

Il avait fui l'auberge, comme il l'avait toujours fait. Il s'était retiré dans une grotte qu'il fréquentait souvent lors des transformations, loin de tout, à l'abri des regards. Là, dans le noir, il se laissait tomber au sol, épuisé, son corps encore douloureux des blessures de la bête, ses pensées en désordre. Le murmure de la rivière, tout proche, le berçait, mais il n'arrivait pas à trouver la paix.

C'était toujours la même chose, ce conflit entre l'homme et le loup, entre la réalité et la malédiction. Mais il n'était plus seul à se poser des questions sur ce qu'il était devenu. Non, quelque chose de plus profond commençait à naître en lui, un malaise qui ne voulait pas se dissiper. Et plus le temps passait, plus la question de la jeune femme restait, une énigme non résolue qui se tordait dans son esprit.

Il ne pouvait l'oublier. Il n'y arrivait pas.

Ce soir-là, alors que la pleine lune commençait à se lever dans un ciel sans nuages, Kieran sentit son corps se tendre. L'appel de la lune était plus fort que jamais, presque insoutenable. Il n'avait pas le choix. Cela allait recommencer. La transformation allait l'emporter. Une fois de plus, il allait perdre le contrôle. Mais cette fois, quelque chose était différent. Quelque chose dans son âme semblait se réveiller. Il n'était plus seulement la bête ou l'homme désespéré. Une autre partie de lui se mettait en mouvement, une partie qui ne voulait pas fuir, une partie qui voulait comprendre.

Il sortit de la grotte, les griffes déjà en train de se former sous ses doigts. Le vent soufflait dans les arbres, chuchotant des secrets qu'il ne comprenait pas. Son instinct le poussait vers la lisière de la forêt, vers un endroit qu'il connaissait, un endroit qu'il avait traversé la veille... l'auberge. Ce n'était pas un hasard. Il ne croyait plus aux coïncidences. Quelque chose le poussait dans cette direction, et il savait que le moment était venu de confronter sa propre peur.

Il marcha d'un pas lourd, la douleur de la transformation étouffant sa pensée. La bête hurlait dans sa poitrine, impatiente de se libérer. Mais une partie de lui, l'humain, celui qui voulait plus que tout de l'amour et de l'acceptation, résistait. Il résista encore un peu, se battant pour garder un semblant de contrôle. Les souvenirs de la jeune femme étaient là, lourds et accablants, mais Kieran savait qu'il devait se confronter à ce rejet, à cette peur. Il ne pouvait pas fuir pour toujours.

L'auberge était à nouveau visible, une lueur douce éclairant son enseigne. L'endroit semblait calme, presque paisible, et la lueur dorée des fenêtres contrastait avec l'obscurité qui l'entourait. C'était là qu'il devait être ce soir. Pas pour faire du mal, mais pour comprendre. Pour savoir si, au fond, il pouvait espérer quelque chose de plus que cette solitude désespérée.

Il s'arrêta à l'orée de la forêt, observant les allées et venues des clients, les voix qui montaient, les éclats de rire. Un moment d'hésitation. Puis, dans un élan soudain, il s'avança. La transformation était déjà en train de se précipiter, ses muscles se tendant, ses sens décuplés. Mais il se forçait à avancer, lentement, avec la volonté farouche de ne pas céder à l'urgence de la bête. Il n'avait jamais été aussi proche de la jeune femme, et il ne pouvait pas la laisser partir, pas avant d'avoir compris.

Lorsqu'il entra dans l'auberge, le silence tomba presque instantanément. Les quelques clients qui s'y trouvaient se figèrent à sa vue. Il avait beau tenter de dissimuler son angoisse, il ne pouvait échapper à la sensation qu'il était un monstre. Un monstre dans un endroit qui n'était pas fait pour lui. L'odeur de la viande rôtie, de l'alcool et des herbes se mélangeait à l'odeur âcre de sa peau, et il sentait les regards se poser sur lui, pleins de méfiance.

Mais Kieran ne se laissa pas démonter. Il chercha du regard la jeune femme, et la trouva, assise seule à une table près de la cheminée. Elle était là, sereine, mais quelque chose dans ses yeux lui fit comprendre qu'elle l'avait vu entrer. Il s'avança, chaque pas semblant peser lourd, son cœur battant plus fort que jamais.

Lorsqu'il arriva à sa table, elle leva les yeux vers lui, et un frisson parcourut le dos de Kieran. C'était comme si son regard traversait toute son âme, cherchant à comprendre ce qu'il était. Puis, sans un mot, elle se leva lentement et s'éloigna, se dirigeant vers le comptoir. Le cœur de Kieran se serra douloureusement. Il ne l'avait pas imaginé, mais il n'avait pas non plus le courage de la retenir.

Il resta là, figé, perdu dans ses pensées, observant les autres clients qui murmuraient entre eux. La peur, la honte, la culpabilité se mêlaient dans un tourbillon vertigineux. Mais au fond de lui, il savait que tout ceci faisait partie d'un chemin qu'il ne pourrait pas fuir éternellement. Quelque chose avait changé en lui, un appel qu'il ne pouvait ignorer. Il devait apprendre à vivre avec cette dualité. La bête et l'homme, ensemble.

Il tourna les talons et se dirigea vers la sortie, mais avant de franchir le seuil, il se retourna une dernière fois. Elle était là, la jeune femme, à l'autre bout de la salle, le regardant à la dérobée, comme si elle hésitait à se rapprocher. Kieran ferma les yeux un instant, sentant la pression de la transformation qui montait en lui.

Peut-être, pensa-t-il, un jour, pourrait-elle accepter ce qu'il était. Mais pour le moment, il devait encore apprendre à s'accepter lui-même.

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