Raphaël Delacroix entra dans son bureau avec l'assurance qui le caractérisait. Il ferma la porte derrière lui avec une calme précision et s'approcha de son immense bureau en chêne, son esprit déjà occupé par une montagne de dossiers qu'il avait l'intention de passer en revue. Ses doigts effleurèrent la pile de papiers devant lui avant qu'il ne s'installe dans son fauteuil en cuir. Tout était sous contrôle. Tout sauf cette histoire étrange qui l'attendait. Il s'était fait une promesse : jamais il ne laisserait quelqu'un perturber l'ordre parfait de son empire.
Mais cela, c'était avant que son grand-père, ce vieux lion de la famille, ne se mêle de ses affaires.
Raphaël avait reçu un message de son grand-père ce matin-là, un message sans préambule, direct et autoritaire comme toujours. "J'ai trouvé quelqu'un pour te seconder. Elle commence aujourd'hui. Soigne-la bien." Rien de plus. Rien de moins. Ce genre de missive lui tapait sur les nerfs. Pourquoi un autre obstacle ? Pourquoi une autre femme, encore ? Il n'avait aucune patience pour les changements non sollicités. Surtout pas quand il s'agissait d'un ajout inutile à sa routine impeccable.
Il soupira, les yeux rivés sur l'écran de son ordinateur, essayant de se concentrer sur un rapport urgent qu'il devait approuver. Mais il n'arrivait pas à faire abstraction de cette pensée obsédante. Une assistante. Une autre personne qu'il allait devoir gérer, superviser, et probablement supporter. Il avait toujours préféré travailler seul. Pourquoi son grand-père avait-il insisté sur ce point ? Pourquoi ne pouvait-il pas simplement comprendre qu'il gérait déjà tout parfaitement bien ?
Quelques minutes plus tard, la porte de son bureau s'ouvrit lentement, interrompant ses réflexions. Il leva les yeux, pensant qu'il s'agissait d'un collègue ou d'un assistant habituel. Mais non. Elle était là.
Elle était grande, pas particulièrement imposante, mais il y avait quelque chose dans sa présence qui le fit immédiatement se redresser. Une sorte de calme étrange, presque imperceptible, mais qui, d'un coup, sembla s'imposer dans la pièce. Elle portait un tailleur simple, de couleur sobre, mais bien coupé. Ses cheveux bruns étaient attachés en un chignon élégant, son visage... il n'y avait rien de spectaculaire, juste des traits fins, légèrement discrets, mais assez pour susciter une forme de curiosité. Elle n'était pas la beauté classique qu'il avait l'habitude de croiser. Et pourtant, il avait du mal à détourner le regard.
Raphaël la scruta un instant, surpris par son calme et la façon dont elle se tenait là, sans hâte, mais avec une assurance qui ne correspondait pas du tout à l'image qu'il s'était faite de sa nouvelle assistante.
"Vous devez être Mme Morel," dit-il avec une pointe d'agacement dans la voix, ne pouvant réprimer son humeur maussade. "Je suppose que vous êtes celle que mon grand-père a décidée d'imposer aujourd'hui."
Elle ne sembla pas déstabilisée par son ton tranchant. Elle s'avança d'un pas mesuré, lui tendant la main, tout en répondant d'une voix calme et posée :
"Oui, je suis Isabelle Morel. Je suis ravie de commencer aujourd'hui, M. Delacroix."
Elle avait l'air parfaitement détachée, comme si elle était habituée à être l'objet de jugements, à devoir prouver sa valeur aux autres. Mais cette calme assurance était à la fois irritante et fascinante pour Raphaël. Cela ne l'aidait pas à se détendre. Pourquoi avait-il l'impression qu'elle n'était pas impressionnée par lui, pas même un peu ? Cela l'irritait encore plus.
Il la fixa un instant avant de secouer légèrement la tête, comme s'il essayait de chasser cette pensée.
"D'accord, Mme Morel. Prenez place, je suppose que vous avez beaucoup de choses à faire, n'est-ce pas ?" dit-il d'un ton froid, en lui désignant la chaise en face de son bureau. "Je vais vous donner une liste de tâches à accomplir."
Elle s'assit sans broncher, ses yeux se posant brièvement sur lui avant de se détourner, s'installant avec une précision presque parfaite. Elle semblait savoir exactement ce qu'elle faisait, mais il n'arrivait toujours pas à l'accepter. Pourquoi lui ? Pourquoi avait-il fallu qu'elle soit elle ?
"Je vous écoute, M. Delacroix," répondit-elle simplement, sans aucune hésitation dans sa voix. Il n'y avait pas de nervosité, pas de gêne. Rien.
Raphaël se leva alors, faisant les cent pas autour de son bureau, agité par un sentiment qu'il ne parvenait pas à comprendre. Il la détestait déjà, mais il ne pouvait pas comprendre pourquoi. Elle n'avait rien fait pour le provoquer. Elle était juste... là.
"Très bien," dit-il en se retournant brusquement, le regard perçant. "Je n'ai pas besoin d'une assistante qui se contente de rester là et de regarder. Vous devrez gérer des projets, répondre aux emails, organiser les réunions. C'est un travail difficile et demandant. Mon grand-père veut peut-être m'imposer quelqu'un pour 'adoucir' mon quotidien, mais sachez que je n'ai aucune patience pour les erreurs. Si vous vous attendez à une chance quelconque pour m'impressionner, vous pouvez repartir tout de suite."
Elle ne broncha pas. Son regard se fit plus intense, mais toujours calme. Elle ne semblait pas du tout intimidée par ses paroles acerbes.
"Je ne cherche pas à vous impressionner, M. Delacroix," dit-elle avec une douceur qui, à ce moment précis, le fit se sentir encore plus irrité. "Je suis ici pour faire mon travail. Vous n'avez pas à vous soucier de moi. Je suis là pour vous alléger, pas pour vous déranger."
Un silence lourd s'installa dans la pièce, tandis que Raphaël la regardait, cherchant la moindre faille, le moindre signe de faiblesse. Mais il n'en trouva aucun. Elle semblait aussi solide qu'une roche, indifférente à son hostilité.
Il finit par se rasseoir brusquement, ses yeux restants fixés sur elle, tout en essayant de maîtriser la montée de frustration qui s'intensifiait en lui. C'était presque irrationnel. Pourquoi diable une simple assistante pouvait-elle lui provoquer autant de colère et de méfiance ? C'était absurde.
Il prit une profonde inspiration et se força à se calmer.
"Bon, bien, il semble que vous ayez bien compris votre rôle," dit-il enfin, un peu plus calmement, mais toujours sur la défensive. "Nous allons commencer par la réunion de demain. Je vous ferai parvenir tous les détails dans l'heure. Assurez-vous d'être prête. Et ne me faites pas perdre mon temps."
Isabelle hocha simplement la tête en réponse, sans parler davantage. Ses yeux restaient fixés sur lui, mais d'une manière plus calme maintenant. Comme si tout cela était une formalité pour elle.
"Je serai prête, M. Delacroix. Vous pouvez compter sur moi," dit-elle, ses mots clairs et sûrs.
Raphaël se leva à nouveau, incapable de se concentrer sur quoi que ce soit d'autre que le calme perturbant qu'elle dégageait. Il la regarda une dernière fois avant de se diriger vers la porte, son esprit en proie à un tourbillon de pensées contradictoires.
Elle ne semblait pas s'attendre à ce qu'il fasse quoi que ce soit pour l'accueillir, ni même à ce qu'il lui accorde une quelconque attention particulière. Et c'était peut-être ça qui l'agaçait le plus. Isabelle Morel n'avait pas l'air de se soucier de lui. Elle ne voulait ni son approbation, ni ses compliments. Elle voulait simplement faire son travail. Et ça, plus que tout, énervait Raphaël.
Il se tourna une dernière fois vers elle avant de quitter la pièce.
"Je vous préviens, Mme Morel, cette place ne sera pas facile. Ne me décevez pas."
Elle lui adressa un léger sourire, un sourire qui, à cet instant précis, sembla à la fois doux et affirmé, comme si elle savait parfaitement à quoi s'attendre de lui et qu'elle n'était en rien impressionnée.
"Je ne décevrai pas, M. Delacroix. C'est une promesse."
Et, sur ces mots, il quitta la pièce. Mais malgré sa posture de contrôle, quelque chose, à l'intérieur de lui, commença à se tordre. Il n'arrivait pas à comprendre ce qu'il ressentait, mais il savait une chose : il n'avait pas encore vu le dernier de cette Isabelle Morel.
Raphaël Delacroix s'était attendu à tout, mais pas à cela. Le matin, en arrivant dans son bureau, il s'était préparé à affronter des clients ennuyeux, des contrats à signer et des questions sur les nouveaux investissements. Ce qu'il n'avait pas anticipé, c'était cette rencontre avec elle, Isabelle Morel. Il avait reçu un message de son grand-père, une note aussi brève qu'ordinaire : "Elle commence aujourd'hui. Ne sois pas trop sévère." Il avait grogné en lisant les mots, agacé par l'idée qu'il n'était pas même consulté pour ce genre de décisions importantes. Mais il n'aurait pas imaginé que l'arrivée d'Isabelle serait si... dérangeante.
Lorsqu'il l'aperçut pour la première fois dans le hall de l'entreprise, son regard se posa sur elle comme sur un simple détail du décor. Isabelle Morel était loin de l'image d'assistante séduisante qu'il s'était imaginée, même si ce genre de pensée l'inquiétait toujours. Non, elle n'avait rien de particulier. Elle était tout ce qu'il n'aimait pas. Son visage, bien que neutre et sans expression, semblait presque fade, comme si elle faisait partie du mobilier de bureau. Elle était grande mais pas trop, son corps n'avait pas cette allure provocante qu'il appréciait habituellement. Rien dans sa démarche, ni dans son regard, ne semblait sortir de l'ordinaire. En la voyant entrer dans la pièce, il eut un instant l'impression que l'air s'était glacé, que quelque chose de lourd et de silencieux s'était installé.
"Vous devez être Mme Morel," dit-il, son ton plus froid qu'il ne l'avait prévu. Il n'y avait aucune chaleur dans sa voix, ni la moindre courtoisie. Il la fixait de ses yeux sombres, déjà en train de juger cette nouvelle intrusion dans son quotidien. "Vous êtes en retard."
Elle s'arrêta juste à l'entrée, son regard indéchiffrable. Elle n'avait pas l'air troublée par la froideur évidente de sa remarque. Non, elle le regarda simplement, sans se laisser abattre, ce qui, d'une certaine manière, le surprit. C'était comme si elle était trop indifférente pour se soucier de ses jugements.
"Non, M. Delacroix, je suis arrivée à l'heure exacte," répondit-elle, d'une voix calme mais ferme. Elle haussait légèrement les épaules, comme si cela n'avait aucune importance. Comme si son regard n'avait pas été perturbé par la manière dont il l'avait dévisagée.
Raphaël fronça les sourcils. Son ton ne changea pas, mais son esprit commença à se troubler. C'était une assistante, après tout, une simple employée. Pourquoi cette indifférence totale ?
"Je suppose que vous avez l'habitude de travailler dans un environnement calme et ordonné," dit-il, se forçant à être plus courtois tout en gardant un air distant. "Je n'accepte pas la négligence. Pas ici."
Elle hocha la tête sans répondre immédiatement, comme si elle ne voulait pas entrer dans une discussion futile. Et cela l'agacerait encore plus. Elle avait cette manière de le laisser dans l'incertitude, comme si ses mots glissaient sur elle sans l'atteindre. Ce n'était pas juste. Elle ne semblait pas l'écouter, ni réagir à ses remarques.
Raphaël la fixa un instant, cherchant la moindre étincelle de personnalité, quelque chose qui pourrait justifier la présence de cette personne dans son espace. Mais non. Elle semblait aussi froide et distante que le marbre de son bureau. Son visage était d'une neutralité déconcertante. C'était comme si elle ne ressentait rien. Aucune passion, aucune joie, rien de ce qui pourrait briller dans ses yeux. Juste une présence, aussi lourde qu'un vent glacial en hiver.
"Très bien, asseyez-vous," dit-il, pointant la chaise devant son bureau avec un geste sec, comme s'il n'avait pas l'intention de lui accorder plus d'importance qu'à un objet dans la pièce. Isabelle s'exécuta, et sa posture resta droite, impeccable. Rien chez elle ne semblait un peu moins que parfait, mais ce n'était pas cette perfection qui attirait Raphaël. C'était une perfection sans âme, sans éclat. C'était une perfection ennuyeuse.
Il s'assit derrière son bureau, prenant une pile de documents et feuilletant distraitement quelques pages. Son regard se posait régulièrement sur elle, mais pas d'une manière qui trahirait la moindre forme d'admiration ou de curiosité. Non. Elle était là, et c'était tout.
"Bon, puisque vous êtes là, je suppose qu'il faut que je vous donne des instructions," dit-il finalement, les mots sortant de sa bouche avec l'indifférence d'un homme fatigué. "Répondez aux appels, organisez mes réunions, gérez mes courriels. Vous savez comment faire, n'est-ce pas ?"
Elle acquiesça d'un simple hochement de tête, sans la moindre émotion dans le regard. "Oui, M. Delacroix. C'est ce que je fais."
Raphaël se leva brusquement, son impatience croissante. "Ne me parlez pas comme si vous me donniez des réponses toutes faites. Vous avez été choisie parce que vous avez une réputation de savoir faire ce travail, alors montrez-moi ce que vous êtes capable de faire."
Il s'éloigna du bureau, marchant de long en large, les mains derrière son dos, en contemplant son empire à travers les grandes fenêtres du bureau. Il ne pouvait pas s'empêcher de ressentir une étrange frustration. Chaque mouvement de cette femme semblait lui échapper. Elle ne le provoquait pas. Elle ne le repoussait pas. Elle n'était tout simplement... rien. Ni plus ni moins qu'un meuble dans un environnement déjà trop lisse, trop contrôlé.
Isabelle resta silencieuse, prenant des notes sur son bloc-notes, de manière presque mécanique. Raphaël la voyait, mais n'arrivait toujours pas à la comprendre. Pourquoi avait-il l'impression de parler à un mur ? Pourquoi n'arrivait-il pas à s'intéresser à elle ? Elle était une assistante, oui, mais cela ne justifiait pas qu'elle soit aussi... inerte. Où était la vie ? Où était la réaction ? La moindre éclat de personnalité ? Même une femme banale pouvait attirer son regard. Mais pas elle. Isabelle Morel avait ce don rare de le laisser froid, totalement indifférent.
Il s'approcha de son bureau et prit une gorgée d'eau, se tournant une fois de plus vers elle.
"Je n'aime pas perdre mon temps," dit-il en la fixant d'un regard acéré. "J'espère que vous ne me ferez pas perdre le vôtre. Vous comprendrez vite que je ne tolère pas l'inefficacité."
Isabelle leva enfin les yeux, mais ses prunelles étaient aussi glacées que celles de Raphaël. "Je suis là pour travailler, M. Delacroix. Vous n'aurez pas à vous en faire pour cela."
Il se pencha légèrement, un sourire narquois naissant sur ses lèvres. "Très bien. Je vous surveillerai de près, Mme Morel. Je n'aime pas être déçu."
Elle acquiesça, toujours sans un mot, et cette réponse, si simple, fit bouillonner une vague de frustration dans la poitrine de Raphaël. Cette femme l'indifférait, mais d'une manière qu'il n'arrivait pas à accepter. Ce manque de réaction, cette neutralité, le mettait mal à l'aise. Il préférait les gens qui le provoquaient, ceux qui étaient capables de lui donner une réponse pleine de vie, qu'elle soit positive ou non.
Mais elle... elle n'était que le vide. Et ce vide, il le détestait plus que tout.
Raphaël Delacroix détestait les imprévus. Ce genre de situation qui brise la monotonie de son quotidien, les petites vagues qui viennent perturber la mer calme de ses affaires. La veille, son humeur était déjà au plus bas à cause de cette Isabelle Morel qu'il n'arrivait pas à cerner. Mais ce matin-là, son grand-père André l'avait appelé à son bureau, une demande sans explication préalable. Tout chez André Delacroix sentait l'autorité, le contrôle, mais aussi cette étrange affection qu'il réservait uniquement à son petit-fils, bien que cette affection soit souvent accompagnée de règles stricte et de défis.
Quand Raphaël entra dans le bureau de son grand-père, il le trouva installé derrière son imposant bureau en bois, les mains croisées, le regard perçant. André, bien que vieillissant, restait un homme d'une puissance tranquille. Il n'y avait rien dans son regard qui trahissait la moindre faiblesse. Au contraire, ses yeux brillaient toujours avec cette lueur de calculs infinis, de décisions fermes.
"Assieds-toi, Raphaël," dit-il simplement en désignant la chaise en face de lui.
Raphaël s'assit sans dire un mot, tentant de deviner ce qui motivait cette rencontre, son grand-père étant un homme qui ne convoquait jamais ses proches sans raison valable. Il savait qu'il allait encore recevoir un de ces "défis" dont il n'avait pas toujours l'envie. Mais cette fois-ci, il n'était pas prêt pour ce que son grand-père allait lui dire.
André l'observa longuement avant de parler. Le silence dans la pièce était lourd, oppressant. Raphaël attendait qu'il en vienne enfin au fait, tout en essayant de ne pas trahir l'irritation qui commençait à le ronger. Il n'avait aucune patience pour ce genre de manœuvres. Pourquoi ne pas lui dire directement ce qu'il avait en tête ?
"Je sais que tu n'es pas ravi de cette histoire d'assistante," commença André, d'une voix calme, presque apaisée, mais d'une fermeté implacable. "Je sais aussi que tu n'apprécies pas Isabelle Morel. Mais je tiens à ce qu'elle reste. Et toi aussi, tu vas t'y faire."
Raphaël se tendit légèrement, sentant la tension monter dans son ventre. Qu'est-ce qu'il voulait dire par là ? Il s'apprêtait à répondre, mais André l'interrompit d'un geste sec de la main.
"Je vais être très clair," dit-il, son ton devenant plus autoritaire. "Je t'ai confié l'entreprise, mais il y a une condition que tu ne peux pas ignorer. Tu veux l'héritage que je vais te laisser, tu veux continuer à diriger notre empire, hein ?" Il marqua une pause, avant de fixer son petit-fils dans les yeux. "Eh bien, tu ne pourras toucher à cet héritage que si tu respectes une règle simple : tu dois garder Isabelle à son poste pendant un an. Pas moins."
Les mots résonnèrent dans la pièce comme un coup de tonnerre. Raphaël cligna des yeux, ne sachant pas s'il avait bien entendu. Un an. Un an avec Isabelle Morel, cette assistante qu'il n'avait même pas pu supporter quelques jours. Il serra les poings sous la table, son esprit tourbillonnant. Comment pouvait-on imposer une telle règle ?
"Un an ?" répéta-t-il, sa voix trahissant son incrédulité. "Tu veux dire que je ne pourrai pas toucher l'héritage tant que je n'aurai pas gardé cette... cette Isabelle à mon service pendant un an ?"
"Exactement," répondit André, sans un sourire, les yeux toujours aussi perçants. "Et c'est non négociable. Tu as toujours fait ce que tu voulais, Raphaël, mais tu oublies que la famille Delacroix a des valeurs, des traditions. Je veux que tu apprennes à travailler avec cette femme, à comprendre son rôle et à la respecter. Oui, je sais que tu n'aime pas la façon dont elle te regarde, mais crois-moi, elle est une part importante de ton avenir maintenant. Si tu veux mon héritage et l'avenir de l'entreprise, tu n'as pas le choix."
Raphaël se leva brusquement, incapable de rester assis plus longtemps. Ses jambes étaient tendues, ses poings serrés, mais il se maîtrisait tant bien que mal.