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Son obsession

Son obsession

Auteur:: Astermania
Genre: Romance
"Voilà plus de 5 ans que nous sommes mariés. 5 ans que je suis liée pour la vie à cet homme que je connais depuis mes 12 ans. Homme que j'aime depuis mon plus jeune âge. Le rêve d'une certaine manière, mais aussi des dessous moins reluisant. Le rêve de certaines personnes, de l'incongrue pour d'autres. Une histoire aussi vraie de l'intérieur qu'elle ne semble fictive de l'extérieure." Pourtant l'histoire de Camélia pourra en inspirer d'autres, pourra parler à certaines, pourra en énerver d'autres. Mais la réalité de chacune peut constituer le rêve d'une autre, ou bien le cauchemar.

Chapitre 1 Prologue

Me voilà assise de nouveau dans le penthouse de luxe où je vis dans l'Upper East Side. Beaucoup de clichés, me direz-vous. Mais vu de l'extérieur, ma vie n'est que cela. Penthouse, domestiques pour tout accomplir, American express, vacances à tout moment... Je ne travaille pas. Ma vie se résume à m'occuper de mon époux et des détails domestiques pour qu'il puisse se concentrer sur son travail. En échange, il veille à satisfaire toutes mes demandes matérielles. Un pas trop mauvais accord, sachant que notre union n'est qu'un mariage arrangé de plus parmi les nôtres.

Moi, je l'ai toujours aimé et je ne rêvais que de finir avec lui... Lui, je ne pense pas que ce soit le cas.

Retour en arrière, environ une quinzaine d'année plus tôt,

Âgée d'à peu près 12 ans, ses journées se ressemblent toutes. Sa mère ne cesse de lui répéter la même chose depuis ses 5 ans : elle va épouser le fils héritier de la famille Chirathivat, une famille très puissante et très influente à Bangkok. Elle se doit d'être parfaite. Sa mère lui a dit qu'il s'agit d'une veille promesse entre son grand-père et son homologue de l'autre famille. Elle ne comprenait pas trop à l'époque le stress de sa mère. Aujourd'hui encore, elle ne le comprend pas totalement, mais beaucoup mieux qu'avant.

Elle vient de finir son cours de piano et dans 1 heure, elle reprend avec le cours sur la tenue et les bonnes manières. Elle ne va pas à l'école. Elle reste dans leur maison pour devenir une bonne épouse. C'est son destin. Elle a fini par accepter. Surtout depuis le décès de son père. Depuis qu'il est mort, sa mère ne cesse de lui répéter qu'elle est l'avenir de la famille. L'avenir de ses deux petites sœurs. Son avenir à elle. Au décès de leur père, il y a 1 an de cela, la situation a brusquement changé pour eux. Le nombre de domestiques a diminué radicalement, le nombre de visiteurs également... Les œuvres d'art qui garnissaient la maison se sont mises à disparaître. Sa mère est devenue encore plus sévère avec elle, elle est devenue violente. Ses attentes envers elle ont explosé brutalement. Elle est assise dans le jardin, les larmes aux yeux après avoir raté beaucoup de partition durant sa séance de piano et imaginant l'horrible châtiment qui lui sera réservée une fois sa mère au courant. Mais elle doit rester forte pour ne pas inquiéter ses petites sœurs. Elle se rappelle certains mots de son père avant son décès : << elle est l'aînée, elle doit prendre soin de ceux derrière elle. C'est sa responsabilité.>> Elle entend brusquement du bruit, elle entend la voix de sa nounou qui la cherche. Elle sèche ses larmes rapidement avant d'aller à sa rencontre.

- Mlle Camélia, je vous cherchais. Il faut que vous alliez rapidement prendre une douche et vous apprêter.

- Mais j'ai une séance de manière dans 15 minutes, elle lui répond après avoir regardé sa montre.

- Ordre de votre mère. La nounou prend sa petite main et la traîne gentiment vers la maison. On va recevoir de la visite.

Elle est visiblement surprise. Cela fait bien longtemps que personne ne vient les voir. Surtout pas elle. Elle laisse sa nounou s'occuper d'elle. Elle prend une douche, s'hydrate la peau. La nounou revient dans la chambre avec une tenue, qu'elle n'a jamais vu. La tenue semble toute nouvelle. Elle se demande ce qu'il se passe. Le genre de tenue que l'on porte uniquement pour les grandes occasions. Parce que du haut de ses 12 ans, elle a bien conscience que les moyens de sa famille ont radicalement baissés. Ils n'ont plus d'argent...

- Est-ce la tenue que je dois mettre ? Elle pose la question très hésitante. Elle a peur de la salir. J'ai d'autres tenues déjà utilisées aussi jolies.

- Ne vous en faites pas. C'est votre mère qui l'a sortie pour vous. Elle semblait de très bonne humeur. Ce qui se fait rare dernièrement.

Camélia comprend ce que la nounou veut dire. Depuis 6 mois, sa mère est exécrable avec eux tous. Elle ne sait pas pourquoi. Elle s'habille rapidement. La nounou la parfume et lui met du parfum. Cela fait bien longtemps qu'elle ne s'est pas faite aussi jolie. Elle sourit à sa nounou quand sa mère rentre dans la chambre.

- Ma princesse est ravissante, lui dit sa mère avec un grand sourire. Elle la prend dans ses bras, à sa plus grande surprise. Cette robe te va à merveille. N'oublie pas Camélia, souris. Sois silencieuse et calme. Douce et soumise. Cette rencontre pourrait bien nous soulager de tous nos problèmes.

Elle ne comprend pas vraiment où veut en venir sa mère, mais elle ne pose pas plus de questions. Elle se contente de jouer son rôle comme on lui a appris. Sa mère s'en va en premier en demandant à la nounou de l'amener plus tard. Une dizaine de minutes après, la nounou lui prend la main et l'escorte personnellement vers le salon. Il y a des gardes devant l'entrée de la pièce. Camélia se sent intimidée. Elle ne les a jamais vus ici. Elle entend des bruits de discussion provenant du salon. La nounou cogne et se voit octroyer la permission d'entrer. Elle ouvre la porte délicatement et la laisse passer en premier. Camélia, toute nerveuse, s'avance, mais elle oublie la légère marche et se retrouve propulser vers l'avant. Elle tombe devant tout le monde. Elle a envie de disparaître sous terre et imagine les reproches que va lui faire sa mère. Elle relève la tête quand elle voit des chaussures qui se sont approchées d'elle. Une main tendue vers elle pour l'aider à se relever.

- J'espère que vous ne vous êtes pas trop fait mal, lui lance la voix masculine assez profonde. C'est leur première rencontre. Camélia se fige, occupée à admirer le jeune homme devant elle. De longs cheveux noir jais rassemblés dans un chignon bas, une bouche légèrement rose qui esquisse un malicieux sourire, des iris foncés qui semblent voir profondément en elle... Est-ce que vous allez bien ? Ce n'est que quand il lui pose la question à nouveau qu'elle revient à elle et reprend de la contenance. Permettez-moi de vous aider, il la prévient avant de l'aider à se mettre debout.

- Merci beaucoup, elle répond rouge de gêne.

Ce n'est qu'après cela qu'elle prend conscience des autres personnes dans la pièce. Sa mère avec des éclairs dans les yeux, qui se retient de lui lancer une remarque acerbe. Et une autre femme, du même âge que sa mère ou un peu plus âgée, elle ne saurait dire, qui la fixe sans expression. Elle la juge, la scrute comme pour distinguer le vrai du faux en elle ou sur elle. Le jeune homme à ses côtés l'accompagne jusqu'au fauteuil où est assise sa mère. Il s'assoit sur le fauteur d'en face au côté de la sienne. Il lui fait un sourire qu'elle traduit comme un encouragement.

- C'est très galant à toi d'être aller l'aider à se relever, le complimente sa mère à elle. Je pense que je peux faire les présentations maintenant. Eliott voici ma fille aînée Camélia. Camélia, voici Eliott Chirathivat. La dame à ses côtés est sa mère.

- Je suis honorée de vous rencontrer, elle dit en baissant les yeux légèrement, après avoir senti sa mère la pousser légèrement dans le dos.

- Elle est magnifique. Comme une poupée de porcelaine.

Ce sont les seuls mots que la mère d'Eliott a prononcé depuis son arrivée dans la pièce. Elle murmure quelques mots à son fils dans l'oreille qui continue à lui sourire avec bienveillance.

- Je pense qu'il serait intéressant qu'ils puissent discuter un tout petit peu, ajoute à ce moment, sa mère à elle.

- En effet, lui répond son homologue d'un visage assez inexpressif.

- Le jardin a été aménagé pour que vous puissiez vous installer Camélia. Guide le.

Elle répond poliment à sa mère, se lève en premier. Eliott la suit en silence et ils quittent la pièce. Les gardes réagissent à leur sortie. Un d'eux les suit en silence. Une fois dans le jardin, Eliott fait signe au garde de ne pas plus les suivre. Le cœur de Camélia n'a pas arrêté de battre. Savoir qu'ils sont seuls à seul la rend encore plus nerveuse. Elle voit la nounou qui lui montre du doigt la mise en place pour un petit goûter. Elle lui fait un merci silencieux. Elle attend qu'il décide de quoi faire. Sa mère lui a dit d'être soumise et docile.

- Ne soyez pas aussi crispée, je ne vais pas vous manger, il lui dit avant d'expirer bruyamment. Préfériez-vous que l'on se mette sur l'herbe ou plutôt à table ? Il la voit regarder rapidement l'herbe avant de revenir à lui, comme pour lui demander son avis. Ce sera donc l'herbe.

Il prend une nappe et l'installe au sol sans plus chipoter. Elle récupère le plateau de gâteau à son plus grand plaisir et il prend le plateau de thé. Dès qu'elle atteint le sol, elle se détend un peu plus. Elle le voit rigoler devant son expression nettement plus soulagée.

- Ma mère peut-être assez imposante, il lui dit avant de se coucher nonchalamment sur la nappe en ne cessant de la regarder. Elle voudrait lui dire aussi qu'il est aussi intimidant, voir encore plus que sa mère à ses yeux. Est-ce qu'on peut se tutoyer ?

- Oui bien sûr. Elle se reprend. Il ne faut pas qu'elle oublie. Docilité. Soumission. Si c'est ce que tu préfères...

- Camélia... Il roule son prénom d'une manière étrangement sexy. Il attrape une des mèches de ses cheveux et les admire en silence. Ce qui la surprend elle-même c'est qu'elle ne ressent pas le besoin de l'éloigner d'elle. Elle sent son parfum. Elle le laisse facilement pénétrer dans son espace. Tu es magnifique.

Les mêmes mots que sa mère et pourtant aucune comparaison entre l'effet sur elle. Elle cache difficilement un sourire.

- Merci...

- Parlons de sujets plus pratiques, si tu veux bien. Je pense que tu es assez futée pour avoir compris le but de cette mascarade. Bien sûr qu'elle avait compris. Même si elle ne voulait pas s'avancer de peur de se tromper. Nos mères aimeraient que nous formions un couple. Nos familles voudraient s'unir au travers d'un mariage, du nôtre.

Chapitre 2 Chapitre 1

- Un couple ? Un mariage ?

- Savais-tu pour ma venue ? Elle hoche négativement de la tête. Il lève les yeux au ciel. Je suppose que cela devait être une grosse surprise alors. Je m'en excuse encore si c'est le cas. Je n'ai moi-même appris pour ce rendez-vous qu'il y a une semaine. Et je n'ai vu qu'une photo de toi ce matin.

- Ohh...

- N'aie pas de craintes. Ce n'est pas quelque chose de figé. Je pense que je devrais peut-être remettre certaines choses dans leur contexte pour que tu aies une meilleure vision de la situation. Il doit aisément se rendre compte qu'elle est totalement perdue. Je pense que tu es au courant de la promesse entre nos grand-pères, il y a très longtemps de cela d'unir un de leurs petits enfants. Elle acquiesce. Étant la première fille, tu étais censée épouser mon frère aîné. Néanmoins, il s'est marié. Notre père a rompu ou plutôt a dû rompre, l'accord entre nos deux familles à ce moment-là. Mais ma mère tenait à ce que cette promesse soit honorée, c'est pour cela que je suis là aujourd'hui.

- Nous allons nous marier ?

- Rien n'est figé comme je te l'ai dit. Pour le moment, nous allons nous fréquenter. À tes 16 ans, nous nous fiancerons, et une fois que tu seras majeure, nous pourrions nous marier. Évidement, c'est uniquement si nous décidons de poursuivre cet engagement. Je ne vis pas ici, je suis aux États-Unis la majorité de l'année. Nous ne nous verrons que quelques fois durant l'année quand je reviendrai. En dehors de cela, tu ne seras soumise à aucune contrainte de ma part.

- Tu vis aux États-Unis par choix ? Tu préfères être loin de ta famille ?

- J'étudie là-bas. J'ai 20 ans, il lui dit, faisant s'ouvrir en grand les yeux de Camélia. Je pense que c'est une précision dont tu n'es pas encore au courant peut-être. Ils ont 8 ans d'écart. Elle a bien vu qu'il doit être plus âgé qu'elle, mais elle ne s'imaginait pas un tel écart. C'est un adulte, alors qu'elle n'est qu'une enfant. Certes assez mâture pour son âge, mais rien de comparable non plus. Est-ce que tu veux bien me parler de toi ? Il regarde sa montre rapidement. Nous en avons encore pour 45 minutes avant que je ne doive repartir. Si l'idée que je sois ton prix de consolation ne te débecte pas trop, on pourrait en profiter.

- Non, non, pas du tout, elle lui répond dans la hâte.

Il rigole devant sa candeur et lui caresse gentiment la tête. Le contact de sa paume contre sa chevelure est tendre, Camélia s'étonne à aimer cela.

- Je te taquine. Ne t'inquiète pas. Tu peux me parler normalement, sans filtre. Je ne sais pas ce qu'a pu te dire ta mère à mon sujet, ce que je pense n'être quasiment rien, mais je suis plutôt accommodant au sujet de certaines de nos vieilles traditions. Camélia lève un sourcil surpris dans sa direction. Je veux que tu te sentes à l'aise avec moi, je veux que tu me partages toute ta personnalité. En échange, je ferais de mon mieux pour en faire de même.

Elle le regarde avec des étoiles dans les yeux et son ventre se contracte légèrement. Ce n'est qu'après qu'elle apprendra qu'elle a ressenti pour la première fois un début de sentiment amoureux. Ce que les gens appellent de manière plus décontractée, les papillons dans le ventre.

Fin du Flash-back

En repensant à cette rencontre, j'avais toutes les raisons pour avoir envie de poursuivre cette relation. Il était parfait, je l'ai trouvé parfait. Il était à mon écoute, il était gentil, il était attentionné. Alors que lui devait me voir uniquement comme sa petite sœur. Après sa première visite, il est revenu une fois par semaine durant son mois de séjour. On s'est vu 4 fois cette année-là. On continuait à discuter, il m'écoutait quand je lui parlais de tout et de rien.

Flash-back de la dernière visite, avant son départ la première année,

Il est venu la prendre pour aller au centre-ville et manger quelque chose. Depuis qu'ils se sont rencontrés, sa mère est étrangement gentille avec elle, étrangement de bonne humeur. Elle ne sait pas pourquoi. Elle n'en cherche pas la raison. Juste en faire le constat et en bénéficier lui suffit.

Ils sont à l'arrière de la voiture, il est au téléphone une mine sérieuse au visage. Elle comprend certains mots de l'anglais qu'il parle avec une aisance terrible, mais pas toute la conversation. Il raccroche quand ils arrivent au centre commercial. Il descend en premier avant de lui ouvrir la portière et de lui tendre la main pour l'aider à descendre.

- Je suis désolé d'avoir passé le trajet au téléphone.

- Pas de problème. Je suppose que c'était urgent.

- Des histoires de famille, il lui répond vaguement avant de souffler de frustration. Ne parlons pas de cela. J'ai prévu une activité pour aujourd'hui. Elle ne comprend pas où il veut en venir et il ne semble pas vouloir lui dire de quoi il s'agit. Cela fait déjà une semaine depuis notre dernier rendez-vous, et bientôt un mois que nous nous rencontrons toutes les semaines. Pourtant, tu es toujours aussi timide, tu ne me regardes pas dans les yeux, tu m'écris à peine. Est-ce que je t'intimide ?

- Je ne veux pas vous... Un regard appuyé lui rappelle qu'elle doit le tutoyer. Je ne veux pas te déranger. Tu as sûrement énormément de choses à faire avant de repartir.

- Il est vrai que j'ai des choses à faire, mais j'ai aussi du temps à te consacrer. En se rappelant le trajet en voiture, il ferme les yeux. Temps que j'ai utilisé pour faire autre chose. Je m'en excuse à nouveau.

Camélia ne peut pas s'empêcher de sourire. Elle a vraiment cette impression de planer quand elle est avec lui. Comme s'il l'emmenait dans un univers parallèle.

- Souhaites-tu manger un morceau ?

- Oui avec plaisir.

- Très bien, choisis donc. Ils arrivent devant une carte du centre commercial. Camélia n'a pas l'habitude de choisir. Elle se rappelle encore les mots de sa mère, elle doit le laisser choisir. Elle doit le laisser prendre les devants. Elle s'apprête à se tourner vers lui et lui répondre quand il pose son index sur ses lèvres. Ne te défile pas. Choisis.

Son ton ne laisse aucun autre choix à Camélia. Elle peut voir qu'il ne cédera pas. Elle finit par choisir un restaurant, elle se rappelle sa mère avoir prononcé ce nom une fois en parlant de l'époque avant que son père ne décède.

- Excellent. Allons-y.

- Mais, on ne pourra pas sans réservation, lui oppose-t-elle en se rappelant que sa mère lui avait dit qu'il fallait au moins 3 mois pour obtenir une table à ce restaurant. Ma mère m'a dit qu'ils sont souvent complets.

- Tu es bien au courant, il lui dit d'un regard malicieux. Mais ne t'inquiète pas, tant que tu seras avec moi, je ferais tout pour que tes désirs se réalisent.

Ce genre de promesse fait sursauter le cœur de Camélia. Elle se laisse guider vers le restaurant. Ils arrivent à l'entrée et la dame de l'accueil leur dit qu'ils n'ont pas de place avant 4 mois. Elle a envie de lui dire qu'elle l'avait prévenu, quand il lui montre une carte et le visage de la dame change immédiatement.

- Bien sûr que nous aurons une table pour vous monsieur Chirathivat. Laissez-moi arranger cela rapidement. Elle s'excuse avant d'aller à l'intérieur et de revenir les emmener à une table avec une superbe vue. Dites-moi quand vous aurez décidé quoi prendre. Je suis à votre entière disposition.

- Comment as-tu fait ?

Camélia lui demande stupéfait. Elle n'en croit pas ses yeux.

- Magie, il lui dit en rigolant. Il prend sa main dans la sienne, avant d'y déposer un baiser furtif et de la relâcher. Je t'ai dit que je ferais tout pour matérialiser tes désirs. Tu apprendras que mes paroles ne sont pas creuses. Camélia rougit jusqu'aux joues. Elle n'a jamais été au centre d'une tentative de séduction. C'est la première fois. Pour tout dire, bien qu'elle ne sache pas à ce moment-là, mettre des mots dessus, elle aime bien ce qu'il se passe. Notre famille a quelques actions dans ce restaurant. Ma mère adore y manger.

Elle est assez contente qu'il lui parle de sa mère. Il ne parle pas beaucoup de sa famille. Elle se rend compte qu'il ne fait quasiment que l'écouter.

- Que comptes-tu faire après mon départ ?

- Ma mère m'a annoncé il y a quelques jours que je pourrais reprendre mes études, elle lui annonce ravie.

- Je suis sincèrement ravi pour toi. Je sais que cela comptait pour toi.

- Pour l'instant, elle ne m'a pas encore dit dans quel genre d'école j'irais, mais je suis assez excitée de voir ce que ça donnera. Être dans une même classe avec d'autres élèves. Partager des moments ensemble, développer des amitiés... Elle se rend compte qu'elle parle beaucoup et s'arrête avant de rougir de gêne. Comment s'est passé votre... ta scolarité ?

- J'adore t'écouter Camélia. Ne te retiens pas quand tu me parles. Je veux t'écouter.

Il fait signe à un serveur pour commander. Il arrive en tout vitesse. Eliott commande rapidement, avant que le serveur ne se tourne vers elle.

- Que dois-je noter comme commande pour votre petite sœur ?

À ce moment, le regard de Camélia se fige. Elle commande son repas et une boisson sucrée. Le serveur s'en va, la laissant perdue dans ses pensées. Elle se rappelle la différence d'âge entre eux, mais surtout de l'image que doit donner leur binôme. Personne ne doit la voir comme étant sa promise. Pour tout le monde, elle n'est qu'un vilain petit caneton en présence d'un signe. Elle ne sent pas à sa place. Elle a envie de rentrer chez elle.

- Camélia... Camélia... La voix d'Eliott la ramène à elle. Est-ce que tu vas bien ? Une larme coule sur son visage. Cela alarme Eliott, qui se lève pour s'approcher d'elle visiblement inquiet. Est-ce que tu veux que je t'emmène à l'hôpital ? Elle se reprend et essuie sa larme d'un geste de la main, avant de de morfondre en excuse. Ne t'excuse pas, ce n'est rien. Dis-moi plutôt ce qu'il t'arrive...

Devant son soudain mutisme, il la soulève et ils quittent le restaurant sous le regard de toutes les personnes présentes. Camélia a envie de disparaître sous terre, mais il ne semble pas s'en préoccuper. Il la porte jusqu'à la voiture dans l'un des parkings VIP du centre commercial. Le chauffeur ouvre la portière, il la pose à l'intérieur avant de monter à son tour. La portière se referme derrière eux. Le chauffeur et le garde restent dehors.

Chapitre 3 Chapitre 2

Camélia se cache toute nerveuse. Le silence d'Eliott la rend toute tremblante. Elle tient ses mains entre elles. Elle se rend compte qu'elle a vraiment merdé. Il doit être furax contre elle. Sa mère lui avait pourtant dit de ne pas l'embarrasser, de ne pas le faire fuir. Ce sera sûrement leur dernier rendez-vous. Elle a tout foutu en l'air.

- Camélia...

Elle n'arrive pas à lever la tête. Il prend son menton dans une de ses mains. Il relève sa tête et leurs regards se croisent. Il essuie une des larmes qui perle sur son visage.

- Je suis désolée... Je ne voulais pas vous faire honte de la sorte.

- Je t'ai déjà dit de ne pas me vouvoyer, il lui dit d'un ton à la limite du reproche. Il soupire discrètement. Explique-moi ce qui s'est passé...

- Je me suis rendue compte que personne ne nous prendrait jamais au sérieux. Je dois sûrement paraître aux yeux de tous uniquement pour votre... pour ta petite sœur. Comme aux yeux de ce serveur.

- J'adorerai avoir une aussi mignonne petite sœur, il lui dit pour la consoler. Ma petite sœur est une vraie peste, il lui apprend par la même occasion. Ce qui la fait se détendre et rigoler un peu. Je suis désolé que tu l'aies vécue de la sorte. Je ne voulais pas le rectifier parce que je n'étais pas sûr du titre de notre relation. Il va se passer encore une dizaine de mois avant que nous ne nous revoyions et comme je te l'ai dit, c'est un mariage arrangé qui nous unirait. Tu n'as que 12 ans, Camélia. Je ne veux pas t'enfermer dans un titre. Je ne veux pas que notre relation te pèse dessus. Surtout que tu ne m'as pas dit si tu souhaitais poursuivre ou non, cet arrangement. Je t'ai dit le premier jour que je ne te forcerai en rien.

- Moi, je veux bien continuer à vous connaître, elle dit d'une petite voix.

- Tu m'en vois ravi dans ce cas. Tu es tellement mignonne, il lui dit avant de poser ses lèvres sur son front affectueusement. Il est encore temps pour l'activité que j'ai prévue, il lui dit en regardant sa montre. Après allons nous restaurer ailleurs et cette fois-ci, je veillerai à corriger les malotrus qui osent te prendre pour ma petite sœur.

Elle rigole de son ton plein de malice. Elle se sent soulagée par leur discussion. Il veut d'elle. Elle ne l'a pas fait fuir. Il la trouve belle. Il lui propose de retourner à l'intérieur. Son garde lui conseille de porter des lunettes et une écharpe pour éviter d'être reconnu, vu que le centre commercial se remplit rapidement. Camélia voit bien qu'Eliott semble embêté par la situation, mais n'a pas d'autres choix que d'obtempérer. Ainsi paré, elle éclate de rire.

- Je suis si moche que cela ?

- Non pas réellement. Juste que ça change de te voir tout le temps apprêté. Eliott sourit, au moment où elle réalise, qu'elle a moins de mal à le tutoyer maintenant. Elle se sent plus à l'aise. C'est vrai que tu attirais déjà les regards tout à l'heure.

- C'est épuisant d'être avec moi n'est-ce pas ? Je suis désolé de t'imposer un tel traitement, lui dit-il en faisant référence du regard aux gardes à proximité en habits de civils. Tu ne dois pas apprécier. Moi, je ne m'en rends même plus compte, je les ai constamment avec moi depuis mon enfance.

Elle n'imagine pas ce que cela doit être. Elle n'arrive pas à s'imaginer son enfance. Elle espère qu'il lui en parlera un peu plus dans le futur.

- Nous ne sortions pas trop, mes sœurs et moi depuis l'enfance. Les rares fois, nous étions accompagnées, mais ce n'est rien en comparaison. Il faudra que je m'y adapte.

- Tu t'imagines rester avec moi assez longtemps dans ce cas-là... Intéressant à savoir. Nous voilà arrivés, lui dit-il en arrivant devant le cinéma. Elle le regarde les yeux stupéfaits. Tu m'as bien dit que tu aimais les films sur les histoires d'amour. Alors, nous allons en voir un avant mon départ. J'ai décidé duquel, ça devrait te soulager d'un poids, il lui dit avant de lui faire un clin d'œil.

Assis dans la salle de cinéma, après s'être achetés du pop-corn et de quoi manger, Camélia se rend compte qu'ils sont seuls dans la salle.

- Quel genre de film as-tu choisi pour que personne ne vienne le voir ?

- Il est assez plébiscité au contraire du peu que j'ai vu sur internet. Il n'y a personne parce que j'ai réservé toutes les places de la salle pour que l'on soit tranquille, dit-il, comme si de rien n'était, avant de retirer ses lunettes et l'écharpe.

Camélia est sous le choc. Elle sait que sa famille a les moyens, mais elle n'arrive pas à croire à quel point. Elle comprend un peu mieux l'excitation de sa mère. Elle comprend aussi pourquoi le visage de sa mère se garnit d'un sourire particulier à chaque fois qu'il vient les voir. On dirait l'avènement de l'année. Sa mère le voit comme une porte de sortie. Elle se sent mal qu'elle veuille profiter de la sorte de lui.

Le film commence mettant fin aux pensées de Camélia. Elle se laisse emporter par le récit, tout en gardant un œil sur son partenaire de séance. Elle se dit qu'ils ne sont définitivement pas pareils. Il a uniquement pris une boisson caféinée, tandis qu'elle s'est lâchée sur le plus gros pot de pop-corn sucré, des bonbons et du soda. Rien de bien healthy. Elle imagine bien sa mère lui faire une remarque, lors de sa prochaine montée sur la balance, sur son poids qui risque d'augmenter. Elle est tellement stressée qu'elle picore à peine dans le pot.

- Est-ce que ça va ? Elle se tourne vers lui pour se rendre compte qu'il a subtilement changé de place. Avant, il y avait la nourriture entre eux. Il vient de prendre le siège à côté d'elle. Il lui prend la main et lui sourit. Elle détourne le regard, toute gênée. Elle répond un timide oui, avant de regarder furtivement le paquet de pop-corn. Elle n'a même pas pensé à lui en proposer. Il récupère le paquet et le place entre eux au niveau de l'accoudoir. Est-ce que c'est le fait d'être ici à deux qui te met mal à l'aise ? Elle n'a même pas pensé au fait que c'est la première fois qu'ils sont uniquement à deux. Sans garde, sans sa nounou, sans personne. Sinon, je demande aux gardes de venir nous rejoindre.

- Non c'est bon. Ce n'est pas cela, elle lui avoue d'une petite voix. Son regard sur elle semble lui demander la raison de son trouble. Ou plutôt l'une des nombreuses raisons de son trouble. Elle ne veut pas avouer que rien qu'être en sa présence la trouble énormément. Elle n'est pas encore prête pour cela. La nourriture...

- Tu n'aimes pas ? Il semble faire sincèrement faire un effort pour comprendre. On peut faire changer. Tu veux que je demande à ce que l'on t'apporte autre chose ?

- J'en ai pris beaucoup, elle finit par lui dire avant de regarder ses pieds.

La seule réponse qui lui parvient, c'est un rire, suivi d'un soupir de soulagement. Il regarde rapidement son café et semble comprendre le type de pensée de la jeune fille à ses côtés.

- Camélia, n'essaye pas de grandir plus vite que prévu. Ce n'est pas le but. C'est normal que tu manges à ta faim et selon tes envies en ma présence. Je n'aime pas les choses sucrées et j'ai passé la nuit à travailler c'est pour cela que j'ai pris un café pour ne pas m'endormir pendant notre moment à deux. J'aurais dû être plus attentif, je m'en excuse. Il prend quelques grains de popcorn qu'il met dans sa bouche. Qu'est-ce que je ne ferais pas pour toi, lui dit-il pour la taquiner, d'un ton outrageusement tragique. Ainsi, nous partageons le même pot et il n'y aura plus de culpabilité.

Camélia s'apaise en l'entendant parler et remange tranquillement sous le regard affectif d'Eliott. Il n'y touche plus, mais elle ne semble pas le remarquer. Elle se concentre sur le film. C'est un film d'amour. Elle aime ce genre d'histoire, elle a toujours voulu aller au cinéma. Non pas qu'elle n'en ait jamais regardé, mais sa mère refuse qu'elle sorte de chez eux. Elle pense que si ce n'était pas dû à la présence d'Eliott, elle ne lui aurait jamais permis de sortir. Sa nounou lui avait permis pendant une des longues absences de sa mère d'en regarder avec elle à la télé. Elle est contente qu'Eliott s'en soit souvenu. Cela la touche énormément.

La scène du baiser finit par arriver, cette scène qu'elle a toujours trouvée attirante, mais aussi dérangeante. Un paradoxe en son être qui s'accentue du fait de la présence de son partenaire à ses côtés. Elle se rappelle certaines paroles de sa mère sur la proximité. Elle lui avait dit de le laisser la toucher, le laisser s'approcher d'elle, de ne le repousser sous aucun prétexte. Que c'était normal pour un homme de son âge d'avoir ce genre de besoin, ce genre de désir. Camélia se demande si Eliott pense à ce genre de chose, s'il fait ce genre de chose, s'il s'imagine faire ce genre de chose avec elle.

En sentant son regard appuyé sur lui, Eliott tourne la tête vers elle. Ils sont soudainement bien trop proches pour que le cœur de Camélia ne s'emballe pas. Elle a l'impression que le temps ralentit. Elle le fixe, elle détaille les traits de son visage par cette soudaine proximité, comme jamais, elle ne l'a fait depuis qu'ils se connaissent. Il approche sa main de sa joue, elle ferme les yeux de nervosité. Elle attend. Elle attend. Sa main touche le coin gauche de ses lèvres, mais rien de plus. Elle rouvre les yeux pour se rendre compte qu'il s'est décalé à nouveau, mettant fin à leur brève proximité.

- Tu avais du sucre sur le coin de la lèvre, lui dit-il en lui montrant son doigt.

Camélia déglutit difficilement. Elle a eu l'impression d'être en apnée pendant ces quelques instants. Elle aimerait quitter la pièce pour avoir pensé qu'il se passerait quelque chose entre eux de plus physique, qu'il l'embrasserait. Comme dans tous les films qu'elle a regardés. Son premier baiser. Mais finalement rien. Il ne doit la voir que comme une petite sœur finalement. Après tout c'est une enfant. Alors que lui est déjà grand d'une certaine manière. La déception est plus que totale.

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