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Seule survivante

Seule survivante

Auteur:: Edition Etienne
Genre: Loup-garou
Forêt des Murmures Quelques instants après le massacre Elle ne bougeait plus. Pas un souffle, pas un son. Le silence, elle le tenait comme un bouclier. Comme une arme. Ses genoux repliés sous elle, ses doigts sales enfoncés dans la terre humide. Autour d'elle, la sève suintait des arbres blessés, l'air empestait la cendre et la peur. Elara n'avait que cinq ans, mais son cœur battait comme celui d'une bête traquée. Sous les racines du figuier étrangleur, elle n'était qu'une ombre. Une poussière vivante dans un monde de mort. Et pourtant... elle sentait. Quelque chose grondait sous ses paumes. Pas la terre. Quelque chose de plus profond. Quelque chose qui respirait avec elle. - "Tais-toi...", souffla-t-elle à la voix étrangère dans sa tête. Mais la voix ne se tut pas. Elle frémissait dans la graine contre sa poitrine, battant comme un cœur. "Ils vont te trouver. Tu ne peux pas rester cachée." Des pas. Lents. Lourds. Un guerrier. À quelques mètres seulement. Elara serra les dents, ferma les yeux. Elle voulait qu'il parte. Elle voulait disparaître. Devenir une feuille. Une racine. Une ombre. Et la forêt... l'entendit. Les lianes frémirent. Une vibration étrange se répandit dans le sol, comme un souffle ancien. Le guerrier s'arrêta. - "Il y a quelque chose ici...", grogna-t-il. Une racine sortit de terre et s'enroula doucement autour de sa cheville. Il n'eut pas le temps de réagir. D'un coup sec, elle le tira en arrière. Il hurla. Mais un autre cri - plus ancien, plus sauvage - s'éleva en écho dans les arbres. Les ronces jaillirent. Serrées comme des mâchoires. Tranchantes comme des griffes. Elles s'enroulèrent autour de lui, l'étouffant, l'écrasant, l'avalant. Et Elara... ...regardait. Les yeux grands ouverts. Le visage figé. Elle ne comprenait pas ce qui se passait. Elle ne savait pas comment. Mais une chaleur étrange brûlait sa poitrine. La graine. La chose en elle. Elle l'avait protégée. - "Je suis toi, petite louve. Et toi, tu es mon sol." Puis le silence retomba. Plus lourd qu'avant. Plus sacré. Elara posa une main tremblante sur la racine. Elle battait toujours, comme si elle était vivante. Et au loin, dans la nuit encore rouge, la forêt toute entière sembla retenir son souffle.

Chapitre 1 01

La forêt semblait respirer, une exhalation profonde qui se mêlait à l'odeur de la terre humide et de la cendre. La nuit, encore hantée par la lueur rouge du feu, enveloppait tout d'une brume morbide. Dans cet espace où le vent s'éteignait comme un murmure étouffé, la nature semblait observer, chaque arbre, chaque racine, chaque feuille, attentivement, silencieusement.

Elara n'était qu'une enfant. Pourtant, ses yeux, d'un bleu perçant, étaient emplis d'une compréhension bien plus ancienne que ses cinq petites années. Autour d'elle, l'ombre des cendres volantes dansait avec les souvenirs, une lumière sinistre sur des visages marqués à jamais par la terreur.

Le massacre avait été rapide, sans pitié. Les hurlements, déchirants, s'étaient dissipés dans l'air lourd, avalés par les ténèbres. La famille d'Elara n'était plus. Ses parents, ses frères, ses sœurs, tout avait été englouti dans une mer de flammes et de chaos. Seule, elle avait échappé à la fureur. Comment ? Elle ne le savait pas, et pourtant, quelque chose en elle l'avait guidée jusque dans le ventre de la forêt, là où la terre l'avait engloutie, l'y cachant dans ses racines, la laissant se fondre dans le sol comme une ombre, comme une poussière oubliée.

Elle ne pleurait pas. Le chagrin était là, lourd et pesant, mais il se mêlait à un vide insondable. Comment pleurer ce que l'on n'avait jamais vraiment compris ? La perte était trop immense, trop étrangère. Ses doigts, couverts de terre et de cendre, s'enfonçaient lentement dans la terre noire, sans but, juste pour sentir, pour comprendre si elle était toujours là, encore vivante dans ce monde qui venait de la briser.

Une voix murmurait à son esprit, une voix douce, mais puissante, qui n'appartenait ni à un homme, ni à un animal. Elle n'était pas réelle, pourtant, Elara savait qu'elle n'était pas seule. La voix, elle la sentait dans chaque frémissement de la forêt, dans chaque brin d'herbe qui se courbait sous sa main. Elle l'entendait même dans le souffle du vent, un murmure ancien, un appel.

"Tais-toi, petite... Ne fais pas de bruit, ne fais pas de bruit..."

Le sol trembla soudainement, une vibration sourde, semblable à celle d'un cœur battant dans les entrailles de la terre. Un frisson parcourut le corps d'Elara. Le silence, toujours aussi oppressant, fut brisé par un bruit de pas lourds. Lentement, le bruit s'intensifia, se rapprochant. Des pas d'hommes, mais pas seulement. Quelque chose d'autre, plus sauvage, plus sombre. La silhouette d'un guerrier se dessina alors devant elle, se mouvant entre les troncs sombres des arbres. Il était là, à quelques mètres à peine.

Elara ne bougeait pas. Ses petits yeux brillaient d'une lueur étrange, comme un animal captif, figé, mais attentif à chaque mouvement. Elle ne savait pas quoi faire, ne savait même pas si elle devait bouger ou attendre. Mais au fond de son esprit, la voix revenait, plus insistante.

"Ils vont te trouver. Tu ne peux pas rester cachée."

Un frisson glacé traversa la petite. L'homme s'arrêta devant l'arbre qui la cachait, le regard perçant cherchant dans la brume noire. Il savait qu'il n'était pas seul. Il l'avait sentie, comme elle l'avait sentie, cette présence tapie dans l'ombre.

Elara se leva lentement, ses mains tremblantes effleurant la terre, mais elle n'eut pas le temps de réagir. Le sol trembla une fois encore, plus fort, plus pressant. Elle sentit un choc dans ses paumes, comme une pulsation, une force montante. Alors, sans qu'elle n'ait le contrôle, une racine massive jaillit du sol, enroulant la cheville du guerrier.

Il émit un cri de surprise, mais avant même de pouvoir réagir, il fut brutalement tiré en arrière. Un cri s'éteignit dans la nuit, noyé dans un écho profondément ancien. La racine s'enroula autour de son corps, puis une autre, plus grosse, plus sombre, jaillit pour le maintenir. Une ronce rugueuse jaillit du sol, tranchante, agile, comme une mâchoire prête à se refermer. L'homme se débattait dans une lutte perdue d'avance, jusqu'à ce que le sol s'ouvre pour l'engloutir, l'absorber dans un silence lourd et implacable.

Elara ne bougea toujours pas, figée, les yeux fixés sur la scène de destruction qu'elle venait d'être témoin. Elle n'avait rien fait, mais en elle, quelque chose avait réagi. Ses petites mains se refermèrent sur la graine, cette petite graine qu'elle portait dans sa poitrine, cachée sous sa peau fragile.

"Je suis toi, petite louve. Et toi, tu es mon sol."

Le murmure dans sa tête s'éteignit dans un souffle chaud, comme un vent qui s'élève d'un sol boueux. Tout autour, la forêt semblait s'apaiser. Les lianes, les racines, les arbres, tout se calmait comme si la terre elle-même se félicitait d'un acte accompli. Et dans ce calme renaissant, Elara se sentit plus seule que jamais, et pourtant, jamais aussi connectée à la terre, au monde autour d'elle.

Les arbres, eux, ne disaient rien. Mais leurs racines s'enfonçaient plus profondément dans la terre, touchant quelque chose de plus vieux, de plus grand, de plus puissant. Un secret ancien, murmuré au plus profond du sol, bien caché sous la croûte du monde. Et Elara, malgré sa petite taille, savait que la forêt l'avait choisie. Que son pouvoir, cette graine, ne faisait qu'éveiller un lien oublié, un lien qu'elle ne comprendrait que lorsqu'il serait trop tard pour revenir en arrière.

Elara s'agenouilla sur la terre noire, les doigts effleurant les racines qui s'étaient retirées dans la terre avec une lenteur presque respectueuse. Elle observa les traces de la violence qui venait d'être infligée, mais ses yeux se perdirent rapidement dans le silence imposant de la forêt. L'air semblait différent maintenant, lourd d'une énergie ancienne qui se dégageait des profondeurs. Ses lèvres s'ouvraient sans bruit, comme si un mot devait s'échapper, un mot qu'elle ne connaissait pas encore.

Elle sentit alors une pression dans sa poitrine, un frisson qui la parcourut comme une onde s'étendant de son cœur jusqu'à ses membres, une sensation étrange, presque douloureuse. La graine, cette chose minuscule, bouillonnait sous sa peau, un phénomène qui devenait chaque jour plus réel, plus puissant. Elle l'avait d'abord ignorée, pensant que c'était simplement la douleur de la perte qui la marquait. Mais aujourd'hui, après l'événement qui venait de se dérouler, elle comprenait que la graine ne se contentait pas de grandir ; elle influençait la terre elle-même. Elle avait réagi à l'attaque comme si elle n'était pas simplement une jeune fille, mais une force, un instrument de quelque chose de bien plus grand.

Elle se leva lentement, écoutant les bruits étouffés de la forêt, le bruissement des feuilles sous un vent doux. Il n'y avait plus de cri, plus de mouvement, seulement la quiétude de la nature qui revenait peu à peu, comme si ce massacre n'avait jamais eu lieu. Mais dans ses entrailles, Elara sentait qu'elle était loin d'être une spectatrice passive de ce qui se passait. Ses mains, désormais souillées de terre et de cendres, étaient plus que de simples instruments de vie humaine. Elles étaient en lien avec la vie même de la forêt, comme si chaque mot soufflé dans les racines, chaque frémissement de la brume était lié à elle.

La voix dans sa tête revint, douce, mais plus distincte, plus intime. Elle n'était plus seulement un murmure lointain. C'était comme un souffle qui s'immisçait dans ses pensées, un écho d'une ancienne sagesse.

"Il est trop tard pour fuir, Elara. Tu es ici pour un but, et ce but t'appelle, au plus profond de ton âme."

Elle s'arrêta, son souffle se bloquant brièvement dans sa gorge. Ce n'était pas la première fois qu'elle entendait cette voix. Mais aujourd'hui, c'était différent. Elle sentait les racines s'enrouler autour de son esprit, les feuilles chuchoter ses secrets, l'embrasser d'une chaleur humide, intime.

Le sol sous elle frissonna à nouveau, une vibration légère qui secoua ses jambes. Elle se tourna lentement, une ombre filant derrière elle. Là, un mouvement attira son attention. C'était un homme, ou plutôt un chasseur. Celui-là, elle le reconnaissait. Ricardo.

Il s'approcha, son regard perçant scrutant la jeune fille. Bien que son visage fût marqué par l'âge et les cicatrices, il y avait une lueur d'étonnement dans ses yeux, une étincelle de reconnaissance qu'Elara ne pouvait ignorer. Il se tenait à quelques mètres d'elle, ses mouvements mesurés, mais il n'approchait pas tout de suite, comme s'il avait compris quelque chose qu'elle-même n'avait pas encore saisi.

"Elara," dit-il, la voix grave, mais en même temps incertaine. "Tu... tu es vivante. Tu as survécu."

Ses paroles étaient simples, mais le ton était lourd de signification. Ce n'était pas la question d'un homme surpris, c'était celle d'un témoin d'un phénomène bien plus vaste qu'un simple massacre. Il avait vu la forêt réagir, il avait vu ce qu'elle pouvait faire, et il savait que cela avait un prix. Il savait qu'il n'y avait plus de retour possible pour elle.

Elara ne répondit pas immédiatement. Elle n'en avait pas besoin. Elle savait, au fond d'elle, qu'aucune parole n'était nécessaire entre eux. Lui aussi avait vu, lui aussi savait. La forêt, la graine, tout ce qu'elle portait en elle, tout cela ne pouvait être ignoré. Leur destin était désormais scellé.

Ricardo s'avança alors d'un pas, ses yeux fixant toujours la petite silhouette fragile devant lui. "Tu as un pouvoir," dit-il d'une voix plus douce cette fois, un mélange de curiosité et de crainte. "Mais c'est dangereux. Tu n'as pas idée de ce que cela implique."

Elara le fixa, ses lèvres tremblantes d'une émotion contenue. Elle n'avait pas encore tout compris, mais il y avait une chose qu'elle savait avec certitude. La forêt avait fait son choix. Elle avait décidé qu'Elara serait son instrument. Et même si la petite fille n'en comprenait pas tous les tenants et aboutissants, elle sentait l'appel de cette ancienne magie, une force qu'elle ne pourrait ignorer bien longtemps.

Ricardo semblait lire dans ses yeux, comme s'il devinait ses pensées. "Tu es... l'élue de la forêt," murmura-t-il, comme une révélation. "Et, tout comme elle, tu devras choisir... Qui vas-tu devenir, Elara ?"

Elle ne répondit pas. Elle se contenta de baisser les yeux, le poids de son destin pesant sur elle. La forêt attendait.

Chapitre 2 02

Les mots de Ricardo résonnaient dans l'air, lourds de sens et d'avertissements. Elara ne pouvait plus fuir. La graine en elle, ce noyau de pouvoir, pulsait toujours, chaque battement résonnant comme un écho lointain au fond de son être. La forêt elle-même semblait attendre sa réponse, prête à l'englober ou à la rejeter, selon la direction qu'elle choisirait de prendre.

Elle se redressa légèrement, les bras tendus, paumes vers le ciel, comme pour capter la moindre brise qui effleurait son visage. La forêt lui chuchotait des mots qu'elle ne comprenait pas encore. Elle sentait des racines s'enfoncer profondément sous ses pieds, s'entrelacer avec ses propres veines, et un frisson parcourut son corps. La terre, la végétation, les êtres invisibles qui peuplaient ce monde étrange - tout cela semblait faire partie d'un tout qu'elle ne pouvait appréhender entièrement.

"Je... je ne sais pas," répondit-elle finalement, sa voix un murmure à peine audible. Elle n'avait pas la force de formuler une pensée claire. Elle se sentait minuscule face à la grandeur de ce qui l'entourait. "Je ne sais même pas ce que je suis censée faire."

Ricardo la regarda longuement, une inquiétude nouvelle assombrissant son regard. Il s'approcha davantage, mais sans la toucher. Il savait que la jeune fille devait comprendre seule, sans pression extérieure, sans être poussée dans une direction. Mais il était aussi conscient que le temps pressait. Ils n'étaient pas seuls dans cette forêt. Il y avait des gens qui cherchaient à exploiter son pouvoir, des forces plus sombres, plus dangereuses. Il ne pouvait pas se permettre d'être trop patient.

"Tu as ressenti ce que la forêt a fait à ces hommes, n'est-ce pas ?" demanda-t-il doucement. "Elle réagit à toi, Elara, comme si tu étais son sang, comme si tu faisais partie d'elle. Si tu apprends à contrôler ce pouvoir, tu pourrais... Tu pourrais sauver des vies, ou les détruire. Mais ce n'est pas une responsabilité que tu peux fuir."

Elle baissa la tête, les yeux fixant ses mains, comme si elles pouvaient lui offrir une réponse. Les événements de la veille, du massacre... Tout cela semblait si irréel, un cauchemar duquel elle ne pouvait pas se réveiller. La graine en elle grandissait à une vitesse qu'elle ne pouvait comprendre, un pouvoir qu'elle n'avait pas choisi, mais qui semblait se déployer d'une manière naturelle. Une force brute et indomptée, prête à éclater au moindre faux pas.

Ricardo la regarda une dernière fois, puis se détourna lentement. "Il est temps de partir. Le danger n'est pas encore passé. Nous devons nous rendre à l'abri."

Il n'ajouta rien de plus, mais Elara comprenait la gravité de ses mots. Ils n'étaient pas seuls, et la forêt, bien qu'elle lui conférait une force étrange, était aussi remplie de dangers inconnus. Le massacre qu'elle avait vu de ses propres yeux n'était qu'un aperçu de ce qui se profilait à l'horizon.

Elle suivit Ricardo sans dire un mot. Ses pas, lourds et lents, résonnaient sur le sol, mais son esprit était ailleurs. Elle ne pouvait s'empêcher de repenser à ce qu'il avait dit : "L'élue de la forêt". Un terme qui la laissait perplexe, comme une étiquette qu'elle n'avait jamais demandée. Pourtant, au fond d'elle, une part de vérité s'imposait. Ce n'était pas simplement la magie de la forêt qui l'appelait, c'était un destin qu'elle portait en elle, bien avant qu'elle ne le comprenne.

Ils marchèrent ainsi pendant plusieurs heures, Ricardo à l'avant, ses sens aiguisés à l'affût de la moindre menace. Il avait vécu trop de choses, avait vu trop de créatures qui rôdaient dans ces bois, et il savait qu'Elara, avec ses pouvoirs croissants, devenait une cible. Chaque pas qu'elle faisait la rapprochait du centre même de ce mystère, et chaque mouvement pouvait provoquer des conséquences qu'elle n'aurait pas le contrôle de maîtriser. Il se tourna vers elle de temps en temps, mais ne prononça aucun mot, respectant son silence, son processus intérieur.

Ils atteignirent enfin un petit abri de fortune : une cabane en bois, cachée parmi les arbres les plus épais. Ricardo s'arrêta devant la porte, la main sur la poignée, et jeta un dernier coup d'œil derrière lui, vers Elara. Ses yeux étaient sombres, pleins de doutes, mais aussi de détermination.

"Tu devras choisir, Elara," dit-il lentement, presque en murmurant. "Ce que tu veux devenir. Et tu devras le faire vite. Ce n'est pas seulement ta vie qui est en jeu, c'est celle de tous ceux qui t'entourent."

Elara n'eut pas le temps de répondre. Elle n'avait pas les mots. La forêt, la graine, la magie ancienne - tout cela était trop vaste pour qu'elle puisse y comprendre quoique ce soit d'aussi brutalement simple. Elle se contenta de regarder les arbres, silencieuse, le cœur lourd.

La porte se ferma derrière elle, mais à l'intérieur, l'air était lourd de cette même magie palpable, insidieuse. Ses yeux se portèrent vers un coin de la pièce où des symboles étaient gravés dans le bois, des signes qu'elle ne reconnaissait pas, mais qui la faisaient frissonner. Des symboles qui, elle en était sûre, avaient un lien direct avec son destin.

Tout autour d'elle semblait respirer, s'agiter, et quelque chose au fond de ses entrailles lui murmura que ce n'était que le début. La forêt l'observait, attendait. Et elle, Elara, se trouvait au cœur de ce monde.

La lumière s'estompa doucement à travers les petites fenêtres de la cabane, plongeant l'intérieur dans une semi-obscurité. Elara se tenait là, silencieuse, les mains accrochées aux bords de son manteau, ses yeux fixés sur les symboles gravés dans le bois. Ils semblaient vibrer, presque vivants, comme si une force invisibile les animait. Elle pouvait sentir leur présence, un murmure, une rumeur lointaine qu'elle n'arrivait pas à saisir.

Un frisson parcourut son échine. L'air était dense, chargé de quelque chose de surnaturel, de lourd, comme si la forêt elle-même les surveillait à travers les murs. Elle avait appris à connaître cet air épais, celui qui précède l'inattendu. La graine en elle se manifesta une nouvelle fois, se révoltant contre son silence, comme si elle réclamait qu'elle l'accepte pleinement, qu'elle lui accorde toute son attention.

Ricardo s'était installé dans un coin, l'air pensif, les bras croisés sur sa poitrine. Il n'était pas un homme de paroles inutiles, et son silence en disait long. Il savait que la jeune fille devait se confronter à ce qu'elle était, à ce qu'elle pourrait devenir. Il avait vu beaucoup de choses, trop peut-être, mais rien n'avait jamais été aussi lourd de conséquences que ce qu'il voyait en elle. Il n'était pas certain qu'Elara comprenne la portée de ce qu'elle portait en elle, mais il savait que, tôt ou tard, la forêt exigerait sa part.

La porte de la cabane s'ouvrit lentement, sans bruit, comme si l'air elle-même obéissait à un ordre secret. Un souffle de vent frais entra, caressant la peau d'Elara, mais elle ne bougea pas. Elle attendait. Quelque chose, ou quelqu'un, allait se manifester. Elle le sentait, au fond de ses entrailles.

La silhouette qui apparut dans l'encadrement de la porte n'était pas celle de Ricardo, mais celle d'une femme. Grande, mince, avec des cheveux sombres qui semblaient se fondre dans l'ombre. Elle s'avança lentement, les yeux fixés sur Elara, et dans son regard, il y avait une lumière étrange, à la fois fascinante et terrifiante.

Chancelle.

La prêtresse des anciennes croyances. La mystérieuse figure qui semblait tout savoir de la forêt et de ses secrets. Son apparition n'était pas un hasard. Elara la regarda intensément, cherchant des réponses dans ce regard calme mais perçant. La prêtresse s'arrêta à quelques pas d'elle, sans un mot. Puis, finalement, elle parla, sa voix douce mais autoritaire.

"Tu ne peux plus fuir ce que tu es, Elara," dit-elle, ses mots pénétrant l'esprit de la jeune fille comme une brise glacée. "La forêt t'a choisie, comme elle a choisi ceux qui sont venus avant toi. Mais elle n'est pas douce. Elle t'exige, elle te demande de comprendre ta place dans ce monde. Ce n'est pas une décision que tu peux prendre à la légère."

Elara détourna les yeux. La prêtresse parlait de la forêt comme si elle était une entité vivante, consciente, qui attendait qu'on la comprenne, qu'on lui accorde son obéissance. Une frayeur sourde monta en elle à cette idée. Elle n'était qu'une jeune fille, après tout, perdue dans un monde qui lui échappait complètement. Comment pourrait-elle comprendre ce qui était au-delà de ses forces ?

"Que dois-je faire ?" demanda-t-elle enfin, sa voix faible mais pleine de détermination. "Je ne sais même pas pourquoi j'ai cette graine. Pourquoi elle est en moi. Je ne sais pas... je ne sais pas ce que la forêt attend de moi."

Chancelle la regarda longuement, comme si elle attendait ce moment. Ses yeux brillèrent brièvement, comme une flamme qui vacille sous le vent.

"La graine en toi est un don et une malédiction," répondit la prêtresse, ses mots tombant lentement, lourdement. "Elle t'a choisie, non pas parce que tu le mérites, mais parce qu'elle a vu en toi un potentiel, un pouvoir qui pourrait transformer le monde. Mais tout pouvoir a un prix, Elara. Et ce prix, tu devras le payer, tôt ou tard."

Elara sentit un frisson glacé courir le long de sa colonne vertébrale. "Un prix... ?"

"Oui," confirma Chancelle. "Et ce prix pourrait être plus élevé que tout ce que tu as jamais imaginé. Mais tu n'as pas le choix, ma chère. Si tu veux comprendre ce pouvoir, si tu veux comprendre pourquoi la forêt t'a marquée, tu devras plonger dans ses racines, dans ses mystères les plus sombres. Tu devras affronter ce qui dort dans les entrailles de cette terre."

Elle se tourna alors vers Ricardo, qui observait la scène avec une attention discrète, comme si chaque mouvement de Chancelle et d'Elara était un pas vers quelque chose de plus grand, de plus incompréhensible.

"Le moment approche," murmura Chancelle. "Les forces qui se battent pour contrôler cette magie s'intensifient. Faust, Akhenaton, Geovanie... Ils ne cesseront jamais. Et toi, Elara, tu es le cœur de tout cela. Tu seras l'élément qui fera pencher la balance, pour le meilleur ou pour le pire."

Les mots de la prêtresse se bousculaient dans l'esprit d'Elara, se mélangeaient avec les échos de la forêt, des murmures qui semblaient lui parler directement, l'invitant à comprendre, à accepter. Mais pour cela, elle devait d'abord accepter ce qu'elle était, ce qu'elle portait en elle.

Elle leva enfin les yeux vers Chancelle, ses yeux brillants de la lueur d'une détermination nouvelle. Elle n'avait pas encore compris tout ce qu'elle devait faire, mais elle savait que la réponse se trouvait quelque part dans cette forêt. Et que pour y parvenir, elle n'aurait d'autre choix que de se jeter dans l'inconnu.

"Alors, montrons-moi," dit-elle d'une voix calme mais ferme. "Montrez-moi ce que je dois faire."

Chapitre 3 03

Chancelle sembla approuver d'un hochement de tête, mais ses yeux restaient sombres, emplies d'une inquiétude que seul le temps pourrait dissiper. Elle s'éloigna doucement d'Elara, s'approchant de la fenêtre de la cabane pour observer l'horizon. La lumière du jour mourait lentement, et la nuit semblait se resserrer autour de la forêt comme un linceul.

"Ce n'est pas une simple aventure que tu t'apprêtes à entreprendre," dit-elle sans se retourner. "Ce que tu cherches n'est pas seulement une réponse, Elara. Tu vas réveiller des forces que même les plus anciens ne comprennent plus. La forêt a ses règles, ses secrets, et tu n'es qu'une novice dans ce monde-là."

Elara s'avança d'un pas, son regard plongé dans celui de la prêtresse, cherchant à capter toute l'intensité de ses paroles. "Je suis prête. Je n'ai pas le choix."

"Peut-être," murmura Chancelle. "Mais sache que chaque pas que tu fais te rapproche de quelque chose que tu ne peux pas imaginer."

La porte de la cabane se ferma dans un léger grincement, et l'air s'alourdit. Ricardo s'était levé et se tenait près de la cheminée, l'expression de son visage dure comme la pierre, mais ses yeux restaient tendus, soucieux. Il observait Elara comme un chasseur observant sa proie, avec une patience et une inquiétude mêlées.

"Tu comprends ce que tu dis, Elara ?" demanda-t-il enfin, brisant le silence pesant. "Tu dis que tu es prête à faire face à tout cela. Mais les forêts ne se laissent pas dompter si facilement. Elles se nourrissent des âmes qui s'y aventurent."

Elle le regarda en silence un moment, son cœur battant plus fort. "Je suis fatiguée de fuir. Si je reste ici, à attendre, alors je laisserai la forêt me dévorer de l'intérieur. Peut-être que j'ai besoin de comprendre. Peut-être que je suis prête à découvrir ce qu'il y a dans ses profondeurs."

Ricardo la scruta, ses sourcils froncés. "La forêt te fait une promesse. Une promesse de pouvoir, de savoir. Mais elle prend aussi ce qu'elle donne. Et ce qu'elle peut prendre... personne ne peut le prédire."

Un long silence s'installa entre eux, lourd de non-dits, de doutes et d'inquiétudes. Le vent soufflait désormais fort, et l'air semblait plus froid, plus mordant. La forêt elle-même semblait être en attente, comme un spectre invisible aux frontières de la réalité. Elara pouvait presque la sentir, ses racines s'étendant sous la terre, son souffle, son murmure, sa colère.

"Je vais y aller," dit-elle finalement, sa voix s'affermissant à mesure qu'elle s'approchait de la porte. "Je dois comprendre. Vous m'avez dit que la forêt m'a choisie. Alors, je vais accepter son appel."

Ricardo s'approcha lentement, comme s'il voulait lui dire quelque chose, mais il se tut. Au lieu de cela, il posa une main sur son épaule, un geste d'une douceur étrange pour quelqu'un d'aussi dur et distant. "Va. Mais sache ceci, Elara : la forêt ne se contente pas de te montrer la vérité. Elle te montre aussi ce que tu désires voir, ce que tu veux voir. Mais tout cela a un prix."

Il la regarda un instant avant de détourner les yeux, comme s'il ne pouvait pas la soutenir plus longtemps. C'était son propre combat, et il ne pouvait pas intervenir. Il y avait des moments où même l'homme le plus puissant devait se retirer et laisser le destin prendre le relais.

Elara ouvrit la porte avec une main tremblante, sentant l'air frais se glisser sur sa peau. La forêt s'étendait devant elle, vaste, sombre, imprévisible. Les arbres semblaient se courber vers elle, comme une mer de silhouettes qui chuchotaient des secrets oubliés. Chaque branche, chaque racine semblait lui murmurer son nom, l'invitant à entrer plus profondément.

Elle prit une grande inspiration, son cœur battant la chamade. Puis, sans plus de réflexion, elle fit un pas en avant, franchissant la limite invisible qui séparait le monde des vivants et celui des mystères.

Dès qu'elle pénétra sous les arbres, un étrange silence l'envahit. Les bruits du monde extérieur s'étaient soudainement éteints, comme si la forêt avait absorbé tous les sons, les faisant disparaître dans son propre souffle. Les racines sous ses pieds étaient vivantes, frémissant sous son poids, comme des serpents endormis qui se réveillaient lentement.

Elle s'avança plus profondément, ses pas devenant de plus en plus silencieux. Le sol était humide, la mousse fraîche sous ses pieds nus. Autour d'elle, l'obscurité était presque totale, sauf pour les éclats de lumière qui perçaient à travers le feuillage, créant des ombres étranges qui semblaient bouger, s'étirer.

Soudain, un craquement retentit derrière elle. Elle se figea, tendant l'oreille. Mais il n'y avait rien. Le silence revenu. Ou presque.

Elle marcha encore, chaque mouvement plus mesuré, comme si l'environnement l'observait. Les arbres se courbaient comme des géants silencieux, leurs troncs pleins de secrets qu'ils n'étaient pas prêts à partager. Chaque souffle qu'elle prenait semblait plus lourd que le précédent. Les murmures de la forêt devenaient plus distincts, et elle les écoutait attentivement, essayant de déchiffrer ce qu'ils voulaient lui dire.

Le vent soufflait à travers les feuilles, et les murmures devenaient plus clairs, presque distincts. Des voix, anciennes et usées par le temps, semblaient lui parler directement dans son esprit, chuchotant des mots qu'elle ne comprenait pas entièrement. Parfois, elles se mêlaient à un cri, à un éclat de douleur lointain, comme un écho d'un passé oublié, une mémoire qui refusait de se dissiper.

Les racines sous ses pieds frémissaient à chaque pas, comme si elles reconnaissaient sa présence, comme si elles savaient ce qu'elle était. Chaque bruissement, chaque vibration du sol la poussait plus loin dans l'obscurité, à la recherche de quelque chose de plus grand, de plus ancien, de plus vaste.

Elara s'arrêta soudainement. Un frisson lui parcourut l'échine. Devant elle, entre les troncs massifs d'un arbre aux racines si profondes qu'elles semblaient traverser le monde entier, une lumière étrange et phosphorescente flottait. Une lueur vacillante, d'un vert surnaturel, filtrait à travers les branches. C'était là, quelque part dans l'obscurité, au centre même de la forêt, où tout semblait converger.

Elle s'approcha lentement, ses pas se faisant de plus en plus hésitants. Le froid se faisait plus intense, ses muscles se raidissant au fur et à mesure qu'elle se rapprochait de la lumière. Un souffle lourd, presque imperceptible, s'échappait du sol, comme si la forêt elle-même respirait, comme un être vivant.

Les murmures se firent plus forts, plus pressants. Ils devenaient des chuchotements frénétiques, des paroles décousues, des avertissements, des promesses. "N'entre pas plus loin", lui disait une voix profonde, ancienne, venue des racines mêmes de la terre. "C'est là que tout commence et tout finit."

Mais Elara continua à avancer. Elle sentait que quelque chose l'appelait, quelque chose qu'elle ne pouvait pas ignorer. Elle n'était pas simplement là par hasard. La forêt l'avait choisie, et maintenant, elle ressentait cette connexion plus forte que jamais, comme un lien invisible qui la reliait à cet endroit maudit.

Arrivée devant la lumière, elle s'agenouilla, les mains tremblantes, et posa ses paumes contre le sol froid. Un frisson la traversa alors qu'elle touchait une racine qui semblait pulser sous ses doigts. C'était comme si la terre elle-même réagissait à son contact. La lumière verte s'intensifia, et un souffle puissant, comme un vent invisible, traversa les arbres, faisant s'agiter les feuilles dans une danse frénétique.

Soudain, un éclat de lumière éblouissant jaillit, et une voix, plus forte que toutes les autres, rugit dans son esprit. "Tu es prête, Elara."

Elle ferma les yeux sous l'intensité de la lumière. La forêt semblait la digérer, l'englober tout entière, et elle sentit son esprit se libérer, s'étirer dans des directions qu'elle n'avait jamais imaginées. Des visions défilèrent devant ses yeux clos, des visions du passé, des souvenirs, des paysages étrangers, des événements qui n'avaient jamais eu lieu, mais qui semblaient étrangement familiers.

Des racines émergèrent du sol autour d'elle, s'enroulant doucement autour de ses bras et de ses jambes, comme pour la guider, l'ancrer à cet endroit. Un bourdonnement doux, presque musical, commença à résonner, une mélodie ancienne, comme si la forêt chantait une chanson oubliée depuis des siècles.

Une image apparut soudainement devant ses yeux, claire et nette. La forêt, dans sa grandeur infinie, l'entourait, mais elle n'était pas seule. Une silhouette, floue et indistincte, se tenait devant elle, grandiose, une présence imposante et menaçante à la fois. Le visage de la silhouette semblait se tordre, se confondre avec la nature elle-même, comme si elle faisait partie de la forêt.

"Tu ne peux pas fuir ce que tu es," dit la silhouette d'une voix rauque et déformée. "Tu es liée à moi. À nous. Nous sommes la forêt. Et nous avons un prix à réclamer."

Le sol trembla sous ses pieds. Un cri perça l'air, puissant, déchirant. Elara se redressa brusquement, le cœur battant à tout rompre. Ses mains se crispaient autour des racines qui l'avaient enserrée, et elle sentit une douleur lancinante s'emparer de son corps. La lumière s'intensifia encore, aveuglante, jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus rien voir, à part la sensation de se perdre dans un tourbillon de pouvoir et de douleur.

Puis, tout s'arrêta.

Le silence se fit. Il était lourd, oppressant, comme si le monde entier s'était figé dans l'attente. Les racines se retirèrent lentement, et la lumière verte s'éteignit, ne laissant derrière elle que l'obscurité de la forêt, mais une obscurité différente, comme si quelque chose de nouveau venait de naître.

Elara, les genoux sur le sol, se releva lentement. Elle n'était plus la même. La sensation de pouvoir qui l'avait envahie était maintenant comme une brume qui flottait autour d'elle. La forêt l'avait choisie. Et maintenant, elle était liée à elle, d'une manière que personne ne pouvait comprendre.

Elle ne savait pas ce que l'avenir lui réservait, mais elle savait une chose : elle ne pouvait plus revenir en arrière.

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