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Servie des rogatons par mon cruel mari

Servie des rogatons par mon cruel mari

Auteur:: Fear Knot
Genre: Moderne
Jadis, je régnais en maître sur un empire pharmaceutique. Aujourd'hui ? Je n'étais plus qu'une ombre errant dans ma propre cuisine, réduite à servir l'homme qui m'avait volé ma vie. Damien ne s'était pas contenté de s'emparer de mon entreprise et de me faire passer pour folle. Non. Il s'installait là, avec sa maîtresse, Candice, et m'obligeait à manger leurs restes comme un chien. Ils avaient empoisonné mon père pour s'approprier son héritage. Ils avaient manipulé l'opinion publique, faisant croire au monde entier que j'étais instable. Ils m'avaient fait récurer les sols jusqu'à ce que mes mains ne soient plus que de la chair à vif. Chaque jour était une performance, une soumission jouée à la perfection. Un risque calculé pour protéger mon fils, Léo, de leur cruauté sans bornes. Ils pensaient que mon silence était un aveu de défaite. Ils croyaient que les médicaments avaient fait de moi une coquille vide, ignorant que je faisais semblant de les avaler depuis des semaines. Mais lorsqu'ils ont envoyé les bulldozers raser ma maison d'enfance et profané la tombe de mon père, la dernière étincelle de mon ancienne vie s'est éteinte. À sa place, une détermination glaciale et impitoyable a pris racine. Ce soir, je ne me contente pas de m'enfuir avec mon fils. J'emporte avec moi les preuves de leurs meurtres et de leurs fraudes. Et je ne m'arrêterai pas avant que leur empire volé ne soit réduit en cendres.

Chapitre 1

Jadis, je régnais en maître sur un empire pharmaceutique. Aujourd'hui ? Je n'étais plus qu'une ombre errant dans ma propre cuisine, réduite à servir l'homme qui m'avait volé ma vie.

Damien ne s'était pas contenté de s'emparer de mon entreprise et de me faire passer pour folle. Non. Il s'installait là, avec sa maîtresse, Candice, et m'obligeait à manger leurs restes comme un chien.

Ils avaient empoisonné mon père pour s'approprier son héritage.

Ils avaient manipulé l'opinion publique, faisant croire au monde entier que j'étais instable.

Ils m'avaient fait récurer les sols jusqu'à ce que mes mains ne soient plus que de la chair à vif.

Chaque jour était une performance, une soumission jouée à la perfection. Un risque calculé pour protéger mon fils, Léo, de leur cruauté sans bornes.

Ils pensaient que mon silence était un aveu de défaite.

Ils croyaient que les médicaments avaient fait de moi une coquille vide, ignorant que je faisais semblant de les avaler depuis des semaines.

Mais lorsqu'ils ont envoyé les bulldozers raser ma maison d'enfance et profané la tombe de mon père, la dernière étincelle de mon ancienne vie s'est éteinte.

À sa place, une détermination glaciale et impitoyable a pris racine.

Ce soir, je ne me contente pas de m'enfuir avec mon fils.

J'emporte avec moi les preuves de leurs meurtres et de leurs fraudes. Et je ne m'arrêterai pas avant que leur empire volé ne soit réduit en cendres.

Chapitre 1

La lourde cuillère en argent tinta contre le bol en céramique. Mes mains ne tremblaient pas. Elles étaient trop stables, peut-être, pour quelqu'un à qui l'on venait de répéter qu'elle ne valait rien.

- Cassandre, chérie, la bisque manque de sel.

La voix de Candice, douce comme du venin, me parvint depuis la salle à manger.

- À moins que tu ne préfères que ce soit fade ? Certains d'entre nous ont encore du goût, tu sais.

Je ne répondis pas. Mon reflet dans l'acier poli de la cuillère ne montrait rien. Juste des yeux vides, un visage pâle. Un spectre dans sa propre demeure.

- Non, Candice. Je pense que c'est parfait ainsi, dis-je d'une voix monocorde. Trop de sel tue les saveurs.

Un soupir agacé me répondit. Je sentais le regard de Candice me brûler le dos, même à travers le mur. Elle me jugeait. Elle cherchait la faille.

Je saisis une serviette blanche immaculée, lissant un pli imaginaire. Mes doigts bougeaient avec une lenteur délibérée. Chaque geste était désormais une mise en scène. Chaque respiration, un risque mortel.

Une silhouette apparut dans l'encadrement de la porte, bloquant la lumière. Candice. Ses cheveux blonds parfaits, son sourire de prédatrice. Elle m'observait, son regard s'attardant sur mes mains, puis sur mon visage. Une lueur de triomphe malsain brillait dans ses yeux.

Le silence s'étira, lourd, étouffant.

Puis, Damien entra, passant un bras autour de la taille de Candice. Il embrassa sa tempe, un geste lent et possessif qui me frappa comme un coup de poing physique. Leurs rires, légers et intimes, résonnèrent dans la pièce. Ils ricochaient sur ma peau, laissant derrière eux une sensation froide et poisseuse.

- Bonjour, mon amour.

La voix de Damien. Profonde, suave. Cette voix qui m'avait promis l'éternité. Aujourd'hui, elle n'était plus qu'un instrument de torture.

Candice se blottit contre lui, sans me quitter des yeux.

- Damien, chéri, devine quoi ? Notre petit Léo a fait sa nuit ! Je suis pratiquement une super-maman.

Elle se pavanait, sa voix dégoulinante d'une fierté artificielle.

Damien gloussa, ses yeux croisant les miens par-dessus l'épaule de sa maîtresse. Une lueur indéchiffrable y passa. Amusement ? Mépris ? Pitié ? Je m'en moquais.

- C'est merveilleux, Candice. Tu dois être ravie.

Mes mots sortirent automatiquement, comme un script répété mille fois.

Le sourire de Candice se crispa. Elle détestait mon calme. C'était une langue qu'elle ne comprenait pas.

Je baissai les yeux vers la soupière, feignant l'intérêt. L'horloge au mur égrenait les secondes bruyamment. Le petit-déjeuner. C'était toujours le début d'une nouvelle journée, d'une nouvelle humiliation.

Je me dirigeai vers la cuisinière pour remuer le porridge qui mijotait. C'était pour Léo. Épais et crémeux. Il n'était qu'un bébé, innocent dans cette maison de mensonges. Mon précieux garçon.

Damien tira une chaise pour Candice, puis s'installa à la sienne.

- Cassandre, tu ne te joins pas à nous aujourd'hui ? demanda-t-il, le ton empreint d'une fausse sollicitude.

Je marquai une pause, la louche en main.

- Non merci, Damien. J'ai beaucoup à faire en cuisine.

- Oh, ne sois pas ridicule, Cassandre, coupa Candice, mielleuse. Viens t'asseoir. Tu as tant travaillé.

Elle tapota la chaise vide à côté d'elle, une parodie grotesque d'hospitalité.

Je secouai la tête, un mouvement poli et discret.

- C'est très gentil, mais je préfère rester debout. C'est un honneur de vous servir.

Une lueur de satisfaction traversa le visage de Candice. Elle échangea un regard avec Damien, une communication silencieuse de victoire. J'étais dressée. Exactement comme ils le voulaient.

Je restai près du comptoir, écoutant le cliquetis de leurs fourchettes contre la porcelaine fine. Mon dos me faisait souffrir. Je me souvenais de la dernière fois où je m'étais assise à cette table pour les défier. Damien m'avait fait agenouiller en plein soleil pendant des heures, la peau brûlante, les genoux en sang. C'était un avertissement. Une leçon brutale : toute rébellion serait punie par une douleur immédiate et impitoyable. Il fallait briser mon esprit pour que le sien puisse s'élever.

Le repas toucha à sa fin. Damien racla les restes de ses œufs dans une assiette, puis la fit glisser sur la table vers moi. Un croissant à moitié mangé, une traînée de confiture, quelques miettes.

Je pris l'assiette, mes mouvements lents et mesurés. Mon premier instinct fut de jeter ces ordures à la poubelle, comme je le faisais toujours. Mais le regard de Damien pesait sur moi. Cette même attente sadique que j'avais vue trop souvent.

- Cassandre.

La voix de Damien trancha l'air, plus forte. Il se pencha en avant, fixant mes yeux.

- Ne t'avise pas de gâcher ça. As-tu la moindre idée du prix de ces truffes ? C'est un ingrédient précieux. Il y a des gens qui meurent de faim, Cassandre. Tu ne voudrais pas être gaspilleuse, n'est-ce pas ?

Il parlait avec une fausse gentillesse qui me retournait l'estomac. Candice observait, les yeux écarquillés, spectatrice fascinée de ce spectacle morbide.

Mes mains tremblèrent imperceptiblement. Le message était clair. J'avalai ma salive, le goût de la bile montant dans ma gorge. Je saisis une serviette usagée pour prendre le croissant. Il était rassis, collant de jaune d'œuf froid. Je le portai à mes lèvres. Il me fallut une volonté surhumaine pour ne pas avoir de haut-le-cœur. Le goût de leurs restes, le sel de leur mépris. Chaque bouchée était une dégradation, un hurlement silencieux.

- Merci, Damien, chuchotai-je en forçant un sourire. C'est délicieux. Vraiment.

Candice laissa échapper un petit bruit étouffé. Elle se leva brusquement, repoussant sa chaise dans un grincement strident.

- Damien, non ! Ça va trop loin !

Elle me regardait, le visage blême, une lueur presque humaine traversant son regard.

- Assieds-toi, Candice.

La voix de Damien était basse, dangereuse.

- Elle connaît sa place.

Mes yeux croisèrent ceux de Candice. Pitié ? Dégoût ? Peur ? Peu importait. J'avais un enfant à protéger. Alors, je continuai à mâcher.

Chapitre 2

Mon estomac se contracta, menaçant de se révolter. Je forçai la dernière bouchée à descendre, la texture cendreuse dans ma bouche. Ma gorge brûlait. Je luttais contre l'envie de vomir, je luttais de toutes mes forces. C'était le jeu. Et je devais gagner.

J'adressai un faible sourire de gratitude à Damien. Une performance parfaite de soumission. Mes yeux, cependant, gardaient une résolution froide qu'il ne pouvait pas voir.

Candice vacilla légèrement, sa main volant à sa bouche. Ses yeux, horrifiés, faisaient la navette entre Damien et moi. Elle avait l'air sur le point d'être malade elle-même. L'ironie ne m'échappait pas.

Je me souvenais d'une époque où je ne supportais pas le moindre grain de poussière sur mes vêtements, la moindre trace sur mon argenterie. Mon ancien moi, celle qui dirigeait méticuleusement son empire pharmaceutique, qui exigeait la perfection dans chaque aspect de sa vie. Cette Cassandre-là aurait ri à l'idée de manger des ordures. Elle aurait viré Damien, puis son chef de cabinet pour avoir osé le suggérer.

Mon père avait été si fier de moi ce jour-là, le jour où j'avais annoncé mon divorce d'avec Damien. Il avait vu le feu dans mes yeux, l'acier dans ma colonne vertébrale. Il savait que je ne tolérerais pas l'infidélité, ni dans un couple, ni dans les affaires. Il avait applaudi ma force.

Cette force, pourtant, fut rapidement retournée contre moi. Ce que j'ignorais, c'est que Damien et Candice complotaient déjà. Pendant que je reconstruisais ma vie, ils empoisonnaient le traitement cardiaque de mon père, le regardant s'éteindre à petit feu, avant de célébrer sa mort "accidentelle". Mes soupçons, mon deuil, ma rage – tout fut transformé en symptômes d'instabilité mentale.

Ils avaient frappé vite. Quelques semaines après la mort de mon père, Damien, ayant obtenu ma tutelle, avait pris le contrôle des Laboratoires Mathis. L'héritage familial, bâti sur des générations, était désormais le leur. Leurs noms s'étalaient à la une de tous les journaux. Pendant ce temps, j'étais enfermée, sédatée, étiquetée "mentalement instable".

Ma rage, telle une braise ardente, avait éclaté une fois. J'avais confronté Damien, hurlant, l'accusant du meurtre de mon père. J'avais même essayé de le pousser, une tentative de vengeance désespérée et maladroite. C'était toute la preuve dont ils avaient besoin. La "crise". Le "danger". Le dernier clou de mon cercueil.

Ils avaient utilisé mon amour pour mon fils, Léo, contre moi.

- Vous êtes un danger pour lui, Cassandre. Vous êtes malade.

Le Dr Hélène Mercier, la psychiatre astucieuse qu'ils avaient engagée, avait rapidement été charmée par les mensonges de Damien et les larmes de crocodile de Candice. J'avais été internée.

Pendant des mois, ils avaient mené la grande vie, se prélassant dans leur gloire volée, leur fortune usurpée. Ils pensaient avoir gagné. Mais ils n'avaient pas vu le feu qui couvait derrière mes yeux de fantôme.

Un doux gémissement me ramena au présent. Léo. Il pleurait depuis la chambre d'enfant. Mon cœur se serra. Je m'approchai, les jambes lourdes, chaque pas un effort conscient. Je le soulevai, berçant son petit corps chaud contre ma poitrine. Ses pleurs s'adoucirent en gazouillis. Il se blottit contre moi, son poids innocent agissant comme un baume, une raison de vivre.

Candice se tenait dans l'encadrement de la porte, nous observant. Il y avait quelque chose de non-dit dans son regard, quelque chose de presque suppliant. Elle ouvrit la bouche, puis la referma.

J'évitai son regard, me détournant pour emmener Léo dans sa chambre. Je l'entendis soupirer, un son doux et vaincu.

Une raie de lumière sous la porte. C'était Damien. Il avait suivi Candice. Il se moquait d'elle, je le savais.

- Ne t'inquiète pas, Candice, dit-il d'une voix basse et moqueuse. Elle va nettoyer. Elle le fait toujours.

Il lui tendit une bouteille de nettoyant industriel.

- Tiens. Tu as l'air d'en avoir besoin.

Candice prit la bouteille, les doigts tremblants. Elle ne me regarda pas, mais ses yeux trahissaient une nouvelle forme de peur.

- Merci, chuchota-t-elle à peine audible.

Le regard de Damien s'attarda sur moi, un ordre silencieux. Je compris. Le nettoyage. Le rituel. La pénitence pour avoir osé exister.

Je fermai doucement la porte de la chambre. Léo dormait paisiblement maintenant. Mon petit guerrier. Je marchai vers la salle de bain, l'odeur chimique forte du nettoyant saturant déjà l'air. Mes mains étaient encore à vif du récurage forcé d'hier. Ma peau pelait, de minuscules coupures sillonnaient mes paumes.

Je versai le liquide agressif sur le sol, les vapeurs piquant mon nez, mes yeux. Je m'agenouillai, plongeant mes mains nues dans la solution brûlante. La douleur fut immédiate, fulgurante. Ma peau hurlait. Je ravalai un cri, une plainte. Je ne leur donnerais pas cette satisfaction. La morsure acide rongeait ma chair, chaque frottement une punition. Mes mains n'étaient plus qu'un amas de chair rouge et sanguinolente.

- Ça suffit, Cassandre.

La voix de Damien, dénuée d'émotion, brisa le silence.

- Tu as fini.

Je me relevai, le corps raide, les mains lancinantes. J'enfilai rapidement une chemise propre et trop grande, mes mouvements maladroits. Mes mains étaient en feu. Damien m'attendait.

- Cassandre, tu as l'air terrible, dit-il, la voix empreinte d'une fausse inquiétude. Tu devrais peut-être essayer d'être moins... dramatique. Ça ne fait que compliquer les choses pour toi.

Il marqua une pause, une lueur prédatrice dans les yeux.

- Tu sais, si tu te contentais d'obéir, rien de tout cela n'arriverait.

Obéir. Le mot flottait dans l'air, lourd de menaces inexprimées. Obéir, et peut-être que je ne retournerais pas à l'asile. Obéir, et peut-être que je pourrais voir mon fils.

Je me souvenais de Damien. L'homme qui m'avait séduite, son charisme aveuglant. Il était le jeune talent ambitieux et brillant que j'avais embauché, celui qui voyait ma vision, qui comprenait ma motivation. Il avait juré aimer mon ambition, juré d'être toujours mon roc, mon partenaire. "Pour toujours, Cassandre. Avec toi, c'est pour toujours." Ses mots résonnaient maintenant comme une blague cruelle.

Damien s'agita avec impatience.

- Cassandre, tu m'écoutes au moins ?

J'opinais du chef, forçant un sourire vide.

- Bien sûr, Damien. Je comprends.

J'essayai de passer devant lui, vers la chambre d'enfant, poussée par un besoin instinctif de vérifier que Léo allait bien.

Mais Damien me barra la route, sa main sur mon bras. Sa prise était étonnamment douce, mais ferme.

- Qu'est-ce qui t'est arrivé, Cassandre ? Sa voix était basse, presque un murmure. Tu étais si vibrante, avant.

Il semblait sincèrement perplexe, peut-être même blessé.

Mon cœur se ratatina dans ma poitrine. Ce qui m'est arrivé ? C'est toi, Damien. Toi et ta petite sorcière intrigante. Vous m'avez brisée, morceau par morceau, dans une agonie lente. Vous m'avez fait regarder mon père mourir, vous avez volé mon entreprise et m'avez marquée au fer rouge de la folie. Vous m'avez fait traverser l'enfer, m'avez dépouillée de ma dignité, et maintenant tu me demandes ce qui s'est passé ?

Je me souvenais de notre mariage. Le soleil brillant sur l'océan, le parfum des roses fraîches, sa main dans la mienne. Ses vœux, chuchotés à mon oreille : "Je promets de te chérir, de t'honorer, de rester à tes côtés, toujours." Et je l'avais cru. Si totalement.

Le visage de Damien était proche maintenant, ses yeux scrutant les miens.

- L'ancienne Cassandre me manque, murmura-t-il. Celle qui étincelait.

Il se pencha, comme pour m'embrasser.

Je tressaillis, mon corps reculant instinctivement. Ses lèvres effleurèrent ma joue, froides et insensibles.

- Pourquoi me repousses-tu, Cassandre ?

Sa voix était teintée de quelque chose que j'aurais presque pu prendre pour de la douleur.

- Tu ne te souviens pas de nous ?

Je me souvenais de tout. Chaque mensonge, chaque trahison, chaque mouvement calculé. Et je me souvenais de la vraie Cassandre. Celle qu'ils croyaient avoir enterrée. Elle était toujours là. Elle observait. Elle attendait. Et elle allait réduire leur monde en cendres.

Chapitre 3

Damien monta les escaliers quatre à quatre, ses pas résonnant dans le silence. Il allait à son bureau, son sanctuaire. Et je restais là, au milieu des décombres de notre vie commune.

Candice, toujours opportuniste, saisit l'instant. Elle s'interposa entre moi et la porte de la chambre d'enfant, la main sur la hanche, un geste territorial.

- Ma chérie, ronronna-t-elle, la voix doucereuse. Damien veut que tu le conduises sur le site du nouveau projet immobilier. Tu sais, là où ils construisent le nouveau campus des Laboratoires Mathis.

Elle fit une pause, son sourire s'élargissant.

- Tu n'es pas beaucoup sortie, n'est-ce pas ? Ça te fera du bien de voir un peu la ville, même si ce n'est que depuis la voiture.

J'avalai ma salive, le sous-entendu pesant lourdement dans l'air. Tu n'as pas le droit d'aller où que ce soit seule. Tu es toujours sous tutelle. Tu es toujours une prisonnière.

- Bien sûr, dis-je d'une voix plate. Je vais chercher les clés.

Elle s'écarta, les yeux brillants de satisfaction. Une petite victoire pour elle. Mais j'avais une autre destination en tête.

Je conduisais, les mains crispées sur le volant. Les rues familières défilaient, floues, chaque virage un écho douloureux d'une vie que j'avais vécue. La silhouette de Paris, jadis symbole de mon ambition, n'était plus qu'un monument à ma perte. Mon estomac se noua. Ce n'était pas la route du nouveau chantier. Mon cœur martelait mes côtes. Je connaissais cette route. Et une terreur froide s'installa dans mes entrailles.

C'était la route de la maison. Ma maison d'enfance. Celle que Damien et Candice avaient récemment mise en vente.

Je serrai le volant plus fort. Non. Ils n'oseraient pas.

J'écrasai la pédale de frein, les pneus crissant, juste avant le vieux portail familier. Damien ne s'était même pas rendu compte que je m'étais arrêtée. Il était trop occupé sur son téléphone, inconscient.

Je jetai la portière ouverte, me précipitant dehors et trébuchant sur l'allée de gravier. Mes yeux s'écarquillèrent, mon souffle se bloqua dans ma gorge. Ma maison. Mon magnifique manoir familial. Il avait disparu. Remplacé par un chantier de construction. Un trou béant dans la terre là où se trouvait ma roseraie.

Des bulldozers étaient à l'arrêt, leurs lames massives maculées de boue. Des ouvriers en gilets orange s'affairaient comme des fourmis, démantelant ce qu'il restait. Mon cœur vola en éclats. Ils ne l'avaient pas seulement vendue. Ils l'avaient démolie.

- Excusez-moi ! hurlai-je, la voix rauque.

Un jeune ouvrier leva les yeux, surpris.

- Que faites-vous ? Où est la maison ? Où sont les Mathis ?

Il se gratta la tête, puis pointa un tas de gravats.

- Oh, la vieille baraque ? Ouais, elle a été rasée. Un nouveau complexe commercial va être construit. Ils ont déplacé le cimetière familial vers le nouveau site, par contre. Près de l'ancien parc de bureaux des Laboratoires Mathis.

Il haussa les épaules, totalement indifférent.

Un autre ouvrier, plus âgé, aux yeux bienveillants, s'approcha. Il regarda de moi à Damien, qui était toujours absorbé par son téléphone.

- C'est Damien Richardson, n'est-ce pas ? Le nouveau PDG. C'est incroyable ce qu'il fait avec l'héritage Mathis. Un vrai visionnaire.

Il sourit, inconscient de l'horreur.

Damien leva les yeux de son écran, une lueur d'irritation traversant son visage. Il me vit, vit la plaie béante là où ma maison se dressait autrefois. Et puis, une ombre passa sur ses traits. Une lueur qui aurait presque pu être du regret. Il évita mon regard.

- Cassandre, chérie, ne fais pas attention à eux, dit Damien, la voix tendue. Ce n'était qu'une vieille maison. Une valeur sentimentale, je sais. Mais c'est le progrès, mon amour. Le progrès.

Il essaya de passer un bras autour de moi, mais je me dégageai violemment.

Mon esprit s'engourdit. Ma maison. La dernière demeure de mon père. Disparues. La terre semblait basculer sous mes pieds. Une vague de nausée me submergea, plus forte qu'avant. Tout devint gris.

Le ciel, reflétant mon désespoir, s'ouvrit. La pluie s'abattit, froide et implacable. Je courus. Je courus vers l'ancien parc de bureaux, vers le nouveau site, vers n'importe quel vestige de ce que j'avais perdu. Le vent hurlait, fouettant mes cheveux contre mon visage.

Je trébuchai dans la boue, tombant lourdement. Mes mains, encore à vif du châtiment de Damien, raclèrent contre des fragments de béton et de bois éclaté. Des morceaux brisés de ma vie, de mon histoire, éparpillés partout. Je grattai les débris, désespérée, cherchant n'importe quoi. Un morceau de porcelaine du service à thé de ma mère. Une pierre du chemin du jardin de mon père. N'importe quoi.

Un éclat de verre, luisant sous la pluie, entailla ma paume. Je sentis à peine la douleur. Mes doigts se refermèrent sur un objet familier, lisse et froid. C'était un fragment de la statue en marbre qui ornait autrefois notre hall d'entrée. Mon cœur me faisait mal, une douleur sourde et caverneuse.

- Père, chuchotai-je, mes larmes se mêlant à l'eau de pluie sur mon visage. Oh, Père. Je suis tellement désolée. Je t'ai failli. J'ai échoué à protéger ton héritage. J'ai échoué envers tout le monde.

L'orage s'intensifia, la visibilité tombant à presque rien. Le monde n'était plus qu'un flou de gris et de vert.

- Cassandre ?!

La voix de Damien, lointaine et tendue, perça le vent.

- Cassandre, où es-tu ?

Son inquiétude, je le savais, n'était que pour les apparences. Il ne pouvait pas se permettre que sa femme mentalement instable disparaisse, surtout pas ici. Pas maintenant.

Puis, Candice apparut, un parapluie jaune vif contrastant violemment avec la grisaille. Elle me trouva la première, les yeux écarquillés par un mélange de peur et d'autre chose. Quelque chose de froid. De malveillant.

- Te voilà, espèce de folle ! hurla-t-elle, sa voix à peine audible par-dessus le vent.

Elle se précipita, m'agrippant par mon bras valide, ses ongles s'enfonçant dans ma chair.

- Qu'est-ce qui ne va pas chez toi ? Ne t'avise pas de gâcher ça pour Damien ! Ne t'avise pas de gâcher ma vie !

Elle me poussa, fort. Je trébuchai, mes pieds glissant dans la boue.

- Tu devrais être morte ! siffla-t-elle, le visage déformé par la rage. Tu aurais dû rester enfermée ! Ma vie serait parfaite si tu n'étais pas là !

Elle me traîna vers le bord de la fosse boueuse, le sol s'effritant sous mes pieds. Je haletais, luttant pour respirer, la puanteur de la terre humide et des rêves brisés remplissant mes poumons. Mon autre main, serrant toujours le fragment de marbre, raclait le sol boueux.

- Candice ! Qu'est-ce que tu fous ?!

Le rugissement de Damien était plus proche maintenant.

Candice pivota, les yeux fous.

- Dis-lui, Damien ! Dis-lui que tu me choisis ! Dis-lui que tu ne veux pas d'elle ! Choisis-moi !

Elle me lâcha, mais son pied partit, me faisant un croche-pied. Je criai, tombant la tête la première dans la fosse, le fragment de marbre toujours serré dans ma main. Candice hurla, un son aigu et terrifié. Elle perdit l'équilibre aussi, dégringolant après moi.

J'atterris durement, mon corps heurtant des arêtes vives, ma tête craquant contre quelque chose de solide. Le fragment de marbre perça mon flanc, une douleur fulgurante s'épanouissant à travers mes côtes. Candice atterrit sur moi, son poids enfonçant l'éclat plus profondément. Je haletais, le sang remplissant ma bouche. Je sentis un flot chaud et poisseux couler le long de mon flanc.

Chaleur. Puis froid. Ma vision se brouilla. Je pouvais entendre les cris paniqués de Damien.

À travers la brume, je le vis. Damien, dévalant la pente boueuse. Il nous rejoignit, le visage blême d'horreur. Il regarda Candice, puis moi.

Candice sanglotait, se tenant la cheville.

- Damien ! Ma cheville ! Elle est cassée ! Elle a essayé de me tuer !

Damien me regarda, ses yeux remplis d'un calcul terrifiant. Il se tourna vers Candice, la tirant dans ses bras.

- Mon amour, ma pauvre chérie, murmura-t-il en caressant ses cheveux.

Il ne me jeta même pas un regard.

Ça recommençait. Le même choix. La même trahison. Mon père, se vidant de son sang sur le sol, et Damien, tenant Candice, prétendant la réconforter. Il l'avait choisie alors. Il la choisissait maintenant.

- Damien, réussis-je à articuler, un son rauque et désespéré. J'ai mal.

Il me regarda alors, ses yeux brefs, froids. Une lueur de quelque chose, peut-être de la culpabilité, peut-être de l'agacement. Mais ce fut fugace. Puis, il se concentra à nouveau sur Candice.

- Je dois aller chercher de l'aide, ma chérie, lui dit-il, la voix frénétique. Reste ici. Je vais appeler les secours.

Il embrassa son front, puis remonta la pente boueuse en s'aidant des mains, me laissant là, saignant, mourant, au fond du trou.

Je serrai le fragment de marbre, le fragment de mon père. La pluie continuait de tomber, lavant mes larmes, mon sang, ma douleur.

- Père, chuchotai-je, le nom n'étant plus qu'un souffle déchiqueté. Je suis tellement désolée. J'aurais dû le voir. J'aurais dû te protéger. Je n'aurais jamais dû te laisser seul avec lui.

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