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Seconde Chance pour l'Héritier

Seconde Chance pour l'Héritier

Auteur:: Bless Gallery
Genre: Milliardaire
Camille, une jeune femme au cœur d'or, mène une vie modeste jusqu'au jour où elle reçoit une proposition inattendue de la part de Bastien, l'héritier d'un empire industriel. Bien que sceptique au début, Camille accepte cette opportunité, poussée par son désir de changer de vie et de s'offrir une nouvelle chance. Bastien, quant à lui, est un homme torturé par son passé. Trahi par son ancienne compagne, il souhaite donner à Camille la possibilité de prouver sa valeur et de lui offrir une seconde chance. Alors qu'ils apprennent à se connaître, une connexion unique se crée entre eux, les poussant à remettre en question leurs préjugés et leurs peurs. Cependant, leur relation doit faire face à de nombreux défis. Les familles de Bastien et de Camille s'opposent à leur union, craignant que Camille ne soit intéressée que par la fortune de Bastien. Ensemble, Camille et Bastien devront surmonter ces obstacles, tout en apprivoisant leurs propres insécurités. Leur quête pour le bonheur les obligera à s'ouvrir l'un à l'autre, à se faire confiance et à accepter leurs différences.

Chapitre 1 Chapitre 1

Camille sursauta, le souffle coupé, en découvrant l'enveloppe posée sur la table du salon. Pas de nom, pas d'indication. Juste son existence brute, posée là comme une évidence. Son cœur battait contre sa cage thoracique avec une force qui trahissait son trouble.

Bastien ne l'avait pas prévenue. Il ne lui avait même pas laissé le temps de se préparer à une nouvelle épreuve. Après des semaines de silences ponctués de rares éclats de vérité, il lui balançait ça. Une offre ? Une opportunité ? Ou un piège soigneusement ficelé, à la hauteur de son intelligence acérée ?

Elle hésita avant de saisir l'enveloppe. Son nom était inscrit à l'intérieur d'une écriture nette, maîtrisée. L'encre noire semblait peser sur le papier, comme si chaque mot avait été gravé avec une intention précise.

Elle déplia lentement la feuille et commença à lire.

Une proposition.

Une offre de contrat, signée de la main de Bastien.

Ses yeux balayèrent les lignes, son cerveau tentant de mettre un sens sur ce qu'elle lisait. Travailler pour lui. Un rôle défini, un statut... officiel. Une place qu'il lui offrait dans sa vie, sans plus d'explications.

Un contrat.

Pas une déclaration d'amour, pas une invitation à reprendre là où ils s'étaient arrêtés. Un accord. Formel. Professionnel.

Elle referma les paupières un instant, essayant d'endiguer la vague de confusion qui menaçait de l'engloutir.

La porte d'entrée s'ouvrit brutalement. Bastien entra sans attendre d'être invité, son regard sombre fixé sur elle. Pas une trace d'hésitation dans son allure. Il savait ce qu'il faisait.

- J'imagine que tu l'as lu.

Elle leva lentement les yeux vers lui, serrant inconsciemment la feuille entre ses doigts.

- C'est quoi, ça ? Une manière détournée de me garder sous contrôle ?

Un sourire à peine perceptible effleura les lèvres de Bastien.

- C'est une offre. Rien d'obligatoire. Tu peux refuser.

Elle sentit son sang se glacer. Bien sûr. Il voulait qu'elle ait l'impression d'avoir le choix. Mais il n'aurait pas pris la peine de rédiger tout ça si ce n'était qu'une simple formalité.

- Pourquoi moi ? demanda-t-elle, la gorge serrée.

- Parce que tu es la seule à pouvoir le faire.

Les mots tombèrent entre eux avec un poids qu'elle ne comprenait pas encore entièrement.

- Ce n'est pas une réponse, répliqua-t-elle, sa voix plus ferme qu'elle ne l'aurait cru.

Bastien avança d'un pas, réduisant la distance entre eux. L'air sembla se charger d'une tension électrique.

- Il y a des choses que je ne peux pas expliquer. Pas encore. Mais ce contrat... c'est une opportunité pour toi. Et pour moi.

Un rire sans joie s'échappa des lèvres de Camille.

- Une opportunité ? Pour qui, exactement ?

Il ne cligna même pas des yeux.

- Pour nous deux.

Le silence s'étira, vibrant d'émotions non dites. Camille voulait lui cracher au visage qu'il se moquait d'elle. Qu'après tout ce qu'ils avaient traversé, il ne pouvait pas juste lui balancer une proposition froide et calculée en attendant qu'elle accepte sans broncher.

Mais il y avait quelque chose dans son regard. Une ombre de vulnérabilité, si infime qu'elle aurait pu la manquer si elle ne l'avait pas connu aussi bien.

Elle ravala sa colère, posant lentement la feuille sur la table.

- Et si je refuse ?

Un frisson passa dans les yeux de Bastien.

- Alors tu refuses. Et je ne t'obligerai à rien.

Les mots étaient clairs. Nettes. Mais quelque chose dans sa voix racontait une autre histoire.

Il s'attendait à ce qu'elle dise non. Il s'attendait à ce qu'elle tourne les talons et l'abandonne à nouveau.

Camille inspira profondément, sentant son propre corps lutter contre l'impulsion de tout envoyer valser.

- Laisse-moi du temps.

Bastien hocha lentement la tête, mais son regard restait rivé sur elle avec une intensité qui lui brûlait la peau.

- D'accord. Mais pas trop longtemps.

Puis il tourna les talons et quitta l'appartement, la laissant seule avec ses doutes.

***

Le document resta sur la table toute la nuit. Camille n'y toucha pas, refusant de lui accorder plus d'attention qu'il n'en méritait. Pourtant, chaque fibre de son être était tendue vers lui, cherchant des réponses qu'elle savait ne pas pouvoir trouver seule.

Bastien lui avait tendu une corde. Mais dans quel but ?

Elle savait qu'il n'agissait jamais sans raison. Il contrôlait tout, pesait chaque décision avec une précision redoutable. Alors pourquoi lui offrir cette place dans sa vie, maintenant ?

L'aube filtra à travers les rideaux, projetant une lumière trouble sur la table. Camille s'était endormie sur le canapé, son esprit toujours enchevêtré dans un tourbillon de pensées contradictoires.

Quand elle ouvrit enfin les yeux, une certitude froide s'était installée en elle.

Elle devait découvrir la vérité.

Et pour cela, il n'y avait qu'une seule solution.

Elle prit le contrat entre ses doigts, le regard fixé sur les mots imprimés.

Puis elle attrapa son téléphone et composa le numéro de Bastien.

Il décrocha après la première sonnerie.

- J'accepte.

Un silence s'étira, dense. Puis, d'une voix plus rauque qu'elle ne l'avait jamais entendue, Bastien répondit :

- Bonne décision.

Ce fut la dernière chose qu'il dit avant de raccrocher.

Et Camille sut, à cet instant précis, qu'elle venait de plonger dans quelque chose qui allait bouleverser sa vie à jamais.Camille resta longtemps immobile après l'appel. Le téléphone glissa de ses doigts, tombant sur le canapé dans un bruit sourd. Son cœur battait à un rythme étrange, entre appréhension et cette étrange sensation d'avoir franchi un seuil invisible.

Elle avait dit oui.

Et maintenant ?

Un soupir s'échappa de ses lèvres tandis qu'elle posait le contrat devant elle. Chaque ligne semblait peser plus lourd que les mots qu'elle contenait. Travailler pour Bastien. Se lier à lui d'une manière qu'elle ne comprenait pas encore. Mais elle n'avait pas vraiment eu le choix.

Deux heures plus tôt, elle avait reçu un appel de la banque. Son compte était à découvert. Pire encore, une dette qu'elle pensait avoir réglée refaisait surface, menaçant de la mettre à la rue. Elle avait beau lutter, la réalité la rattrapait toujours.

L'orgueil lui dictait de refuser l'aide de Bastien. De jeter ce contrat à la figure de cet homme qui oscillait entre mystère et froideur. Mais elle n'était plus une enfant. Les contes de fées n'existaient pas, et si elle voulait survivre, elle devait être pragmatique.

Alors elle avait composé son numéro. Avoué sa décision dans un souffle qu'elle espérait plus ferme qu'il ne l'était en réalité.

La réponse de Bastien lui revenait en boucle. Bonne décision.

Pourquoi ces mots résonnaient-ils en elle comme un piège qui se refermait ?

***

Le lendemain matin, elle se présenta au bureau de Bastien. L'immeuble s'élevait avec une prestance intimidante, tout comme l'homme qui l'attendait à l'intérieur.

Lorsqu'elle pénétra dans son bureau, il était assis derrière un immense bureau en verre, les doigts entrelacés, un regard indéchiffrable fixé sur elle.

- Tu es venue plus tôt que prévu, fit-il remarquer.

Camille haussa les épaules.

- Autant en finir tout de suite.

Un sourire effleura ses lèvres, mais il ne dura qu'une fraction de seconde.

- J'apprécie ton pragmatisme.

Il se leva, contourna le bureau et posa un dossier devant elle.

- Lis et signe.

Elle attrapa le stylo sans un mot, mais son regard restait braqué sur lui.

- Tu comptes m'expliquer pourquoi moi ?

Bastien ne répondit pas immédiatement. Il s'appuya contre le bord du bureau, croisant les bras.

- Parce que je n'ai confiance en personne d'autre.

Elle aurait pu en rire si le sérieux dans sa voix ne l'avait pas figée sur place.

- Ne me dis pas que tu n'as pas une armée d'employés qualifiés.

- J'en ai. Mais ils ne sont pas toi.

Le silence s'étira, lourd d'un sous-entendu qu'elle n'arrivait pas à saisir.

Elle baissa les yeux vers le contrat, signa, puis posa le stylo avec détermination.

- Très bien. Maintenant, dis-moi ce que tu attends de moi.

Bastien se redressa, son regard prenant une intensité qu'elle connaissait trop bien.

- Suis-moi.

Il sortit du bureau sans attendre. Camille hésita une seconde, puis se leva à son tour, son instinct lui hurlant qu'elle venait d'entrer dans un monde dont elle ignorait encore toutes les règles.

***

Bastien l'amena jusqu'à un ascenseur privé. Lorsqu'ils en sortirent, ils se retrouvèrent dans un couloir silencieux, où chaque pas résonnait étrangement.

Il ouvrit une porte et s'effaça pour la laisser entrer.

Camille stoppa net en découvrant ce qui l'attendait de l'autre côté.

Une immense baie vitrée offrait une vue plongeante sur une cour intérieure où s'entraînait un groupe d'hommes et de femmes aux mouvements aussi fluides que dangereux. Des combats s'enchaînaient avec une rapidité surnaturelle, des coups précis, brutaux, efficaces.

Ce n'était pas un simple centre d'affaires.

Ce n'était pas un simple contrat.

Bastien s'approcha derrière elle, son souffle effleurant presque sa nuque.

- Bienvenue dans mon monde, Camille.

Elle se tourna lentement vers lui.

- Qu'est-ce que c'est ?

Un éclair d'amusement traversa son regard.

- La véritable raison pour laquelle j'avais besoin de toi.

Son cœur rata un battement.

- Bastien...

- Maintenant que tu as signé, tu ne peux plus reculer.

Sa voix était calme, posée, mais il y avait une ombre dans ses yeux.

Elle comprit alors.

Elle n'avait pas signé un simple contrat. Elle venait d'entrer dans un univers dont elle ne soupçonnait même pas l'existence.

Et Bastien venait de l'y enfermer.Camille repéra immédiatement l'anomalie. Une silhouette, trop statique, trop attentive, dissimulée derrière l'une des colonnes du couloir. Une fraction de seconde plus tard, Bastien la frôla en avançant d'un pas mesuré, et la silhouette disparut comme si elle n'avait jamais existé.

Elle croisa les bras, son regard planté dans le sien.

- Tu comptes m'expliquer ce que c'était ?

Il ne ralentit pas.

- Rien qui te concerne.

Elle serra la mâchoire et le suivit, les tensions sous sa peau s'alignant sur celles de l'air autour d'eux. Ils passèrent une porte, puis une autre, et bientôt ils se retrouvèrent dans une salle plus vaste, plus sombre, où une unique source de lumière tombait directement sur une table en bois massif.

Bastien s'appuya contre le rebord, son regard acier pesant sur elle.

- Maintenant qu'on y est, il est temps de poser les règles.

Un frisson courut le long de sa colonne vertébrale.

- Règles ?

- Oui. Si tu veux travailler avec moi, il y a des limites à ne pas franchir.

Elle haussa un sourcil, croisant les bras.

- Je croyais avoir déjà signé un contrat.

- Le papier ne représente rien, Camille. Ce qui compte, c'est ce que je vais te dire maintenant.

Elle le détailla, cherchant un indice, une faille, quelque chose qui lui permettrait de comprendre dans quoi elle venait de se jeter.

- Je t'écoute.

- Première règle, dit-il en détachant chaque mot. Ce que tu verras, ce que tu apprendras ici, ne sort jamais de ces murs.

Son ton était sans appel. Un avertissement autant qu'une déclaration.

- Je ne suis pas une idiote.

- Je n'ai pas dit que tu l'étais. Mais tu n'as aucune idée de ce que tu viens d'intégrer.

Elle inspira profondément, mais ne répondit rien. Il poursuivit.

- Deuxième règle. Si je te demande de partir, tu pars. Si je te dis de rester, tu restes.

Un éclat de défi traversa son regard.

- Et si je refuse ?

Son sourire fut lent, mesuré, presque amusé.

- Alors tu n'aurais jamais dû signer ce contrat.

La tension entre eux s'intensifia d'un cran.

- Tu veux une soumission aveugle ? lança-t-elle.

- Je veux ta confiance.

Elle eut un rire sans joie.

- C'est ironique, venant de toi.

Son expression s'assombrit légèrement, mais il ne répliqua pas.

- Troisième règle, poursuivit-il. Si un danger survient, tu ne joues pas les héroïnes. Tu écoutes ce qu'on te dit et tu agis en conséquence.

Elle sentit son estomac se nouer.

- Quel genre de danger ?

Il la fixa un instant, puis s'approcha.

- Ce n'est pas une entreprise ordinaire, Camille.

Elle l'avait compris. Depuis le premier jour. Depuis le moment où il avait posé cette enveloppe sur sa table.

- Sois plus clair.

Il laissa passer quelques secondes avant de répondre.

- Le monde dans lequel je vis n'a rien à voir avec ce que tu connais. Il y a des règles que tu ne soupçonnes pas, des lois qui ne s'écrivent pas sur du papier. Tu veux des réponses ? Très bien. Mais ne me demande pas de t'en donner plus que ce que tu es capable de gérer.

Elle ouvrit la bouche, prête à protester, mais il ne lui en laissa pas l'occasion.

- Et dernière règle. Si tu décides de rester, tu restes jusqu'au bout. Pas de fuite, pas de retour en arrière.

Un silence épais s'installa.

- Jusqu'au bout de quoi ?

Un éclat étrange passa dans ses yeux.

- Jusqu'à ce que tout soit terminé.

Les mots laissèrent une marque invisible dans l'air, une frontière qu'elle n'était pas certaine d'être prête à franchir.

Mais elle savait une chose.

Bastien ne jouait pas.

Et elle venait d'entrer dans une réalité dont elle ne connaissait pas encore les règles.

Chapitre 2 Chapitre 2

La porte s'ouvrit avant même qu'elle n'ait levé la main pour frapper.

Camille se figea.

Face à elle, un homme qu'elle n'avait jamais vu la détaillait avec une intensité dérangeante. Grand, la carrure massive sous une chemise noire, il ne semblait pas surpris de sa présence.

- Tu es enfin là, déclara-t-il d'une voix rauque.

Elle serra instinctivement la poignée de sa valise.

- Qui êtes-vous ?

Un sourire étira ses lèvres, quelque chose d'à peine perceptible, trop calculé pour être sincère.

- Mathias.

Aucune autre explication. Aucune précision sur son rôle ici.

Un frisson lui traversa l'échine.

Avant qu'elle n'ait le temps de poser une autre question, des pas résonnèrent derrière lui.

- Laisse-la entrer.

La voix de Bastien était calme, mais elle n'admettait aucune discussion. Mathias recula et Camille franchit le seuil, l'impression étrange de passer un cap invisible.

À l'intérieur, tout respirait une opulence intimidante. Chaque meuble, chaque détail semblait avoir été choisi avec soin, sans pour autant dégager une chaleur accueillante.

Elle sentit le regard de Bastien sur elle, attendant sa réaction.

- C'est... grand, lâcha-t-elle finalement.

- Et ce sera chez toi pour un moment.

Quelque chose dans sa voix la troubla. Il n'y avait pas seulement de l'autorité, mais aussi une note plus grave, plus personnelle.

- Tu veux voir ta chambre ?

Elle hocha la tête.

Il lui fit signe de le suivre à l'étage. En gravissant les marches, elle sentit Mathias toujours posté dans l'entrée, observant chacun de ses mouvements.

Quand ils arrivèrent devant une porte, Bastien l'ouvrit et s'écarta.

- C'est ici.

Camille entra et s'arrêta net.

Elle s'attendait à une chambre d'amis, quelque chose d'élégant mais impersonnel. Ce qu'elle découvrit était tout autre.

Les meubles, les draps, chaque détail semblait avoir été pensé pour elle. Une robe qu'elle ne connaissait pas était posée sur le lit, sa taille exacte.

Elle se tourna vers lui.

- Comment...

- Je fais en sorte que mes invités ne manquent de rien.

Elle plissa les yeux.

- C'est plus que ça.

Un silence s'installa.

- Pourquoi moi, Bastien ?

Il ne répondit pas tout de suite. Il s'approcha lentement, jusqu'à réduire la distance entre eux à une limite presque dérangeante.

- Parce que je ne pouvais pas choisir quelqu'un d'autre.

Son cœur manqua un battement.

Les battements de l'horloge résonnaient dans la pièce, comme pour souligner l'instant suspendu.

Camille recula d'un pas.

- Très bien. Je vais m'installer.

Elle s'attendait à ce qu'il insiste, qu'il creuse cette tension naissante entre eux. Mais il recula à son tour et hocha simplement la tête.

- Descends quand tu seras prête.

Il sortit et referma la porte derrière lui.

Elle inspira profondément, posant une main sur son ventre comme pour calmer la tempête intérieure.

Quelque chose était en train de se jouer ici.

Et elle n'était pas certaine d'être prête à en affronter les conséquences.Camille descendit les marches avec précaution, le bois poli du grand escalier ne faisant aucun bruit sous ses pas. L'atmosphère pesante de la maison l'entourait comme une présence invisible, quelque chose qu'elle ne parvenait pas à nommer mais qui était bien réel.

Elle le trouva dans le salon, debout près de la baie vitrée, les bras croisés. Il semblait observer l'extérieur avec une intensité silencieuse, comme s'il était ailleurs, loin de cette pièce, loin d'elle.

Elle s'éclaircit la gorge.

- Je suis installée.

Aucune réaction immédiate. Un long silence. Puis, enfin, il pivota légèrement, son regard d'acier la transperçant.

- Bien.

Juste ça. Rien de plus.

Elle s'attendait à un mot, une indication, quelque chose pour briser cette tension sourde entre eux. Mais Bastien n'offrait rien.

- Tu comptes m'expliquer pourquoi je suis ici ? demanda-t-elle, croisant les bras.

- Je te l'ai déjà dit.

- Non. Tu m'as donné des règles. Ce n'est pas pareil.

Il soupira, comme si elle était une nuisance dont il aurait préféré se passer.

- Tu n'es pas prête à entendre la vérité.

- Et tu es trop lâche pour me la dire ?

Un éclair passa dans son regard. Une ombre de colère, fugace mais indéniable.

- Tu ne me connais pas, Camille.

Elle soutint son regard, refusant de se laisser intimider.

- Peut-être pas. Mais je sais reconnaître un homme qui se cache derrière ses blessures.

Un rire sans joie s'échappa de ses lèvres.

- Et toi ? Tu crois être différente ?

Elle ouvrit la bouche, prête à répliquer, mais il ne lui en laissa pas l'occasion.

- Tu crois que je suis dur avec toi ? Que je te tiens à distance sans raison ?

Il s'approcha d'un pas, réduisant l'espace entre eux, et elle sentit quelque chose d'inexplicable vibrer dans l'air.

- Si je le fais, c'est pour une raison, Camille. Parce que si je te laisse entrer...

Il s'interrompit, la mâchoire crispée, comme s'il se battait contre ses propres mots.

Elle déglutit, un poids étrange pesant sur sa poitrine.

- Si tu me laisses entrer, quoi ? murmura-t-elle.

Son regard s'assombrit.

- Tu ne comprendrais pas.

Elle sentit un frisson la parcourir. Ce n'était pas la peur. C'était autre chose. Quelque chose de plus profond, de plus incontrôlable.

- Essaie-moi, souffla-t-elle.

Bastien la fixa un instant de plus, puis il se détourna brusquement.

- Ce n'est pas une option.

Il s'éloigna, la laissant seule au milieu du salon, un goût amer sur la langue.

Elle ne comprenait pas encore ce qui se jouait ici.

Mais une chose était sûre.

Bastien cachait un secret. Un secret qui pouvait tout changer.La porte du grand hall s'ouvrit avec un léger grincement, et Camille fit son entrée dans la salle à manger. Les chandeliers brillaient d'une lueur froide, et l'immense table en bois sombre semblait étendue à l'infini. Bastien était déjà là, son regard plongé dans une coupe de vin, l'expression marquée par une tension qu'elle n'arrivait pas à saisir.

- Tu m'as attendue ? demanda-t-elle, à mi-voix.

Il ne répondit pas immédiatement, son regard restant fixé sur le rouge sombre dans son verre. Puis, lentement, il leva les yeux vers elle.

- Pas exactement.

Elle s'approcha, hésitant un instant à prendre place. L'idée de ce dîner, qui était censé être un simple échange entre deux adultes, semblait soudainement plus lourd qu'elle ne l'avait imaginé.

Quand elle s'assit enfin, il ne fit aucun geste pour la saluer autrement que par un regard furtif, comme si elle était une simple ombre dans son espace.

Les premières minutes passèrent dans un silence pesant. Aucun mot, aucun geste, rien. Camille commença à manger, mais chaque bouchée semblait coincée dans sa gorge, comme si l'air même de la pièce l'étouffait.

- Tu m'as bien fait comprendre que tu n'étais pas ici pour manger, dit Bastien, brisant enfin le silence.

Le ton froid, sec, ne laissa place à aucune confusion.

- Tu sais ce que je pense de ce genre de situation, répliqua-t-elle, la voix plus dure qu'elle ne l'aurait voulu. Tout ça me semble un peu trop... préparé.

Il la fixa, un sourire amère jouant sur ses lèvres.

- Préparé ? C'est toi qui t'es invitée dans ce monde, Camille. N'oublie pas ça.

Elle le regarda, les mâchoires serrées, l'envie de lui répondre de façon acerbe presque insupportable. Mais elle s'abstint, choisissant de laisser les mots mûrir dans son esprit avant de les laisser sortir.

- Je n'ai pas demandé à venir ici. Je n'ai pas demandé à ce que ma vie soit chamboulée.

Les mots venaient plus facilement que prévu, portés par une frustration qu'elle n'avait pas anticipée.

Bastien ne réagit pas, continuant de jouer avec son verre, son regard distant. Mais elle pouvait sentir la tension, aussi dense et menaçante qu'une tempête en mer.

- Et tu crois vraiment que tu peux comprendre ce que c'est, être dans ma position ? demanda-t-il, sa voix devenant plus grave, comme si chaque mot était chargé d'une histoire qu'il ne voulait pas raconter.

Elle se redressa dans son fauteuil, un frisson de défi parcourant ses veines.

- Je ne prétends pas comprendre, mais je sais ce que c'est que d'être pris dans des forces qui te dépassent.

Il lâcha un rire sec, sans joie.

- Vraiment ? Et qu'est-ce que tu crois savoir de moi, Camille ?

Il la regardait désormais avec une intensité nouvelle, quelque chose de plus sombre, presque menaçant. Elle sentit un frisson glacial lui parcourir l'échine, mais elle ne fléchit pas.

- Je sais que tu te caches derrière des murs. Des murs que tu as construits pour te protéger, mais aussi pour empêcher quiconque de voir ce que tu es vraiment.

Le regard de Bastien s'assombrit davantage.

- Et toi, Camille ? Qu'est-ce que tu caches ?

Le défi dans sa voix la toucha plus qu'elle ne l'aurait voulu. Elle baissa les yeux, la question la frappant comme un coup de poing. Elle ne voulait pas réfléchir à ce qu'elle cachait, ne voulait pas admettre qu'elle aussi, dans une certaine mesure, se protégeait.

- Ce n'est pas le moment de parler de ça, répliqua-t-elle, se ressaisissant rapidement.

Un silence lourd s'installa à nouveau. Bastien se leva brusquement, la chaise grinçant sur le sol. Il se dirigea vers la fenêtre, l'air perdu dans ses pensées.

- Tu penses que je suis comme toi, dit-il après un moment, la voix froide et tranchante. Mais tu n'as aucune idée de ce que c'est que de devoir porter un fardeau que personne ne peut comprendre.

Il se tourna brusquement vers elle, et son regard la fit frissonner.

- Les gens comme toi, Camille, ils ne savent pas ce que c'est de vivre avec une vérité qu'ils ne peuvent jamais partager.

Elle se leva à son tour, le regard défiant.

- Tu parles de toi comme si tu étais un monstre.

Les mots quittèrent ses lèvres avant qu'elle n'ait pu les retenir.

Il la fixa un instant, avant de secouer lentement la tête, comme si sa propre souffrance l'empêchait de répondre. Mais au fond de ses yeux, elle aperçut une lueur de... regret ?

Il avança d'un pas, se rapprochant d'elle.

- Tu sais, ce n'est pas si simple. Mais tu n'es pas prête à comprendre.

Elle sentait la distance entre eux s'étirer et se refermer à la fois, comme un piège invisible. La tension était insupportable.

Elle haussait les épaules, comme pour dissiper cette lourdeur, mais chaque geste semblait être perçu comme un défi. Il se rapprocha encore, presque trop près, jusqu'à ce que son souffle caresse sa peau.

- Et toi, tu penses être prête ? demanda-t-il, son ton plus doux, mais toujours teinté de cette froideur qui l'accompagnait partout.

Elle le regarda, incertaine, mais prête à tout pour casser ce silence entre eux. Elle ne voulait plus de cette ambiguïté.

- Je ne sais pas. Mais je suis là, Bastien.

Il se recula enfin, le regard se faisant plus dur, plus distant.

- Tu es là. Oui, c'est tout ce que tu sais. Mais il n'y a rien de simple dans ce monde. Rien de facile.

Elle baissa les yeux, se sentant soudainement seule au milieu de cette pièce démesurée.

Il tourna le dos, se dirigeant vers la porte.

- Ce n'est pas un dîner, Camille. C'est une guerre silencieuse.

Il s'arrêta juste avant de quitter la pièce, jetant un dernier regard vers elle.

- Et tu n'es pas prête à affronter ça.

La porte se ferma dans un bruit sourd, laissant Camille seule, le cœur lourd et les pensées en désordre. Elle n'avait pas compris ce qui se passait ici, ni pourquoi tout semblait si difficile. Mais une chose était certaine : elle n'avait pas l'intention de céder.

Pas maintenant. Pas après tout ce qu'il venait de lui dire.

Chapitre 3 Chapitre 3

Le bruit d'un pas lourd sur les dalles froides fit écho dans le silence lourd de la maison. Camille s'arrêta un instant, son regard flottant sur les portraits imposants qui ornaient les murs du long couloir. Ils semblaient l'observer, figés dans des regards étranges, comme si leur présence intemporelle n'avait de sens que dans cette vaste demeure. Chaque tableau, chaque objet semblait empreint d'une histoire que Bastien n'avait jamais partagée.

Elle posa une main sur le bois d'une porte fermée, hésitante. Une porte comme tant d'autres, mais qui, dans ce silence imposé, prenait des allures de mystère. Elle savait que ce qu'elle cherchait, elle ne pourrait pas le trouver en posant simplement des questions. Bastien était un homme de secrets, et son passé s'étendait plus loin que les murs qu'il avait construits autour de lui.

Un éclat de lumière traversa le hall par une fenêtre, se posant sur une vieille malle en bois, soigneusement rangée dans un coin. Camille s'avança vers elle sans même réfléchir. Elle ne savait pas pourquoi, mais l'intuition la poussait à l'explorer, à comprendre un peu plus l'homme que Bastien semblait être, celui qu'il cachait derrière des couches de silence et d'indifférence.

Elle s'agenouilla devant la malle, ses doigts glissant sur le bois usé, gravé par le temps. Un air lourd flottait dans la pièce, mais l'appel du mystère était plus fort. Elle tourna délicatement le verrou, sentant l'extrémité de son doigt frôler quelque chose de glacé à l'intérieur. Le son métallique du verrou qui céda lui fit frissonner. Elle souleva le couvercle avec précaution, comme si elle allait ouvrir une porte vers un autre monde.

À l'intérieur, des lettres, des documents, et une photo en noir et blanc. Camille s'empara doucement de la photo, ses yeux se fixant sur le visage d'un jeune homme, inconnu mais pourtant... d'une étrange ressemblance avec Bastien. Il était là, un sourire mélancolique sur les lèvres, l'expression marquée par quelque chose qu'elle ne parvenait pas à identifier. À côté de lui, une femme, son visage doux, mais profondément marqué par une douleur qu'elle pouvait presque sentir à travers l'image. C'était la femme de la photo, plus que l'homme, qui l'intriguait. Quelque chose en elle semblait avoir été brisée.

Elle tourna les pages des lettres qui suivaient. Les mots écrits à la main, tremblants parfois, semblaient sortir d'un autre temps. Camille sentit l'air se couper autour d'elle, comme si chaque mot la tirait plus profondément dans un tourbillon de secrets qu'elle n'était pas prête à découvrir.

Les lettres parlaient d'une époque révolue, d'une passion perdue et d'un homme brisé. Les mots étaient doux, pleins de regrets, d'amertume, mais aussi d'espoir. C'était clair. Bastien, ce masque de dureté et de contrôle, avait été un autre homme. Un homme vulnérable. Un homme capable d'aimer, de souffrir.

Un bruit la fit sursauter, et la porte derrière elle s'ouvrit soudainement. Camille se retourna, le cœur battant. C'était Bastien. Il se tenait là, figé, les yeux fixés sur la malle ouverte. Un long silence s'étira entre eux.

- Tu cherches quelque chose ? Sa voix était comme un coup de fouet, tranchante, mais sans la force qu'elle avait l'habitude d'entendre.

Elle se leva d'un coup, les lettres glissant entre ses doigts.

- Je... Je n'ai pas...

Il s'approcha d'un pas, une tension presque palpable entre eux.

- C'est ce que tu voulais, non ? Découvrir des choses sur moi que tu ne devrais pas.

Il n'était plus l'homme distant et froid qu'elle avait connu. C'était comme s'il s'était transformé sous ses yeux, comme si la douleur qu'il avait enfouie pendant des années avait soudainement refait surface.

- Je ne voulais pas... je n'ai pas cherché à te faire du mal, murmura-t-elle, les lettres serrées contre sa poitrine.

Il secoua la tête, un léger sourire amer sur les lèvres.

- Ce n'est pas ça, Camille. C'est la façon dont tu agis. Tu crois pouvoir tout résoudre en fouillant dans mon passé, en creusant dans mes blessures. Mais tu n'as aucune idée de ce que ça implique.

Elle baissa les yeux vers les lettres, comme si elles brûlaient dans ses mains. Elle savait qu'elle avait franchi une limite, mais la curiosité l'avait poussée à agir avant de réfléchir.

Bastien tourna les talons brusquement, son dos maintenant tourné vers elle, comme s'il l'avait complètement oubliée.

- Tu veux savoir ? Tu veux savoir pourquoi je suis comme je suis, pourquoi je porte ce fardeau ? demanda-t-il, la voix froide. Va lire ces lettres, et tu verras.

Il s'avança vers la porte, et Camille sentit une vague de panique monter en elle.

- Bastien...

Il se tourna légèrement, mais ne la regarda pas.

- Ce n'est pas un jeu, Camille. Ce que je porte, ce n'est pas une histoire d'amour et de regrets. C'est quelque chose de bien plus lourd, bien plus dangereux.

Il se figea un instant, un éclair de douleur traversant ses yeux avant qu'il ne disparaisse derrière la porte, la laissant seule avec un poids qu'elle n'avait pas prévu de supporter.

Elle resta là, seule dans la pièce, les lettres tremblantes dans ses mains. L'histoire qu'elles racontaient n'était pas celle qu'elle avait imaginée. Elle avait sous-estimé la profondeur du passé de Bastien, pensant que tout ne se résumait qu'à une vieille douleur, une vieille trahison. Mais ce qu'elle venait de découvrir allait bien au-delà.

Une partie de Bastien qu'elle ne comprenait pas encore, mais qu'elle sentait désormais s'imposer dans chaque geste qu'il faisait, dans chaque parole qu'il prononçait. Elle ne savait pas encore si elle était prête à affronter cette vérité. Mais ce dont elle était sûre, c'était que rien ne serait plus pareil désormais.

Camille n'aurait jamais cru qu'une simple porte entrebâillée pourrait révéler plus qu'une pièce dans la maison de Bastien. Mais ce soir-là, le son des pas qu'elle avait entendus la conduisit dans une direction qu'elle n'aurait jamais imaginée. Elle avait cru que la soirée serait comme les autres : calme, tendue, remplie de silences lourds qui les oppressaient tous les deux. Mais lorsqu'elle s'avança dans le couloir, une sensation étrange la tira dans une direction particulière, comme si une force invisible la guidait.

Elle s'arrêta devant une porte partiellement ouverte, un bruit étouffé provenant de l'intérieur. Le souffle de Bastien, court et profond, résonnait dans l'air. Camille hésita un instant. Elle savait qu'elle ne devait pas. Tout dans l'atmosphère de cette maison lui criait de respecter les frontières, de ne pas chercher à déterrer ce qui pouvait être enfoui. Pourtant, son corps agissait de lui-même, comme mû par un instinct plus fort que sa volonté.

Sans un bruit, elle poussa la porte, une fine lueur de lumière tombant sur une silhouette massive qui se tenait près d'une fenêtre. Bastien. Mais ce n'était pas l'homme implacable, le patron froid et distant qu'elle connaissait. Non, c'était une autre version de lui, plus fragile, plus humaine. Sa posture était affaissée, son dos courbé, et sa tête était baissée, comme s'il essayait de fuir ses propres pensées. Camille s'arrêta, figée, les yeux rivés sur lui.

Il n'avait pas remarqué sa présence, comme s'il était trop perdu dans son monde pour entendre le moindre bruit autour de lui. Ses mains, qui se serraient contre le rebord de la fenêtre, étaient tremblantes. Camille pouvait voir les traces d'une lutte intérieure sur ses traits. Elle s'était habituée à l'idée que Bastien portait en lui des ombres de douleur, mais les voir se manifester aussi directement, aussi ouvertement, la déstabilisa.

Elle avança d'un pas, ses respirations devenant plus profondes. Il semblait vouloir contenir quelque chose, comme une tempête prête à éclater, mais ne laissait personne y accéder. Pas même elle. Elle s'apprêtait à reculer, à quitter la pièce sans un mot, lorsque la tension dans son dos éclata.

Bastien se redressa brusquement, ses yeux se tournant vers elle avec une violence qui la fit presque reculer. Il la fixa un instant, sans dire un mot, avant de se détourner, se rendant compte qu'il avait été pris en flagrant délit de faiblesse. Camille sentit son cœur se serrer. Elle avait vu quelque chose en lui, quelque chose d'humain qu'il ne voulait pas qu'elle voie. Cette fraction de seconde où la façade se brisa, où il fut simplement un homme, vulnérable et brisé, la marqua plus profondément qu'il n'aurait pu l'imaginer.

- Qu'est-ce que tu fais ici ? Sa voix était basse, tendue, comme une corde prête à casser.

Camille ouvrit la bouche pour répondre, mais aucun mot ne sortit. Il était bien plus que celui qu'elle avait connu jusque-là. Cette façade qu'il portait si bien se fissurait, et il ne savait plus comment la réparer.

- Je... je ne voulais pas déranger, répondit-elle finalement, sa voix fragile.

Il se tourna, s'éloignant vers la porte sans un mot, mais Camille ne pouvait détourner les yeux de lui. C'était un homme, un homme avec ses propres démons, et il était là, devant elle, plus démuni qu'il ne l'aurait jamais voulu.

- Ce que tu viens de voir, c'est... inutile, murmura-t-il, comme s'il s'adressait plus à lui-même qu'à elle.

Il s'arrêta avant de quitter la pièce, se tournant à peine vers elle. Il avait les poings serrés, et son regard, d'habitude si perçant, était maintenant fuyant. Il semblait avoir sombré dans une mer de regrets et de solitude. C'était comme s'il voulait s'enfuir de lui-même, de cette vérité qui le rongeait à chaque instant.

- Tu n'as pas à t'excuser, répondit-elle, ses paroles un peu plus fermes cette fois. Mais elle savait qu'elle ne pouvait pas dire plus. Pas encore.

Un silence lourd s'abattit entre eux. Elle sentit une tension nouvelle naître, un fossé plus profond que celui qu'ils avaient construit jusqu'ici. Bastien se tenait là, figé, les yeux fixés au sol. Tout à coup, il semblait si lointain, si inaccessible, comme une montagne qu'elle ne pourrait jamais gravir.

- Je ne veux pas de ta pitié, dit-il enfin, les mots percutant l'air avec une brutalité qui la fit sursauter.

Elle le regarda, tentant de déchiffrer ce qu'il ressentait, mais il ne lui laissa aucune chance. En un éclair, il se referma à nouveau, son visage redevenant celui qu'elle connaissait, inexpressif, presque froid. Il tourna les talons et, sans un mot de plus, s'éclipsa dans le couloir, disparaissant dans les ombres de la maison. Elle resta là, perdue dans l'écho de ses paroles, secouée par l'intensité du moment.

Camille se sentit stupide. Elle avait brisé quelque chose. Quelque chose de fragile. Mais il y avait aussi une étrange satisfaction en elle, une prise de conscience qu'elle n'était pas seule à porter un fardeau. Que même cet homme qu'elle avait appris à craindre et à désirer avait ses propres blessures, cachées derrière des murs de glace. Elle n'aurait jamais cru que la vulnérabilité de Bastien pourrait l'attirer, mais dans cet instant suspendu, elle avait compris que, sous cette carapace impénétrable, il y avait un homme qui souffrait autant qu'elle.

Elle se laissa tomber sur le canapé, les mains encore tremblantes. Elle avait vu, et elle savait maintenant que cette connaissance allait changer tout ce qu'elle pensait savoir sur lui. Mais était-elle prête à accepter la vérité ? Et plus encore, était-elle prête à voir ce que cela signifierait pour elle ?

Le mystère autour de Bastien ne faisait que s'épaissir, et maintenant, il était plus dangereux que jamais. Il y avait des secrets en lui qu'il ne pourrait pas cacher éternellement. Mais elle le sentait : elle aussi faisait partie de son monde désormais, même si cela signifiait qu'il fallait prendre des risques pour comprendre la profondeur de ses ombres.

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