Amaya s'active à servir les clients du bar, tout en détaillant l'espace d'un oeil critique, c'est un bar ultramoderne, ayant des tons noir et rouge, et des lumières tamisées, elle remarque que les clients sont plus nombreux que d'habitude et que l'ambiance est assez particulière mais elle ne s'attarde pas là-dessus et elle se concentre sur son service.
Car en y réfléchissant bien, ce travail était toute sa vie, il lui permettait de payer son loyer, de se nourrir et de couvrir les frais de ses études. Depuis son adolescence, elle s'était toujours débrouillée seule à cause de ce qui c'était passé avec ses parents.
En y repensant, elle sent des larmes de frustration au coin de ses yeux et une boule au fond de sa gorge. Jamais cette famille n'aura son pardon car elle a totalement détruit la sienne. Il n'y a plus que son frère,mais qui n'a pas pu l'aider car la plupart du temps il était absent.
Elle a supporté le poids de toute cette tristesse et des humiliations en se promettant de laver le nom de ses parents. Elle aurait aimé les défendre mais c'est malheureusement trop tard c'est pourquoi elle a choisi de devenir avocate pour défendre les personnes qui subissent des injustices en l'honneur de leurs mémoires.
Morose, elle laisse encore errer son regard à travers le bar, quand soudain elle s'aperçoit que des types louches sillonnaient le bar, ils avaient des tatouages identiques au niveau du cou ,et quand on regardait bien, leurs blousons semblaient cacher des armes lourdes .
Malgré tout elle continue son service remplie d'une certaine appréhension, jouant bien son rôle de serveuse, elle passe par inadvertance à côté de l'un de ses hommes qui au même moment parlait au téléphone et elle se fige en entendant le nom de son frère et décide par prudence d'écouter discrètement la conversation.
- Oui patron !! Répond l'homme hargneusement , on poursuit les recherches, Rachid Al-Rahman ne s'en sortira pas comme ça, il sait pertinemment qu'on ne pardonne pas aux traîtres.
Mais on aurait dû s'en douter! Comme dit le dicton tel père tel fils ! Dit il comme une évidence, blessant par la même occasion la jeune femme
Tout à coup il est comme tétanisé par ce que son interlocuteur lui a répondu
- Pardonnez Moi Monsieur, oui je me mêlerai désormais de ce qui me regarde. reprend- il précipitamment tout en s'épongeant le front. Oui! Je suivrai le plan à la lettre, je vous ramènerai sa sœur sans faute dans deux heures.
Toujours attentif à ce que disait son interlocuteur il ajoute :
- Non , les autres gars ne se doutent de rien dit il avec un sourire mesquin........
Ne faisant plus attention à ce que cet homme disait Amaya se rend compte de la gravité de la situation, son cœur s'est mis à cogner de manière irrégulière dans sa cage thoracique, elle a les mains moites, la bouche sèche, et elle tremble littéralement !
Se reprenant, elle fait rapidement demi-tour soulevant au passage le plateau au niveau de son visage, puis se dirige vers les escaliers de service sans éveiller les soupçons , elle les descend rapidement car elle ne sait pas ce que ces types lui veulent, mais elle est certaine que ce ne sont guère des enfants de cœur.
Elle atteint enfin la sortie, le souffle court comme si elle avait couru un marathon. Elle s'éloigne le plus rapidement possible de ce bar et prend le chemin de la seule personne en qui elle a confiance, sa meilleure amie.
Elle a toujours été là pour elle depuis la mort scandaleuse de ses parents jusqu'à aujourd'hui. Pas besoin d'être un génie pour deviner que son appartement est le premier endroit où ils la guetteront.
Quelques larmes coulent sur ses joues, lorsqu'elle aperçoit cette maison à la fois modeste et chaleureuse, un doux sentiment lui réchauffe le coeur.
Elle accélère le pas et presse le bouton de la sonnerie électrique pour signaler sa présence. Aussitôt que la porte s'ouvre sur son amie, elle saute dans ces bras.
- Rania! Aide moi ! dit-elle en sanglotant.
-Qu'est- ce qui ne va pas ma belle? Viens ne reste pas sur le pas de la porte, on va discuter au salon.
Ensuite Rania ferme la porte, et elles avancent jusqu'à ce petit salon assez simple mais lumineux, il a une petite table basse au centre entourée de trois sofas identiques. Elles s'assoient l'une à côté de l'autre et Rania la prend dans ces bras.
- Raconte moi tout, tu sais que tu peux tout me dire hein! Que se passe t'il? Lui demande Rania
- Je crois que Rachid trempe dans des affaires louches et je crois qu'il a de gros ennuis !
- comment l'as-tu découvert? Et sais-tu où ce trouve Rachid ? Lui demanda t-elle d'une voix qui parait inquiète.
- Quand je travaillais au bar, il y avait des types bizarres qui me recherchaient soit disant pour faire payer Rachid. Je l'ai appris en écoutant une conversation téléphonique entre l'un d'entre eux et son mystérieux patron. J'ignore où se trouve Rachid, il ne m'a pas donné signe de vie depuis des mois et .... Et maintenant je me retrouve en danger, continue t' elle en sanglotant
- Mon Dieu! C'est terrible ! Il nous faut trouver rapidement une solution. Mais je ne comprends pas pourquoi le cheikh ne fait rien contre ces bandits!
- Ne me parle plus des dirigeants de ce royaume, j'ai appris depuis bien longtemps que personne ne peut compter sur eux!
- Tu sais Ama, je suis certaine que tes parents n'ont rien avoir avec cette explosion et...
- N'en parlons plus, je t'en prie!
-D'accord, mais saches que tu peux rester aussi longtemps que tu voudras.
Elle hoche la tête et lui adresse un triste sourire avec un sentiment réconfortant au fond du cœur car Rania à toujours su comment soigner ses blessures.
Elle enlace une énième fois son amie avec la certitude que tout s'arrangera jusqu'à ce que le bruit de la détonation d'une arme à feu ne la fasse sursauter !
-Oh non!...
Ce sont les seuls mots qu'elle a pu formuler pour exprimer sa détresse et son anxiété.
Et au fil des secondes une pluie de balles s'abattait sur la maison.
Amaya a pris un certain temps pour réagir mais elle s'est jeté brusquement sur Rania en balançant leurs deux corps au sol afin de se planquer derrière le sofa le plus proche. Son cœur bat à une vitesse folle, des sueurs froides coulent le long de son dos, lorsqu'elle entend la porte d'entrée céder sous les projectiles, ensuite des bruits de pas lui parviennent.
- Où te caches-tu ma poulette ?
Ce surnom lui a provoqué un haut le coeur qu'elle s'est empressée de contrôler. Mais elle ressent un liquide chaud et visqueux sur sa peau et sur ses vêtements. Alors elle abaisse son regard entre le corps de Rania et le sien, et elle remarque du sang sur l'abdomen de Rania et un peu partout formant une petite flaque.
N'en pouvant plus elle laisse échapper des cris perçants à travers lesquels on peut ressentir de la peine et de la culpabilité.
Soudain elle sent une poigne ferme autour de ses chevilles qui la tire loin de Rania.
-Non! Non! Hurle t'elle, quitte à se déchirer les cordes vocales.
- Pardonne moi Rania, pardonne moi, j'ignorais qu'ils m'avaient suivi.
Elle sent qu'on la tire toujours aussi violemment et deux mains calleuses se placent sous ses aisselles pour la soulever et l'entraîner hors de cette maison qui a été autrefois son refuge.
Elle se débat comme elle peut contre ses agresseurs mais ils la ligotent puis ils bandent ses yeux et la mettent dans le coffre d'une voiture. Elle frappe de toute ses forces avec ses pieds contre la paroi du coffre. La voiture démarre et roule à une vitesse folle, Amaya continue à frapper le coffre dans l'espoir de réussir à le briser car sa séquestration ne lui dit rien qui vaille.
Elle sent son corps se projeter violemment, apparemment elle a provoqué la fureur du conducteur, ce dernier a freiné sèchement la voiture, il est descendu, il a marché rapidement vers le coffre et l'a ouvert rageusement. Amaya a senti sa présence et elle se met à lancer des coups de pieds maladroits dans le but de l'atteindre pour s'enfuir loin des griffes de ces assassins, son instinct de survie lui crie de partir pour ne pas subir les pires atrocités.
Deux bras lui tiennent fermement son corps la réduisant à l'immobilité.
-Calme toi! Lui dit cette voix qui la dégoûte toujours autant.
-Que me voulez-vous ? Pourquoi avez-vous tué mon amie? Dit-elle en sanglotant.
-laissez-moi partir ! Je vous en...
Elle n'a pas pu achevé sa phrase car l'un de ses agresseurs a posé un mouchoir sur son nez.
Elle sent que ses yeux se ferment lentement, elle a beau lutté contre l'inconscience. Mais elle a sombré dans un trou noir.
Elle ne sait pas combien de temps qu'elle est restée dans les vapes. Elle ne saurait le déterminer. Elle se sent engourdie, mais ce qui attise son envie d'immerger c'est la douleur qui lacère ses jambes, elle les a sûrement écorchées en s'acharnant sur le coffre de cette vieille voiture dont la paroi était en partie tranchante.
Et la deuxième chose qui la pousse à ouvrir les yeux c'est cette odeur de sang qui lui colle comme une seconde peau lui provoquant des nausées atroces. Alors elle ouvre doucement les yeux qui prennent du temps à lui envoyer des images claires et nettes, l'obscurité partielle de la pièce où elle se trouve ne l'aide pas beaucoup. Au fil de quelques minutes ses yeux lui décrivent avec précision l'endroit où elle se trouve, et l'effroi lui sert le coeur et lui coupe partiellement le souffle.
C'est une pièce exiguë, avec une odeur de moisissure, d'humidité et de sang séché. Les murs sont très sales et couverts de sang et le sol est très sale, elle aperçoit dans un coin une assiette sale dont une armée de fourmis en faisaient leur festin sûrement utilisée par la personne qui l'avait précédée et elle réalise qu'elle se trouve au centre de la pièce sur un petit matelas dégoûtant. Une ampoule défectueuse accrochée au plafond éclaire faiblement la pièce.
Il y a seulement une petite trappe où le soleil pourra éclairer faiblement cette pièce le jour. Avec les rondeurs de son corps, elle n'a aucune chance de passer par là, même une personne très mince n'aurait aucune chance.
Elle a toujours eu un corps en forme de sablier depuis le début de son adolescence, avec une poitrine ferme et généreuse, une taille fine, des hanches arrondies et des fesses rebondies et de plus une longue et épaisse chevelure brune qui lui arrive au bas des fesses. Son corps attirait tout les regards, ses rondeurs faisaient les sujets de conversation dans le quartier où elle vivait.
Elle déteste être le centre d'attention, du coup elle a appris à camoufler ses formes sous des vêtements trop grands, qui n'arrivent pas tout à fait à les dissimuler. Et elle retient toujours ses cheveux en un chignon strict à l'aide de pinces.
Elle préfère porter les vêtements amples et traditionnels de Morazan avec le voile mais le bar où elle travaillait l'obligeait à porter des robes occidentales et malgré cela elle choisissait toujours les plus larges.
Elle porte toujours des lentilles pour cacher ses yeux qui sont de deux couleurs différentes: un bleu intense, brillant, et un vert qui lance un éclat unique.
Ayant renoncer à une fuite possible par la trappe, ces yeux analysent cette porte rouillée, elle s'approche d'elle et constate que la serrure est neuve et vérouillée . Dans un élan de désespoir elle frappe rageusement sur la porte.
-Laissez-moi sortir d'ici! crie t'elle.
En obtenant aucune réponse, elle prend l'assiette qui était à proximité et la lance sur la porte. Elle se brise en créant un bruit sourd. Elle s'est reculée pour que les fragments ne l'atteignent pas tout en fermant les yeux. Mais quand elle entend un bruit de grincement provenant de la porte, elle les ouvre rapidement et voit qu'une petite espace en haut de la porte est ouverte et laisse passer le bout d'une arme à feu. Ses yeux s'écarquillent d'horreur.
-Si tu ne te calmes pas tout de suite, je te tues immédiatement ! C'est clair ?
Sur le coup, elle est complètement tétanisée par la peur.
- J'espère que tu as parfaitement compris qu'on est pas sur un terrain de jeu et si tu tentes quelque chose de stupide on n'hésitera pas à te buter.
-Eh bien, c'est qu'on ne rigole pas ici! Mais je sais que tu ne feras rien du tout car si on me voulait morte je le serais depuis bien longtemps, tu n'es qu'un petit toutou qui obéit fidèlement à son maître, et d'ailleurs où il est ton patron, lui seul pourra répondre à mes questions. C'est avec lui que je veux discuter et pas avec un vulgaire subalterne tel que toi!
Elle est surprise par sa propre audace ! Ses mots tournent en boucle dans sa tête. Elle réalise qu'une fois que ces bandits auront ce qu'ils veulent, ils la tueront sans hésiter. Elle ne voit que l'arme à feu, elle n'arrive pas à entrevoir le visage de son interlocuteur, mais elle a reconnu la voix de l'homme qui l'a sortie de force de la maison de Rania et qui l'a droguée.
Malgré qu'elle était trop secouée pour voir son visage, mais elle sait que cet homme est hyper dangereux et aspire au pouvoir, avec un maladif besoin de garder le contrôle, telle est sa faiblesse. C'est pourquoi elle a tenté le tout pour le tout.
Après quelques secondes, sa réplique a provoqué l'effet désiré, vu qu'il ne peut pas lui tirer dessus il va vouloir l'affronter face à face. Son coeur tambourine affreusement en entendant le bruit d'une clé dans la serrure. Avec des gestes précis et rapides, elle prend le plus long morceau d'assiette, il est assez tranchant et pointu, mais qui a eu l'idée de laisser une assiette dans cette cellule? Quand elle entend le grincement de la porte qui s'ouvre, elle se place immédiatement près de l'entrée,le dos contre le mur, le morceau d'assiette en main.
-Ma poulette ! Tu vas me redire cela bien en face et on va voir si...
Aïe ! Merde!
Elle a attendu qu'il soit à sa hauteur et lui a planté le morceau d'assiette férocement dans le bras qui tenait l'arme. Ensuite elle lui a donné un coup de pied bien placé dans ses bijoux de famille.
- Ça, c'est pour que tu saches une bonne fois pour toute que je ne suis pas ta poulette!
L'homme ne répond pas car il est plié en deux par la douleur. Alors elle se dépêche de récupérer l'arme car elle sait parfaitement s'en servir grâce à son frère, autrefois elle adorait aller à la chasse avec lui. Elle lui donne encore un coup violent derrière la tête et l'homme perd connaissance dans l'immédiat. Elle le fouille et trouve un canif, des lames tranchantes en acier, un mouchoir et un petit flacon contenant la drogue qui l'avait assommée, elle les récupère et les mets dans les deux poches de sa robe. Elle remercie Rachid du fond du cœur pour ses cours d'autodéfense.
Elle sort rapidement tout en longeant ce couloir crasseux avec la désagréable impression qu'elle ne contrôle pas tout à fait la situation. Au bout du couloir, elle aperçoit un escalier et deux gardes sont postés à côté. Ils ne la remarquent pas tout de suite car elle sait que dans ces genres de situations il faut être très agile et aussi silencieux qu'un fantôme. Alors elle se planque derrière un poteau. Elle n'a jamais tué, et ce n'est pas aujourd'hui qu'elle va commencer mais il faut mettre ces individus hors d'état de nuire.
Elle constate que la première chose à faire c'est de les déstabiliser, pour qu'ils ne puissent pas réagir rapidement et lui tirer dessus. Alors elle sort quatre lames, elle vise deux jambes et en lance deux lames, puis lance rapidement les deux autres dans les jambes de l'autre homme. Ils tombent simultanément et avant qu'ils enlèvent la sécurité de leurs armes elle les tient déjà en joug.
-Pas un geste! Leur dit-elle calmement.
Ensuite elle les assomme avec un coup de pied sur la nuque.
Ses pieds sont nus car elle a laissé ses chaussures de serveuse pratiquement inconfortables chez Rania. Amaya se retient de pleurer car elle doit être forte pour sortir vivante de ce trou à rat. La douleur qui se vivifie au fil des minutes aux niveaux de ses pieds et de ses jambes lui rappelle qu'elle a été blessée. Néanmoins elle continue d'avancer, elle grimpe doucement l'escalier, elle ne sait guère où il mène mais elle avance. Elle tremble légèrement mais une poussée d'adrénaline la guide pour qu'elle puisse s'en sortir.
Quand elle a presque atteint le sommet de l'escalier, elle se fige en voyant un homme de dos qui parle au téléphone.
-Non patron, rien à signaler, tout est calme, l'oiseau est dans sa cage.
Son niveau de stress est au maximum, elle attend que l'homme termine ce coup de fil qui lui a fait froid dans le dos. Et en même temps, cela l'a mis en colère, d'abord cet idiot la traite de poulette, et ensuite l'autre vient juste de la traiter d'oiseau !
Elle n'a pas le temps de s'attarder là-dessus. Elle sort de sa poche le mouchoir et le flacon. Elle asperge le mouchoir de chloroforme et remet le flacon précautionneusement dans sa poche. Et d'une démarche discrète elle avance tout près de cet homme. Heureusement qu'il n'est pas très grand,Amaya le dépasse d'une bonne tête.
Elle prend le mouchoir dans sa main droite et la plaque brusquement sur le nez de l'homme et en même temps avec son autre bras, elle encercle férocement sa gorge, histoire de perturber l'air dans ses voies respiratoires pour le déstabiliser ensuite elle relâche doucement la pression autour de sa gorge et l'homme respire désespérément et inspire par la même occasion la drogue dans le mouchoir. Il tombe immédiatement dans les pommes.
Elle se dépêche d'avancer pour trouver une sortie, elle remarque au passage que la maison est très jolie et moderne, ce qui est très différent du sous-sol.
Le ciel a entendu ses prières car elle a trouvée une porte qui donne sur un escalier qui mène sur une cour entourée d'un immense jardin . Juste devant l'escalier, il y a deux voitures qui sont garées.
Elle est descendue en vitesse et elle se prépare à briser l'une des vitres d'une voiture avec le corps de l'arme qu'elle avait en sa possession.
- Vous êtes si pressée de nous quitter ? Je n'ai même pas eu l'honneur de faire connaissance avec celle qui a mis KO quatre de mes hommes. Lui dit une voix grave et rauque, étrangement calme avec une once d'enthousiasme.