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Sans meute, sans peur : la Louve qui a fui les Alphas

Sans meute, sans peur : la Louve qui a fui les Alphas

Auteur: Le Trèfle
Genre: Loup-garou
Elle n'était pas censée fuir son propre bonheur. Éléa Vernier a seize ans quand elle découvre, en une seule soirée, la vérité que sa meute lui cachait : derrière les cérémonies somptueuses réservées aux filles de Souverains se cache un rituel barbare - le marquage public, où le Fil d'Âme s'accomplit devant une assemblée entière, sans échappatoire, sans pudeur, sans choix. Elle regarde sa propre sœur, Lyanne, se faire revendiquer sous les acclamations d'une foule. Et elle comprend qu'elle n'attendra jamais son tour. Cette nuit-là, elle disparaît. Pendant deux ans, elle survit sous un faux nom, sert des tables dans une ville d'humains, dort peu, fait confiance à personne, et fuit chaque fois que l'odeur d'un Souverain approche. Ce qu'elle ignore, c'est que son geste a déjà changé quelque chose de plus grand qu'elle : partout, des louves de haut rang commencent à fuir à leur tour. Éléa Vernier est devenue une légende sans même le savoir - celle qui a osé dire non. Puis Corvin la retrouve. Souverain respecté, hanté par la mort de sa propre sœur - suicidée après avoir subi le même rituel qu'il refuse désormais d'imposer à quiconque - il aurait pu la revendiquer devant tous, comme le veut la tradition. Il choisit de la marquer en privé, loin des regards, lui laissant l'unique chose que personne ne lui avait jamais offerte : le choix. Ce qu'Éléa croyait impossible se produit alors - la confiance, l'évidence, l'amour sans peur. Mais un lien choisi librement dérange. Dans les meutes voisines, sa sœur Lyanne et son compagnon Darian portent encore les cicatrices d'une union imposée. D'autres louves, comme la Seconde Mérel, se reconstruisent lentement d'un marquage qu'elles n'ont jamais désiré. Et à mesure que l'histoire d'Éléa se répand, les Souverains les plus conservateurs - menés par le redoutable Bastien - y voient une menace à abattre avant qu'elle ne renverse leurs traditions. Éléa n'est plus seulement une fugitive. Elle est devenue un symbole. Ralliant sa famille, d'anciens alliés, des guerrières sans meute et des louves échappées comme elle, elle et Corvin construisent lentement une coalition - pendant que la guerre, elle, devient inévitable. Entre attaques frontalières, trahisons internes, sanctuaires improvisés pour les fugitives et un Conseil des Souverains prêt à tout pour la faire plier, Éléa devra choisir : Se taire et se protéger Ou devenir, envers et contre tous, celle par qui la loi change enfin. Car parfois, la fille qu'on croyait en fuite est celle qui, un jour, ramène tout le monde à la maison.
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Chapitre 1 Chapitre 1

Au lever du jour, je n'ai pas perdu une seconde. À peine sortie de ma chambre, j'ai couru jusqu'à celle de Lyanne avant de me jeter sur son lit.

- Allez, debout, grande dormeuse ! C'est le grand jour !

Aujourd'hui, ma sœur fête ses dix-huit ans.

Parce qu'elle est la fille de notre Souverain, son anniversaire est attendu par toute la région. Des Souverains venus de toutes les meutes situées dans un rayon de cent soixante kilomètres sont invités à la célébration. Tous espèrent découvrir si le Fil de l'Aube les unit à elle.

Lyanne enfouit son visage sous un coussin.

- Éléa... laisse-moi dormir encore un peu...

Sa voix était fatiguée.

- Je suis restée éveillée une bonne partie de la nuit en espérant ressentir la présence de mon Fil d'Aube. Rien... Je sais seulement qu'il n'appartient pas à notre meute.

Je lui retirai le coussin avec un sourire.

- C'est plutôt une bonne nouvelle ! Ça veut sûrement dire qu'il vient d'une autre meute... Peut-être même qu'il est Souverain ! Tu imagines ? Moi, j'ai tellement hâte de vivre ça aussi !

J'avais deux ans de moins qu'elle. C'était la première fois que j'allais assister à une cérémonie aussi prestigieuse. Jusqu'ici, je n'en connaissais les détails qu'à travers les conversations discrètes des Gardiens et les préparatifs interminables de notre mère.

Depuis près d'un an, elle organisait cette soirée avec un soin presque obsessionnel. Les décorations, la salle de réception, la piste de danse, le banquet... tout avait été pensé dans les moindres détails. Depuis deux semaines, la maison entière était transformée en ruche, et durant les quarante-huit dernières heures, le domaine ne connaissait plus une minute de calme.

La porte s'ouvrit doucement.

Notre mère entra dans la chambre avec une expression inhabituelle.

- Éléa, laisse-nous un moment, dit-elle avec douceur. J'ai besoin de parler à ta sœur. Descends prendre ton petit-déjeuner et demande aux Gardiens de nous monter un plateau.

Je croisai le regard de Lyanne.

- La fameuse discussion..., soufflai-je à voix basse.

Elle esquissa un sourire fatigué.

- Oui, maman.

Je déposai un baiser sur la joue de notre mère avant de sortir. En me serrant contre elle, je remarquai que son visage trahissait une inquiétude étrange. Après une année entière passée à préparer cette journée, elle aurait dû rayonner de bonheur. Pourtant, quelque chose semblait la préoccuper.

- À tout à l'heure, Lyanne.

Je refermai la porte derrière moi.

En descendant l'escalier, je retrouvai l'effervescence qui régnait dans toute la maison. Les domestiques couraient dans tous les sens tandis que chacun ne parlait que de la réception.

Personne n'aurait pu rêver meilleure grande sœur que Lyanne.

Elle faisait preuve d'une douceur incroyable avec tout le monde. Je ne l'avais jamais entendue dire une parole méchante, ni envers moi, ni envers quiconque. Sa bonté était sincère, naturelle. Elle méritait quelqu'un capable d'apprécier la femme exceptionnelle qu'elle était.

J'espérais de tout cœur que le destin lui offrirait un compagnon digne d'elle.

Et si ce compagnon était un Souverain, elle deviendrait Étoile à son tour. Elle pourrait alors apporter à une nouvelle meute toute la générosité qu'elle avait toujours offerte à la nôtre.

Après avoir demandé aux Gardiens de préparer les plateaux pour ma mère et Lyanne, je pris rapidement mon petit-déjeuner avant de partir chercher mon père.

En général, je n'avais pas besoin de frapper à la porte de son bureau. Sauf lorsqu'il recevait quelqu'un, j'entrais librement.

Je collai tout de même mon oreille contre la porte.

Aucun bruit.

J'ouvris doucement.

Mon père était assis derrière son bureau, la tête entre les mains.

Une forte odeur de whisky flottait dans la pièce. Un verre vide reposait devant lui.

- Papa... est-ce que ça va ?

Mon inquiétude grandit aussitôt.

Après le visage soucieux de ma mère, voilà maintenant le sien.

Il releva brusquement les yeux.

- Soapy... je ne t'avais pas entendue.

D'un geste rapide, il attrapa le verre vide ainsi que la bouteille posée à côté et les fit disparaître dans un tiroir.

"Soapy."

C'était le surnom que Lyanne m'avait donné lorsque j'étais toute petite. Mon père s'y était attaché au point de continuer à m'appeler ainsi malgré les protestations répétées de notre mère.

Je m'approchai.

- Pourquoi tu as l'air si préoccupé ? Aujourd'hui devrait être une journée heureuse.

Il se leva aussitôt pour venir m'enlacer.

- Bien sûr que c'en est une, ma chérie.

Depuis toujours, nos parents se montraient extrêmement protecteurs avec nous.

Même lorsque des amis proches célébraient leurs dix-huit ans, Lyanne et moi n'avions jamais obtenu l'autorisation d'assister à leur cérémonie. C'était justement pour cette raison que j'attendais cette soirée avec une impatience immense.

J'avais déjà vu des membres ordinaires de notre meute découvrir leur Fil d'Aube. Le plus souvent, tout le monde devinait déjà qui formerait le couple. Ils passaient énormément de temps ensemble avant leur majorité, comme si leur lien grandissait silencieusement avant même d'être révélé.

Puis arrivait enfin le jour des dix-huit ans du plus jeune.

Ils se reconnaissaient instantanément, s'appelaient l'un l'autre avec une émotion débordante avant de se précipiter dans les bras de leur moitié.

Chaque fois, c'était un moment bouleversant.

En revanche, je n'avais jamais assisté à la cérémonie d'un membre de la famille dirigeante d'une meute.

Les familles de Souverains organisaient toutes des réceptions semblables à celle de Lyanne, mais jusque-là, ces événements nous avaient toujours été interdits, même lorsque Lyanne insistait autant que moi.

Aujourd'hui était donc une première.

- Est-ce qu'il y a un problème avec la fête ? Tu veux que je t'aide à quelque chose ?

Il consulta sa montre avant de me répondre.

- Non, tout est sous contrôle. Par contre, regarde l'heure. Tu devrais aller te préparer.

Son sourire était présent, mais sa tristesse ne disparaissait pas.

- Si tu changes d'avis, tu sais que je suis là.

Il posa une main affectueuse sur mon épaule et m'accompagna jusqu'à la porte.

- Ce dont j'ai besoin, c'est que ma petite Soapy soit prête pour célébrer sa sœur.

Je souris.

- Très bien, papa.

L'après-midi passa à une vitesse folle.

Les Gardiens coiffèrent mes longs cheveux brun chocolat en une élégante demi-queue relevée. Mon maquillage resta très discret. Elles expliquèrent qu'il suffisait simplement de mettre en valeur ce que j'avais déjà.

Comme Lyanne était l'invitée principale, je devais accueillir les invités aux côtés de nos parents. Il fallait donc que je sois prête avant elle.

Mais avant tout, je voulais découvrir ma sœur dans sa tenue de fête.

Je montai jusqu'à sa chambre.

Ses cheveux, naturellement plus clairs que les miens, avaient été délicatement bouclés. Sa robe la faisait ressembler à une véritable princesse.

Je restai quelques secondes sans voix.

- Lyanne... tu es splendide.

Elle sourit doucement.

- Merci. Et toi aussi, tu es très jolie.

Je m'approchai d'elle.

- Je suis tellement heureuse pour toi. Ce soir sera inoubliable.

Elle baissa légèrement les yeux.

- J'espère vraiment que tu as raison.

- Quand ton compagnon te verra, il ne pourra pas détourner le regard. Tu es magnifique.

Elle me remercia d'un sourire plus sincère.

À cet instant, la voix de notre mère résonna directement dans mon esprit.

- Éléa, les premières voitures arrivent. Où es-tu ?

Je lui répondis aussitôt par télépathie.

- J'arrive tout de suite.

Je me tournai vers Lyanne.

- Je dois descendre. On se retrouve en bas.

Alors que je m'apprêtais à quitter la pièce, elle attrapa doucement ma main.

Je me retournai.

Son regard semblait chargé de mots qu'elle ne parvenait pas à prononcer.

Finalement, elle murmura simplement :

- Je t'aime, Soph.

Je lui adressai un grand sourire.

- Moi aussi, je t'aime.

Je quittai sa chambre puis descendis les escaliers.

Le cœur léger et un sourire aux lèvres, je franchis les portes de notre demeure pour accueillir les près de deux cents invités qui arrivaient déjà les uns après les autres.

Chapitre 2 Chapitre 2

Je bouclais les derniers préparatifs lorsque Renn, mon Second, passa la tête dans mon bureau.

- Alors, on décolle à quelle heure pour l'anniversaire de la fille de le Souverain ?

Je relevai les yeux vers lui.

- Tu pourrais au moins utiliser son nom. Elle s'appelle Lyanne. Et son père est le Souverain Roderic. Ce ne sont pas simplement "la fille de le Souverain" ou "la fête de quelqu'un".

Le ton de ma voix était plus sec que je ne l'aurais voulu, mais ces cérémonies m'avaient toujours inspiré un profond malaise.

Je ne comprenais pas comment un homme pouvait rencontrer la femme que le destin lui réservait, puis accepter que leur premier moment ensemble se déroule sous les yeux d'une salle entière.

Si un inconnu osait assister à un instant pareil avec ma compagne, je serais capable de tout détruire pour l'en empêcher.

Je n'avais jamais aimé partager quoi que ce soit.

Encore moins celle que la Déesse de la Lune aurait choisie pour moi.

Renn leva les mains en signe d'apaisement.

- Ne le prends pas comme ça, Souverain. Tu sais bien que ce n'était pas méchant. Tout le monde parle comme ça.

Je secouai la tête.

- Peut-être justement que cette habitude devrait disparaître. On prétend être une espèce plus évoluée que les humains, mais eux ont abandonné ce genre de coutumes depuis longtemps.

Je m'appuyai contre mon bureau.

- Réponds-moi franchement. Ça ne te dérangerait pas que des dizaines de mâles assistent à la première nuit avec ta compagne ? Que tous puissent la regarder dans un moment qui ne devrait appartenir qu'à vous deux ?

Renn grimaça.

- Vu comme tu le présentes... évidemment que ça paraît horrible. Je ne suis pas comme certains. Jamais je n'exposerais ma compagne de cette façon. Il existe des moyens de préserver son intimité.

Je soufflai avec irritation.

- Même si tu essaies de la protéger, elle saura malgré tout que tous ces hommes sont là. Elle connaîtra leurs regards. Ça reste une humiliation.

Un grondement monta dans ma poitrine.

- Ce lien est censé être sacré. Pourtant, on le transforme en spectacle. Je refuse de croire que tous ces mâles présents assistent à ces cérémonies uniquement par tradition.

Renn demeura silencieux quelques secondes.

- Je comprends ce que tu ressens. Mais tu connais les règles. Si un Souverain refuse la reconnaissance publique, la meute n'acceptera jamais officiellement sa Étoile.

Je connaissais parfaitement cette réalité.

C'était justement ce qui me révoltait.

Je gardai les yeux fixés devant moi.

- Ma sœur m'a raconté ce qu'elle avait vécu après sa propre cérémonie. Elle disait s'être sentie trahie. Elle n'a jamais réussi à regarder son compagnon de la même façon.

Ma voix se fit plus grave.

- Avant de mourir, elle m'a presque supplié de ne jamais infliger ça à la femme qui partagerait ma vie.

L'image de ma sœur ne m'avait jamais quitté.

Elle était une femelle Souverain forte, courageuse, capable d'affronter n'importe quelle difficulté.

Pourtant, cette seule nuit avait suffi à la briser.

Quelques mois plus tard, elle s'était jetée du haut d'une falaise.

Le médecin de notre meute avait confirmé qu'elle attendait une petite fille.

Il avait compris immédiatement pourquoi elle avait choisi de mourir.

Elle refusait que son enfant grandisse dans un monde où cette tradition existait encore.

Depuis ce jour, je m'étais juré une chose.

Jamais je ne condamnerais ma compagne à vivre ce cauchemar.

Si le destin me liait un jour à une femme, je ne la livrerais pas au regard d'une foule.

Je préférais encore remettre en cause les lois de notre espèce.

Voilà pourquoi je détestais cette soirée avant même d'y être.

Si Lyanne n'était pas mon Fil d'Aube, je n'avais aucune envie d'assister à sa reconnaissance.

Et si, contre toute attente, elle l'était...

Je refuserais qu'on fasse d'elle un spectacle.

Malgré tout, j'étais Souverain.

J'avais reçu une invitation officielle.

Et si Lyanne m'était destinée, je ne pouvais pas laisser un autre homme tenter de la revendiquer.

Une fois prêts, Renn et moi montâmes en voiture.

Je pris le volant.

Conduire m'aidait à calmer le tumulte de mes pensées.

Lorsque nous arrivâmes sur le territoire de la meute Roderic, les véhicules occupaient déjà presque tout le parking.

Nous rejoignîmes les autres invités.

À l'entrée, Souverain Roderic accueillait personnellement les visiteurs aux côtés de Étoile Célestine et d'une jeune fille.

Je compris immédiatement qu'il ne s'agissait pas de Lyanne.

Son odeur révélait pourtant sans équivoque qu'elle appartenait à la famille.

Probablement la sœur cadette.

Je saluai d'abord Souverain Roderic et sa compagne avant de tourner mon attention vers la jeune louve.

Sans raison apparente, quelque chose chez elle attira immédiatement mon attention.

Je m'arrêtai devant elle.

- Comment t'appelles-tu ?

Elle releva le menton avec assurance.

Son regard ne contenait aucune crainte.

Au contraire.

- Je pense que vous êtes suffisamment âgé pour m'appeler par mon prénom, Souverain. Je m'appelle Éléa.

Un sourire m'échappa.

- Toutes mes excuses, Souverain Éléa.

Je pris délicatement sa main avant d'y déposer un baiser respectueux.

- Mon intention n'était pas de vous manquer de respect.

Un grondement discret de Souverain Roderic interrompit le moment.

- Éléa est encore mineure selon nos lois.

Je croisai son regard.

- Je n'avais aucune arrière-pensée.

Nous nous observâmes quelques secondes.

Finalement, il inclina légèrement la tête.

Je compris immédiatement son inquiétude.

Si Lyanne trouvait son compagnon ce soir, les instincts des autres mâles deviendraient plus difficiles à contrôler.

Laisser Éléa au milieu d'eux représentait un risque.

Son expression montrait qu'il partageait exactement cette crainte.

Nous pénétrâmes dans la salle principale.

La fête battait déjà son plein.

Certaines louves circulaient librement, prêtes à calmer les mâles qui perdraient le contrôle de leurs instincts.

Je détournai le regard.

Tout cela me répugnait.

En observant les invités, je compris que beaucoup attendaient moins l'anniversaire de Lyanne que la cérémonie qui suivrait.

Cette soirée semblait davantage organisée pour satisfaire les attentes des Souverains présents que pour célébrer une jeune femme atteignant sa majorité.

Quelques Souverains, visiblement aussi peu enthousiastes que moi, discutaient à l'écart.

Je récupérai un verre avant de les rejoindre.

Darian fut le premier à prendre la parole.

- Je ne sais toujours pas si j'espère qu'elle soit mon Fil d'Aube.

Fenrick haussa les épaules.

- Moi, oui. Les femelles Souverain de sang pur deviennent rares. Lyanne et sa sœur sont les dernières de leur génération dans cette région.

Ilana observa la foule.

- On dirait que toute la salle retient son souffle.

Tessia souffla avec lassitude.

- On oublie parfois que nous sommes censés être des loups capables de se maîtriser.

Je gardai le silence.

Quelques instants plus tard, Souverain Roderic demanda à tous de rejoindre la grande salle.

Nous obéîmes.

Mon regard trouva immédiatement Éléa.

Elle attendait près de l'escalier avec une excitation évidente.

À cet instant, mon loup, Ewan, remua en moi.

Va près d'elle.

Je fronçai les sourcils.

- Pourquoi ?

Je veux la protéger.

Sa réponse me surprit.

Ewan ne s'intéressait jamais aux inconnus.

Encore moins de cette manière.

Habituellement, il considérait la cérémonie publique comme une preuve de possession naturelle.

Même s'il comprenait mon point de vue, il ne l'avait jamais vraiment partagé.

Pourtant, cette fois, il insistait.

Je m'approchai donc discrètement.

Je pris place juste derrière Éléa, suffisamment près pour empêcher les autres mâles de réduire la distance.

Étoile Célestine me remarqua aussitôt.

Son regard se fit méfiant.

Je lui adressai simplement un signe de tête.

Elle sembla comprendre que je ne représentais aucun danger avant de reporter son attention vers l'étage.

Je suivis son regard.

Lyanne apparut enfin au sommet de l'escalier.

Au même instant, je compris que son compagnon était déjà présent.

Restait à savoir lequel d'entre nous.

Mon regard parcourut la salle.

Darian fit un pas en avant.

Il n'attendit pas longtemps.

- Ma compagne...

Le mot quitta ses lèvres dans un souffle.

Lyanne lui répondit presque aussitôt.

- Mon compagnon...

Son sourire était timide.

En restant près de Éléa, je distinguai cependant la peur dans les yeux de Lyanne.

Elle chercha immédiatement sa mère du regard.

Étoile Célestine lui adressa un discret signe d'encouragement.

Lyanne descendit lentement les marches jusqu'à Darian.

Parmi tous les Souverains présents, il faisait probablement partie des meilleurs choix possibles.

Mais je savais aussi que cette qualité ne garantissait rien.

La première nuit d'un couple pouvait déterminer toute leur relation.

Darian s'approcha doucement.

Il embrassa Lyanne avec une infinie délicatesse.

Les joues de la jeune femme rosirent.

Puis il se tourna vers Souverain Roderic.

- Si vous le permettez, je préférerais que nous commencions par partager le repas.

Je vis immédiatement Étoile Célestine relâcher la tension qui crispait ses épaules.

Darian venait de leur offrir un répit.

Il laissait à Lyanne le temps de respirer, de lui parler, de découvrir l'homme qui venait d'entrer dans sa vie.

Je le respectai davantage pour cette décision.

Il l'accompagna vers la salle à manger.

Alors que les familles avançaient, j'offris mon bras à Éléa.

- Me feriez-vous l'honneur de marcher avec moi jusqu'à votre table, Souverain Éléa ?

Elle accepta avec un sourire lumineux.

- Avec plaisir. Merci, Souverain Corvin.

Ewan sembla étrangement satisfait qu'elle connaisse déjà mon nom.

Pendant que nous avancions, je lui demandai :

- Quel âge avez-vous ?

- Seize ans. Il me faudra encore attendre avant de rencontrer mon Fil d'Aube.

Son regard suivait Lyanne.

- Je suis tellement heureuse pour elle. Vous connaissez bien Souverain Darian ?

- Oui. C'est un homme respectable. Il dirige sa meute avec sagesse.

Elle hocha la tête.

- Lyanne mérite quelqu'un comme lui. C'est la personne la plus gentille que je connaisse. J'espère qu'il comprendra rapidement quelle Étoile extraordinaire elle sera.

Ses paroles me touchèrent.

Elle ne pensait absolument pas à elle.

Uniquement au bonheur de sa sœur.

À peine avions-nous franchi les portes de la salle à manger que plusieurs invités commencèrent à lancer des encouragements insistants, réclamant que le marquage ait lieu immédiatement.

Je vis Lyanne perdre toute couleur.

Darian fit aussitôt face aux perturbateurs.

Son grondement imposa le silence.

- Ceux qui ne sont pas capables de respecter notre rythme sont libres de quitter cette réception.

Plus personne n'osa parler.

À côté de moi, Éléa semblait totalement perdue.

Elle ne comprenait pas pourquoi ces hommes exigeaient une telle chose.

Je reconnus cette innocence.

Comme ma propre sœur autrefois, elle avait été tenue à l'écart de cette réalité jusqu'à son adolescence.

Au moins, Lyanne semblait savoir ce qui l'attendait.

Je conduisis Éléa jusqu'à la table où l'attendaient ses parents, Lyanne et Darian.

Je tirai sa chaise pour qu'elle puisse s'asseoir.

Puis j'adressai un discret signe de tête à Darian avant de rejoindre ma propre place.

Chapitre 3 Chapitre 3

Je ne savais pas expliquer pourquoi, mais quelque chose me paraissait étrange.

Depuis le début de la soirée, une tension invisible flottait dans l'air. Tout le monde semblait attendre un événement que, moi seule, je ne comprenais pas vraiment.

Pendant le repas, j'observais Lyanne faire connaissance avec Souverain Darian. Peu à peu, l'inquiétude qui marquait le visage de nos parents s'effaça. Ma mère alla même jusqu'à lui sourire franchement.

Cela me rassura.

Souverain Corvin m'avait assuré que Darian était un homme honorable, et je voulais croire qu'il traiterait ma sœur avec toute la tendresse qu'elle méritait.

Mon regard glissa ensuite vers Corvin.

Il parlait peu. Son visage demeurait fermé, presque impassible, mais je percevais sous ce calme une colère ancienne, profondément enfouie.

Étrangement, cette impression ne me faisait pas peur.

Au contraire.

Elle le rendait mystérieux... plus imposant... terriblement attirant.

Je détournai vite les yeux.

À mesure que le dîner avançait, je remarquai que Lyanne devenait de plus en plus nerveuse.

Je fronçai les sourcils.

Ma sœur ne perdait jamais son sang-froid.

Darian posa doucement sa main sur les siennes.

- La piste est prête, si tu en as envie. C'est ton anniversaire. Nous pourrions commencer par une danse.

Le sourire de Lyanne revint timidement.

- J'aimerais beaucoup.

Il lui répondit avec douceur.

- Alors nous danserons. Mais je préfère être clair : ce soir, le seul autre homme avec qui je souhaite te voir danser est ton père.

Lyanne baissa légèrement la tête.

- Merci.

Il effleura délicatement sa joue.

- Je veux que tu gardes un bon souvenir de cette soirée.

Je ne savais pas pourquoi, mais j'avais le sentiment que leurs paroles cachaient un sens qui m'échappait.

Maman ne m'avait jamais parlé de ce qui suivait réellement la découverte d'une Fil d'Aube.

Tout ce que je savais venait des conversations discrètes entendues entre les louves déjà mariées.

Certaines évoquaient une première nuit parfois difficile.

Peut-être Darian faisait-il simplement référence à cela.

Lorsqu'il se leva et invita Lyanne à l'accompagner, toute la salle sembla retenir son souffle.

Les conversations cessèrent immédiatement.

Tous les regards convergèrent vers eux.

Darian prit la parole d'une voix calme.

- La piste est ouverte à ceux qui souhaitent danser. Quant à ma compagne, je demande à chacun de respecter ses distances. Et je le répète : si ma manière de faire ne convient pas à certains, ils peuvent quitter cette réception.

Je regardai autour de moi, complètement déconcertée.

Pourquoi mon père ne dirigeait-il plus la soirée ?

C'était pourtant lui le Souverain de cette meute.

Pourtant, sans la moindre protestation, il semblait laisser Darian décider de la suite des événements.

Je cherchais une réponse parmi les invités lorsqu'un regard accrocha le mien.

Corvin.

Ses yeux gris étaient posés sur moi.

Je sentis aussitôt mes joues chauffer.

Je détournai rapidement les yeux, mais pas avant d'avoir aperçu un léger sourire au coin de ses lèvres.

Les domestiques commencèrent à déplacer les tables afin de libérer la salle.

En reculant pour leur laisser de la place, je heurtai un torse solide.

Je me retournai aussitôt.

Corvin se tenait derrière moi.

- Souverain Éléa... accepteriez-vous cette danse ?

Je clignai des yeux, surprise.

Quelques secondes plus tôt, il se trouvait à l'autre bout de la salle.

Comment avait-il pu arriver jusque-là aussi vite ?

Lorsque je relevai la tête, il arqua légèrement un sourcil, attendant ma réponse avec amusement.

Je cherchai instinctivement mon père du regard.

Il observait Corvin avec attention.

Sans quitter ce dernier des yeux, il finit pourtant par m'adresser un discret signe d'approbation.

Je reportai mon attention sur Corvin.

- Ce serait un plaisir, Souverain Corvin.

Son sourire s'élargit.

Avec une élégance presque ancienne, il me présenta son bras.

Je l'acceptai.

Au même instant, Darian offrait le sien à Lyanne.

En passant près de mon père, Corvin s'arrêta quelques secondes pour lui souffler quelques mots.

La musique démarra avant que je puisse entendre leur conversation.

Papa resta silencieux un instant, puis acquiesça.

Corvin m'entraîna alors vers la piste.

Il est vraiment séduisant, murmura Ambre.

Je souris intérieurement.

- Je dois reconnaître que oui.

Tu lui donnerais quel âge ?

- Peut-être une vingtaine d'années. Pas beaucoup plus.

Corvin posa une main dans mon dos.

- Tu aimes danser ?

- Beaucoup. Mais je n'ai jamais dansé avec un Souverain qui ne fasse pas partie de notre meute.

Il me rapprocha légèrement de lui.

- Donc je suis le premier... après ton père.

Sa façon de prononcer ces mots fit battre mon cœur un peu plus vite.

Je me contentai d'acquiescer.

La musique était vive, entraînante.

Exactement le genre de morceau que j'adorais.

- Alors profitons-en.

Sans attendre davantage, il me fit tourner avec une aisance remarquable.

Un rire m'échappa aussitôt.

Corvin dansait merveilleusement bien.

Tous les hommes ne possédaient pas ce talent.

Lui semblait parfaitement à l'aise.

Il me lança un regard accompagné de son éternel sourcil levé, comme s'il me provoquait gentiment.

Très bien.

Défi accepté.

La chorégraphie faisait partie de celles que ma sœur et moi répétions depuis des années.

Au début, je détestais ces leçons.

Puis notre professeur m'avait appris à écouter la musique au lieu de compter les pas.

À partir de ce jour, j'avais adoré danser.

Je suivis naturellement le rythme.

Je surpris une expression de surprise sur le visage de Corvin.

Il ne s'attendait visiblement pas à ce que je maîtrise aussi bien les enchaînements.

Ma mère adorait la danse.

Elle avait toujours tenu à ce que ses filles apprennent.

Corvin était un partenaire exceptionnel.

Il adaptait chacun de ses mouvements aux miens.

Quand il m'entraînait dans un tour plus rapide, il me rattrapait avant même que je perde l'équilibre.

Jamais je ne me sentis en danger.

Lorsque la musique prit fin, j'avais le souffle court et les joues brûlantes.

J'aurais aimé que cette danse dure encore.

À cet instant, quelqu'un s'approcha.

- Corvin...

Le regard de ce dernier quitta le mien pour se poser derrière mon épaule.

Sa réponse fut immédiate.

- Non.

Un autre Souverain laissa échapper un grondement contrarié.

- Tu ne peux pas monopoliser la jeune Souverain toute la soirée.

Je m'apprêtais à intervenir pour éviter une dispute.

Mais quelque chose dans l'attitude de Corvin m'en empêcha.

Son aura changea brutalement.

Elle devint glaciale.

Dangereuse.

Jamais dirigée contre moi.

Uniquement contre l'homme qui lui faisait face.

Comme il avait toujours été respectueux avec moi, je décidai de lui faire confiance et gardai le silence.

Une nouvelle voix retentit à ma droite.

- Souverain Éléa, accepteriez-vous cette danse ?

Je me tournai.

Cette fois, c'était Souverain Tessia.

Sans savoir pourquoi, je cherchai d'abord le regard de Corvin.

Il me répondit d'un léger signe de tête.

J'acceptai alors.

- Avec plaisir.

Les deux Souverains échangèrent quelques mots avant que Corvin ne s'écarte.

Tessia était agréable, mais beaucoup moins habile sur une piste de danse.

Pendant que nous tournions lentement dans la salle, je regardai derrière lui.

Corvin faisait désormais face à le Souverain qui l'avait défié quelques instants plus tôt.

Je m'inquiétai.

- Ils vont se battre ?

Tessia esquissa un sourire.

- Si cela arrive, Corvin aura la décence de régler ça à l'extérieur.

- Peut-être devrais-je...

Il secoua la tête.

- Non. Continue simplement à danser.

Je suivis son conseil.

Lorsque nous repassâmes près de l'endroit où Corvin se trouvait, il avait disparu avec l'autre Souverain.

Je laissai mon regard revenir vers Lyanne.

- Ma sœur est magnifique, n'est-ce pas ?

Tessia la contempla quelques secondes.

Une étrange tristesse traversa son regard.

- Oui... elle l'est.

Je supposai qu'il avait peut-être espéré être son compagnon.

Pendant toute la soirée, Darian ne laissa jamais personne d'autre inviter Lyanne.

Ils restèrent ensemble sans interruption.

Ils dansaient, échangeaient quelques mots, apprenaient à se connaître.

Il prenait son temps.

Et je trouvais cela très beau.

Après Tessia, je dansai avec Souverain Fenrick.

Puis avec Souverain Ilana.

Ensuite avec mon père.

Quand une musique plus lente retentit, Corvin revint me chercher.

Plusieurs autres Souverains avaient demandé une danse, mais aucun des quatre hommes qui m'avaient déjà accompagnée ne leur avait laissé cette possibilité.

Je ne savais plus depuis combien de temps je dansais lorsque ma mère me fit discrètement signe.

À ce moment-là, j'étais avec Souverain Fenrick.

Il me raccompagna jusqu'à elle.

- Merci, Souverain, dit ma mère avec reconnaissance.

Fenrick lui adressa un sourire.

- Votre fille est une danseuse remarquable, Étoile Célestine.

Le compliment me fit énormément plaisir.

Je me promis intérieurement de travailler encore plus durant les deux années qui me séparaient de mes dix-huit ans.

Le jour où je rencontrerais mon compagnon, je voulais être la meilleure partenaire qu'il ait jamais eue sur une piste de danse.

J'ai beaucoup aimé tous les Souverains avec qui nous avons dansé, déclara Ambre avec enthousiasme.

Je ris intérieurement.

- Tu apprécies tout le monde, toi.

Je suis une femelle Souverain. Mon compagnon devra être un Souverain lui aussi.

La voix de ma mère interrompit notre conversation.

- Éléa, il est temps de monter à l'étage.

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