Genre Classement
Télécharger l'appli HOT
Accueil > Romance > Sa reine de la mafia, mon cœur de substitution
Sa reine de la mafia, mon cœur de substitution

Sa reine de la mafia, mon cœur de substitution

Auteur:: Beach Bum
Genre: Romance
Mon mariage parfait avec Ange Rinaldi, l'homme le plus puissant du Milieu marseillais, a pris fin le jour où mon père est mort. J'avais vingt-quatre ans, j'étais enceinte de son héritier, et je me croyais sa reine. Pendant deux jours, alors que j'organisais seule des funérailles, mon mari est resté injoignable. Puis une amie m'a envoyé une photo. Ange, à Genève, sa main enroulée dans les cheveux de la femme à ses côtés. C'était ma cousine, Camille. Il est rentré avec des mensonges sur un téléphone en panne et un sommet difficile. Cette nuit-là, j'ai trouvé son journal intime, et mon monde a volé en éclats. Il m'avait épousée parce que j'avais « les yeux de Camille ». J'étais un substitut. Notre enfant à naître n'était pas le fruit de l'amour. C'était un projet. Une fille qu'il prévoyait de nommer Hélène, en l'honneur de Camille, la qualifiant de « parfait petit morceau de la femme que je ne pourrai jamais vraiment posséder ». Je n'étais pas sa femme. J'étais une doublure. L'amour que je ressentais pour lui n'est pas simplement mort. Il a été assassiné. Le lendemain matin, j'ai fait glisser un dossier sur l'îlot de la cuisine. « Des formulaires de donation », ai-je dit. Il n'a même pas regardé avant de griffonner sa signature sur ce qui était en réalité les papiers finalisés de notre divorce. Son arrogance était mon arme. Cette nuit-là, alors qu'il dormait à côté de moi, sentant le mensonge et ma cousine, j'ai pris rendez-vous dans une clinique privée. Il voulait un héritage ? Je ne lui donnerais rien.

Chapitre 1

Mon mariage parfait avec Ange Rinaldi, l'homme le plus puissant du Milieu marseillais, a pris fin le jour où mon père est mort. J'avais vingt-quatre ans, j'étais enceinte de son héritier, et je me croyais sa reine.

Pendant deux jours, alors que j'organisais seule des funérailles, mon mari est resté injoignable. Puis une amie m'a envoyé une photo. Ange, à Genève, sa main enroulée dans les cheveux de la femme à ses côtés.

C'était ma cousine, Camille.

Il est rentré avec des mensonges sur un téléphone en panne et un sommet difficile. Cette nuit-là, j'ai trouvé son journal intime, et mon monde a volé en éclats.

Il m'avait épousée parce que j'avais « les yeux de Camille ». J'étais un substitut.

Notre enfant à naître n'était pas le fruit de l'amour. C'était un projet. Une fille qu'il prévoyait de nommer Hélène, en l'honneur de Camille, la qualifiant de « parfait petit morceau de la femme que je ne pourrai jamais vraiment posséder ».

Je n'étais pas sa femme. J'étais une doublure. L'amour que je ressentais pour lui n'est pas simplement mort. Il a été assassiné.

Le lendemain matin, j'ai fait glisser un dossier sur l'îlot de la cuisine. « Des formulaires de donation », ai-je dit. Il n'a même pas regardé avant de griffonner sa signature sur ce qui était en réalité les papiers finalisés de notre divorce.

Son arrogance était mon arme. Cette nuit-là, alors qu'il dormait à côté de moi, sentant le mensonge et ma cousine, j'ai pris rendez-vous dans une clinique privée. Il voulait un héritage ?

Je ne lui donnerais rien.

Chapitre 1

Point de vue de Juliette :

Mon mariage parfait a pris fin le jour où mon père est mort.

Du moins, c'est là que la première fissure est apparue dans la magnifique cage dorée qu'Ange Rinaldi avait construite autour de moi. Avant ça, ma vie était un conte de fées écrit avec du sang et des diamants. J'avais vingt-quatre ans, j'étais l'épouse de l'homme le plus puissant du Milieu marseillais, et je croyais être le centre de son univers.

Ange était magnétique. Il dominait une pièce d'un seul regard, sa présence un mélange de puissance brute et de grâce prédatrice qui inspirait la peur aux hommes et le désir aux femmes. Pour le monde, il était le Parrain de la famille Rinaldi, un chef impitoyable dont l'empire était bâti sur les os de ses ennemis. Son nom était une arme. Mais pour moi, il était l'homme qui m'apportait des pivoines blanches chaque semaine, qui traçait la ligne de ma mâchoire avec un pouce calleux et me murmurait que j'étais sa reine.

Notre début avait été un tourbillon, un enchaînement de moments volés dans des galeries d'art et de nuits passionnées dans son appartement de luxe sur la Corniche, surplombant la ville qui était son royaume. Il m'avait courtisée avec une intensité implacable qui m'avait laissée sans souffle. Il m'avait donné l'impression d'être vue, chérie, possédée. J'avais confondu sa possession avec de l'amour. Je m'étais enveloppée dans son contrôle et j'avais appelé ça de la sécurité.

Je l'aimais avec une pureté qui frisait la bêtise. Je lui avais donné mon corps, mon cœur et ma confiance aveugle.

Et j'étais enceinte de son enfant, notre premier. L'héritier du trône Rinaldi. Je pensais que nous avions tout.

Avec le recul, les signes étaient là, petits et troublants, comme des fractures capillaires sur un chef-d'œuvre. La façon dont ses yeux devenaient parfois vitreux quand il me regardait, comme s'il voyait quelqu'un d'autre. Les instants fugaces de froideur qui vacillaient dans son regard avant d'être remplacés par cette adoration brûlante et familière. Je les avais tous ignorés. J'avais choisi d'être aveugle.

Puis l'appel de ma mère est arrivé, sa voix se brisant au téléphone, si épaisse de chagrin qu'elle m'a volé l'air des poumons. « Juliette... c'est ton père. Son cœur... il a lâché. »

La panique m'a saisie, froide et suffocante. Mon père. Mon père doux et gentil qui m'avait appris à développer ma première photo. Parti. Mon premier réflexe a été d'appeler Ange. J'avais besoin de lui.

J'ai appelé son portable. Directement sur la messagerie.

J'ai rappelé. Et encore. Dix, quinze, vingt fois. Chaque sonnerie sans réponse était une goutte d'eau glacée sur ma peau. Son assistant, Luc, était poli mais ferme. « Monsieur Rinaldi est dans un sommet important à Genève. Son téléphone est éteint. C'est la règle de la famille : l'omertà, le silence et la discrétion avant tout. »

Pendant deux jours, un trou noir de silence. Pendant deux jours, j'ai organisé seule les funérailles de mon père, le poids de mon chagrin s'abattant sur moi, sur la petite vie qui grandissait en moi.

Le troisième jour, un message a vibré sur mon téléphone. Ce n'était pas Ange. C'était mon amie, Chloé. Il n'y avait pas de texte, juste une seule image.

C'était une photo volée, prise de l'autre côté d'une rue de Genève. Ange se tenait devant un restaurant haut de gamme, la tête penchée, ses lèvres touchant presque l'oreille de la femme à ses côtés. Sa main, celle qui portait la lourde chevalière en or de la famille Rinaldi, était enroulée dans ses cheveux sombres et soyeux.

La femme riait, la tête renversée en arrière dans un geste d'intimité pure et sans retenue.

C'était ma cousine. Camille Rinaldi. La Consigliere de la famille.

Le monde ne s'est pas seulement fissuré. Il a volé en éclats. L'air s'est transformé en verre dans mes poumons, et chaque respiration était une souffrance. Ma vie parfaite, mon mari parfait... tout n'était qu'un mensonge.

Il est finalement rentré cette nuit-là, sentant le parfum cher et le voyage transatlantique. Il a enroulé ses bras autour de moi, sa voix un murmure grave contre mes cheveux. « Mon amour, je suis tellement désolé. Le sommet était un cauchemar. Mon téléphone est tombé en panne. Je suis venu dès que j'ai su. »

J'ai levé les yeux vers son visage, les traits séduisants gravés de ce que je voyais maintenant comme une préoccupation de façade. Pour la première fois, je n'ai pas vu mon mari. J'ai vu un étranger.

Le lendemain matin, pendant qu'il prenait sa douche, j'ai pris un dossier de mon portfolio d'art et je l'ai posé sur l'îlot en marbre de la cuisine.

Il est sorti, nouant une cravate en soie, l'air en tout point du Parrain de Marseille. « Qu'est-ce que c'est ? » a-t-il demandé en jetant un œil aux papiers.

« Juste les formulaires de donation pour la nouvelle aile du musée », ai-je dit, ma voix stable, la voix d'une étrangère. « Ils ont besoin de ta signature. »

Il ne les a même pas regardés. Il me faisait confiance. Il croyait en ma dévotion, en mon aveuglement. Il a pris un stylo, a griffonné sa puissante signature en bas de la page et a repoussé le dossier vers moi. Son arrogance était ma seule arme.

« Bien, ma chérie », a-t-il dit, puis sa main est venue se poser sur mon ventre, un poids chaud et lourd qui m'a donné la chair de poule. « Nous devons prendre soin de notre petit. Notre héritage. »

Mon cœur avait l'impression d'être serré par une main invisible.

Cette nuit-là, je n'ai pas pu dormir. J'ai erré dans l'immense appartement, un fantôme dans ma propre maison. Je l'ai entendu dans son bureau, sa voix basse et intime. Je me suis approchée, la lourde porte en chêne légèrement entrouverte.

« ...Je sais, Hélène », disait-il, sa voix plus douce que je ne l'avais jamais entendue. « Elle avait besoin de moi, mais c'était plus important. Consolider notre emprise sur les ports de Gênes... c'est pour nous. »

Hélène. Le prénom a été un coup de poing dans le ventre. Le deuxième prénom de Camille était Hélène.

Je me suis souvenue alors, un souvenir que j'avais enfoui. Notre première rencontre. Ce n'était pas une rencontre fortuite dans une galerie. Des voyous avaient essayé de m'arracher mon sac d'appareil photo, et de nulle part, Ange était apparu, un sauveur brutal et magnifique, les expédiant avec une efficacité froide. Il avait tout orchestré. Il l'avait avoué plus tard, qualifiant cela de grand geste romantique pour attirer mon attention. Ce n'était pas romantique. C'était une stratégie.

Mes pas m'ont portée vers une partie du bureau où j'entrais rarement – une petite annexe privée derrière une bibliothèque. Sa pièce sécurisée. Elle n'était pas verrouillée. À l'intérieur, le mur n'était pas tapissé de registres ou d'armes. C'était un sanctuaire. Des dizaines de photos de Camille. Camille enfant, adolescente, puis la femme magnifique et puissante qu'elle était aujourd'hui.

Et sur son bureau, un journal relié en cuir. Mes mains tremblaient en l'ouvrant.

Son écriture soignée et acérée remplissait la page. L'entrée était datée de quatre ans, juste après notre rencontre.

*Elle s'appelle Juliette, mais elle a les yeux de Camille. Le même feu sombre. Quand elle me regarde, je peux faire semblant que c'est elle. Camille a choisi la famille plutôt que moi, elle a choisi le pouvoir. Très bien. J'aurai tout. J'aurai le pouvoir, et j'aurai une femme qui me regarde avec les yeux de ma Hélène.*

J'ai tourné les pages, ma vision brouillée par les larmes.

*Elle est enceinte. Ce doit être une fille. Nous l'appellerons Hélène. Un parfait petit morceau de la femme que je ne pourrai jamais vraiment posséder. Elle aura le visage de sa mère mais le nom de Camille. Elle sera à moi.*

Le monde a tourné. J'ai reculé en titubant, ma main se portant à ma bouche pour étouffer un sanglot. Je n'étais pas sa femme. J'étais un substitut. Mon bébé... notre bébé n'était pas le fruit de l'amour. C'était un outil. Un ersatz pour son obsession malsaine et tordue.

Le choc a cédé la place à autre chose. Une clarté froide et dure. L'amour que je ressentais pour lui n'est pas simplement mort. Il a été assassiné.

Il voulait un héritage ? Il voulait qu'un enfant soit un monument à son obsession ?

J'ai sorti mon téléphone, mes doigts bougeant avec une détermination qui me semblait étrangère et pourtant parfaitement juste. J'ai trouvé le numéro d'une clinique privée. Alors qu'il dormait à côté de moi, sentant le mensonge et ma cousine, j'ai finalisé le rendez-vous. Je ne lui donnerais rien.

Chapitre 2

Point de vue de Juliette :

La clinique était stérile, froide et anonyme. C'était un lieu de chagrin silencieux et privé. J'ai laissé une partie de moi-même sur cette table, le fantôme d'un avenir qui avait été un mensonge. La douleur physique dans mon ventre était une pulsation sourde et constante, mais ce n'était rien comparé au gouffre béant qui s'était ouvert dans mon âme. J'étais vide. C'était un sentiment terrifiant et libérateur.

Pour le monde, et pour Ange, j'étais une épouse en deuil, fragile après la perte de son père et se reposant pour protéger notre précieux enfant à naître. J'ai joué le rôle à la perfection. Je l'ai laissé me voir pâle et renfermée. Je l'ai laissé m'apporter de la soupe et me caresser les cheveux, son contact comme des araignées sur ma peau. C'était un imbécile, aveuglé par son propre ego magnifique. Il voyait ce qu'il voulait voir : une femme faible et dépendante qui portait son héritage.

Pendant qu'il était à ses réunions « d'affaires », que je savais maintenant être des rendez-vous avec Camille, j'ai commencé à démanteler systématiquement ma vie. J'ai vendu les bijoux qu'il m'avait offerts, pièce par pièce, convertissant les diamants en argent liquide intraçable. J'ai ouvert un nouveau compte en banque sous le nom de jeune fille de ma mère. J'ai fait des recherches sur de petites villes en Provence, des endroits avec du soleil et des vignobles, des lieux si éloignés de l'ombre froide et grise de la famille Rinaldi qu'ils auraient pu être sur une autre planète.

Ange est revenu d'un voyage de deux jours à Lyon, un autre mensonge que je n'ai pas pris la peine de remettre en question. Il est entré dans la chambre en tenant une petite boîte en velours.

« Un petit quelque chose pour te remonter le moral », a-t-il dit, sa voix empreinte de ce charme étudié.

À l'intérieur se trouvait un collier de diamants, froid et lourd. Un pot-de-vin. Une laisse.

« C'est magnifique », ai-je dit, ma voix plate. Je l'ai laissé l'attacher autour de mon cou, son poids un fardeau familier.

Une crampe aiguë m'a saisie l'abdomen, un fantôme persistant de l'intervention. J'ai mordu ma lèvre pour ne pas grimacer. Il n'a rien remarqué. Il était trop occupé à regarder mon cou, admirant l'allure de sa propriété sur sa possession.

Puis mon téléphone a vibré sur la table de nuit. L'écran s'est allumé avec un nom qui m'a glacé le sang.

Camille.

Mon cœur battait la chamade contre mes côtes. C'était un mélange de colère, de dégoût et d'une étrange curiosité morbide.

Avant que je puisse décider de répondre, les yeux d'Ange se sont fixés sur l'écran. Une lueur de quelque chose – faim, désir – a traversé son visage. Il a arraché le téléphone de la table avant que je puisse réagir.

« Camille », a-t-il répondu, sa voix changeant instantanément, devenant plus chaude, plus vivante. Il m'a tourné le dos, se dirigeant vers la fenêtre comme pour créer un monde privé juste pour eux deux.

« Oui... bien sûr. Ce soir ? » Il a ri, un son bas et intime qu'il n'avait jamais utilisé avec moi. « Je vais libérer mon emploi du temps. Le vernissage à la galerie à dix-neuf heures ? J'y serai. »

J'ai regardé son reflet dans la vitre sombre de la fenêtre. J'ai vu l'empressement dans sa posture, la façon dont ses épaules se sont détendues, le sourire sincère qui a touché ses lèvres. Il était un homme différent quand il lui parlait. Il était l'homme que je pensais avoir épousé.

Il a raccroché et s'est retourné vers moi, le masque du mari attentionné se remettant parfaitement en place.

« C'était juste Camille », a-t-il dit, comme si je n'avais pas entendu. « Ma mère organise un petit dîner de famille ce soir dans la villa de Cassis. Pour le vernissage. Elle insiste pour que nous y allions. C'est important de maintenir les apparences, pour la Famille. »

Les apparences. Tout notre mariage était une apparence.

Je n'ai rien dit. Mon silence était un bouclier, et il était trop arrogant pour le voir autrement que comme de la soumission.

La villa de Cassis était un monument à la puissance des Rinaldi, une immense demeure de pierre et de verre surplombant la Méditerranée impitoyable. L'air était lourd de l'odeur de l'argent ancien et de la violence tacite.

En entrant, Ange a pressé un cadeau magnifiquement emballé dans mes mains. C'était un livre de photographie rare, en première édition.

« Donne ça à Camille de notre part », a-t-il dit. « Elle va adorer. »

Je savais, sans l'ombre d'un doute, qu'il l'avait acheté pour elle. J'ai reconnu l'artiste. C'était son préféré, un fait qu'elle avait mentionné il y a des mois lors d'un brunch familial. Un détail dont Ange s'était souvenu, alors qu'il oubliait régulièrement comment je prenais mon café.

Camille nous a accueillis à la porte, une vision dans une robe en soie qui chatoyait comme de l'huile sur l'eau. Elle était belle, posée, et dégageait une confiance qui venait d'une vie de privilège et de pouvoir.

« Ange, Juliette », a-t-elle dit en nous faisant la bise.

« De notre part », a dit Ange doucement, désignant le cadeau dans mes mains alors que je le lui tendais. Il mentait si facilement.

Les yeux de Camille se sont illuminés en le déballant. « Oh, Ange, tu t'es souvenu. » Elle l'a regardé, un sourire secret et partagé passant entre eux. C'était un regard qui parlait d'une histoire dont je ne faisais pas partie. À ce moment-là, je n'étais pas sa femme. J'étais une intruse, une spectatrice de leur pièce privée.

« Je pars pour le bureau de Genève le mois prochain », a-t-elle annoncé à toute la salle. « Définitivement. »

Une petite lueur égoïste de soulagement m'a traversée. Ce serait plus facile sans elle.

J'ai croisé son regard à travers la pièce. « Genève, c'est un grand changement », ai-je dit, ma voix calme mais claire. « J'espère que tu y trouveras ce que tu cherches. Parfois, il faut traverser un océan pour échapper à un monstre. »

Une lueur de compréhension a traversé son visage. Pendant une seconde, j'ai cru qu'elle me voyait. Vraiment.

Le dîner a été une torture. Ange était assis entre moi et Camille, mais il aurait aussi bien pu être sur un autre continent. Il ne parlait qu'à elle, leur conversation un échange rapide de blagues privées et de souvenirs partagés. Il connaissait son vin préféré, se souvenait d'une histoire de son enfance et débattait des mérites d'un nouvel artiste avec une passion qu'il ne montrait jamais pour ma propre photographie.

Le serveur a servi le plat principal – des pâtes riches et crémeuses. Mon médecin m'avait conseillé un régime fade pendant quelques jours. Ange, qui était censé chérir ma santé pour le bien de notre enfant, n'a rien remarqué. Il était trop occupé à s'assurer que le steak de Camille était cuit exactement à son goût.

L'engourdissement qui m'avait protégée pendant des jours a commencé à durcir, se cristallisant en quelque chose de froid, de tranchant et d'incassable. Ma résolution.

Chapitre 3

Point de vue de Juliette :

Ange était ivre. Pas complètement saoul, mais ses contours étaient adoucis, son masque de contrôle glissait. Il a levé son verre de whisky, le liquide ambré captant la lumière du lustre.

« À Camille », a-t-il dit, sa voix portant à travers la table silencieuse. Ses yeux étaient fixés sur elle, brûlant d'une adoration brute et sans fard qui a réduit la pièce au silence. « La femme la plus brillante et la plus captivante que j'aie jamais connue. La famille a de la chance de l'avoir. J'ai de la chance de l'avoir. »

Les mots m'ont frappée avec la force d'un coup physique. Une douleur vive et brûlante a irradié de ma poitrine, si intense qu'elle m'a fait haleter. Il ne portait pas seulement un toast à sa cousine, sa Consigliere. Il faisait une déclaration. Une humiliation publique.

À ce moment-là, sous le poids d'une douzaine de paires d'yeux, j'ai su. Ce n'était pas seulement qu'il ne m'aimait pas. Il ne me voyait même pas. J'étais un fantôme à sa table.

Je me suis excusée discrètement, mes mouvements raides et robotiques. J'ai marché jusqu'aux toilettes, le son de mon propre sang rugissant dans mes oreilles. J'ai fixé mon reflet dans le miroir orné. La femme qui me regardait était une étrangère – pâle, avec des yeux hantés et une bouche aux lèvres serrées. Voilà ce que son amour avait fait de moi.

J'étais sur le point de me détourner quand j'ai entendu leurs voix depuis le couloir, basses et urgentes. Ange et Camille.

« Tu ne peux pas dire des choses comme ça devant elle, Ange », siffla Camille. « Devant tout le monde. C'est cruel. »

« C'est la vérité », a-t-il dit, sa voix légèrement pâteuse. « Tu sais pourquoi je l'ai épousée, Hélène. Je te l'ai dit. »

Mon souffle s'est coincé dans ma gorge. J'ai pressé mon oreille contre le bois frais de la porte.

« Tu as dit que tu la trouvais intéressante. Tu n'as pas dit que tu l'utilisais comme ma doublure », a-t-elle rétorqué, sa voix empreinte de dégoût. « Ce n'est pas seulement cruel, c'est... tordu. C'est une violation de l'honneur de la famille. »

« C'était le seul moyen de te garder près de moi ! » Sa voix était un plaidoyer brut. « Après que tu aies choisi les affaires plutôt que nous... la voir, quelqu'un qui te ressemblait tellement à l'époque... c'était une façon d'avoir un morceau de toi. Et elle est faible. Elle m'adore. Elle ne partirait jamais, surtout pas maintenant qu'elle est enceinte. »

Mon estomac s'est retourné violemment.

« Et le bébé ? » demanda Camille, sa voix à peine un murmure.

« Le bébé sera parfait », dit Ange, et la conviction glaçante dans son ton m'a rendue malade. « Une fille. On l'appellera Hélène. Elle aura le visage de Juliette, mais elle sera mon Hélène. Mon héritage. Un mélange parfait de toi et moi. »

J'ai reculé de la porte, un son étranglé s'échappant de mes lèvres. La bile est montée dans ma gorge, et j'ai à peine atteint les toilettes avant de vomir, mon corps convulsant sous le rejet violent de son poison. Il ne voulait pas d'un enfant. Il voulait un projet d'élevage. Il voulait créer une poupée vivante à partir de mon corps et la nommer d'après son obsession.

J'ai tiré la chasse d'eau, le son anormalement fort dans la maison silencieuse. Je me suis rincé la bouche, fixant mon reflet aux yeux creux. La douleur avait disparu. Le choc avait disparu. À leur place, il y avait un vœu, silencieux et absolu, qui résonnait dans les espaces vides de mon âme.

Je vais réduire ton monde entier en cendres, Ange Rinaldi.

Son arrogance, sa confiance suprême que j'étais une imbécile faible et adoratrice – c'était ma clé. C'était ma voie de sortie. Il ne me verrait jamais venir.

Je suis retournée dans la salle à manger, mon sang-froid un masque parfait et glacial. Je me suis assise et j'ai bu une gorgée d'eau, ignorant le regard inquiet que Camille m'a lancé.

Plus tard cette nuit-là, de retour dans notre appartement silencieux, je me suis assise devant mon ordinateur portable. D'une main sûre, j'ai réservé un aller simple pour Avignon, départ dans trois semaines. J'ai cherché des appartements dans un endroit appelé le Luberon. Ça avait l'air vert et calme. Ça ressemblait à un endroit où un fantôme pourrait disparaître.

Mon téléphone a sonné. C'était Camille.

« Juliette ? Ça va ? Je voulais parler de... »

« Je vais bien », l'ai-je coupée, ma voix froide. « Juste fatiguée. »

« Je passe chez ton père demain pour présenter mes condoléances avant de partir pour Genève. J'aimerais te voir », a-t-elle dit doucement.

Une partie de moi voulait lui crier dessus, la blâmer. Mais elle n'était pas l'architecte de cette douleur. Elle n'était que la muse. « D'accord. Demain. »

Ange est entré dans la pièce. « C'était qui ? »

« Camille. Elle veut qu'on se voie demain chez mon père. »

Ses yeux se sont illuminés de cette faim familière et possessive. « Je viendrai avec toi », a-t-il dit immédiatement. Ce n'était pas une demande. C'était un ordre. Une autre occasion pour lui d'être près d'elle.

« D'accord », ai-je dit, ma voix ne trahissant rien.

Il était maintenant un pion dans mon jeu. Et il était entièrement, béatement inconscient que je jouais. Chacun de ses mouvements pour se rapprocher d'elle était un pas qui me poussait davantage vers ma liberté. Il n'était plus mon mari. Il n'était qu'un obstacle.

Télécharger le livre

COPYRIGHT(©) 2022